CHAPITRE II
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INDE
Dans cette partie de notre étude, nous commencerons par l'examen des Védas,
qui furent la source primitive à laquelle puisèrent successivement toutes
les écoles philosophiques de l'Inde, ainsi que les innombrables embranchements
qui en sortirent. Nous citerons ensuite un certain nombre de passages choisis
dans les Oupanishads, dans les textes du Védanta, du Sankya, dans
les documents traditionnels de la Yoga, dans le Code de Manou et
la Bagavad-Ghita. Après cette revue, sinon complète, du moins
suffisamment claire et probante de la qualité des enseignements et buts poursuivis
alors, nous passerons à l'examen des textes relatifs au Bouddhisme.
Les quatre principaux livres des Védas proprement dits
comprennent de nombreux chants,
hymnes, prières et invocations, dont sens et but sont incontestablement
d'éducation profonde de l'être humain.
Les Brahmanas, Soutras, Pouranas, Oupanishads, etc., sont des
commentaires et développements diversements présentés de la philosophie
védique.
L'enseignement qui,
au fond de toutes ces «présentations », constitue le fil d'or qui relie
étroitement entre eux tous ces textes apparemment fort disparates, est
indéniablement celui du Souffle, destiné à devenir conscient, individualisé.
Il en est de même en ce qui concerne les quatre parties des Vedas :
hymnes cosmogoniques du Rigvéda, code d'harmonie du Samavéda, qui
sont recueils de textes dits salutaires, et également des formules de toutes
sortes du Yadjourvéda, et de l'Atharvavéda. Beaucoup de ces
formules sont, par la suite, devenues fades et sans signification profonde;
elles ont même prêté, ainsi qu'il fallait s'y attendre, à des interprétations
erronées, superstitieuses, parce que leur sens original étant oublié et
dénaturé, l'intellect compliqué de ceux qui les pratiquèrent eut beau jeu pour
y greffer mille idées fausses.
Voici quelques passages choisis parmi les hymnes religieux dans lesquels
on retrouve le thème du Respir sous sa forme mythologique:
«En ces jours-là, vie et immortalité n'étaient pas encore
distinctes, et les jours n'étaient pas encore séparés des nuits. L'Unique
respirait sans recevoir le souffle d'ailleurs par lui-même; rien n'existait hors de Lui. » [Le « Chant
de la Création »,un des plus solennels du Rigvéda].
«Où naquit-Il, d'où vint-Il, le Respir divin, le rejeton des
mondes ? L'esprit souffle où bon lui semble; son bruissement se fait partout
entendre, mais nul n’a vu sa face ».
Le Rigvéda, de même que la Genèse, mentionne que
«l'Esprit se meut sur les Eaux », ou plus exactement, il faudrait dire :
meut, agite les Eaux, comprises ici comme matière, ce qui reviendrait à dire
que le Souffle (Rouah-élohim)agit sur la matière; que l'esprit
fait vivre et évoluer la substance des corps.
«Au
commencement, étaient les Eaux, ondulant sous le souffle de Pragapati »[Taït. Sanh., 71-5-1].
Dans les langues
antiques, les termes Souffle et Esprit étaient synonymes, il en
était de même pour eau et matière;cela éclaire prodigieusement
le sens des enseignements du temps, qui, pour autant que les mots ne prennent
point aux yeux du lecteur actuel leur valeur et signification primitives,
restent obscurs, et sans aucune véritable portée.
Dans les chants du Samavéda,
la célébration emphatique d'une boisson divine, le Sôma, a
également donné lieu a bien des interprétations sans fondement. Cette boisson,
faite du suc d'une plante choisie, fraîchement pressée, symbolisait la longue
vie, la jeunesse éternelle, l'immortalité. Il serait trop long de traiter, dans
le cadre volontairement restreint de cette étude, qui doit, en grande partie,
être surtout documentaire, de cette question en son entier. Toutefois, il est
absolument clair pour tous qui ont pénétré la nature véritable des symboles
employés alors, qu'il s'agissait là d'illustrer le principe de la régénération
organique : ou Renaissance, que l'individu a droit et devoir d'accomplir durant
son existence terrestre.
Ce sujet est si étroitement lié à celui de la Respiration consciente
--- il est même juste de dire qu'ils sont, non seulement parallèles, mais
inséparables --- que nous estimons utile d'ajouter quelques succinctes
remarques qui feront, à tous, «toucher » et comprendre, nous l'espérons,
cette intime liaison, cette relation profonde.
Sôma, était nommé chez les Iraniens Haoma;c'était le nom d'une plante de la famille des asclépiades (remarquer la
parenté avec le nom du Dieu-médecin des Grecs : Asclépios, Esculape) dont le
suc était consommé par l'officiant, au cours de certaines cérémonies
solennelles, de rites purificatoires. Il s'agissait là, bien évidemment, d'un
suc végétal dont les propriétés spéciales, stimulantes de certaines cellules
glandulaires et cérébrales, rendaient activité et essor à des facultés qu'on peut
dire «divinatoires,» qui, en réalité, étaient
«illuminatrices» en ce sens que, rendant vitalité et plénitude aux
sens par le réveil glandulaire et cérébral provoqué, une plus grande limpidité
de la pensée, une plus grande vigueur corporelle mettait l'individu en état
d'épanouissement, de clairvoyante intelligence.
Le parallèle est facile à
établir ici entre le symbole et la réalité. Ce qui est à retenir, c'est que le
suc prôné était assurément, bien qu'ayant certainement un effet physiologique
surtout accessoire, et qu'il était là pour illustrer le principe de la
régénération individuelle, s'obtenant par la circulation, en l'être, du fluide
vital. Or, le plus puissant, le seul véritable stimulant naturel qui soit
susceptible d'amorcer, de renouveler, de régénérer en l'être la circulation
vitale parfaite, est le souffle :ne le laisse ignorer aucun des
profonds enseignements relatifs à la véritable culture humaine.
Nous voyons donc, que là encore, la Science du Souffle domine la
question, et qu'il peut seul la résoudre.
En célébrant Sôma en des hymnes éloquents, faisant ainsi
ressortir et apprécier les vertus médicinales précieuses des espèces végétales,
il y avait certainement en la pensée avertie et sage des éducateurs, une
intention de plus : celle de faire respirer, expirer largement par récitation,
chant, les pratiquants, et par là, de ranimer, de féconder en eux, par ce
moyen, vitalité, activité glandulaire et cérébrale, intelligence et intuition.
Les processus de
renouvellement cellulaire, de régénération organique sont basés sur l'échange
vibratoire, électro-magnétique. Le Verbe (chant, parole, récitation), ---
souffle sonore --- est à la base de la culture humaine, est donc à considérer
comme la seule véritable «Jouvence ».
Ce culte du Sôma eut
pour origine, chez les peuples plus ou moins mêlés de 1'Inde, ainsi que chez
les Iraniens de race pure, une même doctrine qui fut commune à ces deux
branches de la race, à savoir la doctrine de la régénération, de la renaissance
ou résurrection individuelle. Dans la suite, cette doctrine, dont le véritable
sens, la profondeur furent oubliés, incompris, fut ravalée au niveau d'un dogme
inopérant et stérile. Il est clair cependant qu'à l'origine, elle rappelait
indubitablement la nature et les moyens d'accomplissement de la tâche de
parfait épanouissement de ses possibilités, qui incombe sur terre à tout être
humain.
Renaissance cellulaire, corporelle, cérébrale-mentale, éveil
spirituel! Voilà le but de l'existence humaine, et cette régénération ne
saurait être obtenue que par augmentation, amplification des activités
pulmonaire et glandulaire.
L'Eugénique est corollaire de
la culture respiratoire dans ce travail de rénovation intégrale. Il est généralement
compris en tant que soins glandulaires, d'eugénique, ceux seulement se
rapportant spécialement aux fonctions procréatrices. On ignore que les organes
générateurs ont également un but, qui est de régénération individuelle, et
que la véritable liqueur de Jouvence, est la précieuse substance génératrice
qui est essentiellement destinée à la perpétuation de la vie, soit en l'être
lui-même, soit en formant un nouvel être; qu'il s'agisse donc de transmettre la
vie, ou de la rénovation, du renouvellement, pour l'individu, de son propre
organisme, en vue d'atteindre à un plan de développement, d'épanouissement
individuel.
Excès, déperditions de la
force génératrice, sous-entend tarissement de la source vitale, amoindrissement
progressif des plus belles facultés et aptitudes humaines. La procréation doit
être consciente, accomplie dans des conditions de force, de santé, de maîtrise
et de pureté qui sont seules garanties de bonheur, de réalisation bonne de la
nouvelle existence.
Il est donc absolument
inhumain de donner la vie, tant pour l'homme que pour la femme, dans tous les
cas où l'état physiologique ou mental ne permet point de pourvoir le nouvel
être de la force utile à son développement, à la tâche qu'il vient pour
accomplir.
Les procréateurs doivent donc
assurer préalablement en eux-mêmes la régularisation, la purification des
processus glandulaires et de renouvellement cellulaire, tant pour obtenir
l'équilibre fonctionnel, que la lucidité mentale et la qualité morale, que pour
être capables et dignes de les transmettre.
Longtemps la connaissance sur
ces points fut mystère impénétrable; rien ne fut plus défavorable à
l'épanouissement des capacités et de la valeur humaine, et ne favorisa
davantage l'éclosion de maux irréparables découlant de l'ignorance, de
l'hypocrisie consécutive qu'entraîne le mystère organisé sur ces points
capitaux concernant la vie et sa transmission pure.
Les parents ignorants,
malades, faibles, incomplètement au clair sur les immenses devoirs et
responsabilités qui leur incombent, perpétuent, en les renouvelant, les douloureuses
conditions qui ont fait, leurs vies pénibles, infécondes, quand ce n'est pis.
Incessamment se déroulent en
l'être de subtils processus qui recréent la vie cellulaire. Il est temps que
tout individu, non seulement conçoive cela, mais encore, apprenne à comprendre,
pour y participer volontairement, activement, comment les lois
naturelles agissent sur lui, en lui, et peuvent être suivies, contrôlées,
maîtrisées par sa volonté éclairée sur les buts qu'il doit envisager, et sur la
façon logique de les poursuivre.
Les processus
naturels de création, d'évolution, de conversion et de sublimation organiques,
ne sont pas laissés au seul pouvoir de la nature. L'homme a toutes facultés
pour comprendre et gouverner tout ce qui se rapporte à son existence, il a à sa
disposition, en lui, et autour de lui, toutes possibilités et moyens
susceptibles de l'aider à prendre contact et part effective à sa vie, dans tous
les domaines que celle-ci comporte.
Il est possible à tout être
vivant, de prendre directement, volontairement en main l’œuvre de sa propre
régénération organique, d'intensifier le rythme vital qui l'anime. Les moyens
qui permettent d'atteindre à ce résultat sont simples et à portée de chacun, de
tous, sans qu'il soit besoin, ainsi que la suggestion de certains intéressés
tend à en entretenir faussement la fiction --- d'aucune aide ou intervention
d'autrui.
Rien qui ne soit naturel,
vrai, parfaitement licite, au point de vue de l'entente et du respect des lois
naturelles et physiologiques n'est jamais à envisager pour quiconque tend à se
libérer du mal, sous toutes les formes que prend celui-ci pour amoindrir et
torturer corps et pensée humaine, mais il est également illusoire de s'en
rapporter à autrui pour trouver ce qui pèche, et pour y remédier, dans ce qui
est essentiellement propre à l'être : son organisme, que lui seul est chargé de
faire respirer, de sustenter, de mouvoir, de soigner
justement, selon ses vrais besoins et buts.
Cette façon qu'ont les hommes
de s'appuyer constamment les uns sur les autres, et de s'occuper toujours, de
préférence aux leurs, des affaires du voisin, est un grand mal qui est cause de
tous les désordres. Il est bien entendu qu'à cela on répond que tout être étant
solidaire de son prochain, rien de ce qui concerne celui-ci ne doit le laisser
indifférent, ne peut lui rester étranger. Certes, le départ du raisonnement est
bon, mais ce raisonnement « tourne mal » dans la plupart des cas.
Il faut, pour qu'il puisse
porter attention saine et appui profitable à son prochain, que l'individu soit
en règle, pour lui-même, avec tout ce qui constitue ses propres devoirs, il
faut qu'il soit lui-même sain, fort, conscient, éclairé et courageux, s'il veut
porter aide; il faut que sa vie, sa santé, son travail soient organisés de telle
sorte qu'ils puissent être exemples à suivre, et non aggravation des dommage et
désordre ambiants ! L'un poussant l'autre, les ignorants vont toujours plus
avant dans le chemin de la routine inintelligente, de l'erreur. Il est
essentiel pour chacun, avant que de songer à remédier dans la vie du voisin, ou
dans l'humanité, à tout ce qui lui apparaît mal basé, irrationnel, de mettre
d'abord ordre en soi et dans ses affaires, sinon, il ne peut jamais faire que
«brouillonner », se retarder, et n'avancer personne.
La meilleure des mesures que
l'homme de bien, animé de désirs altruistes puisse mettre à exécution pour
parvenir à réaliser ses vœux de fraternité, c'est de chercher à se connaître
soi-même, et de travailler sur son organisme en vue de rendre celui-ci apte
à servir ses desseins et le vouloir de sa meilleure pensée.
Revitaliser l'organisme est pour chacun la première des œuvres à
accomplir dans la voie de la solidarité vraie. Cela se conçoit aisément;
puisque foyers, sociétés et peuples se forment avec des individus, des unités,
il est indispensable que ce soit la qualité individuelle qui soit
primitivement atteinte, pour que les unions, les groupements puissent être
justement constitués par des réunions d'êtres sains, loyaux et courageux.
Le problème,
incessamment, est remis sur la sellette, de l'amélioration du sort de
l'individu, seulement on en traite invariablement à rebours; cet individu est
toujours considéré, non en lui-même, mais en tant que partie insignifiante
d'une collectivité à laquelle on le sacrifie, et à laquelle, par conséquent, il
ne peut apporter tribut appréciable, étant incapable... L'erreur se répète, on
mélange, on nivelle, on voit la masse, et on veut ignorer systématiquement
l'individu --- qui donne d'ailleurs lui-même à plein dans l'illusion, et qui se
fait volontairement numéro de série, qui abdique son originalité, sa pensée, se
fait amorphe et se fond dans le conglomérat constitué qui lui en impose,
cependant qu'il oublie absolument de vivre... et gémit du fardeau, des douleurs
que détermine sa sotte soumission à la routine, à l'esprit moutonnier.
La place est prête alors, au foyer et partout, pour la séquelle des
intermédiaires, et il en existe un nombre inimaginable ! Rien ne se décide plus
dans la conscience et, qu'il s'agisse de n'importe quoi, «quelqu'un » se
trouve à point, est là, pour la remplacer !
La mère, dans la famille qui
dépend d'elle cependant, et pour la santé, et pour la formation du caractère et
de toutes qualités, facultés et rendement des siens, --- la mère s'efface
devant les éducateurs qui ne devraient être que des collaborateurs secondaires
de son œuvre; devant la science médicale aussi, elle s'incline craintive et
ignorante; elle reste dépendante de tout et de tous, malgré son intuition qui
lui souffle que tant de soins médicamenteux, coûteux, astreignants, de brimades
et de peines, sont artifices, échéances, punition...
La série continue, des abdications pour l'homme, dès qu'il entre dans la
vie et ainsi les écarts de jeunesse commencent, tous dangereux, à la
possibilité desquels pères et mères n'ont pas su, par avance, soustraire leurs
enfants en les dotant des force et moralité utiles à leur apprentissage de la
vie, à leur sauvegarde morale.
Évidemment, tout le
monde sait cela, est las même de le constater et de l'entendre ressasser ---
ici encore... Cela semble manquer presque de bon goût, et surtout, oh, surtout
d'originalité ! «De grâce, dit-on, à quoi bon assombrir la pensée de ces lieux
communs; n'est-ce point assez de savoir que ces ombres se dissimulent,
péniblement, dans l'apparence d'unité des familles les meilleures, et sous les
plus brillants dehors des plus satisfaisantes réalisations de cette vie ? A
quoi bon se montrer maussade, puisque aussi bien, on n'y peut rien ! Il y a
quand même encore de bons moments, voyons ! Il ne faut pas enténébrer la vie
par des regrets, il ne faut pas décourager les hommes, au départ, en leur
montrant combien leur sera rude le chemin ! » --- Certes, quand il s'agit
seulement, ainsi que le font les aigris, ou même les chercheurs sincères, mais
déçus, de mettre l'erreur, le mal en évidence sans apporter la lumière, le
remède, qui peuvent éviter leur recommencement --- certes l’œuvre est, sinon
néfaste, du moins absolument vaine, et elle n'apporte aucune possibilité
d'aboutissement meilleur... Seulement, il en va autrement dans la pensée de qui
a reconnu que cette voie est une impasse, prise par erreur, et que l'humanité
entière peut et doit quitter sans retard; de qui sait qu'il est une voie
claire, sûre, libre, pour tous, qui peut sans autre condition que la mise en
œuvre de son courage individuel conduire chaque être à connaître tout ce qui
lui est nécessaire pour vivre dans la santé, la joie, la plénitude féconde.
Il n'est plus question, là,
de souligner ce qui est mauvais, mais bien seulement de marquer simplement comment
tous ceux qui sont pris dans les remous et fils de l'erreur, en peuvent à
jamais sortir, par individuel travail de redressement, de développement de
leurs conditions organiques, de leurs facultés et sens supérieurs.
La culture humaine
est basée sur la pratique respiratoire, sur la conversion consciente, en
l'être, du fluide vital puisé par le souffle dans l'atmosphère, grâce au contrôle des divers
processus de nutrition et de régénération qui s'accomplissent au sein de
l'organisme par les diverses activités glandulaires.
Dès l'instant où, à côté de
l'erreur, on donne la définition claire de ce qui la causa, et le moyen qui
permet de la redresser et d'échapper à ses conséquences, la question change;
il n'est plus vain d'en parler, et de sa mise au jour découle vérité, lumière
pour tous.
Il n'est, ici, jamais
envisagé d'autre but que celui d'amener pour tous compréhension véritable des
lois de la vie, et changement d'orientation, quand celle suivie ne semble pas
satisfaisante; il n'y a jamais jugement au sens dur et purement objectif du
mot, mais seulement appréciation selon la vérité, et offre des moyens, pour
tous, de s'approcher toujours plus de cette vérité salvatrice. Quel que soit le
sujet dominant traité dans un ouvrage mazdéen, l'esprit de convergence, de
synthèse finalement ramène tous faits et apparences sous l'angle unique d'une
vue justement basée, non sur la seule analyse des faits, de l'objectif, sur la
comparaison extérieure, mais bien sur la pensée une, individuelle-universelle.
Ainsi seulement, il est possible d'établir un point fixe de centralisation
parfaite qui englobe tout, à la fois dans les causes et les effets. Ainsi
seulement, il est possible d'indiquer à l'être, en lui faisant comprendre que
ce point fixe, central, universel-individuel doit être, par chacun, retrouvé en
soi-même : comment l'individu peut à la fois se retrouver, se centrer,
émaner et échanger, seulement alors, justement avec l'univers et toutes les
créatures.
Chaque individu est
partie du Tout universel, infini; par l'inspiration consciente du souffle seulement,
la partie : l'individualité maîtresse dans sa volonté d'action, toujours
dépendante de sa source, de son origine universelle pour l'orientation vraie,
l'orientation juste de cette volonté --- peut se relier à ce Tout parfait qui
dispense Pensée et Vie.
Organiquement, le souffle introduit
dans l'économie humaine le principe vital, qui agit alors sur l'organisation
corporelle, cérébrale, en enrichissant le sang des éléments qui existent dans
l'atmosphère, --- éléments qui peuvent et doivent être considérés comme principes
préexistants là, de toutes substances, et qui y sont directement puisés par
chacun au moyen de la respiration. Un courant important également, suscité
dans l'organisme par l'apport respiratoire, est celui des fluides glandulaires.
L'acte respiratoire amplifie,
régularise fonctions et sécrétions glandulaires, et c'est dans son exercice
méthodiquement contrôlé qu'il faut chercher revitalisation des opérations si
délicates et importantes des glandes. Les fluides glandulaires sont le produit
quintessenciel, peut-on dire, de toutes opérations organiques.
La collaboration des divers
et subtils processus de nutrition --- tant de celle «aérienne », dont la
respiration est l'agent qui apporte à l'organisme les éléments de
l'atmosphère que convertit le poumon, que de celle plus directement organique
qui s'accomplit dans les organes de la digestion sur les produits alimentaires
absorbés, que l'appareil digestif transforme, convertit --- cette collaboration
fournit aux glandes les éléments de vitalisation que celles-ci, à nouveau, par
leur fonctionnement spécial, leurs sécrétions, retournent à l'organisme,
affinés, épurés, convertis, «transsubstantiés », éthérialisés, et
capables de pourvoir, non plus seulement aux seuls besoins matériels de régénération
organique, mais encore: à l'entière rénovation des cellules
cérébrales.
La matière grise,
cérébrale-nerveuse, se « nourrit » des substances éthérialisées que les glandes
endocrines élaborent en amenant la suprême et subtile conversion de la
matière ingérée et assimilée par les organes digestifs, --- et véhiculée
ensuite par le sang, sous forme de suc nourricier (circulations lymphatique,
sanguine), --- en un fluide régénérateur qui porte en tout l'être, vibration,
chaleur et lumière.
Ces processus d'une subtilité
parfaite conditionnent l'étape où la matière change d'état, devient fluide et,
par là, est apte à atteindre au domaine cérébral-mental qui s'épanouit, «
s'éclaire » sous l'apport qui le fait vibrer, renaître.
C'est là la simple et sublime
marche de la transsubstantiation vraie, qui fait, en l'être, incessamment se
renouveler la vie.
Nous ne pouvons développer plus
largement ici ce magistral et merveilleux mouvement de recréation de la vie,
entretenu en l'être par la vibration respiratoire, qui est l'origine de la
renaissance individuelle que chacun peut et doit conditionner.
Chacun peut aisément
concevoir cela, sans qu'il lui soit nécessaire de posséder une érudition
remarquable. Les opérations dont il s'agit sont journalières, constantes,
résultent du jeu même de la vie, chacun en est le théâtre et doit en devenir
l'instrument conscient.
La routine de la vie a
masqué, dénaturé, peu à peu, la grandeur, le sens des opérations vitales, de la
nutrition, de la respiration, de la vibration, dont l'organisme provient,
dépend, et qu'il doit soutenir, entretenir, avec l'appui et le contrôle de la
pensée, de l'intelligence.
Devenue machinale,
la vie de l'homme a repris peu à peu l'automatisme qui caractérise la vie
végétative inconsciente du règne animal. Si l'animal peut se contenter de
l'instinct et des réflexes utiles aux conservation et reproduction de son
espèce, sans déroger aux lois de celle-ci, il n'en va point ainsi pour l'homme
qui, lui, cherche dans l'angoisse, meilleurs orientation et emploi de ses
facultés et pouvoirs, de sa vie, et qui doit souffrir, tant qu'il se
contente de vivre sans que sa pensée décide de son individuelle activité,
tant en ce qui concerne sa propre vie que l'ensemble de ses rapports avec
l'humanité. Il est indispensable que l'homme prenne conscience de lui-même,
qu'il réalise le pourquoi de sa présence sur terre, et la nature des moyens qui
peuvent le conduire à faire de son existence, non un pis aller, un passage vain
ou douloureux, mais bien une suite d’œuvres intelligentes, consciemment accomplies,
et amenant perceptions et conceptions toujours plus claires, réalisations
toujours meilleures, par développement constant et vision nette de ce qu'est
l'évolution.
Les Anciens, qui avaient
compris le principe de régénération, et qui savaient que les fluides
glandulaires étaient en l'être représentation et agents de ce principe, quand
ils célébraient avec emphase la valeur de la liqueur suprême dans les hymnes du
Samavéda, qu'ils louaient les inépuisables bienfaits du pouvoir
régénérateur, purificateur du Sôma, entendaient certainement
reconnaître la vertu de la plante, mais évoquaient également et surtout, la
divine liqueur élaborée dans l'organisme lui-même, qui donne « vie et
renaissance à toute créature ».
Un faucon aux ailes diaprées
était censé apporter aux hommes, du « haut des cieux », le souffle sauveur :
consciemment inspiré.
« C'est toi, ô Pouvoir
tout-puissant, qui permets de dompter la maladie. Toi le purificateur de toutes
créatures ! Tu bannis la souffrance, la douleur, le mal, tu chasses le péché,
la faute » [Sam., I, 4, 2, 5].
« Nos chants s'élèvent pour
t'apporter notre offrande, nos louanges, qui s'élèvent à toi, dans notre
souffle, notre Respir » [Sam., I, 112].
L'art de guérir était exercé
par les prêtres-médecins védiques. Il n'est pas douteux que leur science était
profonde, et qu'ils envisageaient en tous maux, bien plus le domaine spirituel
des causes, que les effets et symptômes enregistrés. Les maladies du corps
étaient considérées, justement, comme découlant de déséquilibre mental ou
psychique, résultats de fautes, d'ignorance. Bien qu'ils aient certainement
reconnu l'importance des manifestations physiques, il ressort clairement de
tous les documents qui subsistent sur ces questions que, pour le plus grand
nombre, les affections, maladies, troubles de toutes natures, étaient traitées
par l'emploi systématique du fondamental et tout-puissant remède reconnu comme
surpassant tous autres en valeur : la récitation sur le souffle, faite
de vive voix par le patient chercheur de santé, de salut --- de prières
choisies et répétées parfois des
centaines de fois.
Il s'agissait non de quelque
pratique inconsidérée, mais bien de l'application rationnelle du principe
purificateur de l'expiration prolongée et rythmée du souffle, en des
récitations dont les voyelles, mots et consonnes, scientifiquement groupés, ont
des retentissements profonds sur divers centres organiques et cérébraux. Il
s'agit donc là de l'application, à l'individu, de la science vibratoire,
maniée par lui-même, sur lui-même. Les anciens n'ignoraient aucun des modes
d'application pratique de cette science vibratoire, et aucun intermédiaire,
aucune drogue, aucun instrument, n'étaient reconnus nécessaires à l'être, pour
en obtenir les bienfaits : détente et attention étaient seules requises.
Une multitude d'abus a
déprécié dans la suite cette pratique; superstition et mystère l'ont fait
dévier et n'ont plus permis qu'elle servît au but initial.
L'« initié» seul, ---
l'officiant par la suite, --- prononça les invocations et les « incantations
magiques» qui, dans ces conditions, on le conçoit, n'apportèrent plus au
malade, au souffrant, le secours direct que l'individuelle application,
l'exercice de ce mode d'expiration libératrice devait lui conférer ! Une
atmosphère meilleure, sans doute, peut être constituée ainsi, et apporter un
certain réconfort moral. La pensée est toute-puissante, et une communion peut
s'établir, si le vœu de l'exécutant est pur, si, de celui qui récite, émane
vraiment le désir de bien, d'harmonisation; mais, jamais cependant, il ne
pourra ainsi ressortir, pour l'être doué du libre arbitre, et de tous les
moyens nécessaires à servir son développement, son salut, son évolution, --- et
qui ainsi reste dans un état de passivité, qui même consentante et réceptive
peut être considérée comme négative, --- jamais il ne ressortira de ce mode
d'application « indirect » du souffle et de la Pensée, parfaite lumière, libération
!
L'homme doit agir, se sauver.
Toutes possibilités et
facultés lui sont en partage à cet effet, et la nature lui procure toutes aides
et appuis utiles en temps voulu.
L'ignorance seule rend
l'homme ainsi timoré, passif et soumis. La Connaissance lui rendra force et
juste compréhension des buts et moyens de son existence, de son être.
S'il existe certainement toujours quelque chose du principe efficient,
dans cette pratique imparfaite qui est faite du souffle employé sous forme de
chant et de récitation machinale, il n'en est pas moins vrai que l'effet
salutaire n'étant pas justement obtenu par l'individu exerçant lui-même son
propre souffle, --- le bienfait n'est que passager : parce que de nature plus
suggestive que réelle.
Le véritable pouvoir de
guérison réside incontestablement dans le souffle. Cela pour chaque individu,
et ce pouvoir ne devient par conséquent opérant que lorsque l'individu, lui-même,
respire, récite sciemment, attentivement, en gardant présent à l'esprit :
et la nature du but qu'il poursuit et la valeur du moyen qu'il emploie.
Respirer, exhaler, c'est à la fois purifier le corps, enrichir le cerveau, et
ouvrir à la Pensée universelle l'accès du cœur, du centre individuel où réside
la pensée de l'être créé.
Chacun seul donc, peut individuellement mettre en œuvre dans son
propre organisme, et par ses seuls moyens et efforts, ce pouvoir guérisseur et
sauveur qui existe universellement dans l'atmosphère, et n'a pas à attendre
bienfait émanant de pratiques accomplies par autrui... même si autrui se croit,
ou prétend, capable et qualifié pour ce genre d'intercession.
Dans cet antique et si savant
art de guérir déjà, où la vertu curative des simples et l'usage de moyens
naturels étaient reconnus et employés, il était toujours entendu que l'action
du pouvoir individuel de guérison par le souffle dûment employé, devait
concurremment intervenir pour que l'effet salutaire de tous moyens adjuvants
fût complet. Le Verbe rendu vivant, opérant, par la parole exhalée par le
patient, était considéré justement comme surpassant tous appuis et moyens de
guérison, comme irremplaçable et suprême remède sauveur.
Le Yadjourvéda constitue
un recueil important de formules à réciter sur le souffle, dites salutaires;
des indications et remarques profondément sages sur les formes et manières
conséquentes d'utilisation de ces récitations, illustrent, expliquent le
principe de leur action.
Il ressort clairement de
l'étude compréhensive des textes, que seul l'exercice individuel du pouvoir
du souffle a qualité et pouvoir de réveiller en l'être la force naturelle
médicatrice, médiatrice, et pour rendre à celui-ci, facultés et plénitude,
ensuite de l'établissement d'une harmonie fonctionnelle complète.
Si l'on compulse les textes
de l'Atharvavéda, il apparaît que ceux-ci doivent être d'origine
postérieure, et qu'ils n'aient point gardé comme base, la pratique féconde de
la récitation sur le souffle. Aussi, les erreurs, les à peu près et les
superstitions s'y sont-ils glissés, ne leur laissant que peu de valeur
pratique.
La doctrine des Védas est
commentée et amplement développée dans les Oupanishads, on peut donc
classifier celles-ci d'après leurs rapports logiques avec les divers livres
des Védas; les Oupanishads, cependant, forment un ensemble complet, dont
toutes, et chaque partie, sont conçues selon une ligne unique, bien définie, en
vue d'orienter sciemment l'attention sur un point fondamental : sur le principe
d'individualité ou atma (en grec atomos, indivisible, atomique).
Là encore, très fréquemment,
on retrouve exposé le thème du souffle guérisseur, sauveur, la conception du Respir,
envisagé en tant que véhicule du principe de vie atomistique et
manifestation de l'individualité incarnée.
Un seul et même terme, Atma,
sert là à désigner l'Individualité, l'Etre, et le Souffle conscient.
Plus et mieux que toutes
dissertations, quelques citations mettront ce point important en relief.
Et Indra dit « Je suis le
souffle de vie; reconnais en moi la source de tout savoir, vie et immortalité.
Le souffle c'est la vie, vivre c'est respirer. Tant que le souffle
circule en ton corps, celui-ci est et reste «animé», la vie y
demeure. C'est par son seul souffle que tout être prend vie dans cette
existence, qu'il s'y maintient; c'est par lui qu'il acquiert la connaissance et
qu'il prend enfin conscience de lui-même. Qui parvient à concevoir que « Je
suis » vie absolue, immortalité, atteindra à la durée complète et féconde de sa
vie, jouira de la longévité utile promise à l'être humain, et recevra aussi en
récompense l'immortalité. » C'est-à-dire que l'individu régénéré par son
souffle, atteindra à la conscience de la vie une, absolue, ininterrompue,
éternelle [Chand. Oupan., 7.15].
Après avoir terminé son exercice, le disciple reconnut « Brahma est le souffle de vie,
car c'est du souffle que naissent toutes créatures; c'est grâce à lui seul
qu'elles se maintiennent en vie, et c'est dans l'universel Respir qu'elles
s'absorbent en expirant » [Taït. Oup., 3, 3].
« Les divins respirent le souffle de vie, ainsi que
les hommes et toutes créatures. Il est la vie de tous les êtres. Il est Vie
universelle. Qui vénère la présence de Brahma dans le souffle, parvient
à la durée complète de sa vie. »
L'acte respiratoire double, d'inspiration
et d'expiration, était considéré comme un mode de «sacrifice»
permanent, destiné à remplacer, en dernier ressort, pour l'être devenu
conscient, toute autre forme de sacrifice:
« Lorsque l'homme parle, il
n'aspire pas le souffle, il sacrifie le souffle à la parole. Tant qu'il aspire
son souffle il ne saurait parler, et il sacrifie alors la parole au souffle;
ces deux sacrifices sont constants, infinis, éternels. Ils s'accomplissent
incessamment, à l'état de veille et aussi pendant le sommeil [Kaush. Oup., 2, 6].
Une autre Oupanishad
vante l'action salutaire du souffle exercé par le moyen du chant.
« Les démons (maladies,
pensées impures, déséquilibrantes) dirent alors au souffle de vie, issu de la
bouche : chante-nous l'Oudghita ! --- Ainsi soit-il, fut sa
réponse, et le souffle vivant chanta l'Oudghita. Alors les forces
adverses, les démons reconnurent « ce chant nous vaincra ». Ils s'élancèrent
sur lui pour l'anéantir, « mais, comme une poignée de glaise s'écrase sur le
roc lorsqu'elle y est projetée, ainsi s’écrasèrent-ils aussitôt; anéantis, ils
disparurent ».
« Les divins (forces
positives, bonnes) restèrent vainqueurs. Qui connaît et comprend cela demeure
vainqueur par sa propre force et surmonte toutes épreuves ».
La forme allégorique laisse
ici clairement comprendre : que tout être parvient à vaincre tous maux et
entraves en s'appuyant en pleine confiance sur la seule vertu de son souffle
régénérateur, consciemment exercé.
Dans les Oupanishads déjà,
la syllabe om (aom, aoum, amen, oui, ainsi soit) fait l'objet de maints
développements philosophiques détaillés. Ces systèmes abstraits finirent
naturellement, au cours des temps, par dégénérer en sophismes creux, en jeux de
mots vains, cela en raison de l'incompréhension du principe même du souffle,
qui s'était perdu.
« Le Rig est la
parole, le Saman est le souffle; l'Oudghita est la syllabe om.
C'est pourquoi parole et souffle sont inséparables, forment un couple
parfait, ainsi que Rig et Saman. Cette syllabe om est
signe d'affirmation, d'acquiescement, de confirmation positive.
Or, un état d'esprit affirmatif est condition absolue
de tout progrès individuel. [Chand. Oup., I, 1, 10]. « Le
véritable son de l'hymne monte dans l'éther, au séjour des divins ---
tant qu'on ignore cela, à quoi sert alors l'hymne ? Nous qui le connaissons,
nous le célébrons en commun » [Prana Oup.;et Rigvéda, 1, 164-39].
Une revue succincte des
principaux systèmes philosophiques issus des Védas, trouve ici ses
place et raison d'être. Dans chacun d'eux, il est facile de retrouver l'élément
commun qui donna naissance à tous : la Science du Souffle, qui est la base
indiscutable de tous systèmes et méthodes d'éducation vraie; et, encore que
bien souvent les divagations touffues d'une scholastique mal assurée,
doctrinaire ou farcie de ritualisme et de pratiques machinales semblent avoir
étouffé jusqu'au souvenir de cette science, la connaissance de ce point si
important s'est implantée et demeurera.
Dans les textes du Védanta
on recueille plusieurs passages remarquables : considérations nettes sur
les pouvoirs que donne à l'être le contrôle de la respiration, l'exercice
scientifique conscient du souffle. Egalement, il y est traité clairement du
Respir universel des êtres.
Des indications très
circonstanciées sur l'importance et la valeur des mouvements et postures qui
doivent être observés au cours des divers exercices, sont données, qui disent
assez quelle science profonde de la structure, de la physiologie et de la,
psychologie humaines a présidé aux leçons que représentent ces textes. On
retrouve des indications de même nature dans les aphorismes de Kapila, qui
constituent le monument principal de la philosophie Sankya.
Les diverses
doctrines relatives à la Yogha traitent en général du problème de la
Science de la vie, en se plaçant au point de vue pratique; Patandjali, dans
ses aphorismes, décrit de manière ample et détaillée les exercices de concentration
qu'il est indispensable de faire pour empêcher le funeste éparpillement
mental et combattre la distraction qui s'oppose à tout développement.
« Le disciple devra avant
tout combattre sa distraction : en aspirant et expirant attentivement
son souffle. L'expiration doit se faire sur une longue, lente et complète exhalation
de tout le souffle disponible, et sera suivie d'un arrêt du souffle, bouche
maintenue fermée. Cette régulation volontaire du souffle, par inspiration,
tenue, expiration, arrêt, confère le calme, la maîtrise, la concentration
mentale indispensables au contrôle absolu de la pensée. » [Aph. Pat., 1, 34].
Beaucoup de moyens
subsidiaires sont en outre mentionnés, qui permettent le développement de cette
merveilleuse faculté de concentration, sans laquelle toutes possibilités
latentes en l'être restent absolument vaines.
Dans toutes les déviations physiques, mentales, en quelque déséquilibre
que ce soit, c'est toujours le contrôle attentif, volontaire du souffle qui
représente le seul moyen de guérison durable.
Distraction, maladie,
nervosisme, troubles mentaux, tout cela, qui marque manque d'unité en l'être,
manque de relation entre la pensée et la matière, le cerveau et le cœur, est
justiciable de l'exercice conscient du souffle, de la mise en activité de la
faculté de concentration qui rend opérantes toutes autres.
« Les huit points dont
l'observation est nécessaire en vue d'acquérir la concentration parfaite, sont
persévérance, exercices, postures, arrêts du souffle, attention, méditation,
réflexion » [Ibid. II, 29].
« De cette manière,
c'est-à-dire en réglant et contrôlant volontairement sa respiration, l'homme
parvient à libérer son âme, la pure lumière qui l'habite, écartant ainsi de sa
vie toute obscurité et souffrance. Toute inattention, négligence, faiblesse,
absence d'esprit peut être vaincue ainsi. Grâce aux divers modes d'application,
de régularisation du souffle, la pensée toujours mieux contrôlée devient enfin
consciente et agissante. L'individu devient capable d'orienter sa vie toujours
plus sûrement, de l'affranchir de tous symptômes de mal, de toute distraction,
et de donner ainsi à sa pensée un pouvoir toujours plus efficient » [Ibid., 52, 53].
Dans son traité Philosophie et Science du Védanta, des Yogha et Ralah
Yogha, Govanni rappelle les inconvénients qui peuvent résulter d'une pratique
respiratoire dans laquelle il n'est pas tenu compte de la nécessité
primordiale, absolue, qu'il y a de maintenir l'organisme et la pensée dans un
état de rigoureuse netteté et pureté.
Sankara charya [Pallad.,31] exprime certaine conception
que nous retrouverons lorsque nous examinerons les enseignements des
philosophes et médecins grecs : « Inspiration, expiration, bâillement,
éternuement, etc., sont des manifestations de prâna, affirment les
savants. »
L'école des Yoghis
fut une de celles qui se perdirent le plus dans la suite en spéculations
oiseuses. Il importe donc de distinguer très nettement entre l'enseignement
primitif, pur, et les innombrables doctrines qui en découlèrent, et qui furent,
en général, interprétées de façon erronée par les peuples d'Occident.
Toutes les écoles,
d'ailleurs, doivent être étudiées avec soin et il ne faut pas perdre de vue la
nature de la mentalité hindoue ni les conditions propres et particulières à ce
milieu racial composite. C'est tout à fait à tort, et sans possibilité vraie de
réussite, qu'on voulut parfois appliquer telles quelles les indications
relatives aux conditions d'existence des Hindous, --- bonnes pour le
développement de ceux-ci --- aux organismes d'individus de race blanche.
L'évolution n'est pas un vain
mot; la race blanche est couronnement de toutes celles qui l'ont précédée, et
elle ne saurait avancer, progresser, en prenant ses bases et mobiles
d'existence et de développement dans les races antérieures.
Le Livre de Manou, qui
constitue le code rituel des Brahmanes, et auquel ces derniers attribuent une
origine fort ancienne, rappelle la nécessité inéluctable qu'il y a pour toute
créature animée, de « respirer pour vivre », et prescrit des exercices
respiratoires étudiés et conséquents.
« Comme les membres d'une
communauté sont régis par leur chef, ainsi tous êtres vivants sont régis par
l'universel Respir » (77).
« Après avoir pris place sur
une natte de kousha (variété de roseaux), dont les pointes seront
tournées vers l'Orient; après s'être purifié, et procédé à trois arrêts de son
souffle, le disciple sera prêt à prononcer la syllabe ôm » (75).
« Afin d'expier la mort des
créatures qu'il a pu blesser sans le savoir, le jour ou la nuit, le disciple
procédera à une ablution, et ensuite à six arrêts du souffle » (69).
« Ainsi que les scories fondent à la chaleur du four et
disparaissent, ainsi tous maux et maladies peuvent être vaincus, guéris par des
arrêts de la respiration » (79).
La Baghavad Ghita forme
la partie essentielle du Mahabarata, qui est la légende nationale
hindoue.
Elle renferme une série de
dialogues poétiques entre Krishna et Ardjouna.
Au cours d'un de ces
entretiens Krishna déclare « La seule vraie maîtrise s'acquiert par le contrôle
des battements du cœur, du souffle de vie, de tous les sens » [XVIII, 33].
« Je me manifeste dans la
chaleur vitale de toute créature qui respire. Double est le Respir : interne et
externe, spirituel et corporel. C'est par le Respir que je maintiens toute la
création » [XV, 14].
« ... puis, ceux qui
cherchent à unir le souffle interne ou spirituel au souffle externe ou
corporel, en aspirant avec recueillement en eux l'Esprit et en l'expirant
ensuite avec amour, en veillant à se tenir purs de toute pensée susceptible
d'entacher leur âme, communiquent la puissance, la force à leur vraie pensée »
[IV, 29].
Le Bouddhisme offre également
l'exemple d'une doctrine qui fut instituée par son fondateur selon des
principes parfaitement rationnels de simplicité, de pureté, marquant qu'ils
résultent d'une profonde connaissance de la loi des Causes, mais dont l'application
déchut dans la suite, au point d'en faire un inextricable fouillis de
malentendus, d'interprétations erronées ou tendancieuses, et de grossières
superstitions, ce qui lui ôta beaucoup de vitalité, de valeur fécondante.
En réalité, Cautama Bouddha avait rappelé à son entourage la nécessité, en vue de son bonheur et de
son développement, de mener une existence entièrement conforme en tous points
au principe de pureté: en pratiquant les nécessaires soins d'hygiène,
ablutions et bains fréquents, en observant dans le domaine sexuel des règles
conformes aux lois naturelles, organiques et individuelles, et en pratiquant
une culture respiratoire rationnelle, comprenant entre autres facteurs et
compléments indispensables d'application et de réussite : la récitation
journalière de prières et d'hymnes choisis; en développant systématiquement et
entièrement la faculté de recueillement, de concentration, dont il avait éprouvé
et reconnu la suprême valeur.
L'alimentation avait été également envisagée dans ce si complet et
parfait programme de réforme de la vie humaine. Sobriété et pureté étaient
comprises comme indispensables moyens d'élévation de la conscience. La
connaissance complète des lois supérieures, naturelles et humaines, avait
dicté tous ces sages préceptes de vie, il n'est pas permis d'en douter, à qui
comprend.
L'ensemble des principes et moyens proposés représentait une culture
consciemment basée, et soutenue par l'être, éclairé lui-même sur ses buts et
possibilités, et lui permettait d'acquérir un état supérieur d'équilibre moral
et de développement mental, d'égalité d'âme, qui seul ouvre le chemin qui
conduit progressivement aux degrés supérieurs d'évolution individuelle.
Ce sont certainement les textes les plus anciens en date qui mettent le
mieux en évidence les mobiles qui donnèrent naissance à la doctrine primitive.
En ce qui concerne la Science respiratoire, on trouve dans une
allocution du Bouddha à ses disciples, un passage fort explicite qui relate
comment celui-ci, certain jour, leur fit une démonstration sur la manière de
procéder aux exercices de respiration.
«Comment s'y prend le disciple qui veut se cultiver ? Il se rend
dans la forêt, sous quelque grand arbre, ou encore cherche un lieu solitaire.
Il s'installe, s'assied jambes croisées et corps droit, et s'applique alors à
obtenir un état de calme, de recueillement absolu: en aspirant avec attention son
souffle, et en l'expirant avec une égale attention. Tout en inspirant, il pense: j'aspire
profondément, je m'en rends compte, j'en suis conscient. En expirant, il
pense j'expire profondément, je
m'en rends compte, j'en suis conscient » [L,I,1,10.]
D'autres passages également décrivent la manière dont Bouddha fit la démonstration
d’un exercice à ses disciples qui l'en avaient prié.
«Il faut exercer religieusement inspiration et expiration,
Rahoulo ! Inspiration et expiration exercées, entraînées, cultivées avec
attention, avec recueillement, confèrent une inestimable récompense : le
développement illimité de l'Être.
« Ainsi s’exerce le disciple: parfaitement à l'aise, dispos et
attentif, j'inspire, j'expire; ainsi, en inspirant et expirant volontairement,
je réveille en moi mes pensées, je les oriente, les contrôle et les
harmonise.»
«Qui aura appris à exercer, à développer toujours davantage, sous
conscient contrôle, inspiration et expiration, rendra son dernier souffle, non
pas inconsciemment, mais consciemment »
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