CHAPITRE IV TRANSMISSION DES IDÉES
Idées et sensations. — Mérites de la Société
anglaise. — Conditions de la transmission des idées. — Transmission latente. —
Communauté des idées dans l'histoire. — Les épidémies des idées. — Saint
Augustin et Albicerius. — Les saints lucides. — La physiologie des
possédés. — « Les commandements intérieurs »>. - Comment la science profite
des préjugés. — Un document officiel de la transmission des idées. — Un diable
qui adore Jésus-Christ. — Le démon polyglotte. — La langue des extatiques et la
transmission de la pensée. — Opinion du Dr Calmeil. — Cent preuves de
suggestion mentale. — Observation du Dr Bertrand. — Observation du
marquis de Puységur. — Une expérience mémorative. — Les découvertes du Dr
Petetin. — Défense de Deleuze. — Expériences récentes de la Société anglaise. —
Faits observés par Lafontaine, Soudière, Dr Teste, Dr
Charpignon, Joly, Tissot, Noizet, Barret, Maricourt, DrPuel, DrComet, DrFrappart, Houdin, Baragnon et Dr
Barrier.
Avec le transfert des sensations, nous quittons le
terrain de la localisation sympathique. Les idées ne sont plus localisées.
Évidemment, comme partout, il y a des degrés.
Les sensations de la vue et de l'ouïe ont moins de
rapport local avec leurs organes, que les sensations du toucher — mais elles se
rapprochent tellement des idées proprement dites, qu'il est inutile de les
traiter à part. Si je transmet l'image d'un roi de carreau en le regardant, ou
en l'imaginant seulement, il n'y aura là qu'une
différence de degré de clarté delà représentation, tandis que dans les sensations
tactiles, que nous venons de passer en revue, l'êlement émotionnel constituait
une différence marquée.
Dans la sphère des idées, on s'attendra donc aune action plus subtile, et il est présumable,
qu'une transmission directe et nette y sera plus rare encore.
On se rappelle les expériences faites avec MD, (p. 70); mais c'est surtout à
la Société anglaise des recherches psychologiques qu'incombe l'honneur d'avoir
réalisé un grand nombre d'études pareilles, faites avec une précision et une
persévérance remarquables. Elles doiventêtre considérées non seulement commele
pointde départ de l'étude de
la suggestion mentale, mais en général comme un nouvel essor donné à la science
psychologique tout entière. Il n'y a pas de doute qu'elles feront époque dans
la psychologie moderne.
Dans plusieurs de mes écrits polonais, à partir de
1869, et surtout dans une étude sur l'état actuel de la psychologie, publiée en
1881 par la Revue philosophique(*) de M. Ribot, je fis ressortir la
nécessité absolue des travaux collectifs en psychologie. C'est la
Société anglaise qui les a réalisés la première, et aussi l'on peut voir quel
pas énorme nous venons de faire dans ces dernières années!
(*) Projet d'un congrès
international de psychologie. La Rev. Philos. Paris, t. XII. 1881, p. 1-17.
Les résultats des recherches de cette Société sur
la suggestion mentale, sont consignés dans quatre rapports d'un comité spécial,
dont faisaient partie MM. Edmond Gourney, F.-W.- N. Myers, F. Podmore et W.-P.
Barret professeur de physique au Royal-Collège of Science for Ireland. Des expériences
ont été faites aussi par M. Henry Sidgwick et le professeur Balfour Stewart.
Elles ont été faites àBuxton, à Cambridge, à
Dublin, à Liverpool, etc.
Partout le résultat fut le même: la constatation
de l'existence du phénomène. Voici les proportions obtenues dans les premières
séries :
Avec suggestion mentale Sans suggestion
mentale
|
1 succès sur 11/2expérience.
1 — 3 3/4
— 1 — 13 —
1
—12 1/2 -
1
_ 10
____
1
— 3 1/2
—
1
—
2
—
|
1 succès sur 82 expériences.
1 — 90
—
1
-
52
1 - 90
—
1 — 52
—
1 - 12
—
1 _ 4
—
|
|
En moyenne 1 sur 5 1/4
|
En moyenne 1 sur 43.
|
Elles ont porté sur des cartes de jeu, différents
objets, des noms et des numéros. Mais les résultats les plus intéressants ont
été obtenus avec des figures dessinées. On trouvera dans le Iervol. part. IIIe,
july 1883, une série de tables démonstratives.
Mes expériences avec des dessins sont beaucoup
moins remarquables, et je crois qu'il y a sous ce rapport, comme sous d'autres,
de grandes différences individuelles, surtout concernant les sujets, mais aussi
les opérateurs. Je crois, par exemple, avoir remarqué qu'une image presque
hallucinatoire se transmet mieux qu'une image réellement vue, malgré la clarté
apparente plus grande dans ce dernier cas. Mais il est certain qu'une image
mentale hallucinatoire est plus monoidéique qu'une image simplement vue.
Il y a aussi des différences par rapport au sujet; les uns sont influencés
mieux par des images visuelles, les autres par des sons mentaux, d'autres par des
images motrices. Il paraît aussi que la transmission est sensiblement
favorisée, lorsque deux personnes, capables de concentrer bien leur pensée,
agissent à la fois, et lorsque l'une pense à l'aide des images visuelles et
l'autre à l'aide des sons des mômes images,
prononcées mentalement.
Mais, ce qui est surtout digne d'attention, et ce
qui ressort clairement de mes expériences, c'est que les succès se manifestent
par séries, c'est-à-dire qu'il y a des fluctuations dans l'état du sujet, qui
favorisent ou s'opposent à la transmission. Ces séries sont peut-être plus
constantes à l'état de somnambulisme qu'à l'état de veille, mais le principe de
l'impressionnabilité sympathique reste toujours le même. Pour que la
transmission puisse avoir lieu, le cerveau ne doit pas être trop engourdi
(aïdéie), ni trop distrait (poiyidéie), ni trop absorbé dans ses propres idées
(monoïdéie active) ; il doit, au contraire être passif, mais capable de
fonctionner avec absorption (état de monoïdéie naissante passive). Plus
l'état momentané se rapproche de cette limite, et plus la transmission a des
chances de réussite.
Maintenant, à part la transmission immédiate, il
existe une transmission latente et retardée. L'état du sujet peut ne pas
permettre une communication directe (à cause de la pression des idées qui
l'occupent, ou bien à cause de l'engourdissement du cerveau); mais la
communication s'effectue tout de même insensiblement, et l'idéeperçue en
cachette apparaît d'une façon inattendue dans une expérience suivante, ou
en dehors des experiences. M. Richet a déjà fait cette remarque, très
importante, que la transmission s'effectue plus facilement du conscient à
l'inconscient, qu'entre deux états conscients. Est-elle plus facile encore
entre deux états inconscients? Pour le moment, nous ne sommes pas en mesure de
trancher cette question. Peut-être faut-il que l'état transmetteur soit plus
fort et généralement (pas toujours) les états conscients sont tels — mais
peut-être aussi entre deux états inconscients, malgré leur faiblesse
habituelle, le réglage sympathique est-il plus facile?..
Quoi qu'il en soit, les meilleures conditions pour
les transmissions connues, sont les suivantes :
Dela part de l'opérateur : L'état
du monoïdéisme déclaré et actif;
De la part du sujet : L'état du
monoïdéisme naissant, passif.
Le premier se rapproche du polyidéisme ; le second
de l'aïdéie.
Par conséquent, le sujet-récepteur ne doit pas
réfléchir ni deviner, mais subir l'action de l'idée transmise. On peut
dire, presque sans hésitation, que cette transmission — même quand elle a lieu
dans un état conscient — s'effectue toujours par l'intermédiaire des couches
inconscientes de l'esprit. C'est pourquoi le sujet peut rarement dire d'où lui
vient l'idée transmise, et il est plutôt tenté de la considérer comme un acte
spontané de son propre esprit, que comme une suggestion d'autrui. Deux, ou même
plusieurs idées peuvent être transmises à la fois par deux ou plusieurs
transmetteurs, mais alors elles subissent encore plus l'influence du milieu
individuel qui les reçoit, et se confondent généralement en une résultante, en
un complexus modifié et assimilé aux associations personnelles.
Il est permis de supposer que la plupart des
transmissions, réalisées dans la vie commune, restent pour toujours
inconscientes, quoique manifestes dans leurs effets. Elles nous expliquent en
partie ce phénomène, indubitable dans l'histoire de la civilisation, que
certaines idées, certaines tendances et aspirations, dominent à certaines
époques, et que les réformes et révolutions se manifestent souvent
simultanément, dans des contrées fort éloignées, et presque sans relations
réciproques.
Les premiers siècles du christianisme, l'époque
des croisades, celle de la Renaissance, celle de la
grande Révolution, présentent des exemples frappants à ce sujet. II est aussi
remarquable que le mouvement littéraire, connu sous le nom de romantisme, fit
son évolution presque simultanément partout, même au Japon; que les années
4830-31 et 4846-48 se ressemblent tellement dans différents pays, etc., etc.
Il y a des épidémies d'idées, incontestablement.
Mais ici encore, comme dans les catégories précédentes de transmission, l'imitation
prévaut de beaucoup sur la communication directe, et il nefaut pas se laisser entraîner à des conjectures
fantastiques. Bornons-nous à signaler un élément en plus dans
l'explication positive de certaines communautés d'esprit, un élément du reste
très peu perceptible, dans la mécanique générale de l'histoire.
Dès qu'on est arrivé à se convaincre de la
possibilité d'une transmission de pensée, on devait s'attendre à en trouver des
traces même dans l'antiquité. Tout rare qu'il puisse être, ce phénomène ne
devait pas échapper à l'attention des auteurs, qui ont scrupuleusement noté les
manifestations extraordinaires des facultés humaines.
Je me contenterai à signaler quelques exemples
seulement, vu le peu de valeur scientifique de ces observations lointaines :
Saint Augustin rapporte qu'à l'époque où il
était manichéen, il consultait les devins. Licentius qu'il met en scène dans
ses livres contre les académiciens, lui rappelle la lucidité d'un certain devin
nommé Albicerius. Un nomme sage et célèbre (Flaccianus) alla trouver
Albicerius, après avoir formé le projet d'acquérir un héritage, et l'entretint
dans le but de lui faire révéler ce dessein secret, afin déjuger de son habileté. Le devin lui dit aussitôt
la nature de l'affaire dont il s'agissait, mais, ce qui excita encore plus
l'admiration de Flaccianus, il lui spécifia, sans hésiter, te nom de cet
héritage, sibarbare et si difficile,
qu'âpeine Flaccianus lui-même pouvait s'en souvenir. Albicerius devinait encore les pensées de ceux qui l'interrogeaient (*).
(*) Cent. Academ., lib. I, cap. 6,no. 17, 48, t. I. — L'abbé Flottes, Etudes sur saint Augustin, p 19 et s. —
A.-S. Morin, Les lucides d'autrefois, (L'Union magnétique» Paris, 1867, n°
311, p. 640.)
Ce qu'il y a de remarquable dans ce récit, ajoute
Morin, c'est que la lucidité du devin n'est nullement attribuée à une
révélation de Dieu ou de ses auxiliaires, puisque saint Augustin, devenu
chrétien, raconte lesfaits d'un manichéen.
On trouve aussi des exemples analogues dans la vie
des saints et chez les extatiques de toutes les confessions.
« Ainsi, le curé d'Ars, mort tout récemment (1
876) et qu'on s'occupe déjà de canoniser, lisait, dit-on la pensée de ceux qui
venaient le consulter, et déconcertait par la sûreté infaillible de sa vision,
les sceptiques qui s'adressaient à lui pour l'éprouver et le mettre en défaut.
Joseph de Cupertius, canonisé sous le nom de saint Cupertin, fameux par ses
nombreuses ascensions, avait le don de lire la pensée des pénitents qui
n'osaient lui confesser quelques gros péchés. »
« Sans doute, dit encore Morin, on ne peut
admettre, sans vérification, tous ces récits merveilleux. Il est à regretter
qu'ils n'aient pas été contrôlés par une critique sévère et judicieuse. Mais,
en se livrant à l'examen de faits semblables, on pourra faire des
rapprochements qui serviront à jeter quelque lumière sur une matière aussi
ardue. »
Grâce à un préjugé fatal de l'humanité, des
preuves, à peu près certaines, de la transmission de la pensée, ont été
recueillies déjà au XVII° siècle. Je parle de l'opinion qui admettait
l'existence des démons et leur incarnation dans le corps de certains
malheureux. Ce préjugé, comme tous les préjugés du reste, ne fut pas dénué de
tout fondement; les faits sur
lesquels il se basait,
étaient des faits réels. Ce n'est que leur
interprétation qui fut erronée, puisqu'elle reflétait un état pitoyable des
connaissances. L'excentricité d'une maladie terrible, mais qui ne nous effraye
plus aujourd'hui, grâce surtout aux travaux classiques de M. Charcot, etqui éclate souvent sur le terrain favorable d'une
grande sensibilité hypnotique (*)lit croire aux observateurs des siècles passés qu'il faut une force
étrangère à l'homme, et une force diabolique, pour expliquer ces
manifestations. Et comme Je diable ne peut s'emparer d'un corps baptisé, que
par le consentement de sonâ me, on brûlait ces malheureux, pour leur faciliter
l'expiation de leur faute.
(*) « Il est rationnel
d'admettre, dit M. Paul Richer, que les phénomènes d'hypnotisme qui dépendent
toujours d'un troubla du
fonctionnement régulier de l'organisme, demandent pour leur développement une
prédisposition spéciale que, d'un accord unanime, les auteurs placent dans la
diathèse hystérique ». Etudes cliniques sur l'hystéro-épilepsie. Paris, 1881,
p. 361. C'est vrai qu'il y a un
accord presque unanime là-dessus. Mais je crois que les auteurs se
trompent. Ce n'est pas l'hystérie
qui constitue un terrain favorable
à l'hypnotisme, mais c'est la sensibilité hypnotique qui constitue un terrain
favorable pour l'hystérie. La sensibilité ,hypnotique maximale peut exister
sans l'hystérie. L'hystérie est une maladie qui se développe à un certain âge,
et qui peut ou disparaître ou se modifier de beaucoup, tandis que la sensibilité hypnotique est une propriété innée à peu près
constante et qui habituellement se
conserve toute la vie. C'est une
question de tempérament, de
constitution
physiologique. Si c'est une névrose, on peut ne pas s'en douter toute sa
vie. Si l''hystéro-épilepsie éclate sur ce terrain favorable, favorable non
seulement pour elle, mais aussi pour beaucoup d'autres maladies, pour le
choléra, pat exemple, cette hystéro-épilepsie est facilement guérissable par «
l'hypnotisme ». 4e ne peux pas donner ici des preuves de l'opinion que
j'avance, et qui peut paraître étrange et risquée. Elle est basée sur une
longue expérience, et on se donnera peut être la peine de la vérifier. En
attendant, le lecteur peut considérer ces quelques lignes comme une simple
note, étrangère au sujet.
On a diminué ainsi notre héritage
névropathologique, en détruisant en même temps, un grand nombre d'excellents
sujets hypnotiques.
Il ne faut pas s'imaginer pourtant qu'on procédait
à la légère, pour condamner un homme ou une femme,
accusés de démonolâtrie. Au contraire, on ne fut
pas reconnu possédé avant un examen sérieux.
Tout un code posait les conditions de cet examen.
Suivant le rituel, le prêtre requis d'exorciser, devait, après s'être préparé
par le jeune, la prière et autres bonnes œuvres, au sortir de la sainte messe,
à jeun, assis et couvert, commander intérieurement au démon de lui
donner un signe, et le démon, forcé d'obéir, devait se déceler lui-même. Ainsi,
d'après le rituel, on ne devait exorciser que les malades, qui auraient joui de
la faculté merveilleuse de connaître les pensées non exprimées.
Evidemment, telle n'était pas l'interprétation des
exorcistes. On croyait au contraire une transmission de pensée impossible, et
si, malgré cela, le malade répondait aux questions mentales, en état de crise
hystéro-épileptique, ou en état de somnambulisme spontané, c'était une preuve
qu'il n'était pas malade, mais bien possédé. On admettait que le diable qui est
un esprit, et un esprit malin, fut capable de bien entendre les pensées, mais
point qu'un simple malade le put.
Le père Surin (*), récapitulant les preuves de la possession des religieuses ursulines de
Loudun, présente comme l'une des plus incontestables, quelles disaient les
pensées les plus secrètes.
(*) Bertrand. — Du Magnétisme. Paris, 1826, p.
321.
Parmi les exemples nombreux qu'il donne de cette
faculté, 'je ne rappellerai que les deux suivants :
« Le lendemain de mou arrivée, dit-il, .il se
trouva à l'exorcisme un homme qui me témoigna désirer voir si le démon
connaissait nos pensées. Je lui dis de faire un commandement dans son cœur ; et
après qu'il l'eût lait, je pressai le démon de faire ce que cet homme lui avait
commandé; après m'avoir fait quelques refus, il alla prendre sur l'autel le
carton ouest l'évangile de saint
Jean, et cet homme assura qu'il avait commandé en son cœur au démon démontrer le dernier évangile qui avait été dit à la
messe.
— Un de nos pères voulant éprouver s'il était
vrai, que les dénions connussent nos pensées fit un commandement . intérieur au démon qui était en
faction, et puis il lui en fit-un autre; enfin, dans l'espace d'un instant il
fit cinq ou six, commandements et les révoquant les uns après les autres, il
tourmentait le démon, en disant : Obediat ad mentem.Le démon
répéta tout haut tous les commandements, que ce père lui avait faits. Il
commença par le premier, puis il dit : << Mais, monsieur ne veut pas».
Etant au septième, il dit: « Nous verrons si nous ferons celui-ci, où il s'est
enfin fixé.»
Parmi les autres témoins, qui affirmèrent
l'existence de la communication des pensées chez les religieuses de Loudun, on
doit citer le frère du roi, qui signa un certificat dans lequel il atteste
qu'il ne lui est pas permis de douter de la possession par plusieurs raisons,
et, entre autres, parce qu'une religieuse avait obéi à un ordre, qu'il lui
avait donné mentalement, sans proférer une parole et sans faire aucun signe.
Voici, du reste, le passage en question :
«Nous, Gaston, fils de France, duc
d'Orléans,certifions... El ayant encore désiré d'avoir un signe parfait de la
possession de ces filles, nous avons concerté secrètement et à voix basse avec
le P. Tranquille, capucin, de commander au démon Sabulon, qui possédait
actuellement ladite sœur Claire qu'il allât baiser la main droite du P. Elysée,
son exorciste, le dit démon y a ponctuellement obéi selon notre désir, ce
qui nous a fait croire certainement que ce que les religieux, travaillant aux
exorcismes des dites filles, nous ont dit de leur possession, est véritable,
n'y ayant point d'apparence. que tels mouvements et connaissances des choses
secrètes puissent être attribuée aux forces humaines. De quoi voulant rendre
témoignage au public, nous avons octroyé cette présente attestation que nous
avons signée de notre nom, et fait contre-signer par le secrétaire de nos
commandements, maison et finances de France, le 11 de mai 1635.
« Signé : Gaston
(*) ».
(*) Relation de ce qui s'est
passé aux exorcismes de Loudun, en présence de Monsieur. Voir L. Figuier.
Histoire du merveilleux, Paris, 1873,
t. I., n° 205.
Le prince Gaston a doncce titre à notre
reconnaissance, le seul sans doute, d'avoir fait une des premières expériences
de suggestion mentale.
Le jésuite Surin en a fait beaucoup plus. Il crut
pouvoir affirmer, sur sa conscience, que la possession était bien réelle, et
jurer, devant Dieu et l'Eglise, que « plus de deux cents fois les démons
lui avaient découvert des choses très secrètes, cachées dans sa pensée ou dans
sa personne. »
C'est cette révélation qui détermina la
condamnation de ces malheureuses, quand on était déjà à bout de preuves, les
diables ne voulant pas faire de miracles.
Evidemment, le phénomène de transmission ne se
manifestait pas toujours, et il a fallu des efforts considérables et assidus de
la part du père Surin, pour obtenir ce nombre imposant de preuves. L'exorciste,
lisez le magnétiseur, conquit ainsi une influence personnelle sur ces sujets,
influence qui empêcha celle des autres de s'exercer. Les extatiques devinaient
quelquefois la pensée, mais il fallait que le père Surin en eût préalablement
connaissance. Autrement, cela n'allait pas.
Le duc et la duchesse de la Trémouille voulurent
répéter l'expérience du duc d'Orléans, seulement ils se gardèrent bien de
communiquer d'avance à l'exorciste la pensée qu'ils voulaient faire deviner.
Ils attendirent trois grandes heures, mais le démon ne devina rien. La même
épreuve fut encore tentée par deux conseillers au parlement ; le démon ne put
parvenir à découvrir leur pensée. On allégua, pour l'excuser, un pacte de
silence, qui lui fermait la bouche (*).
(*) Figuier, loc. cit., I, 218.
Mais, outre les expériences voulues, il y en a une
foule d'autres qui ont réussi. Les exorcistes, qui se sont mis dans la tête
toute une hiérarchie diabolique, et qui se sont fait une théorie préconçue,
accusant le beau prêtre
Urbain Grandier (qui était platoniquement aimé des
religieuses, et de la plupart de ses paroissiennes) d'avoir. livré au diable
son âme et celle des sœurs, communiquaient involontairement leurs
préventions aux extatiques, qui s'empressaient de leur donner raison.
L'inUrrogatoine suivant peut servir d'exemple d'une suggestion de ce genre :
A peine Jeanne de Belciel, la supérieure, eut-elle
aperçu les magistrats, qu'elle tomba dans de violentes convulsions. Elle
commença à se livrer â des actes extravagants ; elle se tordait sur son lit,
gesticulait et poussait des cris plaintifs. Un carme se tenait à la droite de
la possédée; Mignon (le chanoine), qui se tenait à sa gauche, commença ses
exorcismes. Voici quel lut son premier dialogue avec le démon (c'est-à-dire
avec l'Inconscient de la malade) :
— Propter
qùam causant ingressus es in corpus hujus virginis?
(Pour quelle raison es-tu entré dans le corps de
cette fille.)
— Causa animositatis répondit Jeanne de
Belciel, toujours en proie à des convulsions. (Par animosité.)
— Per
guod pactum. (Par quel pacte?).
— Per
flores. (Par des fleurs.)
— Quales ? (Quelles fleurs?)
— Rosas. (Des roses.)
— Quis misit. (Qui les a envoyées ?)
— Urbanus.
(Urbain.)
— Dic cognomen. (Dis son surnom.)
— Grandier.
— Dic
qualitatem? (Dis sa qualité !)
— Sucerdôs.
(Prêtre.)
— Cujus ecclesiset (De quelle église?)
— Sancti Pretri.
— Quae persona attulit flores? (Quelle
personne a apporté les fleurs?)
— Diabolica. (Diabolique.)
II est évident qu'il y avaitdanscet interrogatoire des
suggestions, non seulement mentales, et que de l'autre côté;on avait négligé d'éclaircir certaines réponses de la
malade; aussi ne parut-il pas assez correct aux magistrats quiasistèrent à l'exorcisme.
— Il
aurait été bon, dit le lieutenant civil, de. presser un peu la possédée sur
cette raison d'animosité dont elle a parlé.
— «
Il ne m'est pas permis, répondit le prêtre, d'adresser des questions
indiscrètes. »
— «
Mais il me semble, osa répliquer le lieutenant, que cette question n'eût pas
été plus indiscrète que les autres, que. celle, en particulier, par laquelle vous
vous êtes fait livrer
le nom et le prénom d'Urbain Grandie?... »
Ainsi, c'est déjà dans un premier interrogatoire
que le diable décela sa présence. Mais telle ne fut pas toujours la pensée de
l'exorciste, ou au moins l'extatique ne devinait pas toujours exactement ce
qu'on voulait d'elle. Il en est résulté des contradictions amusantes. Voici un
autre interrogatoire conduit par un autre exorciste, nommé Barré, en présence
du bailli et de quatre médecins.
La messe dite, Barré s'avança pour donner la
communion et exorciser ensuite. Tenant dans ses deux mains le saint sacrement,
il dit à la possédée :
— « Adora Deum tuum, creatorem tuum ». Elle
répondit :
— Adoro te. (Je t'adore.)
Un peu surpris de la réponse, l'exorciste reprit :
— « Quem adoras
?(Qui adores-tu?)
— Jésus
Christus, repliqua-t-elle avec un solécisme.
Sur quoi, un assesseur de la prévôté, Daniel
Drouin, ne put s'empêcher de dire assez haut :
— Voilà un diable qui n'est pas congru (correct)!
L'exorciste un peu déconcerté, répéta la môme question,
mais en ayant soin de modifier sa phrase, de
manière à utiliser dans la réponse un nominatif, tout à l'heure mal employé :
— Quis es quemadoras ? (Quel est celui que tu adores?) Mais la possédée, qui
avait bien compris qu'elle avait fait
une faute, voulut se rattraper en employant un
vocatif, — qui est venu également mal à propos.
— Jesu Christe, répondit-elle.
— Voilà du mauvais latin, s'écrièrent divers
assistants, niais l'exorciste prétendit que la réponse avait été : Adoro te
Jesu Christe, et cette dispute grammaticale n'alla pas plus loin(*).
(*) Figuier, l.c. 108.
En
tout cas, le diable, s'il n'était pas très correct,
n'était pas très difficile non plus, puisqu'il
reconnaissait Jésus-Christ pour son maître.
On s'étonnera peut-être d'entendre ces
religieusses parler le latin. Mais elles le connaissaient un peu, puisqu'elles
étaient obligées d'expliquer aux novices le Credo et le Pater, elles
l'entendaient journellement autour d'elles, et dans les états extatiques, la
mémoire est souvent très développée. On a vu des malades et des somnambules
dire plusieurs phrases dans une langue qu'elles ne connaissaient pas du tout à
l'état normal, mais qu'ils ont entendu parler dans leur enfance. Enfin, la
transmission des idées s'ajoutait quelquefois à d'autres causes. Quand elle
faisait défaut et que la possédée ne savait que répondre à une question posée en
latin, elle disait :
— Deus non volo (au lieu de Deus nonvult).
Lorsqu'on posait une question en grec ou en
hébreu, il n'y avait plus de réponse. Quelquefois, cependant, la communication
de pensée venait en aide.
Enfin, il y avait encore un autre phénomène qui
faisait croire au don de langues étrangères : les extatiques parlaient une
langue tout à fait inconnue.
On sait que, par moment, surtout dans des accès de
bonne humeur, nous sommes portés à prononcer des mots bizarres, des
combinaisons insensées de syllabes. Cette tendance se retrouve dans l'argot des
étudiants, des chansonniers et des enfants. Certains états extatiques et
convulsifs manifestent ce caprice de notre automatisme d'une façon
particulière. Les extatiques des premiers temps du christianisme parlaient
aussi des langues inconnues.
« J'ai déjà observé, dit Carré de Montgeron, que
c'est dans le plus fort de leur extase que plusieurs commissionnaires font ces
discours en langue inconnue ou étrangère. Je dois ajouter qu'ils n'en
comprennent eux-mêmes le sens que dans l'instant, à mesure qu'ils lès
prononcent, et qu'ils ne s'en ressouviennent plus, du
moins que d'une manière générale, aussitôt que
leurs discours sont finis(*). »
(*) Montgéron. — Idée de l'état des
convulsionnaires, p. 89.
« Le même phénomène s'est vu chez les premiers
chrétiens. Saint Paul le montre clairement en plusieurs endroits : « Celui qui
parie une langue inconnue, dit-il (I. Cor., xiv, 2, 3, 4, 5),
ne parle pas aux hommes, mais à Dieu, puisque personne ne le comprend... »
Ailleurs, le même apôtre dit « que ces discours no sont qu'un signe pour
provoquer la conversion des infidèles. Il s'appuie sur un passage de
l'Ecriture, où il est dit : « Je parlerai à ce peuple en langue inconnue ou
étrangère. » (Bertrand, 325).
Mais quelquefois on ne peut pas expliquer
autrement les réponses des possédés que par une transmission mentale.
Voici quelques exemples de ce genre, extraits de
la Dèmonomanie de Loudun :
« M. Launay de Barillé, qui avait demeuré en
Amérique' attesta que, dans un voyage qu'il fit à Loudun, il avait parlé aux
religieuses le langage de certains sauvages de ce pays, et qu'elle lui
répondirent fort pertinemment. »
On ne cite pas quelles étaient ces paroles.
Si ce n'étaient, comme il est probable, que des «
bonjour » ou « Gomment vous portez-vous?» le ton seul de la phrase pouvait en
trahir le sens. Mais, voici une autre citation plus détaillée :
« L'évêque de Nîmes, ayant interrogé en grec et en
allemand, eut satisfaction à l'une et l'autre langue. Il commanda en
grec à la sœur Claire de lever son voile, et de baiser la grille en
un endroit qu'il désigna; elle lui obéit et fit beaucoup d'autres choses qu'il
désira d'elle. Ce qui fit dire publiquement au prélat qu'il fallait être athée
ou fou pour ne pas croire à la possession.. »
« Des médecins les interrogèrent aussi en grec sur
des. termes de leur science, qui étaient tres difficiles et connus seulement
des savants entre eux, et elle les expliquèrent nettement. »
« Des gentilshommes de Normandie certifièrent par
écrit avoir interrogé la sœur Claire de Sazilly, en ture, en espagnol et en
italien, et qu'elle leur répondit fort à propos. >i
Carré de Montgeron (loc. cit. p. 53) parle
d'une demoiselle Dancogné qui, bien qu'elle n'eût jamais eu de voix; chantait
parfaitement des cantiques en langue inconnue (j'ai observé moi-même des
faits semblables dans l'étât du délire somnambulique). << Mais ce
qui surprend davantage, ajoute-t-il, il lui arrive souvent, dans certains temps
de ces extases, d'entendre le sens de tout ce qu'on lui dit en quelque langue
qu'on lui parle, et de répondre atout, d'une
manière fort juste; c'est ce que quantité de personnes ont éprouvé ».
Bertrand remarque avec justesse, que les auteurs
citent à peine quelques cas où la réponse a été faite dans la même langue, et
alors cette langue était plus oû moins connue de la malade, tandis que, dans la
plupart des cas, elles comprennent la langue (c'est-à-dire la pensée), mais ne
la parlent pas.
Evidemment, il est plus facile de pénétrer où
deviner le sens d'une phrase, dite avec une certaine intonation; que de pêcher
les mots étrangers dans l'esprit de celui qui connaît la langue, pour pouvoir
lui répondre dans la même langue.
« Relativement aux somnambules, dit encore cet
auteur les magnétiseurs n'ont pas coutume de les exercer à répondre aux langues
inconnues etje ne peux citer qu'un
seul fait de ce genre : il m'a été rapporté par un homme respectable, médecin
très instruit et trop tôt enlevé à la science et a ses amis. Il avait
une somnambule qui lui présenté les phénomèmes les plus merveilleux, et qui
l'entendait quand il lui parlait en latin, en grec, en anglais. Un jour, il
s'avisa de lui lire quelques lignes en anglais.— Que voulez-vous que
j'entende à votre baragouin : lui dit-elle — Mais, réplique le médecin, je vous
parlais tout a l'heure dans le même langage et vous me répondiez? — «Alors, répondit
la somnambule, c'était votre pensée que je comprenais, et
non votre langage. »
« Le 6 août 1634, Jean Chiron, prieur de
Maillerais, voulant être confirmé en la croyance qu'il avait de la possession,
il dit tout bas à l'oreille de Biaise de Fernairon, chanoine, qu'il voulait que
la religieuse ouvrit un missel qui était le long de la grille, et met le doigt
sur un introit de messe qui commence Salve sanctaparens. L'exorciste lui commanda d'obéir selon l'intention
dudit sieur Chiron ; elle tomba dans d'étranges convulsions (voir
l'expérience de M. Gibert, p. 133) et proféra plusieurs blasphèmes, et
quoiqu'elle n'eût jamais vu ledit sieur, elle l'appela prieur de Maillerais et,
après plusieurs commandements réitérés l'espace d'une heure, elle prit le
missel, qui était sur un ais, près de la grille et dit: Je veux prier Dieu, et,
tournant les yeux d'un autre côté, mit le doigt sur une grande S qui était l'introit
d'une messe de la Vierge, commençant Salve sancta parens, ce que
voyant ledit prieur, il dit que c'était le signe qu'il avait pemandé (*). »
(*) Pilet de Lamenardière. La
démonomanie de Loudun, etc.
2 édit. La Flèche, 1634, p. 26, Figuier, 1, 253.
Le 20
juin 1633, un prêtre de Saint-Jaeques-de-Fouars, ayant désiré faire l'épreuve
de la divination de la pensée, dit tout bas à l'exorciste de faire apporter par
la possédée cinq, feuilles de rosier. L'exorciste commanda à Claire de Sazilly
d'obéir. « La religieuse sortit et alla dans le jardin, d'où elle apporta
premièrement un souci et quelques autres herbes, et les présenta a la grille avec des cris immodérés, disant au sieur de
Morans : « Est-ce là, mon père, ce que vous demandez ? Je ne suis pas
diable pour savoir vos intentions. » A quoi il repartit simplement :
Obedias! (obéis!) Elle s'en retourna au jardin et, après plusieurs
commandements réitérés, elle présenta à la grille une petite branche de rosier,
où il y avait six feuilles. L'exorciste lui dit : Obedias punctualiter
sub poena maledictionis! (Obéis
exactement sous peine de malédiction); elle arracha une des six feuilles et lui
présenta la branche en lui disant .* « Je vois bien que vous n'en voulez que
cinq, l'autre n'était pasdu nombre. « Le prieur
resta tellement satisfait et pénétré de ce qu'il voyait, qu'il sortit les
larmes aux yeux. On dressa un procès-verbal de ces faits (*).»
(*) Pilet de Lamenardière, l. c, p. 27.
On trouve, rapportés dans le meme ouvrage,
plusieurs cas analogues :
La sœur Glaire s'agenouille au commandement mental
de son exorciste-magnétiseur ; elle devine le jour où le chevalier de Méré
s'est confessépour la dernière fois, et
répète des mots que l'exorciste a seul entendus, etc.
Ce dernier genre de faits, c'est-à-dire la
suggestion ou pénétration des pensées, paraissait impossible à Aubin (l'auteur
de l'Histoire des Diables de Loudun), qui craignait trop d'être forcé de
croire à la démonomanie. Il ne cite qu'un seul fait de suggestion, celui qui
eut lieu en présence du prince Gaston, le 10 mai 1635.
Un autre auteur, le Dr Calmeil, non
moins scrupuleux mais plus impartial, après avoir reconnu que le somnambulisme
artificiel détermine une partie des effets dont on voulait rendre les démons
responsables, ajoute : «Dans cent occasions, on peut croire, en effet,
que les énergumènes (les possédés), lisaient dans la pensée des religieux
chargés de combattre les démons
(*).»
(*)Calmeil. — De la folie, t. II.
« Dans la pensée des religieux, qui
s'étaient puissamment emparés d'elles (remarque M. L. Figuier) et non dans la
pensée d'autres personnes (*). » Cette remarque est
applicable dans la plupart des cas. Rappelons cependant quelques expériences de
suggestion mentale que j'ai faites sur Mme B... (magnétisée par
M. Janet) et qui ne m'a jamais vu à l'état de veille (p. 126).
(*) Figuier, 1, 256.
Même phénomène chez les prophètes des Cévennes.
Le même chez les convulsionnaires de Saint-Médard.
« Ajoutons, dit le Dr Bertrand, que Mme
Guyon, cette dévote mystique, célèbre par l'admiration que le vertueux Fénelon
faisait profession d'avoir pour elle, raconte, dans l'histoire de sa vie, que
souvent elle lisait dans la pensée du père Lacombe, son confesseur, comme
celui-ci lisait dans la sienne. «Je compris,
dit-elle, que les hommes pouvaient, dès cette vie, apprendre le langage des
anges; peu à peu, je fus réduite à ne lui parler qu'en silence. »
Il est à remarquer que les conversations de ces
deux âmes pieuses tournaientprobablementautourdes mêmes questions, et que par conséquent,
la divination ne fut pas toujours difficile.
Passons aux somnambules :
« Parmi les somnambules que j'ai magnétisées,
continue Bertrand, je n'en ai rencontré aucun, qui présentât la communication
des pensées à un degré un peu élevé. Cependant je peux citer deux faits, qui me
sont personnels. On trouve le récit du premier dans mon traité du
somnambulisme (p. 247). Il s'agit de ma première somnambule, sur laquelle
j'exécutais les procédés, au moyen desquels j'avais coutume de l'éveiller, avec
une ferme volonté au contraire qu'elle ne s'éveillât pas. tille eut à l'instant
de forts mouvements convulsifs. — Qu'avez-vous? lui dis-je. — Comment, me
repondit-elle, vous me dites de m'éveiller, et vous ne voulez pas que je
m'éveille? »
Cette expérience est très concluante, mais elle
réussit rarement, car l'association idéo-organique qui s'est formée entre
certains gestes et le réveil, provoque celui-ci par habitude, nonobstant la
faible influence contraire, purement mentale.
« L'autre exemple, qui m'est personnel se trouve
cité p. 279 du même ouvrage. Une pauvre femme, sans éducation et ne sachant pas
lire, était, disait-on, capable, en somnambulisme, de comprendre le sens des
mots, dont la signification lui était inconnue dans l'état de veille; et, en
effet, elle m'expliqua, de la manière la plus juste et la plus ingénieuse, ce
qu'on devait entendre par le mot encéphale, que je lui proposais;
phénomène qui, si onne veut pas y voir un
hasard, aussi difficile peut-être à admettre que la faculté même qu'il suppose,
ne peut s'expliquer qu'en reconnaissant que cette femme lisait dans ma pensée
même, la signification du mot, sur lequel je l'avais interrogée. »
Ce fait est aussi digne d'attention, voici
pourquoi. Si on compare les appréciations diagnostiques des somnambules,
consignées dans les livrés de magnétiseurs, qui ne possédaient pas eux-mêmes
des connaissances anatomiques suffisantes, avec les appréciations des
somnambules dirigés par un médecin (Voir par exemple, les 35 observations du D
E. Louis de Séré (*)), on y voit une grande
différence de précision. De même pour lés questions psychologiques ou autres.
(*) Séré. — Application du
somnambulisme magnétique au diagnostic et au traitement des maladies. Paris,
1855.
A moins d'admettre qu'aucun des médecins qui ont
fait ces expériences n'ait su s'abstenir des suggestions verbales, même quand
il cherchait précisément à se convaincre, il faut bien constater, par-ci par
là, un concours de la transmission des idées, dans le genre de celui que vient
de citer Bertrand.
Le premier qui attira l'attention des observateurs
sur le phénomène de la suggestion mentale en somnambulisme provoqué, fut le
marquis de Puységur.
On trouve dans ces écrits un grand nombre de
faits. Voici comment il raconte sa première expérience, dans une lettre datée
du 8 mars 1784 et adressée à un membre de la Société de l'Harmonie.
Il s'excuse d'abord de l'enthousiasme que firent
naître en lui ses premières tentatives de traitement magnétique, commencées «
en plaisantant » et qui ont eu des résultats surprenants. Puis, il continue:
« Ces faibles succès me firent essayer d'être
utile à un paysan, homme de vingt-trois ans, alité depuis quatre jours, par
l'effet d'une fluxion de poitrine. J'allai donc le voir : c'était mardi passé,
quatre de ce mois, à 8 heures du soir. La fièvre venait de s'affaiblir. Après
l'avoir fait lever, je le magnétisai. Quelle fut ma surprise de voir, au bout
d'un demi-quart d'heure, cet homme s'endormir paisiblement daus mes
bras, sans convulsions, ni douleurs! Je poussai la
crise» (c'est-à-dire qu'il continua de
magnétiser), «ce qui lui occasionna des vertiges : ii parlait, s'occupait tout
haut de ses affaires » (rêveries somnambuliques). « Lorsque je jugeais ses
idées devoir l'affecter d'une manière désagréable, je les arrêtais, et
cherchais à lui en inspirer de plus gaies.» (Le somnambulisme n'était donc pas
très actif et s'approchait de l'aïdéie et d'un étal suggestible, intermédiaire
entre l'aïdéie et polyidéie). «Il ne me fallait pas pour cela faire de grands
efforts; alors, je le voyais content, imaginant tirer à un prix, danser à une
fête, etc. » «Je nourrissais en
lui ces idées, et par là je le forçais à se donner beaucoup de mouvement sur sa
chaise, comme pour danser sur un air, qu'en chantant (mentalement) je lui
faisais répéter tout haut. Par ce moyen j'occasionnai dès ce jour-là au
malade une sueur abondante. »
« Après une heure de crise, je l'apaisai »
(c'est-à-dire réveillai) « et sortis de la chambre. On lui donna à boire. Lui
ayant fait porter du pain et du bouillon, je lui lis manger dès le soir môme
une soupe, ce qu'il n'avait pu faire depuis cinq jours. Toute la nuit, il ne
fit qu'un somme » (l'amélioration du sommeil naturel est un phénomène presque
constant dans le magnétisme) « et le lendemain, nese souvenant plus de ma visite du soir, il m'apprit le meilleur état
de santé... «
C'est cette expérience qui fut le point de départ
du magnétisme somnambulique moderne.
Quelque temps après, Puységur, toujours
enthousiasmé de ses succès, écrit à son frère en parlant de Viélet:
« Quand il estdans l'état magnétique, ce n'est plus un niais paysan
sachant à peine répondre une phrase; c'est un être que je ne sais pas nommer. Je
n'ai pas besoin de lui parler; je pense devant lui, et il m'entend, me répond. Vient-il
quelqu'un dans sa chambre, il Je voit si je veux,
il parle, lui dit les choses que je veux qu'il lui dise, non pas
toujours telles que je les lui dicte, mais telles que la vérité l'exige.
Quand il veut dire plus que je ne crois prudent qu'on en entende, alors
j'arrête ses idées, ses phrases, au milieu d'un mot, et je change son idée
totalement (*). »
(*) Puységur. — Mémoires pour
servir à l'établissement du magnétisme, p. 22, 29) et s.
Il paraît qu'il n'a pas trouvé beaucoup de
somnambules de cette force, car il en parle moins dans ces deux livres suivants
: Du magnétisme animal considéré dans ses rapports avec diverses branches de
la physique générale. Paris, 4807 ; et Recherches, expériences et
observations physiologiques sur l'homme. Paris, 1811. Mais il s'appesantit
davantage sur l'appréciation des maladies, et il croit toujours que sa volonté
reste le seul et unique agent, ce qui est une exagération évidente.
C'est qu'on subit toujours l'effet d'une
première expérience...
Et cette fois-ci, toute une école s'est formée,
sous l'influence de cette première impression du maître.
Il en est de même de nos jours, et, à peu de chose
près, je ne trouve pas plus de prudence et de circonspection dans les livres
des médecins, qui, après avoir détraqué une hystérique, se croient autorisés à
faire des « lois» physiologiques, et à résoudre par leurs convictions
personnelles, les questions les plus délicates et les plus compliquées.
Quant aux anciens magnétiseurs qui ont passé leur
vie à étudier ces problèmes quelquefois sans une préparation suffisante, mais
aussi sans présomption, on ne les lit pas; on se borne à attacher à leurs noms
l'épithète de charlatans. D'autres ont choisi une méthode plus fructueuse, ils
glanent par-ci parlà une observation des
anciens magnétiseurs, et après l'avoir dénaturée et surtout individualisée,
s'en font une gloire de novateurs. Mais passons.
Quelque temps après Puységur, un médecin distingué
de Lyon, président de la Société médicale de cette ville, fut amené à constater
les phénomènes les plus merveilleux du magnétisme. Il était sceptique et
adversaire du mesmérisme, mais le hasard voulut qu'il fût obligé de reconnaître
une série de faits, beaucoup plus extraordinaire que tout ce que Mesmer avait
annoncé. Ses travaux sur la catalepsie, sur l'action de l'aimant,
sur celle de l'électricité, des métaux, sur le phénomène dit de « transposition
des sens » etc., enfin sur celui qui nous occupe ici, constituent une
époque en magnétisme. Ils sont aujourd'hui absolument ignorés, mais
comme il s'est écoulé déjà juste un siècle depuis qu'il a observé
certains faits, je ne doute pas qu'un beau matin on ne nous annonce, qu'un
hypnotiseur de Lyon ou de Paris les a découverts de nouveau, et que,
grâce à son ingéniosité, à son autorité, et à l'ignorance de l'histoire, il
s'est formé une nouvelle école « hypnotique».
En attendant, signalons les faits qui concernent
notre sujet.
Voici comment Petetin(*) fut amené à appliquer le
magnétisme pour la première fois et ce qu'il a eu la chance d'observer :
(*) D Petetin. — Mémoire sur la découverte des
phénomènes que présentent la catalepsie et le somnambulisme, Lyon 1787, et
Electricité animale prouvée par la découverte des phénomènes physiques et
moraux de la catalepsie hystérique, Paris, 1808.
La malade dépérissait de jour en jour. Elle ne
dormait guère plus de deux heures par nuit; on ne pouvait la nourrir que d'eau
de poulet, de lait de vache etdeglacepilée; elle rejetait tout autre aliment. Petetin,
son médecin, prévenu de l'idée que l'excitation du cerveau et des nerfs avait pour
cause l'accumulation d'une électricité surabondante, imagina de faire de très
fortes aspirations au devant du nez de la malade, pour soutirer cet excès
d'électricité; mais ce moyen fut sans effet. Alors, posant une main sur le
front et Vautre sur l'épigastre, il fit une nouvelle aspiration. M X... ouvrit les yeux, mais
éteintset fixes, à une seconde
aspiration ils reprirent leur éclat; en quelques instants, l'accès, qui devait
durer deux heures, fut dissipé. Dans les visites suivantes, le docteur remplaça
l'aspiration par l'expiration, et, dans l'espace de huit jours, tous les
accidents de cette maladie extraordinaire avaient disparu, grâce à ce moyen si
simple « dont les effets, dit Petetin, sont aussi évidents que la cause en est
cachée ».
Il ajoute qu'à mesure quela guérison avançait, les facultés de sa
cataleptique acquirent une puissance nouvelle. « Non seulement elle prévoyait
ce qui devait lui arriver, mais formait-on une pensée sans la manifester par
la parole, elle en était instruite aussitôt et exécutait ce qu'on avait
l'intention de lui commander, comme si la détermination fût venue
d'elle-même; quelquefois cependant elle priait de suspendre l'ordre mental
ou de le révoquer, lorsque ce qu'on lui prescrivait était au-dessus de ses
forces, ou qu'elle était fatiguée (*). »
(*)
Foissac, Rapports et discussions sur le magnétisme animal, Paris, 1853,
p. 309. — Figuier, L'Histoire du Merveilleux, Paris, 1881, 3édit.,
t. III, p. 290.
Petetin fit sur une autre cataleptique, M de Saint-Paul, un grand nombre
d'expériences, dont il voulut rendre témoins plusieurs de ses confrères et
d'autres personnes éclairées, telles que MM. Eynard, Colladon de Genève;
Domenjon, Dolomieu, le frère du naturaliste, et Jacquier, administrateur
deshôpitaux de Lyon. — Le plus incrédule dé tous, Eynard, arriva un jour chez
cette dame, et la trouva dans un de ses accès, seule avec une garde malade. 11
portait sur lui plusieurs dessins qu'il avait faits par l'électricité. Il
approcha de l'épigastre de Ja malade le portrait dé Louis XIV, et lui demanda si elle le reconnaissait. Elle fit
un mouvement de tête affirmatif. « Est-ce François Ier? » Signe négatif. « Louis XV ? » Meme réponse. Après plusieurs autres noms, il prononça celui de Louis XIV; elle répondit « oui ». Comme on avait assuré à M.
Eynard que les cataleptiques savent lire dans Ja pensée des personnes qui sont
en rapport avec eux, il lui demanda encore, pour vérifier le fait, si elle connaissait
l'auteur de ce dessin ? Signe affirmatif. 11 cherche à l'égarer en désignant
plusieurs personnes, mais elle ne répondit « oui» que lorsqu'il se fût nommé lui-même. Il «eut
beau soutenir qu'il ne savait pas dessiner, la malade haussa les épaules; plus
il niait, plus elle manifestait son impatience par des gestes caractéristiques.
Interrogée enfin avec quoi il avait fait ce portrait, elle lui montra de la
main une machine électrique, qui était auprès de son lit, et dont Petetin se
servait pour elle (*).
(*)
Voyez Petetin, Elec. anim., p. 127.— Foissac, Rapports et disc, p. 310.
— Figuier, Hist, du Merv., t. III, p. 292.
On ne parla bientôt à Lyon que des merveilles
somnambuliques, et les recherches de Petetin auraient sans doute fini par
attirer l'attention des savants, si la révolution n'avait pas éclaté. « Il ne
fallut, dit Figuier, rien moins que le canon révolutionnaire pour imposer
silence, dans cette ville, aux discussions magnétiques. Mais alors tout ce
bruit tomba, à Lyon comme ailleurs, non par l'oubli du magnétisme, mais par la
dispersion de ses partisans. »
Petetin fut oublié, et il mourut en 1808, sans
même avoir imprimé son important traité sur « l'Electricité animale », qui
parut quelques mois après. Cet ouvrage est maintenant très difficile à trouver.
L'abbé Faria (*), expérimentateur hardi et vraiment original, occupa quelque temps
l'attention du public, vers 1815. Il est le père des suggestionistes d'aujourd'hui.
Il agissait uniquement par suggestion verbale et n'admettait pas la
transmission de la volonté ; il était par conséquent en opposition absolue avec
les volontisies de l'école de Puységur. N'agissant que pour produire de
l'effet en public, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'il n'a pas pu constater un
phénomène qui demande de longues et patientes recherches de cabinet.
(*) De la cause du sommeil lucide
ou étude de la nature humaine, Paris, 1819.
Une troisième école, plus directement liée avec
Mesmer, fut celle des fluidistes, représentée par le savant
bibliothécaire au Jardin des Plantes, un travailleur consciencieux au plus haut
degré, sage et réservé, et dont Je travail principal, résultat de vingt cinq
ans d'observations (je ne cite pas ce détail pour effrayer les hypnotiseurs
d'aujourd'hui), parut en 1813(*).
(*) Deleuze, Histoire critique du magnétisme
animal, Paris, 1813,
Deleuze, comme nous le savons déjà, connaissait
parfaitement les phénomènes de transmission, il entrevoyait
même tout le parti que la science pouvait tirer de
cette découverte, pour faire entrer dans le domaine positif un grand nombre de
faits, jusque là incompréhensibles et propres à entretenir des préjugés. Mais
il ne s'en occupe pas beaucoup, pour deux raisons : d'abord il voulait, au
moins dans cette première édition, éviter tout ce qui pouvait choquer
l'incrédulité des corps académiques, et puis il considérait comme inconvenantes
toutes les expériences de curiosité, c'est-à-dire tout ce qui n'a pas pour but
principal le soulageraient des malades. Mais il croyait tellement à la
communauté de pensée entre le magnétiseur et son sujet, qu'il dit avec une
naïveté charmante : « Lorsqu'on veut demander quelque chose au somnambule, il
faut exprimer sa volonté par des paroles. Les bons somnambules entendent la
volonté sans qu'on leur parle. Mais pourquoi employer ce moyen sans nécessité?
C'est une expérience, et l'on doit s'être fait une loi, de s'interdire toute
expérience (*) ».
(*) Deleuze, Instruction pratique sur te
magnétisme animal Paris. 1825, p. 135.
On s'étonnera peut-être de voir qu'au temps de
Deleuze cette défense de toute expérimentation fut scrupuleusement suivie, par
un grand nombre d'observateurs. On a publié des volumes sur l'application
thérapeutique du magnétisme, mais toute la partie scientifique expérimentale
n'a fait aucun progrès. On guérissait, voilà tout. Ce n'est donc
qu'accidentellement que la suggestion mentale fut observée.
Certains magnétiseurs cependant étudiaient un peu
la question et ont laissé quelques observations intéressantes. Je vais citer
toutes celles qui ont droit à notre confiance, en essayant autant que possible
de séparer la transmission de pensée de la transmission de volonté, qui nous
occupera ensuite.
La transmission des idées et des mots, ou de
pensées en général, se présente sous plusieurs formes :
1° Comme expériences directes et voulues. Ce
sont les cas le moins nombreux. A cette catégorie appartiennent les essais dès
D Teste, Puel,Comet, Barrier, Perronet, et de MM. Lafontaine, Maricourt et
Souchère. Mais ce sont surtout des expériences toutes récentes du professeur
Barret et de la Société psychlogique anglaise qui nous ont révélé ce phénomène
;
2° Comme expériences de vision apparente qui
ont été beaucoup plus nombreuses, et dans lesquelles on confondait généralement
la transmission de pensée et des souvenirs avec une vue réelle des objets
présents ou éloignés. Nous citerons à ce titre seulement les expériences faites
avec connaissance de cause, et les observations du Dr Charpignon. de
MM. Tissot, Jolly, Baragnon, Lafontaine, Robert Houdin et du général Noiset.
3° Enfin, nous aurons l'occasion de mentionner,
que la transmission de pensée s'ajoute accidentellement à plusieurs autres
catégories de faits, surtout dans le pseudo-hypnotisme.
Commençons par des expériences toutes récentes et
le mieux contrôlées de la commission anglaise. Le compte rendu de ces
recherches forme déjà tout un volume. Je ne pourrai donc reproduire que
quelques exemples, mais en citant les expériences l'une après l'autre telles
qu'elles ont été notées soigneusement pendant la seule séance du 6 décembre
1884. Elles ont eu lieu en présence de M. Guthrie et du professeur Herdman.
Le sujet, M Relph, reste assis, et les objets
choisis sont cachés derrière un rideau et derrière le dos du sujet. Les
expériences ont lieu sans contact.
|
Objet pensé :
1) Papier rouge découpé en forme de petit verre aux œufs avec un œuf
blanc dedans.
2) Papier bleu en forme de cruche.
3) Papier rouge découpé en
forme de vase.
4) Une râpe neuve.
5) Une rondelle en bois sur
un fond noir.
6) Une rondelle rouge.
7) Même objet quedansla 5,
exp.
8) Papier argenté découpé en forme dé théière.
9) Un rectangle allongé jaune.
10) Un louis d'or.
11) Trois de cœur.
12) Cinq de trèfle.
13) Huit de carreau.
14) Une carte avec
deux croix rouges.
|
Objet deviné :
Quelque chose
de rouge : plus long que
large.
C'est bleu? C'est plus large au sommet qu'au milieu,
puis de nouveau plus large. C'est comme une cruche (elle dessine une cruche).
C'est rouge? Je ne peux voir que la couleur.
Quelque chose qui luit... argent ou acier... long et mince.
Je
ne peux pas distinguer . cela.
C'est rouge?...
C'est rond et rouge.
Y a-t-il
quelque chose de
rouge tout autour?... de
jaune rougeâtre, quelque
chose de léger.
C'est de l'argent
luisant, comme une chaudière?... C'est une théière.
Est-ce jaune?...
C'est plus long que large.
Est-ce jaune brillant?!.. De l'or... est-ce
rond?
Est-ce
une carte avec des points rouges?.. Un trois, ou
quelque chose comme cela.
C'est une autre carte avec cinq points noirs?
Est-ce une carte avec beaucoup de points...
rouge... un dix?
Est-ce quelque chose de jaune et claire... je ne
vois pas bien... Est-ce
une carte avec des points rouges... je ne vois pas.
|
|
(5) Sans objet. On imagine une
croix blanche sur un fond noir.
|
Je vois
quelque chose de
blanc et noir... je vois deux lignes (*).
|
|
(*)
Malcom Guthrie (J.-P.). — Further report on experiments in thought
transference at Liverpoot. (Proceedingsof the Society for psychicalresearches,
december, 1883.)
Je recommande cette série à l'attention de M.
Preyer et je l'engage à faire la même chose en tirant au sort(*).
(*)
M. Preyer, professeur de physiologie à Iéna a critiqué les recherches de
M. Ch. Richet, en soutenant, qu'il avait obtenu par le hasard tout seul, les
mêmes résultats (Die Erklaerung des Gedankenlesens nebst Berchreibung eines
neuen Verfahrens zum Nachweise unwiltkùrlichen Bewegungen. Leipzig, 1886). En
Italie et en Angleterre, les expériences de M. Richet ont trouvé un accueil
plus impartial. Voir Adolfo Errera, Gli studi matematici di Richet sulla
suggestione (Archivio di psychiatria, scienze penali ed anteropologia
criminale, t. VI, fasc.
I). Prof. 0. J. Lodge and M. Alfred Lodge, M.
Richet's Récent researches in thoughttransference (Proceedings of the Society
for psych. research. december, 1884).
Voyons maintenant ce que racontent les
magnétiseurs :
1) « A Tours, dit M. Lafontaine, j'avais une
somnambule qui était douée d'une grande lucidité. M. Renard, proviseur du
collège, homme très sceptique, venait chaque jour, muni de divers objets qu'il
avait soigneusement enveloppé. et qu'il gardait dans sa poche. Il n'était pas
plus tôt en rapport avec Clarisse, la somnambule, qu'immédiatement elle lui
nommait l'objet qu'il avait caché avec tant de soins. Pour prouver que c'était
bien une transmission de pensée et non la vue, je faisais
exécuter un ordre mental; c'est-à-dire que, sans prononcer un mot, sans faire
un signe, eu concentrant ma pensée sur une action quelconque dont je voulais
l'accomplissement, la somnambule se levait et faisait ce que je voulais (*).
(*)
Ch. Lafontaine. — L'Art de magnétiser, 5 édit., Paris, 1886, p. 98.
2) « Le Dr Thomas présenta à Clarisse
son petit étui à lancette, en demandant ce qu'il avait dedans. La somnambule
lui répondit que cette boite ne contenait que trois
instruments, et lui indiqua le lieu où il avait
laissé le quatrième (*). »
(*) Ch. Lafontaine.
- . Mémoires d'un
magnétiseur Paris, 1866, t. I, p., 154.
3) «
Tantôt M. Renard fermait les portes et les volets de son cabinet, bouchait le
trou des serrures, afin que personne ne pût le voir ; puis, allumait une
bougie, et écrivait quelques mots qu'il enveloppait de plusieurs papiers. Il
arrivait triomphant, espérant, grâce à toutes les précautions qu'il avait
prises, que la somnambule ne pourrait voir ce qu'il avait écrit. Mais aussitôt
qu'il avait remis le papier dans Ja main dela jeune tille, et quelquefois même avant qu'il ne
l'eût tiré de sa poche, Clarisse lui disait ce qu'il avait écrit (*). »
(*) Mémoires l c. p. 154.
4) « M. de la Souchère, ancien élève de l'École
polytechnique, savant chimiste résidant à Marseille, avait pour domestique une
femme de la campagne, chez laquelle se produisaient avec la plus grande
facilité le somnambulisme et plusieurs de ses phénomènes remarquables. En
somnambulisme magnétique, dit-il, Lazarine entrait avec moi en parfaite communication de pensée
et elle était tellement insensîble, que je lui enfonçais des aiguilles
dans la chair dans la matrice de l'ongle, sans qu'elle éprouvât la moindre
douleur et sans qu'il ortit une goutte de sang ». (Ce phénomène est très commun
; il se produit souvent en somnambulisrae un rétrécissement
notable des petits vaisseaux). « En présence
de l'ingénieur Gabriel et de quelques amis, j'ai répété les expériences suivantes : Je
lui faisais boire de l'eau pure,etelle me disaitqu'elle avait tel goûtqué je me représentais : limonade, sirop, vin, etc. On
m'indiqua de lui faire boire du sable. Elle ne pouvait deviner. Alors je mis du
sable dans ma bouche, et immédiatement ellese mit à cracher, en disant que je lui donnais du sable (trans, de
sens). J'étais alors derrière
elle, et il lui était impossible de me voir. » (Une expérience analogue,
mais encore plus avancée, est citée par le comte de Maricourt, le sujet ayant
bu à l'état de veille, un verre d'eau, avec suggestion mentale d'un
verre de kirsch, manifesta tous
les signes de l'ivresse pendant plusieurs jours. Je remarquerai que quand on provoque des
phénomènes semblables al'état de veille, ils
sont plus difficiles à dissiper
qu'en somnambulisme. Ce sont les phénomènes de ce genre qui ont
fait croire aux magnétiseurs qu'ils peuvent, en magnétisant un verre d'eau ou
un autre objet, imprégner leur fluide de différentes qualités physiques ou chimiques.
La magnétisation est ici inutile puisque c'est la pensée qui agit sur le
cerveau du sujet et non sur l'objet.) « Quelqu'un me remet un livre (Robinson
Crusoë). Je l'ouvre et j'examine une gravure qui représentait Robinson dans un
canot. Lazarine, interrogée sur ce que je fais, répond : Vous avez un livre,
vous né lisez pas ; vous regardez une image : il y a un bateau et Un homme
dedans. Je lui dis de me décrire l'ameublement d'une chambre, qu'elle ne
connaissait pas,. et elle indiqua les meubles au fur et à mesure que je me
les représentais. Je n'ai pas vu chez ma domestique la transposition des
sens. On lui avait appliqué sur l'épigastre divers objets : si je les
connaissais, elle les indiquait; si j'ignorais ce qu'ils étaient, elle ne
pouvait les nommer. Ce n'était donc que la transmission de la pensée qui se
produisait en elle. Il est possible que, dans certains cas, ce que l'on a
attribué à la transposition des sens n'ait été qu'un effet de la transmission
de la pensée (*). »
(*)
D Despine.— Etude scientifique sur le somnambulisme, Paris, 1880, p. 221.
5) Lé DTeste (*) a plusieurs fois constaté que la somnambule peut suivre
la pensée du magnétiseur.
(*) Dr Teste.— Manuel
pratique du magnétiseur, 4eédit., 1854, et Le Magn. an. expliqué,
1845, p. 243.
« M Diana, dit-il, suivait une conversation
pendant laquelle je ne pariais que mentalement. Elle répondait aux questions
que je lui adressais de cette manière». Il cite encore une expérience
extraordinaire, dans laquelle la suggestion mentale se manifeste comme hallucination
:
«J'imaginai un jour une barrière en bois autour de
moi, sans le dire; je mis en somnambulisme, Mlle H., jeune
personne très nerveuse, et je la priai de
m'apporter mes livres. Arrivée à l'endroit ou j'avais imaginé la barrière, M H.,
s'arrête, disant qu
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