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CHAPITRE VI
Phénomènes généraux de la suggestion. -
Suggestion à distance.
Hallucinations hypnotiques. - Suggérer la vision
d'un troupeau. - Faire voir et sentir un bouquet de fleurs. - Faire voir et
entendre un homme tombant dans l'eau. - Faire ressentir des piqûres
d'insectes.
- Changer le goût d'un fruit, - Changement
d'individualité. - Changement d'écriture. - Changement de sexe. - Produire
l'anesthésie complète. - Extraction d'une dent sans douleur. -
Amputation d'une jambe. - Guérison d'une paralytique. - Catalepsie.
Suggestion mentale. - Suggestion post-hypnotique. - Suggestion mentale
à distance. - Suggestion à 700 mètres de distance. - A
sept kilomètres de distance. - A 172 jours d'intervalle. - Suggestion
par la poste. - Par le télégraphe. - Par le téléphone. - Hypnotisme pendant le
sommeil ordinaire. - Auto-suggestion, pour se guérir soi-même de maladies
physiques et morales.
Physiologiquement parlant, l'hallucination est une
erreur des sens dans laquelle un individu croit voir,, entendre, toucher,
sentir ou goûter des objets qui n'existent pas. C'est toujours médicalement ou physiologiquement parlant, - un symptôme
très fréquent, un des éléments du délire, qu'on retrouve le plus souvent
dans la manie, la mélancolie, la monomanie, l'extase, l'hystérie, le délire
fébrile, etc.
Mais, sans être le moins du monde malade, on peut être mis dans
un état d'hallucination par l'hypnotisme. Bien mieux : il est certains cas
où, sans être en état d'hypnose ou de maladie, on est néanmoins
sujet à des hallucinations : le mirage, dans les vastes plaines
de sable de l'Afrique, est une hallucination de la vue ; les tintements
d'oreille sont une hallucination de l'ouïe : que quelqu'un approche
son oreille de la vôtre, et il n'entendra aucunement le carillon que vous
percevez ; croisez le médius d'une main sur l'index, et touchez, avec ces deux
doigts croisés, une bille placée devant vous sur une table ; vous croirez
fermement en toucher deux; c'est une hallucination du toucher, et il faudra
s'aider de la vue pour s'assurer de la présence d'une seule bille.
Eh bien, il est très facile de donner des hallucinations des cinq
sens pendant le sommeil hypnotique. En cet état, grâce aux effluves humains (rayons
humains, magnétisme, rayon n de Charpentier), le cerveau du sujet
est uni miroir reflétant fidèlement les images déterminées par
l'opérateur dans son propre cerveau ; ce qu'il voit en pensée, le sujet le voit
comme Un objet tangible ; ce qu'il goûte, mentalement, le sujet le
goûte et l'apprécie, avec toutes les nuances, les sympathies ou les
antipathies de l'opérateur ; ce qu'il sent, le sujet le sent comme lui, avec la
même odeur ; si l'opérateur décrète que la rose sent l'ail, donnez
une rose au sujet, et il reculera plein d'horreur - à moins qu'il ne
soit du Midi, de la Riviera, comme dit si élégamment certain fabricant
d' « états d'âme » qui n'a que cet mot au bout de la plume : car
là, on aime l'ail.
Ainsi, quand le sujet aura été mis par vous en état d'hypnose, faites
quelques passes sur les yeux, tout en vous figurant vous-même voir
un paysage, une campagne, avec un troupeau de bœufs paissant dans une prairie. Suggérez au sujet qu'il
voit lui-même ce spectacle : Voyez cette belle campagne... ce beau
soleil... quel beau temps, hein ?... qu'il fait bon vivre !... admirez ce beau
troupeau... où donc est le pâtre ?... ah ! le voilà...
là-bas, derrière un arbre... il mange son maigre déjeuner...
Dites-moi ce que vous voyez ?...
Et le sujet, suivant méthodiquement les évolutions de vôtre propre pensée, verra
et dira tout ce que vous inventez vous-même de. la fraîcheur
de la campagne, du soleil radieux, des mouvements du troupeau, de l'endroit
où se trouve son gardien, et des divers incidents que vous faites se
produire pendant cette hallucination de la vue. Le cerveau du sujet vous
appartient ; il est à vous ; il est comme s'il était dans votre
tête ; vous pensez en lui ; il voit, entend, sent, goûte tout ce
que vous voyez, tout ce que vous entendez, tout ce que vous goûtez. C'est
curieux, c'est prodigieux, c'est inexplicable, c'est tout ce qu'on voudra ;
mais c'est ainsi. Nous allons tout à l'heure mentionner quelques expériences, outre mille, de
l'école de Nancy, et le lecteur
pourra contrôler à la Bibliothèque nationale de France et dans
toutes les bibliotheques du monde
l'exactitude de nos citations.
Vous suggérez au sujet la vision d'un bateau à vapeur filant sur un
lac, un fleuve, et divers voyageurs massés le long des bastingages. A un moment
donné, un point de cette barrière cède sous la poussée des
curieux, et un homme tombe dans l'eau : le sujet verra ce spectacle, et
il entendra le bruit de la chute du passager.
Suggérez-lui qu'il assiste aux péripéties du sauvetage : mise à
l'eau d'une embarcation, recherches cà et là, h naufragé apparaît,
on lesaisit
par un bras, on le hisse, on le ramène à bord, on lui donne des
soins, il vomit, il se calme, il revient à la vie, on le couche dans une
cabine... - Le sujet -voit tout cela, et il raconte au fur et à mesure
que ces divers actes se déroulent dans votre pensée et votre verbe impérieux.
Suggérez-lui qu'il est sur le bord d'un ruisseau bordé de joncs et infesté
de moustiques ; qu'un tourbillon de ces insectes l'entourent et
que plusieurs le
piquent au visage et aux mains : le sujet se frottera vivement les mains et le visage,
montrant tous les signes de la frayeur ou de la colère, se débattant et
agitant les bras pour chasser ses incommodes et turbulents assaillants.
Suggérez-lui qu'il tient une plantureuse orange dans laquelle il mord
à belles dents. Il fera le geste de la manducation. Changez la
suggestion : dites-lui qu'il mange un tronconde feuille d'aloès : il fera aussitôt le geste de jeter le fruit
loin de lui; en même temps son visage se contractera, et il manifestera
tous les signes d'un profond dégoût.
Suggérez au sujet qu'il est âgé de quatre-vingt dix neuf! ans et dites-lui
de marcher ; il le fera avec difficulté et affectera l'allure d'un homme
parvenu à la dernière limite ordinaire de l'âge ; dans cet état,
ramenez-le à l'âge vingt ans: suggérez-lui sa présence dans un bal : immédiatement l'allure
changera et deviendra celle d'un jeune homme.
Suggérez-lui qu'il est un profond politique, un remueur d'idées, un
malaxeur de gouvernements, -- tel Machefort. Immédiatement le sujet prendra
l'allure aimable du fameux journaliste et reproduira autant qu'il le pourra sa
silhouette sympathique.
Ces expériences très curieuses ont été maintes fois répétées par
d'illustres magnétiseurs et sont rapportées dans tous les traités spéciaux sur
ces matières ; le lecteur est au courant du mode de propagation des
découvertes scientifiques, n'est-ce pas ? Pour les personnes qui pourraient
l'ignorer, disons simplement que chaque pays a une société de savants appelée,
en Angleterre, Société royale de Londres ; en Russie, en France et dans
d'autres puissances, Académie des Sciences, et que toutes ces sociétés
savantes publient hebdomadairement ou mensuellement un Bulletin de leurs
séances. Elles échangent ce Bulletin, et le monde entier est ainsi tenu
au courant des moindres
inventions qui se produisent quelque part. C'est ainsi qu'un Français que nous
avons eu l'honneur de voir et d'entendre nous raconter ses travaux excessivement
ardus, M. Curie, a été connu par ses compatriotes ; simplement parce que ses
travaux étaient suivis à l'étranger bien plus qu'en France où on
l'ignorait complètement, et que le prix Nobel fut décerné à sa
vaillante épouse, doctoresse es sciences, et à lui. Nul n'est
prophète en son pays. Il est évident que le vulgaire se dit : à
quoi servira l'invention de ce savant ? à quoi servira le radium !...
Mon Dieu, à quoi donc sert l'enfant qui vient de naître, disait Franklin
?... Et la nourrice tenant dans ses bras et allaitant Napoléon Ier, devait sans doute se dire : A quoi servira
celui-ci ?... sera-t-il patre ou avocat ?...
Que nous sommes sots et petits devant la grande nature !... Et comme elle
nous mène à son gré, par des lois que nous croyons parfois
deviner, trouver même, et dont nous sommes forcés de changer
l'interprétation à chaque
découverte de ces
obscurs savants dont nous faisons
momentanément des héros, pour les oublier le lendemain ! nous attardons pas dans ces considerationsphilosophiques. Ces expériences
tres curieuses, disions-nous plus haut, ont
etemaintes fois répétées par d'illustres
sont rapportées dans tous les traites speciaux sur ces matières; les docteurs
Ferrari, Héricourt et Charles Richet en ont
fait un grand nombre dont nous ne citerons
que celle-ci, pour bien convaincre le lecteur :
« Un jeune étudiant en médecine,
M. X...,
est absolument ignorant de la
graphologie;
il ne pourra donc contrefaire
son écriture.
Pour réaliser les états de suggestion chez ce
jeune homme, il n'est pas besoin de provoquerle sommeil, et sa sensibilit頠 est telle
qu'il est mis dans l'état
décrit sous le nom de
somnambulique par le
simple passage
nain nu-devant des yeux, et peut-être
meme par une injonction formulée nettment.
Dans ces conditions, on
suggère successivement a
M.
X... qu'il est un paysan
madre et retors puis Harpagon, et enfin un
homme extrêmement vieux, et on lui met la plume à la main. En
même temps qu on voit les traits de la physionomie et les allures
générales du sujet se modifier et se mettre eu harmonie avec l'idée du
personnagesuggéré on observe que son écriture subit des modifications
parallèle,, non moins accentuées, et revêt également une
physionomie spéciale particulière à chacun des nouveaux états de
conscience. En un mot, le geste scripteur
s'est transform頠 comme
le geste
général.
« Voici l'écriture d'une dame chez laquelle on
obtient également avec la plus grande facilité l'état de veille somnambulique ;
on lui suggère qu'elle est Napoléon, puis on la ramène à
l'âge de douze ans : deux écritures bien différentes correspondent encore a ces
deux états de personnalité.
« Par cela même est établi le principe de la réalité possible de
la graphologie. Ces expériences démontrent en outre sa réalité effective, en
ce que les variations de l'écriture, observées parallèlement aux
variations de la
personnalité, reproduisent, au moins dans leurs traits généraux, les
signes caractéristiques attribués par les graphologues aux diverses
personnalités suggérées » (1).
(1) Bulletin de la Société de
Psychologique; note lue le 22 février 1886, feuilles 1, 2, 3.
Et voilà comme toutes les sciences se tiennent et s'expliquent, se
prouvent les unes par les autres et se prêtent un mutuel appui.
Voici maintenant comment on peut calmer Une douleur.
Le sujet étant endormi, faites d'abord quelques passes du haut en bas, de
la tête au-dessous du siège de la douleur, et suggérez au sujet de
ne plus rien ressentir ; puis faites de nouvelles passes sur le siège de
la douleur, et de cet endroit jusqu'aux pieds, en renouvelant encore votre
suggestion ; suggérez-lui de ne plus sentir aucun malaise à son réveil,
et la douleur n'existera plus quand le sujet reviendra à son état
normal.
Pour produire l'anesthésie :
Le sujet étant profondément endormi, faites des passes tout le long d'un membre, et suggérez-lui que ce membre est
devenu complètement paralysé, inerte, insensible ; qu'on peut le couper
sans aucune douleur ; faites cette suggestion à plusieurs reprises en
continuant les passes : vous pourrez ensuite traverser ce membre avec une
longue aiguille sans provoquer le moindre geste de souffrance chez le sujet.
C'est en procédant de la même façon que vous pourrez, extraire une ou
plusieurs dents au patient, sans qu'il ait le moindre soupçon de cette
opération :
Quand il est endormi, faites des passes du sommet de la tête aux
genoux, pour entraîner le sang accumulé aux gencives et lui redonner son cours
normal. Suggérez en meme temps au sujet que son mal de dents diminue, qu'il est
presque insensible, qu'il disparaît, qu'il a disparu, que désormais, il ne doit
p!us riensentir ; pendant ces suggestions un homme de l'art enlève la dent
malade. Donnez de l'eau au sujet en lui suggérant de se rincer la
bouche; au bout
d'une minute, faites
des contre-passes et réveillez-le. Un exemple frappant de la puissance
des
testions : Le docteur Charcot père, médecin en chef de la
Salpêtrière, est appelé un jour dans un couvent, au pied du lit
d'une jeune fille paralytique, souffrant de cruelles douleurs dans plusieurs
parties du corps, et qui n'avait pas quitté son lit depuis plus d'un an.
Charcot, sans endormir la jeune fille, sans gestes, mais dardant sur elle ses
yeux où se lisait une volonté aiguë et puissante, dit ces simples
paroles : « Allons mon enfant ; levez-vous ; vous êtes guérie. »
La malade se leva aussitôt et marcha. Si nous vivions dans les temps
anciens, docteur, dit alors une religieuse stupéfiée au médecin, on vous
dresserait des autels. - Non : on me brûlerait vif comme s'erre
pondit doucement l'illustre thaurnaturge.
Voici enfin un
cas d'anesthésie complète 'l'une amputation de la jambe, chez
une demoiselle Marie
d'Albanel, âgée de dix-sept ans.
Elle souffrait depuis plusieurs années d'une affection arthritique du pied
droit, et les progrès du mal étaient arrivés à un tel degré que
l'amputation fut jugée nécessaire. On résolut de procéder par le magnétisme, et
procès-verbal de l'opération fut dressé à Cherbourg, le 2 octobre
1845, par MM. Durand, hypnotiseur, Loysel et Gibbon, chirurgiens.
Au jour fixé, à onze heures du matin, Mlle d'Albanel fut endormie en
moins de trois minutes par son magnétiseur, puis placée sur une table. On
commença immédiatement, en sa présence, à s'occuper des préparatifs ; et
lorsque M. Durand eut acquis la certitude que l'insensibilité était profonde et
absolue, il déclara aux docteurs Loysel et Gibbon qu'ils pouvaient, en toute
sécurité, commencer l'opération.
Alors, au milieu d'un silence solennel, et pendant que tous les assistants
jetaient un coup d'oeil attentif et scrutateur sur le visage
paisible de la malade, le docteur Loysel fit une large incision circulaire
avec le couteau qui, en pénétrant profondément dans les chairs et
jusqu'à l'os, laisse à découvert la plus grande partie du tibia
et du péroné. Le sang coulait en abondance. Les) deux lambeaux furent incisés
et détachés, le périoste coupé, les os disséqués et sciés ; la ligature des
artères, le nettoiement et la réunion de la plaie, l'application des
bandelettes et de la charpie, tout cela fut fait sans que la malade ait donné
le plus léger signe de douleur. Le
visage ne cessa
pas d'être calme
et
impassible.
Ses mains demeurèrent entièrement libres, et, elle causa
plusieurs fois en souriant avec son magnétiseur, même dans les instants
ordinairement les plus douloureux de l'opération, laquelle, y compris le
pansement, dura plus d'une demi-heure. L'insensibilité fut complète et
le pouls ne subit aucun changement notable, tant pour la force que pour la
fréquence.
Aussitôt après, la jeune fille fut transportée
dans son lit, et on la laissa tranquille un moment.
Au bout d'un quart d'heure elle fut réveillée. Elle ouvrit tout à
coup les yeux, sourit aux personnes qui l'entouraient, et demeura ainsi pendant
plus de dix minutes, sans s'apercevoir de ce qui avait eu lieu et n'éprouvant
aucune ' souffrance. Puis enfin elle dit, sans manifester une trop forte
émotion : - « Ah ! je vois que c'est fini!... quel bonheur!... merci, messieurs
! »
La malade fut paisible le reste de la journée et dormit tranquillement une
partie de la nuit. Il en fut de même les jours suivants.
Le 13 octobre, c'est-à-dire onze jours après l'opération,
elle quitta sa chambre et fit un tour de promenade dans le jardin, où
elle demeura ensuite assise pendant plus de deux heures. Elle fut promptement rétablie.
Parlons maintenant de la catalepsie.
La catalepsie, c'est-à-dire l'abolition de là sensibilité et
de la volonté, accompagnée d'une rigidit頠
tétanique générale ou
partielle du
système musculaire, s'obtient principalement au moyen
d'un objet brillant
tenu devant les yeux à une distance variant entre 0,20 et 0,40
centimètres de distance,
à peu près au niveau du haut du front. On observe d'abord
que les pupilles se contractent pour se dilater ensuite considérablement ; si l'index et le médius de la main droite,
étendus et un peu séparés, sont portés de l'objet brillant vers les yeux, les
paupières se fermeront bientôt
avec* un léger battement. Dix ou quinze secondes
après, si on soulève un bras ou une jambe du sujet, ces membres
restent dans la position où on les a mis ; s'ils retombaient peu
à peu, on suggérerait au sujet, à haute voix, sans éclat, sans
brusquerie, sans emportement, de les maintenir dans la position donnée ; il obéira.
Le pouls s'accélère considérablement, et tout le corps acquiert une
rigidité considérable ; on peut, dans cet état, le transporter sur deux
chaises, la tête et les épaules portant sur l'une, les pieds sur l'autre,
et charger le ventre de
poids énormes sans
qu'on
remarque la moindre
flexion au milieu
du corps.
Nous avons déjà vu, au courant de ce volume, l'usage des suggestions
parlées ; parlons maintenant de la suggestion mentale, de cette influence que
la pensée de l'hypnotiseur exerce, dans un sens déterminé, sur la pensée de
l'hypnotisé, sans que celle de l'hypnotiseur soit accompagnée par la parole,
par un geste, par quelque signe extérieur que ce soit.
L'opérateur se place devant le sujet, et il l'endort par les procédés et
les commandements ordinaires. L'hypnose étant produite, il prononce MENTALEMENT
: levez la main... je vous ordonne de lever la main droite... la main droite...
levez la main droite... la main droite... la main droite... la main droite...
la main droite... levez la main droite...
Si le sujet est rebelle, si son cerveau ne perçoit pas encore les effluves
du vôtre, recommencez les passes et dites à haute voix :
je vous ai fait un commandement tout à l'heure... vous ne l'avez pas
exécuté... il faut l'exécuter... je vais
encore vous le faire... et vous obéirez immédiatement... im-mé-di-a-te-ment,
entendez-vous ?... faites bien attention...
Et aussitôt vous répétez
l'ordre mental : levez la
main droite... la
main droite... levez la
main droite... la
main droite... Le sujet obéira.
Vous ferez les mêmes commandements pour la main gauche, pour les deux
jambes successivement, pour tourner la tête à gauche, et à
droite, pour se lever, pour marcher, pour prendre une chaise et s'y asseoir.
Puis vous vous éloignerez peu à peu du sujet, et
vous recommencerez ces
mêmes
suggestions.
Vous passerez ensuite dans une pièce voisine, d'où vous
pourrez voir le sujet, et vous recommencerez les mêmes expériences.
Vous fermerez la porte de communication des deux pièces, en laissant
quelqu'un avec le sujet pour contrôler ses actes, et vous lui
ferez successivement les mômes suggestions. Quand vous serez bien en
rapport avec votre sujet, et que vous vous serez tous les deux entraînés par
les mêmes exercices souvent répétés, vous pourrez passer à
d'autres beaucoup plus compliqués et consistant en une série d'actes
consécutifs, comme : asseyez-vous à cette table ; prenez la plume, et
écrivez à votre ami X*** que vous irez le
voir demain... Rappelez-vous tout ce que vous avez, l'ail hier, et écrivez-le
moi...
Il est à remarquer, nous t'avons déjà dit, qu'en tel état le
sujetjouit
d'une mémoire prodigieuse, mais que, réveillé du sommeil hypnotique, il ne se
souvient aucunement de ce qu'il a l'ait ou dit dans cet état.
Vous pouvez commander verbalement ou mentalement au sujet
d'accomplir un acte quelconque à son réveil, immédiatement ou dans un
délai que vous lui indiquerez.
C'est ce qu'on appelle la suggestion
posthypnotique.
Voici, comme exemple très simple une experience faite par le Dr Beaunis
(1) : le sujet est un jeune homme, très bonsomnambule, très facilement
hypnotisable, bien portant, un
peu timide. Il accompagnait chez le regretté docteur Liébault sa cousine, très bonne
somnambule aussi, et qui est traitée par l'hypnotiseur pour des accidents
nerveux. « M. Liébault endort le sujet, et lui dit pendant son
sommeil : A
votre réveil, vous exécuterez l'acte qui vous
sera ordonne mentalement par
les personnes présentes ». - J'écris alors au crayon, sur un papier, ces mots :
Embrasser sa cousine... Ces mots écrits, je montre le papier au Dr
Liébault et aux quelques personnes présentes, en leur recomandant de les lire des yeux seulement et sans
prononcer, même des lèvres, une seule des paroles qui s'y
trouvent; et j'ajoute : a son réveil, vous penserez fortement à l'acté
qu'il doit exécuter, sans rien
dire et sans
(1)
Dr Beaunis, Bulletin de la Societe de Psychologie
physiologique, 1885, tome 1, page 39.
« On réveille alors le sujet, et nous attendons tous le résultat de
l'expérience.
« Peu après son réveil, nous le voyons rire et se cacher la figure
dans les mains ; ce manège continue quelque temps sans autre, résultat.
Je lui demande alors :
« Qu'avez-vous ? - « Rien.
- « A quoi pensez-vous ? « Pas de réponse.
« Vous savez, lui dis-je, que
vous devez faire quelque chose à quoi nous pensons. Si vous ne voulez
pas le faire, dites-nous au moins 9 quoi vous pensez...
« Non. « Alors je lui dis :
- « Si vous ne voulez pas le dire tout haut, dites-le-moi bas à
l'oreille.
« Et je m'approchai de lui.
<< A embrasser ma
cousine," me répondit-il.
<< Une fois le premier pas
fait, le reste de la suggestion s'accomplit de bonne grace>>
En répétant les actes de suggestion
mentale successivement à des distances de plus en plus grandes, comme
nous l'avons expliqué ci-dessus au
paragraphe concernant la pratique de
la suggestion mentale, on acquerra sur
son sujet une
influence assez considérable
pour lui faire des suggestions, ou tout au moins pour l'endormir de loin, de
fort loin même. On pourra préparer la première expérience de la manière suivante : lesujet étant
déjà habitué à la suggestion mentale ordinaire, faites-lui
pendant le someil les suggestions suivantes, à haute voix ou mentalement
: Demain, à
telle heure, je vous
endormirai de chez
moi... je vous demanderai de
vous endormir... n'y manquez
pas... vous regarderez l'heure quand vous sentirez
venir le sommeil... vous la noterez soigneusement...
Répétez ensuite mentalement, et plusieurs fois les mêmes suggestions.
Le lendemain à l'heure dite, et sans sortir de chez vous,
commandez-lui plusieurs fois mentalement de s'endormir, puis rendez-vous chez
lui. Il dormira. Réveillez-le ; feignez l'étonnement de l'avoir trouvé dans cet
état; demandez- lui depuis combien de temps il dort, et il vous répondra que le
sommeil a commencé à se faire sentir à telle heure.
Si l'expérience ne réussissait pas tout d'abord, il faudrait recommencer
une ou plusieurs fois, sans se lasser, jusqu'à ce que le sujet ait obéi.
Voici, à ce sujet, des expériences concluantes du docteur Dusart (1)
: il s'agit d'une jeune fille âgée de quatorze ans, à laquelle il fut
appelé à donner des soins pour une complication de maladies assez graves
: paralysie de la vue et de l'odorat, perversion du sens du goût, abolition
du mouvement et do la sensibilité dans le bras droit, dans les deux jambes, œsophagisme, rachialgie, tendance au suicide... Pour
faire cesser la résistance de la jeune fille à l'alimentation, -
n'oublions pas qu'elle avait la monomanie du suicide, - le docteur résolut
d'employer le sommeil magnétique, et il réussit à commander mentalement
les heures du sommeil et du réveil.
(1) Tribune Médicale, 15 et 30 mai 1875.
Il arriva un jour avant l'heure fixée pour le réveil, et, sans regarder la
malade, sans faire un geste, il lui donna mentalement l'ordre de se réveiller.
Il est aussitôt obéi. A sa volonté, le délire et les cris commencent. Il
s'assied alors devant le feu, le dos au lit de la malade, laquelle avait la
face tournée vers la porte de la chambre, et il cause avec les personnes
présentes, sans paraître s'occuper des cris de Mlle J* ; puis, à un
moment donné, « sans que personne, dit-il, se fût aperçu de ce qui se
passait en moi, je donne l'ordre mental du sommeil, et celui-ci se produit.
Plus de cent fois l'expérience fut faite et variée de diverses façons ; l'ordre
mental était donné sur un signe que me faisait le docteur X",
et toujours l'effet se
produisait.
« Je donnais chaque jour avant de partir, l'ordre de dormir jusqu'au
lendemain à une heure
déterminée. Un jour je
pars, en oubliant cette précaution.
J'étais à 700 mètres quand je m'en aperçus ; ne pouvant retourner
sur mes pas, je me dis que peut-être mon ordre serait entendu malgr頠
la distance, puisque, à
un ou deux mètres, un
ordre mental était exécuté. En conséquence, je formule l'ordre de
dormir jusqu'au lendemain huit heures, et je poursuis mon chemin.
Le lendemain, j'arrive
à sept heures
et demie ; la malade dormait.
-Comment se fait-il que vous
dormiez encore ? dis-je.
Mais, monsieur, je vous obéis.
Vous vous trompez ; je suis parti
hier sans vous donner aucun ordre.
C'est vrai; mais cinq minutes
après, je vous ai parfaitement entendu me dire de dormir jusqu'à
huit heures. Or, il n'est pas encore huit heures .
<<Cette dernière étant celle que je donne habituellement, il
était possible que l'habitude fut la cause d'une illusion, et qu'il n'y
eût iciqu'une simple coïncidence. Pour en avoir le cœur net et ne
laisser prise à aucun doute, je commandais à la malade de
s'endormir jusqu'à ce qu'elle reçût l'ordre de se réveiller.
« Dans la journée, je résolus de compléter l'expérience. Je pars de chez
moi {sept kilomètres de distance) en donnant l'ordre du réveil.
Je constate qu'il est deux heures. J'arrive, et je trouve la malade éveillée.
Les parents, sur ma recommandation, avaient noté l'heure exacte du réveil :
c'était rigoureusement celle à laquelle j'avais donné Tordre. Cette
expérience, plusieurs fois renouvelée et à des heures différentes, eut
toujours le même résultat. »
Mais non seulement on peut suggérer à distance, mais on
suggère des actes, réels ou fictifs, qui devront se produire à
des dates determinees. On
suggère au sujet de sortir,
dans cinq ou six jours, et d'aller dans tel endroit, d'y faite telle chose.
Et il obeit infailliblement.
On lui suggère qu'il verra quelqu'un tel jour, à telle date,
à telle heure, et le fait a lieu. Le sujet, à ce. moment dans un
état d'hypnose sans doute, par le fait même de la suggestion hypnotique
intérieure, croit voir ce qu'on lui a ordonné de voir, alors qu' il
etait dans ce même état. En voici un très curieux exemple, donn頠 par le
docteur
Beaunis (l) :
« Le 14 juillet 1884, l'après-midi, après avoir mis Mlle A. E... en état de sommeil
hypnotique, je lui fais la suggestion suivante (je transcris la note prise sur mon cahier d'observations) : - le
premier janvier 1885, a 10 heures du matin, vous me verrez; jeviendrai
vous souhaiter la bonne année : puis, après l'avoir souhaitée, je disparaitrai. »
(1) Dr Beaunis, Bulletin de la Société de
Psychologie physiologique,
1885, terne 1, page 20,
Le 1 janvier 1885, j'étais à Paris (Mlle A... I . habite Nancy); je n'avais parlé à
personne de cette suggestion. Voici ce que, le jour même, cette
demoiselle raconta à une de ses amies, - et ce qu'elle me dit plus lard,
ainsi qu'au docteur Liébault et à d'autres personnes : le 1er
janvier, à 10 heures du matin, elle se trouvait dans sa chambre, quand
elle entendit frapper à sa porte. Après avoir dit « ouvrez ! »
elle me vit entrer, à sa grande surprise, et lui souhaiter de vive voix
la bonne année. Je repartis presque aussitôt, et, quoiqu'elle se mît tout de
suite à la fenêtre pour me voir sortir, elle ne m'aperçut pas.
Elle remarqua aussi, ce qui ne laissa pas de Pétonner pour cette époque de
l'année, que j'avais un habillement d'été (c'était celui-là mème
que je portais le jour où je lui avais fait la suggestion).
On eut beau lui faire observer que j'étais à Paris à cette
date et que je ne pouvais être alle chez elle le 1er janvier,
elle persista à soutenir
qu'elle m'avait vu
et parlé ; et
aujourd'hui, malgré mes
affirmations, elle
est convaincue que je me suis présenté chez elle.
Ainsi, après cent soixante-douze jours d'intervalle, la
suggestion que j'avais faite s'est réalisée dans ses plus petits détails.
Si votre sujet est bien
en rapport avec vous, il ne vous est pas difficile de
l'endormir par une missive envoyée par la poste. A cet effet, vous écrivez : au
reçu de cette lettre, et après l'avoir lue bien attentivement,
vous vous endormirez et vous vous réveillerez une heure après.
Faites des passes sur cette lettre pour la charger de votre fluide, et
expédiez-la Aidez encore à son
influence en suggérant a distance à votre sujet de s'endormir aussitôt .
après avoir lu votre lettre.
Le même effet peut être obtenu par une dépêche
télégraphique. Cette dépêche peut contenir les mêmes termes ou
d'autres similaires.
Pour faire des suggestions par le téléphone, il faut prendre
quelques précautions
préliminaires. Vous direz d'abord au sujet que votre communication sera
fort longue, et qu'il lui est nécessaire de s'asseoir. Puis vous lui suggérez
qu'il va dormir cinq minutes, et vous faites ce commandement comme si le sujet
était devant vous, ainsi que cela a déjà été expliqué : vous allez
dormir... votre tête est lourde... vous vous assoupissez... dormez...
dormez... vous allez dormir... vous dormez... vous vous réveillerez dans cinq
minutes... vous me téléphonerez aussitôt réveillé...
Si le résultat est négatif, le sujet répondra qu'il ne dort pas ; s'il est
réellement endormi, il le téléphone cinq minutes après.
Pour hypnotiser pendant le sommeil ordinaire on s'approche du
sujet couché, et on lui fait les passes hypnotiques comme s'il était éveillé.
Les faire plus longues et plus réitérées, à cause de l'état particulier
dan» lequel il se trouve, et qui le soustrait partiellement à votre
influence. Faites-lui ensuite des
suggestions, à voix
basse, lentement :
dormez... dormez... dormez..m'entendez-vous?... Quand le sujet répond qu'il est endormi,
faites-lui les suggestions que vous
voudrez, mettez-le en état d'hallucination, etc.
Pour le remettre en l'état de sommeil ordinaire, faites les contre-passes
habituelles.
On peut enfin s'endormir
soi-même, par l'effort de
la volonté. C'est l'auto-sugegestion. On concentre toute son énergie a obtenir
soi-même le sommeil
hypnotique, ce que font les Indiens depuis
des siècles. En cet etat
le sujet, s'ilest atteint d'une maladie physique ou morale, voit tout ce qui se passe
en lui il se consulte et connaît le traitement approprié à son
mal. Mais le résultat immediat de l'auto-suggestion est de faire cesser toute
douleur, car l'état hypnotique amène l'analgésie, l'anesthésie, c'est-a-dire
l'insensibilité. Le malade
jouit donc d'un
repos absolu pendant l'auto-suggestion. A cet effet, après avoir
concentré toute son attention et toute
sa volont頠 sur
soi-même, il répète
mentalement : je veux dormir... je veux dormir... je veux dormir... je
dors... je dors... |e dors... je dors... je vais dormir... je dors...
je dors...
Il répète cette auto-suggestion jusqu'à ce qu'enfin le
sommeil et l'insensibilité le gagnent. Il a eu auparavant la précaution de se
suggérer de mettre par écrit ce qu'il aura vu en lui et le traitement
approprié, car, au réveil, tout serait oublié.
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