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CHAPITRE V

Principes du pouvoir personnel.

Conditions essentielles pour acquérir l'influence sur autrui. - Procédé général préliminaire. - Comment produire le sommeil hypnotique. - Autre moyen. - Commencement de suggestion. - Actes suggérés d'abord : bras raidi. - Jambes raidies. - Mains collées ensemble. - Objets dont la main ne peut se détacher quand elle les a saisis. - Paupières soudées. - Impossibilité de s'asseoir. - Se lever. - Perte de la mémoire. - Réveil du sujet. - Comment on doit agir avec les sujets malades. - Comment se préserver de l'influence hypnotique d'autrui.

Nous avons déjà dit au chapitre II, page 31, les conditions requises pour magnétiser avec succès, c'est-à-dire pour soumettre un sujet à l'influence de notre fluide personnel :

Une volonté active vers le bien ;

Une ferme persuasion en la puissance du magnétisme;

Une confiance entière eu l'employant ; La    ferme    persuasion    de    sa    propre puissance personnelle.

Avant d'aller plus loin, nous engageons le lecteur à relire soigneusement cette partie de notre ouvrage, comme aussi nous lui répétons ce que nous disions dans notre avant-propos, c'est-à-dire d'apporter la plus scrupuleuse attention à suivre de point en point les instructions qui lui sont données dans ce livre ; de là seulement dépendra le succès. On ne peut le garantir aux distraits, aux étourdis, aux personnes sans idée fixe, sans caractère, sans volonté, sans esprit de suite. C'est aux personnes absolument sérieuses, sûres d'elles-mêmes, que nous nous adressons : qu'elles se conforment aux règles données, et l'infaillible succès les attend.

Il y a plusieurs manières de provoquer le sommeil magnétique ; nous répéterons, - comme étant la plus ancienne, - ce que nous avons dit plus haut :

La  personne  étant  assise  sur  une  chaises vous vous asseyez en face d'elle, de manière que vos genoux et vos pieds touchent les siens. Prenez-lui les pouces, et restez dans cette situation jusqu'à ce que vous sentiez que vos pouces et les siens ont le même degré de chaleur. Posez ensuite les mains sur ses épaules ; laissez-les-y deux ou trois minutes, et descendez le long des bras pour reprendre les pouces ; répétez cette manœuvre trois ou quatre fois. Posez ensuite une main ou les deux sur son estomac, de manière que vos pouces soient placés sur le plexus solaire, situé au niveau du creux de l'estomac, et les autres doigts sur les côtés. Lorsque vous sentirez une communication de chaleur, descendez les mains jusqu'aux genoux ; ensuite, replacez-les au-dessus de la tête, pour les ramener de nouveau jusqu'aux genoux, ou même jusqu'aux pieds ; et continuez de la même manière, en ayant la précaution de détourner vos mains chaque fois que vous remontez vers la tête pour recommencer vos passes. Ces simples pratiques répétées suffisaient pour endormir un sujet, même un sujet nouveau, par conséquent non habitué à l'influence sur lui d'un fluide étranger. D'autres fois, à la simple volonté exprimée mentalement ou verbalement par le magnétiseur, le sujet s'endormait.

Vous pouvez donc procéder ainsi qu'il suit :

Tout en faisant les passes indiquées ci-dessus, actionnez votre fluide ; ayez la ferme intention d'endormir magnétiquement le sujet ; donnez-lui-en l'ordre mentalement à plusieurs reprises ; puis, répétez cette injonction à haute voix, avec autorité, sans pourtant crier, sans éclats de voix, et dites avec autorité : vous vous endormez... vous allez dormir... vous allez dormir... dormir... je le vois... ne résistez pas... vous vous endormez... vous allez dormir... vous allez dormir... dormir... dormir... vous endormir... vous vous endormez... vous dormez... vous dormez... DORMEZ !...

Recommencez encore à plusieurs reprises.

Naturellement,   il   ne   faut  pas   croire  quel'on réussira dès la première expérience " l'élève n'est pas maître, et il faut forger polir devenir forgeron. Bien des sujets sont tout d'abord absolument rebelles au sommeil magnétique : ils résistent, tout en le niant.

Une grande préoccupation s'empare d'eux et malgré eux ; ils analysent ce qui se passe, ce qui va se passer ; ils sont dans l'attente d'un événement ; au lieu de s'abandonner, ils étudient les moindres gestes de l'opérateur, son visage, son attitude, son expression ; ils pensent à d'autres choses qui les intéressent bien autrement que le sommeil magnétique, à des événements récents ou prochains, qui les inquiètent et les maintiennent dans un état de révolte inconsciente contre l'action du fluide de l'opérateur.

D'autres, quoique ayant fermé les yeux, sont soumis aux mêmes préoccupations ; d'autres encore se dérangent, rient, bavardent, se croient dans une situation ridicule, et il est impossible de les faire tenir tranquilles. Ils déclarent formellement ne pouvoir s'endormir, et assurent que tout ce que vous faitesou que vous ferez ne les influencera en rien : ne. vous y trompez pas : c'est peut-être la dernière crise de révolte, semblable à la première des trois phases par lesquelles passe un blessé soumis à l'action du chloroforme, la phase de résistance. Si vous persévérez, le cours des idées du sujet peut changer ; il peut enfin s'abandonner, et le sommeil ne saurait tarder à venir.

Néanmoins, pour les premières fois, quand le sommeil magnétique n'a pas été obtenu dans un quart d'heure, ou, au plus, une demi-heure, il est plutôt inutile de continuer. Remettez a plus tard une nouvelle séance.

On peut encore se servir du moyen suivant :

Recommandez, ou mieux, commandez au sujet de vous regarder droit dans les yeux, et vous, regardez-le fixement entre les deux yeux, à la racine du nez. Que rien ne le distraie ; défendez-lui de parler ; ne vous occupez vous-même en rien des incidents qui peuvent se produire autour de vous ; soyez tout à votre affaire. Quand les yeux du sujet commencent à papilloter, dites-lui d'une voix nette, ferme, convaincue : Vous allez dormir... Cela sera bon pour vous... dormir... vous ailez dormir... dormir... dormir... dormir... Vous allez, dormir... vous dormez.,, dormez... dormez,., dormir... dormez... vous vous endormez... vous dormez... dormez... DORMEZ !

Il faut insister sur les mots dormir, dormez, et les répéter plusieurs fois, pour bien faire entrer la suggestion du sommeil dans l'esprit du sujet. Le dernier mot : Dormez ! est un commandement auquel cède infailliblement le sujet. Quelques passes magnétiques, faites alors, avec la ferme intention et le commandement mental que le sujet reste endormi, aideront à parfaire l'opération.

Plus loin, nous verrons qu'à la seule approche de l'opérateur, sans même le voir, rien qu'à la réception et à la perception de son fluide, le sujet s'endort de lui-même et à des distances plus ou moins considérables.

Le sommeil ayant été obtenu, vous demandez au sujet s'il se trouve bien, si rien ne le gêne, s'il entend. S'il répond sans se réveiller, si le calme persiste, et si, au réveil, il ne se souvient de rien de ce qu'il a dit, il y a eu réellement sommeil magnétique, et vous pourrez recommencer l'expérience avec beaucoup plus de facilité.

Mais s'il se réveille immédiatement, comme ahuri, et répond éveillé, il n'y a pas eu sommeil magnétique ; il y a eu torpeur, engourdissement, somnolence, commencement d'effet seulement. Plus tard vous réussirez mieux : c'est une preuve que vous pouvez agir sur votre sujet.

Si vous avez réussi, - et vous le pouvez absolument avec la persévérance nécessaire, - vous pouvez commencer à suggestionner le sujet.

Vous lui prenez un bras que vous allongez, et sur lequel vous faites de légères passes magnétiques en disant : ce bras me paraît singulier... n'est-il pas malade ?... il doit   l'être   évidemment...   il   a   l'air   tout raide... il est raide... je suis sûr que vous ne pouvez pas le ployer... votre bras est raide... raide... raide... raide... vous ne pouvez pas le ployer... c'est impossible... vous ne le pouvez pas... vous ne le pouvez plus... il est raide... raide... raide... ESSAYEZ DE LE PLOYER ? - Le sujet, quelque effort qu'il fasse pour ployer son bras, ne pourra pas accomplir cet acte : son bras est complètement rigide.

Même procédé pour suggérer qu'une de ses jambes est inerte.

Aussitôt endormi, lui dire : votre jambe me paraît toute ankylosée, toute raidie... bientôt vous ne pourrez plus vous en servir... il y a même longtemps que vous avez le principe de ce mal... pourquoi n'avoir pas fait soigner cette jambe... elle est déjà bien ràide... elle va se déplacer tout d'une pièce... elle est toute raide... raide... raide... raide... votre jambe est raide... votre jambe est raide... raide... raide... tout à fait raide... raide... raide... votre jambe est raide.... raide... raide... raide... MARCHEZ !

Et le sujet marche, comme s'il avait une jambe en bois.

Insistez sur les mots raide... raidie... raide...

On peut encore, par des suggestions appropriées, lui suggérer que ses mains sont collées ensemble, attachées, ficelées, et qu'il lui est impossible de les séparer. A cet effet, on lui ordonne de les croiser, dans l'attitude de la prière, et on les lui tient quelque temps ainsi, sans pression aucune, jusqu'à ce qu'une chaleur égale se répartisse entre elles et celles de l'opérateur. On lui suggère alors : vos mains sont collées... attachées... ficelées... voilà des mains inertes... collées... paralysées... collées... paralysées... collées... collées... collées... vous ne pouvez plus les détacher... les séparer... les détacher.., elles sont bien collées... vous ne pouvez plus... n'essayez plus... vous ne pouvez plus les détacher.,,   paralysie...   collées...   collées... collées ensemble... vous ne pouvez pas les séparer... collées... ESSAYEZ !

Et le sujet conserve les mains jointes : il est dans la plus complète impossibilité de les séparer.

Ces curieux phénomènes se reproduisent plus tard avec la plus grande facilité chez les mômes sujets, bien en rapport avec le même opérateur. Celui-ci peut alors leur commander certains actes à accomplir après leur réveil, dans un délai déterminé, dans une semaine, quinze jours ou un mois : nous y reviendrons plus loin avec exemples fort curieux à l'appui.

On fait encore tenir au sujet une règle, un parapluie, une canne, un balai, un plumeau, etc. Puis, tout en faisant des passes sur le bras et la main, on lui fait à haute voix. - comme pour les phénomènes cités plus haut, - les suggestions suivantes : une crampe... une crampe, cher monsieur... une crampe... votre bras se raidit et votre main se cramponne sur l'objet qu'elle tient... une crampe... tenez-le ferme... ne-le lâchez pas... tenez-le bien... tenez-le bien... il se colle à votre main... votre main se colle à lui... vous ne pouvez plus le lâcher... il est collé à votre main... il y tient bien... il y tient bien... quelle crampe !... il y tient bien... vous ne pouvez plus le lâcher... impossible... c'est impossible... vous ne pouvez plus le lâcher... impossible... il tient... il est collé... il tient... il est collé... vous ne pouvez plus ouvrir la main... c'est impossible... impossible... im-pos-sible... elle est fermée pour toujours... fermée... fermée... rien à faire... fermée... bien fermée... fermée pour toujours... fermée... paralysée... fermée... ESSAYEZ DE L'OUVRIR !

Le sujet essaiera d'ouvrir la main ; incapable de le faire, il agitera le bras pour se débarrasser de ce qu'on lui aura fait tenir, mais en vain.

On le suggestionnera de nouveau pour lui déclarer que l'objet en question ne tient plus à sa main et qu'il peut s'en débarrasser : vous allez ouvrir votre main... l'objet que vous tenez n'y est plus adhérent... votre main peut s'ouvrir... elle n'est plus paralysée... elle s'ouvre... elle est ouverte... l'objet va tomber... ouvrez la main... ouvrez la main... ouvrez la main... il tombera... il va tomber... tomber... tomber... OUVREZ LA MAIN!

Et le sujet ouvrira la main. Pour activer efficacement l'oubli de la première sugestion (main fermée, contractée, paralysée), contraire à la seconde, il est bon, dans les commencements, pendant qu'on fait la suggestion contraire, de faire sur la main et le bras du sujet des contre-passes, des passes en sens contraire, de bas en haut ; elles aident beaucoup le sujet à réagir contre la première suggestion et à l'effacer complètement de son cerveau.

On peut encore lui suggérer qu'il ne peut plus ouvrir les paupières. A cet effet, on lui fait les suggestions suivantes, ou toutes autres similaires, car nous ne donnons ici que des exemples à suivre, mais non pas à répéter mot à mot :

Vos yeux vont se fermer... ils se ferment... ils se ferment... ferment... ferment... ils se ferment... ils se ferment bien... Trop bien... vous ne pourrez plus les ouvrir... ils sont bien fermés... fermés... ils sont fermés... vous ne pouvez plus ouvrir vos paupières... vous ne le pouvez pas... vous ne pouvez pas... cela vous est impossible... fermées... fermées... collées... collées... essayez donc de les ouvrir... ESSAYEZ !

Le sujet ne peut ouvrir ses paupières, quelques contorsions du visage, quelques efforts qu'il fasse. Il est dans l'état d'un malade affecte d'une ophtalmie purulente ; ses paupières sont soudées l'une à l'autre.

On fait ensuite la suggestion contraire, comme ci-dessus, et par les mêmes moyens auxiliaires. Des passes et des attouchements sur les paupières et au   sommet   de   la   tête aident beaucoup dans cette suggestion, qu'il s'agisse de fermer les paupières ou de les ouvrir : les attouchements consistent à placer une main sur la tête, les doigts englobant le crâne, et le pouce se promenant légèrement sur les sourcils ; appuyer de temps en temps, et très légèrement sur la commissure interne des paupières, du côté du nez, en s'arrêtant un peu sur les paupières elles-mêmes, quoique très légèrement.

On peut aussi suggérer au sujet que, debout devant l'opérateur, il lui est impossible de s'asseoir sur un siège préalablement disposé derrère lui. On agit comme dans les cas exposés plus haut : vos jambes sont raides... raides... raides... elles sont singulièrement raides... vous avez les jambes raides... vous êtes paralysé... elles sont raides... (tout en parlant, à voix distincte, ferme, sans éclat, avec conviction, on fait avec les deux mains des passes sur les deux jambes, depuis les cuisses jusqu'au-dessous des genoux, jusqu'aux pieds)...   il   vous   est impossible   de   vous asseoir... vous ne pouvez pas vous asseoir... vous ne pouvez plus vous asseoir... Cela vous est désormais impossible... ne plus s'asseoir... vous ne pouvez plus vous asseoir... asseoir... asseoir... impossible... impossible... il vous est impossible de vous asseoir... ESSAYEZ !

Le sujet sera incapable de s'asseoir.

La suggestion opposée s'opérera par les moyens inverses : Vous allez vous asseoir immédiatement... quoi donc s'y oppose ?... Asseyez-vous... Asseyez-vous !

Vous suggérez ensuite au sujet, qu'il ne peut plus quitter son siège, et il y demeure paralysé.

Vous lui suggérez qu'il peut se lever, qu'il faut qu'il se lève, et il le fait immédiatement.

La plus grande patience doit être apportée par l'opérateur dans tous ses actes ; pas de nervosisme, pas d'irritation, pas de colère surtout : du calme, et la persuasion que les suggestions  auront  un  effet  dans un temps très prochain ; de la courtoisie, de l'aménité, de la politesse, sans toutefois exclure de la voix le ton d'une conviction absolue ; - et le sujet obéira. Il y faudra du temps, pour certains sujets, mais la patience est la meilleure école pour le magnétiseur ; il lui faut des qualités que nous avons énumérées plus haut ; celle-là est la meilleure.

On peut encore faire perdre la mémoire au sujet : on lui fera les suggestions suivantes ou de similaires : vous n'avez plus de mémoire... vous oubliez tout... vous avez tout oublié... tout est vague dans votre esprit... vous ne vous souvenez plus de rien... plus de mémoire... plus de mémoire... plus de souvenir... lieude naissance... ville... village... naissance... naissance... où êtes-vous né ?... vous ne vous souvenez pas... vous avez oublié... oublié... oublié... où êtes-vous né ?... vous avez oublié... oublié... bien oublié... le nom de votre pays ?... dites... vous l'avez oublié... oublié... pas de mémoire... Dites-moi le nom de votre pays... vous ne le pouvez pas... RÉPONDEZ !

Le sujet balbutiera, cherchera ; il lui sera impossible de dire où il est né.

Le même système de suggestion lui fera perdre le souvenir de son nom.

On le remet en possession de lui-même par quelques passes sur le front et les yeux, tout en lui suggérant que la mémoire lui est revenue et qu'il la possède entièrement ; il doit alors pouvoir répondre aux questions qui lui seront adressées sur les mêmes sujets.

Nous avons dit plus haut, à la fin du chapitre IV, que, pour réveiller un sujet en état de sommeil magnétique, de somnambulisme ou d'hypnose., ou pouvait lui souffler sur les yeux en lui commandant de se réveiller, ou faire des passes magnétiques en sens contraire, c'est-à-dire de bas en haut, en lui ordonnant toujours de se réveiller ; il suffit parfois d'une secousse ou d'un grand bruit fait à ses côtés ; par exemple, l'opérateur frappera fortement ses mains l'une contre l'autre en disant : réveillez-vous !... réveillez-vous !... ne dormons   plus,   voyons !...   réveiliez-vous !.>. c'est fait... vous vous réveillez... à la bonne heure !... comment vous trouvez-vous ?

Mais il y a des sujets plus difficiles à réveillais que les autres. A certains organismes. l'hypnose produit une sorte de coma anodin qui les empêche de recouvrer la ssion de leur moi avec promptitude. On dirait qu'ils se complaisent dans ce sommeil artificiel et qu'ils y trouvent une sorte de vague satisfaction ; ou peut-être n'ont-ils pas, dans les commencements, assez de force de réaction pour que leur individualité secoue aisément le joug imposé par une volonté étrangère. Ces cas ne sont pas rares.

Il faut alors beaucoup d'énergique patience de la part de l'opérateur. Il insistera, - sans crier, sans se démener, ne l'oublions jamais : nous ne sommes pas ici au théâtre et nous n'avons pas à imiter les pitres à grandioses succès, - pour que le sujet rentre dans son état normal et reprenne possession de lui-meme. Pour venir à son aide, il prendra le meme biais   que   nous   avons   indiqué dans les pages précédentes ; il dira par exemple : il faut vous réveiller... voyons, vous n'allez pas dormir jusqu'à ce soir, jusqu'à demain... qu'éprouvez-vous ?... allons, mon ami, réveillons-nous... etes-vous disposé ?... qu'est-ce qui vous en empêche ? dites-le-moi, et j'y mettrai bon ordre... vous m'entendez bien ?... quand vous réveillerez-vous ?... Dépêchons... je vais vous aider... tenez : je vais compter jusqu'à 10... voulez-vous vous réveiller quand je serai à 10 ?... à 10 ?... à 10 ?... à 10 ?... à 10 ?... â 10 ?... à 10 ?... je vais commencer... attention !

Si le sujet promet de se réveiller à ce nombre l'opérateur compte de 1 à 10, et, en prononçant ce nombre, il frappe fortement dans ses mains ou renverse bruyamment une chaise. Le sujet s'éveille généralement.

Si la résistance persiste, calmez-vous vous-même pendant un instant, avant de recommencer. Pendant cet instant de repos, faites des contre-passes (des passes de bas en haut) ; faites du bruit eu marchant, frappez du pied sur le parquet, agitez une sonnette, etc. Puis, reprenant la parole avec une volonté bien arrêtée, et sur un ton qui, quoique exempt de brutalité, témoigne que vous voulez absolument ce que  vous voulez, faites encore de nouveaux commandements : maintenant, H s'agit de  vous réveiller, et immédiatement... ne tardez  plus... il le faut... c'est nécessaire... allons, réveillez-vous... Je vous ordonne de vous réveiller... Réveillez-vous !

S'il ne se réveille pas encore, vous lui demandez à quel nombre de 1 à 10 ou à 20 il se réveillera. Quand il aura répondu, vous compterez de 1 au nombre indiqué, et presque toujours il reprendra possession de lui-même quand vous serez arrivé à ce nombre ; toute influence hypnotique aura disparu.  Si enfin le sujet persistait à rester ' dans l'état d'hypnose, il faudrait recourir au moyen suivant ou à tout autre similaire :

Faire des passes pour le replonger entièrement dans   l'hypnose ;   s'assurer,   par   une on   quelconque,   que   vous   le   tenez bien sous  votre   influence,   puis   lui   dire   : aussitot  que   vos   jambes  ne  seront  plus raidies... aussitôt que vous pourrez quitter votre chaise... vous vous réveillerez... vous vous réveillerez... vous serez réveillé... réveillé... je vous ordonne de vous réveiller... réveiller... faites attention à ce que je vous dis... vous allez vous réveiller au commandement que je vous ferai... vos jambes ne sont plus engourdies... tout va bien... Vous êtes plus dispos que jamais... RÉVEILLEZ-VOUS !

Et le sujet se réveillera infailliblement.

Il sera même bon de lui faire celte suggestion au courant de la séance, en lui commandant de se réveiller à tel chiffre quand vous compterez de 1 à 10 ou à 20. Ce sera beaucoup plus sûr.

Maintenant, donnons au lecteur un conseil très utile :

Règle générale : ne soumettez jamais aux pratiques hypnotiques les personnes atteintes d'hystérie ou d'une maladie de cœur. Vos suggestions pourraient - le plus souvent - leur faire plus de mal que de bien, et déterminer par la suite   ou   immédiatement,   des crises dont vous pourriez ne pas être en état de maîtriser le cours. C'est jouer avec le feu. Le magnétisme, le somnambulisme et l'hypnotisme ne doivent pas avoir d'autre but que de soulager et faire du bien. On peut s'en servir, sur les sujets bien portants, à étudier les moyens d'utiliser cette force mentale extraordinaire que la nature a mise dans l'être humain, comme elle Fa mise à un plus haut degré chez d'autres animaux, n'en doutons pas ; mais l'excès en tout est un défaut : usons, n'abusons pas. Laissons-nous parfois aller à un sentiment de curiosité, et provoquons ces étranges phénomènes quand ils sont sans aucun danger pour le sujet, pour le sujet qui veut bien s'y prêter ; mais quand nous nous trouvons en présence de malades d'une des deux catégories que nous venons de citer, laissons-les aux soins des médecins. La prudence nous en fait un devoir.

N'est-ce pas le moment d'indiquer au lecteur les moyens de se soustraire soi-même à l'influence hypnotique d'autrui ?

Evidemment.

Quand vous voyez quelqu'un, homme ou femme, vous regarder fixement soit dans les yeux, soit à la racine du nez, plantez-lui hardiment vos regards dans ses propres yeux, et maintenez cette attitude jusqu'à ce qu'il regarde ailleurs. Si c'est un malotru, c'est une leçon de savoir-vivre que vous lui donnerez. Si c'est un hypnotiseur, c'est un avis que vous en savez autant que lui et qu'il n'a rien à faire avec vous. Il cherchera fortune ailleurs. Condensez votre attention, votre résistance absolue à toute communication mentale avec autrui, et suggestionnez-vous vous-même, mentalement, contre toute influence des fluides d'alentour ; car vous aurez toujours à l'esprit qu'on ne suggestionne réellement et qu'on n'endort que celui ou celle qui veut bien se laisser suggestionner ou endormir.

Les cas que citent les journaux ne nous disent pas ce qui s'est passé précédemment entre le malfaiteur et la personne hypnotisée ; ils ne nous racontent pas leurs relations antérieures, leurs fréquentations), l'influence que le malfaiteur avait prise sur sa victime : ils ignorent complètement ces détails, ils ignorent même qu'il faut un rapport magnétique entre deux personnes pour que l'une puisse impressionner l'autre.

Nous ne parlons pas évidemment de ces natures molles, plus ou moins malléables et maladives, que la moindre impression extérieure fait tomber, pour ainsi dire, dans un état de catalepsie momentanée. Il nous est arrivé à nous-même ceci : nous trouvant au théâtre de l'Opéra avec un ami, aux fauteuils d'orchestre, nous lui dîmes : « Regarde cette dame, devant nous... Je ne puis voir que sa nuque et son chapeau monumental... nous allons voir son visage : la nuque est splendide et le visage doit être ravissant ; il doit y avoir quelque part deux beaux yeux qui ne demandent qu'à se faire contempler. Dans une demi-minute, cette dame va se retourner surnous. » Nous concentrâmes notre volonté sur cette nuque aux chairs gélatineuses, terne    transparentes, indiquant un être chlorotique, et au bout de quelques secondes à peine (le rideau n'était pas encore levé), elle se tourna vers nous, se leva, regarda la salle d'un air fatigué, ennuyé, et elle s'assit ensuite, rétablissant la suprême ordonnance des plumes et des fleurs de son chapeau, dérangées par son mouvement.

Le visage élait beau.



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