CHAPITRE IV
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CHALDÉE. ASSYRIE.
BABYLONIE.
Le point de vue concernant l'ordre précis dans lequel
se sont succédé les plus anciennes générations d'Orient, n'a pas à être pris
ici, parce que cet ordre ne présente pour nos recherches de « confirmation »,
aucun intérêt pratique. Il est peu important, par exemple, de savoir très
justement si la civilisation égyptienne fut fécondée par celle venue de Mésopotamie,
ou si ce fut le contraire. Il suffit dans le cas présentement envisagé par
nous, de constater cette concordance qui fait retrouver une tradition certaine
quant aux éléments fondamentaux, dès l'origine de la race blanche, et qui
permet de constater comment cette tradition se développa dans la suite, dans
toutes les branches et ramifications de cette race.
L'art renommé des anciens
mages (Magoush, en zend, ou prêtre-médecin initié) était, on n'en peut
douter, primitivement basé sur la pratique scientifique de la respiration. On
en fit ensuite un usage faux, en employant des formules et incantations
magiques qui devinrent pratiques condamnables de sorcellerie, dans lesquelles
les phénomènes de suggestion, d'auto-suggestion, d'hypnose, jouaient le
principal rôle.
Toutes ces pratiques superstitieuses étaient nettement
disqualifiées, condamnées, par la doctrine avestique. Elles étaient, par les
sages avestains, catégoriquement rejetées
et stigmatisées comme étant absolument indignes de tout
individu de sang pur, de race blanche.
Seules, les races déchues,
corrompues ou mêlées, donc impures, dont le degré de compréhension, de
conscience, de dignité est faible, inférieur sur beaucoup de points, peuvent
avoir encore quelque excuse à tomber dans ces aberrations, qui les dégradent et
retardent à leur insu.
Malheureusement, de nos jours
encore, des éléments non purs pervertissent beaucoup de cerveaux de la race
blanche, et ces atavismes dégradants paralysent le développement, l'évolution
ascendante de beaucoup d'individus, souvent très doués au point de vue
intellectuel, mais qu'une fâcheuse orientation de leur pensée mal dégagée
encore de certains souvenirs et liens insidieux, fait régresser, reprendre des
expériences d'états antérieurs.
Seul le développement moral
gagné par l'être au sang, au cœur purifié, met à l'abri de ces pernicieuses
tentations qui sont toutes déterminantes de pratiques mystérieuses, non basées
sur lumière, pureté, loyauté et courage.
Il n'est pas
toujours possible de se prononcer sur le degré de compréhension dont firent
preuve les individus qui appartinrent à ces civilisations anciennes; on peut
cependant constater que les récitations pneumatiques constituaient en
tout et partout le facteur principal des rites et cérémonies alors en usage. Le
culte, là également, consistait avant tout dans la récitation prolongée
d'invocations rythmées, au cours desquelles il fallait observer certaines
prescriptions dont les textes cunéiformes ont été conservés, et qui corroborent
l'idée de la compréhension absolue qu'avaient les instructeurs, du principe de
culture individuelle en tant que moyen de développement corporel et mental.
Les litanies en
usage de nos jours sont des vestiges incomplets des primitives pratiques de
récitation, rendues fécondes alors par l'emploi rationnel et rythmé qui y
était fait du Souffle consciemment exercé. La pratique de la récitation,
devenue machinale, peut cependant, et doit redevenir efficiente, reprendre sa
valeur pratique, son pouvoir effectif, réel, grâce à l'observation et à
l'application consciente, attentive, de ce facteur primordial qu'est le
contrôle du souffle.
La récitation pratiquée avec intelligence et connaissance
des buts auxquels elle peut et doit concourir, est un moyen puissant ---
aujourd'hui, comme elle le fut en tout temps --- de libération de toutes
chaînes, de la maladie, de la superstition, de l'ignorance, et amène le
développement individuel intégral.
Les réunions collectives, les
récitations en commun étaient autrefois plus désirées et suivies que de nos
jours où l'esprit d'individualisation, de « reprise » de soi, de recueillement,
plus que jamais se marque chez les plus avancés. Chez l'individu devenu
conscient de son souffle, et désireux de cultiver ses propres possibilités et
facultés, le besoin reconnu de concentration de ses meilleures forces pour un
essor vrai, lui fait préférer, pour se recueillir, réciter, rester dans la paix
de l'atmosphère de son foyer. Il ne saurait plus se plier aux rites et
récitations machinales, faites en groupements qui ne correspondent plus à ses
besoins et aspirations.
Qui se cultive, se reprend, éprouve la nécessité absolue
de ne rien perdre de son temps, de son attention, et fait d'individuels et
constants efforts en vue de se constituer une personnalité forte, intègre,
utile, de reconstituer son centre, sa vie intérieure, afin de se faire foyer
pur, conscient et d'émaner ensuite justement, de travailler de manière féconde
à l'émancipation de tous --- par l'exemple de son avancement déjà, et par ses œuvres
directes.
Le besoin d'encouragement, d'entraînement collectif
n'a qu'une nécessité toute relative déterminée par l'état encore passif et non
éclairé des masses. L'insuffisance de développement individuel, de confiance en
soi, entraîne crainte et sujétion, et justifie encore, dans une certaine mesure,
le désir d'appui manifesté par des êtres mal assurés, parce que non
individualisés, et non encore vraiment à l’œuvre. Tous individus, un jour, en
viendront, ensuite d'expériences et de recherches, à comprendre qu'en dernier
ressort chacun est appelé à retrouver en soi, et à faire briller pour
tous, ce qui de meilleur est en lui-même: qui est force, savoir, confiance,
qui est d'abord force individuelle, puis contribution à la grande et lumineuse
force universelle. Seulement, quand l'individu a pris conscience en soi de ce
centre duquel il dépend, et qui est pôle, réplique du centre universel de
perfection, quand sa pensée s'éveille, qu'il a saines conceptions sur la vie,
il comprend que ce n'est qu'en se dégageant peu à peu des formes et agissements
collectifs --- en tout ce qu'ils ont de machinal --- et en puisant ses force et
courage en son propre fond, qu'il parviendra à se réaliser. S'appuyer sur le
chaos ambiant, sur l'incertitude et la versatilité générale, amalgamer, niveler
sa personnalité, soumettre sa conscience à la volonté incohérente, brumeuse
encore, d'une collectivité dont les unités sont --- mais inconsciemment --- en
route, par leurs efforts, vers l'individualisation qui est indispensable et
naturel but final de toutes existences humaines, cela retarde chacun et tous.
L'homme qui reprend conscience de soi, réalise que
seuls ses propres efforts et développement le conduiront à la lumière, à la
joie, à l'honneur d'être utile, de servir. ---
La « statue de Goudéa »à Telloh, présente
beaucoup d'analogie dans l'attitude avec celles des modèles égyptiens, et
démontre que la même connaissance fut ainsi illustrée. Une statuette de ce même
personnage, le représente debout, dans une attitude qui est assurément celle
d'un exercice de « concentration sur le souffle ». Une image chaldéenne
représente un personnage féminin assis, bras croisés, qui rentre également
dans cette même catégorie des statues hiératiques «pneumatiques ».
Toutes eurent certainement pour objet des démonstrations d'attitudes, de
postures et mouvements caractérisant les divers exercices de développement
individuel.
Il ne semble pas utile de faire une étude détaillée
de ces divers exercices de développement qui furent en usage chez les Mages de
la Médie, de la Chaldée et de la Perse.
Outre que cela nous
entraînerait à des exposés trop considérables pour qu'il nous soit possible de
les faire entrer ici, cela ne s'impose en aucune manière, puisque nous avons,
dans la Science mazdéenne, la synthèse de ces exercices et moyens de développement
individuel, dans l'ouvrage « l'Art de la Respiration »,et que
les doctrines des Mages n'étaient autre chose qu'une amplification de cette
science enseignée chez les Iraniens qui les précédèrent. Les connaissances si
parfaites et fécondes des Iraniens, furent, dans la suite, coulées en des
moules rigides : politiques, sacerdotaux, ce qui finit naturellement par leur
enlever toute valeur et raison d'être.
De moyens individuels d'épanouissement et de
libération qu'ils étaient, ils devinrent moyens de répression, d'oppression,
qui entravèrent l'élan d'aspiration vers le progrès qui tendait à se marquer.
Ainsi en va-t-il, chaque fois
que l'individu ne veille pas à devenir digue, intelligent, et ne se charge pas personnellement de
sauvegarder ses droits et intérêts légitimes, en remplissant ses rôle et
devoirs avec l'appui de la connaissance. Il appartient à chacun de garder les
yeux ouverts, en toutes questions et domaines concernant ses possibilités de
développement, d'activité, de réalisation bonne.
Dans ces mêmes régions, on
retrouve maintes légendes symboliques, qui, de même que la statuaire, semblent
avoir également pour thème la science de la respiration. Tel, par exemple, le
mythe de Guilgamesh (Isdrubal)qui appartient aux
traditions de ces époques.
Mentionnons encore que les vestiges des civilisations de la Phénicie, de
Lycie, de Chypre, parmi tant d'autres, offrent beaucoup de ces mêmes analogies.
On pourrait admettre, il est vrai, que ces dernières fussent de nature formelle
seulement, étant donné le rôle de commerçants navigateurs qu'exercèrent les
Phéniciens pendant de longs siècles; rôle qui les fit contribuer dans une large
mesure à la transmission de formes d'art, d'architecture ou de culte, sans
qu'il soit fortement probable qu'il y ait eu toujours transmission d'idées ou
de principes.
L'échange fait dans ces conditions n'implique pas
nécessairement communion d'idées ou de principes entre les civilisations
ainsi mises en communication. Cependant, certaines similitudes entre les conceptions
philosophiques et religieuses de pays parfois fort éloignés les uns des autres,
demeurent un fait intéressant qu'il est possible de constater.
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