CHAPITRE III
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ÉGYPTE
Il est facile encore de voir, d'examiner dans les divers musées nationaux,
maintes statues aux attitudes hiératiques qui ont été conservées en tant que
vestiges, souvent considérés comme mystérieux quant à la signification des
postures, provenant de l'antique civilisation égyptienne. Elles demeurent un
clair et éloquent témoignage du profond savoir que possédaient ces générations
disparues depuis des milliers d'années; et tout particulièrement, elles illustrent,
pour les yeux avertis, la qualité de la connaissance parfaite qui régnait alors
sur la science et l'emploi rationnel du Souffle, appliqué à la culture
humaine.
Ces « idoles » --- ou
déclarées telles --- dans leurs attitudes classiques : droite, à genoux,
assise, représentent évidemment des personnages, des instructeurs occupés
à l'exécution, pour la démonstration, de certains exercices de culture humaine
: de respiration et de concentration.
Cette signification
véritable fut méconnue, et l'on crut à de mystérieuses et incompréhensibles
pratiques.
Tel personnage est représenté assis, buste absolument droit, jambes à
l'équerre, pied gauche légèrement en avant, coudes au corps, mains à plat sur
les cuisses, le visage est détendu dans une expression d'aise, de
recueillement, le regard bien droit, est dirigé à l'avant; tel autre est
debout, dans une attitude noble, tout le corps est maintenu en parfaite
rectitude, la colonne vertébrale est droite, la tête continue exactement le
prolongement de l'épine dorsale, en observant un léger mouvement de retrait du
menton; parfois les talons sont joints; parfois aussi, la jambe gauche est
légèrement avancée; certaines statues ont les bras croisés au devant de la
poitrine; pour d'autres, les bras sont naturellement tombants au long du corps,
poings tenus fermés, pouces rabattus sur les index.
D'autres représentations de la posture agenouillée, prosternée, mains
jointes, jambes croisées, etc., donnent l'entière série des postures et
attitudes qui sont celles encore enseignées de nos jours dans la Science
mazdéenne.
Ces exercices représentent, aujourd'hui comme alors, des moyens de
culture individuelle rationnelle, consistant en pratique respiratoire et
gymnastique scientifiques. Il ne s'agit point là de simple gymnastique de
force, mais bien d'une forme de culture synthétique de l'ensemble de
l'organisation humaine. Il s'agit d'obtenir, au moyen de l'application combinée
de la respiration, de la voix et du mouvement, assouplissement et vibration. La
triple formation humaine : matérielle, mentale, spirituelle, trouve là aliment
parfait; circulations sanguine, nerveuse, fluidique, par la respiration
contrôlée et rythmée diversement selon les exercices, sont activées, purifiées,
régularisées et amplifiées; tous les organes et cellules, le cerveau, en sont
revivifiés. La purification, la souplesse du corps, la lucidité mentale
permettent libre pénétration de la pensée, de l'intelligence dans la matière,
qui devient alors exécutrice contrôlée des vœux de la Pensée individuelle.
La maîtrise ne s'obtient que
par le moyen de ces « exercices » de culture, qui n'ont d'autre but que
l'incessant développement de l'être pour une évolution rapide et consciente de
celui-ci vers des plans supérieurs de réalisation.
Il est bon de remarquer un trait qui est
commun à la majorité de ces statues « démonstratives ». C'est l'expression de
sérénité et de calme détente, dont sont empreintes les physionomies, expression
qui est l'indice de la parfaite maîtrise individuelle.
Une partie de ces statues date de l'époque de floraison principale de
la civilisation égyptienne; mais il en est dont l'origine remonte à des temps
beaucoup plus reculés (3.300-2.800 av. Jés.-Ch.); elles indiquent clairement
qu'à cette époque déjà, existait une science traditionnelle très «évoluée ». La
statue célèbre de Képhren, date du temps de l'Ancien Empire (2.800-2.500 av. Jés.-Ch.);
le Pharaon est représenté assis, la main droite fermée, la gauche reposant sur
le genou.
Certaine statue agenouillée montre une position
intéressante des doigts, qui indique nettement, à qui a connaissance du
principe qui détermine et gouverne les diverses postures des exercices
respiratoires, que rien de ces attitudes ne représentait hasard ou fantaisie.
Les statues d'Amenhotep III (moyen empire); les colosses de la
falaise de Thèbes;le groupe de Thot-Mosis IX et sa mère;
celui d'Ammon et de Maout (Le Caire); la statue d'Isis,etc., sont autant de claires démonstrations de la Science respiratoire,
mise en action, il est impossible d'en douter.
Quelques statues tiennent,
dans le poing fermé, une sorte de clé en forme de T munie d'un anneau à sa
partie supérieure, qui est la « croix ansée » symbole de la renaissance. Ce
même symbole est figuré sur de nombreux bas-reliefs égyptiens, assyriens, phéniciens; il faisait
partie de la signature officielle des Pharaons, du nom d'Osiris, etc.
Comme nous le verrons plus loin, ce même symbole fut
encore employé chez les Gnostiques, et jusqu'au Moyen Age dans certains ordres
et communautés. Il est encore parfois en usage de nos jours, sous forme de
talisman dont le sens véritable s'est complètement perdu. Qui connaît encore la
relation qui existe indubitablement entre : souffle, vie, renaissance, résurrection
? --- Trop peu d'individus, à coup sûr, et de là vient tout le mal !
L'heure est venue où cette
Connaissance primordiale, infinie, base et soutien de toutes autres, doit être
diffusée, redevenir libre, doit être à nouveau la force de tous individus, dont
elle aidera la conscience à revivre, l'intelligence à se développer et
manifester. Elle est innée en tous êtres, cette Connaissance suprême, mais elle
sommeille dans les cœurs, depuis bien des générations. De là uniquement, nous
le répétons, vient l'obscurité, la souffrance, la lenteur de l'évolution, ---
pour les plus courageux même.
A côté de ces documents de nature architecturale,
dont la valeur est certaine au point de vue de la démonstration de l'antiquité
de ce moyen unique de culture qu'est la respiration, des textes, d'un intérêt
extrême ont été conservés, qui sont documentation précieuse.
Le Shaï-en-sinsin, ou « Livre des Respirations »
constitue un chapitre d'un volumineux recueil: « le Livre des Morts »,
qui serait d'ailleurs plus justement appelé celui de la Résurrection.
Il fut sans doute rédigé,
dans la forme où nous le connaissons, par des prêtres de la période récente,
mais le sens spécial, l'esprit profond qui y réside, prouve qu'il remonte à des
traditions antérieures. La coutume était alors, chez les égyptiens, de joindre
un exemplaire de ce texte à la momie, au moment de la mise au tombeau. On plaçait le
cahier sous le bras gauche, près du cœur. Il est malheureusement certain que
peu de traductions modernes fassent clairement et justement ressortir le sens
exact et original de ces documents, mais elles mettent cependant suffisamment
en évidence la grande importance que les Égyptiens attachaient à la culture
individuelle par la Respiration, pour atteindre à l'état supérieur de
connaissance, de conscience. Cela suffit pour que ce texte garde, encore de nos
jours, une valeur documentaire certaine. Nous en donnons un extrait intéressant
dans notre ouvrage Avesta. Le sens de ce texte, pour qui a la clé, est
nettement orienté vers l'idée de vie éternellement recommençante.
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