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CHAPITRE V
Principes du pouvoir personnel.
Conditions essentielles pour acquérir l'influence
sur autrui. - Procédé général préliminaire. - Comment produire le sommeil
hypnotique. - Autre moyen. - Commencement de suggestion. - Actes suggérés
d'abord : bras raidi. - Jambes raidies. - Mains collées ensemble. - Objets dont
la main ne peut se détacher quand elle les a saisis. - Paupières
soudées. - Impossibilité de s'asseoir. - Se lever. - Perte de la mémoire. -
Réveil du sujet. - Comment on doit agir avec les sujets malades. - Comment se
préserver de l'influence hypnotique d'autrui.
Nous avons déjà dit au chapitre II, page 31, les conditions
requises pour magnétiser avec succès, c'est-à-dire pour soumettre
un sujet à l'influence de notre fluide personnel :
Une volonté active vers le bien ;
Une ferme persuasion en la puissance du
magnétisme;
Une confiance entière eu l'employant ; La ferme persuasion de
sa propre puissance personnelle.
Avant d'aller plus loin, nous engageons le lecteur à relire
soigneusement cette partie de notre ouvrage, comme aussi nous lui répétons ce
que nous disions dans notre avant-propos, c'est-à-dire d'apporter la
plus scrupuleuse attention à suivre de point en point les
instructions qui lui sont données dans ce livre ; de là seulement
dépendra le succès. On ne peut le garantir aux distraits, aux étourdis,
aux personnes sans idée fixe, sans caractère, sans volonté, sans esprit
de suite. C'est aux personnes absolument sérieuses, sûres
d'elles-mêmes, que nous nous adressons : qu'elles se conforment aux
règles données, et l'infaillible succès les attend.
Il y a plusieurs manières de provoquer le sommeil magnétique ; nous
répéterons, - comme étant la plus ancienne, - ce que nous avons dit plus haut :
La personne étant
assise sur une
chaises vous vous asseyez en face d'elle, de manière que vos genoux et vos
pieds touchent les siens. Prenez-lui les pouces, et restez dans cette
situation jusqu'à ce que vous sentiez que vos pouces et les siens ont le
même degré de chaleur. Posez ensuite les mains sur ses épaules ;
laissez-les-y deux ou trois minutes, et descendez le long des bras pour
reprendre les pouces ; répétez cette manœuvre trois ou quatre fois. Posez
ensuite une main ou les deux sur son estomac, de manière que vos pouces
soient placés sur le plexus solaire, situé au niveau du creux de l'estomac, et
les autres doigts sur les côtés. Lorsque vous sentirez une communication de
chaleur, descendez les mains jusqu'aux genoux ; ensuite, replacez-les au-dessus
de la tête, pour les ramener de nouveau jusqu'aux genoux, ou même
jusqu'aux pieds ; et continuez de la même manière, en ayant la
précaution de détourner vos mains chaque fois que vous remontez vers la
tête pour recommencer vos passes. Ces simples pratiques répétées
suffisaient pour endormir un sujet, même un sujet nouveau, par conséquent non habitué à l'influence sur lui d'un
fluide étranger. D'autres fois, à la simple volonté exprimée mentalement
ou verbalement par le magnétiseur, le sujet s'endormait.
Vous pouvez donc procéder ainsi qu'il suit :
Tout en faisant les passes indiquées ci-dessus, actionnez votre fluide ;
ayez la ferme intention d'endormir magnétiquement le sujet ; donnez-lui-en
l'ordre mentalement à plusieurs reprises ; puis, répétez cette
injonction à haute voix, avec autorité, sans pourtant crier,
sans éclats de voix, et dites avec autorité : vous vous
endormez... vous allez dormir... vous allez dormir... dormir... je le vois...
ne résistez pas... vous vous endormez... vous allez dormir... vous allez
dormir... dormir... dormir... vous endormir... vous vous endormez... vous
dormez... vous dormez... DORMEZ !...
Recommencez encore à plusieurs reprises.
Naturellement, il ne
faut pas croire
quel'on réussira dès la première expérience " l'élève
n'est pas maître, et il faut forger polir devenir forgeron. Bien des sujets
sont tout d'abord absolument rebelles au sommeil magnétique : ils résistent, tout en le niant.
Une grande préoccupation s'empare d'eux et malgré eux ; ils analysent ce
qui se passe, ce qui va se passer ; ils sont dans l'attente d'un événement ; au
lieu de s'abandonner, ils étudient les moindres gestes de l'opérateur, son
visage, son attitude, son expression ; ils pensent à d'autres choses qui
les intéressent bien autrement que le sommeil magnétique, à des
événements récents ou prochains, qui les inquiètent et les maintiennent
dans un état de révolte inconsciente contre l'action du fluide de l'opérateur.
D'autres, quoique ayant fermé les yeux, sont soumis aux mêmes
préoccupations ; d'autres encore se dérangent, rient, bavardent, se croient
dans une situation ridicule, et il est impossible de les faire tenir
tranquilles. Ils déclarent formellement ne pouvoir s'endormir, et assurent que
tout ce que vous faitesou que vous ferez ne les influencera en rien : ne. vous y trompez pas :
c'est peut-être la dernière crise de révolte, semblable à
la première des trois phases par lesquelles passe un blessé soumis
à l'action du chloroforme, la phase de résistance. Si vous persévérez,
le cours des idées du sujet peut changer ; il peut enfin s'abandonner, et le
sommeil ne saurait tarder à venir.
Néanmoins, pour les premières fois, quand le sommeil magnétique n'a
pas été obtenu dans un quart d'heure, ou, au plus, une demi-heure, il est
plutôt inutile de continuer. Remettez a plus tard une nouvelle séance.
On peut encore se servir du moyen suivant :
Recommandez, ou mieux, commandez au sujet de vous regarder droit dans les
yeux, et vous, regardez-le fixement entre les deux yeux, à la racine du
nez. Que rien ne le distraie ; défendez-lui de parler ; ne vous occupez
vous-même en rien des incidents qui peuvent se produire autour de vous ;
soyez tout à votre affaire. Quand les yeux du sujet commencent à papilloter, dites-lui d'une voix nette, ferme, convaincue : Vous
allez dormir... Cela sera bon pour vous... dormir... vous ailez dormir...
dormir... dormir... dormir... Vous allez, dormir... vous dormez.,, dormez...
dormez,., dormir... dormez... vous vous endormez... vous dormez... dormez...
DORMEZ !
Il faut insister sur les mots dormir, dormez, et les répéter plusieurs
fois, pour bien faire entrer la suggestion du sommeil dans l'esprit du sujet.
Le dernier mot : Dormez ! est un commandement auquel cède
infailliblement le sujet. Quelques passes magnétiques, faites alors, avec la
ferme intention et le commandement mental que le sujet reste endormi, aideront
à parfaire l'opération.
Plus loin, nous verrons qu'à la seule approche de l'opérateur, sans
même le voir, rien qu'à la réception et à la perception de
son fluide, le sujet s'endort de lui-même et à des distances plus
ou moins considérables.
Le sommeil ayant été obtenu, vous demandez au sujet s'il se trouve bien, si
rien ne le gêne, s'il entend. S'il répond sans se réveiller, si le calme
persiste, et si, au réveil, il ne se souvient de rien de ce qu'il a dit, il y a
eu réellement sommeil magnétique, et vous pourrez recommencer l'expérience avec
beaucoup plus de facilité.
Mais s'il se réveille immédiatement, comme ahuri, et répond éveillé, il n'y
a pas eu sommeil magnétique ; il y a eu torpeur, engourdissement,
somnolence, commencement d'effet seulement. Plus tard vous réussirez mieux :
c'est une preuve que vous pouvez agir sur votre sujet.
Si vous avez réussi, - et vous le pouvez absolument avec la persévérance
nécessaire, - vous pouvez commencer à suggestionner le sujet.
Vous lui prenez un bras que vous allongez, et sur lequel vous faites de
légères passes magnétiques en disant : ce bras me paraît singulier...
n'est-il pas malade ?... il doit
l'être évidemment... il
a l'air tout raide... il est raide... je suis sûr que vous ne pouvez pas le
ployer... votre bras est raide... raide... raide... raide... vous ne pouvez pas
le ployer... c'est impossible... vous ne le pouvez pas... vous ne le pouvez
plus... il est raide... raide... raide... ESSAYEZ DE LE PLOYER ? - Le sujet, quelque effort qu'il fasse
pour ployer son bras, ne pourra pas accomplir cet acte : son bras est
complètement rigide.
Même procédé pour suggérer qu'une de ses jambes est inerte.
Aussitôt endormi, lui dire : votre jambe me paraît toute ankylosée,
toute raidie... bientôt vous ne pourrez plus vous en servir... il y a
même longtemps que vous avez le principe de ce mal... pourquoi n'avoir
pas fait soigner cette jambe... elle est déjà bien ràide... elle
va se déplacer tout d'une pièce... elle est toute raide... raide...
raide... raide... votre jambe est raide... votre jambe est raide... raide...
raide... tout à fait raide... raide... raide... votre jambe est raide.... raide... raide... raide...
MARCHEZ !
Et le sujet marche, comme s'il avait une jambe en bois.
Insistez sur les mots raide... raidie... raide...
On peut encore, par des suggestions appropriées, lui suggérer que ses mains
sont collées ensemble, attachées, ficelées, et qu'il lui est impossible de les
séparer. A cet effet, on lui ordonne de les croiser, dans l'attitude de la
prière, et on les lui tient quelque temps ainsi, sans pression aucune,
jusqu'à ce qu'une chaleur égale se répartisse entre elles et celles de
l'opérateur. On lui suggère alors : vos mains sont collées...
attachées... ficelées... voilà des mains inertes... collées...
paralysées... collées... paralysées... collées... collées... collées... vous ne
pouvez plus les détacher... les séparer... les détacher.., elles sont bien
collées... vous ne pouvez plus... n'essayez plus... vous ne pouvez plus les
détacher.,, paralysie... collées... collées... collées ensemble... vous ne pouvez pas les séparer... collées... ESSAYEZ !
Et le sujet conserve les mains jointes : il est dans la plus
complète impossibilité de les séparer.
Ces curieux phénomènes se reproduisent plus tard avec la plus grande
facilité chez les mômes sujets, bien en rapport avec le même opérateur.
Celui-ci peut alors leur commander certains actes à accomplir
après leur réveil, dans un délai déterminé, dans une semaine, quinze
jours ou un mois : nous y reviendrons plus loin avec exemples fort curieux
à l'appui.
On fait encore tenir au sujet une règle, un parapluie, une canne, un
balai, un plumeau, etc. Puis, tout en faisant des passes sur le bras et la
main, on lui fait à haute voix. - comme pour les phénomènes cités
plus haut, - les suggestions suivantes : une crampe... une crampe, cher
monsieur... une crampe... votre bras se raidit et votre main se cramponne sur
l'objet qu'elle tient... une crampe... tenez-le ferme... ne-le lâchez pas... tenez-le bien... tenez-le bien... il
se colle à votre main... votre main se colle à lui... vous ne
pouvez plus le lâcher... il est collé à votre main... il y tient bien...
il y tient bien... quelle crampe !... il y tient bien... vous ne pouvez plus le
lâcher... impossible... c'est impossible... vous ne pouvez plus le lâcher...
impossible... il tient... il est collé... il tient... il est collé... vous ne
pouvez plus ouvrir la main... c'est impossible... impossible... im-pos-sible...
elle est fermée pour toujours... fermée... fermée... rien à faire...
fermée... bien fermée... fermée pour toujours... fermée... paralysée...
fermée... ESSAYEZ DE L'OUVRIR !
Le sujet essaiera d'ouvrir la main ; incapable de le faire, il agitera le
bras pour se débarrasser de ce qu'on lui aura fait tenir, mais en vain.
On le suggestionnera de nouveau pour lui déclarer que l'objet en question
ne tient plus à sa main et qu'il peut s'en débarrasser : vous allez ouvrir votre
main... l'objet que vous tenez n'y est plus adhérent... votre main peut
s'ouvrir... elle n'est plus paralysée... elle s'ouvre... elle est ouverte...
l'objet va tomber... ouvrez la main... ouvrez la main... ouvrez la main... il
tombera... il va tomber... tomber... tomber... OUVREZ LA MAIN!
Et le sujet ouvrira la main. Pour activer efficacement l'oubli de la
première sugestion (main fermée, contractée, paralysée), contraire
à la seconde, il est bon, dans les commencements, pendant qu'on fait la
suggestion contraire, de faire sur la main et le bras du sujet des
contre-passes, des passes en sens contraire, de bas en haut ; elles
aident beaucoup le sujet à réagir contre la première suggestion
et à l'effacer complètement de son cerveau.
On peut encore lui suggérer qu'il ne peut plus ouvrir les paupières.
A cet effet, on lui fait les suggestions suivantes, ou toutes autres
similaires, car nous ne donnons ici que des exemples à suivre, mais non
pas à répéter mot à mot :
Vos yeux vont se fermer... ils se ferment... ils
se ferment... ferment... ferment... ils se ferment... ils se ferment bien...
Trop bien... vous ne pourrez plus les ouvrir... ils sont bien fermés...
fermés... ils sont fermés... vous ne pouvez plus ouvrir vos paupières...
vous ne le pouvez pas... vous ne pouvez pas... cela vous est impossible...
fermées... fermées... collées... collées... essayez donc de les ouvrir...
ESSAYEZ !
Le sujet ne peut ouvrir ses paupières, quelques
contorsions du visage, quelques efforts qu'il fasse. Il est dans l'état d'un
malade affecte d'une ophtalmie purulente ; ses paupières sont soudées
l'une à l'autre.
On fait ensuite la suggestion contraire, comme
ci-dessus, et par les mêmes moyens auxiliaires. Des passes et des attouchements
sur les paupières et au
sommet de la
tête aident beaucoup dans cette suggestion, qu'il
s'agisse de fermer les paupières ou de les ouvrir : les attouchements
consistent à placer une main sur la tête, les doigts englobant
le crâne, et le pouce se promenant légèrement sur les sourcils ; appuyer
de temps en temps, et très légèrement sur la commissure interne
des paupières, du côté du nez, en s'arrêtant un peu sur les
paupières elles-mêmes, quoique très légèrement.
On peut aussi suggérer au sujet que, debout devant
l'opérateur, il lui est impossible de s'asseoir sur un siège
préalablement disposé derrère lui. On agit comme dans les cas exposés
plus haut : vos jambes sont raides... raides... raides... elles sont
singulièrement raides... vous avez les jambes raides... vous êtes
paralysé... elles sont raides... (tout en parlant, à voix distincte,
ferme, sans éclat, avec conviction, on fait avec les deux mains des passes sur
les deux jambes, depuis les cuisses jusqu'au-dessous des genoux, jusqu'aux
pieds)... il vous est
impossible de vous asseoir... vous ne pouvez pas vous asseoir... vous ne pouvez plus vous
asseoir... Cela vous est désormais impossible... ne plus s'asseoir... vous ne
pouvez plus vous asseoir... asseoir... asseoir... impossible... impossible...
il vous est impossible de vous asseoir... ESSAYEZ !
Le sujet sera incapable de s'asseoir.
La suggestion opposée s'opérera par les moyens inverses : Vous allez vous
asseoir immédiatement... quoi donc s'y oppose ?... Asseyez-vous... Asseyez-vous
!
Vous suggérez ensuite au sujet, qu'il ne peut plus quitter son
siège, et il y demeure paralysé.
Vous lui suggérez qu'il peut se lever, qu'il faut qu'il se lève, et
il le fait immédiatement.
La plus grande patience doit être apportée par l'opérateur dans tous
ses actes ; pas de nervosisme, pas d'irritation, pas de colère surtout :
du calme, et la persuasion que les suggestions
auront un effet
dans un temps très prochain ; de la courtoisie, de l'aménité, de la politesse,
sans toutefois exclure de la voix le ton d'une conviction absolue ; - et le sujet obéira. Il y
faudra du temps, pour certains sujets, mais la patience est la meilleure école
pour le magnétiseur ; il lui faut des qualités que nous avons énumérées plus
haut ; celle-là est la meilleure.
On peut encore faire perdre la mémoire au sujet : on lui fera les
suggestions suivantes ou de similaires : vous n'avez plus de mémoire... vous
oubliez tout... vous avez tout oublié... tout est vague dans votre esprit...
vous ne vous souvenez plus de rien... plus de mémoire... plus de mémoire...
plus de souvenir... lieude naissance... ville... village... naissance...
naissance... où êtes-vous né ?... vous ne vous souvenez pas...
vous avez oublié... oublié... oublié... où êtes-vous né ?... vous
avez oublié... oublié... bien oublié... le nom de votre pays ?... dites... vous
l'avez oublié... oublié... pas de mémoire... Dites-moi le nom de votre pays...
vous ne le pouvez pas... RÉPONDEZ !
Le sujet balbutiera, cherchera ; il lui sera impossible de dire où
il est né.
Le même système de suggestion lui fera perdre le souvenir de
son nom.
On le remet en possession de lui-même par quelques passes sur le
front et les yeux, tout en lui suggérant que la mémoire lui est revenue et
qu'il la possède entièrement ; il doit alors pouvoir répondre aux
questions qui lui seront adressées sur les mêmes sujets.
Nous avons dit plus haut, à la fin du chapitre IV, que, pour réveiller un sujet en état de sommeil
magnétique, de somnambulisme ou d'hypnose., ou pouvait lui souffler sur les
yeux en lui commandant de se réveiller, ou faire des passes magnétiques en sens
contraire, c'est-à-dire de bas en haut, en lui ordonnant toujours de se
réveiller ; il suffit parfois d'une secousse ou d'un grand bruit fait à
ses côtés ; par exemple, l'opérateur frappera fortement ses mains l'une contre
l'autre en disant : réveillez-vous !... réveillez-vous !... ne dormons plus,
voyons !... réveiliez-vous
!.>. c'est fait... vous
vous réveillez... à la bonne heure !... comment vous trouvez-vous ?
Mais il y a des sujets plus difficiles
à réveillais que les autres. A certains organismes. l'hypnose produit
une sorte de coma anodin qui les empêche de recouvrer la ssion de leur moi
avec promptitude. On dirait qu'ils se complaisent dans ce sommeil
artificiel et qu'ils y trouvent une sorte de vague satisfaction ; ou
peut-être n'ont-ils pas, dans les commencements, assez de force de
réaction pour que leur individualité secoue aisément le joug imposé par une volonté
étrangère. Ces cas ne sont pas rares.
Il faut alors beaucoup d'énergique patience de la part de l'opérateur. Il
insistera, - sans crier, sans se démener, ne l'oublions jamais : nous ne sommes
pas ici au théâtre et nous n'avons pas à imiter les pitres à
grandioses succès, - pour que le sujet rentre dans son état normal et
reprenne possession de lui-meme. Pour venir à son aide, il prendra le
meme biais que nous
avons indiqué dans les pages précédentes ; il dira par exemple : il faut vous réveiller...
voyons, vous n'allez pas dormir jusqu'à ce soir, jusqu'à
demain... qu'éprouvez-vous ?... allons, mon ami, réveillons-nous... etes-vous
disposé ?... qu'est-ce qui vous en empêche ? dites-le-moi, et j'y mettrai
bon ordre... vous m'entendez bien ?... quand vous réveillerez-vous ?...
Dépêchons... je vais vous aider... tenez : je vais compter jusqu'à
10... voulez-vous vous réveiller quand je serai à 10 ?... à 10
?... à 10 ?... à 10 ?... à 10 ?... â 10 ?... à 10
?... je vais commencer... attention !
Si le sujet promet de se réveiller à ce nombre l'opérateur compte de
1 à 10, et, en prononçant ce nombre, il frappe fortement dans ses mains
ou renverse bruyamment une chaise. Le sujet s'éveille généralement.
Si la résistance persiste, calmez-vous vous-même pendant un instant,
avant de recommencer. Pendant cet instant de repos, faites des contre-passes
(des passes de bas en haut) ; faites du bruit eu marchant, frappez du pied sur
le parquet, agitez une sonnette, etc. Puis, reprenant la parole avec une volonté bien arrêtée, et sur un ton qui,
quoique exempt de brutalité, témoigne que vous voulez absolument ce que vous voulez, faites encore de nouveaux commandements : maintenant,
H s'agit de vous réveiller, et immédiatement... ne
tardez plus... il le faut... c'est nécessaire... allons,
réveillez-vous... Je vous ordonne de vous réveiller... Réveillez-vous !
S'il ne se réveille pas encore, vous lui demandez à quel nombre de 1
à 10 ou à 20 il se réveillera. Quand il aura répondu, vous
compterez de 1 au nombre indiqué, et presque toujours il reprendra possession
de lui-même quand vous serez arrivé à ce nombre ; toute influence
hypnotique aura disparu. Si enfin le
sujet persistait à rester ' dans l'état d'hypnose, il faudrait recourir
au moyen suivant ou à tout autre similaire :
Faire des passes pour le replonger entièrement dans
l'hypnose ; s'assurer, par
une on quelconque, que
vous le tenez bien sous votre
influence, puis lui
dire : aussitot que vos
jambes ne seront
plus raidies... aussitôt que vous pourrez quitter votre chaise... vous vous
réveillerez... vous vous réveillerez... vous serez réveillé... réveillé... je
vous ordonne de vous réveiller... réveiller... faites attention à ce que
je vous dis... vous allez vous réveiller au commandement que je vous ferai...
vos jambes ne sont plus engourdies... tout va bien... Vous êtes plus
dispos que jamais... RÉVEILLEZ-VOUS !
Et le sujet se réveillera infailliblement.
Il sera même bon de lui faire celte suggestion au courant de la
séance, en lui commandant de se réveiller à tel chiffre quand vous
compterez de 1 à 10 ou à 20. Ce sera beaucoup plus sûr.
Maintenant, donnons au lecteur un conseil très utile :
Règle générale : ne soumettez jamais aux pratiques hypnotiques les
personnes atteintes d'hystérie ou d'une maladie de cœur. Vos suggestions
pourraient - le plus souvent - leur faire plus de mal que de bien, et
déterminer par la suite ou immédiatement, des crises dont vous pourriez ne pas être en état de maîtriser le cours.
C'est jouer avec le feu. Le magnétisme, le somnambulisme et l'hypnotisme ne
doivent pas avoir d'autre but que de soulager et faire du bien. On peut s'en
servir, sur les sujets bien portants, à étudier les moyens d'utiliser
cette force mentale extraordinaire que la nature a mise dans l'être
humain, comme elle Fa mise à un plus haut degré chez d'autres animaux,
n'en doutons pas ; mais l'excès en tout est un défaut : usons, n'abusons
pas. Laissons-nous parfois aller à un sentiment de curiosité, et
provoquons ces étranges phénomènes quand ils sont sans aucun danger pour
le sujet, pour le sujet qui veut bien s'y prêter ; mais quand nous nous
trouvons en présence de malades d'une des deux catégories que nous venons de
citer, laissons-les aux soins des médecins. La prudence nous en fait un devoir.
N'est-ce pas le moment d'indiquer au lecteur les moyens de se soustraire
soi-même à l'influence hypnotique d'autrui ?
Evidemment.
Quand vous voyez quelqu'un, homme ou femme, vous regarder fixement soit
dans les yeux, soit à la racine du nez, plantez-lui hardiment vos
regards dans ses propres yeux, et maintenez cette attitude jusqu'à ce
qu'il regarde ailleurs. Si c'est un malotru, c'est une leçon de savoir-vivre
que vous lui donnerez. Si c'est un hypnotiseur, c'est un avis que vous en savez
autant que lui et qu'il n'a rien à faire avec vous. Il cherchera fortune
ailleurs. Condensez votre attention, votre résistance absolue à toute
communication mentale avec autrui, et suggestionnez-vous vous-même,
mentalement, contre toute influence des fluides d'alentour ; car vous aurez
toujours à l'esprit qu'on ne suggestionne réellement et qu'on n'endort
que celui ou celle qui veut bien se laisser suggestionner ou endormir.
Les cas que citent les journaux ne nous disent pas ce qui s'est passé
précédemment entre le malfaiteur et la personne hypnotisée ; ils ne nous
racontent pas leurs relations antérieures, leurs fréquentations), l'influence que le malfaiteur avait
prise sur sa victime : ils ignorent complètement ces détails, ils
ignorent même qu'il faut un rapport magnétique entre deux personnes pour
que l'une puisse impressionner l'autre.
Nous ne parlons pas évidemment de ces natures molles, plus ou moins malléables
et maladives, que la moindre impression extérieure fait tomber, pour ainsi
dire, dans un état de catalepsie momentanée. Il nous est arrivé à
nous-même ceci : nous trouvant au théâtre de l'Opéra avec un ami, aux
fauteuils d'orchestre, nous lui dîmes : « Regarde cette dame, devant nous... Je
ne puis voir que sa nuque et son chapeau monumental... nous allons voir son
visage : la nuque est splendide et le visage doit être ravissant ; il
doit y avoir quelque part deux beaux yeux qui ne demandent qu'à se faire
contempler. Dans une demi-minute, cette dame va se retourner surnous. » Nous concentrâmes notre volonté
sur cette nuque aux chairs gélatineuses, terne transparentes, indiquant un être chlorotique, et au bout de quelques secondes à
peine (le rideau n'était pas encore levé), elle se tourna vers nous, se leva,
regarda la salle d'un air fatigué, ennuyé, et elle s'assit ensuite,
rétablissant la suprême ordonnance des plumes et des fleurs de son
chapeau, dérangées par son mouvement.
Le visage élait beau.
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