CHAPITRE PREMIER
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IRAN
Bien qu'ils ne soient pas plus largement explicites que ceux des autres
civilisations de race blanche, nous examinerons cependant, en tout premier
lieu, les textes relatifs à la civilisation iranienne (avestique, mazdéenne),
parce que celle-ci est à considérer comme l'origine, la source où puisèrent et
se fécondèrent toutes autres.
Le recueil le plus
important qui nous en ait été conservé, est le Zend-Avesta, ensemble de
documents, qui, malgré la forme mutilée sous laquelle il est parvenu jusqu'à
nous, suscita cependant, lors de sa divulgation, un mouvement d'intérêt
prodigieux et d'enthousiasme, d'ailleurs justifiés.
L'importance et la valeur de ces textes et enseignements mazdéens
n'échappa pas aux savants de l'époque, qui y retrouvèrent les fondements de la
vérité sur les lois de la vie, dans tous les aspects et formes de cette vie.
Il ressort
clairement de l'examen des enseignements et prescriptions ayant trait, tant à
l'hygiène générale, à la thérapeutique, au domaine de la sustentation, qu'à
celui de la culture mentale, morale et spirituelle de l'être, qu'une importance
capitale était reconnue à l'exercice contrôlé de la respiration, en tant que
pouvoir
vitalisant, régulateur des fonctions organiques en général, et également comme
moyen de développement supérieur. Il est fait là une grande place à la
thérapeutique rituelle; celle-ci est entièrement basée sur la culture
respiratoire selon maintes modalités: chants, hymnes, récitations, textes
destinés à la lecture à voix, y représentent autant de moyens de culture
de l'être, par l'emploi contrôlé de sa propre respiration : par application
individuelle de la loi vibratoire.
Le Zend-Avesta, en
tant que recueil d'hymnes et de textes d'une haute valeur, constitue donc
essentiellement un instrument de «travail » par l'emploi raisonné de la
pratique de la culture respiratoire systématique, consciemment conduite.
Il est certain
d'ailleurs que ce fut l'office qu'il remplit auprès des innombrables
générations d'officiants qui se chargeaient de sa récitation au cours des
cérémonies du culte.
Il est évident que le culte est devenu forme stérile, ensemble de
pratiques formalistes dont l'origine et le sens restent obscurs, sont noyés et
sans valeur véritable pour la majorité des «pratiquants ». Ceux-ci ne font
qu'intellectuellement répéter gestes et mots, sans que l'effectif travail de
participation de la pensée éclairée et libre, vienne donner vie réelle à ces
pratiques, qui devraient être culture, travail. C'est là ce que devrait
représenter en réalité le culte compris selon son but, qui est
d'épanouissement de l'être, par la liaison en lui (religion), de l'esprit et
de la matière, du cœur et du cerveau.
Au
début des enseignements qui le constituèrent, le culte, compris selon ses
véritables sens et but, n'était pas ce déroulement machinal de pratiques
symboliques, dont la sève a complètement disparu pour laisser subsister
seulement les rites vains et creux où nul ne cherche, ni ne trouve plus
l'esprit qui en fut instigateur.
Un principe fécond,
unique, existe cependant au fond de tous ces rites devenus vains, cristallisés
dans une forme sèche et incomprise. Le souffle, qui en représenta la
base et le moyen vivifiant, fut perdu de vue; la respiration, qui est cependant
l'unique levier dont l'homme dispose pour amener son entier épanouissement,
fut, peu à peu, reléguée pour être finalement oubliée au profit de la forme
stérile, qui, en raison du principe d'inertie inhérent à la matière, subsista
seule, et capta tous les soins et attention.
Forme absolument morte que
l'esprit de vie n’anime plus, le culte, ainsi compris, endormit les
intelligences, détourna les hommes de leur but d'individuel travail de
perfectionnement; et, même pour ceux qui, par quelque obscur sentiment de la
valeur qui fut contenue là, continuèrent de chercher appui et lumière dans sa
pratique voulue sincère, il ne put y avoir qu'illusion déroutante, retard.
Tout ce qui se perd dans la
représentation, la forme objective, qui, devenant envahissante au détriment du
fond véritable, finit par en prendre la place, --- cela, qu’il s'agisse
d'ailleurs de n'importe quelle activité ou manifestation, tant que le contrôle
individuel ne s'exerce pas. A composer ainsi cadre et bruit, à magnifier la
forme, on a étouffé, et fait oublier, le principe, le germe; l'individu,
fasciné par des apparences, des mirages, arrête son attention jusqu'à
s'hypnotiser, sur des ombres, des reflets, des parodies de la réalité,
cependant qu'il oublie que cette réalité est en lui, et que c'est sur lui que
doit se reporter, se concentrer son goût de recherche, de travail, de
perfectionnement, pour amener l'élargissement de son pouvoir mental, de ses
conceptions spirituelles --- ce qui seul peut assurer salut vrai, par la
connaissance.
Les Pharisiens déjà
subirent ce profond et grave reproche de se soucier davantage du vase que du
contenu...
Il est maintenant
absolument incompatible avec le degré d'évolution général de l'intelligence
humaine, que la valeur, la dignité individuelles, soient ainsi refoulées au
profit de manifestations creuses et oiseuses. Chacun a droit imprescriptible,
et devoir impérieux, de reprendre en main sa propre culture, aux fins de
devenir un être fort, libre, conscient, et seulement alors, pleinement loyal et utile.
Assez de représentations, de
parades et de parodies, assez de cadres surannés, l'époque en est passée, ils
sont maintenant autant de moyens étroits d'emprise, d'étouffement de
l'individualité.
La vérité est à tous,
et elle est si simple qu'elle peut toujours être entendue de tous, et doit donc
être librement diffusée. Elle est unique, et toujours semblable à elle-même;
et si les individus, de par la loi même d'évolution, ne peuvent tous,
également l'envisager et l'appliquer dans son ensemble au même moment,
cependant toujours elle est suffisamment claire et accessible sous un de ses
aspects, pour que chacun puisse « l'entendre » selon son présent point d'entendement,
dont le degré, d'ailleurs, s'accroît à mesure de sa plus juste application à
son existence de ce qu'il conçoit de cette vérité.
Cette lumière, cette
vérité, elle est universellement répandue, offerte à tous, et est bien mal
avisé qui s'arroge le droit de la monopoliser. Cela ne se peut produire qu'en
raison de l'insuffisance des conceptions de l'individu sur ses valeurs,
qualités, pouvoirs et devoirs. L'ignorance des masses, seule, permet que
pussent s'immiscer entre les hommes et la Connaissance, --- et sans vrai désir
de les libérer, --- des institutions qui ne firent rien pour contribuer à
répandre les seules et simples connaissances nécessaires à l'épanouissement de
l'intelligence.
Tout se tient; quand
l'ignorance borne les cerveaux, les corps pâtissent, la santé sombre, car il
n'est pas prévu dans les desseins de la Pensée créatrice, que la matière
qu'elle anime --- qui devient partie de l'Etre vivant sur terre, capable de
penser --- reste seulement aveugle, animale matière. En ce sens, il est
possible de dire que, l'ignorance est une faute.
Tout être créé a reçu sa part
de pensée; s'il s'engourdit, s'il se laisse accaparer par ses sens, par les
tendances et goûts de cette matière, qui n'est que la moindre valeur de sa
manifestation, et que son but d'incarnation est de purifier, d'alléger et
d'élever jusqu'à la rendre apte à servir ses desseins et vœux de
perfectionnement et de réalisation conséquente avec la nature supérieure qu'il
recèle en son cœur --- cet être alors, déchoit, et toutes les douleurs et
difficultés qui marquent son passage terrestre sont les réponses faites aux
troubles que son manque à remplir son vrai rôle entraîne sur tous plans.
Nul individu n'est à
considérer seul, séparément, du point de vue de la répercussion de ses
agissements. Le plan universel embrasse toutes pensées, volontés et actes de
tous, et s'il ne peut, bien entendu, être demandé à tous individus, d'avoir
tous mêmes perceptions et conceptions --- dont le degré d'évolution détermine
la qualité --- il est cependant impérieusement exigé de tous individus, qu'ils
déploient, à mesure de leurs possibilités, tout le courage et la loyauté dont
le degré présent de leur intelligence, de leur conscience, les rend capables.
Pas de rémission possible en ce domaine, il est demandé à chacun tout ce
qu'il peut, et qui, dans le présent, préfère s'appuyer, portera lui-même plus
lourde charge ensuite.
Qui, par sentiment
de suffisante autorité, ou par esprit d'accaparement --- que ce fut de gloire
ou de valeur matérielle --- est cause de retard dans l'éveil de l'intelligence
humaine, crée malheur et désordre, dont il ne sera pas la moindre victime.
Lumière, vérité,
voilà ce que plus que jamais cherchent les hommes; eh bien, il faut leur dire
simplement qu'ils ne trouveront ces biens qu'en eux-mêmes, qui en sont les
agents et représentants sur terre; qui doivent, par leur vie et exemple, en
démontrer l'existence et les possibilités d'amplification sans bornes.
C'est la connaissance
de la fonction respiratoire, et de son importante action sur tous les processus
vitaux, sur la qualité des opérations organiques, et sur le développement de
l'intelligence, qui rendit si grands et féconds tous les hommes dont l'humanité
garde le souvenir.
La lecture des
passages et extraits qui suivent le prouve amplement. Il n'est pas, à nos yeux,
spécialement indiqué, --- quand il s'agit de prendre un point de vue de
développement individuel, qui ne peut logiquement s'appuyer que sur effectif
travail, travail visant à conduire chaque être à voir toujours plus loin et
plus clair dans le présent, pour un avenir indéfini et indéfiniment meilleur
--- de revenir toujours fouiller dans le passé, dont la loi même de cette
évolution veut qu'il soit incessamment dépassé et surpassé; cependant, il est
également bon de savoir comment la sagesse vint aux sages. Aussi, en
compulsant ce qui existe sur ces questions, la pensée s'affirme dans sa foi en
la seule valeur de la culture individuelle, et le seul but vraiment utile est
atteint, puisque alors le moyen de culture est trouvé.
La doctrine
zoroastrienne est basée sur le principe fondamental de pureté, non seulement
physique, mais morale (Asha).Les divers modes de purification
préconisés dans la partie consacrée à l'hygiène corporelle font l'objet de
prescriptions fort minutieuses. L'emploi d'eau, de terre, d'un matériel,
généralement --- et pour cause --- fort succinct, et qui apparaît aujourd'hui
suranné, prête à des interprétations qui marquent une grande incompréhension
des lois et buts profonds qui les dictèrent, et une conception peu sage des
moyens très relatifs du temps.
La superficialité des
esprits, à notre époque d'intellectualisme, a fait totalement passer inaperçue
la valeur des pratiques respiratoires indiquées là. Tout un système
profondément étudié était cependant ainsi représenté. Des exercices, où souffle,
son, posture et mouvement, étaient combinés avec une science
approfondie des lois constitutives de l'univers et de la créature,
représentaient, sous une forme simple, un prodigieux moyen de culture de l'être
humain dans son ensemble.
Les récitations et
chants y étaient calculés en vue d'amener l'épanouissement physique,
mental et spirituel de l'individu : par l'expiration prolongée et
rythmée, qui purifie, assouplit l'organisme en le libérant des déchets et en
activant les circulations sanguine et nerveuse. Libération de tous poisons et
déchets organiques, impuretés; revitalisation, régénération cellulaire, par
apport des éléments atmosphériques; illumination vraie des cellules
cérébrales, par l'effet combiné, en l'être, et sous les vouloir et contrôle
conscients de celui-ci, des lois vitales suprêmes de la vibration sonore et
du mouvement --- voilà ce que les Anciens avaient mis dans leur
programme de culture humaine, si simple, basé sur le chant et la récitation.
Les Avestains avaient
si bien réalisé la valeur du Verbe, du souffle, en tant que source et clé
suprême du développement humain, que la guérison des maladies corporelles et
mentales était, pour eux, demandée seulement à trois moyens
Le 1er : L'exanthématie,
chirurgie, était le traitement, l'intervention locale, directe, externe,
par le couteau, ou tout autre moyen s'attaquant au point visé pour y opérer une
réaction ou un quelconque redressement immédiat.
Le 2e moyen de
guérison était représenté par les feuilles de salut. Il faut entendre là
toutes les plantes utilisables dans l'alimentation, la médecine végétale; il
est juste alors de conclure : que l'alimentation bien comprise est parfait
moyen de guérison et d'entretien de la santé.
Le 3e mode de
guérison et qui était considéré comme de beaucoup supérieur aux deux autres,
était --- et est toujours à proprement dire --- mode d'auto-guérison et
d'auto-culture, par la pratique scientifique du souffle, de la respiration
sonore employée sous la forme de récitation rythmée. « Le meilleur
médecin, est-il dit dans le Vendidad, est celui qui enseigne la pratique
salutaire de récitations dites sur le souffle ».
Plusieurs modes et
degrés d'intensité étaient prévus pour la récitation des textes consacrés par
la tradition. Nous trouvons dans le Yasna, XIX, 9 : « Qui récite, ô
Zoroastre, cette partie de l'Ahouna Vaïrya, qui la récite à voix, qui la
chante, la chante d'une voix forte, passera sain et sauf le pont qui conduit au
paradis ». Le « pont » évoqué ici, dit aussi Khinvat, n'est autre que
l'épiphyse, ou glande pinéale, qui est l'organe dont le développement
conditionne celui de l'activité cérébrale, qui donne équilibre mental, juste
vue des divers plans d'actions de l'homme, et qui détermine par conséquent
l'établissement de l'état de contrôle individuel de la conscience, enfin
régnante dans l'organisation, la manifestation humaine.
Certains textes ou
parties de textes, reconnus comme ayant particulière et importante valeur,
étaient récités sur le souffle, jusqu'à plusieurs centaines de fois à la
suite.
Il est certain qu'il y avait là, poursuite
absolument consciente d'effets et buts clairement définis et reconnus.
La nature de ces passages était évidemment de haute
portée, tant au point de vue de son action sur la mentalité, que sur la
détermination plus juste d'une orientation de la pensée; de plus, il est clair
que la connaissance de la loi vibratoire et de son action sur l’organisme
présidait à cette répétition, qui devait amener un changement dans les courants
organiques de cet individu, et dans ses échanges avec l'ambiance.
Qui a étudié avec
intelligence ces textes, et qui, respirant méthodiquement, s'est ainsi
mis lui-même en bonne posture pour en réaliser le sens profond, ne doute point
qu'une science absolument parfaite n'ait régi ces exercices de récitation.
Bien entendu, si de telles
pratiques sont accomplies machinalement, sans que soit réalisée la nature de la
source fécondante qui leur donna naissance et valeur toujours égale et
renouvelée, les résultats de développement supérieur que chacun est en droit
d'en attendre, qui les exerce avec compréhension et intelligence, ne se
produisent pas.
C'est là la raison qui
discrédite si malheureusement de nos jours ce moyen irremplaçable de culture humaine
qu'est la respiration employée sous forme de récitation, parce qu'il a
été réduit au rôle de maintien d'une forme d'institution absolument surannée.
Cependant, de ce que
l'emploi d'un principe est erroné, il n'en ressort pas que ce principe n'ait
aucune valeur.
Ce principe salutaire
de l'expiration prolongée et rythmée, dont l'effet porte également sur les
trois domaines de la vie manifestée : physique, mental et spirituel, ce
principe est d'indéniable valeur, et a gardé toute cette valeur, en dépit des
déviations, qui, pendant trop longtemps l'ont dénaturé, masqué et fait oublier.
Le souffle qui «porte »
les strophes rythmées agit puissamment dans l'individu, et, par l'individu,
dont il devient émanation consciente, --- lorsque celui-ci sait réciter ---
sur toute la sphère de cet individu, et jusqu'en l'infini, dont il est reflet,
pôle.
La teneur des textes
est grandement importante, et le choix n'en était pas laissé à l'individu
encore inconscient.
Etant destiné à
réveiller dans le cœur, la conscience de l'individu, le « ressouvenir » de la
vérité fondamentale, la forme synthétique, lapidaire de ces textes ramenait
toujours la pensée sur quelque grave, profond et beau thème. Tel est le cas,
entre autres, pour les deux principales prières du Zend Avesta : Ashem Vohou
(pureté, bien suprême), et Yatha ahou Vaïryo (ordre, loi suprême).
La partie du Zend
Avesta qui comprend les Gathas [Yasna, 28-34; 43-51; 53] ne
constitue pas seulement un recueil d'hymnes et d'invocations d'une admirable et
haute valeur poétique et d'une incalculable portée philosophique, mais leur
examen attentif révèle qu'elles représentent, en outre, par la disposition des
strophes, l'alternance des rythmes, un ensemble systématiquement groupé,
établi avec science, et destiné à servir à la pratique de la culture
respiratoire par l'exercice méthodique de la récitation : de l'expiration
prolongée et rythmée.
La combinaison du
mouvement et des postures diverses du corps accompagnant ces exhalations prolongées
dénote une connaissance complète des processus organiques et des moyens qui
sont capables de réglementer, de régulariser, d'harmoniser le fonctionnement corporel,
en agissant sur les principaux centres nerveux et glandulaires.
Par la suite, la
psalmodie machinale fit des prières et des récitations --- qu'on pourrait dire
scientifiques au meilleur sens de ce mot --- de vagues et monotones litanies,
ou pis, des incantations magiques de mauvais aloi. Cela, nous le répétons, ne
saurait, pour un être intelligent, infirmer la valeur du principe, ni en faire
oublier la qualité. Exercices sains, rationnels et raisonnés : le chant et la
récitation gardent toute la valeur et la puissance qu'ils eurent au temps qui
donna naissance à leur enseignement, enseignement qui visa uniquement à en
faire des moyens de développement supérieur des valeur, qualité et pouvoir de
l'individu. Ces «moyens » travaillent positivement, pour les rééduquer et
régénérer, sur les centres organiques et cérébraux humains, et provoquent
l'éclosion en l'être, de ses merveilleuses possibilités, sous l'égide de sa
conscience.
La «prière »,
la récitation, ainsi comprise n'était, n’est donc, véritablement qu'un
instrument --- et le plus merveilleux qui soit --- d'emploi du Verbe pour la
culture de l'être. C'est là ce que représente la récitation dans l'Avesta; la
partie qui en traite, en est, par là même, la plus remarquable et la plus
précieuse.
Les textes destinés à
l'expiration étaient récités, soit en commun, soit individuellement.
Seule une minorité était capable de pénétrer leur véritable sens et portée ---
et seule aussi cette minorité pouvait profiter pleinement de l'action
corporelle et mentale bienfaisante découlant de l'exécution consciente de
l'exercice; cependant, pour ceux mêmes qui récitaient, bien que moins
consciemment, mais pourtant avec entière attention mentale, et pleine détente
corporelle, il n'est pas douteux qu'ils n'en aient retiré grands avantages.
L'attention accordée à une
penséede choix, émise, répétée, --- lorsque cette attention est soutenue par
l'exercice rationnel, plein, du souffle, et que l'organisme est détendu,
docile, participant par l'attitude : cette attention développe la faculté de
concentration,qui est suprême pouvoir d'induction, de réveil de la vie
subjective, du «ressouvenir».
Ainsi donc, quel que
soitle degré individuel d'évolution et quelle que soit la qualité et la
profondeur de la compréhension qu'il confère présentement, ce degré d'évolution
s'accroîtra pour chacun, par le seul fait de l'exercice attentif de la
respiration sonore, sous sa forme de récitation rythmée de pensées de
valeur.
Cela fut compris dès
l'origine par les Guides et Educateurs vrais de l'humanité; et tous, qui furent
sages, basèrent la culture de l'être sur ce principe de l'emploi de la
respiration dans ses diverses modalités, muette et sonore.
Articulation,
modulation, intensité, durée du son dans la parole, le chant, la récitation,
sont la clé du développement humain intégral.
Tout ce que nous avons relevé
de concordant dans les philosophes anciens, --- et qui pourrait à l'infini être
multiplié et confirmé par quantité d'autres documents non moins précieux et
explicites --- ne le fut assurément pas par nous par goût de la compilation
méthodique, et il faut bien le dire, stérile dans la plupart des cas, lorsque
l'esprit de vie qui est enclos dans le principe échappe au lecteur, et que
celui-ci ne fait pas sienne la vérité qu’il retrouve là, et qui ne le fécondera
que s'il l'applique à sa propre vie.
Nous voulons que de la
lecture de ces passages, dont il est impossible que la profonde unité d'origine
n'apparaisse, ressorte, pour chacun, non la vaine notion d'une intellectuelle
acquisition de plus, mais bien la conception vraie, profonde, qui le
revivifiera, qui lui indiquera sa voie et les moyens pratiques de la
poursuivre avec aisance et joie dans la plénitude.
Nous n'avons pas ici
d'autre but que de faire passer dans la pensée du lecteur le «souffle de
vie» ardent qui a animé et qui anime tous les êtres conscients, le souffle qui
donne certitude, courage heureux, amour vrai de la vie et des êtres.
Ceux que nous citons
avaient en eux ce « souffle »; nous le retrouvons, l'enrichissons pour le
laisser à la longue suite des individus, qui, comme nous l'avons fait,
rechercheront la voie et les moyens...
Ne nous complaisons jamais
dans la répétition du passé, certes, ce qui est éternel, ce qui représente
l'Etre, n'est jamais passé, est toujours éternel présent; et c'est ainsi qu'il
nous faut considérer cette question vitale du «souffle créateur »; il
devient ainsi seulement logique de chercher et de retrouver en toutesles
grandes individualités qui se manifestèrent sur notre planète, le fil d'or dont
elles reconnurent qu'il les liait et libérait à la fois : qu'il les
«reliait » à l'universel et tout-puissant Principe vital créateur,
éternel, --- et ainsi à toutes les créatures vivantes, et procédant par cela
même de ce même principe, --- qu'il les libérait de toutes fausses conceptions,
ignorance, imagination et contingences inutiles; qu’«Il » était seul
grand maître individualisateur.
Voilà comment doit
être entendue toute étude historique et documentaire : en ses rapports et
conséquences possibles avec le développement individuel.
Tout le reste est
matériel d'encombrement, d'étouffement et de déviation.
Beaucoup moins
important est de constater la merveilleuse possibilité intellectuelle,
l'érudition de tel auteur, que de faire un satisfaisant bilan de l'entendement
qu'on eut de l'exposé qu'il fit, et de l'application directe qu'on est décidé à
en faire. Cela pourrait être dit, en somme, de toutes lectures ou études; mais,
jamais autant qu'en matière de culture respiratoire, il n'importa de penser...
et d'agir ainsi !
Nous relevons dans Yasna, 48, 3: « Pour celui qui a compris
la vérité, l'enseignement le plus précieux est celui qui nous vient d'Ahoura
Mazda, par l'entremise d'Asha, car il a compris à son tour, en quoi consistent des
prières véritables, et de quelle manière elles agissent sur la pensée. »
Le passage suivant du
Zend Avesta confirme clairement que Zoroastre ne se contenta pas
d'énoncer, mais démontra en personne: comment il était
nécessaire de pratiquer les exercices respiratoires de récitation « sur
le souffle », pour que ces exercices fussent rationnels et féconds « Tu es connu, Zoroastre, en Aryana-Vaéja,
c'est toi qui a récité la prière Ahouna Vaïrya, qui as montré comment
il faut la réciter: en la prononçant quatre fois de suite, et en
observant avec soin les arrêts et les pauses utiles, et en récitant la deuxième
partie à voix plus haute [Yasna 9, 14].
Dans Yasna, 30, 1, Zoroastre, insiste vivement sur l'efficacité
incomparable de la récitation des Gathas, lorsque cette récitation est
faite selon les règles absolues de cet art de la respiration, reconnu comme suprême
moyen de culture : «Je veux parler maintenant, à qui veut m'entendre, de
tout ce dont il faut se souvenir lorsqu'on chante les louanges d'Ahoura, lorsqu'on
invoque le Bon Esprit; je veux parler ici de cette félicité qui est la
récompense de celui qui observe avec attention les divers points que j'ai
nommés. »
Dans Yasna 43,
11 : « Je t'ai reconnu comme la source de toute perfection, Ahoura Mazda (Pensée
universelle), lorsque Sraosha (observation des lois naturelles) vint à
moi et m'instruisit, par-dessus toutes choses, dans la pratique de la
récitation des prières et des invocations. Celles-ci firent sur mon âme une
telle impression que, malgré toutes les difficultés et obstacles que je
prévoyais devoir s'opposer à la divulgation, à la propagation de la Loi, je me
déclarai prêt à accomplir mon devoir. »
Dans Yasna, 43, 3 « Je
veux proclamer la loi fondamentale de l'existence, telle que me l'a révélée
l'omniscience d'Ahoura Mazda. «Qui n'observe pas la loi, qui
néglige l'exercice de la récitation, se prépare des malheurs, et va à une fin
misérable, ainsi que je l'ai enseigné et expliqué. »
Yasna, 45, 5 : « Je dirai
encore ce que le Pouvoir suprême m'a révélé au sujet de la puissance du Verbe
(parole, voix, vibration sonore) et sur la manière dont il doit être proféré,
et comment ces exercices doivent être transmis de génération en génération.
Lui, Ahoura Mazda, pouvoir suprême de la création, affirme « Celui qui
observe ma Loi, qui récite le Verbe, et qui enseigne la manière dont il est
utile de le réciter, celui-là est assuré de jouir d'une longue vie et de
parvenir a l'immortalité (état conscient), par les œuvres du Bon Esprit
».
« Lorsque j'aurai obtenu ton
aide et ton conseil, lorsque tu m'auras accordé ta puissance et ta justice,
lorsque tu m'auras initié à la connaissance de tes lois, --- comme un ami
apprend à un ami tout ce qu'il sait, --- alors je me sentirai prêt à paraître
en public afin de chercher à gagner les chefs du peuple à la cause de la
propagation de tes enseignements, avec tous ceux qui seront prêts à réciter ta
parole» [Yasna, 43, 14].
Ainsi que nous
l'avons déjà fait remarquer, les indications relatives à la Science de la
Respiration sont dans le Zend Avesta rédigées le plus souvent sous une
forme allégorique, n'abordant, en quelque sorte, qu'indirectement la question
primordiale.
Il y eut sans doute à cette époque, utilité
à l'emploi de ce mode voilé; cela, nous le répétons, non seulement ne s'impose
plus de nos jours, mais est au contraire absolument à rejeter. Le temps a
préparé les intelligences à concevoir plus largement et justement tout ce qui a
trait à l'origine, aux lois et buts de la vie, et c'est pourquoi, bien que nous
offrions clairement toute la connaissance relative à la culture humaine par la
respiration, nous reprenons cependant volontiers ces textes, qui représentent
tous appuis et confirmations de nos dires; qui, comme tous les enseignements
féconds des époques reculées, eurent la même unique source : la Pensée
universelle, que la pratique consciente de la respiration apprend à chacun à
reconnaître comme source créatrice de l'individuelle Pensée.
Dans un prochain chapitre, où nous examinerons les textes relatifs à la
civilisation de l'Inde, nous trouverons un choix plus varié de passages qui démontrent
en termes explicites que les auteurs de ces textes avaient une profonde
connaissance de tout ce qui concerne la science respiratoire. On s'en rendra
tout particulièrement compte dans l'exposé des divers commentaires des Védas,
dont l'origine, le caractère sont purement iraniens.
Dans notre ouvrage Avesta
un certain nombre de textes avestains, destinés à être récités à voix,
prouvent amplement la profondeur et la valeur de la philosophie dont ils sont
l'expression. Leur beauté, leur simplicité, en font, de nos jours aussi bien
qu'alors, des moyens de culture et d'élévation de la pensée qui rendent leur
emploi précieux.
Ils sont toujours aptes à
servir d'exercicesde récitation intelligente, consciente,
scientifique, même pour la mentalité plus évoluée de notre époque, qui n'a pas
de mobile plus élevé que n'en eurent nos devanciers : savoir, pour se
perfectionner et réaliser.
Les enseignements mazdéens ne
sont autre chose que la perpétuation de la tradition synthétique, absolue, de
cette science respiratoire; science d'origine immémoriale, et qui donc, fut
commune à toutes les races, qui y trouvèrent toutes l'élément unique de développement
et de progrès, mais qui ne prit, n'atteint que dans la race blanche, départ et
point culminant d'évolution.
L'enseignement de la
Science mazdéenne, donne à tous parfaite lumière et compréhension sur la
filière des initiations nombreuses remontant à cette source commune; il y a
lieu, pour qui veut véritablement retrouver les éternels principes de vie sous
leur forme pure et simple, de remonter à la doctrine des peuples de 1'Iran, à
la doctrine Mazda-Yasnane ouMazdéenne,qui, certes, est bien
antérieure à Zoroastre, mais dont celui-ci fut cependant l'éminent «
réinstaurateur».
De nos jours, cet
Enseignement de Vérité, millénaire, dont l'origine disons-nous doit être
cherchée à l'époque pré-zoroastrienne --- celle ou Anyahita, l'Anaïtis des
Grecs, joua un rôle important dans la propagation du savoir humain, et qui
resta au cours des siècles la source inspiratrice d'innombrables méthodes,
enseignements, doctrines et formes éducatives --- de nos jours, cet
enseignement primordial, aux principes immuables, continue l’œuvre de
libération humaine.
Une adaptation indispensable
de la forme et de l'expression de principes invariables, a rendu accessible à
tous, la connaissance des lois de vie.
Symboles et
hermétisme ne sont plus nécessaires à la majorité des intelligences, et tout,
au contraire doit être présenté à l'intelligence humaine sous une forme claire,
plausible, en termes explicites et étroitement appropriés au sujet grandiose
exposé, qui permettent juste pénétration et appréciation mentale, et qui soient
capables de servir à la libération de l'être par l'essor de l'intelligence.
S'il n'est pas bon et
juste de se dire uniquement scientifique, quand on entend ainsi, parler de se
soumettre entièrement à une science bornée, purement objective et matérialiste,
il faut cependant tenir compte de l'indispensable place que tient dans
l'explication des formes et manifestations de la vie, le cerveau et son
activité, qui doit pouvoir réaliser, objectiver la partie scientifique,
probante, pratique, visible, de la vie, --- et cela, même alors qu'est déjà
réalisée une plus large et juste conception de cette vie, conception qui fait
n'envisager cette partie visible, que comme contrepartie, pour ainsi dire, et
strictement complémentaire, d'une autre partie, spirituelle, invisible, et qui
est justement à considérer comme la plus importante, comme essentielle... Mais,
chacun en vient un jour, qui respire avec conscience, à établir, en ce qui concerne
ce vaste problème, sa conception claire, victorieuse de tous doutes et
incertitudes; et nous ne pouvons faire mieux, pour y conduire tous êtres, que
de leur offrir simplement et largement tous les bons principes et moyens que
comporte la Science mazdéenne, message de vie, et de leur apporter, de plus,
pour étayer et consolider leurs convictions, l'appui de la constatation de
cette convergence universelle de toutes les grandes individualités, sur ce
problème d'envergure immense et de valeur irremplaçable qu'est celui de la
culture individuelle, et que solutionne la Science de la Respiration.
Les moyens d'exercer
la respiration sont multiples et variés. La pratique, l'usage même de la vie en
est une forme complète, et la meilleure, en ce que toutes les activités
fonctionnelles, corporelles, mentales, impliquent mouvement, vibration,
dépense, et, par conséquent, nécessité absolue du soutien par l'apport
respiratoire, sans lequel il n'est pas de vie, pas d'activité vitale.
Toutefois, il y a des modalités, que représentent le chant et la récitation,
qui sont plus subtiles et de portée absolument autre pour le développement
supérieur de l'être, qu'il est indispensable à l'homme de connaître,
d'employer, s'il prétend vraiment à se développer dans toute la profonde et
merveilleuse richesse et diversité de sa nature.
La récitation de
belles pensées de sens profond et poétique représente un «travail »
véritable, portant sur le domaine purement physique, par la vibration interne
provoquée par la voix, vibration qui agit profondément sur les centres nerveux
et glandulaires, et sur tout l'ensemble cellulaire, --- et également sur les
domaines cérébral-mental, et moral-spirituel, par l'éveil provoqué par cette
vibration des centres cérébraux et du « ressouvenir»qui y
est inscrit, grâce au concours de la faculté de concentration.
La manifestation
humaine comprend trois domaines, dont aucun n'est plus ou moins que l'autre,
indispensable ou indifférent à l'obtention du parfait développement de
l'individu dans sa triple manifestation terrestre.
Qui parle de développement
individuel, doit envisager également corps, cerveau et pensée;dans l'exercice conscient du souffle sonore, du chant ou de la récitation,
ces trois formes de l'organisation humaine, trouvent juste apport
revitalisateur, et la clé de leur épanouissement et essor.
Nous avons longuement traité de ce sujet de la « prière », de la
récitation scientifique, dans notre ouvrage Pneumatologie pratique; l'étude et la mise
en application
de
«l'exercice », accompli comme il est enseigné là, représente le plus parfait
moyen d'assurer plénitude entière des personnalité et individualité humaines.
Idées arrêtées, préconçues,
raideurs, résultant des erreurs et abus qui furent faits de ce merveilleux
moyen de réveil intégral de l'être qu'est la récitation de poésies, --- qui
représente l'exercice parfait du Verbe --- toutes espèces de limitations
s'effacent par sa pratique intelligente. Le Verbe est suprême pouvoir.
La poésie avestique,
non seulement du point de vue de sa philosophie, qui est complète, mais encore
de celui de la perfection de sa forme, est digne de figurer parmi les plus
merveilleuses qui servirent à l'expression humaine.
La pratique régulière
de la récitation basée sur les points établis: de détente, de
concentration et de respect des principes corrects d'articulation et de
modulation, permet à tout être de recevoir sciemment le principe vitalisateur
qui existe dans l'éther, qui est germe de vie, de pensée, et que l'être humain
n'est à même de « prendre », de convertir pour sa fécondation physique, cérébrale
et spirituelle, que lorsqu'il « appelle »en pleine
volonté consciente,ce principe lorsque sa respiration est sous
le contrôle de son attention, de sa volonté, de son intelligence.
La respiration,
lorsqu'elle est, non plus machinale, mais suivie, gouvernée, rythmée
volontairement par la pensée de l'être, est «individualisée » --- et
l'homme est alors individu, c'est-à-dire un être conscient de sa propre
nature, de ses valeur, pouvoirs, devoirs et buts, et il prend aussitôt en
pleine conscience et certitude, ses justes attitude et place dans l'existence.
Un tel être sort du chaos, devient une Unité, est unifié, harmonisé, est utile
à lui-même et à tous.
Il n'y a rien là de subversif ou de
mystérieux,
et tout
être est finalement appelé à concevoir clairement et à réaliser pleinement
cela par travail et efforts progressivement poursuivis, par courageux entraînement
et emploi de ses facultés créatrices avec l'appui de son attention, de sa concentration,qui
amèneront en lui pacification et lumière sur tous plans.
Une plus grande compréhension
des lois qui régissent sa trinitaire constitution est indispensable à l'homme,
qu'elle amène à réfléchir et qui prend ainsi en considération les besoins vrais
de son organisme. Immanquablement alors, il traite celui-ci avec plus
d'intelligence, et le sustente sainement et sobrement; de cette simple
modification déjà, découle un allégement de la matière qui laisse au cerveau
plus de liberté et de souplesse; les facultés, dont, avant tout, l'homme doit
se servir pour conduire sa propre existence, qui représente pour lui le centre
dont partiront toutes actions qui conditionneront la qualité de cette existence,
deviennent agissantes, et concourent à améliorer tout en tous domaines, par
normal échange et relation juste. A mesure que l'harmonisation se fait plus profonde,
et que corps, cerveau, et par conséquent système nerveux se purifient,
assouplissent et fortifient, les courants électro-magnétiques, véhiculant
volonté, pensée en l'être, rendent actives toutes les « intelligences »
cellulaires; une régénération totale s'ensuit, et la pensée circule, règne et
régit toute la manifestation, la constitution humaine enfin individualisée,
capable de décider et d'agir originalement selon, non suggestion, caprice,
désirs incontrôlés, orientation déviée, mais selon SAloi individuelle propre, accordée, « reliée »
justement à la grande Loi d'harmonie universelle dont elle est partie.
Pensée universelle,
créatrice, mère de toutes individualités, source infinie, intarissable,
toute-puissante, dont émane l'individualité --- qui, devenue consciente de son
origine, veut se retremper sciemment dans sa source et renouer ses liens ---
comment l'homme peut-il Te rejoindre ? comment l'Être créé, apparemment
«fini », peut-il reprendre contact conscient avec son Principe créateur
infini ? Par l'exercice scientifique, consciemment contrôlé du souffle, dans
lequel réside le principe vital qui donne naissance, vie et savoir à la
créature humaine, et qui seul, par conséquent, peut entretenir, amplifier,
magnifier en cette créature, vie et intelligence.
«Tout est si
simple. » «Tout est bien », disait le Dr Hanish, qui fut Celui qui
réveilla en nous, et en tant d'êtres, l'étincelle de pensée qui dort en
chacun...
Quand, pris encore dans le
chaos, les remous, l'incertitude angoissée qui est l'état «normal » de
la moyenne de l'humanité, ces pensées de simplicité et de paix semblent
incompatibles avec la réalité, cela prouve seulement que beaucoup de brumes
encore, cachent ce qui est cette réalité --- que bien peu reconnaissent pour
telle.
Tout peut être bien,
en effet, pour l'individu, mais seulement pour autant que cet individu travaille
effectivement,et avec bonne volonté, à améliorer ses conditions et
rendement physiologique et mental, car, alors seulement sa pensée devient
libre, peut se faire entendre de lui et le conduire à son but véritable. Il
est malaisé de faire « entendre » à l'homme si profondément intellectualisé de
notre époque, combien est simple la marche véritable de l'évolution, et combien
naturels et à sa portée, sont les seuls moyens qui permettent, non seulement de
suivre cette marche en joie, mais encore d'accélérer le pas...
Comme en toutes
époques d'apogée de civilisation, en ce moment critique qui précède toujours
une nouvelle orientation, le « goût du miracle », déjà flétri par le plus
grand des penseurs, revient âpre et tourmentant assaillir les cerveaux
enfiévrés et déséquilibrés des individus désœuvrés, et, par cela même, désaxés.
Au lieu de pourvoir à une
saine et intelligente culture individuelle, de fournir un travail loyal,
conscient, l'homme égaré s'abandonne à une effervescence, à une fringale
cérébrale, à une véritable boulimie de sa faculté d'imagination incontrôlée et
débridée, qui le jette en halluciné vers le désir de pénétration forcée des
domaines dits occultes. Oh ! ce mot qui attire et effraie tous les ignorants...
Le fond secret, sacré
--- et par cela même d'une majesté et d'une simplicité radieuses pour qui
atteint à sa révélation par culture loyale de son être, par efforts constants
de redressement accomplis volontairement, pour acquérir plus justes forces,
visions et conceptions --- ce fond de vérité sublime, pour la pénétration
méritée de laquelle tout être incarné doit œuvrer, apprendre et conclure, les
hommes impatients, égarés, dévoyés, le veulent prendre d'assaut, et cherchent
à violenter la loi de lente progression par perfectionnement, en s'adonnant à
des recherches sur «l'ésotérisme ».
N'est encore plus ou
moins lointaine la solution du problème humain et extra-humain, que dans la
très juste mesure proportionnée à l'honnêteté, au courage, capacités, du...
curieux.
La pénétration, par
toute voie autre que celle d'un travail fécond, qui seul peut rendre l'individu
toujours plus sage, moins prétentieux et plus utile à lui-même et à tous ---
ressemble toujours à une effraction, et les risques sont gros.
Développez vos facultés
psychiques ! Acquérez la puissance ! Maîtrisez les lois du destin, asservissez
l'inconnu, clament les «prophètes » de l'heure --- qui furent, en tout
temps, toujours annoncés, toujours reconnus --- et détrônés quelque jour, non
sans dommage pour leur propre avancement, en raison du gâchis causé.
Il est évident que ce
développement de facultés correspondant à des sphères supérieures est prévu
dans l'évolution humaine, et que, certainement, l'individualité humaine ne
s'incarne pas juste pour devenir machine à avaler, à auner du calicot, ou à
brasser des chiffres, et qu'un but plus relevé est derrière les si piètres et
parfois si durs passages que connaît l'être humain sur terre... Il ne s'agit
assurément pas seulement pour l'homme de naître, de trimer, plus ou moins
utilement et aisément, pour maintenir sa vie sans joie; de se reproduire, si
mal le plus souvent, que même il n'a pas communiqué toujours autant que le trop
peu dont il avait été si maigrement gratifié lui-même par ses ascendants --- puis de disparaître, effaré
ou anxieux, geignant, et n'ayant vraiment rien compris à sa lamentable aventure !
« Est occulte, tout
ce qui est caché », bon ! mais comprenons bien que les principes, les causes de
la vie, que nous disons, avec des airs gros de mystère, occultes, ténébreux,
sont et seront, de toute éternité, semblables à eux-mêmes, sont : lumière et
vérité; et que les êtres sages qui furent, qui sont «clairvoyants » au
sens sain et vrai du mot, et qui déchiffrent, simplement, ce qui est encore
pour nous énigme écrasante, terrifiante, les voient, ces lois, ces causes et
correspondances, dans leur pure clarté éternelle, parce que leurs yeux, leurs
sens sont dessillés, «accordés », parce que les voiles, les « enveloppes
» sont enfin écartés, tombés, qui semblent pour nous entourer cette redoutable
et mystérieuse vérité divine et humaine, voiles qui sont en réalité sur
l'entendement, l'intelligence de l'être dont elles empêchent vision, conception
et jugement...
Ce qui est à admettre
avant tout, c'est qu'il y a, dans cette libération de l'obscurité, de l'aveuglement
humain, une indéniable récompense; qu'elle est seulement la sanction normale
d'une longue suite d'efforts de perfectionnement jamais lassés.
Il est bien évident que les
oisifs, les bavards, les curieux, les inutiles, qui ne travaillent par
conséquent pas de «toutes leurs forces, de tout leur cœur », d'abord à
l’œuvre de redressement, de développement individuel qui leur incombe
--- travail qui sert grandement toujours le développement de tous, en raison de
la fondamentale loi de solidarité qui unit toutes créatures, et qui partent à
la conquête du « royaume du ciel », de la paix, du royaume divin : ou de la
Connaissance qui donne à chacun sa part de l'impérissable trésor de savoir,
sans avoir offert le tribut, le sacrifice de leur constant et humble travail,
--- il est bien certain que ceux-là risquent de rester bredouilles dans ce
monde, et dans ce qu'on est convenu d'appeler l'autre, ainsi que si la vie
était enclose en de petites tranches distinctes et n'ayant aucune
correspondance !
Si la Vie est une et
éternelle, il n'y en a pas d’« autre », tout s'y poursuit à coup sûr, sans
arrêts ni rémission, et il semble bien peu probable qu'il soit possible de
sauter des étapes; étapes que la loi d'équilibre, de justice, certainement
proportionne toutes à la valeur des mobiles efforts et travaux de l'être, à son
degré de réalisation sage.
Il nous semble
logique de croire que la vérité ne se découvre pas, mais qu'elle se rencontre
pour
chaque être, au moment où ses vœux, ses pas, son travail, lui ont fait parcourir le
chemin qui le séparait d'elle.
Travail et courage
sont donc les seuls moyens qui rendent accessible la vérité. Et encore,
n'est-il pas indifférent de considérer la qualité du travail accompli --- il
se peut que d'aucuns se donnent énormément de mal pour «s'initier »,
qu'ils creusent des problèmes ardus et ténébreux, qu'ils s'efforcent très
péniblement, pour pénétrer certains secrets et s'évertuent nuit et jour en
expériences très dures... Ils ne seront point des oisifs, et cependant, les
vrais résultats pour eux seront nuls; trop heureux seront-ils s'ils ne s'embarquent
point dans des voies douloureuses ou dangereuses, ou, à tout le moins,
absolument fermées quant à la réalisation véritable de leur destin.
C'est qu'on se
méprend en général grandement sur la qualité essentielle, fondamentale de ce
travail qui doit ouvrir les portes de la réalisation ! Il suffit de concevoir
que c'est la loi d'Amour, loi primordiale, qui régit l'univers, pour comprendre
que seul l'effort désintéressé, altruiste, si modestes qu'en soient la nature
et les résultats, est gage de réussite, d'avancement dans la voie de la
lumière : Tout ce qui, dans une activité destinée à l'obtention ou à la
diffusion de la vérité, garde quelque ombre, si légère fût-elle, d'intérêt
particulier, personnel, porte en soi son propre taux dépréciatif et
stérilisateur. Il y a mille et mille formes qui masquent aux inconscients ce
vouloir de ramener encore à eux, ne fût-ce que pour s'en faire les
distributeurs, ce qui est de droit à tous !
Ils sont, le plus
souvent, dupes eux-mêmes --- et invariablement victimes.
Il est toujours
d'actualité de se remémorer les paroles de sagesse, «les premiers seront
les derniers », cela s'explique de soi-même. Qui veut être premier, qui veut,
avant que d'en être capable, prendre place de guide, est toujours parmi les
moins pourvus, parmi les moins prompts à l’œuvre.
Une place de guide
ne se prend, ni ne se convoite, ni ne se demande; n'est jamais guide qui le
désire, mais le devient sans y tâcher, le vouloir, et le plus souvent même sans
le savoir, seulement qui est prêt à aider vraiment : parce qu'ayant
suffisammenttravaillé, parce qu'ayant enfin réalisé qu'il lui faut sans cesse, et toujours
plus ardemment travailler et aimer mieux et davantage; parce qu'il se rend
profondément et humblement compte du peu qu'il a fait, en regard de ce qui lui
reste à accomplir.
La vérité ne se
laisse point séduire, elle n'accepte point d'intermédiaire : la vérité se
gagne,et qui en possède une part durement acquise, si minime que
soit cette part, la rayonne naturellement; il la laisse librement passer au
travers de soi, qui ne la reçut que pour l'enrichir et la partager.
Les prétextes ne
manquent point pour qui, par inconscience, veut mettre la vérité en conserve,
la réserver, ce qui équivaut à la mettre sous le boisseau, à la monopoliser ---
quand ce n'est la monnayer. C'est toujours : «pour faciliter, pour rendre
plus aisée la compréhension, pour initier à la véritable nature et profondeur,
pour éviter les écueils, etc., etc., pour éclairer, en un mot », proclament
les éteigneurs --- mais toutefois avec prudence !... que s'entremettent les
dits mandataires de toutes eaux. Il est enfantin de supposer qu'il y ait autre
chose qu'ignorance, à moins que ce ne soit vanité, ambition ou goût de
domination --- ce qui dérive encore de l'ignorance des vraies lois de vie ---
dans cet acharné vouloir que manifestent tant d'inutiles et d'êtres non
qualifiés par leurs œuvres, à prendre place de vivante démonstration de la
vérité.
Comment un être doué
d'intelligence, et de l'humilité vraie que cette intelligence comporte, ne
réalise-t-il pas, que la seule chose qui soit digne et en accord avec un désir
véritable de servir son prochain, est de commencer par travailler sur soi-même
vaillamment, et de loyalement permettre à tous de prendre librement
connaissance des moyens si simples qui l'aidèrent lui-même à se retrouver et
cultiver. Comment ne pas comprendre qu'il faut avoir réalisé dans sa pensée, dans
sa mentalité, sa vie, sur son organisme, le programme effectif de redressement, de purification, et d'acquisition de la
Connaissance, qui seule permet de s'essayer à atteindre à un perfectionnement
de tout ce qui incombe à l'homme --- comment ne pas comprendre que ce programme
est à la base de la science de la vie, qu'il est essentiellement universel, et
d'application strictement individuelle ?
Cette application de
la science complète de la vie, basée sur la respiration contrôlée, est simple,
et se lie à tous les instants et actes de la vie; les principes en sont si clairs ettoujours vrais, qu'on
conçoit aisément que son enseignement doit être libre de toutes espèces de
conditions ou règles; la diffusion de la vérité doit être naturelle, constante,
semblable à un courant qui déferle, et où chacun peut s'abreuver.
Transcrit de siècle
en siècle, l'enseignement du vrai,toujours fut sauvegardé,
repassé; par la parole de quelque sage; par l'écriture, l'exemple et les
résultats même, aussi, de son implantation, de son incarnation positive dans
les cerveaux et les cœurs. De même, et jamais peut-être comparaison ne fut plus
juste, que « l'esprit souffle où il veut», la vérité, divulguée
largement, sans idée préconçue, par de clairs moyens qui laissent à tous, toute
liberté et souveraineté dans l'acceptation et le choix qu'ils feront d'elle,
lorsqu'ils la croiseront --- la vérité doit pouvoir rejoindre sans entremise,
sans intervention forcée, ceux qui l'attendent, l'appellent, ceux qui sont
prêts à l'entendre, l'accepter, la convertir et enrichir, en eux, selon
leur présent plan de compréhension et d'évolution.
Toutes les
institutions, cadres ou systèmes d'éducation peuvent, et nous n’en voulons pas
même douter, nourrir d'excellentes intentions, et supposer en toute bonne foi
que leur intervention est nécessaire, voire indispensable à la sauvegarde, au
salut de ceux qu'ils agglomèrent; leurs efforts, assurément, vus d'un certain point, ne sont
pas toujours inefficaces, maisla mesure de leur pusillanimité personnelle,
en ce qui concerne le doute tacite que représente leur zèle en vue de soutenir
les vues et effets de la loi de justice, d'amour suprême, n'est pas preuve de
grande foi --- et partant, de compréhension profonde, ni de respect de cette
loi...
« Il faut de tout pour faire un monde », et rien de ce qui s'accomplit
sur terre ne peut être considéré comme parfaitement inutile pour tous.
Toujours, de toute expérience, sort finalement quelque bien; il est cependant
moins dispendieux en temps et forces, de procéder, en toutes choses, par
observation, et de tenir compte des expériences du passé !
La réalisation de
l'être est entièrement dépendante de la qualité des vœux et œuvres de cet être,
et tout ce qu'il est humainement possible de faire pour aider l'homme à se
libérer, à se sauver, est de se mettre soi-même avec foi à la recherche, puis à
l'étude et à l'application des lois et principes véritables qui régissent la
création. Ne supposons point qu'il faille, en ce cas, posséder une érudition
remarquable, et jouir de loisirs susceptibles de permettre études compliquées
et recherches périlleuses. Tout ce qui est seulement intellectuellement acquis
ou machinalement exécuté, n'a guère de valeur en la circonstance, et fausse
généralement bien plutôt le jugement, étouffe plus que ne la libère ou assiste,
la pensée; refoule plus que ne l'aide à affleurer, le ressouvenir impérissable,
inné, que possède chaque être au fond de soi, de cette vérité, de cette lumière
dont il est incarnation, manifestation créée, visible, Lumière qui cherche, par
ses efforts individuels, à se retrouver, reconnaître, à se recomposer en lui,
selon son essence.
L'homme est à sa recherche, il suffit de lui jalonner la voie, mais il
ne faut surtout pas substituer au Principe qu'il doit retrouver, comprendre,
réintégrer, des formes, fables ou images qui le désorientent, qui font qu'il
s'attarde et s'égare.
Chaque être possède
en soi son guide, son sauveur, qui est son Individualité, que nul que lui, dans
sa présente manifestation trinitaire, ne saurait retrouver, reconnaître, «
entendre », et suivre justement.
Tout ce qui, de
diversions en distractions, détourne peu ou beaucoup l'homme de son
indispensable travail de recherche et d'amélioration de soi, qui retient et
concentre son attention au dehors de lui-même, tout cela représente autant de
difficultés ultérieures de plus à vaincre, de temps à rattraper péniblement.
Incessamment se renouvelle l'épisode de l'aveugle et du paralytique, cependant
que, de chute en chute, la vie se passe à désirer et regretter, recommencer des
expériences que le sens d'observation éviterait. Tout être veut savoir, se
réaliser, et éperdument, dans des épreuves sans cesse renouvelées, cherche et
croit retrouver enfin la voie.
Il a été dit : « Je »
suis la voie et les moyens. » Qui, Je ?--- Pour chacun :
lui-même...
Rien de ce que
l'homme ne retrouve en soi, ne saurait être, par lui, trouvé ailleurs. Quand de
plus en plus d'individus auront réalisé cette vérité, il y aura moins de bruit,
de désordre; chacun se centrant davantage, et de plus en plus, sur sa tâche et
l’œuvre de perfectionnement de lui-même, qui doit être pour lui primordiale,
peu à peu le chaos, le trouble s'apaisera, et la paix féconde se réalisera pour
toujours plus d'êtres. Il n'y a d'ombre, de voile qu'en l'être, et au bout des
efforts de développement, la lumière attend. Ces affirmations si simplement
faites ici ne sont pas nouvelles, et aucun mouvement ou tendance « n'offre »
rien de moins --- seulement, dans l'enseignement des principes mazdéens, le Dr
Hanish mit en tous temps à côté des assurances qu'il donna, et à portée de
tous, le moyen et les moyens qui permettent de rendre probantes,
réelles, les affirmations et promesses faites.
Le moyen, c'est la Respiration. Les moyens, ce sont les modalités
diverses d'emploi du souffle pour l'obtention d'effets variés portant sur les
différents domaines de l'organisation humaine; c'est également la connaissance
des lois et règles régissant les activités, fonctionnement et conduite des
groupes organiques subordonnés et complémentaires du groupe cérébral intellectuel-pulmonaire
(voir Diagnostic personnel),sur lequel agit, et dont dépend
à la fois, physiologiquement, la respiration.
Qui, après quelques
jours d'attention accordée à l'acte respiratoire, se rend compte de la
possibilité de maîtrise personnelle que cela lui confère, et des améliorations
et régularisations qu'il peut ainsi déterminer dans les divers actes
fonctionnels de sa nutrition, de sa circulation sanguine, par exemple, et de
son état nerveux, conçoit rapidement quelle puissance il détient, détiennent
tous les hommes qui deviennent usagers conscients du pouvoir respiratoire
scientifiquement exercé.
Il est de
constatation courante que la « suggestion», pour les diverses méthodes, dites
éducatives, en vogue, est, sous toutes ses formes, mise à contribution pour
toutes espèces de redressements attendus, tant dans les domaines physique, que
mental, ou moral, spirituel.
Elle est devenue un
moyen « d'influence » employé en thérapeutique pour amener des réveils psycho-nerveux.
Nous ne discuterons point ici de son emploi sous cette forme, non plus que sous
celle envisagée par tant d'« éducateurs ». Dans les deux cas, il y a
incontestablement violence faite à l'individualité, qui est seule qualifiée pour
gouverner la personnalité physique et morale qu'elle habite.
Ceux de nos lecteurs qui ont étudié, pratiqué et appliqué à leur vie la
Science mazdéenne, savent, et ont éprouvé, que la volonté individuelle a seul
pouvoir d'amener amélioration et redressement dans tous les domaines de
l'existence de l'être; et que le seul moyen qui permet que volonté et efforts
soient justement orientés et efficaces, est la culture respiratoire
consciemment exercée par l'individu.
Si la suggestion est justement reconnue en tant que force existante et
opérante, et qu'il plaise à quiconque d'en user sciemment, il ne saurait mieux
faire alors que de se suggérer : combien est grande la valeur de la
respiration, et qu’aucune autre espèce d'orientation ou poursuite spéciale
n'aura à être désirée, recherchée ou voulue par lui, quand il sera parvenu à
pointer attention et volonté sur sa respiration, et qu'il saura, en toutes
heures et circonstances, maintenir celle-ci volontairement large, et rythmée à
gré. Voilà, ce qui, plus que toute autre espèce de recherche, d'effort ou
d'acquis, sera profitable à tous !
La base, le soutien,
la force, la valeur, les germes de fécondité de tous actes et vouloirs humains,
résident dans la Pensée, l'intelligence de l'homme; celui-ci ne peut rendre
opérante sa pensée, user de son intelligence, de son esprit d'initiative,
qu'en devenant conscient du mécanisme de relation fécondante qui lui permet de
renouveler sa pensée, en la reliant à sa source; de réveiller son cerveau, en
le pénétrant et «illuminant », de sa pensée.
Ce mécanisme, qui permet à
l'homme d'utiliser sa vie, son corps, sa pensée, ses facultés, il est à la
disposition de tous, il est du domaine des possibilités et réalités
physiologiques, bien qu'il confine au domaine subtil de la psychologie la plus
profonde.
L'acte respiratoire
est, pour la généralité des cas, laissé à l'automatisme, c'est inconsciemment
que s'accomplit cette si importante fonction, et c'est de là que vient l'état
de déficience des cerveaux et des corps, et l'imparfaite réalisation des vœux
et de la pensée de l'homme.
D'inconsciente
qu'elle est, de quasi obligatoire qu'elle apparaît, --- ce quila rend aux yeux de
l'individu indigne de l'attention de celui-ci, --- la respiration doit devenir
consciente, être volontairement contrôlée, suivie, «mesurée », rythmée
sciemment.
Jamais l'homme ne
maîtrisera les conditions de sa vie corporelle, mentale, morale et spirituelle,
avant que d'avoir acquis la maîtrise de sa respiration.
Or, il ressort que le
propre de la suggestion est de parvenir à amorcer, par la répétition de mots ou
d'images, un réveil de l'activité organique ou mentale engourdie.
Tout individu est
indéniablement réceptif, et c'est justement pourquoi il ne saurait jamais être
fait sélection trop grande de tout ce qui est accepté dans le champ mental, qui
s’ensemence littéralement à l'insu de l'être, lorsque celui-ci est encore
incapable de contrôle et de jugement individuels.
Nous avons peu de confiance,
quant au fonds que l'on peut faire sur les effets de la suggestion pratiquée
par autrui, si bonnes que fussent les intentions déterminantes.
Il est temps de comprendre que nul être n'a droit au pouvoir vrai
d'intervenir dans la vie d'un autre être, autrement que pour indiquer à cet
être les moyens dont il lui est loisible d'user pour vivre selon les strictes
lois individuelles qui seules peuvent le gouverner et l'orienter justement dans
ses relations avec l'ambiance. Faire donc pression sur la mentalité de
quiconque est faux, pour quelque motif que ce soit; et si, même, présentement, il peut
parfois apparaître qu'en ressortent d'appréciables résultats, nul doute qu'au
point de vue du développement général, de la libération, de l'évolution
individuelle, il n'y ait perte certaine.
Il est courant qu'on ne
cherche point à voir si loin, et que le moindre bénéfice direct, de santé, ou
d'un ordre quelconque se marquant, la réussite entière soit de bonne foi
proclamée.
Erreur profonde qui
maintient obscurité, esclavage, douleurs et sujétion des individus. Qui veut
voir plus largement, doit définitivement admettre : qu'il a seul devoir et
pouvoir de trouver sa voie, son mode d'action, et que ses seuls efforts
lui apporteront gain certain.
Si nous avons
plaisamment dit que l'emploi de la suggestion peut être fait par l'individu,
c'est en somme de façon presque contraire à ce qu'on est généralement convenu
d'en attendre... Il est reconnu que l'éducation de « l'inconscient » se fait
par la répétition volontaire, consciente, de l'idée, de l'image ou du mouvement
qui, créant ainsi peu à peu des réflexes, des souvenirs, impressionne la
mémoire, imprime l'habitude, dont on a justement dit qu'elle est une seconde
nature. Si donc, nous admettions la suggestion, en ce qui concerne la culture
respiratoire, ce serait en sens inverse, pour ainsi dire : Nous voudrions que
ce qui est inconscient, automatique, devienne conscient, contrôlé !
Le travail de
rééducation ainsi compris a ici cela de curieux, que c'est sur son objet même
qu'il doit s'appuyer pour réussir. En effet, il faut respirer, avant
tout, pour mener à bien toute tentative, et pour bien respirer, il faut
parvenir à le faire consciemment. Eh bien, l'exercice méthodique,
répété, de la respiration rythmique est le seul moyen existant qui permette de
parvenir à acquérir volonté et concentration.
Il s'agirait donc
seulement ici de se suggérer de ne jamais manquer, sous quelque prétexte que ce
soit, d'accomplir journellement de petites séances d'exercice respiratoire. Il
semble que ce n'est pas bien difficile, et que c'est excessif de prétendre
qu'il y ait besoin de s’imposer, de se suggérer à soi-même, sous forme d'absolu
irrémissible, si petite chose que quelques minutes d'exercice journalier...
Pourtant, nous savons que beaucoup d'individus, remplis de désir de mieux
faire et de la plus entière bonne volonté, éprouvent une difficulté très grande
à s'y astreindre régulièrement et irrévocablement, ce qui est cependant
indispensable, car nous savons aussi, qu'autant que ce ferme point
d'inébranlable résolution n’est pas atteint, aucun essor véritable n'est
possible pour l'être, quelques efforts et sacri
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