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CHAPITRE II

Effets généraux de l'Hypnotisme.

Le fluide humain. - Jets d'électricité humaine. - - Hypnotiseurs anciens célèbres. Cures mer-veilleuses opérées par ces bienfaiteurs de l'humanité : cécité, surdité, hydropisie, pleuresiefievres,sciatique,   tumeurs,   cancers,   écrouelles-L'homme possédant la faculté hypnntique bien développée est partout le bienvenu. - Son charmeses succes, son influence, sa domination sur tous. - Fascination. - Napoléon. - Aperçu sur l'ancien magnétisme. - Mesmer. - Précieux avantages deos pratiques hypnotiques. - Sommeil hypnotique, Procèdes les plus simples pour hypnotiser. - Type du bon hypnotiseur.

Il ne faut plus songer à nier aujourd'hui l'existence d'un fluide humain, fluide auquel sont dus ces phénomènes tant de foie cités par les historiens, et autour desquels tant de disputes se sont élevées pour en déterminer la source ou l'origine, pour nier ou en affirmer l'existence. L'antiquité nous a laissé les  noms  de thaumaturges  qui  ne  devaient leur pouvoir qu'à ce fluide alors inconnu, et nous citerons Volontiers Apollonius de Tyane, qui apaisait les séditions par sa présence, guérissait les malades par son attouchement, rendait la vue aux aveugles, redressait les claudicants, et à qui l'on attribue même la résurrection d'une jeune fille à Rome, sous l'empereur Néron. On lui érigea des statues et des temples, et les païens opposèrent même ses miracles à ceux de Jésus-Christ.

Evidemment, ce fluide doit avoir plus d'un rapport avec le fluide électrique, s'il n'est pas le même que ce dernier; ou est siège de cette production fluidique? ou est l'accumulateur qui irradie la vie dans notre corps ?

Dans le cerveau. Ou sont les électrodes de ce courant .' Dans le système nerveux. Certains animaux, soit pour atteindre leur proie, soit pour se défendre contre leurs ennemis, se servent de l'électricité : les gymnotes, les torpilles, les malaptérures, de nombreuses espèces de raies sont, en possession de cette arme redoutable.

Chez l'homme, cette électricité ou ce fluide électroïde agit évidemment aussi à distance, comme nous le verrons dans le courant de ce volume, mais d'une tout autre façon que l'électricité elle-même. Ce ne sont pas des manifestations brusques, bruyantes, accompagnées de bruit et de lumière ; c'est une action silencieuse, a la façon du magnétisme terrestre, qui n'est, comme on sait, qu'une transformation de l'électricité, de la lumière, du calorique, etc. Il n'y a, dans la nature, qu'une matière et qu'une force, prenant différents noms, suivant leurs diverses manières de se manifester. (Voir cours complémentaire).

De nos jours ou a peu prés, c'est-à dire à des époques plus ou moins rapprochées, d'autres personnage excitèrent l'attention et même l'admiration du public par des cures extraordinaires : Les Saludadores d'Espagne; Greatrakes, célèbre en Irlande en 1665 ; Graham,   qui   lit   sensation   à   Londres; un homme connu a   Paris sous le nom du Toucheur ; Gassner   qui,   peu   de   temps   avant Mesmer, opérait  en  Allemagne des prodiges étonnants. Or ces gens-là ne cherchaient point à faire fortune ; ce n'étaient point des imposteurs ni des charlatans ; ils se croyaient tout simplement le don de guérir les maladies par l'attouchement ; ils produisaient ces effets par le magnétisme animal, quoiqu'ils les attribuassent à d'autres causes ; c'est ce que prouvent les guérisons qu'ils ont opérées et dont il est difficile de nier la réalité. La connaissance du magnétisme et de l'hypnotisme nous apprend aujourd'hui, non point à nier certains faits merveilleux, qui peuvent être fort exageres dans quelques circonstances quoique bien attestés pour le fond, mais, à ne point en chercher l'explication dans une philosophie  occulte dans  des   opinions superstitieuses. Le magnétisme est une force agissant a distance, comme l'électricité, qui n'a plus besoin de fils aujourd'hui pour imprimer une dépêche dans l'appareil récepteur. Il n'y a là rien de miraculeux.

Joseph Glanville,   chapelain de Charles II d'Angleterre,   et   Georges   Rust,   évêque   de Gromore (Irlande), ont écrit sur Greatrakes des pages remarquables  :

« Greatrakes, dit Rust, était un homme simple, aimable, pieux, étranger à toute fourberie. J'ai passé trois semaines avec lui, et j'ai eu ainsi l'occasion d'observer ses mœurs et de le voir guérir un très grand nombre de malades. Par l'application de sa main, il faisait fuir la douleur et la chassait par les extrémités. L'effet était quelquefois très rapide, et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Si la douleur ne cédait pas tout de suite, il réitérait les frictions et faisait ainsi passer le mal des parties les plus nobles à celles qui le sont moins, et enfin jusqu'aux extrémités. Je puis affirmer, comme témoin oculaire, qu'il a guéri des vertiges, des maux d'yeux et des maux d'oreilles très graves, des épilepsies, des ulcères invétérés, des écrouelles, des tumeurs squirreuses et cancéreuses au sein. Je l'ai vu amener à maturité, dans l'espace de cinq jours, des tumeurs qui existaient depuis plusieurs années.

« Ces guérisons surprenantes ne m'induisent point à croire qu'il y eût là quelque chose de surnaturel : lui-même ne le pensait pas, et sa manière de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle ni intervention divine. La cure était souvent fort lente, plusieurs maladies ne cédaient qu'à des attouchements réitérés, quelques-unes même résistaient à tous les soins, soit qu'elles fussent trop invétérées, soit à cause de la complexion du malade. II parait qu'il s'échappait de son corps une emananation balsamique et salutaire. »

Au  témoignage  du savant théologien, nous pouvons joindre celui d'un médecin  célèbre, Astelius :

« J'ai vu Greatrakes soulager à l'instant les plus vives douleurs par l'application de sa main. Je l'ai vufaire descendre une douleur de l'épaule jusqu'aux pieds, d'où elle sortait enfin par les orteils;une chose remarquable c'est que, lorsqu'il chassait ainsi le mal et qu'il était obligé de discontinuer, la douleur restait fixée dans l'endroit où il s'arrêtait, et

ne cessait que lorsque, par de nouveaux attouchements, il l'avait conduite jusqu'aux extrémités. Quand les douleurs étaient fixées dans la tête ou dans les viscères et qu'il les déplaçait, elles produisaient quelquefois dos crises effrayantes et. qui faisaient craindre pour la vie du malade ; mais peu à peu elles passaient dans les membres et il les calmait entièrement.

« J'ai vu un enfant de douze ans tellement couvert de tumeurs scrofuleuses qu'il ne pouvait faire aucun mouvement : .Greatrakes fit résoudre la plupart, de ces tumeurs par la seule application de sa main, il ouvrit avec la lancette celles qui étaient le plus considérâbles, et il guérit les plaies en les touchant, et en les mouillant quelquefois de sa salive. »

Greatrakes publia lui-même la relation de ses cures à Londres et dans plusieurs villes d'Angleterre ; pas un fait qui ne soit attesté par au moins trois témoins dignes de foi ; ces témoins sont différents pour chaque guérison,   et   ce   sont   presque   toujours   dés hommes que leur profession, leurs préjugés, leur intérêt devaient porter à rejeter des faits extraordinaires. En effet, les théologiens sont disposés à nier des guérisons qui ressemblent à des miracles et qui ne sont point dues à la religion ; les médecins ne le sont pas moins à rejeter celles qui sont opérées par un moyen occulte et des pratiques étrangères à leurs formules, et beaucoup de personnes de ces deux classes d'incrédules attestèrent la vérité des guérisons opérée». La Société royale de Londres, par l'organe de son président, le célèbre Robert Boyle, soutint la réalité des faits, et défendit Greatrakes de l'imputation ridicule de magie qu'on portait sottement contre lui.

Les maladies qu'il traitait par le magnétisme sont très nombreuses : la paralysie, la cécité, la surdité, l'hydropisie, la pleurésie, les fièvres de tous genres, la sciatique, les tumeurs, les cancers, les écrouelles, etc., ont été guéris par son seul attouchement .

Evidemment, si Apollonius de Tyane, si Gassner, si le Toucheur, si Greatrakes, etc., ne s'étaient pas entraînés par l'exercice quotidien de la faculté qu'ils s'étaient découverte, et que tout le monde possède d'ailleurs, ils n'eussent pu produire les cures qui forçaient l'admiration de leurs contemporains. En En effet, toute faculté demande un exercice fréquent si on ne veut la voir diminuer d'intensité ou disparaître tout à fait : la mémoire, le calcul, la vigueur, l'agilité, la musique, etc., sont dans ce cas ; négligez pendant quelque temps les travaux auxquels ces facultés sont ordinairement soumises et vous n'en avez plus la possession aussi intégrale.

Les savants hypnotiseurs sont dans ce cas. Voici l'article nécrologique que le Journal du 20 février 1904 consacrait au Dr Liébault, de l'Ecole de Nancy ; il donne une excellente idée de ce que peut faire l'hypnotisme pratiqué journellement :

« Le Dr Liébault vient de mourir. Comme nous l'écrit le Dr Liégeois, voilà en quelque sorte un deuil national. Ce savant ne se contentait pas d'être le fondateur de la psychothérapie, c'est-à-dire d'une des méthodes les plus rapides et les plus subtiles de guérir : c'était encore un homme do bien et un modeste. Il contrebalança pourtant dans sa petite ville de Port-Saint-Vincent, près Nancy, la gloire de Charcot, à qui il survécut. Il faisait là, chaque jour, des miracles scientifiques, guérissant par la suggestion les neurasthéniques, réduisant d'anciennes paralysies, calmant des ataxiques, pendant l'ouïe aux sourds, consolant les tristes et ne ménageant pas aux plus pauvres ses soins gratuits.

« Le Dr Liébault naquît en 1823, à Favières (Meurthe). Il étudia de bonne heure l'hypnotisme et fonda l'Ecole de Nancy, qui échangea de célèbres discussions avec l'Ecole de la Salpêtrière, particulièrement à propos du cas de Gabrielle Bompard. Son principal ouvrage est intitulé Le Sommeil et les étais analogues considérés surtout au point de vue de l'action du moral sur le physique. »

Mais ce n'estpas seulement dans la guérison des maladies que réside la haute importance  de  celle  force,   de  celle  aura  qui s'exhale continuellement de l'être humain et fait sentir son action autour de lui.

Voyez cet homme ; rien ne le distingue d'un autre ; pourtant, on éprouve un certain charme auprès de lui ; il plaît au premier abord, et l'ou ne sait pourquoi : à première vue, l'impression qu'il produit est excessivement favorable : s'il parle, on l'écoute avec plaisir ; son élocution est simple et facile ; ses idées, toujours saines, sont exprimées nettement et avec abondance ; il trouve à leur service des mots typiques, des mots à lui; ses gestes sont sobres, mais d'une élégance native et du meilleur aloi. Qu'a-t-il donc pour être aussi sympathique ? Il est doué d'un surcroît de cette force invisible qui ne se manifeste que par ses effets ; il est supérieur aux autres par l'émanation plus abondante, plus forte et plus rapide de son aura magnétique; cet homme sue la forcé, la sympathie, l'action enveloppante de la supériorité, comme la rose sue le parfum qui lui est particulier. Sa vie réglée, ses habitudes de calme, de sobriété, d'étude, de recueillement perpétuel, de puissance et d'action sur lui-même, influent sur l'accumulateur cérébral où réside surtout le dépôt du fluide, où vibre le point initial des ondulations magnétiques.

Cet homme n'est pas le premier venu ; il est quelqu'un ; il sort du niveau commun, il tranche sur le vulgaire ; il n'est pas bavard ; il ne gesticule pas, comme les pîtres du théâtre ; il est plutôt silencieux, attentif a ce qui se passe autour de lui, mystérieux ; il a l'esprit du silence, qu'il n'est certes pas donné à tout le monde de posséder : il a le grand talent de se taire, quand il n'est pas absolument certain de connaître. Cet homme impose, il domine. Sa surabondance de fluide se répand dans son voisinage et pénètre les etres humains ; son influence se fait immédiatement sentir à autrui, quoique celui-ci n'en ait pas conscience ; déjà ses voisins sont tous prévenus en sa laveur, à son aspect seulement, et s"il parle, on est tout disposé à lui donner une entière approbation. Cet homme persuade facilement, et il fait passer sa conviction dans l'esprit do son  interlocuteur ; il réussit très aisément, - par ce charme même, - dans tout ce qu'il entreprend ; il trouve peu d'adversaires de parti pris ; sa volonté rompt devant lui tous les obstacles ; on dit qu'il est chanceux, que tout lui vient a souhait, qu'il est né coiffé...

Voyez cet autre homme, au visage terne, sans expression; il a l'air de supporter douloureusement le train train de la vie ; il se laisse pousser de ci de la pat les événements ; point de réaction, point de révolte contre la malechance, point de rébellion contre les coups du sort, point de nerf : il est roulé dès le premier obstacle, découragé au moindre insuccès, vaincu avant d'avoir combattu; c'est la malechance eu personne; rien ne lui réussit; il maudit conuellement la destinée; tout conspire contre lui; il accuse l'injustice du hasard, la guigne, la fatalité ; il se laisse aller au courant en répétant, comme le fataliste oriental : c'etait écrit...

Non;  le   hasard,  le  destin,  la fatalité  ne sont pour rien dans ce qui lui arrive ; lui seul est l'artisan de son malheur et la cause de ses perpétuels insuccès : il lui manque le ressort cérébral que possède son voisin, le fluide magnétique dont ce dernier surabonde. Et il passe inaperçu ; les faveurs du sort vont à l'autre, parce que l'autre a la tension, le nerf, la volonté, l'esprit de suite, qui le font aller au-devant des faveurs du sort, au lieu de les attendre flegmatiquement dans son coin. Rien ne s'obtient sans travail, et vouloir c'est pouvoir.

Voici deux commis-voyageurs.

L'un est actif, empressé, remuant, curieux de tout ce qui concerne sa profession : il a du fluide .A peine arrivé d'hier dans une ville inconnue, ce débrouillard a dix, quinze, vingt relations : il est gai, jovial, rayonnant, de bonne composition; son visage respire le contentement d'antrui et de soi-même; il est malin, il est adroit, il est disert, il est remuant, on le rencontre partout à la fois, toujours pétulant et toujours en joie : il emporte des commandes comme il veut et autant qu'il en veut...

L'autre est, encore au lit pendant que le premier a déjà fait sa demi-journée ; il est lourd, lent à se décider,  à prendre un parti;  ses insuccès continuels et sa paresse - (son peu de nerf, son absence de fluide) - font qu'il se néglige dans sa tenue,  qu'il déplaît tout d'abord par toute son attitude abandonnée et fatiguée, sa nonchalance trop apparente, son expression terne   et son langage embarrassé. Il n'a presque pas entamé sa besogne quand son camarade a déjà terminé la sienne ; il se plaint de la malechance,   il   maudit   tout   le monde et lui-même ; découragé, incapable de réaction, il se laisse aller au courant de la vie difficile qu'il s'est créée ; il ne réussit en rien et ne réussira jamais.

Voyez cette femme : elle plaît de suite. Sans être belle, elle attire autour d'elle une foule d'adorateurs ou d'amis empressés ; elle parle, et on l'écoute avec plaisir ; un charme inconscient pour elle et pour autrui émane de sa gracieuse personne : elle a l'aura magnétique et l'aura feminea bien développées ; son fluide pénètre immédiatement les êtres humains qui l'approchent ; elle a des succès, elle est heureuse ; on l'aime, on la choie, elle est adulée ; elle réussit dans toutes ses entreprises, elle capte les cœurs, elle se marie...

Et cette autre, plus riche, plus instruite, plus belle passe inapercue, s'étiole maussade dans sa vie ennuyee et  ennuyeuse ;   et   son aspect, son attitude son beau v isage éloignent au lieu d'attirer; c'est qu'il lui manque l'exercice de ce fluide magnetique qui fait les natures superieures.

Ah! certes, ces natures veules,  inertes, sans ressort, n' auront  jamais l'idée d'impregner autrui du fluide qui leur manque a elles-mêmes : il ne leur viendra jamais s l'esprit de communiquer à une autre personne ce qui leur fait apeu près défaut ; ces natures-la sont condamnées à végéter impuissantes dans leur milieu obscur, chagrin et rageur. Elles enragent mais ne se révoltent pas ; elles se laissent aller ; elles s'abandonnent : après moi le déluge, disent-elles. Elles sont fatalistes. Tant pis pour elles  : car si elles voulaient, elles réussiraient comme les autres.

Cette puissance de réaction, que possèdent à  un degré plus ou moins élevé toutes les personnes de l'un et de l'autre sexe, se développe par l'exercice, par l'entraînement ; elle s'accroît par un usage rationnel de la volonté : il faut vouloir avec intensité, poursuivre  le but sans que rien vous fasse dévier du chemin déjà parcouru et ne vous fasse abandonner le travail entrepris, quelque difficulté qui surgisse devant vous ; il faut dépouiller le vieil homme, mater un caractère nonchalant acceptant le mal ou le bien tels qu'ils viennent, et lui donner la virile impulsion qui lui manque; il faut forcer,  par une  persévérance active, volontaire,   continue   et   rebelle   à   tous   les obstacles,   les   événements   à   favoriser   vos entreprises.

Parfois alors on fait tourner à son avantage ce qui se présentait tout d'abord sous un aspect défavorable. La fortune favorise les audacieux : le petit sous-lieutenant d'artillerie qui sortit de l'école de Brienne fût-il devenu empereur, - pauvre comme il l'était, ou riche comme il ne l'était pas, - s'il n'avait eu le ressort nécessaire pour surmonter les nombreuses difficultés qui l'assaillirent dès son entrée dans la vie militaire ?... Sa volonté dominatrice toisait tout plier devant lui; dans son verbe eclatant, dans son geste impérieux, dans sa ténacité surhumaine, dans son esprit de suite dans sa perpétuelle et active vil ion du but a atteindre se trouve le secret  de sa force et de son  extraordinaire carrière.

Il y adone des etres superieurement doués par la nature et surtout par leur propre volonté, a qui tout réussit, Mais le hasard n'y est pour rien. Ils sont les préparateurs et les artisans de leurs propres succès, ne l'oublions pas. C'est à euxseuls que de richissimes banquiers, d'éminents savants, des littérateurs applaudis, des inventeurs ingénieux durent leur fortune, d'autant plus prodigieuse, parfois, que leurs débuts avaient été plus humbles et plus pénibles.

Céux-là communiquent leur volonté à autrui. Leur seule présence impressionne toujours ceux qui les approchent ; leur voix sonore ou d'une douceur harmonieuse apporté le courage aux uns ou la persuasion aux autres : ils se font toujours obéit ou écouter.

Ils ont la volonté, qui développe le fluide magnétique. Cette volonté, ils l'exercent continuellement. Ils suggestionnent leur entourage : on sent, on devine et on exécute cette volonté, sans que la parole ou le geste l'aient manifestée ; l'âme de ces êtres supérieurs pénètre et anime tout ce qui est autour d'eux ; l'idée d'une résistance ou d'une désobéissance est inconnue à ceux qui se trouvent sous leur influence.

Et il en est toujours ainsi, lecteur ou lectrice, dans l'exercice ordinaire du magnétisme. Vous verrez, dans le courant de ce volume, comment, dans le sommeil obtenu au moyen de ce fluide, on peut provoquer chez autrui une foule d'actes qu'il accomplit avec une obéissance absolument passive ; comment, meme à l'état de veille, on peut le soulager de ses maux; comment, par la suggestion hypnotique, on peut lui faire perdre de mauvaises habitudes et lui en faire contracter de bonnes ; comment on peut lui faire acquérir des aptitudes spéciales ; comment on peut efficacement agir pour corriger les vices et les défauts de l'enfance ; comment, en un mot, on substitue sa propre volonté à celle d'un sujet quelconque, et le faire momentanément vivre d'une vie factice, fàite exclusivement des sentiments, des pensées et du vouloir du magnétiseur.

Donnons maintenant quelques explications nécessaires sur le fluide dont il s'agiti Le magnétisme animal, son action sur le système nerveux, son application à la guérison des maladies et la plupart dos phenomènes qu'il produit, ont été connus de tous les temps, comme nous l'avons dit plus haut. Plusieurs auteurs les ont même décrits et ont cherché à les expliquer, les anciens comme les modernes : mais leurs descriptions, et surtout celles des modernes, sont fondées sur une physique erronée ou sur des opinions superstitieuses, ainsi que l'explique longuement un auteur français que nous nous attacherons à suivre dans cette monographie du magnétisme animal (1). Il ne faut point s'étonner de cela : on employait le magnétisme sans savoir au juste ce qu'on faisait, mais en ayant pourtant une conscience intime du bien que l'on provoquait chez l'être souffrant ; on se faisait d'ailleurs une idée absolument fausse de la source du pouvoir que l'on possédait : c'était la Divinité qui accomplissait ces prestiges par notre intermédiaire. Personne n'avait songé à ramener à une même cause les effets produits par cet agent, le fluide de la volonté, le fluide cérébral, le fluide magnétique, quelque nom qu'on lui donne ; personne n'avait songé à distinguer ce qui lui était dû de ce qui dépendait de circonstances étrangères, ni à annoncer aux hommes qu'ils pouvaient le diriger de manière à le faire servir au soulagement et à la guérison des maladies.

(1)  Histoire  critique,   du  magnétisme   animal,   par J. P. F, Deleuze, Paris, 1819, S vol. in-8.

Les observations de Mesmer le conduisirent à ce résultat, et c'est vraiment à lui qu'on doit la connaissance du magnétisme, Mesmer, médecin allemand, né le 27 mai 1733 à Mers-bourg, en Souabe, mourut, le 15 mars 1815, dans cette même ville, après avoir étonné toute l'Europe par ses cures merveilleuses, faites en dehors de toute pratique purement mêdieale. Et pourtant  il etait médecin.

Cet homme extraordinaire, doué d'un caractère énergique, d'un esprit méditatif, d'une imagination forte, d'une volonté puissante, fut frappé de quelques phénomènes qui ne pouvaient dépendre des lois connues de la physiologie. En faisant des tentatives peur en pénétrer la cause, il réussit à les reproduire, et il reconnut dans l'homme la faculte d'agir sur les organes de ses semblables par des moyens fort simples en eux-mêmes, mais dont l'efficacité dépend de la volonté de celui qui les emploie.

Les succès qu'il obtint lui donnèrent une idée exagérée de sa puissance, et cette idée augmenta encore ses forces. Il crut alors que le principe qu'il avait découvert était l'agent universel de la nature, et qu'en le dirigeant d'après les procédés qu'il avait adoptés, '1 guérirait tous les maux et pourrait même exercer une grande influence sur l'état des hommes en général, sur leur moral surtout. C'est ce que produit couramment aujourd'hui l'hypnotisme. Les guérisons qu'il opéra étonnèrent ceux qui en furent témoins, et bientôt elles excitèrent un enthousiasme qui donna naissance aux prétentions les plus illusoires. D'un autre côté, le récit de ces merveilles souleva les incrédules, si nombreux, hélas ! et ceux-ci loin d'examiner ce qui leur paraissait absurde, l'attaquèrent tantôt par le raisonnement, tantôt par le ridicule (arme familière aux imbéciles), et, presque toujours, avec la véhémence du parti pris.

Cependant, Mesmer sollicitait depuis longtemps l'examen de sa doctrine ; il demandait qu'on  le mît à  même  de  prouver,  par  des expériences comparatives, les avantages de sa méthode sur celles des médecins ; le nombre de ses partisans s'accroissait de jour en jour, et les personnes sans préjugés, pensant qu'il pouvait y avoir quelques vérités mêlées à des erreurs, attendaient de nouvelles lumières pour fixer leur opinion.

Le gouvernement crut donc devoir soumettre le magnétisme au jugement de l'Académie des sciences, de la Faculté de médecine et de la Société royale de médecine.

Les commissaires nommés par ces compagnies  étaient des hommes également   recoin mandables   par   leurs   lumières   et   par   leur droiture ; mais ils étaient tellement prévenus contre ladoctrine du magnétisme,  qu'ils ne dàignèrent pas examiner les effets qu'on citait comme preuves  a l'appui de cette même doctrine. Ils observèrent, pour remplir la tache dont ils étaient chargés; mais ils firent des expériences    comme    ils    en    auraient    fait pour vérifier les phénomènes du magnétisme minéral ou de l'électricité, et ces procédés ne pouvaient  en  aucune   manière   les   éclairer :

ils virent bien quelques guérisons surprenantes quelques crises singulières : mais ils ne les attribuèrent pas à l'agent dont on leur annonçait la découverte, et ils déclarèrent que le magnétisme n'existait pas, n'avait jamais existé (et il y avait près de trois cents ans que Greatrakes, Gassner et autres l'avaient exercé !).

A peine ces doctes gens eurent-ils prononcé que le magnétisme était une chimère, que cette prodigieuse découverte fut poursuivie par le ridicule. On nia les faits les mieux attestés, comme aujourd'hui la photographie à travers les corps opaques, la télégraphie sans fils, etc. ; on traita de visionnaires et d'enthousiastes ceux qui les avaient vus, comme les malades guéris : ils avaient tout bonnement singé une maladie; Mesmer fut accablé d'injures (on l'eût traité aujourd'hui de sale juif ou de Prussien); la Faculté de médecine défendit ases membres de; faire usage d'un moyen thérapeutique proscrit par elle ; elle raya de son tableau ceux qui ne voulurent pas obéir à cette défense inepte, et il n'y eut plus que des hommes courageux et zélés pour le bien qui osassent faire des observations et se dévouer pour une cause qu'ils pensaient être celle de l'humanité.Mais quand le somnambulisme magnétique fut découvert, - par le marquis de Puysé-gur, - la pratique du magnétisme fut universellement répandue, et les phénomènes les plus extraordinaires s'offrirent aux yeux de ceux qui voulurent observer de bonne foi. Puis vinrent d'autres chercheurs, d'autres savants patients et convaincus, qui analysèrent   les phénomènes,  remontèrent patiemment des effets   aux causes,   et   qui   purent enfin constituer à l'état de science positive ce magnétisme tant honni et tant décrié : Faria en 1813, Du Potet, Rustan et Georget à la même époque, Husson en 1831, Braid et Hack-Tuk en 1841, Crimes en 1848, Azam, Broca, Charcot etc., en 1860 (Ecole de la Salpêtrièro, de Paris), Luys, Bernheim, Lié-bault (Ecole de Nancy), a la même époque. Aujourd'hui l'on peut tout, grâce aux vertus du magnétisme  et   de  ses  diverses   formes, somnambulisme et hypnose. On procure d'abord du soulagement aux malades, on leur apporte ensuite la guérison.

Aujourd'hui les théories de Mesmer sont complètement abandonnées. Le magnétisme n'est plus considéré comme un fluide répandu dans toute la nature, pénétrant tous les corps à l'infini jusqu'au dernier astre, - s'il y a un dernier astre. Ce fluide, ou cette action, ce rayonnement, réside principalement dans le cerveau de l'homme, de l'être humain, car nous désignons par ce vocable, homme, l'espèce humaine ; et la femme, aussi bien que l'homme, peut aisément produire tous les phénomènes du magnétisme proprement dit, c'est-à-dire le sommeil magnétique, le somnambulisme magnétique, l'hypnotisme et les suggestions hypnotiques et post-hypnotiques. Il est dû à des causes purement physiques, à la volonté, à l'influence d'un être sur un autre être au moyen de vibrations cérébrales transmises par l'intermédiaire de cet inconnu mis en mouvement par une cause non encore découverte, mais  dont l'action ne peut  être niée, certes, puisqu'elle se produit tous les jours, à toute heure. au moment voulu, et meme à des époques déterminées longtemps à l'avance : ainsi que nous le verrons plus loin, un individu accomplit inconsciemment, dix, quinze, vingt jours, et même plusieurs mois plus tard, des actes qui lui ont été suggérés pendant le  sommeil hypnotique.

Divers   moyens ont ete préconisés   pour obtenir ce sommeil; tous ou a peu près réussissent,  mais beaucoup ont ete abandonnés comme trop longs , trop compliqués, ou comme absolument   entachés   de   procedes ressortissant plutôt à l'empirisme et au charlatanisme qu'à une pratique sérieuse : les baquets de Mesmer sont aujourd'hui complètement tombés dans l'oubli.

Disons quelques mots des procédés encore en usage, et que recommande en ces termes le célèbre Deleuze, qui a longuement traité de cette science dans plusieurs ouvrages ; il ne s'agit ici, bien entendu, que de l'usage du magnétisme au point de vue médical :

« Ètes-vous auprès d'un malade que vous voulez soulager,  dit-il,   placez-vous vis-à-vis de  lui,   de manière  que vos  genoux  et  vos pieds touchent les siens. Prenez-lui les pouces, et restez  dans cette situation jusqu'à  ce que vous sentiez que vos pouces et les siens ont, je même degré de chaleur. Passez ensuite les mains sur ses épaules ; laissez-les-y deux ou trois minutes, et descendez le long des bras pour reprendre les pouces. Répétez cette manœuvre trois ou quatre fois. Ensuite, posez vos deux mains sur son estomac, de manière que vos pouces soient placés sur le plexus solaire (1), et les autres doigts sur lescôtés. Lorsque   vous   sentirez   une   communication de  chaleur,   descendez   les  mains  jusqu'aux genoux ; ensuite replacez-les au-dessus de la tête, pour les ramener de nouveau jusqu'aux genoux, ou même jusqu'aux pieds, et continuez de la même manière, en ayant la précaution de détourner vos mains chaque fois que vous remontez vers la tête.

(1) On appelle plexus un réseau formé par l'entrelacement de filetsde nerfs ou de vaisseau. Le plexus solaire, situé au niveau du creux de l'estomac est formé par les branches du grand sympathique et par le nerf pneumogastrique droit. Des ganglions nerveux, les nerfs splanchniques, et des ramifications du nerf phrénique complètent ce plexus, un des plus importants de ceux qu'on remarque dans le corps humain les physiologistes lui donnent parfois le nom de cerveau abdominal.

Cette précaution de ne jamais magnétiser de bas en haut, et d'écarter les mains avant de les ramener vers la tête, a paru être toujours essentielle dans tous les procédés. Je dois ici expliquer quelques expressions dont H servent les magnétiseurs : se mettre en rapport avec quelqu'un, c'est le toucher une première lois, et de son consentement; pour établir le rapport entre deux personnes, il suffit de les loucher en même temps l'une et l'autre,  On magnétise une personne d'autant plus facilement qu'elle l'a été par vous antérieurement plusieurs fois déjà ; il suffît souvent alors de s'approcher du sujet et d'exercer sur lui sa volonte.Ondonne le nom de passe à l'action de passer la main sur le corps pu une partie du corps du suiet. Lorsqu'on conduit les mains du  sommet   de  la  tète le long des bras jusqu'au bout des doigts, ou sur le corps jusqu'à l'extrémité des pieds, on appelle cette pratique magnétiser à grands courants. Le magnétisme à grands courants ne peut jamais faire de mal : c'est pourquoi l'on conseille de l'employer d'abord, en attendant que les circonstances indiquent l'utilité de quelque autre procédé.

Faites en sorte que vos passes soient distinctes les unes des autres. Au lieu d'aller jusqu'aux pieds; ce qui est gênant, vous pouvez tous arrêter aux genoùx ; mais, dans ce cass il faut, avant de finir, faire plusieurs passés le long dès jambes et dés pieds. Touchez légèrement et avec lenteur, en passant la main à environ quatre ou cinq centimètres de distance devant le visage, et l'appliquant ensuite sur les vêtements. N'employez aucune force musculaire pour diriger l'action du magnétisme. Mettez dans vos mouvements de l'aisance, de la souplesse. Votre main ne doit pas être tendue ; il faut, au contraire, que vos doigts soient légèrement   courbés,   parce   que   c'est   principalement par l'extrémité des doigts que le fluide s'échappe.

Continuez   à   magnétiser   pendant   environ trois quarts d'heure.

Comme il est indispensable que l'attention ne soit jamais détournée, une séance plus longue pourrait vous fatiguer. N'ayez jamais d'incertitude dans vos opérations ; ne vous inquiétez aucunement des résultats à obtenir ; agissez avec confiance, avec abandon : ne faites aucun effort d'attention ; livrez-vous uniquement à un sentiment d'extrême bien veillance pour le sujet, au désir de faire le bien. Ayez d'ailleurs toujours présentes à l'esprit ces conditions, qui assurent la parfaite reussite du magnétisme  :

Une volonté active vers le bien ;

Ne  ferme  persuasion en  la puissance du magnétisme ;

Une confiance entière en l'employant ;

Et    la    terme    persuasion    que    vous possédez une puissance personnelle. »

Tous les hommes n'ont pas la même puissance magnétique. Il faudrait que la théorie du magnétisme fût mieux connue pour rendre raison de cette différence. On ne peut présenter a ce sujet que des conjectures seulement, qui tiennent à la plus ou moins grande intensité :

1° De la force de la volonté ;

2° De la direction de la volonté ;

3° De la capacité d'attention ;

4° De la croyance en la vertu magnétique ;

5° De la confiance en sa puissance personnelle, qui est une conséquence de la croyance;

6° De la bienveillance et de l'intention ;

7° De la constitution physique et de la santé.

Reprenons  :

1° Pour avoir une volonté énergique, il ne suffit pas de se dire à soi-même : je veux ! - Il faut que cette volonté parte naturellement de l'âme ; qu'elle naisse d'un vif désîr de succès ; qu'elle ne soit troublée par aucun obstacle.

2° La direction de la volonté doit être constante, uniforme,  tranquille. Il faut que dans

Les uns sont d'une extrême vivacité; les autres sont froids et tranquilles.

Il en est enfin qui veulent avec énergie, avec ténacité ; et d'autres qui désirent faiblement.

Le meilleur magnétiseur est celui qui a un tempérament robuste, un caractère à la fois calme, tranquille et résolu ; le germe des passions vives sans être subjugué par elles ; une volonté forte sans emballement; de l'activité unie à la patience ; la faculté de concentrer son attention sans effort, et qui, en magnétisant, s'occupe uniquement   de   ce qu'il fait. Ces personnes-lane sont pas très commuévidemment, et voilà pourquoi les excellents magnetiseurs et hypnotiseurs, comme Luys, Liebault, Bernheim, Charcot, etc., sont parfois difficiles à rencontrer. Mais il n'en faudrait pas conclure que les personnes qui ne possèdent pas toutes les qualités que nous venons d'énumérer ne peuvent magnétiser avec succès.Tout le monde ne joue pas du violon    comme    Paganini,    mais   le    violon compte néanmoins des artistes de divers talents. Tout le monde possède en soi la force vitale ; autrement on mourrait en naissant. Si donc certaines personnes ne produisent pas des effets aussi remarquables que d'autres, elles en produisent toujours assez pour se convaincre de leur puissance absolument réelle.

La différence de sexe n'a aucune influence, ni directe ni relative, - nous ne saurions trop le répéter, - sur la puissance magnétique. Les femmes magnétisent tout aussi bien que les hommes ; elles font de même d'excellents somnambules ; on doit même les préférer pour magnétiser les personnes de leur sexe.

On ne voit d'ailleurs pas trop pourquoi la femme ne jouirait pas de cette faculté aussi bien que l'homme. N'est-ce pas elle qui fait l'homme et qui donne des soins plus directs aux enfants ? Elle les allaite, elle veille plus particulièrement à leur santé ; son fluide doit donc avoir une analogie d'autant plus grande avec le leur. La nature a placé en outre dans son cœur les plus doux sentiments d'amour et d'affection, qui sont les principaux véhicules du magnétisme. Et même, le magnétisme étant une action sympathique nous croyons que, par une suite naturelle de cette sympathie, cette action serait d'autant plus bienfaisante, si elle était exercée sur a femme par l'homme et sur l'homme par la femme.



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