Brought to you by ISI-CNV


CHAPITRE VIII SUGGESTION MENTALE A ÉCHÉANCE

La transmission latente. — Unë thèse de Spinoza. — La suggestion à échéance est plus facile que la suggestion immédiate.— Deux couches de l'inconscient. — Les impressions imperceptibles de Leibnitz. — Les expériences du Dr Gibert. — Histoire d'un sujet extraordinaire. — Les trois états classiques de M. Charcot. — Comment se forme un sujet éduqué. - Un cercle vicieux. — Les neuf phases de M. Janet. —Les conditions d'une injection mentale. — Les phases monoïdéiques. — Le souffle et la pression. — Les degrés du sommeil. — Le rétrécissement de champ psychique. — L'antagonisme des centres nerveux. — Les trois phases naturelles. - Une série de réveils. —. Les idées de M. Pierre Janet. — Comment se réalisent les saggestions mentales à échéance.

Le phénomène qui doit nous occuper maintenant, constitue un cas spécial de la transmission de la volonté : une transmission retardée, à temps fixe. En réalité ce n'est pas la transmission qui est retardée, mais seulement l'exécution de l'ordre commandé, c'est une suggestion mentale à longue échéance.

On connaît bien les suggestions verbales à longue échéance. Elles sont devenues chose banale. Vous ordonnez à un sujet hypnotisé ou magnétisé d'exécuter un acte quelconque après son réveil, demain, après-demain, dans huit jours, dans quelques mois même. Éveillé, il ne se doutera de rien, mais à l'heure venue il sera obligé d'exécuter votre commande, ne sachant ni comment ni pourquoi cette idée lui est venue. Le plus souvent le sujet l'assimile pour ainsi dire, et croit agir de son propre gré, comme pour confirmer la thèse de Spinoza : « nous ne connaissons pas les causes qui déterminent nos actions. »

M. le Dr Gibert s'est servi dans ce but de la suggestion mentale comme d'autres de la suggestion verbale, et il a obtenu des résultats presque aussi satisfaisants.

Ce n'est pas la chose la moins étonnante dans cette catégorie de faits, déjà assez extraordinaire par elle-même, que certaines somnambules sur lesquelles les transmissions d'ordres directs ne réussissent pas ou difficilement, sont très susceptibles d'être influencées à longue échéance.

Pour expliquer ce fait autant que possible, il faut se rappeler notre distinction de deux couches inconscientes : l'une forte, qui se manifeste en somnambulisme, l'autre faible, opprimée par celle-ci, soustraite à notre investigation directe, mais qui peut à un moment propice reconquérir son droit d'action. Il paraît que dans cette dernière couche les transmissions sont plus faciles, et qu'elles ont même lieu très souvent, sans pouvoir nous donner une preuve évidente de leur existence. C'est le domaine des « sensations imperceptibles » de Leibnitz. Elles ne peuvent pas se manifester immédiatement. Mais si on leur donne le temps nécessaire pour miner les couches supérieures, elles vont reparaître à la surface.

« Les suggestions mentales, dit M. Janet, peuvent être faites sur Mme B... d'une autre manière et avoir un tout autre succès. On réussit peu, quand on lui commande d'exécuter l'ordre immédiatement pendant le sommeil; on réussit beaucoup mieux quand on lui commande mentalement une action à exécuter plus tard, quelque temps après le réveil. »

1). « Le 8 octobre, M. Gibert fit une suggestion de ce genre : sans prononcer aucun mot, il approcha son front de celui de M. B,.. pendant le sommeil léthargique (c'était donc un état plus ou moins aidéique), et pendant quelques instants, concentra sa pensée sur l'ordre qu'il lui donnait. M. B... parut ressentir une impression pénible et poussa un gémissement» (nous avons vu, p. 133, quecette impression peut aller jusqu'à donner uneattaquehystérique);«d ailleurs le sommeil ne parut pas du tout être dérangé. M. Gibert ne dit à personne l'ordre qu'il avait donné et se contenta de l'écrire sur un papier qu'il mit sous enveloppe. Le lendemain je revins auprès de Mme B... pourvoir l'effet de cette suggestion qui devait s'exéputer entre 11 heures et midi. A11h. et demie, cette femme manifesta la plus grande agitation, quitte la cuisine où elle était, et va dans une chambreprendre un' verre qu'elle emporté; puis,surmontant sa timidité, se décide à entrer dans le salon où je me trouvais, et toute émue demande si on ne l'a pas appelée; sur ma réponse négative, elle sort et continue plusieurs fois à monter de la cuisine au salon sans rien apporter d'ailleurs. Elle ne fit rien de plus ce jour-là car bientôt elle tomba endormie à distance par M. Gibert. Voici ce qu'elle raconte pendant son sommeil : «Je tremblais quand je suis venue vous demander si on m'avait appelée, il fallait que je vienne... c'était peu commode de venir avec ce plateau... pourquoi veut-on me faire porter des verres... qu'est-ce que j'allais dire, n'est-ce pas... je ne veux pas que vous fassiez cela... il fallait bien que je dise quelque chose en venant. »

En ouvrant l'enveloppe, je vis que M. Gibert avait commandé hier à Mme B... « d'offrir un verre d'eau à chacun de ces messieurs. » Ici encore il faut reconnaître que l'expérience n'avait pas entièrement réussi, la suggestion n'avait pas été exécutée; peut-on nier du moins qu'elle n'ait été comprise? »

2). «Voici maintenant une expérience plus significative. Le 10 octobre, nous convenons, M. Gibert et moi, de faire la suggestion suivante : » Demain à midi, fermez à clef les portes de la maison. » J'inscrivis la suggestion sur un papier que je gardai sur moi et que je ne voulus communiquer à personne, M. Gibert fit la suggestion comme précédemment, en approchant son front de celui de,M B... Le, lendemain, quand j'arrivai à midi moins un quart, je trouvai la maison barricadée et la porte fermée à clef. Renseignements pris c'était M B... qui venait de la fermer; quand je lui demandai pourquoi elle avait fait cet acte singulier, elle me répondit : « Je me sentais très fatiguée et je ne voulais pas que vous puissiez entrer pour m'endormir. » Mme B... était à ce moment très agitée; èlle continua à errer dans le jardin et je la vis cueillir une rose et aller visiter la boîte aux lettres placée près de la porte d'entrée. Ces actes sont sans importance, mais il est curieux de remarquer que c'étaient précisément les actes que nous avions un moment songé à lui commander laveitle. Nous nous étions décidés à en ordonner un autre, celui de fermer les portes, mais la pensée des premiers avait sans doute occupé l'esprit de M. Gibert pendant qu'il commandait et elle avait eu aussi son influence. » Cette fois-ci, ce fut plutôt une transmission doublement inconsciente : de l'inconscient du premier ordre (chez l'opérateur) à l'inconscient du deuxième ordre (chez le sujet)].

3). « Le 13 octobre, M. Gibert lui ordonna, toujours par la pensée, d'ouvrir un parapluie le lendemain à midiet défaire deux fois le tour du jardin. Le lendemain elle fut très agitée à midi, fit deux fois le tour du jardin, mais n'ouvrit pas de parapluie. Je l'endormis peu de temps après pour calmer une agitation qui devenait de plus en plus grande. Ses premiers mots furent ceux-ci : « Pourquoi m'avez-vous fait marcher tout autour du jardin... j'avais l'air bête... encore s'il avait.fait le temps d'hier par exemple... mais aujourd'hui, j'aurai été tout à fait ridicule. » Ce jour-là i! faisait fort beau, et la veille il pleuvait beaucoup; elle n'avait pas voulu ouvrir un parapluie de peur de paraître ridicule (*). »

(*) P. Janet, l. c. (Bull. de la Soc. de Psych. phys., 1885). étaient-elles possibles?

Dans quel état ces suggestions à longue échéance Nous allons le voir tout à l'heure, mais c'est toute une histoire.

Au commencement des expériences, Mme B.. ne présentaitque deux états fort distincts : le sommeilprofond (aïdéie et le « sommeil léger », c'est-à-dire le somnambulisme proprement dit (polyidéie passive ou active). Le premier se caractérisait le plus souvent par une immobilité musculaire complète (a. paralytique); le second par une sensibilité excessive, avec facilité de mouvement et l'intelligence.

Ces deux états alternaient indéfiniment,, c'est-à-dire qu'après avoir joui d'une certaine spontanéité intelligente, le sujet, comme fatigué, retombait dans l'immobilité aïdéique, pour passer de nouveau dans la lucidité du somnambulisme. C'était là un signe d'une sensibilité hypnotique maximale, car à un degré un peu moindre, le sujet ne retourne plus à l'aïdéie, mais passe peu à peu du sommeil à l'état de veille, ou bien se repose en passant par un état très voisin du sommeil normal (avec cette seule différence que le rapport persiste), puis revient à lui. Ce passage peut durer plusieurs heures, niais il est toujours sensible, tandis que les sujets à une sensibilité maximale tournent autour de ces deux états principaux, sans se réveiller d'eux-mêmes, avant un sommeil naturel de la nuit, quelquefois même sans pouvoir revenir à eux le lendemain.

Probablement entre ces deux états principaux il y avait une phase intermédiaire monoïdéique plus ou moins courte.

Sans entrer dans les détails, nous pouvons affirmer, en nous basant sur la relation propre de M. Janet, qu'aucun des trois états classiques, tels qu'ils étaient décrits par M. Charcot : catalepsie, léthargie, somnambulisme, n'existait à cette époque.

Mais, quelque temps après, M. Janet est allé à la Salpêtrière étudier la trinité hypnotique; il l'avait emporté dans sa tête, avec un peu de confusion (d'après ce qu'il m'a avoué lui-même), et il se mit à l'œuvre pour découvrir les trois phases chez Mme D... « Si ces états n'existaient pas chez elle, se dit-il, ne pouvait-on pas chercher à les produire ? » Mais cela n'allait pas très vile.

11 fallait « insister infiniment », essayer, vérifier; surtout pour la léthargie classique, dont la production a été « très laborieuse ». Enfin il réussit à produire (c'est le mot), six états différents.

« Des études nouvelles, dit M. Janet, entreprises dons le même sens, vinrent vérifier les résultats précédents, mais, il faut bien le dire, en les compliquant un peu » Un peu n'est peut-être pas le mot.

Quoi qu'il en soit, Mme B... présenta à cette époque, outre les trois phases principales: delà catalepsie, de la léthargie et du somnambulisme encore trois phases intermédiaires, la catalepsie léthargique, le somnambulisme léthargique et le somnambulisme les yeux ouverts ou somnambulisme cataleptique.

Evidemment le sujet, forcé dans ses tendances naturelles, se défendait comme il pouvait.

Mais M. Janet a voulu régulariser davantage ce cercle vicieux « en faisant traverser toute la série de ces états par le sujet dans un sens ou dans l'autre ». Et alors ce dernier se défendit si bien, qu'il manifesta une septième phase que M. Janet appelle catalepsie léthargique, puis une huitième, la léthargie somnambulique (c'est comme si on disait du blanc noir), qui venait s'adjoindre au somnambulisme léthargique, déjà mentionné.

C'est ce dernier état qui nous intéresse particulièrement, car c'est dans cette phase que pouvaient être faites les suggestions mentales à échéance (en approchant le front du magnétiseur du front de la somnambule). Ces suggestions ne pouvaient pas être réalisées immédiatement, mais elles pouvaient l'être déjà dans une phase suivante, plus active. Il nous importe de nous rendre bien compte de ce que c'était que cette phase.

Dans le somnambulisme léthargique, il y a encore résolution musculaire, comme dans la phase précédente, plus profonde ; il y a encore insensibilité, mais déjà certains phénomènes moraux réapparaissent, qui étaient totalement absents dans l'état précédent : le sujet se met à rêver tout haut (rêve somnambulique, qui mérite quelquefois le nom de délire somnambulique); il devient sensible et se plaint des douleurs qu'on lui fait subir, ou, s'il ne paraît pas les sentir, il s'en souviendra tout à l'heure dans l'état suivant.

Cette remarque de M. Janet est très ingénieuse, car c'est précisément le moment des perceptions latentes du deuxième ordre qui attendent un état plus mobile (le somnambulisme lucide de M. Janet) pour pouvoir se manifester. Une fois le somnambulisme lucide (la polyidéie) déclaré, « de nouvelles suggestions sont à peu près impossibles ».

C'est donc rigoureusement le même état que j'ai décrit chez Mme M... comme monoïdéique, seulement un petit peu plus avancé, c'est-à-dire, si l'on peut s'exprimer ainsi, un peu plus polyidéique (rêve à haute voix : un rêve est toujours hallucinatoire) et un peu plus actif (elle se plaignait des douleurs), c'est-à-dire que j'agissais, moi, sur Mme AL., dans l'état du monoïdéisme naissant, où elle était plus passive; tandis que M. Janet agissait sur Mme B... dans l'état du monoïdéisme déclaré, Voilà pourquoi je pouvais agir immédiatement, tandis que ces messieurs étaient obligés d'influencer l'inconscient du deuxième ordre, déjà enfoncé par l'inconscient du premier ordre, et qui, par conséquent, devait attendre son tour d'élévation à un grade supérieur. Ces distinctions sont subtiles, je le sais bien, mais il n'y a pas moyen de s'en passer. Je ferai observer, du reste, qu'il est difficile, sinon impossible, d'obtenir toutes ces graduations chez un même sujet; les sujets se caractérisent précisément par une tendance prépondérante vers tel ou tel état, et c'est déjà bien assez si l'on peut obtenir une seule nuance de ces phases fugitives avec un peu de persistance. Par conséquent, ce n'est pas une objection que je fais ici à M. Janet, qui est un observateur très consciencieux ; je ne fais que constater les nuances.

Je me suis convaincu moi-même, en expérimentent sur M. B... que les suggestions immédiates aboutissaient rarement, ou pas du tout, parce qu'un ordre mental direct l'excitait trop et produisait une sorte de monomanie somnambulique, qui gêne toujours la transmission immédiate. C'est ainsi que nous l'avons vue terminer l'exécution d'un ordre que je lui ai commandé, le lendemain, à l'occasion d'une autre suggestion manquée.

Quant aux phases, M. Janet en a obtenu encore une neuvième: catalepsie somnambulique qui, pour le moment, compléta la série. Après ce neuvième état, c'est le premier qui revenait et ainsi de suite. La succession devenait de plus en plus rapide, et enfin ce n'était plus une somnambule mais un orgue de Barbarie. Au commencement, il fallait tourner la manivelle... pardon! presser le pouce pour faire parcourir tous ces étatsdans le sens' de la léthargie à la catalepsie, ou souffler sur les yeux pour les faire parcourir en sens inverse ; puis, cela n'était plus nécessaire : le sujet tournait lui-même comme un moulin.

Remarquons qu'ici la pression du pouce remplacé « la pression sur le vertex » ou bien le souffle, qui d'ailleurs aurait pu être remplacé par un air d'opéra. « La raison de cette marche est encore fort obscure, » dit M. Janet. Elle est pour moi très claire. Toutes les phases qu'on a imaginées et qu'on imaginera encore, ne peuvent présenter qu'une seule chose : un sommeil plus ou moins profond. Un sommeil plus ou moins profond veut dire :

a. Paralysie partielle du cerveau (polyidéie);

b. Paralysie incomplète du cerveau (monoïdéie);

c. Paralysie totale du cerveau (aïdéie).

Mais comme la paralysie qui s'observe dans l'hypnotisme (je prends ici ce mot dans un sens général) n'est pas une paralysie définitivement pathologique, mais bien un état physiologique d'inhibition ; cette inhibition, ou paralysie relative, doit toujours s'accompagner d'une dynamogénie, c'est-à-dire d'une exaltation relative, qui lui tient lieu d'équilibre. Le total de l'énergie nerveuse reste à peu près le môme, mais une partie du cerveau perd ce que l'autre gagne. Par conséquent, quoique le champ psychique est toujours plus ou moins rétréci en somnambulisme, et même, à cause de ce rétrécissement, les fonctions psychiques peuvent gagner en qualité ce qu'elles ont perdu en quantité.

Toute cause inhibitoire (et la faculté inhibitoire d'une cause ne dépend pas uniquement d'elle seule, mais d'une relation de cette cause avec le terrain et le milieu momentané de l'action) toute cause inhibitoire, dis-je, fera avancer le sujet, de la polyidéie vers l'aidéie, et toute cause dynamogénique le fera avancer dans Je sens inverse.

Maintenant, il ne faut pas oublier que le cerveau n'est pas l'unique centre nerveux de l'organisme.

La distribution nouvelle de l'énergie vitale, l'apparition du plus et du moins se restreint rarement au cerveau tout seul, elle s'étend sur d'autres centres : le cervelet, le bulbe, la moelle et les ganglions. Si le cerveau perd tout, ce sont eux qui gagnent, et ceci, d'après les relations héréditaires ou acquises propres à ces centres. Or, il est dans la nature de cette organisation savante de notre économie, qu'il existe un certain antagonisme physiologique entre l'action du cerveau et celle des centres automatiques (cervelet, bulbe, moelle), et, de l'autre côté, entre tout le système cérébro-spinal et le système ganglionnaire.

A ces antagonismes primordiaux s'ajoutent les antagonismes partiaux, qui caractérisent l'individu ou le moment, et on voit d'ici quelle sera la complexité des phénomènes qui peuvent en résulter.

Supposons que l'action du cerveau est momentanément abolie (état aïdéique) : ce sont les centres automatiques qui en profiteront, il y aura une exagération des réflexes, comme chez une grenouille décapitée. Mais l'énergie vitale, après avoir évacué le cerveau, plus ou moins complètement, peut se retirer plutôt dans le cervelet que dans la moelle, et alors, au lieu de réflexes pour ainsi dire inanimés, on aura une suite des mouvements automatiques coordonnés, on aura un somnambulisme extérieurement actif, plus ou moins intelligent, suivant le concours que prêtera le cerveau au cervelet. Si l'énergie se déplace principalement dans la moelle, elle pourra encore envahir de préférence les faisceaux antérieurs, et alors il y aura une exaltation des contractions (aïdéie léthargique, ou léthargie de M. Charcot) avec excitabilité neuro-musculaire profonde et mécanique, qui pourra prendre la forme plus tenace de contracture générale, c'est-à-dire d'aïdéie tétanique; ou bien la dynamogénie pourra se manifester également dans les cordons postérieurs et donner lieu à une hyperesthésie réflexe, dans laquelle les plus légères excitations superficielles suffiront pour provoquer la contracture (la contracture somnambulique de M. Charcot, mais qui n'est nullement propre à l'état somnambulique tout seul) Cette hyperesthésie pourra être suivie d'une anesthésie complète, si l'inhibition fait place à l'état d'exaltation ; et, dans un cas analogue des cordons antérieurs, on aura, en outre, une paralysie complète, avec une résolution des muscles, c'est-à-dire une aïdeie simplement paralytique.

Toute partie du système nerveux, chaque ganglion chaque faisceau, on dirait presque chaque cellule, peuvent être excités ou paralysés momentanément; aucun ordre rigoureux, aucune classification régulière et obligatoire de ces complexus divers, ne peut être faite sérieusement. Tous les caractères extérieurs du somnambulisme en général (anesthésie, hyperesthésie, catalepsie, contracture, excitabilité neuro-musculaire) peuvent être provoqués à un degré, dépendant des conditions générales momentanées, dans toutes les phases hypnotiques, même à l'ètat dé veille.

Par conséquent, on perd son temps en voulant préciser avec trop de détails les combinaisons des signes extérieurs ; on les adjoint les uns aux autres, presque autant qu'on veut, on les modifie, on les remplace à volonté, et s'il y a quelque chose d'essentiel, de fondamental dans ces combinaisons-là, c'est assurément et uniquement l'état psychique, l'état du cerveau lui-même, et cet état se résume en ceci: un sommeil plus ou moins profond : polyidéie, monoïdéie, aïdéie(*).

(*) La question des phases est trop complexe pour pouvoir être éclaircie par ces quelques remarques. Aussi, telle n'était pas mon intention. Il s'agissait seulement de préciser quelques points en rapport avec notre objet principal.

Sur ce canevas (chez des sujets éminemment sensibles) vous pouvez broder ce que vous voudrez.

Faites-moi une esquisse arbitraire, en combinant, au sort, les caractères les plus opposés, un état fantastique quelconque : somnambulico-léthargico-cataleptico-tétanique,etje vous le produirai dans J'espace de trois jours.

Si, à la suite d'une excitation quelconque, la phase hypnotique change, c'est que cette excitation avait agi, ou bien en endormant mieux, ou bien en réveillant plus le sujet, et ce changement naturel va entraîner avec lui un bagage de caractères accidentaux que vous avez inoculé au sujet par des passes et les souffles dont vous niez l'action physique, par suggestion verbale, par habitude, par association idéo-organique, enfin, quelquefois par suggestion mentale. C'est ainsi que Braid et ses successeurs ont fait quelquefois du magnétisme sans s'en douter et sans en avoir l'air.

M. Janet est arrivé a le faire en toute conscience, quoiqu'il confonde encore l'hypnotisme et le magnétisme, en appelant hypnotique lé sommeil de Mme B..., qui n'a jamais été hypnotisée.

« Puisque la suggestion mentale, dit-il, pouvait endormir Mme B..., la même suggestion devait la faire passer d'une phase du sommeil dans une autre. Il était facile de le vérifier. Mme B... était en somnambulisme léthargique. Pendant que je faisais toujours les suggestions mentales, sans la toucher, je me mis simplement à penser : « Je veux que vous dormiez. » Au bout de quelques instants, elle était en léthargie somnambulique (c'est-à-dire dans un sommeil un peu plus profond). Je répète le même ordre mental ; elle soupire et la voilà en léthargie, puis en léthargie cataleptique, et, chaque fois que je recommence cette pensée, elle franchit" ainsi un état nouveau. »

« Elle passe ainsi par toutes les phases et revient à son premier état. Une chose à noter, c'est que ce commandement mental faisait toujours avancer le sujet dans le même sens. Il était dé nouveau en somnambulisme léthargique, et j'essayais de le faire revenir en somnambulisme lucide. Au lieu de penser : « Rendormez-vous » je pensais : « Réveillez-vous ».

Au commencement, M. Janet n'a pas réussi : par un élan compréhensible de l'habitude, le sujet passait â une phase plus profonde ; mais peu à peu l'inconscient comprit l'idée de son maître, et la succession des phases s'accomplissait d'après le désir inexprimé du magnétiseur. «La pensée du magnétiseur peut donc, conclut l'auteur, par une influence inexplicable, mais qui est ici immédiatement vérifiable, faire parcourir au sujet les différentes phases dans l'un ou l'autre sens ».

Nous avons donc une preuve directe que la création des phases pouvait être sollicitée mentalement comme la création des états psychiques différents dans le « phrénohypnotisme » de Braid.

Je ne voudrais pas qu'on puisse croire que ma critique constitue une attaque contre M. Janet. D'abord je n'attaque jamais personne, comme personne, et puis, dans l'espèce, il ne s'agit même pas des opinions dé M. Janet. Ses conclusions sont très prudentes, très réservées, et on ne pourrait les attaquer. J'ai toutsimplement voulu profiter de l'occasion en analysant les-faits publiés par cet auteur, faits que je considère comme l'une des meilleures preuves contre les tendances schématiques de l'école hypnotique de M. Charcot. M. Janet les a réduites involontairement adabsurdum, en voulant leur rendre service. Quant à ses propres conclusions, les voici : Il prévient d'abord le lecteur « qu'on ne doit tirer aucune conclusion générale d'une monographie, » ensuite il s'explique plus nettement : « Les uns accordent une très grande importance aux phases de l'hypnotisme et en font des états tout à fait distincts les uns des autres; les autres n'y voient que des phénomènes insignifiants produits artificiellement par l'observateur. Les faits que j'ai raconté, et surtout la façon dont ils ont été observés, ne s'accordent ni avec l'une ni avec l'autre de ces opinions extrêmes. Ils nous montrent que les trois états primitifs n'ont pas une si grande importance, puisque l'on peut en déterminer plusieurs autres, aussi bien caractérisées et aussi durables. Leur nombre, je crois n'a rien de fixe ; j'en ai d'abord observé six, et ensuite très certainement neuf. Le nombre de ces phases est resté le même pendant une quinzaine de séances, mais voici que, dans les dernières séances, j'ai été forcé de constater l'existence d'un nouvel état encore peu distinct, mais évidemment en voie de formation... Nul doute qu'avec un plus grand exercice du sujet et plus d'habileté de l'opérateur on ne puisse déterminer encore d'autres états(*) ».

(*) Pierre Janet, Les phases intermédiaires de l'hypnotisme (La Revue scientifique du 8 mai 1886, p. 577-587).

Mais, M. Janet n'admet pas non plus, que ces phases soient de simples phénomènes accidentels; et il a raison. Un état produit artificiellement est toujours une résultante d'influences personnelles de l'opérateur et de la nature physiologique ou idéosyncrasique du sujet. Mais plus le sujet est mobile dans le sens puységurique du mot, et plus ces premières influences prévallent. Voici l'expérience que j'ai faite devant ces messieurs au Havre ; je demande à M. Janet de m'indiquer un état dans lequel la catalepsie du bras est impossible. Il m'indique un de ces états léthargiques avec résolution complète des muscles. Sans rien dire, je prends le bras du sujet (qui cependant ne fut pas endormi par moi); je le lève, il retombe ; donc, il n'y a pas de catalepsie. Je recommence en insistant un peu; le bras retombe encore, mais lentement. Je le soulève pour la troisième fois avec i'intension de voir la catalepsie se manifester, et le bras reste en l'air et conserve les attitudes imprimées. Je n'ai pas réussi dans une seconde expérience, où il s'agissait de provoquer la continuation des mouvements commencés et étrangère à une phase donnée; mais, M. Janet, lui aussi, ne réussissait pas d'emblée. Enfin, lorsque la foi de M. Janet par rapport à la valeur des phases commença à s'ébranler, le sujet, lui aussi, ou plutôt son inconscient perdit la tête, les états se confondaient, il les sautait, pour ainsi dire par deux ou trois, et je crois qu'à l'heure qu'il est, tout cet édifice patiemment construit s'est écroulé, faute d'entretien.

S'il n'était pas assez de ces circonstances pour vider une fois pour toutes cette question embrouillée et oiseuse, j'ajouterais encore que, lorsque M. Gibert (qui ne croyait pas aux phases) endormait le sujet, les phases faisaient défaut... Morale :

Méfiez-vous de la suggestion mentale !

Le contact est-il nécessaire pour les suggestions à échéance? Le contact des mains paraît indifférent, le contact du front facilite, peut-être, l'inoculation, d'après l'opinion de M. Gibert. Mais ce qui est intéressant, au moins je crus avoir observé cette circonstance chez M. B..., c'est que l'inoculation psychique paraît douloureuse au sujet ; il n'en subit l'action qu'avec peine, il se débat, il réagit par une sorte de convulsion. Puis, le virus psychique s'assimile peu à peu, et le sujet se calme. Saurait-il nous dire immédiatement ce qu'on vient de lui inculquer? Je crois que non. Son attitude ne le trahit pas, et du reste s'il en était autrement, il serait capable de réaliser immédiatement l'ordre donné, ce qui n'arrive pas. Par conséquent, on est autorisé à croire que l'inoculation a lieu du conscient à l'inconscient du deuxième ordre, que les traces perçues sont trop faibles pour apparaître immédiatement sur la scène de la vie cérébrale, mais qu'elles persistent et se conservent dans les couches inférieures de la mémoire, pour ne réapparaître qu'au moment où l'heure, associée avec eux, vient de sonner. Alors le virus dynamique se débarrasse de l'oppression des idées conscientes, qui le tenaient jusque-là confiné dans l'ombre, les idées suggérées s'emparent du champ psychique (du cerveau) et provoquent une sorte de monomanie presque somnambulique, qui lutte quelque temps avec la polyidéie normale. Puis, tantôt la netteté des idées suggérées s'efface, dans ce corps à corps avec l'état normal, tantôt elles réussissent plus ou moins à se faufiler entre les idées conscientes, et à se réaliser extérieurement.

Si la lutte est longue, et que le sujet, ému, inquiet, irrité, s'absorbe de plus en plus dans sa monomanie, sans aboutir à une exécution nette et immédiate, il arrive comme c'est arrivé lors de mon séjour au Havre, qu'il s'endort par influence psychique automatique.

Et alors le calme est rétabli. Le cerveau se repose, dans une aïdéie passagère.



Back to Index



Copyright and Digital Rights 2007 - ISI-CNV
Titre Originel: Book Title : De la suggestion mentale

Ces livres vous sont proposés dans le cadre d'un projet culturel.
Nous voulons porter l'attention sur les thèmes de la vraie tradition  magnétique et fascinative originelle dans laquelle nous avons été initiés.

Il s'agit de techniques puissantes, aux effets beaucoup de fois extraordinaires, ayant leurs bases dans des concepts energétiques. (elles sont l'équivalent en occident de tradition millénaires basés sur l'énergie paragonables la tradition de la kundalini).

Ce sont des techniques aussi utiles dans la vie pratique: elles peuvent etre utiles dans la thérapie, dans les situations personnelles (magnétisme personnel), dans les rélations et dans beaucoup d'autres situations.

Il s'agit ici de pratiques connectées à une école très ancienne (millenaire, étant déjà présente chez les Romains).
Ces techniques très puissantes jusqu'à maintenant n'ont jamais été revélées en entier par écrit.

Les livres contiennent seulement une partie de l'enseignement original mais peuvent etre utiles pour rentrer dans l'esprit.

Dr. Paret et un amis ont été initiés dans la tradition originelle par l'un des dernier pratiquant, un des très rares fascinateurs magnétiques encore vivant, qui vivait en retrait, et ne voulait pas que ce trésor de connaissance se perdait.

Pour acceder aux systhème complet il leur à fallu quinze ans d'attente.

En plus nous avons recherché longtemps toutes les personnes soi-disant magnetistes, hypnotiseurs et fascinateurs et nous en avons extraits les mèthodes d'une façon comparative.

C'est pour ça que nous pouvons dire qu'il s'agit de quelque chose de nouveau.

Le systhème complet est constitué par nombreux exercices physiques (une espèce de gymnastyque energètique) et mentaux.

Ces exercises sont aussi très regeneratif pour la personne.
Ils augmentent son impact, son influence personnelle et beaucoup d'autres qualités.
A ce modèle se connecte un modèle très comprehensif de l'homme.

Nous vous proposons ces techniques dans une formation pratique à la quelle nous avons donné le nom de Mesmerismus®, bien que nos techniques soient derivés d'une tradition bien plus anciennes que celle de Mesmer.
Elles s'appuient sur une ècole secrète et initiatique, que aussi Mesmer à connu mais lui aussi à en partie tenu cachée.

Il s'agit de techniques complétement naturelles.

Elles reveillent l'homme au soi mème naturel, ou il peut trouver le maximum de pouovoir, et peuvent en aider le dèvéloppement personnel et spirituel.

Elles sont des techniques très puissantes, qui ouvrent à nouvelles dimensions, soit spirituelles que pratiques.

Dans beaucoup de cas elles vont au delà des techniques plus modernes, soit comme simplicité que comme efficacité.
La connaissance de deux approches est conseillé. Nous mèmes, au début, nois avions recherché dans la modernité l'explication des résultats, pour nous rendre compte finallement qu'il s'agissait d'une technique à soi-meme.

Pour reinseignements sur nos prochains cours vous pouvez nous contacter à travers:
http://www.pnl-nlp.org/courses/contactus.php

Ce que nous venons d'étudier est la chose plus puissante par rapport aux techniques mentales. Nous avons obtenu d'innombrables résultats avec notre approche de recherche qui se base sur la recherche de la reproducibilité. Ce projet unique à la recherche d'anciennes traditions secrétes est en collaboration avec: le Consortium Académique euro-asiatique CAIRN, avec l'Association Française d'Etudes Metapsychiques (fondée en 1941) et avec:


Titolo di questa pagina:
Home page de notre site: http://www.neurolinguistic.com
Livres gratuits: http://www.pnl-nlp.org/dn/