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DEUXIÈME PARTIE FAITS OBSERVÉS PAR D'AUTRES. CHAPITRE PREMIER LE SYMPATHISME ORGANIQUE

Classification des faits. — La question des témoignages. — Appréciations des maladies parles somnambules. — La vue prétendue des organes malades. — Observations du D Bertrand. - Sœur Jeanne. — Marie Bucaille. — Observations de Puységur. — Les somnambules médecins. — Assertions du D Foissac. — L'Académie de médecine. — Le rapport du Dr Husson. — Transmission des symptômes. — Deux types de sympathisme organique. — Observations du D Charpignon et du Dr Pigeaire. — Transmission des douleurs à l'état de veille.

La surface de notre corps est-elle capable de transmettre, avec ou même sans contact, certains états organiques de ce corps, à un autre corps?

Telle est la question.

Nous commencerons par l'examen des états physiques, pour passer aux sensations isolées, et de là aux pensées.

Nous aurons donc à étudier :

A) La transmission nerveuse physique des maladies ;

B) La transmission des états émotifs ;

C) La transmission des sensations ;

D) La transmission des idées ;

E) La transmission de la volonté ; Puis, nous étudierons encore à part :

A) La suggestion mentale à échéance;

B) La suggestion mentale à distance.

L'histoire du magnétisme contient un grand nombre de faits, plus ou moins mal observés, ou mal attestés, qui se rattachent aux catégories précitées — mais aussi, un certain nombre d'observations positives qui doivent compter.

Jusqu'à ce moment je me suis borné à raconter ce que j'ai vu moi-même, jugeant, que dans ce genre de phénomènes, il faut être soi-même observateur, acteur et critique, pour pouvoir admettre le témoignage d'autrui. Autrement, on n'aurait qu'à accepter d'emblée tous les faits du magnétisme, car tous, ou presque tous, ont eu des témoins estimables. Mais l'estime personnelle est une chose, et la capacité de bien observer et de bien raconter les faits nouveaux et inattendus, en est une autre. Personne du reste, ne peut se vanter d'avoir assez d'autorité, pour faire entrer dans le domaine scientifique un fait tout nouveau, théoriquement isolé de tous les autres, en un mot, incompréhensible. Aussi, la précaution que je me suis imposée, et que j'ai imposée au lecteur, n'avait pas d'autre but et d'autre signification, que de le rendre témoin de la marche de mes études, du développement progressif de mes convictions et, eo ipso, de ma méthode. Je ne soutiens pas évidemment que mon témoignage vaille plus que celui d'autres physiologistes, je dis seulement — et qu'on excuse cet amour-propre, si amour-propre il y a — qu'il valait plus pour moi. Et comme on doit être responsable d'un livre, comme d'un acte qui reste, j'aime bien avoir la conscience nette.

Cela n'empêchera peut-être pas les sceptiques de la science officielle, de m'accuser de crédulité, et je serai le premier à comprendre et à excuser leur scepticisme — mais cela empêchera certainement que je m'accuse moi-même dans l'avenir. Je crois que c'est tout ce qu'un écrivain peut faire.

Malheureusement, on n'a pas toujours eu cette précaution.

Vous voulez étudier dans l'histoire du magnétisme le phénomène de la suggestion mentale et vous êtes à la recherche de témoignages sérieux. Vous ouvrez un livre sur l'hypnotisme et vous y trouvez des plaisanteries sur la suggestion mentale ; ces messieurs ne l'ont jamais étudiée, mais ils vous certifient l'exactitude de leurs opinions négatives, en se basant sur le témoignage d'autres savants, qui ne l'ont jamais étudiée non plus. Enfin, vous trouvez un auteur sérieux, qui croit à la suggestion mentale.

Prenons M. le Dr P. Despine (fils), auteur d'un grand traité en trois volumes sur la « Psychologie naturelle », ouvrage très peu connu en France, mais justement estimé à l'étranger. M. Despine a publié aussi dans ces dernières années, un bon livre sur le somnambulisme. II admet la suggestion mentale, il en donne même une théorie, mais quant aux faits, il n'a rien vu lui-même. Il se réfère à d'autres auteurs estimables et surtoutau DrA. Bertrand, excellent observateur, qui a publié deux volumes sur le somnambulisme et le magnétisme (en 1823 et 1826), dans lesquels il traite, assez longuement du phénomène en question, mais qui affirme n'avoir aucune preuve positive, << qu'il pourrait tirer d'expériences qui lui seraient personnelles ».

Il dit seulement que « le nombre des témoignages qui sont venus s'offrir en faveur de l'existence de ce phénomène. dans les différents ouvrages où il cherchait des notions sur l'extase, a forcé, malgré lui, sa croyance, et l'a obligé, de faire plus d'attention aux témoignages des partisans du magnétisme animal. » Et il se réfère principalement aux auteurs des siècles passés, au père Surin, « un homme d'une véritable piété et auquel la plupart de ses ennemis n'ont pas refusé de rendre justice, mais d'une crédulité, qui — suivant l'expression même de Bertrand—passe tout ce qu'on peut imaginer » (p. 350); —à M. Poncet, auteur religieux, également estimable, et à Mme Guyon, le meilleur témoin possible, puisqu'elle «lisait dans la pensée du père Lacombe, son confesseur, comme celui-ci lisait dans la sienne » (p. 437)...

Je ne plaisante qu'à demi. M. Bertrand, lui aussi, n'était sérieux qu'à demi, lorsqu'il disait qu'il n'avait pas eu de faits de suggestion mentale dans sa pratique. Il en a eu quelques-uns et je les citerai en temps et lieu, comme je citerai aussi les faits observés par le père Surin, et par M. Poncet, parce qu'ils présentent une certaine valeur, grâce à des circonstances particulières.

Mais si je n'avais eu d'autres preuves que le témoignage du père Surin, de M. Poncet et de Mme Guyon, croyez-vous que j'aurais publié un livre sur la suggestion mentale, ou même fait une mention quelconque de l'existence de ce phénomène? — Jamais. Je ne l'aurais pas nié non plus, assurément, parce que je ne nie jamais une chose que je connais pas; mais de là à une déclaration scientifique d'un fait aussi étrange, il y a encore loin.

Voici pourquoi, je me suis gardé de commencer, comme c'est la coutume, par l'histoire du sujet, et par conséquent par des témoignages lointains ; mais, maintenant les choses ont changé. J'ai vu, bien vu moi-même, je peux donc ajouter foi au témoignage de ceux qui ont vu la même chose que moi, et il ne serait pas juste que je cache au lecteur les observations qui ne me sont pas personnelles. Au contraire, je vais les citer toutes, c'est-à-dire toutes celles qui ont un aspect véridique, qui ont été bien constatées, et qui présentent une analogie évidente avec ce que j'ai observé moi-même. On excusera cette dernière réserve, car, sans cela, je serais obligé de citer aussi des choses incroyables, pour le moment au moins, et il est toujours prudent d'avancer lentement sur un terrain obscur et inconnu.

Je rangerai les faits d'après la classification précitée, en y ajoutant mes observations, de façon à former un inventaire complet des faits de suggestion mentale connus, et sur lesquels sera basée la théorie, ou plutôt l'embryon d'une théorie future.

Commençons par un phénomène, en apparence étranger à notre étude et que Ton trouve souvent dans les livres des magnétiseurs. II s'agit de l'appréciation des maladies par les somnambules, et de la vue prétendue des organes malades.

Qu'on ne s'étonne pas de trouver ici ce chapitre. Il est nécessaire, comme on va en juger tout à l'heure,

1. « J'observai, dit le Dr Bertrand, une. somnambule, qu'on m'avait dit avoir la faculté de reconnaître les maladies... Je ne me contentai pourtant pas de ce qu'on m'en rapportait, et je voulus éprouver la somnambule sur une malade dont l'état me fût connu d'avance. Je la mis, en conséquence, en rapport avec une demoiselle, dont la principale maladie consistait dans des accès d'asthme, qui la tourmentaient très sauvent. Quand la maladie arriva, la somnambule était endormie, et j'étais sûr qu'elle ne pouvait connaître la personne que je lui amenais. Cependant, après quelques minutes de contact, elle parut respirer difficilement, et bientôt elle éprouva tous les symptômes qui accompagnent une forte révolution d'asthme; sa voix s'éteignit, et elle nous dit avec beaucoup de peine que la malade était sujette au genre d'oppression que sa présence venait de lui communiquer à elle-même. Elle ne se borna pas là, et elle ajouta, à ce qu'elle venait de dire, le détail d'un grand nombre d'accidents et de douleurs partielles, auxquelles la malade était sujette, et qu'elle reconnut avec la plus grande précision, au moyen des souffrances qu'elle éprouvait elle-même dans les parties correspondantes de son corps; mais, ce qui surtout manifesta d'une manière incontestable la faculté qu'avait la somnambule, ce fut la découverte qu'elle fit d'une affection dartreuse, dont la malade était affectée aux parties génitales. Personne de nous n'en avait connaissance, et la malade seule put nous apprendre combien elle avait rencontré juste en ce point (*). »

(*) Ch. Bertrand. — Traité du somnambulisme et des différentes modifications qu'il présente. Paris, 1823, p. 229.

Bertrand ajoute à cette observation les remarques suivantes :

« En général il faut soigneusement distinguer, dans les consultations des somnambules, ce qu'ils déclarent éprouver du contact des malades, de ce qu'ils s'imaginent voir dans l'intérieur de leur corps.

« Ce qu'ils disent ressentir, mérite souvent beaucoup de confiance, tandis que ce qu'ils concluent de ce qu'ils croient voir, ne présente jamais que des conjectures dénuées de fondement, et souvent même tout à fait absurdes. »

2. « Je passai — dit le même auteur — à une autre somnambule, une enfant de quatre ans, dont un des bras était estropié à la suite d'une chute, qui avait déterminé un dépot à l'articulation du coude; de plus, un vice de constitution rendait sa marche gênée, et elle se balançait d'une jambe sur l'autre. — On amena à la somnambule cette enfant, que la personne qui la portait tint sur ses genoux tout le temps qui précéda la consultation. Rien n'avait donc pu lui faire connaître d'avance ce qu'elle devait dire. Voici pourtant ce qui arriva. Quand on lui présenta l'enfant, elle souleva avec peine son bras plié, parut faire des efforts inutiles pour le porter à sa tête, et s'écria : << Oh ! la pauvre enfant, elle est estropiée! » On lui demanda ce qui avait occasionné l'accident qu'elle venait dereconnaitre; elle répondit que c'était une chute (et c'était vrai). Après cette première consultation, elle mit un peu d'intervalle, et puis elle continua : « Oh! mon Dieu! comme elle est faible des reins!elle doit avoir bien de la peine à marcher. » (P. 232.)

3. << J'etais auprès de la somnambule que je magnétisais, endormie sur son lit, quand je vis entrer un de mes amis, accompagné d'un pauvre homme, blessé depuis peu de temps en duel, et qui avait reçu une balle dans la tête. « Je mis la somnambule en rapport avec le blessé, et me bornai à lui demander de déclarer ce qu'il avait. Elle parut chercher un instant,puis elle dit en s'adressant la parole à elle-même : « Non, non, ce n'est pas possible; si un homme avait eu une balle dans la tête, il serait mort.»—Eh bien! lui dis-je, que voyez-vous donc? — Il faut qu'il se trompe, me dit-elle; il me dit que monsieur a une balle dans la tête.» (1/, c'était, d'après la somnambule, un être distinct, séparé d'elle et dont la voix se faisait entendre au creux de l'estomac, une sorte d'ange gardien, lisez : l'inconscient. Il est probable que cette conception d'un être révélateur lui a été suggérée par un magnétiseur spirite). « Je l'assurai, continue Bertrand, que ce qu'elle disait était vrai, et lui demandai si elle pouvait voir par où la balle était entrée, et quel trajet elle avait parcouru. La somnambule réfléchit encore un instant, puis ouvrit sa bouche, et indiqua avec le doigt, que la balle était entrée parla bouche et avait pénétré jusqu'à la partie postérieure du cou; ce gui était encore vrai. Enfin, elle poussa l'exactitude jusqu'à indiquer quelques-unes des dents qui manquaient dans la bouche et que la balle avait brisées. » La somnambule n'avait pas ouvert les yeux depuis l'instant où le blessé était entré dans la chambre; du reste, il n'y avait pas de lésion aux téguments extérieurs de la bouche. » (P. 232.)

Dans son second livre (*), le Dr Bertrand s'exprime en ces termes :

(*) Ch. Bertrand. — Du Magnétisme animal en France, etc. Paris, 1826, p. 428-430.

« On trouve dans les ouvrages des magnétiseurs un grand nombre d'exemples de ce phénomène, et moi-même j'ai eu occasion de le constater plusieurs fois, de manière à ne conserver aucun doute.

«Je crois qu'il n'est personne, pour peu qu'il ait observé quelques somnambules, qui ne les ait vus souvent ressentir, par suite d'un simple contact, les douleurs des malades avec lesquels on les mettait en rapport.» (Bertrand emploie ce terme consacré par1'usage des magnétiseurs, mais il n'y attache une autre importance que celle du contact — il n'admet pas le « fluide magnétique »). « L'impression qu'il? en reçoivent n'est ordinairement que momentanée, et il est très rare qu'ils conservent à leur réveil les symptômes, qui leur sont communiqués pendant le sommeil. »

« Il peut pourtant se rencontrer quelques exceptions à cet égard, et il suffirait par exemple que le somnambule se persuadât, d'après ce qu'il éprouve, qu'il a réellement gagné la maladie, pour qu'il la conservât assez longtemps. C'est, à ce qu'il paraît, ce qui arrivait chez quelques convulsionnaires de Saint-Médard, qui pensaient que Dieu les acceptait pour victimes et permettait qu'ils prissent les maladies de ceux qui venaient les consulter. « Il arrive souvent aux convulsionnaires, dit Carré de Montgéron, de prendre les maladies, sans savoir si les personnes sont malades, ni la nature de leurs maux. Ils en sont instruits par les sentiments de douleur qu'ils éprouvent dans les mêmes parties. Il paraît aussi qu'alors les malades, témoins du singulier phénomène qu'ils avaient sous les yeux, se croyaient débarrassés de leurs maux, dès que ces maux avaient passé dans le corps des convulsionnaires. Ainsi on voit un chevalier Deydé perdre ses étourdissements, après que la sœur Jeanne les eût pris. » « Parmi les possédés, dont les ëxorcismes se sont prolongés assez longtemps pour qu'ils pussent se faire à la terrible situation dans laquelle ils se trouvaient, il y en a beaucoup qui se croyaient aussi avertis d'une manière surnaturelle des maladies des personnes présentes, et qui offraient à cet égard la ressemblance la plus parfaite avec les convulsionnaires de Saint-Médard et les somnambules .»

4. « Les documents concernant le procès intenté contre une « possédée » (hystéro-épileptique) nommée Marie Bucaille, en 1699, contiennent entre autre des preuves du phénomène de la transmission des maladies. Elles sont d'autant plus dignes d'attention que l'accusation les confirme aussi bien que la défense ; seulement d'après celle-ci le phénomène en question procède d'un don des miracles accordé par Dieu lui-même, tandis que d'après celle-là il est l'œuvre du démon. Or, cette Marie Bucaille << avait souffert sur sa personne le mal d'Anne Séville » et il fallait évidemment qu'elle fût sorcière et magicienne « puisque c'était la méthode des sorciers, de guérir les gens en prenant les maux sur eux-mêmes ». L'avocat considère cette assertion comme preuve d'une grande ignorance du juge, « car il a bien entendu dire qu'un sorcier, en guérissant un malade, renvoie souvent le maléfice sur une autre personne ; mais on n'a jamais oui parler, que le sorcier prenne le mal sur lui' même ; et ainsi, dans les guérisons que Dieu a opérées par la dite Bucaille, si elle s'est chargée véritablement des maux des malades, comme il est justifié tant à l'égard du fait présent, qu'à l'égard du vieux curé de Golleville et des autres personnes dont on a parlé, cette manière de guérir les autres, a quelque chose de plus grand et de plus noble, que les autres guérisons miraculeuses, qui se font d'une seule parole, etc. » (P. 430.)

Ce que les possédés et les convulsionnaires manifestaient d'eux-mêmes, par l'effet de la maladie, les somnambules le faisaient sous l'influence des magnétiseurs. Le premier fait connu de ce genre, dans les expériences du marquis de Puységur est rapporté par M. Clocquet dans une lettre datée de Soissons le 13 juin 1784, par conséquent avant la publication du récit de Puységur lui-même, qui n'a eu lieu que vers la fin de la même année (*). Clocquet est allé voir les miracles de Busancy, en curieux impartial.

(*) On attribue généralement au marquis de Puységur la découverte du somnambulisme provoqué et de la faculté dont nous parlons; mais il suffit de lire le deuxième Mémoire de Mesmer pour se convaincre qu'il a eu connaissance de ces deux phénoinèes. Il est certain qu'il tenait secrète une partie de son expérience.

«Attiré comme les autres à ce spectacle, dit-il, j'y ai tout simplement apporté les dispositions d'un observateur tranquille et impartial; très décidé à me tenir en garde contre les illusions de la nouveauté, de l'étonnement; très décidé à bien voir, à bien écouter. »

Voici pourtant ce qu'il raconte :

5. M. de Puységur choisit entre ses malades plusieurs sujets, que, par attouchement de ses mains et présentation de sa baguette (verge de fer de quinze pouces environ), il fait tomber en crise parfaite. Le complément de cet état est une apparence de sommeil, pendant lequel les facultés physiques paraissent suspendues, mais au profit des facultés intellectuelles. On a les yeux fermés ; le sens de l'ouïe est nul; il se réveille seulement à la voix du maître » (phénomène d'isolement propre au sommeil magnétique, en distinction de l'état hypnotique, provoqué par un objet inanimé). « Il faut bien se garder de toucher le malade en crise, même la chaise sur laquelle il est assis » (j'ai souvent observé et constaté ce fait dès 1867) : « on lui causerait des angoisses, des convulsions, que le maître seul peut calmer. Ces malades en crise» (le mot crise a ici le même sens que lui a donné Mesmer; il signifie en général tout état nerveux différent de l'état normal, provoqué par les procédés démagnétisation ou par l'imagination du malade) » qu'où nomme médecins, ont un pouvoir surnaturel, par lequel, en touchant un malade, qui leur est présenté, ou en portant la main, même par dessus les vêtements, ils sentent quel est le viscère affecté, la partie souffrante ; ils le déclarent, et indiquent à peu près les remèdes convenables. — Je me suis fait toucher par un des médecins. C'était une femme d'à peu près cinquante ans. Je n'avais certainement instruit personne de l'espèce de ma maladie. Après s'être arrêtée particulièrement à ma tête, elle m'a dit que j'en souffrais souvent, et que j'avais habituellement un grand bourdonnement dans les oreilles, ce qui est très vrai. Un jeune homme, spectateur incrédule de cette expérience, s'y est soumis ensuite, et il lui a été dit qu'il souffrait de l'estomac, qu'il avait des engorgements dans le bas ventre, et cela depuis une maladie qu'il a eu il y a quelques années, ce qu'il nous a confessé être conforme à la vérité. Non content de cette dévination, il a été sur-le-champ, à vingt pas de son premier médecin, se faire toucher par un autre, qui lui a dit la même chose. Je n'ai jamais vu de stupéfaction pareille à celle de ce jeune homme, qui certes était venu pour contredire, persiffler, et non pour être convaincu... » (P. 222.)

Dans un livre publié la même année (1784) sous le titre : « Réflexions impartiales sur le magnétisme animal », on trouve les remarques suivantes à propos du rapport des commissaires de roi :

6. « Dans le nombre des expériences faites par les commissaires, j'aurais désiré qu'ils eussent porté leurs observatious sur un de ces somnambules, rendus tels par l'action magnétique, et qu'ils l'eussent soumis aux épreuves suivantes. Après lui avoir mis sur les yeux le bandeau, dont ils se sont servis dans leurs expériences, lui présenter différentes personnes dont les maux auraient été connus, et lui demander de les indiquer. Si ce médecin d'une nouvelle espèce eût découvert le siège des maux par le seul contact, je doute qu'il eût été possible aux commissaires de dire que l'attouchement aurait produit le mal, et que l'imagination ou l'attouchement y fussent pour quelque chose. Cette expérience est décisive": elle s'est faite sous mes yeux au traitement de if. Mesmer; et depuis, je l'ai vu répéter à Lyon plusieurs fois et avec succès, les précautions les plus sûres ayant été prises pour éviter la supercherie. Les différentes somnambules qui ont servi aux expériences sont des filles du peuple. On leur a présenté des sujets malades qui leur étaient inconnus; elles ont indiqué avec la plus grande exactitude les maux dont ils étaient affectés. Je les ai vues ressentir vivement les maux de ceux qu'elles magnétisaient, et les manifester en portant les mains vers elles, aux mêmes parties...» (P. 228.)

En août 1825, le Dr Foissac adresse à l'Académie de médecine une lettre, dans laquelle il annonce de la manière suivante le phénomène de la transmission des douleurs :

« En posant successivement la main sur la tête, la poitrine et l'abdomen d'un inconnu, les somnambules en découvrent aussitôt les maladies, les douleurs, et les altérations diverses, qu'elles occasionnent. » Suit une affirmation de l'instinct des remèdes, qui ne nous intéresse pas ici. Foissac l'exagère, comme il exagère aussi l'instinct diagnostique, en présentant comme règle générale, ce qui n'est qu'un phénomène plus ou moins rare. Les quelques somnambules qu'il a eu la chance de rencontrer, lui ont inspiré une confiance sans borne, qui s'est dissipée bientôt dans une pratique un peu plus large.

« Quoique ce soit promettre beaucoup, écrit-il, je n'hésite point à le faire. Il n'est pas de maladie aiguë ou chronique, simple ou compliquée, je n'en excepte pas aucune de celles qui ont leur siège dans une des trois cavités splanchniques, que les somnambules ne puissent découvrir et traiter convenablement ; car il n'en est pas de même de celles qui siègent aux membres et à la surface du corps, si elles n'excitent une réaction générale ou ne troublent aucune fonction essentielle, »

Cette restriction est intéressante, surtout souslaplume d'un enthousiaste compétent. Foissac reconnaît donc que, pour que la communication des symptômes puisse j avoir lieu, ces symptômes doivent procéder d'un trouble d'équilibre vital assez prononcé et assez profond. Et si les somnambules n'apprécient pas également bien les troubles locaux « aux membres et à la surface du corps », c'est que la faculté dont il s'agit ici, ne consiste pas à voir, ou, comme il s'exprime lui-même, « à lire dans la structure intime des organes les plus cachés», mais qu'elle est plutôtla faculté de ressentir les troubles d'un système nerveux déséquilibré. Il faut que ce trouble soit assez profond, pour réagir sur le. somnambule ; comme un changement électrique, dans un corps conducteur, réagit sur un galvanomètre éloigné.

Foissac, plein de confiance, proposa à l'Académie une enquête scientifique.

« Prenez, dit-il, en ville, au bureau central ou dans les hospices, trois ou cinq maladies des plus franches ou des plus caractérisées, elles formeront le sujet d'une première épreuve ; vous ferez choix, pour une seconde, des plus compliquées et des plus obscures. Les somnambules, j'en réponds, feront briller leur sagacité en raison des difficultés. Ces expériences seront renouvelées autant de fois qu'il conviendra, pour vous donner une entière conviction. Des commissaires nommés par vous en suivront les détails, vous en feront leur rapport, auquel j'ajouterai le mien. Si vous n'êtes pas satisfaits de leurs opérations, vous en choisirez d'autres. Si j'avais à me plaindre d'eux, j'aurais aussi la faculté d'en désigner. La vérité ne saurait échapper à des recherches aussi rigoureuses. »

Certainement: seulement, il est rare qu'une Académie s'intéresse à une vérité nouvelle. Il est, au contraire, fréquent qu'elle se soucie plus de la dignité professionnelle que des progrès de la science.

C'est là un phénomène psychologique, qui n'est pas moins intéressant que plusieurs autres, mais que nous ne mentionnons qu'en passant. Le fait est que la lettre du Dr Foissac ne fut môme pas lue à l'Académie, et que M. Adelon, secrétaire, se contenta de lui faire part de son objet.

Après une longue et bruyante discussion, l'Académie nomma une commission, chargée de faire un rapport sur la question... « de savoir s'il convient oui ou non, que l'Académie s'occupe du magnétisme animal. ». Adelon, Pariset, Marc, Husson etBurdin firent partie de la commission. Husson a été nommé rapporteur. Quatre mois après, le 13 décembre 1825 son rapport fut lu à l'Académie. C'était un coup de foudre. Se basant sur les travaux de Bertrand, de Deuleuze, et de Georget, la commission conclut en faveur de l'examen.

Mais ce n'est qu'après plusieurs séances indécises qu'une commission de onze membres, presque tous incrédules, fut autorisée à commencer l'examen. Ce fut le

14février 1826. L'idée de convenance a obtenu la majorité de 35 voix contre 25. Cette commission expérimente pendant cinq ans, et sonrapport fut enfin présenté à l'Académie par le même Dr Husson, le 28 juin 1831.

Il était entièrement favorable au magnétisme, et confirma même l'action à distance.

Quant à la question qui nous intéresse spécialement, voici ce qu'en dit le rapporteur :

« 11 n'est personne parmi vous, messieurs, qui, dans tout ce qu'on a pu lui citer du magnétisme, n'aitentendu parler de cette facilité qu'ont certains somnambules, non seulement de préciser le genre de maladiesdont ils sont affectés, la durée et l'issue de ces maladies, mais encore le genre, la durée et l'issue des maladies de personnes avec lesquelles on les met en rapport. Les trois observations suivantes nous ont paru tellement importantes, que nous avons cru devoir vous les faire connaître dans leur entier, comme présentant des exemples fort remarquables de celle intuition et de cette prévision... »

7. « La commission trouva parmi ces membres quelqu'un qui voulut bien se soumettre aux indications de la somnambule (M Céline Sauvage). Ce fut M Marc; M Céline fut priée d'examiner avec attention l'état de santé de notre collègue. Elle appliqua les mains sur le front et la région du cœur, et, au bout de trois minutes, elle dit que le sang se portait à la tôle; qu'actuellement M. Marc avait mai dans le côté gauche de cette cavité; qu'il avait souvent de l'oppression, surtout après avoir mangé ; qu'il devait avoir souvent une petite toux; que la partie intérieure delà poitrine devait être gorgée de sang; que quelque chose gênait le passage des aliments ; que cette partie (et elle désignait la région de l'appendice tiphoïde), ;était rétrécie.... 11 nous tardait d'apprendre de M. Marc s'il éprouvait tout ce que cette somnambule avait annoncé. Il nous dit qu'en effet il avaitde l'oppression, lorsqu'il marchaiten sortant de table, que souvent, comme elle 1 annonçait, il avait de la toux,et qu'avant l'expérience il avait mat dans le côté gauche de la tête, mais qu'il ne ressentait aucune gêne dans le passage des aliments. »

8. « Une autre malade, âgée de vingt-trois à vingt-cinq ans, atteinte depuis deux ans environ d'une hydropysie ascite, accompagnée d'obstructions nombreuses, les unes dvolume d'un œuf, d'autres du volume du poing, quelques-unes du volume d'une tête d'enfant, et dont les principales avaient leurs siège dans lecôté gauche du ventre. L'extérieur du ventre était inégal, bosseléet ces inégalités correspondaient aux obstructions dont la capacité abdominale était le siège. M. Dupuytren avait déjà pratiqué dix ou douze fois la ponction à cette malade, et avait toujours retiré une grandequantité d'albumine claire, limpide, sans odeur,sans aucun mélange. Le soulagement suivait. Le rapporteur a été présent trois fois à cette opération, et il fut facile à M. Dupuytren et à lui, de s'assurer du volume et de la dureté de ces tumeurs, par conséquent de reconnaître leur impuissance pour la guérison de cette malade. Ils prescrivirent néanmoins différents remèdes, et ils attachèrent quelque importance à ce que M ** fût mise à l'usage du lait d'une chèvre à laquelle ou ferait des frictions mercurielles. — Le 21 février 1827, le rapporteur alla chercher M. Foissac et Mme Céline, et il les conduisit dans une maison du faubourg du Roule, sans leur indiquer ni le nom, ni la demeure, ni la nature de la maladie de la personne, qu'il voulait soumettre à l'examen de la somnambule. La malade ne parut dans la chambre où se fit l'expérience que quand M. Foissac eut endormi M Céline, et alors, après avoir mis une de ses mains dans la sienne, elle l'examina pendant huit minutes, non pas comme le ferait un médeciu en pressant l'abdomen, en le percutant, en le scrutant dans tous les sens ; mais seulement en appliquant la main à plusieurs reprises sur le ventre, la poitrine, le dos, la tête. Interrogée pour savoir ce qu'elle avait observé chez M ***, elle répondit que tout le ventre était malade, qu'il y avait un squirre et une grande quantité d'eau du côté de la rate, que les intestins étaient très gonflés ; qu'il y avait des poches où des vers étaient renfermés; qu'il y avait des grosseurs du volume d'un œuf, dans lesquelles étaient contenues des matières puriformes, et que ces grosseurs devaient être douloureuses; qu'il y avait au bas de l'estomac une glande engorgée de la grosseur de trois de ses doigts, que cette glande était dans l'intérieur de l'estomac et devait nuire à la digestion, que la maladie élait ancienne, et qu'enfin M *"* devait avoir des maux de tête. Elle conseilla l'usage d'une tisane de bourrache et de chiendent nitrée, de cinq onces de suc de pariétaire, prise chaque matin, de très peu de mercure pris dans du lait. Elle ajouta que le lait d'unechèvre que l'on frotterait d'onguent mercuriel, une demi-heure avant de ltraire, conviendrait mieux (*). La nourriture devait consister en viandes blanches, laitage farineux, point de citron. Elle permettait très peu de vin, un peu de rhum à la fleur d'oranger, ou de la liqueur de menthe poivrée. Ce traitement n'a pas été suivi, et, l'eût-il été, il n'aurait pas empêché la malade de succomber. Elle mourut un an après. L'ouverture du cadavre n'ayant pas été faite, on ne put vérifier ce qu'avait dit la somnambule. >>

(*)« Sans attacher une grande importance à cette singulière rencontre de la prescription faite par la somnambule de l'usage du lait d'une chèvre frictionnée d'onguent mercuriel, avec cette même prescription recommandée à la malade par M. Dupuytren et le rapporteur, la commission a dû consigner dans son travail cette coïncidence; elle la présente comme un fait dont le rapporteur garantit l'authenticité, mais dont elle ni lui ne peuvent donner aucune explication. »

9. « Dans une circonstance délicate, où. des médecins fort habiles avaient prescrit un traitement mercuriel pour un engorgement des glandes cervicales qu'ils attribuaient à un vice vénérien, la famille de la malade qui était soumise à ce traitement, voyant survenir de grands accidents, voulut avoir l'avis d'une somnambule. Le rapporteur fut appelé pour assister à cette consultation, et il ne négligea pas de profiter de cette nouvelle occasion d'ajouter à ce que la commission avait vu. Il trouva une jeune femme, Mme la C..., ayant tout le côté droit du cou profondément engorgé par une grande quantité de glandes rapprochées les unes des autres. Une était ouverte et donnait issue à une matière purulente jaunâtre.

« M Céline, que M. Foissac magnétisa en présence du rapporteur, se mit en rapport avec elle, et affirma que l'estomac avait été attaqué par une substance comme du poison, qu'il y avait une légère inflammation des intestins, qu'il y avait à la partie supérieure droite du cou une maladie scrofuleuse qui avait dû être plus considérable qu'elle ne l'était à présent, qu'en suivant un traitement adoucissant qu'elle prescrit, il y aurait de l'amélioration dans quinze jours ou trois semaines. Elle suivit ce traitement pendant quelque temps, et il y eut une amélioration notable. Mais l'impatience de lamalade, qui trouvait que Je retour vers la santé n'était pas assez rapide, détermina la famille à convoquer une nouvelle réunion de médecins. Il y fut décidé que la malade serait soumise à un nouveau traitement mercuriel. Le rapporteur cessa alors de voir la malade, et apprit qu'à la suite de l'administration du mercure, elle avait du côté de l'estomac des accidents très graves qui la conduisirent au tombeau après deux mois de vives souffrances. Un procès-verbal d'autopsie signé par MM. Fouquier, Marjollin,Cruveillier, Foissac, constata qu'il existait un engorgement scrofuleux ou tuberculeux des glandes du cou, deux légères cavernes remplies de pus, résultant de la fonte des tubercules au sommet de chaque poumon, lamembrane muqueuse du grand cul-de-sac de l'estomac était-presque entièrement détruite; ces messieurs constatèrent, en outre, que rien n'indiquait la présence d'une maladie venérienne, soit récente, soit ancienne... »

Le rapporteur conclut :

<< 1° Que, dans l'état de somnambulisme, Mme Céline a indiqué les maladies de trois personnes avec lesquelles on l'a mise en rapport ;

« 2° Que la déclaration de l'une, l'examen que Ton fait de l'autre, après trois ponctions, etl'autopsie de la troisième se sont trouvées d'accord avec ce que cette somnambule avait avancé ;

« 3° Que les divers traitements qu'elle a prescrits ne sortent pas du cercle de remèdes qu'elle pouvait connaître, ni de l'ordre de choses qu'elle pouvait raisonnablement recommander;

« 4° Qu'elle les a appliqués avec une sorte de discernement...»

M. Foissac a eu la chance de pouvoir tenir sa parole.

On s'imagine facilement l'émotion produite à l'Académie parla lecture de ce rapport, dont nous venons de citer quelques pages à peine. On a rarement entendu un compte rendu d'observations nombreuses, aussi impartial, aussi clair et aussi prudent.

De nombreux applaudissements ne manquèrent pas d'éclater. Mais, dès qu'il futquestion de le faire imprimer, comme d'habitude, on conçut des craintes pour le prestige de l'Académie. « Si la plupart des faits consignés dans ce rapport étaient réels, dit M. Castel, ils détruisaient la moitié des connaissances physiologiques, et il serait dangereuxdepropagercesfoitspar l'impression...»

On était déjà presque décidé à suivre ce conseil, lorsque M. Roux eut l'heureuse idée de proposer un terme moyen :

En conséquence, le rapport ne fut pas imprimé, mais il fut autographié.

On remarquera facilement que, malgré l'apparence d'une exactitude « confirmée par l'autopsie » dans la détermination des lésions, cette exactitude ne se rapporte qu'aux généralités fonctionnelles et que nos remarques précédentes, comme celles du D Bertrand, ne perdent pas leur valeur. Ce n'est pas vision des organes que les commissaires ont constatée, mais bien une appréciation sympathique des troubles, avec plus ou moins de netteté. Je ferai remarquer en outre, que les consultations de M Céline présentent un caractère un peu différent des observations précédentes. La somnambule ne souffre pas des douleurs quelle examine elle les perçoit seulement comme si elles étaient quelque chose de palpable; elle les tâte, pour ainsi dire, sans les prendre.

Nous verrons ensuite que cette différence découle de l'existence de deux types, un pe u différents, de la perception des somnambules. La base en est cependant la même, et c'est toujours une possibilité de transmission nerveuse qui la constitue: seulement il faut bien distinguer entre une transmission imitative ou imaginaire, qui n'a aucun rapport avec la suggestion mentale, et une transmission physique qui lui sert de base, et qui peut être plus ou moins prononcée.

« La plupart des somnambules, dit le Dr Charpignon (*)ressentent les douleurs des personnes avec lesquelles on les met en rapport. Cette sensation est fugitive et ne laisse pas de trace au réveil, si l'on a soin de bien rompre le rapport. Si c'est le magnétiseur qui souffre la sensation est des plus vives, et elle persiste souvent au réveil. Si Ton continue plusieurs jours à magnétiser clans cette disposition maladive, on inocule à ces somnambules impressionnables, la même maladie. On doit donc être très réservé sur ce point, et étendre la prudence jusqu'aux affections de l'âme, car on ne saurait croire combien est terrible J'influence d'un esprit agité sur certains somnambules. »

(*)Charpiçnon, Physiologie, Médecine, Métaphysique du magnétisme. Paris, 1848, p. 72.

Puis il ajoute :

<r Cette identification des deux systèmes nerveux produit quelquefois le phénomène de l'imitation; ainsi, que le magnétiseur se mouche, qu'il tousse, le somnambule répète ses actes; s'il prend du tabac, il éternue; qu'on le pique, qu'on le brûle, le somnambule ressent aux mêmes endroits les mêmes douleurs. »

Il y a dans ce passage une confusion de trois phénomènes différents :

1) Imitation des mouvements, observée dernièrement par Heidenhain;

2) Hyperesthésie de l'odorat (le magnétiseur prend le tabac et le somnambule éternue);

3) Transmission des sensations. — Mais évidemment, en pratique, ces phénomènes s'associent le plus souvent, et c'est là une des difficultés d'expérimentation, en même temps qu'un indice, assez important, comme nous allons le voir, pour la théorie du « sympathisme ».

Le mot sympathisme, employé quelquefois par Char-pignon, me paraît assez bien choisi, et je vais l'accepter pour abréger les dénominations, en lui donnant seulement un sens plus précis; j'embrasserai sous ce nom les phénomènes de communication directe et instantanée des douleurs et d'autres sensations subjectives, des sentiments et des états émotifs à l'exclusion des faits de l'imitation par la vue et l'ouïe, auxquels on pourrait donner le nom d'imitatisme. L'imitatisme, relatif aux maladies et non aux actes, prendra le nom de contagion psychique, tandis que les faits de transmission des maladies, transmission presque toujours médiate et retardée, par le toucher tout seul, à l'insu de celui qui en subit l'action, pourront être considérés comme appartenant à la contagion nerveuse proprement dite, ou contagion nerveuse physique.

Le sympathisme physique peut être subjectif ou objectif. Il est subjectif chez des somnambules qui ressentent eux-mêmes les douleurs qu'ils découvrent. — Il a été seulement objectif chez M Céline, comme dans les deux cas suivants observés par le Dr Pigeaire.

10. «La daine mit la main dans celle de la somnambule qui se prit à dire : <<Madame, vous avez bien mal à la tête. — C'est vrai, répondit cette dame, depuis ce matin j'ai la migraine....(*) »

(*) J. Pigeaire. — Puissance de l'électricité animale. Paris, 1839 p. 61.

11. «A quelque temps de là, le professeur Lallemand me ditqu'un malade demandait a consulter une somnambule. Désireux de me convaincre de cette faculté magnétique qui seul, pour ainsi dire, les maux, sans que nous sachions comment, j'essayai encore ma somnambule (la jeune fille du docteur Pigeaire). A peine eut-elle touché la main de ce malade, elle se mit à dire : « Vos jambes, monsieur, sont comme mortes ». — Comment, répliquais-je, vous êtes paralytique, vous ne pouvez pas remuer vos jambes?—Non,monsieur.—Vous avez été bien malade après votre arrivée en France, ajouta la somnambule, mais à présent vous allez beaucoup mieux. » Le vieillard fit un signe affirmatif....» (P. 61.)

12. « Mme Ch... souffrait depuis quelque temps du côté gauche delà mâchoire..., les douleurs lancinantes se concentraient dans la tempe et dans la branche de la mâchoire inférieure. Le malade traçait le trajet de la douleur, et ce trajet était celui du canal dentaire.... Dès que la somnambule eut pris la main de Mme Ch., elle porta la sienne à sa figure, saisit du doigt le nerf dentaire, et remonta à la tempe et à la mâchoire, puis elle dit : a Ce nerf (le dentaire) est accouplé à un vaisseau de sang (l'artère dentaire); il en est de même ici (à la tempe), Eh bien ! les vaisseaux, sont tellement gonflés par le sang et leur tissu tellement enflammé, qu'ils compriment les nerfs et les irritent...(*)»

(*) Charpignon, loc. cit. 251-252.

Cette dernière observation présente un type intermédiaire. Le somnambule ne souffre pas, mais cependant elle paraît ressentir l'effet de la consultation, puisque c'est sur elle qu'elle montre le trajet de la douleur.

Les deux observations que nous connaissons déjà, celle de Mme R., qui a bien déterminé les troubles d'une de mes malades, choisie exprès pour cet essai (p. 38), et celle de MmeB..., qui a deviné la maladie de M. Marillier (p. 140), appartiennent à la première catégorie. Ces deux somnambules ressentaient vivement, sur elles-mêmes, les troubles diagnostiqués, et je connais aussi une autre consultation de Mme R... à la suite de laquelle elle mit un bon quart d'heure à se remettre d'un mal, que lui a communiqué une malade. Dans quelques minutes, son ventre est devenu dur et enflé (comme il arrive chez des hystériques). Il est presque certain que, si on l'avait réveillé en ce moment, le mal aurait persisté plusieurs heures.

J'ajouterai que c'est pour la première foisque M R.., magnétisée par moi, a fait son diagnostic à l'état de somnambulisme. D'habitude elle le faisait à l'état de veille. On pourrait dire qu'elle est trop sensible en somnambulisme.

Mais comme il y a des somnambules qui reconnaissent les troubles des malades sans en paraître atteints, il nous convient d'examiner quel est le procédé qui les guide, et, pour cela, il nous faut aborder un phénomène non moins extraordinaire, et que longtemps je n'ai pas osé publier.



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Titre Originel: Book Title : De la suggestion mentale

Ces livres vous sont proposés dans le cadre d'un projet culturel.
Nous voulons porter l'attention sur les thèmes de la vraie tradition  magnétique et fascinative originelle dans laquelle nous avons été initiés.

Il s'agit de techniques puissantes, aux effets beaucoup de fois extraordinaires, ayant leurs bases dans des concepts energétiques. (elles sont l'équivalent en occident de tradition millénaires basés sur l'énergie paragonables la tradition de la kundalini).

Ce sont des techniques aussi utiles dans la vie pratique: elles peuvent etre utiles dans la thérapie, dans les situations personnelles (magnétisme personnel), dans les rélations et dans beaucoup d'autres situations.

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Ces techniques très puissantes jusqu'à maintenant n'ont jamais été revélées en entier par écrit.

Les livres contiennent seulement une partie de l'enseignement original mais peuvent etre utiles pour rentrer dans l'esprit.

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C'est pour ça que nous pouvons dire qu'il s'agit de quelque chose de nouveau.

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Elles s'appuient sur une ècole secrète et initiatique, que aussi Mesmer à connu mais lui aussi à en partie tenu cachée.

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