CHAPITRE IX
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GNOSE --- CHRISTIANISME PRIMITIF
Cette série
d'aperçus, qui ne constituent pas une suite chronologique, mais un ensemble de
preuves établissant la certitude, quant au fond, d'un même fait diversement
envisagé et commenté à différentes époques et de divers
points de vue, se terminera par un court examen de la Gnôse et du Christianisme
primitif, qui sont respectivement fondés sur les principes de connaissance et
de renaissance.
Les anciens enseignaient ce juste principe que la Connaissance véritable ne
peut être acquise par l'individu qu'ensuite d'un certain développement de
celui-ci; qu'une renaissance individuelle, comportant le renouvellement
cellulaire complet et pur, est indispensable à l'éclosion de l'être, a sa
pénétration dans les plans de développement supérieur; qu'il n'atteint à
l'usage de sa pensée consciente et souveraine que dans la mesure où sang et
chair sont sains et purs.
En langue grecque
comme en langue française, les termes relatifs aux notions de naissance et de connaissance ont une même origine
étymologique : guignôskeïn,connaître, et guennomaï,naître, sont aussi étroitement
apparentés que les mots français correspondants. Cette constatation seule
pourrait suffire déjà à faire admettre et comprendre l'identité absolue de ces deux
principes : celui de la connaissance innée et celui du ressouvenir de cette
connaissance, par renaissance des innombrables cellules dans lesquelles
est gravée, enclose, cette connaissance. La masse cérébrale doit être rendue
vibrante, lumineuse, en suite des processus d'éthérialisation que le système
glandulaire assure par ses opérations sécrétoires sur les sucs alimentaires,
produits de la digestion. Il est compréhensible que le problème, là, quitte le
domaine de l'hypothèse ou de la théorie abstraite, et qu'il comprend, dès le
départ, la régénération corporelle, cellulaire, nerveuse et cérébrale. L'alimentation
ne saurait donc, on le voit, être considérée comme partie secondaire, même
et surtout quand il s'agit de développement des facultés cérébrales et de la
pensée; et qui veut être « initié » aux lois supérieures qui régissent
l'univers et la manifestation humaine doit, avant tout, songer à établir des conditions
saines dans son organisme, faute de quoi celui-ci restera un véhicule grossier,
absolument inapte à réaliser des vues d'avancement. C'est par le moyen, et au
travers du corps, que se manifeste la pensée, la volonté de l'individu. Il ne
s'agit point de rêver et d'imaginer, mais bien d'exécuter, de produire des fruits de savoir;
l'instrument d'investigation et de travail est sur le plan terrestre, et ne
peut être que le corps; si ce corps est malsain et souffrant, il sera
invariablement un mauvais travailleur, il trahira les vœux et ordres de la
pensée, il ne permettra pas à celle-ci de le diriger.
Les cellules cérébrales quasiment
léthargiques, mal vitalisées qu'elles sont chez la majorité des individus, et
empoisonnées, de plus, par les toxines qui circulent par voie sanguine, ne
«vibrent» pas, ne sont pas actives, et par conséquent, sont également incapables,
et de ramener au jour ce qu'elles détiennent de clichés, et de reprendre de
justes informations et points d'appui pour ranimer, faire renaître la flamme,
briller la lumière intérieure qui ferait rayonner le «ressouvenir».
Il est clair, pour qui réfléchit, que tout se tient
étroitement, en tout ce qui constitue l'organisation humaine physique, mentale
et spirituelle, et qu'il ne peut être fait bon marché de la qualité de
l'organisme quand il s'agit de rendement cérébral ou d'essor de la pensée. Tant
que les individus n'arrivent point à concevoir la simplicité et la profonde
vérité de cette liaison harmonieuse qui doit se faire en l'homme, sous le
contrôle et la maîtrise, par celui-ci, de toutes ses activités et pensées, de
tous les moyens par lesquels il entretient en lui la vie corporelle et mentale
--- tant que chaque homme ne réalise pas qu'il est à lui-même sa loi, et que
c'est sa volonté qui détermine pour lui de la rapidité ou de la lenteur de son
évolution, selon qu'il vit ou non d'après les immuables règles de pureté et
d'équilibre, il continue d'errer en aveugle douloureux et angoissé dans le
dédale cruel
des expériences.
Un « Gnostique » est
un individu qui s'est initié lui-même à la Connaissance, qui a, par ses
efforts, atteint à un état de contrôle qui lui confère la maîtrise de soi-même
et des conditions de son existence. De même que par le terme « Christ » on
désignait à l'origine l'individu « oint », c'est-à-dire régénéré: ayant
donc atteint, par renaissance corporelle et spirituelle, à l'état de
conscience, de maîtrise que tout être humain doit atteindre par évolution selon
les plans de la loi de l'éternel devenir.
L'enseignement
relatif à une « renaissance » de l'individu par l'emploi scientifique de la
respiration, par l'exécution consciente de la respiration profonde et rythmée,
fut, à maintes reprises, propagé sous des formes plus ou moins voilées par les
diverses communautés issues de ces deux mouvements : les communautés
chrétiennes et gnostiques de Syrie, de Palestine, d'Asie Mineure, d'Italie
méridionale, d'Egypte, eurent recours, pour la figuration de leur savoir, aux
signes et symboles qu'ils trouvèrent en usage dans ces mêmes pays. C'est
pourquoi les formes et les images choisies rappellent, selon les cas, nettement
leurs origines iranienne, hindoue, babylonienne, égyptienne, grecque,
phénicienne, etc.
Le serpent qui figure
sur de nombreuses gemmes gnostiques, de même que le bâton d'Hermès ou
d'Esculape (Caducée) se rapporte à l'enseignement des lois vitales, à leur
contrôle; de même aussi, d'un autre point de vue, la « croix ansée », le T qui
symbolise le point suprême de développement, d'harmonie parfaite, et qui est la
forme primitive de la croix.
T, Tad, Thot, Tao, etc., sont synonymes. Ce même
symbole se retrouve également chez les Mayas du Mexique et chez les peuples
scandinaves.
La série des voyelles i-e-o-ou-a (Jehova); i-e-a-o;
i-a-o-a; i-a-h-vo-e; i-a-o-a-i, représente la clé de la doctrine du Logos, du
Verbe.
Les Gnostiques avaient coutume de pratiquer certains
exercices destinés à accélérer le développement individuel, qui consistaient en
chant rythmé des voyelles diversement groupées : e-o-a-e, o-e-o, etc.; maintes
variations, dont le sens est généralement incompris, étaient tour à tour
employées.
Bien entendu, en ce
temps, tout comme il en serait encore aujourd'hui, ces exercices, non compris
comme tels, suscitaient l'étonnement, la raillerie, la méfiance parfois, de
l'entourage non éclairé. Ne s'expliquant pas la raison et le but de
ces pratiques, éducatives et développatrices, on émit --- et émet encore ---
maintes hypothèses et insinuations, qui n'ont absolument rien à voir avec le
sens véritable de l'exercice.
Il en fut, et en est encore ainsi : l'état
d'ignorance qui empêche la compréhension simple et logique, complique et
dénature tout ce qui n'est pas habituel, routinier, consacré par la majorité
ignorante. La seule minorité ayant toujours été en avant, et cette seule
phalange ayant poussé la culture et obtenu la connaissance, doit toujours
s'attendre à n'être pas comprise d'emblée... cela est dans l'ordre, si l'on
peut ainsi dire.
D'après Denis
d'Halicarnasse, les prêtres égyptiens chantaient les sept voyelles comme un
hymne en l'honneur de Thérapis, et chantaient, de plus, en « nasillant ». Nous
devons voir là, la confirmation de ce fait, connu et enseigné par la Science
mazdéenne, que le bourdonnement, ou chant psalmodié en maintenant la
résonance dans la partie frontale au-dessus de la racine du nez, dans la région
sus-orbitaire, est à considérer comme un puissant moyen de développement
mental, par l'effet qu'il produit, de réveil de certains centres cérébraux
atteints par la spéciale vibration ainsi amorcée, vibration qui se propage, et
qui agit également profondément sur les principaux groupes glandulaires.
La suite des temps a fait de cette pratique une machinale
répétition incomprise de l'exécutant, quant à ses but, valeur et moyens
d'application. Il est assez probable que trop peu de bien est retiré de la
monotone suite de mots énoncés sans que concoure la compréhension ni la
concentration véritable --- qui ne peuvent s'appuyer que sur la connaissance
des but et effets qu'il est juste d'attendre.
Pour que le
chant puisse devenir un véritable moyen d'éveil des facultés et pouvoirs de
l'être, il est indispensable que la pensée de celui-ci concoure, soit entièrement
participante, que son contrôle intelligent s'exerce également sur ses organes,
son cerveau et sa pensée. C'est seulement lorsqu'il est éclairé sur les nature
et buts de ses agissements, que l'homme peut conduire ceux-ci à bien et en
tirer profit réel pour lui-même, pour son épanouissement.
Ces pratiques, en
devenant machinales, ont perdu, sinon toute valeur --- les expirations qu'elles suscitent
étant toujours salutaires --- du moins, la meilleure partie, la plus
importante, celle qui a pouvoir de réveiller en l'être un taux de vibration
subtile, qui est seul capable d'amener la délicate texture de la matière
cérébrale-nerveuse et glandulaire au point voulu de réceptivité et d'activité
qui leur est respectivement propre.
Le cerveau ne « pense » pas, mais c'est de lui et par
lui que se fait « entendre » la pensée, et c'est lui qui a devoir et
possibilités d'enregistrer, de classer, d'ordonner et de conclure, en vue de
l'utilisation conforme de toutes perceptions et acquis --- qu'il reçoive
ceux-ci de la Pensée ou du monde objectif.
La pensée, l'esprit,
d'une part, le monde objectif d'autre part, envoient vers ce point, ce centre
sensible, les vibrations correspondantes à leurs respectives natures; c'est là
que sont transmises toutes impressions : qu'elles soient de nature supérieure,
spirituelle, qu'elles viennent donc de plans encore non perceptibles à l'homme,
du domaine des causes, de son propre fond, qu'elles soient émanation de la
pensée individuelle, --- ou bien qu'elles soient simples déductions
d'impressions, sensations, reçues du monde ambiant, de relation, de contact
direct avec les éléments, donc purement matérielles objectives : toutes
sensations, impressions, bonnes ou mauvaises, passent invariablement par le
cerveau, pour que l'être humain en puisse réaliser la nature, l'essence,
apprendre quel parti il en doit tirer pour son développement.
Le but de l'incarnation de la Pensée dans le corps
organisé de l'homme, n'a pas d'autre raison, qui soit accessible à la raison
humaine, que celle de faire --- par l'intermédiaire de l'homme matériel, devenu
conscient, devenu supérieur donc à la matière qui le compose, et qu'alors il
maîtrise et dirige en vue d'un constant perfectionnement de lui-même en tous ses domaines et
parties reconnus, et de tout ce à quoi il contribue --- de faire donc évoluer vers le
mieux qu'il lui est possible de concevoir, tout ce qu'il perçoit, réalise,
accomplit.
Tous les penseurs ont conçu la vérité de ce plan
idéal; mais les conclusions généralement offertes sont également... idéales, et
ne conduisent pas, par conséquent, à l'accomplissement fécond.
Si la Pensée est d'essence immatérielle, et doit être
spirituellement conçue par l'être, sa réalisation, son œuvre dans le plan
visible de la matière ne se peut effectuer que par la matière : par travail
direct, que cerveau et corps doivent assurer, chacun selon ses facultés,
pouvoirs et aptitudes spéciales.
Le moyen qui
doit permettre de trouver et de passer le « pont » qui existe entre pensée et
matière, dans la majeure partie des philosophies les plus hautement édifiantes
fait généralement défaut. Les plus belles conceptions restent alors, sinon
lettre morte pour tous, du moins, trop souvent, pour la majorité des individus
encore non éclairés, de belles fables berceuses, engourdissantes, vers
lesquelles montent, comme un regret leurs aspirations et espoirs, qu'ils
croient vains.
Tout est possible à l'être humain lorsque celui-ci
est conscient de sa haute nature, de sa filiation divine, et qu'il est en
possession du moyen de culture qui permet de faire entrer en activité conforme aux buts
de perfectionnement indéfini, pour l'atteinte duquel l'homme existe, peine et
espère --- les forces qui résident en lui à cet effet, latentes et ignorées de
lui-même.
Il est facile de retrouver, au cours des âges, des
manifestations d'Hommes qui
furent, aux yeux émerveillés et incompréhensifs de ceux qui les entouraient,
des exceptions de savoir, de capacité, de sagesse, d'amour.
Au lieu de considérer
ces éclosions merveilleuses comme des phénomènes auxquels, par paresse, on ne
cherche pas, le plus souvent, une explication, il serait plus simple d'en
retrouver la cause.
Rien n'est mystère, et le jour où les hommes auront
compris que tout ce qu'ils considèrent comme redoutable inconnu --- qu'ils
cherchent parfois à pénétrer par des moyens faux, tant qu'ils ne sont pas de
développement graduel et conséquent de leur propre nature, --- qu'ils auront
compris que tout ce qui est encore envisagé comme « occulte », caché, est plans
déjà clairs et accessibles à beaucoup d'individus qui ont justement développé
et cultivé leurs sens en se basant sur les seules lois de pureté et
d'équilibre, ce jour sera pour eux, sinon encore celui de la réalisation, de
l'obtention des qualités et puissance vraies qui leur sont à tous destinées,
promises, qui sont leur bien de naissance, du moins celui de leur mise en
marche dans la bonne voie.
Nous n'avons point à
faire, dans l'enseignement clair des principes si directement applicables, que
sont ceux de la Science Mazdéenne, de promesses, d'exhortations ou
d'objurgations. L'exposé des moyens, de ces moyens qui, clé unique,
ouvrent seuls la bonne route, et qui manquent trop généralement dans les
exposés des penseurs et des philosophes qui restent dans... la philosophie; l'abstraction, cet exposé se suffit
en soi, et trouve en ceux qui sont prêts à agir, l'attention utile à son
acceptation pour une directe et immédiate mise en œuvre féconde. Chacun reçoit
là, juste salaire.
Les Chrétiens
primitifs et les Gnostiques pratiquaient et enseignaient la science véritable
de la Pneumatologie.
Cette science était
fondée sur l'emploi scientifique de la Respiration, sur la connaissance absolue
du pouvoir de salut, de régénération intégrale que représente le souffle, lorsque
devenu acte conscient;elle se basait essentiellement sur la
nécessité inéluctable de la mise en pratique individuelle de cette connaissance
qui, sous peine d'être stérile, morte, ne doit jamais rester
intellectuelle,
théorique. Connaissance
primordiale, vivante, uniquement destinée à être mise en application,
voilà ce qu'est la science de la pneumatologie.
Devenaient des pneumatikoï,c'est-à-dire
des guides spirituels --- non des professionnels attitrés --- ceux des
individus seulement qui parvenaient, en suite de culture spéciale et parfaite
d'eux-mêmes par l'emploi systématique et conscient de la Respiration, à un haut
degré de développement physique, mental et spirituel, et partant, à un état de
pureté et de conscience supérieur.
Jésus le Nazaréen
(qui fut instruit dans les principes de pureté des Esséniens) fit, ainsi que
nous l'avons relaté dans un autre chapitre, des démonstrations non
équivoques de cette science pratique de la Respiration, comprise comme levier
naturel, aide parfaite pour le développement individuel. Il faut entendre selon
leur vrai sens ses paroles, et n'en point faire nébuleuses abstractions et
stériles fables.
La clé qui permet de
pénétrer le sens de ces indications précises, devenues aujourd'hui lettre
morte, est découverte seulement par qui prend son développement à cœur, et qui
le poursuit activement par les justes moyens.
Qui respire, épure son sang, se nourrit correctement,
devient apte à comprendre, selon son sens véritable, l'Enseignement de vie, et
les moyens d'application proposés.
Qui est perdu dans le
trouble, la maladie, la complexité et l'agitation, ne voit pas clair, n'entend
pas la voix de la vérité. Son orientation est faussée; ses conceptions, encore
établies sur l'erreur, l'anormal, l'égoïsme, ne lui permettent pas d'envisager ce qui
est simple, droit, facile. Enchaîné par ses manquements et leurs résultats, dans une
voie pénible et obscure où tout est complications, l'homme ne peut pas concevoir
lumière et droiture; il croit à la fatalité, il croit à la dure obligation de
la souffrance, de la lutte sans fin ni merci. Cependant, rien de tout cela
n'est compris dans les plans de l'évolution, qui est résultat de perfectionnement
de la création.
Ce qui seul est juste et prévu pour l'homme, c'est de
parvenir à un état de développement qui lui permette de vivre créativement
dans la lumière et la joie; et tout ce qui s'oppose à cette naturelle
réalisation, est douloureux et anormal, est résultat des fautes de l'homme dans
l'accomplissement des devoirs de sa vie.
Apprendre à
l'individu quels sont les simples moyens qui peuvent lui donner intelligence,
forces et facultés, qui peuvent le conduire à sa voie dans un effort, non pénible,
inconscient et cruel, mais
conscient et joyeux, voilà ce que voulurent, en tout temps, les vrais
conducteurs, les amis du peuple.
L'enseignement de Jésus fut, à ce point de vue,
essentiellement complet et sage, et par conséquent, il est naturel d'y chercher
le côté pratique qu'il comportait de toute évidence, et qui seul, pouvait
servir de base aux principes de développement mental et spirituel qu'il
préconisait.
Ce côté pratique qui
faisait la force, qui était la racine sur laquelle pouvait seulement s'appuyer,
croître, s'épanouir l'ensemble des sages enseignements donnés, méconnu, oublié,
il ne reste plus maintenant qu'un cadre d'où est absent le principal attrait,
l'intérêt véritable : la Connaissance et les moyens qui peuvent aider
l'homme à se trouver, à se comprendre, diriger et manifester.
Il faut reprendre à
la source; il faut remonter à l'origine, et non plus accepter, répéter,
refléter, mais essayer de comprendre la loi d'évolution selon la clé que
représente la Respiration exercée avec attention et persévérance.
Jésus, comme tous les grands éducateurs dont il
continuait la pure lignée, enseigna l'art de la Respiration, et donna toutes
formes et précisions utiles pour que ses élèves et disciples pussent exercer,
appliquer cet art à leur propre développement.
On relève entre un
grand nombre d'analogies, d'indications, cette recommandation adressée par lui
à ses disciples,
recommandation qui fut certainement appuyée d'une explication et d'une démonstration
«Priez ainsi, priez sans arrêt.» Il est clair, ainsi
qu'il est
dit dans Pneumatologie pratique, que ce grand Sage n'entendit point ainsi enjoindre à
son entourage de poursuivre la fastidieuse répétition, tout au long du jour,
d'interminables et monotones litanies ou formules machinales, et de négliger
pendant ce temps les devoirs et travaux de ce jour --- mais bien qu'il voulut
leur faire comprendre que la récitation,la prière, pour être de valeur en tant
qu'exercice de développement, doit être exécutée en état de concentration et sur
un souffle aussi longuement expiré qu'il est possible, sans reprendre
haleine,avant d'avoir expulsé tout l'air disponible contenu dans
les poumons.
Il expliqua, il
démontra, il respira, récita devant eux, et dit : « Vous aussi, aspirez en
vous, de même manière, ce souffle de vie qui guérit et qui sauve, ce pouvoir
vivifiant, réconfortant et développateur, qui existe aussi en vous-même »
[Jean, XX,
22].
Il y a pour nous,
dans ce mot aussi, un enseignement profond; toute une connaissance est
sous-entendue là, qu’il faut retrouver, « reconquérir »; non point en de
mystiques recherches et attentes, mais en s'appliquant à comprendre et à
mettre en pratique les enseignements de la Science mazdéenne, qui rappellent
clairement tout ce qu'il est utile de savoir sur les relations profondes
existant entre les domaines psychologique et physiologique, --- et que nous
comprenons, à mesure qu'appliquant au corps les moyens de redressement, de
purification, de perfectionnement enseignés, le cerveau se réveille, l'activité
mentale se rééquilibre, et que la pensée, par suite, enfin affleure et aide à
parcourir le cycle d'involution, par ressouvenir qui rend à tous la
connaissance innée sur tout ce qui concerne les lois de vie.
La concentration est le seul chemin vrai d'involution;
elle ouvre la voie qui conduit aux trésors du ressouvenir, de la lumière, de la
vie intérieure, éternelle, dont les clichés, les acquis sont gravés au
tréfonds de l'être qui a pour mission et travail de les retrouver et employer
en vue de son avancement et de celui de la race.
« Ce pouvoir sauveur,
cette lumière existe aussi en vous-même. » Ceci fut dit pour nous tous.
Tout est en l'être de ce qu'il espère, cherche, à
quoi il
aspire.
Jésus parla ainsi du « Consolateur » existant en
l'être. Il est possible de prendre ces paroles selon deux sens, l'un idéal,
supposant la seule filiation divine, spirituelle de l'homme... et également
sous le sens plus directement compréhensible d'une force analogue,
animant à la fois création et créature.
Les deux
interprétations sont d'ailleurs également justes, étant identiques quant au
fond; nous chercherons surtout ici à présenter scientifiquement et
plausiblement cette identité d'une force animatrice à laquelle l'homme doit
l'existence, et à laquelle, par son seul souffle, incessamment, il peut se
relier, réunir, et dans laquelle il peut prendre l'apport nécessaire à
l'entretien, au renouvellement de cette même force, individuellement existante
en lui.
La force vitale universelle devient force vitale individuelle
lorsque la cellule fécondée reçoit le souffle de vie qui, pour l'être humain,
est puisé dans l'atmosphère par la respiration.
A partir du moment où la vie humaine se constitue,
où une cellule fécondée devient base de l'édification d'un être,
1’Intelligence infinie est incarnée, elle habite la matière, elle est
innée au cœur de l'homme alors en formation, et elle y demeurera jusqu'au dernier
souffle de cet homme.
L'homme est donc l'image du
Tout universel, et contient en lui la représentation de tout ce qui constitue,
tout ce que non seulement il peut concevoir, mais encore, de tout ce qui existe
et qui est encore ignoré de lui --- et qui ne se dévoilera à son entendement
qu'à mesure des progrès de développement qu'il fera, et qui rendront claires
ses perceptions et déductions, et conforme au plan évolutif ses agissements.
Cette force vitale initiale, unique, est donc, cela est aisément admissible,
innée en l'être, qui ainsi, a en soi une part de la force vitale
universelle, de 1’Intelligence, de la Pensée infinie, à laquelle, pendant sa vie
physique, il se relie par l'exécution de l'acte physique de la respiration.
Cette fonction
respiratoire est généralement considérée comme relevant plutôt de la vie
végétative, et comme devant s'effectuer automatiquement.
C'est là une erreur,
et il n'en est ainsi sans dommage que pour le règne animal ou pour les
individus n'ayant aucune prétention à un quelconque développement
volontairement obtenu et accéléré. Quiconque, au contraire, a le désir légitime de vivre dans la
lumière de la compréhension, dans la satisfaction d'une vie consciente et
féconde, d'atteindre à la vérité, doit commencer par se servir volontairement,
rationnellement, de ce moyen naturel, irremplaçable, si simple et à portée de
tous : de son souffle.
Pour que la vie universelle, supérieure, qui comprend
force et savoir, devienne, redevienne une avec la vie individuelle, pour que
l'échange entre le macrocosme et le microcosme s'accomplisse librement, le
souffle, consciemment exercé, doit être --- et peut d'ailleurs seul être --- le
messager qui fait la liaison entre l'univers et l'individu, qui fait s'unir en
l'être, la Vie une, véhiculée sur les ondes éthériques, à la part de vie
incarnée au cœur de cet être.
Cette conjonction,
cette fusion du Tout qu'est la Pensée créatrice de toute vie, et de la partie
de ce Tout qu'est l'individu, est la communion suprême qui rend à l'homme
conscience parfaite de ses nature et rôle dans la création. La conception de cette vérité par l'homme, fait de
celui-ci un Individu conscient.
Le Principe créateur est
donc partout : hors et dans la créature; l'important est de connaître, de comprendre
la nature unique du moyen qui permet d'établir justement la liaison, de renouer
consciemment la relation avec la source génératrice de toute force et pouvoir.
Physiologiquement, le rôle de la respiration est
connu, et il est démontré que ses apports sont en mesure de fournir force et
appuis à tout le fonctionnement organique.
Lors de l'arrivée de l'air inspiré dans les poumons,
une séparation s'effectue, qui constitue déjà une première forme de «
spécialisation » par capillarité, au niveau des plèvres : une part comprenant
des éléments contenus dans l'atmosphère, et amenés là par le souffle,
est déversée dans le courant sanguin; une deuxième part, qui est plus subtile,
qui est de nature fluidique, d'essence éthérique, est destinée au courant
nerveux qu'elle recharge et régénère; ces deux courants deviennent magnétisme
et électrisme organiques, humains.
Dans la respiration machinale, ces processus, non
reconnus et suivis par la pensée individuelle, s'effectuent également, cela
est certain, mais sans précision, et sans qu'en ressortent les profits inappréciables
qu'est en droit d'en attendre l'individu conscient du pouvoir immense qu'il
détient et emploie par l'exécution attentive de ce seul acte de la respiration
exercée en connaissance de cause, et qui veut et conduit attentivement
ces processus.
Sachant où et comment il peut puiser, pour renouveler
en lui l'afflux vital, la force nerveuse, et partant l'activité cérébrale,
l'individu n'a garde de traiter cette fonction respiratoire avec indifférence.
Il ne se contente
plus de l'automatisme, du jeu réflexe qui suffit à la moyenne, pour la
poursuite imparfaite et machinale de seuls buts matériels ayant trait seulement à la vie purement
physiologique et objective, et consistant à fournir à l'homme, de façon routinière, de quoi assurer la
continuation quasi mécanique d'une vie sans base ni but vraiment compris, par les moyens
empiriquement conçus, concernant la sustentation et la génération.
Qui sait que : dans
les courants éthériques avec lesquels il échange, entre en communion par le moyen de
la respiration; existent, préexistent toutes les formes créées, visibles
de la vie dont il est une et la plus parfaite des manifestations, ne cherche
plus ailleurs source, moyen et but de la vie. Il sait qu'il est vivante
réplique de la Force universelle, de la Pensée créatrice, et qu'il ne saurait nulle part ailleurs
trouver ainsi que là, dans le réservoir subtil de l'éther, correspondance,
appui, renouvellement et force suprême.
Le souffle, donc, est manifestation de vie, et il est
existant dans l'organisation, la constitution humaine, de même que dans
l'univers, où il représente Vie, Intelligence, Principe créateur, éternel et
tout-puissant; c’est par son inspiration consciente que l'homme retrouve en lui le souvenir de sa filiation
supérieure, ses qualités et pouvoirs véritables, qui sont de nature, d'origine, d'essence
extra-terrestre, qui sont « le bien» qu'il est appelé à
reconquérir pour le faire épanouir, fructifier, ici, maintenant.
Nous retrouvons dans
une épître aux Corinthiens [11-111, 6]: « La seule lecture d'un texte reste
lettre morte, est stérile, sans effet; c'est l'esprit (le souffle) seul qui
anime et vivifie, qui communique en plus du sens littéral, l'esprit du texte. »
Toute transgression des lois naturelles peut être
rachetée, redressée, mais le fait de négliger le souffle, et aussi celui
d'abuser des pouvoirs que celui-ci confère, constitue une faute capitale. C'est
ce que voulut faire concevoir ce passage de Math., XII, 31 : « Seul le péché contre le
Saint-Esprit est faute irréparable. » En effet, la source de toute force,
sagesse et amour étant dans le Souffle impérissable, c'est pécher contre la vie
même, et c'est se condamner à jamais, que de ne pas exercer avec attention et
recueillement la fonction qui apporte la bénéfique puissance qui permet de
vivre dans la lumière et dans un constant courant de renouvellement et de
perfectionnement joyeux.
Esprit : pouvoir suprême, infini, Vérité --- voilà ce
qui est origine et recréation éternelle de la vie incarnée en l'être humain;
voilà ce qui est contenu dans le souffle ou pneuma; et, qui aspire avec intelligence
ce souffle, s'abreuve de force, de sagesse, évolue vers des plans de savoir et
de perfection qu'il atteindra peu à peu, à mesure de l'affinement, de la «
spiritualisation » de la matière de son véhicule terrestre.
Seul le souffle, la respiration, consciemment
exercée, peut spiritualiser la matière et permettre au domaine mental de
s'épanouir, de devenir réceptif à la Pensée, de donner expression à cette
pensée, à l'esprit, dont elle est l'incarnation dans la matière.
« Un temps viendra où l'homme saura s'adresser
justement au Pouvoir sauveur, et où il saura exercer et convertir les forces et
pouvoirs ainsi reconquis. »
« Il viendra un temps
où tous les hommes sauront prier en esprit et en vérité, où ceux qui auront
appris à prier s'adresseront au Pouvoir suprême, non au dehors, mais en
eux-mêmes. »
C'est dans le souffle
que réside la force, le pouvoir divin (pneuma ho theos),la
sagesse, et qui veut prier en esprit et en vérité doit employer le Verbe, le
souffle, qui réveille en lui les vibrations vitales, l'intelligence, le pouvoir
incarné en son cœur.
Prier, chanter,
exprimer ses aspirations sur le souffle; puis, l'orientation bonne prise, faire
suivre de
l'action
justement
poursuivie, du travail, des œuvres !
C'est aux œuvres que
vous les reconnaîtrez. Convertir en travail tout ce qui lui vient de force et
de lumière est pour l'homme à la fois, le chemin et les moyens pour avancer, et
recevoir toujours plus, à mesure qu'il donne davantage.
Tous les rites et
formes allégoriques du Christianisme ont un sens réel, direct, et, pas moins que celui du souffle,le sens se rapportant au travail direct que l'individu doit
accomplir sur son propre organisme, ne fut dénaturé et «représenté »
jusqu'à devenir absolument indéchiffrable, inemployable.
Si nous entendons par «reconstruction du temple
», le travail effectif d'épuration, d'assainissement et de quasi-résurrection
que peut obtenir l'individu consciencieux et persévérant qui rétablit en lui
l'équilibre fonctionnel et mental, et qui devient ainsi pur et fort --- qui
redevient lui-même --- alors seulement nous sommes dans la vérité.
L'hygiène et
l'alimentation furent toujours de première importance, et ces points restent les
piliers de soutènement de l’œuvre de résurrection, de renaissance individuelle.
Les allégories sont
des voiles qui furent, peut-être, de nécessité, qui sont encore
correspondants, même, à un certain degré de confusion et d'obscurité persistant
encore chez nombre d'êtres, mais il ne s'ensuit pas que des formes qui furent
bonnes il y a quelque mille ans, doivent rester à jamais telles.
Ceux qui cherchent
la Vérité, la trouvent, et ceux qui préfèrent dormir n'entendent pas sa voix;
ainsi, là comme en beaucoup d'occasions, est-il permis de dire: «Tout est
bien »... mais, heureusement, il y a le mieux, et sa poursuite est incessante,
infinie, pour l'être dont l'intelligence s'éveille. Un pas amène l'autre, et
point n'est besoin de vouloir embrasser à l'avance longue route de l’œil. Non
plus qu'il ne faut mijoter béatement dans les formes et cadres qui suffirent,
qui furent beaux et utiles peut-être dans le passé, et en répéter indéfiniment
les gestes qui, du seul fait qu'ils demeurent semblables, pendant que le temps
avance, sont périmés et déplacés --- non plus, il n'est nécessaire de tout
briser et mettre à terre, ou de vouloir éclairer qui n'a pas encore d'yeux. Il
faut des classes pour tous âges, et si chacun fait loyalement son chemin, il
n'y aura pas embouteillage, chaos.
Plus l'intelligence humaine s'affirme, plus l'être
prend vraiment conscience de la réalité, plus, à la fois, il est ferme dans sa
résolution d'avancer, de faire œuvre claire et constructive, et moins il est
disposé à combattre, polémiquer et détruire ce qui, cependant, ne lui apparaît
plus que comme ombres falotes de temps... dépassés. Trop d'êtres ont dépensé
leurs forces à démasquer des erreurs, erreurs qui ne subsistent en somme que
par l'effet du reflet des mentalités de leurs approbateurs... qui se trouvent
ainsi être les créateurs de ces mensonges, dont ils ont faim encore.
Éclairer, voilà la seule œuvre conséquente; agir dans
la lumière et la simplicité, énoncer, non des théories savantes, mais des
principes vérifiables, applicables par chacun; ne pas relever des erreurs, mais
simplement exposer le vrai qui est la contre-partie lumineuse de l'erreur, qui
elle, est ombre.
C'est, ici, le seul point de vue qui soit envisagé,
et toutes conclusions, pour être dignes de la Science mazdéenne et du grand Instructeur
qui la répandit parmi nous, doivent être pratiques et applicables, avant tout.
Controverses et
discussions sont passe-temps bons seulement pour qui n'a pas encore trouvé son
travail, qui
cherche encore, par erreur, sa voie dans des détours.
Nous n'avons en
aucune façon tâché à forcer la confiance --- par des preuves, cependant
nombreuses et convaincantes --- de ceux qui cherchent la clarté dans le fatras
des offres et interprétations multiples qui sont faites depuis toujours, de la
Vérité. Immuable en soi, la Vérité apparaît sous des angles constamment
meilleurs à l'individu, à mesure seulement que celui-ci met son instrument
corporel en état meilleur de pureté et de réceptivité. Il est donc impossible
de promettre quoi que ce soit, à qui que ce soit; et seul, l'individu peut
décider, pour lui-même, de ce qu'il souhaite, et de ce qu'il est capable
d'atteindre.
La pensée est la Toute-puissance, l'organisme est son
véhicule, son écrin, son moyen d'action.
Le cerveau est le pont où se joignent esprit et
matière.
L'étude pratique du corps humain, et la connaissance
des moyens de culture de ce corps, sont les premiers pas qui conduisent à cette
« reconstruction du Temple » qui représentait pour les initiés l'épreuve qui
les rendait libres et sages à jamais. Nous désirons avant tout que ce petit
ouvrage ne soit pas assimilé à des centaines qui, également, relatent des
citations pour fournir de nouveaux
documents intellectuels, ou pour les commenter savamment selon des vues diverses. Nous
n'avons pas voulu autre chose qu'amener chaque individu à concevoir clairement
qu'il est pour lui-même champ d'expérience, « terrain à cultiver », et que de simples moyens
naturels sont, depuis toujours, à disposition de l'homme pour amener son
éclosion, son évolution.
Nous terminerons ces pages
par un petit exposé pratique et des aperçus généraux sur les lois de l'harmonie fonctionnelle
et mentale dans ses rapports avec la respiration, afin que même cette récapitulation
historique, pour grandement intéressante qu'elle soit, ne reste point sèche et pure
théorie intellectuelle, et qu'elle contribue à conduire tout lecteur consciencieux
vers la réalisation de soi, qui en définitive importe seule.
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