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CHAPITRE IV
Effets de la suggestion hypnotique.
Somnambulisme magnétique, première phase de l'hypnotisme. - Deuxième
phase : l'hypnotisme réel. - Hypnotisme et suggestion. - Phénomènes
spéciaux de la suggestion hypnotique : transformation du sujet. - A volonté, il
change d'âge, de personnalité, de profession, de métier. Il est potentat,
laboureur, musicien, diplomate, etc. - Causes réelles de l'hypnotisme. - La
pensée de l'hypnotiseur se substitue à celle du sujet, - Comment
réveiller le sujet hypnotisé.
Le somnambulisme magnétique est cet état particulier de la personne
magnétisée dans lequel elle paraît dormir, quoiqu'elle soit entièrement
soumise, comme pendant la veille, à l'influence de son magnétiseur. Il
se produit de lui-même, quand le magnétiseur a une grande influence sur
son sujet.
Lorsque le magnétiseur produit cet état particulier, le somnambulisme, l'être
qui se trouve dans cet état acquiert une extension prodigieuse dans la l'acuité
de sentir ; plusieurs de ses organes extérieurs, ordinairement ceux de la vue
et de l'ouïe, sont assoupis, et toutes les sensations qui en dépendent
s'opèrent intérieurement. Il y a dans cet état un nombre infini de
nuances et de variétés.
Le somnambule a les yeux fermés et ne voit pas par les yeux ; il n'entend
pas par les oreilles : mais il voit et entend mieux que l'homme éveillé. Il ne
voit et n'entend que ceux avec lesquels il est en rapport magnétique. 11 ne
voit que ce qu'il regarde, et il ne regarde que les objets sur lesquels on
dirige son attention.
Il eet soumis à la volonté de son magnétiseur, il suit cette volonté
avec une facilité extraordinaire.
Il voit le fluide magnétique (le fluide humain) sous forme de
lumière plus ou moins vive émanant de la teteet des mains du magnétiseur. Il voit, ou
plutôt il sent, l'intérieur de son corps et celui des autres ; et il remarque ordinairement et facilement les parties qui ne sont pas dans l'état
naturel et dont l'harmonie est troublée.
Il retrouve dans sa mémoire les choses qu'il avait oubliées pendant la
veille.
Il a des prévisions" et des présentations.
Il s'énonce avec une facilité surprenante.
Il se perfectionne de lui-même, avec le temps, s'il est conduit par
son magnétiseur avec prudence et sagesse.
Lorsqu'il rentre dans l'état naturel, .- quand il est réveillé, - il
perd absolument le souvenir de toutes les sensations et de toutes les idées
qu'il a eues dans l'état de somnambulisme.
Comment expliquer ces choses extraordinaires ?..... La science ne dira jamais son dernier mot. Néanmoins on
peut hasarder, faute de mieux,
les explications suivantes :
Dans l'état de veille, l'impression reçue à l'extérieur par les
organes se transmet au cerveau, dans lequel s'opère le phénomène
de l'impression : l'organe œil est frappé par la lumière, le cerveau est
impressionné, l'homme voit. Dans l'étal de somnambulisme, l'œil étant clos,
l'impression est communiquée au cerveau par le fluide humain : le cerveau a
l'impression de la vision sans avoir besoin de l'œil. Il en est de
même de l'ouïe.
Le somnambule sait une infinité de choses qu'il ignore à l'état
de veille. Pourquoi ? Parce qu'il a des sensations
infiniment plus délicates, un souvenir distinct et, parfaitement détaillé de
tout ce qu'il a su jadis (et oublié à l'état de veille), de tout ce dont
il a été affecté; la mémoire, chez lui,
est à l'état de tension aiguë : c'en est assez pour produire ces
résultats étonnants. Toutes les sensations que nous avons éprouvées
dans notre vie
ont laissé des traces
dans notre cerveau.
Ces traces sont leurres ; nous ne les
apercevons pas plus que
nous ne voyons
les infiniment petites
sinuosités tracées sur
les plaques d'un phonographe, le long des lignes marquant les diverses tonalités et sonorités des instruments d'un orchestre ou
l'élégante diction d'un orateur... Et cette plaque ou ce cylindre du phonographe, matière inerte, se souvient parfaitement de ce que le hasard a voulu
qu'ils entendissent, et ils le répètent imperturbablement, note à
note, avec toute la vérité de l'intonation, de la sonorité, des inflexions, et
des bruits accessoires produits autour du son principal.
Ainsi, le somnambule peut se rappeler fidèlement une conversation
qu'il a entendue, un livre qu'il a lu quand il avait dix ans (et il en a
soixante aujourd'hui), sans que cela ait rien de contraire à l'ordre
naturel. Il se rappelle de même les impressions qu'il a éprouvées, et,
pour voir quel effet produira sur lui tel ou tel aliment, il suffit qu'il en
ait une fois goûté, jadis.
Un somnambule qui ne parle habituellement que le patois de sa province
parlera peut-être le français, parce qu'il a entendu parler cette langue
autrefois, - qu'il était même obligé de la parler, quand il était enfant
et qu'il allait à l'école, - mais qu'il a oubliée depuis longtemps,
à l'état de veille. Mais jamais un somnambule ne parlera une langue étrangère non connue jadis, ou dont la connaissance n'a pas
été ébauchée jadis dans un voyage, etc. Exemple bien typique, une dame,
originaire de Saint-Domingue, habitait Paris depuis l'âge de six ans ; or elle
en avait quarante, et elle avait complètement perdu l'usage de la langue
créole. Pendant le sommeil magnétique, elle se ressouvenait des moindres
détails de son enfance, et elle ne s'exprimait que dans le langage de la
nourrice négresse qui l'avait élevée.
Un somnambule saisit la volonté de son magnétiseur ; il exécute une chose
qui lui est demandée mentalement, sans proférer une parole. Pour se
rendre compte de ce phénomène, il faut considérer les somnambules comme
des aimants d'une délicatesse infinie : il ne se' fait pas un mouvement dans le
cerveau de leur magnétiseur, sans que ce mouvement ne se répète dans le
leur. Placez l'une à côté de l'autre deux harpes à l'unisson, bien
accordées, et que l'on pince l'une des cordes de l'une d'elles, un ré par
exemple : la corde
correspondante de l'autre résonnera aussitôt.
En un mot, le somnambule n'a que les facultés de l'homme éveillé ; mais ces
facultés sont infiniment plus libres, plus étendues, infiniment plus délicates.
L'Hypnotisme, ou état de suggestion mentale ou parlée, est un
succédané du somnambulisme ; c'en est un genre tout particulier. Et il a ceci
de particulier aussi, qu'il peut être provoqué par des moyens autres que
les passes magnétiques ; par exemple, par la concentration de la pensée et de
la vue sur un objet fixe ou en mouvement, et généralement brillant. C'est le
médecin anglais Braid qui a découvert cette manière d'hypnotiser, et il
décrit ainsi l'état produit : « Il y a deux degrés dans l'hypnotisme. Dans le
premier, tous les sens, excepté celui de la vue, la sensibilité, à la
chaleur ou au froid, la force musculaire et certaines facultés intellectuelles,
sont fort exaltés. La conscience du moi persiste, et le sujet demeure
docile. L'expression du visage se modifie au gré de l'expérimentateur, qui jouit alors d'un pouvoir
d'impression énorme sur le sujet. Au second degré, la dépression succède
à la surexcitation de l'organisme. Le sujet tombe dans un état comateux.
La rigidité musculaire existe ou se produit facilement. Si l'on soulève
doucement les bras ou les jambes du patient, on remarque qu'il a une
disposition à les garder dans la situation où ils ont été mis. Il
est dans un état de catalepsie artificielle. »
C'est alors que son intelligence se trouve profondément modifiée, pendant
la première phase de l'hypnotisme. Demandez son nom à un individu
hypnotisé, il le dira sans hésiter. Si vous lui suggérez qu'il est l'empereur
Napoléon 1", il le croira effectivement, parlera, écrira, comme il
est persuadé que le faisait ce souverain. Dites-lui qu'il a six ans à
peine, et il marmonnera, bafouillera, bêtifiera, gesticulera comme un
bambin de cet âge ; dites-lui qu'il a quatre-vingts ans : ses allures et tout
son être prendront aussitôt la manière d'être d'un vieillard.
On produit chez lui les hallucinations les plus complètes des sens ;
on arrive par la suggestion hypnotique à lui faire croire qu'il voit
réellement quelqu'un sur un siège vide, et il décrit minutieusement les
vêtements de cette personne fictive, telle que vous lui en suggérez
mentalement la description de cerveau en cerveau. Présentez-lui votre main, et
suggérez-lui d'y respirer le tabac qu'elle est censée contenir : aussitôt il
éternuera violemment. Dites-lui, à haute voix ou mentalement, qu'un
orchestre joue : il entendra la musique et en sera ravi, s'il est musicien. Si
vous avez entendu un opéra, rappelez-vous-en l'orchestration, et le plaisir que
vous faisait éprouver, par exemple, le chœur des soldats, de Faust : immédiatement
il entendra ce morceau, et manifestera la plus expressive satisfaction.
Faut-il absolument, comme l'expose Braid, qu'un objet brillant soit
présenté au sujet, à vingt ou vingt-cinq centimètres de la
figure, un peu au-dessus du front, pour faire entrer en hypnose au bout d'un quart d'heure, de vingt minutes ?
Non.
La vue prolongée du doigt de l'opérateur peut suffire. Egalement, le
magnétisme ordinaire suffît pour provoquer le somnambulisme d'abord, l'hypnose
ensuite. Une personne impressionnable, nerveuse, aux sens délicats et
surexcitables, ayant surtout déjà été mise plusieurs fois en cet état,
entrera en sommeil artificiel rien que par la contention de son esprit, par le
seul fait du commandement de l'opérateur, ou par son propre désir et son
attention expectative.
Dans le sommeil artificiel, le sujet soumis à la suggestion
hypnotique pense et agit comme le veut l'opérateur, nous l'avons déjà
dit ; mais, à son réveil, il ne se rappelle plus rien, ni ce qu'il a pu
dire ni ce qu'il a pu faire, et presque toujours, endormi de nouveau, endormi
même un an après et plus, il se rappelle exactement, pour
l'oublier encore au réveil, tout ce qu'il a dit ou fait pendant ce sommeil
antérieur.
Pour réveiller le sujet plongé dans l'hypnose, on peut lui souffler sur les
yeux en lui commandant de se réveiller, ou faire des passes magnétiques en sens
contraire, c'est-à-dire de bas en haut : il suffît parfois d'une
secousse ou d'un grand bruit fait â ses côtés.
Nous reviendrons d'ailleurs plus loin sur cette question du réveil.
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