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CHAPITRE VII L'ACTION A L'INSU DU SUJET OU CONTRE SON GRÉ

L'opinion de M. Bernheim. — Faits contraires à cette opinion. — Sommeil instantané. — Un magnétiseur endormi. — Somnambulisme forcé. — La crédulité et la sensibilité. — Une influence abusive. — L'opinion de Mesmer. — Passage du sommeil normal. — Le sommeil chez les aliénés. — Expériences du Dr Voisin. — Sommeil et réveil a. l'insu du sujet. ~ Expériences de Dupotet. — La volonté et les passes. — Un volontiste contemporain. — Expériences de MM. Janet et Gibert.—Les monographies et les généralisations. — Expériences de M. Richet, du Dr Héricourt, du Dr Dusart, du DrLiébeault. — Les enfants endormis. — Un médecin indépendant.

L'action de la volonté à l'insu du sujet a donc été constatée par une commission académique, ce qui n'empêche pas M. Bernheim d'émettre le jugement suivant dans un mémoire adressé à M. Paul Janet :

« Il n'existe pas de magnétiseur; il n'existe pas de fluide magnétique. Ni Donato, ni Hausen n'ont des vertus hypnotiques spéciales. Le sommeil provoqué ne dépend pas de l'hypnotiseur, mais du sujet : c'est sa propre foi qui l'endort : nul ne peut être hypnotisé contre son gré, s'il résiste à l'injonction. Je suis heureuxde me joindre à vous pour rassurer le public contre toute crainte chimérique, qu'une fausse interprétation de faits pourrait faire naître. (*) »

(*) Bernheim, De la suggestion dans l'état hypnotique, réponse à M. Paul Janet, Paris, 1884, p. 13.

Le public est rassuré ; mais je m'étonne qu'un observateur aussi éminent ait pu réunir tant d'inexactitudes dans quelques lignes.

Laissons de côté la question d'un fluide spécial, dont l'existence n'est pas nécessaire pour l'explication des faits, et remarquons seulement que ceux qui l'ont admis, l'ont considéré toujours comme une propriété générale et non individuelle, présentant seulement quelques différences de degrés.

« Le sommeil provoqué ne dépend pas de l'hypnotiseur... »

De l'hypnotiseur, non ; mais du magnétiseur, oui ; c'est-à-dire de ceux qui, au lieu de substituer purement et simplement un bouchon de carafe, engagent leur propre corps, leur pensée et leur volonté dans l'acte d'hypnotisation.

« C'est la propre foi du sujet qui l'endort. » Les grenouilles, les écrevisses, les canards, les poules, les cochons d'Inde... ont-ils la même foi au magnétisme que les sujets de M. Donato?

«Nul ne peut être hypnotisé contre son gré, s'il résiste à l'injonction. »

J'ai cependant endormi plusieurs fois des personnes qui ont résisté de toutes leursforces. Et ici M. Bernheim se trompe doublement; car, dans la plupart des cas, ce phénomène peut s'expliquer par sa théorie suggestive, sans aucune influence physiqueou psychique directe. On n'a même pas besoin de citer les faits de somnambulisme à distance, causé par une action physique ou psychique directe.

L'idéo-plastie peut être double : consciente et inconsciente. Il y a des personnes qui affirment sincèrement ne pas croire à un préjugé quelconque, et qui, tout de même involontairement, subissent son influence. Il y a une soumission consciente et inconsciente. Dès qu'un sujet est sensible, et que vous lui suggérez Vidée du sommeil, cette idée peut réaliser le sommeil, malgré son opposition.

Ilen est de même pour d'autres idées suggérées.

Enfin, est-il sage de couper court par quelques mots à une question délicate et qu'on n'a pas étudiée suffisamment? Il paraît que c'est la mode aujourd'hui. Voici un autre auteur d'un livre, du reste fort intéressant, qui dit: « La question de la lecture des pensées, de la lucidité delà double vue est jugée définitivement(*). »

(*) Cullère, Magnétisme et hypnotisme, Paris, 1886, p. 239.

Par qui? Il serait sans doute bien embarrassé de nous le dire. Quand on est dans une situation pareille, voilà ce qu'on peut dire : « Je n'ai pas étudié cette question-là », ou bien : mes études ne m'ont donné que des résultats négatifs », ou bien encore : « les résultats que j'ai obtenus ne m'autorisent pas à trancher la question etc., mais non : « cela n'existe pas, cela est faux, parce que je n'y crois pas ».

Ceci dit, examinons les faits :

1). — M. S... avait une somnambule, M X..., qui était en même temps sa maîtresse. Elle est chez lui et reste assise devant une table; lui, il se promènedans Ja chambre. Tout à coup il aperçoit dans la cour une autre jeune femme qui arrive, tandis qu'il voulait à tout prix éviter la rencontre de ces femmes. Sans réfléchir longtemps, et tout en se promenant, il fait un geste derrière la tête de M X... qui s'endort instantanément et reste dans l'état d'aidée paralytique. Alors il reçoit l'autre, et cause avec elle en présence de M X... endormie, qui ne se doute de rien. Il ne la réveille, qu'après le départ de l'autre, et il la réveille d'un seul souffle, et si rapidement qu'elle ne savait même pas qu'elle était endormie. M. S... se promenait toujours dans la chambre.

Ce fait ne prouve ni l'action physique des gestes ni l'action mentale de la volonté, mais il prouve qu'on peut etre endormi à son insu. M X.... était exceptionnellement sensible, non pas à des influences délicates (la suggestion mentale ne réussissait pas sur elle) mais au point de vue de la rapidité des phénomènes. L'impression d'un geste hypnotisant (auditive et tactile) provoqua le sommeil par idéoplastie, c'est-à-dire par une association ideo-organique, basée sur l'habitude, avant qu'elle eût le temps de s'en rendre compte.

j'ai connu cette personne, et j'ai meme fait sur elle une expérience analogue :

2). — N'ayant pas longtemps été magnétisée par M. S... elle crut avoir perdu sa sensibilité, et, un jour, en société, elle me dit, qu'elle se sent aujourd'hui tellement forte, qu'elle voudrait bien essayer de me magnétiser, moi. Je me rend à cette plaisanterie et je la laisse faire. Enthousiasmée de mon consentement elle me prend les pouces, et fixe mon regard. Pour l'amuser davantage je feins que le sommeil s'empare de moi, puis, tout à coup, j'ouvre les yeux et je la fixe avec l'intention de l'endormir — et elle s'endort au bout de quelques secondes. Nous avons expérimenté sur elle au moins trois quarts d'heure. Ensuite je reprends ma position vis-à-vis d'elle, je la réveille d'un souffle et je continue à feindre le sommeil. Me croyant réellement endormi elle se mit à battre des mains en triomphe, et elle n'a pu comprendre pourquoi tout le monde éclata de rire. Elle n'a pas voulu croire que c'était elle qui dormait.

3). — Une jeune fille de quatorze ans fut magnétisée par moi cinq ou six fois; elle était très sensible quoique moins que la précédente (exp. hyp. insensibilité et contracture, du doigt, — tandis que chez l'autre le bras entier entrait en contracture); d'une santé excellente (comme l'autre du reste elle fut magnétisée uniquement pour des expériences, qui devaient convaincre un médecin de ma connaissance. Le seul effet de ces séances était qu'elle dormait un peu plus longtemps dans la nuit de son sommeil naturel et que, (c'était du moins l'opinion de ses amies) le magnétisme la rendait plus jolie... Mais ses camarades lui ont persuadé qui si elle continue à se faire endormir, elle perdra sa volonté, et on ne lui permettra pas de se marier avec son cousin, qu'elle aimait... comme on aime à quatorze ans. Bref, ma somnambule refuse de m'obéir, sans en donner des motifs. Elle ne veut plus se laisser magnétiser. On la supplie, on lui ordonne même de ne pas faire des caprices, mais inutilement.

— Et vous ne craignez pas, mademoiselle, que je vous endorme malgré vous?

— Oh! non, car je ne m'asseyerai même pas à côté de vous.

On me prie d'essayer, et ses parents m'autorisent à tenter l'expérience, fâchés qu'ils étaient de l'inobéissance de leur mie.

Je prends alors un mouchoir qu'elle laissa sur la table, et je le lui jette sur les genoux, en disant:

— Eh bien! maintenant c'est fini. Vous allez vous endormir dans cinq minutes.

— Cela ne me fera rien du tout, dit-elle; mais elle s'échappe tout de même, pour éviter mon regard.

— C'est pas la peine de fuir, vous reviendrez toute seule.

Une demi-heure après elle est revenue en somnambulisme.

Par conséquent on peut endormir quelqu'un « contre son gré, et malgré qu'il résiste à l'injonction ». Mais ici encore l'idéoplastie joue le rôle principal.

Je pourrais citer encore deux ou trois faits semblables où les personnes incrédules ont demandé elles-mêmes que j'essaye de vaincre leurs résistance et leur incrédulité. La crédulité ne peut rien sans sensibilité, et l'incrédulité ne nuit en rien quand il y a sensibilité. La volonté, peut retarder l'action, mais seulement la retarder. La plupart des personnes qui se croient hypnotisables, ne le sont pas, et une partie de celles qui ne se doutent guère de leur sensibilité, peuvent être facilement hypnotisées.

Voici encore un fait qui s'est passé en France et qui a été reproduit plusieurs fois, il s'agit d'une affaire judiciaire où toutes les circonstances ont été bien vérifiées.

4). « Le 31 mars 1865, un mendiant arriva au hameau de Guiols. Il avait vingt-cinq ans environ ; il était estropié des deux jambes. 11 demanda l'hospitalité au nommé H..., qui habitait ce hameau avec sa fille. Celle-ci était âgée de vingt-six ans et sa moralité était parfaite. Le mendiant, nommé Castellan, simalant la surdi-mudité, fit comprendre par des signes, qu'il avait faim ; on l'invita à souper. Pendant le repas, il se livra à des actes étranges, qui frappèrent l'attention de ses hôtes : il aftecta de ne faire remplir son verre qu'après avoir tracé sur cet objet et sur sa figure le signe de la croix. Pendant la veillée, il fit signe qu'il pouvait écrire. Alors il traça les phrases suivantes. «le suis le fils de Dieu: je suis du ciel et mon nom estNotre-Seigneur ; car vous voyez mes petits miracles, et plus tard, vous en verrez de plus grands. Ne craignez rien de moi, je suis envoyé de Dieu. » Puis il offrait de faire disparaître la taie qui couvrait les yeux d'une femme alors présente. Il prétendait connaître l'avenir et annonçait que la guerre éclaterait dans six mois. — Ces actes absurdes impressionnèrent les assistants et Joséphine H..., en fut surtout émue ; elle se coucha tout habillée, par crainte du mendiant. Ce dernier passa la nuit au grenier à foin, et le lendemain, après avoir déjeuné il s'éloigna du hameau. II y revint bientôt, après s'être assuré que Joséphine resterait seule pendant toute la journée; Il la trouva occupée des soins du ménage, et s'entretint pendant quelque temps avec elle à l'aide de signes. La matinée fut employée par Castellan à exercer sur cette fille toute sa fascination. Un témoin déclare, que tandis qu'elle était penchée sur le foyer de la cheminée, Castellan, penché sur elle, lui faisait, avec là main, sur le dos des signes circulaires et dés signes de croix; pendant ce temps elle avaitles yeux hagards. A raidi ils se mirent à table ensemble. A peine le repas était-il commencé, que Castellan fit un geste, commepour jeter quelque chose dans la cuiller de Joséphine. Aussitôt, la jeune fille s'évanouit. Castellan la prit, la porta sur son lit et se livra sur elle aux derniers outrages. Joséphine avait conscience dé ce qui se passait; mais retenue par une force irrésistible elle ne pouvait faire aucun mouvement, ni pousser aucun cri, quoique sa volonté protestât contre l'attentat qui était commis sur elle. Elle était évidemment en léthargie » — (plutôt en état de fascination) «Revenueàelle,ellene cessa pas d'êtresous l'empire quéCastellan exerçait sur elle, et à quatre heures de l'après-midi, au moment où cet homme s'éloignait du hameau, la malheureuse, entraînée par une influence mystérieuse, à laquelle elle cherchait en vain à résister, abandonnait la maison paternelle et suivait éperdue, ce mendiant, pour lequel elle n'éprouvait que de la peur et du dégoût. Ils passèrent la nuit dans un grenier à foin, et le lendemain, ils se dirigèrent vers Collobrières. Le sieur Sauteron les rencontra dans un bois et les amena chez lui; Castellan lui raconta qu'il avait enlevé cette jeune fille, après avoir surprisses faveurs. Joséphine aussi lui fit part de son malheur, en ajoutant «que, dans son désespoir, elle avait voulu se noyer. Le 3 avril, Castellan, suivi de cette jeune fille, s'arrêta chez le sieur Coudroyer, cultivateur. Joséphine ne cessait de se lamenter et de déplorer la malheureuse situation dans laquelle la retenait le pouvoir irrésistible de cet homme. « Amenez la femme laplusforte et la plus grande, disait-elle, vous verrez si Castellan ne la fera pas tomber »! La pauvre fille jugeait d'après ses propres impressions. Il n'y a qu'environ 5 per sonnes sur 400 qui peuvent subir une influence semblable, c'est-à-dire sans êtrepréalablement hypnotisées). «Joséphine ayant peur des outrages dont elle craignait d'être encore l'objet, demanda à coucher dans une maison voisine. Castellan s'approcha d'elle, au moment où elle allait sortir, et la saisissant par les hanches, elle s'évanouit. Puis, bien que, d'après les déclarations des témoins, elle fût comme morte, on la vit, sur l'ordre de Castellan, monter les marches de l'escalier, les compter sans commettre d'erreur, puis rire convulsivement. Il fut constaté, qu'elle se trouvait alors complètement endormie.

« Le lendemain, 4 avril, elle descendit dans un état qui ressemblait à de la folie » ; (délire somnambulique) « elle déraisonnait et refusait toute nourriture; elle invoquait tourà tour Dieu et la Vierge; Castellan, voulant donner une nouvelle preuve de son ascendant sur elle, lui ordonna de faire à genoux le tour de la chambre et elle obéit. Emus de la douleur de cette malheureuse fille, indignés de l'audace avec laquelle son séducteur abusait de son pouvoir sur elle, les habitants de la maison chassèrent le mendiant malgré sa résistance. A peine avait-il franchi la porte, que Joséphine tomba comme morte. On rappella Castellan ; celui-ci fit sur elle divers signes, et lui rendit l'usage de ses sens. La nuit venue, elle alla reposer vers lui. — Le lendemain ils partirent ensemble. On n'avait pas osé empêcher Joséphine de suivre cet homme. Tout à coup, on la vit revenir en courant. Castellan avait rencontré des chasseurs, et, pendant qu'il causait avec eux, elle avait pris la fuite. Elle demandait en pleurant qu'on la cachât, qu'on l'arrachât à cette influence. On la ramena chez son père, et, depuis lors, elle ne paraît pas jouir de toute sa raison» (C'était bien naturel, car chez des personnes très sensibles qui ne sont pas bien démagnétisées (*), un trouble nerveux persiste longtemps; si ellessontbien démagnétisées, l'effet du magnétisme doit être toujours favorable). — «Castellan fut arrêté le 14 avril. Il avait déjà été condamné correctionnellement. La nature parait l'avoir doué d'une puissance magnétique peu commune» (tout le monde peut magnétiser, mais il y a des différences quant au degré et même quant à la nature de cette action) « c'est à cette cause qu'il faut attribuer l'influence mystérieuse qu'il avait exercée sur Joséphine» (en partie seulement, car l'idéoplastie y jouait aussi son rôle) «dont la constitution se prêtait merveilleusement au magnétisme, ce qui a été constaté par diverses expériences auxquelles l'ont soumise des médecins. Castellan reconnaît que c'est par des passes magnétiques que fut causé l'évanouissement de Joséphine, qui précéda le viol. Il avoua mêmeavoir eu deux fois des rapports avec elle, dans un moment où elle n'était ni endormie, ni évanouie, mais où elle ne pouvait donner un consentement libre aux actes coupables dont elle était l'objet. Les rapports qu'il eut avec elle, la seconde nuit qu'ils passèrent à Capelude, eurent lieu dans d'autres conditions, car, cette fois, Joséphine ne s'est pas doutée de l'acte coupable dont elle fut victime » (aidéie paralytique) « et c'est Castellan quilui raconta le matin qu'il l'avait possédée pendant la nuit. Deux autres fois, il avait abusé d'elle de la même manière, sans qu'elle s'en doutât.

(*) Je prie le lecteur de prendre ce mot dans son sens empirique, en dehors de toute théorie; je ne peux pas entrer ici dans des détails explicatifs.

« Pendant son procès, Castellan a fait preuve d'un sang-froid et d'une audace extraordinaires... Ila surtout fait parade de ses talents magnétiques. Il a eu l'impudence de proposer au président des assises d'expérimenter sur lui son savoir. Devant le réquisitoire du procureur impérial, il a fait plus ; par la fixité de son regard, il a menacé ce magistrat de le magnétiser, et ce dernier a dû le contraindre a baisser les yeux. »

« Joséphine, depuis qu'elle est soustraite à l'influence de cet homme, a recouvré à peu près la raison. Elle dit, dans sa déposition devant la cour : « Il exerçait sur moi une telle puissance, à l'aide de ses gestes et de ses passes, que je suis tombée plusieurs fois comme morte. Il a pu alors faire de moi ce qu'il a voulu. Je comprends ce dont j'étais victime; mais je ne pouvais ni parler, ni agir, et j'endurais le plus cruel des supplices. »

« Trois médecins, les docteurs Hériart, Poulet et Théus ont été appelés à éclairer le jury sur les effets du magnétisme. Ils ont confirmé par leurs déclarations, les conclusions du rapport médico-légal, rédigé à l'occasion de cette affaire par les docteurs Auhan et Roux (de Toulon). Castellan a été condamné à douze ans de travaux forcés (*) ».

(*) Dr P. Despine, Psychologie naturelle, t. I, p. 586, Paris, 1868.

« Si extraordinaires que paraissent ces faits, ajoute à ce récit M. Liégeois, si étrange que semble le pouvoir exercé par Castellan sur sa victime, il ne faudrait pas croire que ce soit là un exemple unique. Je me ferais fort de trouver parmi les clients de M. le Dr Liébeault, non pas une, mais dix personnes, qui ne pourraient pas plus, dans des conditions données, résister à des tentatives criminelles que n'a pu le faire Joséphine H... C'est là une constatation d'une réelle gravité (*) ».

(*) Liégeois, De la suggestion hypnotique. Paris, 1884, p. 48. Je vois avec étonnement que. dans la nouvelle édition de son livre, M. Bernheim cite le même fait, sans observer qu'il contredit ses opinions.

On comprendra maintenant pourquoi Mesmer tenait à ne pas divulguer les moyens de provoquer le somnambulisme. Il l'explique lui-même :

« Depuis que ma méthode de traiter et d'observer les maladies a été mise en pratique dans les différentes parties de la France, plusieurs personnes; soit par un zèle imprudent, soit par une vanité déplacée, et sans égard pour les réserves et les précautions quej'avais jugées nécessaires, ont donné une publicité prématurée aux effets, et surtout à l'explication de ce sommeil critique ; je n'ignore pas qu'il en est résulté des abus, et je vois avec douleur lés anciens préjugés revenir à grands pas (*). »

(*) F.A. Mesmer, Mémoire. Nouvelle édition avec des notes du Dr Grandchamp, Paris, 1826 p. 56.

Dans les cas précites le sujet connaissait l'intention ou tout au moins la présence du magnétiseur. Mais il n'est nullement nécessaire qu'il en soit ainsi. Une personne qui dort d'un sommeil naturel profond, quin'a jamais vu le magnétiseur, qui ne se doute guère de sa présence, peut subir l'influence de ses passés et de sa volonté, tomber en somnambulisme, exécuter ses ordres, puis se réveiller le lendemain,, ne se souvenant absolument de rien, pas même dans un autre accès de somnambulisme, pasmême sousl'influence d'un autre magnétiseur.

Et je ne crains pas de le dire au public, puisqu'il est déjà rassuré.

D'ailleurs, je me hâte d'ajouter, que des cas semblables doivent être nécessairement fort rares — car il faut pour cela non seulement une sensibilité hypnotique exceptionnelle, mais encore un sommeil avec insensibilité complète — et que, si le magnétisme peut produire des effets aussi graves, il donne en même temps le moyen de s'en préserver. Seulement il faut se persuader enfin, que l'hypnotisme, qui ne peut pas produire de ces effets-là, n'est qu'une imitation du magnétisme.

Revenons aux faits.

5). Je donnais mes soins à une dame malade, assez difficile à endormir. Une fois arrivé un peu tard, je la trouve endormie de son sommeil naturel sur un roman ennuyeux. Je l'endors magnétiquement, je la laisse comme d'habitude un quart d'heure dans l'aïdére paralytique, puis je cause avec elle en somnambulisme, enfin, comme j'étais pressé, je la réveille.

— Ah ! vous voilà arrivé, dit-elle. Eh bien endormez-moi vite, car j'ai des douleurs dans les jambes.

— Mais je vous ai déjà endormie et vousn'avez plus de douleurs.

— C'est vrai, dit-elle, il me semble que je ne souffre plus. Mais elle n'a pas voulu croire qu'elle adéjà été magnétisée. Une autre fois c'était pire. Les douleurs sont venues atroces et on a télégraphié pour me faire venir. J'étais absent et je ne me suis rendu auprès de la malade que vers minuit. Je la trouve sans connaissance, délirant, gémissant et se tordant de douleurs. Je lui parle, elle ne me répond pas. Alors je pose une main sur sa tête et je l'endors au out de cinq minutes tout au plus ; elle s*endormait toujours plus facilement lorsqu'elle ne savait pas que j'étais la; (il y avait pour cela une cause individuelle particulière qu'il serait difficile d'expliquer ici); les douleurs cessent instantanément, la fièvre diminue peu à peu, je lui ordonne de dormir bien toute la nuit et je la quitte. Le lendemain matin elle était tout étonnée d'avoir si bien dormi, et c'est seulement son mari qui lui apprit que j'étais venu la veille et que je l'avais endormie.

Enfin, il m'est arrivé plusieurs fois d'endormir les malades pendant un accès de folie, ce qui est plus difficile, car, ne pouvant pas reconnaître le magnétiseur, ils se débattent de toutes leurs forces; mais en agissant d'abord à distance, puis en s'approchant lentement, on peut toujours en venir à bout avec des malades qui sont suffisamment sensibles et qu'on a déjà endormis. Comme l'accès cesse habituellement dans le sommeil magnétique, si ensuite on réveille le malade, il est tout étonné de nous voir.

6). Dernièrement, j'ai même eu l'occasion d'endormir une aliénée,absolument inconsciente, qui ne se doutait pas de ce que je voulais faire et qui n'a jamais été hypnotisée. Il s'agit d'une nommée Fier... (mélancolie agitée, délire de persécutions, idées de suicide, mutisme), dans le service de M. Auguste Voisin, à la Salpêtrière. Le 29 juin, M. Voisin me prie d'essayer a l'hypnoscope une série de ses malades. On me les amène et je prends mes notes. Quand arriva le tour de la Fier..., la surveillante me dit qu'il sera difficile de la faire venir, car elle est attachée à un fauteuil et que l'on ne pourra pas l'amener autrement qu'en la portant avec le fauteuil. Je me rends dans le compartiment des agitées etje trouve une femme de quarante-cinq ans environ dont la figure et l'haleine fétide manifestaient l'inanition. Elle refusait la nourriture etn'a presque rien pris depuis huit jours. Il n'y avait pas moyen de tirer d'elle un mot ou un signe raisonnable, et comme elle avait essayé à deux reprises de s'étrangler on était obligé de la camisoler et de rattacher. Je fais ôter la camisole de force et j'applique l'hypnoscope. Eu essayant de piquer le doigt avec une épingle, je crois avoir observé une diminution de sensibilité, d'après la faiblesse des mouvements réflexes, et sans plus hésiter, je lui applique la main sur la tête dans l'intention de l'endormir. Au bout de trois à quatre minutes ses paupières retombent et elle s'endort. Elle me répond par des signes de tête raisonnablement. Je lui ordonne de dormir jusqu'à mon arrivée et je vais prévenir M. Voisin qui était très content de ce résultat, parce qu'il commençait à être inquiet de l'état de la malade. Une demi-heure après nous arrivons, M. Voisin et moi, et nous la trouvons toujours en somnambulisme. On propose de la transporter dans son lit. Je dis qu'elle pourra y aller toute seule. On la détache et je lui ordonne de se lever. Elle se lève, se penche en avant, mais ses jambes restent clouées sur place, Ellesétaient raidies. Un légermassage enlève la raideur et, aidée par nous, la malade traverse la cour pour aller se coucher dans son lit. .Depuis ce moment l'amélioration s'accentuait de jour en jour. Elle commença à parler, à manger et à dormir tranquillement dans la nuit. Dans les premiers jours je tâchais de la laisser en somnambulisme presque continuellement, et en réalité le sommeil n'était interrompu que de temps en temps, par le retour de la folie. Elle n'a eu aucun souvenir, ni de cette première magnétisation, ni de toute cette période d'aliénation. Elle reste encore à l'hôpital, car on ne peut pas encore être certain d'une guérison définitive, mais elle est tout à fait raisonnable et travaille à la couture dans l'atelier.

Cette observation mériterait d'être racontée avec détails, mais pour le moment je ne tiens qu'à démontrer qu'il est possible d'endormir un aliéné, sans aucune suggestion exprimée.

7). Voici maintenant un autre exemple qui prouve de son côté qu'il est possible d'endormir un aliéné malgré son opposition. Je tire ce fait d'une observation mémorable de M. Voisin : « Le 1er juin. — L'agitation n'a pas cessé. M. Voisin veut l'hypnotiser, elle se débat, lui crache au visage, ce n'est qu'avec beaucoup de difficultés qu'il y arrive; Le sommeil a été profond : il a duré vingt-cinq minutes. Dans l'après-midi et toute la journée du lendemain elle a eté plus calme (*) ».

(*) Voisin, Etude sur l'hypnotisme et sur les suggestions chez tes aliénés, Paris, 1884, p. 7.

Par conséquent, il est inexact que « nul ne puisse être hypnotisé contre son gré, s'il résiste à l'injonction ».

Dans la nouvelle édition de son livre, ;M. Bernheim reproduit encore la même assertion. Mais voici ce que je trouve à la fin du volume :

« Avant d'appliquer la thérapeutique suggestive, voici les préceptes auxquels je crois devoir m'astreindre et auxquels tout médecin devra s'astreindre, pour sauvegarder sa conscience et son honneur professionnel »;

« 1° Ne jamais endormir aucun sujet sans son consentement formel... »

On pourrait donc l'endormir sans son consentement formel?...

Vu l'importance de cette question, citons encore quelques preuves d'une action réelle, physique ou psychique exercée à l'insu du sujet.

8). «Le 15 mars 1826, M. J. Dupotet a réuni chez M. Bouillet (rue du Dragon, n° 8), plusieurs personnes, pour leur faire observer, quelaues-uns des phénomènes du magnétisme et du somnambulisme.— M. Petit, instituteur primaire à Athis, près Fromeuteau, qui a été, en 1818, guéri par M. Dupotet, à la suite d'un traitement magnétique, de plusieurs dépôts, et qui devenu somnambule à cette époque à conservé depuis une très grande sensibilité à l'action du magnétisme, a bien voulu se prêter aux expériences suivantes... M. Dupotet, après avoir mis un bandeau sur les yeux du somnambule, dirigesur lui, à plusieurs reprises ses doigts en pointe, à deux pieds environ de distance ; aussitôt il se manifeste dans les mains et dans les bras, vers lesquels est dirigée l'action, une contraction violente... M, Bourdin essaie de produire les mêmes effets; il les obtient également, mais avec moins de promptitude et d'un degré plus faible. On répète à satiété ces expériences... Pendant que M. Petit faisait une partie de piquet (en somnambulisme), << M. Dupotet, sur l'invitation de M. Ribes, dirigea, par derrière, la main vers son coude : la contraction précédemment observée eut lieu de nouveau. Puis, sur la proposition de M. Bourdois, il le magnétisa par derrière, et toujours à plus d'un pied dé distance, dans l'intention de l'éveiller; l'ardeur que le somnambule portait au jeu combattait cette action, et faisait que, sans le réveiller, elle le gênait et le contrariait; il porta plusieurs fois la main derrière la tête, comme s'il y soutirait; il tomba enfin dans un assoupissement, qui paraissait être un sommeil naturel assez léger, et quelqu'un lui ayant parlé dans cet état, il s'éveilla comme en sursaut. —Peu d'instants après,M. Dupotet, toujours placé derrière lui, et à quelque distance, le plongea de nouveau dans le sommeil magnétique, et les expériences recommencèrent. M. Bourdois dirigea sa main vers l'un des bras du somnambule, dans l'intention de lui faire faire un certain mouvement. Au bout de quelques instants, il se détermina dans le bras et surtout dans la main, une agitation très prononcée, et qui devint tellement violente, que M. Dupotet crut devoir la calmer. — M. Bouillet, désirant qu'il ne restât aucune ombre de doute sur la réalité d'une action physique exercée à volonté, proposa de mettre à M. Petit le nombre de bandeaux qu'on voudrait, et d'agir sur lui dans cet état. On lui couvrit en effet la figure jusqu'aux narines avec plusieurs cravattes, on tamponna avec des gants la cavité formée par la proéminence du nez, et l'on recouvrit en outre le tout d'une cravate noire, descendant en forme de voile jusqu'au cou. Alors on recommença de nouveau et de toutes les manières les essais d'action à distance, et constamment les mêmes mouvements se manifestèrent dans les parties vers lesquelles les mains ou le pied étaient dirigés. Après ces nouvelles épreuves M. Dupotet ayant ôté à M. Petit ses bandeaux, fit avec lui une partie d'écarté pour le distraire et l'égayer ; il joua avec la même facilité et gagna encore. Il mettait tant d'ardeur à son jeu, qu'il resta insensible à l'influence de M. Bourdois, qui essaya inutilement d'agir sur lui par derrière et de lui faire exécuter un commandement volontaire. Après sa partie, le somnambule se leva, se promena à travers, le salon, écartant les chaisses qui se trouvaient sur son passage, et alla s'asseoir à l'écart pour se reposer loin des curieux et des expérimentateurs qui l'avaient fatigué. Là, M. Dupotet le réveille, à plusieurs pieds de distance ; mais ce réveil ne fut pas complet à ce qu'il paraît ; car quelques instants après, se trouvant auprès de M. le comte de Gestas, il s'assoupit; il fallut faire de nouveaux efforts pour le réveiller complètement. — Eveillé, il ne conserva aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant son sommeil. »

Le procès-verbal a été signé par MM. Bourdin, docteur-médecin, membre de l'Académie, président de la commission chargée de l'examen du magnétisme; Ribes, docteur médecin, membre de l'Académie de Médecine; le comte de Gestas, député ; Déleuze, aide naturaliste au Jardin des Plantes (qui n'arriva qu'au milieu de la séance); Raynal, ancien inspecteur général de l'Université; Raynal fils, étudiant en droit; Lachevardière, imprimeur; Binet. professeur de mathématique et de physique au collège de Sainte-Barbe; Bouillet, professeur de philosophie au même collège; Corbin, professeur agrégé de rhétorique au collège de Lyon (*).

(*) Le Propagateur du magnétisme animal par une société de médecins, Paris, 1827, p. 32.

9). Dans une autre séance le 26 janvier 1826, après avoir éveillé M. Petit, M. Dupotet le rendormit une seconde fois sur l'invitation de quelques assistants. 11 était alors éloigné de lui de toute la longueur du salon, lui tournait le dos et causait avec une personne de la société. Etaient présents à cette expérience, entre autres M. Ampère, de l'Académie des Sciences, et MM. Adelon et Ribes, de l'Académie de Médecine (*).

(*) Le Propagateur, p. 30.

10). On a usé de tous les moyens contre le magnétisme, même du mensonge. Une certaine demoiselle nommée Samson a été guérie par M. Dupotet. M. Recarmier trouva ingénieux, pour détruire l'effet de celte guérison (d'anoncer en pleine Académie que M Samson était depuis rentrée à 1 Hôtel-Dieu et qu'elle y était morte. M. Dupotet l'ayant rencontrée dans la rue, la conduit chez M. Husson rapporteur de la commission académique, où tout le monde la reconnaît; il s'agissait seulement de vérifier par des nouvelles expériences les phénomènes qu'elle présentait il y a six ans, mais elle s'y refusa obstinément, et cette obstination suggéra aux membres de la commission l'idée d'essayer l'action du magnétisme contre le gré du sujet. « Je sentis cette espèce de provocation indirecte, raconte M. Dupotet, et je me mis en mesure d'y faire honneur. Je commençais donc à agir sur elle à son insu, et alors s'engagea entre elle et moi une sorte de lutte, dans laquelle ou la voyait faire tous ses efforts pour se soustraire à mon influence : elle éprouva une violente agitation, qui, interrompue un instant par l'abattement et l'immobilité la plus complète, recommença avec les caractères les plus curieux : elle nous offrit en effet l'image le plus frappant des anciennes sybilles; dominée comme elle par une force irrésistible, elle s'élançait brusquement de son fauteuil comme ces prophétesses de leurs trépieds; rien ne pouvait ladistraire de cet enthousiasme frénétique » (En magnétisant le sujet contre son gré, on provoque toujours une sorte de délire somnambulique; le sujet parle tout le temps, sans s'arrêter ou tombe dans des spasmes nerveux — dans ces cas, il ne faut jamais le réveiller avant qu'il se soit calmé). « Après avoir épuisé tous les genres d'excitation physique, on imagina de lui dire à haute voix les injures les plus offensantes, celles auxquelles une femme est le plus sensible ; mais son impassibilité complète prouvait évidemment qu'elle n'entendait point. Moi, placé à une certaine distance, je lui parlais et me faisais écouter, je la touchais et elle me sentait; il en fut de môme quand il s'agit de la réveiller : ces messieurs pour y réussir, firent le bruit, on pourrait même dire le vacarme le plus étourdissant, mais rien n'opéra; ce fut alors que, recevant d'eux l'invitation de la réveiller, il ne me fallut pour y parvenir à l'instant que l'acte simple de ma volonté (*) ». (Le sujet plongé dans le sommeil magnétique ne peut pas être réveillé que par celui qui l'avait endormi ou qui a su entrer en rapport avec le somnambule — c'est encore une différence entre le magnétisme et l'hypnotisme, car le sujet hypnotisé peut être réveillé par n'importe qui).

(*) Procès-verbal de cette séance a été signé par toutes les personnes présentes, au nombre de près de vingt. (Prop., p. 52.)

On s'étonnera peut-être que je cite les magnétiseurs, comme on cite les observateurs scientifiques. Il est vrai qu'il y a dix ans je ne l'aurais pas fait. Mais depuis, j'ai constaté peu à peu qu'ils méritent confiance, au moins autant que les hypnotiseurs, et que si parmi eux il y a des gens crédules qui ont mal observé et mal interprété certains phénomènes extraordinaires, il n'y en a que trop, parmi ces derniers, qui ont mal observé et mal interprété certains phénomènes très ordinaires.

Une instruction incomplète est quelquefois préférable à une science faussée par des préventions.

La participation de la volonté dans l'action magnétisante, ne peut plus être niée. Il est vrai que,dès qu'on se sert des passes, du regard, de la suggestion verbale, etc., en même temps que de la force volitive, cette dernière peut être superflue, ou, au moins son action reste douteuse. Dans la plupart des cas elle est même certainement inutile, car les sujets s'influencent eux-mêmes, ou bien l'action physique de la main se passe de Faction mentale. Mais un seul sujet, exceptionnellement sensible, suffit pour prouver, que cette action existe, dès qu'il est possible de l'influencer sans passes, sans regard, sans paroles et sans suggestion involontaire. En éliminant graduellement les agents accessoires, on arrive à découvrir l'agent vrai. Écoutons ce qu'en dit un volontiste contemporain, le Dr Perronet, en ayant soin de réduire à leur juste valeur les généralisations de cet auteur :

11). « J'ai employé, dit-il, plusieurs procédés pour obtenir àrtificieilement la catalepsie. Quels qu'ilssoient, passes magnétiques ou gestes bizarres destinés à lancer un prétendu fluide, tous aboutissent aux mêmes résultats; ils ont seulement l'importance que leur prêtent des théories ou des croyances subjectivement préconcues.

Réprouvant doric toute cérémonie mimique, je me contentais de dire : «Dormez! » et la catalepsie se produisait. Je supprimai même cette formule, si peu matérielle qu'elle fût;je concentrai sur elle-même toute la force de ma volonté, je la dépouillai de tout symbole mimique ou phonique, je la condensai, pour ainsi dire, en vue d'obtenir le sommeil magnétique chez une personne prédisposée : celle-ci, sans y être préparée par aucune conversation antérieure ni aucun signe, ni aucun acte capable d'expliquerphysiologiquement le fait, s'arrêtait court au milieu d'une phrase, les membres et le regard fixés dans l'immobilité et l'insensibilité cataleptiques.

— Pourquoi dormez-vous? Allons! éveillez-vous, lui dis-je pour donner le change aux personnes présentes sur la véritable cause de la crise. — Vous savez bien que je ne peux pas m'éveiller, répondit le sujet. — Pourquoi? — Parce que vous voulez que je dorme. —Ce que vous dites là est faux : comment savez-vous ce que je veux? Vous ai-je dit de dormir? —Vous ne me l'avez pas dit ; vous dites le contraire, pour faire le taquin ; mais je sais bien que vous le voulez. — Que faut-il faire pour vous éveiller? — Le vouloir.

Je voulus le réveil du sujet, comme j'avais voulu son sommeil, c'est-à-dire sans manifester extérieurement par des gestes ou des paroles l'essence de ma volonté : le réveil s'effectua rapidement.

Je réussis souvent cette expérience : j'en conclus que la volonté d'un opérateur est l'instrument unique ou tout au moins prépondérant dans la production de la catalepsie artificiellement provoquée, qu'en un mot la mise en scène des passes, des gestes cabalistiques, des regards impérieux ou mystiques est une superfetation ». (L'auteur oublie que tous les sujets ne sont pas suggestibles mentalement). «Sans en nier complètement l'utilité, je suis obligé par les faits de constater, que celle-ci puise son pouvoir dans la direction intentionnelle, que soutenue par une volonté ferme et énergique, elle concourt au succès, mais ne le crée pas sanscette volonté, qu'enfin la volonté seule suffit sans l'intermédiaire d'aucun acte extérieur, pour provoquer artificiellement la catalepsie.

Il en est de même pour tous les actes accomplis par l'opérateur, dans le but d'obtenir tel ou tel résultat: la volonté seule donne à l'acte son efficacité. Ainsi, par exemple, en vertu d'idées à priori, je crus qu'une pression exercée par moi sur le creux épigastrique d'une personne cataleptisée provoquerait chez elle les manifestations d'un bien-être extatique : l'effet confirma mon hypothèse. Je demandai à un de mes amis de comprimer à ma place ; aussitôt des secousses cloniques, attendues subjectivement par moi, agitèrent le sujet, et cessèrent au moment où je touchais moi-même la personne qui comprimait le creux épigastrique de la caleptisée, pour recommencer dès que j'interrompais mon contact.

Une autre fois, accaparé par un système sur la marche des fluides dans les organismes vivants, jecrus, qu'en touchant les pieds d'un sujet catalsptisé, on devait obtenir chez lui des contractures brusques, qu'on pouvait faire disparaître en touchant simultanément la tête et les pieds : tout se passa selon mes prévisions, mais cela ne prouve pas que ces effets physiologiques soient liés indissolublement à ces manœuvres; d'autres procédés, de nature quelconque, auraient réussi, à la condition que psychiquement, j'aie cru à leur efficacité.

Peu importe la formule, la force volitive est tout. C'est à ce sujet qu'il importe de méditer cette parole évangélique ; « La lettre tue, l'esprit vivifie (*) ».

(*) Perronet,Du Magn. an., Paris, 1884, p. 15-17.

Grâce à l'impulsion donnée aux recherches scientifiques parla Société de psychologie physiologique, présidée par M. Charcot, ces anciennes découvertes des magnétiseurs ont été confirmées par plusieurs savants, et désormais on s'occupe vivement de rassembler lepîus grand nombre possible de cas bien observés, pour pouvoir en tirer des conclusions théoriques. On a assez longtemps blagué les magnétiseurs et en particulier les volontistes, pour qu'il soitjuste de leur faire une amende honorable et de rendre suùm cuique. Voyons ce qui a été publié par les membres de cette Société, au sujet de la participation de la volonté dans les expériences magnétiques.

En cherchant à déterminer dans quelles conditions et par quelle influence le sommeil était provoqué chez Mme B..., M. Pierre Janet constata ce qui suit :

1). Que la fixation du regard était inutile ;

2). Que la pression de la main favorisait un peu le sommeil et le rendait plus profond ;

3). Que la production était encore plus prompte, si au lieu de presser simplement la main on appliquait exactement le pouce contre celui du sujet; mais

4). Que toutes ces manoeuvres restent sans influence, si la pensée est distraite et si la volonté n'intervient pas.

Hâtons-nous de dire qu'il s'agit d'une monographie et non d'une théorie générale. Malheureusement on oublie trop souvent cette différence. Il est vraiment étonnant que des physiologistes, qui savent généraliser avec prudence quand il s'agit des recherches ordinaires, perdent la tête, dès qu'ils ont affaire à l'hypnotisme. Et non seulement ils perdent la tête, mais ils se croient dispensés de toute circonspection vis-à-vis des faits, affirmés par les magnétiseurs. Les magnétiseurs ont observé ceci ou cela sur mille personnes—donc c'est une blague; moi j'ai vu ceci ou cela chez M. X. et chez MZ, donc : « les personnes hypnotisées se conforment d'une telle et telle manière. »Ilva sans dire que l'hypnotisme estsynonyme du magnétisme, et voilà une observation généralisée, imposée par l'autorité de l'observateur, et qui n'a absolument aucune valeur scientifique, pas même individuelle, parce qu'on a négligé de préciser les particularités de l'individu et parce qu'on n'a pas dit, si le sommeil a été provoqué par un bouton brillant ou par des passes. Donner à un magnétiseur expérimenté l'opuscule malheureux de Heidenhain par exemple, qui est pourtant un physiologiste éminent, il haussera tout simplement les épaules. 11 y a beaucoup plus de vérité dans les exagérations de M. Dupotet, que dans les observations savantes de M. Heidenhain; Je serais embarrassé si on me demandait d'indiquer une seule page de Heindenhain, qui pourrait être admise sans restriction. Croyez-vous qu'en écrivant un traité sur l'hypnotisme ou le « soi-disant magnétisme » il a au moins eu la prudence de lireBraid? Pas plus que Mesmer. Et cependant s'il s'agissait de l'action de la cocaïne ou de la narcéine il aurait sans doute étudié ses devanciers ! ~ Voilàce que c'est der Fluch der boesen That, comme disent les Allemands. La science a repoussé et ridiculisé le magnétisme, c'est le magnétisme maintenant qui lui renvoie la malédiction.

Donc, sans généraliser, puisqu'il est certain que dans la plupart des cas, l'action mentale de la volonté ne pourra pas être démontrée, voyons ce qu'ont observé les expérimentateurs non prévenus chez quelques sujets privilégiés :

12). « M. Gibert tenait un jour la main de Mme B... pour rendormir; mais il était visiblement préoccupé et songeait àautre chose qu'à ce qu'il faisait : le sommeil ne se produisit pas du tout. Cette expérience répétée par moi (dit M. Janet) de diverses manières, nous a prouvé que, pour endormir Mme B..., il fallait concentrer fortement sa pensée sut l'ordre dit sommeil qu'on lui donnait, et que plusla pensée de l'opérateur était distraite, plus le sommeil était difficile à provoquer. Cette influence de la pensée de l'opérateur, quelque extraordinaire que cela paraisse, est ici tout à fait prépondérante, à un tel point qu'elle peut remplacer toutes les autres. Si on presse la main de M B... sans songer à l'endormir, on n'arrive pas à provoquer le sommeil; au contraire, si l'on songe à l'endormir, sans lui presser la main, on y réussit parfaitement. En effet, nous laissâmes Mme B... assise au bout de la chambre, puis, sans la toucher et sans rien dire, M. Gibert, placé à l'autre bout, pensa qu'il voulait la faire dormir : après trois minutes le sommeil léthargique se produisit. J'ai répété la même expérience plusieurs fois avec la plus grande facilité: il me suffisait, en me tenant il est vrai dans la même chambre, de penser fortement que je voulais l'endormir et elle s'endormait en effet. Je réussis même ainsi à l'endormir un jour malgré elle et quoique elle fut dans une grande agitation, mais il me fallut cinq minutes d'efforts. M. Janet ajoute encore : « IIm'est arrivé plusieurs fois, en attendant M. Gibert, de rester prèsdeM B... dans la mêmeattitude méditative, dans le même silence, sans pensera l'endormir, et le sommeil ne commençait pas du tout. Au contraire, dès que, sans changer d'attitude, je songeais au commandement du sommeil, les yeux du sujet devenaient fixes, et la léthargie commençait bientôt. En second lieu, si l'attitude des personnes présentes eût suggéré le sommeil, je ne m'expliquerais pas pourquoi la personne seule qui avait provoqué le sommeil par la pensée, pouvait provoquer pendant la léthargie les phénomènes caractéristiques de la contracture et de l'attraction (*). » (C'est encore un caractère du sommeil magnétique, qui n'existe pas dans l'hypnotisme. Par conséquent, ceux qui confondent les deux phénomènes, et après avoir obtenu le sommeil magnétique, sans le savoir, disent : c une pression ou excitation mécanique provoque ceci pu cela », commettent une erreur, parce que la pression ou excitation comme telles, n'y provoquent absolument rien. La littérature hypnotique fourmille de pareilles inexactitudes.)

(*) P. Janet, Notes sur quelques phénomènes du somnambulisme, Bul. de la Soc. Psych. phys., 1885).

13). «Dans le cours de l'année 1873, raconte M. Richet, étant alors interne à l'hôpital Beaujon,j'ai fait beaucoup d'expériences de somnambulisme. Je n'ai pu constater que sur un seul des sujets endormis par moi, le somnambulisme à distance. » (Pour le moment, je ne cite que les expériences qui ont eu lieu dans la même chambre et qui prouvent seulement l'action de la volonté). « C'était une jeune femme d'environ vingt-cinq ans (couchée, si je ne me trompé, au lit n° 11 de la salle des femmes), qui, d'abord difficilement accessible au sommeil, finit, par le fait de l'éducation, par pouvoir être endormie avec une grande facilité. D'abord Je l'endormais par des passes; puis, plus tard, en lui touchant la main; puis, enfin, simplement en entrant dans la salle. — Le matin, quand j'entrai avec mon chef de service M. le professeur Le Fort, je la voyais aussitôt, dans le fond de la salle où elle était, s'endormir. Mais, comme je ne voulais pas qu'elle fût dans cet état au moment où M. Le Fort serait à côté d'elle, je faisais tous mes efforts pour la réveiller mentalement, et, de fait, elle se réveillait toujours quelques instants avant que M. Le Fort arrivât au lit n° 11 (*)'. »

(*) Ch. Richet, Un fait de somnambulisme à distance (Bull. de la Soc. de Psych.) phys.,1885).

14) « L'observation que je rapporte ici (c'est M. le Dr Héricourt qui parle) date de l'année 1878, époque à laquelle je l'ai communiquée à mon ami M. Charles Richet, qui l'a gardée fidèlement et prudemment dans ses cartons, pour des raisons faciles à comprendre. Il s'agit d'une jeune femme de vingt-quatre ans, d'origine espagnole, veuve et mère dune petite fille de cinq ans. Mme D... est petite, maigre, très brune, a le système pileux très développé. L'examen le plus minutieux n'a pu faire découvrir chez elleaucune trace hystérique personnelle ou héréditaire. — Quand j'essayai de produire l'hypnotisme » (il s'agit du magnétisme) « chez M D..., elle n'avait été soumise auparavant à aucune expérience de cette nature. La première tentative réussit d'ailleurs pleinement, après une dizaine de minutes passées à la regarder fixement et à lui tenir fortement les pouces à pleine main. Par la suite, lé même résultat était obtenu, mais seulement en la regardant ou eh lui touchant la tête ou la main pendant quelques secondes à peine, et puis, enfin, en faisant moins encore, comme on va voir tout à l'heure. — L'état de Mme D... était alors d'emblée celui du somnambulisme lucide; la conversation était facile, l'intelligence du sujet était vive, sa sensibilité paraissait exaltée, et sa mémoire remarquable; toute image évoquée provoquait une hallucination, mais ce phénomène n'apparaissait jamais spontanément. »(C'étaitdonc un état polyidéique, avec tendance au monoîdéisme passif). « En même temps, il y avait une insensibilité complète à la douleur, et les membres, qui étaient le siège d'une hyperexcitabilité musculaire très nette, étaient mis en catalepsie parle simple attouchement sans que l'état psychique fût en rien modifie.» (C'est là un phénomène très commun en magnétisme et qui prouve 4° qu'il n'est pas nécessaire d'ouvrir les yeux du sujet pour provoquer la catalepsie, et 2° que la catalepsie peut exister en somnambulisme, et que, par conséquent, il est impropre de considérer ces deux états comme deux phases distinctes. En général, toutes les classifications, basées uniquement sur lès caractères extérieurs doivent être nécessairement défectueuses, car tous les, caractères extérieurs peuvent être provoqués dans tous les états hypnotiques et même à l'état de veille. 11 n'y a que les caractères psychiques qui peuvent servir de base pour une classification sérieuse. Le somnambulisme est avant tout un phénomène cérébral et par conséquent il n'y a pas lieu de chercher ailleurs les caractères différentiels de ses phases. Ou peut seulement dire par exemple : aîdéieou polyidéie cataleptique ou simplement paralytique, suivant les deux cas où les membres restent flasques ou conservent l'attitude imprimée.) « Au réveil, que je provoquais en promenant le doigt sur les paupières supérieures, la mémoire de ce qui venait de se passer était complètement perdue; mais, dans l'état second elle faisait une chaîne ininterrompue des faits de son état de veille et de ceux de son état de sommeil. — J'ai dit que j'endormais Mme D... avec une facilité chaque jour plus grande. En effet, après quinze jours environ de cet entraînement spécial, je n'avais plus besoin pour obtenir ce résultat ni du contact, ni du regard : il me suffisait de vouloir tout en m'abstenant de toute espèce de gestes qui pût trahir mon intention. Etait-elle en conversation animée au milieu de plusieurs personnes, tandis que je me tenais dans quelque coin, dans l'attitude de la plus complète indifférence, que je la voyais bientôt, à mon gré, lutter contre le sommeil qui l'envahissait, et le subir définitivement; ou reprendre le cours de ses idées, selon que moi-même je continuais ou cessais d'appliquer ma pensée au résultat à obtenir. Et même je pouvais regarder fixement mon sujet, lui serrer les pouces ou les poignets, et faire toutes les passes imaginables des magnétiseurs de profession, si ma volonté n'était pas de l'endormir, ilrestait parfaitement éveillé, et convaincu démon impuissance (*).

(*) J. Hêricourt, Bull, de la Soc. de Psych. phys. 1885.

15). Enfin, une quatrième observation de ce genre a été rappelée à la société par M. Glay. Elle est due à M. Dusart ancien interne des hôpitaux de Paris et a été publiée dans la Tribune Médicale (ndes 16 et 30 mai 1875). «Il s'agit d'une jeune fille de quatorze ans, à laquelle M. Dusart fut appelé, en 1869, â donner ses soins pour des troubles hystériques graves : paralysie de la vue et de l'odorat, perversion du goût, abolition des mouvements et de la sensibilité dans le bras droit et dans les deux jambes, œsophagisme, rachialgie, tendance au suicide. Voici comment M. Dusart eut l'idée d'endormir sa malade : «Le spasme de l'oesophage était tel qu'il fallait la nourrir à la sonde; mais, dominée par des idées de suicide, elle engage chaque fois avec nous une lutte acharnée pour s'opposer à l'introduction de tout aliment. Nous devons être trois, souvent quatre. pour triompher de sa résistance. Les aliments introduits, la malade fait deshaut-le-corps, des efforts de vomissements, crache d'une façon continue et pousse des hurlements pendant plusieurs heures. — Les parents, dont l'intelligence est au-dessous de la moyenne et qui sont imbus de préjugés, s'opposent à l'emploi des stupéfiants et de tout agent susceptible d'apporter du calme. Dans de telles conditions la malade dépérit rapidement et nous donne de vives inquiétudes. Celte lutte pour l'alimentation dure depuis les premiers jours de juin jusqu'à la fin d'octobre. C'est alors que je proposai à la famille un moyen, auquel je songeais depuis quelque temps, le sommeil magnétique. — Toutes mes notions sur le magnétisme se bornaient aux quelques souvenirs que j'avais conservés lors de mon passage, comme interne dans le service d'Aran. J'avais souvent vu ce médecin endormir une hystérique, et je me disais quej'améliorerais sans doute beaucoup la situation de MJ... si je pouvais assurer sa digestion en provoquant après chaque repas un état de sommeil, ou tout au moins, de calme suffisant. » M. Dusart essaya donc de l'endormir au moyen de passes, comme il avait vu faire Aran; il réussit et put facilement alimenter sa malade. C'est en se demandant comment se produisait ce sommeil qu'il fut amené à observer les phénomènes suivants : « J'ai observé que quand, en faisant des passes, je me laissais distraire par la conversation des parents, je ne parvenais jamais à produire un sommeil suffisant, meme après un long espace de temps. Il fallut donc faire une large part à l'intervention de ma volonté » (et de la distraction du sujet). « Mais celle-ci suffisait-elle sans le secours d'aucune manifestation extérieure ? Voilà ce que je voulus savoir. — A cet effet, j'arrive un jour avant l'heure fixée la veille pour le réveil et, sans regarder la malade, sans faire un geste, je lui donne mentalement l'ordre de s'éveiller : je suis aussitôt obéi. A ma volonté, le délire et les cris commencent. Je m'assieds alors devant le feu, le dosau lit de la malade, laquelle avait la face tournée vers la porte de la chambre, je cause avec les personnes présentes, sans paraître m'occuper des cris de MJ..., puis, à un moment donné, sans que personne se fût aperçu de ce qui se passait en moi, je donne l'ordre mental du sommeil, et celui-ci se produit. Plus de centfois l'expérience fut faite et variée de diverses façons : l'ordre mental était donné sur un signe que me faisait le DrX..., et toujours l'effet se produisait. Un jour, j'arrive lorsque la malade était éveillée et en plein délire; elle continue malgré ma présence à crier et s'agiter, je m'assiedset j'attends que le DrX... me donne le signai. Aussitôt celui-ci donné et l'ordre mental formulé, la malade se tait et s'endort. — « Vous saviez que j'étais là depuis quelque temps?—-Non monsieur, je ne me suis aperçue de votre présence qu'en sentant le sommeil me gagner; j'ai eu alors conscience que vous étiez devant le feu (*). »

(*) E. Glay, A propos d'une observation de sommeil provoqué à distance (Bull., 1885).

Cette dernière remarque explique comment la transmission mentale, opérée à la suite d'une concentration de la pensée, peut simuler la vision. En même temps que la volonté, quelques sensations se transmettent aussi et produisent, dans l'esprit du sujet une image visuelle de l'opérateur et de son entourage ; une hallucination véridique, comme dit très bien M. F. Myers.

Plus souvent encore l'action de la volonté, sans pouvoir se transmettre comme telle, fortifie seulement l'action physique du magnétisme, qui peut avoir lieu sans cette concentration spéciale, et il y a tous les degrés possibles entre une action purement idéoplastique, idéoplastique et physique, purement physique, physique et mentale. La première est la plus commune, la dernière la plus rare. L'action physique tient le milieu quant à l'évidence, mais elle s'ajoute si souvent, ou plutôt elle est si souvent sensible, qu'on n'aura pas de peine a le constater.

C'est encore cette dernière catégorie de la transmission volontaire médiate que je voudrais mentionner, avant de passer aux phénomènes les plus extraordinaires de la suggestion.

Lorsque votre main agit sur un malade éveillé, il faut toujours supposer le concours de l'idéoplastie, mais on peut expérimenter sur dès petits enfants endormis et alors il est difficile, surtout à une première expérience, d'invoquer l'imagination comme causé unique de l'action. Ce ne sera pas une preuve de l'action mentale de la volonté (du moins pas une preuve directe) mais bien une, preuve de l'action physique, et celle-là n'est compréhensible qu'avec celle-ci. Je mentionne ces expériences avec, un plaisir particulier, parce, qu'elles ont causé la conversion d'un vieux pécheur, très estimé et de grand mérite. Il s'agit de M.le Dr Liébeault, apôtre de la théorie suggestionniste et le père de l'école hypnotique de Nancy. Pendant plusieurs dïxaines données il confondit, comme tout le monde, l'hypnotisme avec le magnétisme et rejeta l'action physique. Ce sont les petits qui l'ont converti, et, détail curieux, c'est une suggestion de M. Bernheim qui achevala conversion...

... « Nous cherchâmes, rapporte M. Liébeault, à répéter nos expériences surun enfant encore plus jeune, d'après le conseil quenous donne M. lé professeur Bernheim. 'Et, en principe, c'est ce même mode d'expérimenter que Dùpotet et M. Dumont avaient employé déjà avec avantage sur de très jeunes sujets, dans un but exclusivement physiologique, mais, au contraire de nous, en agissant à distance. Aussi frappé de cette idée juste, nous nous mîmes à l'affût d'une occasion d'expérimenter ainsi, et nous né-tardâmes pas à la rencontrer. Une petite, nommée Louise Meyer,âgée de un an, nous fut présentée, dans la condition que nous désirions. Depuis quatre semaines, cette enfant pleurait nuit et jour, et malgré les soins d'un fort bon médecin, aucun mieux n'était encore survenu. Elle nous parut avoir des coliques continues, effet d'une constipation opiniâtre. A peine si elle dormait de temps à autre cinq à six minutes de suite. Pendant un de ces courts sommeils, et par conséquent à son insu, nous prolongeâmes cet état et nous la tînmes vingt minutes sous nos mains, jusqu'à ce qu'il y eut signe de réveil. De ce moment, comme par enchantement, elle ne pleura plus, dormit même une grande partie de la nuit, et nous revint le lendemain tranquille et commençant à avoir des selles. Trois séances faites les jours suivants, mais sans qu'elle dormit, achevèrent la guérison. »

Ce fait peut paraître extraordinaire à un médecin qui ne connaît que les drogues, mais c'est un fait banal pour les magnétiseurs, fait, que j'ai maintes fois constaté. Et il n'est pas nécessaire d'admettre, qu'un enfant d'un an ait lu les ouvrages de M. Dupotet, ou, assisté à une séance de M. Donato, pour avoir une foi robuste, indispensable à l'action hypnotique : on peut le guérir tout de même.

M. Liébeault cite quarante-cinq observations semblables, et en homme sincère et qui sait observer, il conclu :

« D'après les effets curatifs, que nous venons de relater, nous sommes conduit à admettre une action directe de la neurilitè.,. » (pourquoi seulement de laneurité ? C'est le corps tout entier qui agit physiquement; l'action nerveuse, et principalement l'action mentale ne fait qu'accentuer et affirmer cette action. J'ai constaté entre autres, que la promptitude de l'action curative dépend de beaucoup des impressions agréables que vient d'avoir le magnétiseur, mais elle s'exerce toujours plus ou moins, lorsqu'un organisme malade est magnétisé par un homme sain, même sans une volonté particulièrement tendue)... « se transmettant d'homme à homme, et a ce caractère essentiel, irréductible et suigeneris, celui de rétablir le fonctionnement physiologique des organes. Un ébranlement nerveux, chez tous nos malades, s'est transmis de nous à leurs systèmes nerveux, et, par suite, nous ne savons trop de quelle manière, a excité les organes lésés, dans un sens bienfaisant... »

« Quoique magnétiste psychologiste et longtemps adversaire de la théorie du fluide par externation, il ne m'est plus possible de soutenir que certains phénomènes ne soient pas dûs à l'action d'un organisme sur un autre, sans aucune intervention consciente du sujet mis en expérimentation... »

« Ce ne serait pas un mince progrès, si ces deux différentes manières de voir étaient enfin acceptées l'une et l'autre; car elles permettent de rendre raison de faits nombreux qui, auparavant, paraissaient inexplicables par l'une seule... »

« En attendant, nous invitons les vrais amis de la science, ceux qui, indépendants, ne reconnaissent pas l'infaillibilité des académiciens, nous les invitons à vérifier nos expériences ; le travail en est facile, et nous sommes sûrs, qu'ils confirmeront nos conclusions, de même que nous avons confirmé celles du magnétiseur de Liège, M. Longpretz...(*) »

(*) D Liébeault, Etude sur le zoomagnétisme Paris-Nancy, 1883, p. 4, 24 et 28.

Ces mots ont été écrits il y a trois ans. Depuis, pas un seul savant n*a essayé de vérifier les assertions de M. Liébeault. On a attendu cent ans, on peut bien attendre encore un peu. Malheureusement l'affaire est difficile : il faudrait trouver un médecin indépendant...

Rara avis !



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Titre Originel: Book Title : De la suggestion mentale

Ces livres vous sont proposés dans le cadre d'un projet culturel.
Nous voulons porter l'attention sur les thèmes de la vraie tradition  magnétique et fascinative originelle dans laquelle nous avons été initiés.

Il s'agit de techniques puissantes, aux effets beaucoup de fois extraordinaires, ayant leurs bases dans des concepts energétiques. (elles sont l'équivalent en occident de tradition millénaires basés sur l'énergie paragonables la tradition de la kundalini).

Ce sont des techniques aussi utiles dans la vie pratique: elles peuvent etre utiles dans la thérapie, dans les situations personnelles (magnétisme personnel), dans les rélations et dans beaucoup d'autres situations.

Il s'agit ici de pratiques connectées à une école très ancienne (millenaire, étant déjà présente chez les Romains).
Ces techniques très puissantes jusqu'à maintenant n'ont jamais été revélées en entier par écrit.

Les livres contiennent seulement une partie de l'enseignement original mais peuvent etre utiles pour rentrer dans l'esprit.

Dr. Paret et un amis ont été initiés dans la tradition originelle par l'un des dernier pratiquant, un des très rares fascinateurs magnétiques encore vivant, qui vivait en retrait, et ne voulait pas que ce trésor de connaissance se perdait.

Pour acceder aux systhème complet il leur à fallu quinze ans d'attente.

En plus nous avons recherché longtemps toutes les personnes soi-disant magnetistes, hypnotiseurs et fascinateurs et nous en avons extraits les mèthodes d'une façon comparative.

C'est pour ça que nous pouvons dire qu'il s'agit de quelque chose de nouveau.

Le systhème complet est constitué par nombreux exercices physiques (une espèce de gymnastyque energètique) et mentaux.

Ces exercises sont aussi très regeneratif pour la personne.
Ils augmentent son impact, son influence personnelle et beaucoup d'autres qualités.
A ce modèle se connecte un modèle très comprehensif de l'homme.

Nous vous proposons ces techniques dans une formation pratique à la quelle nous avons donné le nom de Mesmerismus®, bien que nos techniques soient derivés d'une tradition bien plus anciennes que celle de Mesmer.
Elles s'appuient sur une ècole secrète et initiatique, que aussi Mesmer à connu mais lui aussi à en partie tenu cachée.

Il s'agit de techniques complétement naturelles.

Elles reveillent l'homme au soi mème naturel, ou il peut trouver le maximum de pouovoir, et peuvent en aider le dèvéloppement personnel et spirituel.

Elles sont des techniques très puissantes, qui ouvrent à nouvelles dimensions, soit spirituelles que pratiques.

Dans beaucoup de cas elles vont au delà des techniques plus modernes, soit comme simplicité que comme efficacité.
La connaissance de deux approches est conseillé. Nous mèmes, au début, nois avions recherché dans la modernité l'explication des résultats, pour nous rendre compte finallement qu'il s'agissait d'une technique à soi-meme.

Pour reinseignements sur nos prochains cours vous pouvez nous contacter à travers:
http://www.pnl-nlp.org/courses/contactus.php

Ce que nous venons d'étudier est la chose plus puissante par rapport aux techniques mentales. Nous avons obtenu d'innombrables résultats avec notre approche de recherche qui se base sur la recherche de la reproducibilité. Ce projet unique à la recherche d'anciennes traditions secrétes est en collaboration avec: le Consortium Académique euro-asiatique CAIRN, avec l'Association Française d'Etudes Metapsychiques (fondée en 1941) et avec:


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