CHAPITRE VII
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ÉCOLES NÉO-PYTHAGORICIENNE,
JUDÉO-GRECQUE, NÉO-PLATONICIENNE
Après que l'école pythagoricienne proprement dite se fut dissoute au cours du IVe siècle avant J.-C., ses doctrines se
perpétuèrent dans les cultes consacrés aux mystères orphiques-pythagoriciens
qui jouèrent alors un rôle important; puis, quelques siècles avant et après J.-C.,
les Néo-pythagoriciens se réclamèrent de nouveau d'une doctrine distincte et
particulière.
La philosophie
judéo-grecque eut son centre à Alexandrie; son représentant le plus remarquable
fut Philon;ceux du Néo-platonicisme: Plotin, Porphyre et
Jamblique.
Ce sont ces trois principaux courants qui marquent leur influence dans le mélange des
conceptions qui caractérisent cette époque : asiatiques, grecques, hébraïques, et enfin
chrétiennes. Parmi ces divers courants d'idées, plus ou moins conformes ou divergents,
il est
cependant possible de distinguer un élément commun se manifestant sous formes
différentes, selon le caractère ethnique de chaque milieu. C'est cet élément commun
qui fit l'objet
de l'initiation orphique-dionysienne, initiation qui, bien entendu, comprenait divers
degrés relatifs aux points de compréhension atteints par les individus. Il
n'est pas vraiment conséquent de supposer «quelque influence orientale », qui serait
spécialement exercée à cette époque et aurait provoqué un renouveau de la
pensée grecque. En réalité, les traditions d’origine orientale et grecque n’ont
jamais été distinctes en principe. Même cette autre classification proposée par
certains orientalistes : 1°Philon d'Alexandrie, Christianisme, Cabbale; 2°
Gnosticisme; 3° Stoïciens et Néo-platoniciens --- même cette classification
qui, apparemment, semble logique, ne peut être regardée autrement que comme
superficielle, artificielle même, car elle considère davantage les formes que
les principes. Ces principes communs aux diverses doctrines mentionnées sont et
resteront éternellement les mêmes : la science de la Respiration ou
pueumatologie, et celle de la Régénération ou palingénésie.
C'est, dans cet ouvrage, tout spécialement sur la première de ces
sciences que nous nous arrêtons pour rendre le lecteur attentif surtout à son caractère
directement pratique et applicable.
Nous voulons, de tout notre meilleur vouloir, que ce côté vrai, vivant,
pratique, applicable, qui fut si malheureusement négligé par les théoriciens, théologiens
et presque tous savants, éclate aux yeux de l'individu, et qu'il voie là, non
plus seulement des dissertations, des relations scientifiques et historiques,
mais la possibilité effective, directe, d'ouvrir pour lui une nouvelle voie de
travail, de progrès éminemment pratique, salutaire, sur lui-même.
A compulser la plupart des œuvres des savants on reste profondément
convaincu qu'un point important, principal, a été complètement méconnu, et que
l'intellect a, là encore, bouché la voie de l'essor véritable à
l'intelligence, à la pensée. Une accumulation de détails clairs, précis, une
suite parfaitement logique de preuves irréfutables de la connaissance passée...
et, pas
de conclusion concernant l'individu vivant qui va lire ces lignes, et qui devrait
pourtant y reconnaître un appel, un enseignement! Rien de parallèlement
établi quant à l'enseignement génial, et à la conduite de la vie humaine,
journalière. C'est par là que pèche l'érudition, c'est par là qu'elle obscurcit
plus qu'elle n'éclaire; et nous souhaitons ardemment que notre désir de faire
passer le souffle de la vie dans ces pages merveilleuses des Anciens, que tant
rendirent sèches et stériles, devienne réalité.
C'est en se prenant
comme champ d'expérience, d'action, comme «bénéficiaire » que chacun doit
reprendre contact avec cette connaissance ancestrale... C'est en respirant,en
aspirant consciemment en soi le principe éternel de toute vie, et en l'utilisant pour
un meilleur développement de son être, pour un meilleur travail, que l'homme
d'aujourd'hui prendra, et insufflera à nouveau, la vie dans ces vérités, qui
restent froide lettre pour tous ceux qui n’en sentent et appliquent pas l'esprit.
La vie d'Appollonius de
Tyane, messie des Néo-platoniciens, nous est connue par son biographe Philostrate.
Il est
possible, ainsi que l'affirme Zeller, qu'elle ne soit là que fiction intentionnelle
et même avouée, elle n'en est cependant pas moins pleine de sens; et, même
considérée comme allégorie, elle garde une valeur certaine d'exemple et
d'application. Les indications qu'elle renferme sur Appollonius sont suffisamment
explicites pour permettre de reconnaître combien la conception de l'existence,
pour ce sage, se rapprochait de celle de Pythagore. Comme celui-ci, il préconisait la pratique
d'exercices gymnastiques, de récitation, et des ablutions au lever du soleil,
etc. Notons aussi en passant ce dialogue entre Yarchas et les prêtres de l’Inde
: « ... Et quel serait donc ce cinquième élément
qui ne serait ni eau, ni air, ni terre, ni feu ? --- C'est l'éther, répondit
Yarchas, qu'il faut considérer comme l'élément divin, car tout ce qui existe,
respire l'air, est mortel, mais qui respire l'éther devient immortel,
divin » [III, 328].
Cette distinction faite entre l'air atmosphérique et
un certain élément encore plus subtil y contenu en suspension, faisait
également partie de la tradition orphique.
Philostrate, également, rend attentif à
l'analogie qui existe entre la fable de 1’«outre d'Eole » (dieu du vent),
dont il est question dans Homère, et la légende hindoue relative aux deux
récipients renfermant l'Eau et le Vent, image symbolique qu'employèrent aussi
les sophistes. Ailleurs encore, Philostrate fait la description d'une statue
hiératique de l'Inde, dont les particularités rappellent celles des statues
caractéristiques égyptiennes, et dont la science mazdéenne nous a appris à
reconnaître et appliquer la signification.
Les Livres hermétiques renferment le complet
enseignement de la science respiratoire. L'air, ou pneuma, y est considéré
comme agent de liaison entre esprit et matière, pensée et corps. « La pensée
est dans la parole; la parole dans l'âme, l'âme dans le souffle, le souffle
dans le corps » [Poëm., 10, 13].
Les hymnes hermétiques et orphiques, offrent de
grandes similitudes de forme et de fond.
Le Livre de la Sagesse, pseudo-salomonique, présente
beaucoup de concordance avec les écrits des Stoïciens, des Aristotéliciens, des
Platoniciens.
La périphrase employée pour rendre la notion de
sagesse par « souffle de la force divine » [7, 22 et suiv.], prend une
signification très précise lorsqu'on y rattache la notion du souffle, principe
vital, ainsi qu'il en fut certainement dans la pensée de l'auteur.
L'Ecclésiaste (Cohelet)parle
de la vie de la créature, basée sur le souffle, en des termes qui montrent
clairement que cette conception était courante, « allait, simplement, de
soi» et qu'elle ne nécessitait aucune espèce de justification ou de
commentaire particulier [1, 2, suiv.; 11, 26, suiv.; 12,7].
Philon d'Alexandrie unit dans ses écrits les
modes caractéristiques grec et hébreux, employés pour exposer quelque tradition
initiatique. S'il ne créa pas quelque système nouveau, du moins eut-il le
mérite de donner aux doctrines de son époque une expression synthétique. Il
expose, par exemple, la doctrine du Logos, dont l'élément principal est
précisément le pneuma, le souffle vital, avec force développements et
détails intéressants [Cf. Livre de la Sagesse, 7-22].
La doctrine primitive du Logos distinguait entre logos
endiathetos (esprit), prophorikos (verbe) et spermatikos (acte),
entre esprit immanent, opérant, incarné : pensée, parole, action.
En somme, Philon reproduisit,
en se servant de la terminologie stoïcienne et pythagoricienne, les conceptions
particulières à la théologie hébraïque, relatives aux notions de Sagesse,
Verbe, Respir, Parole divine, Jehova (i-e-o-ou-a, le nom divin « proféré »).
Dans les écrits de Philon, le Souffle vital (pneuma),
le Verbe (logos)et la Raison (le Nous des
Platoniciens) représentent trois notions étroitement parentes. A l'instar des
Stoïciens, Philon considérait les traits de caractère et les particularités
affectives comme ayant relation directe avec les courants de l'éther et avec
les diverses modalités de respiration de l'individu.
Son ouvrage
principal [De opificio mundi] constitue une sorte de commentaire des
livres de la Genèse. La question du souffle y est traitée avec une attention
toute particulière. « On l'appelle le souffle « divin », parce que c'est le
souffle qui, par excellence, donne la vie, et parce que la Divinité est origine
de toute vie. »
La science « traditionnelle », qui a pour objet les
lois régissant l'évolution humaine, et tout particulièrement la science
respiratoire, faisait partie des enseignements que professaient de nombreux
ordres, sectes et communautés de l'époque, en Palestine et en Egypte. Ce fut le
cas entre autres pour les Esséniens et les Thérapeutes.
Ces deux ordres, ou communautés, se constituèrent à
la suite d'une fusion des conceptions grecque et hébraïque, mais quant à
l'origine zoroastrienne de leurs doctrines il ne peut subsister aucun doute.
Esséniens et Thérapeutes attribuaient une grande importance à la pratique du
chant au lever du soleil. Ils procédaient à de fréquentes ablutions, qu'ils
considéraient, non seulement et surtout, comme des rites symboliques, mais
encore comme d’indispensables et efficaces mesures de purification et
d'hygiène.
« Eau et Esprit (pneuma) » ont, chez eux, même signification
que chez le, ou les auteurs des livres de la Genèse, et des Evangiles. Leurs
institutions, rites et coutumes révèlent l'influence orphique et
pythagoricienne. Les exercices rythmiques accompagnés de chœurs qui étaient en
usage chez les Thérapeutes ont été décrits par Philon.
Les doctrines de Plotin mériteraient une étude
approfondie que nous
n'entreprendrons pas ici.
Elles ont été rapportées par Porphyre. Les
œuvres de Porphyre, de même que celles de Jamblique, sont intéressantes
surtout par les descriptions qu'elles donnent des coutumes et enseignements
particuliers des Pythagoriciens.
Par les rapports succincts qui précèdent, concernant
les diverses branches et ramifications de la philosophie des Grecs, il est aisé
de se rendre compte que le fond, la base des enseignements donnés, était la
science du souffle, qu'il y était traité très largement de la question de la
respiration, du souffle ou pneuma.
Bien que certaines divergences, et même certaines
contradictions dans des questions de détail puissent être relevées --- divergences
qui peuvent d'ailleurs être seulement apparentes et découler plutôt des divers
modes d'expression, de développement employés pour traiter d'un même sujet,
des points de vue scientifique, philosophique ou religieux --- il n'en apparaît
pas moins, de façon indéniable, que ce fut le même Principe, la même lumière
qui éclaira et guida tous les sages propagateurs de la science de la vie.
Nous le répétons,
c'est cela surtout, pour l'intérêt immédiat que présente cette conception pour
tous êtres, que nous tenons ici, avant tout, à rappeler, à mettre en évidence.
Le titre de cette étude permettrait de la considérer
comme complète dans sa brièveté voulue si nous la terminions par ce chapitre.
En effet, le mouvement que l'on baptisa dans la suite du nom de «
chrétien» joua, du moins pour un temps, le rôle d'un facteur de conciliation
entre les divergences de doctrine suscitées par les inévitables différences
ethno-géographiques --- et cela à tel point, qu'il faut reconnaître, dans ses
effets, bien moins l'influence particulière d'un quelconque peuple, que le
résultat d'une synthèse, d'une égalisation, d'une harmonisation des
différences qui se marquaient d'une façon toujours plus tranchée entre les
divers foyers de culture en présence.
Le Christianisme primitif
fut, en réalité, un effort de redressement des déformations subies par l'Enseignement
zoroastrien au cours des siècles; une tentative de rétablissement de cet
Enseignement primordial: qui était basé sur la résurrection de l'individu et
sur les possibilités indéfinies, illimitées, de développement de cet individu.
Nous ne ferons qu'effleurer au passage le Coran le
Talmud, la Cabbale, la Gnôse et enfin le Christianisme, si peu et mal connu
encore quant à ses véritables principes et fondements. Nous donnerons également
l'indication de quelques vestiges de cette éternelle science du souffle,
vestiges provenant d'une époque relativement récente: Moyen Age à nos
jours.
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