CHAPITRE IX: SUGGESTION MENTALE OU TRANSMISSON DE LA PENSÉE.
Nous
touchons maintenant a la partie la plus délicate de notre sujet ; aussi,
sommes-nous certain d'éveiller le scepticisme des personnes qui ne sont point
au courant des phénomenes que nous allons passer en revue, ce que, d'ailleurs,
nous comprenons aisément.
En
effet, notre éducation, ce qu'on nous a enseigné dans les écoles est si éloigné
de ce que prouvent les manifestations de forces insoupçonnées jusqu'ici que
notre raison se refuse a admettre ce que nous ne pouvons nous expliquer. Mais
si nous réfléchissons pourtant a ce que nos connaissances acquises valent par
rapport a celles que nous réserve le progres futur, nous nous garderons de nous
prononcer a priori, car toute loi
scientifique énoncée aujourd'hui peut etre inadmissible demain a la suite d'une
nouvelle découverte, et tout axiome évident a cette heure peut devenir une
hypothese a justifier ou un probleme a résoudre.
Jetons
un coup d'oil en arriere et voyons ce que le concept humain a réalisé depuis un
siecle. Cette électricité, qui agitait les pattes des grenouilles de Galvani et
que Volta produisait faiblement avec sa pile, traîne aujourd'hui de lourdes
voitures, voire des trains entiers de chemin de fer. Les savants du temps de
Galvani et de Volta étaient a cent lieues de se douter de ce que réaliserait
plus tard cette force, et, certes, elle n'a pas dévoilé encore tous ses secrets
merveilleux.
La
découverte récente du radium nous laisse supposer encore ce que nos
arriere-neveux pourront en retirer de pratique : peut-etre un jour cette
énergie supplantera l'électricité, comme cette derniere tend a supplanter la
vapeur.
Les
savants, interrogés sur ce que sont : la vapeur, la chaleur, la lumiere,
l'électricité, les rayons X, l’uranium, le radium, etc., répondent, pour chacun
d'eux : c'est de l'énergie. Nous
dirons, nous : ce sont des manifestations
de la vie.
La vie
est partout, la mort nulle part : tout se transforme, tout évolue, tout se
perfectionne.
L'atome,
derniere division de la matiere, a une force propre incommensurable. On admet
qu'il jouit de propriétés électriques et qu'il sert de support a des particules
électriques désignées sous le nom d'ions ou d'électrons ; mais l'on est disposé
a croire que les ions existent sans support matériel, et que l'atome n'est
qu'un agrégat de particules électriques, les unes positives, les autres
négatives. L'atome serait donc simplement un composé de tourbillons
électriques, et les radiations que nous connaissons, des particules provenant
de la dissociation de l'atome.
De
l'observation de ces phénomenes, il résulte que l'atome est un réservoir
d'énergie qui, dans certaines conditions données, devient libre en amenant la
destruction de l'atome.
On
croyait jadis que la matiere ne restituait que l'énergie reçue du dehors, mais
on sait maintenant qu'elle est une source de production d'énergie.
Libérera-t-on
un jour la puissance que recelent les atomes dans leur sein ? Peut-etre...
Nous
verrons plus loin que, dans certaines conditions favorables, ces phénomenes de
dissociation de la matiere se sont produits en présence de savants autorisés,
qui n'ont pu expliquer ce fait que par l'intervention d'intelligences
n'appartenant pas a notre plan physique.
Si nous
n'admettions que la matiere qui frappe nos sens, nous serions bien bornés ;
soyons persuadés qu'il existe des matieres de moins en moins denses, des
matieres que non seulement nos sens, mais meme les appareils de physique les
plus sensibles ne peuvent enregistrer que dans certaines conditions
accidentelles.
Mais,
comme les savants de tous les pays étudient ces énergies, ces puissances, nous
ne désespérons pas qu'ils arrivent, dans un avenir plus ou moins éloigné, a
trouver le modus operandi pour
pouvoir, a volonté, produire des faits supranaturels qui déconcertent le
chercheur.
Le
possible ne peut etre borné.
La
psychologie positive est née de la méthode expérimentale, et la science ne doit
reculer devant aucune investigation, lors meme que les faits avancés sont en
désaccord complet avec les opinions régnantes.
Pour
servir le progres, on doit scrupuleusement et consciencieusement étudier tous
les phénomenes qui se présentent a l'observation, et ce serait agir
anti-scientifiquement de laisser de côté les plus troublants, les plus
merveilleux.
Ne
renonçons jamais a notre droit de contrôle, et prenons les plus méticuleuses
précautions pour ne pas etre trompé, ne pas nous tromper et ne point tromper
les autres.
La
suggestion mentale est le premier stade des phénomenes psychiques : le sujet
vaut la peine d'etre étudié.
Nier la
transmission de la pensée est aussi peu logique que de nier la chaleur, la
lumiere, l'électricité, et la cause qui la produit n'est pas plus mystérieuse
que celle qui fait germer un grain de blé.
Dans
l'état actuel de nos connaissances, croit-on qu'on peut expliquer le pourquoi
de toute chose... On trouve des mots qui ne contiennent aucune explication. Le
savant, dans bien des cas, est aussi ignorant que l'enfant qui vient de naître :
le fini ne pouvant concevoir et
encore moins expliquer l'infini.
Cherchons
et tâchons de comprendre les vérités, et cette compréhension nous amenera a des
découvertes certaines qui éleveront nos idées et nous permettront d'entrevoir
nos destinées futures.
Le
suggestion mentale ne s'établit pas avec tous les somnambules magnétiques ou
hypnotique s; mais si l'on veut bien se rappeler ce que nous avons dit dans la
premiere partie de ce livre, si on a la patience et la ténacité indispensables
pour provoquer un sommeil profond chez les sujets qui y sont prédisposés, ce
phénomene se manifestera plus souvent. Néanmoins, on peut le rencontrer chez des
personnes éveillées douées d'une impressionnabilité particuliere ; mais alors
les faits sont moins patents, moins concluants.
Le
professeur Ochorowicz, dans son ouvrage la
Suggestion mentale, dit:
« Mais
si je n'avais eu d'autres preuves que la témoignage du pere Surin, de M. Poucet
et de Mme Guyon, croyez-vous que j'aurais publié un livre sur la suggestion
mentale, ou meme fait une mention quelconque de l'existence de ce phénomene ?
Jamais. Je ne l'aurais pas nié, non plus, assurément, parce que je nie jamais
une chose que je ne connais pas ; mais de la a une déclaration scientifique
d'un fait aussi étrange, il y a encore loin.
« Voici
pourquoi je me suis gardé de commencer, comme c'est la coutume, par l'histoire
du sujet, et par conséquent par des témoignages lointains ; mais maintenant les
choses ont changé. J'ai vu, bien vu,
moi-meme, je peux donc ajouter foi au témoignage de ceux qui ont vu la meme
chose que moi, et il ne serait pas juste que je cache au lecteur les
observations qui ne me sont pas personnelles. Au contraire, je vais les citer
toutes, c'est-a-dire toutes celles qui ont un aspect véridique, qui ont été bien constatées, et qui présentent une
analogie évidente avec ce que j'ai observé moi-meme. On excusera cette
derniere réserve, car, sans cela, je serais obligé de citer des choses
incroyables, pour le moment au moins, et il est toujours prudent d'avancer
lentement sur un terrain obscur et inconnu. »
Pour
donner une idée exacte du phénomene de la suggestion mentale, et pour appuyer
ce que nous avons déja dit sur la façon d'endormir le sujet, nous ne saurions
mieux faire qu'en empruntant au docteur Ochorowicz l'observation suivante.
Cette observation est assurément un peu longue, mais nous pensons que le
lecteur saura en tirer tout l'enseignement qu'elle comporte.
« Je
donnais mes soins a une dame atteinte d'hystéro-épilepsie, et dont la maladie,
déja ancienne, fut aggravée par des acces de manie du suicide.
« Mme
M..., âgée de 27 ans, forte et bien constituée, a apparence d'une santé
parfaite. (Exp. Hy : insensibilité et contracture presque instantanée du bras
entier.) Attaques convulsives de la grande hystérie datant presque de
l'enfance. Influences héréditaires tres fortes. Depuis quelque temps, outre les
attaques classiques a plusieurs périodes, acces de folie avec congestions des
lobes antérieurs et anémie des lobes postérieurs ; évanouissement nerveux
paralytique et acces épileptique formes de courte durée. Contractures et
amblyopie passageres, plus fortes du côté gauche. Un seul point hystérogene au-dessous de la clavicule
gauche. Un point délirogene a
l'occiput droit correspondant a la fosse occipitale supérieure. Pas
d'anesthésie. La pression ovarienne arrete l'attaque momentanément. Sensible a
l'étain, mais aussi a d'autres métaux, a des degrés différents et inconstants.
Tempérament actif et gai uni a une extreme sensibilité morale, intérieure, c'est-a-dire sans signes
extérieurs. Caractere véridique par excellence, bonté profonde, tendance au
sacrifice. Intelligence remarquable, plusieurs talents, sens de l'observation.
Par moment, manque de volonté, indécision pénible, puis une fermeté
exceptionnelle. La moindre fatigue morale, une impression inattendue de peu
d'importance, aussi bien agréable que pénible, se répercute sur les vaso-moteurs,
quoique lentement et insensiblement, et amene une attaque, un acces ou un
évanouissement nerveux.
« Un
jour, on plutôt une nuit, son attaque étant terminée (y compris la phase du
délire), la malade s'endort tranquillement. Subitement réveillée et nous voyant
toujours aupres d'elle, son amie et moi, elle nous prie de nous en aller, de ne
pas nous fatiguer pour elle inutilement. Elle insiste tellement que, pour
éviter une crise nerveuse, nous partons. Je descends lentement l'escalier (elle
demeurait au troisieme) et je m'arrete plusieurs fois en pretent l'oreille,
troublé par un mauvais pressentiment (elle s'était blessée plusieurs fois
quelques jours auparavant). Déja dans la cour, je m'arrete encore une fois, en
réfléchissant si je dois partir ou non. Tout a coup, la fenetre s'ouvre avec
fracas et j'aperçois le corps de la malade se pencher au dehors dans un
mouvement rapide. Je me précipite vers le point ou elle pouvait tomber, et,
machinalement, sans y attacher aucune importance, je concentre ma volonté dans
le but de m'opposer a la chute. C'était insensé, et je ne faisais qu'imiter les
joueurs de billard qui, prévoyant un carambolage, essayent d'arreter la bille
par des gestes et des paroles.
«
Cependant, la malade, déja penchée, s'arrete et recule lentement par saccades.
« La
meme manouvre recommence cinq fois de suite, et enfin la malade, comme
fatiguée, reste immobile, le dos appuyé contre le cadre de la fenetre toujours
ouverte.
« Elle
ne pouvait pas me voir, j'étais dans l'ombre et il faisait nuit. En ce moment
Mlle X.... l'amie de la malade, accourt et l'attrape par les bras. Je les
entends se débattre et je monte vite l'escalier pour venir a son secours. Je
trouve la malade dans un acces de folie. Elle ne nous reconnaît pas ; elle nous
prend pour des brigands. Je ne réussis a la détacher de la fenetre qu'en
appliquant la pression ovarienne qui la fait tomber a genoux. A Plusieurs
reprises, elle essaye de me mordre, et ce n'est qu'avec grand'peine que je
réussis enfin a la remettre dans son lit. En continuant d'une main la pression
ovarienne je provoque la contracture des bras et je l'endors enfin.
« Une
fois en somnambulisme, son premier mot fut :
- «
Merci et pardon. »
« Alors
elle me raconta qu'elle voulait absolument se jeter par la fenetre mais que,
chaque fois, elle se sentit « soulevée par en bas ».
- «
Comment cela ?
- « Je
ne sais pas...
- « Vous
vous doutiez de ma présence ?
- « Non,
c'est précisément parce que je vous croyais parti que je voulais accomplir mon
dessein. Cependant, il m'a semblé par moments que vous étiez a côté ou derriere
moi, et que vous ne vouliez pas que je tombasse. »
« Cette
expérience, ou plutôt cet accident, ne suffisait pas, évidemment, pour prouver
une action a distance. Mais il m'a suggéré l'idée d'une étude nouvelle de la
question. Puisqu'il y avait une apparence d'action, rien n'était plus simple
que de la soumettre a un examen expérimental. Mais pour rester dans les
conditions nettes, je n'ai soufflé mot a personne de mes projets, et j'ai meme
résolu d'attendre quelques jours pour bien préparer l'expérience.
«
J'avais l'habitude d'endormir la malade tous les deux jours et de la laisser
dans un sommeil profond (l'état aidéique) pendant que je prenais mes notes. Je
pouvais etre certain, d'apres une expérience de deux mois, qu'elle ne bougerait
pas avant que je m'approche d'elle, pour provoquer le somnambulisme proprement
dit. Mais ce jour-la, apres avoir pris quelques notes et sans changer
d'attitude (je me tenais a plusieurs metres de la malade, en dehors de son champ
visuel, mon cahier sur les genoux et la tete appuyée sur la main gauche), je
feignis d'écrire, en faisant crier la plume comme tout a l'heure, mais
intérieurement, je concentrais ma volonté sur un ordre donné.
« Le 2 décembre
|
1) Lever
la main droite.
Je regarde la malade a travers les doigts de ma
main gauche appuyée sur le front.
|
1re minute: action nulle.
2e minute : une agitation dans la main droite.
3e minute : agitation
augmente, la malade fronce les sourcils et leve la main droite.
|
J’avoue
que l’expérience m’émut plus qu’aucune autre. Je recommence :
|
2) Se
lever et venir a moi.
Je la reconduis a sa place sans rien dire.
3) Retirer
le bracelet de la main gauche et me le passer.
Je touche son bras droit et probablement je le
pousse un peu dans la direction de son bras gauche, en concentrant ma pensée sur l’ordre donné.
|
Elle fronce les sourcils, s'agite, se leve lentement et avec difficulté, vient a moi la
main tendue.
Action nulle.
Elle étend sa main gauche, se leve et se dirige
vers Mlle X.... puis vers le piano.
Elle s'assied, épuisée.
Elle retire
son bracelet (semble réfléchir).
Elle me le donne.
|
|
4) Se
lever, approcher le fauteuil de la table et s’asseoir a côté de nous.
J'arrete sa main qui faisait fausse route.
5) Donner
la main gauche.
(Reste assise !)
(Donne la gauche !)
(Donne la gauche !)
(Pas celle-ci
l'autre !)
|
Elle fronce les sourcils, se leve et marche vers moi.
Je dois faire quelque chose, dit-elle.
Elle cherche... touche le tabouret, déplace un
verre de thé.
Elle recule,
prend le fauteuil, le pousse vers la table, avec un sourire de
satisfaction, et s'assied en
tombant de fatigue.
On me dit d'apporter et on ne me dit pas quoi...
pourquoi parle-t-on si
indistinctement ?
Elle s'agite.
Donne la main droite.
Essaye de se lever.
Elle se rassied.
Agite la main gauche, mais ne me la donne pas.
Se leve et passe sur le canapé.
Elle donne la main
droite.
Elle donne la main gauche.
|
« Il est
a remarquer que la malade se trompe souvent de côté, meme a l'état de veille.
« Pendant
cette derniere expérience, le somnambulisme
actif s'est déclaré, elle cause avec nous en plaisantant. Elle ne m'obéit
plus. « Je vais dormir maintenant », dit-elle.
« Elle
s'endort.
« Quelques
traces d'une attaque dans le sommeil, enfin elle paraît se réveiller.
- « J'ai
un tic-tac dans la tete qui ne me laisse pas dormir. Je ne veux plus dormir;
asseyez-vous aupres de moi.
- «
Etes-vous toujours en somnambulisme ?
- « Oui.
(Cette malade avait le sens assez rare de se rendre compte de chaque phase de
son état avec une exactitude étonnante. Je feignais souvent de ne pas
reconnaître son état, pour qu'elle me le décrivit elle-meme.)
- « Et
si vous vous endormez dans cet état, est-ce la meme chose qu'a l'état de veille
?
- « Oh
non ! car maintenant ce sont les jambes et le corps qui s'endorment les
premiers, de sorte que je peux bien savoir si j'ai bien dormi ou non, tandis
qu'en m'endormant a l'état de veille, je m'endors de la tete et je ne sais plus
rien. Et puis, quand je cause étant magnétisée, je me repose tout de meme, et
je peux causer ainsi toute la nuit tandis que si je causais a l'état de veille,
j'aurais la tete fatiguée et somnolente.
« Le 3 décembre.
« Mme
M... est endormie par le regard et retombe dans un sommeil tres profond (aidéie
paralytique).
|
6) Réponds,
si tu m'entends !
|
Action nulle.
|
« Je
pose la meme question de vive voix. Elle n'entend pas. Un moment apres, elle
s'agite un peu.
- « Vous
ne m'avez pas entendu tout a l'heure ? Non. - Pourquoi ? - Parce que mon
sommeil était trop profond. - Y aura-t-il une attaque ce soir ? Non. »
« Je
laisse donc la malade a elle-meme et quelques minutes apres, je recommence les
expériences.
|
7) Donne la main
droite !
(Donne la main !)
(N'importe laquelle !)
|
Froncement des sourcils.
== 0.
Elle donne la main gauche.
|
« Si je
lui parle en ce moment en la touchant, elle me répond ; si je lui parle sans la
toucher, elle n'entend que des sons incompréhensibles.
« Je lui
dis que je suis obligé de m'absenter pour un quart d'heure, mais une fois,
dehors j'essaye de l'appeler mentalement.
|
Viens a moi !
|
Froncement des sourcils.
Une agitation générale.
|
« En ce moment l'expérience est interrompue
par un accident curieux. L'action a distance provoque chez elle une
hyperesthésie générale et dans cet état « elle se sent incommodée par quelque
chose a sa droite », une « odeur insupportable l'épouvante », un « bruit
imaginaire, provoqué par l'irritation et la congestion cérébrale, l'empeche de
m'entendre ». Il m'a semblé, dit-elle, que je devais me lever et circuler :
mais cette atmosphere horrible m'étouffait. « Cela m'empechait... cela
ne vous aime pas, mais cela a honte
de l’avouer.»
- «
Qu'est-ce donc ? - je ne sais pas, mais délivrez-moi de cela... »
«
Elle fait des gestes répulsifs a
droite.
« Mais
nous ne voyons rien d'extraordinaire dans cette direction.
« Enfin
je remarque que, sur le guéridon des fleurs, se trouve une plante nouvelle. Je
l'enleve.
- «
Ah ! Enfin, dit la malade, merci, j'ai failli avoir une attaque.
« Cette
plante a été apportée le jour meme par une de ses amies qu'elle aime beaucoup a
l'état normal, mais qu'elle ne peut pas supporter en somnambulisme, meme a une
distance de plusieurs metres. Je le savais déja, car j'ai assisté a une attaque
épouvantable provoquée uniquement par la présence de cette personne, mais je ne
pouvais pas m'imaginer qu'un objet lui
ayant appartenu aurait la meme influence. J'ai cru d'abord a l'action de
l'odeur de cette plante, mais elle n'en avait guere. Alors j'ai fait plusieurs
expériences avec des objets provenant de cette personne et melés aux autres. Je
plaçai par exemple a côté de la malade, mais assez loin, sur le canapé, un
rouleau de musique apporté par cette, meme personne. Des qu'elle l'eut effeuré
de sa main, en faisant un geste, elle s'en éloigna vivement en demandant
qu'est-ce qui lui faisait tant de mal. De meme pour tous les autres objets.
Elle n'a jamais deviné ce que c'était, mais elle ressentait toujours une
influence antipathique. Meme une carte, provenant de cette personne et melée a
plusieurs autres, fut rejetée comme « désagréable
».
« Je
dois ajouter que cette jeune personne aimait beaucoup Mme M... et qu'elle était
jalouse de l'influence que j'exerçais sur mon sujet.
« Le 5 décembre.
|
8) Un essai dans l'état de somnambulisme actif gai.
|
Action nulle.
(Elle est a moitié réveillée.)
Ou
est-elle, Marie ?
|
« Elle
doit faire un travail ennuyeux. Je crois qu'elle ne pense a rien, car je ne la sens pas.
« (Notre
malade, en s'éveillant, passe momentanément par un état monoidéique
transitoire, et alors elle sent toujours bien l'état mental des personnes qui
l'entourent. Elle dit : « Pourquoi avez-vous plus de confiance aujourd'hui ?
Pourquoi est-elle si inquiete - ou contente ? » Etc. Une fois réveillée
completement, elle n'a plus cette sensation.)
« En
voulant m'asseoir derriere la table, je faillis tomber, a cause de la chaise,
qui était plus basse que je m'y attendais. La malade pousse un cri, je lui
demande :
-« Qu'y
a-t-il ?
-« Il
m'a semblé que quelque chose s'effondre
sous moi.
« Si
l'on me pince, elle s'en plaint, sans cependant savoir que c'est moi qui
souffre. Je l'informe que je désire lui poser quelques questions. - « Alors,
endormez-moi un peu plus », dit-elle. Je fais quelques passes devant ses yeux.
Elle est en ce moment dans le somnambulisme
passif c'est-a-dire qu'elle répond facilement et largement a toutes les-
questions posées par moi (et seulement par moi), mais ne parle pas d'elle-meme.
- «
Pouvez-vous me dire a quel degré du sommeil tres profond vous subissez l'action
de mes pensées (pour la malade, chaque partie du corps peut etre endormie ou
réveillée séparément) et quand je ne puis penser par moi-meme.
- « Mais
alors, si je vous ordonne de vous lever, vous ne pourrez pas le faire ?
- «
Toute seule, non, mais si vous le voulez fortement, quelque chose va me
soulever.
- «
Savez-vous par avance ce que j'exige de vous ?
- « Non,
mais ça me pousse, aussi j'aime mieux quand vous divisez votre pensée... Je ne
peux pas la saisir tout entiere ; je n'entends pas les mots, je crois que vous
pourriez penser dans n'importe quelle langue, je sens seulement une impulsion
qui m'envahit et finit par me dominer.
« En ce
moment, je donne quelques explications a mlle Mar
«
Avez-vous entendu ce que je viens de dire ?
- « Je
vous ai entendu parler, mais je n'ai rien saisi, car vous n'avez pas en
l'intention d'etre entendu par moi.
-
« Si je ne vous adresse pas la parole, que faites-vous mentalement ?
Pensez-vous a quelque chose ?
-
« Lorsque je dors légerement comme a présent, je peux bien penser, si vous etes pres de moi ; - mais si
vous vous éloignez, il se fait un revirement dans ma tete, comme si vous me
laissiez dans une chambre obscure.
- « Et
si je vous endormais plus fort.
« Alors
je ne saurais plus rien et si vous me quittiez, je resterais comme cela, sans
en souffrir.
- « Quel
est dont l’état dans lequel, d'apres votre avis, l'action de la pensée est la
plus facile ?
- « Il
faut pour cela que le sommeil soit tres
fort, mais que je vous entende tout de meme.
- « A
vrai dire, je vous entends toujours, ou au moins je le crois (évidemment la
somnambule ne pouvait pas savoir si elle m'entendait dans l'état complet
d'aidéisme), seulement quelquefois je n'entends que des mots détachés, par
exemple : vous me posez la question : « M'entendez-vous en ce moment ? » Et je
n'entends, moi, que : « entendez... moment », ou bien encore j'entends tous les
mots, mais chaque mot isolé, de sorte
que, quand vous etes au bout d'une phrase, j'en
ai déja oublié le commencement. Les premiers mots se sont enfuis (monoidéisme).
Et puis aussi, quelquefois, je vous entends et vous comprends bien, mais je
n'ai pas la force de répondre.
-
« Et dans
l'état ou vous etes en ce moment, pourriez-vous saisir ma pensée ?
-
« Non.
(Expérience.)
|
Réveillez-vous !
|
Action nulle.
|
« Mais,
quelques minutes apres, elle me dit d'elle-meme : « Réveillez-moi » - et alors
j'ai pu la réveiller a distance. (Une simple assertion ne lui a jamais suffi
pour le réveil.)
« Le 7 décembre.
« La
malade est dans l'état d'aidéie en
partie tétanique (les bras
contracturés, les jambes un peu raides).
|
« Se lever, aller au
piano, prendre une boîte d'allumettes, me les apporter, allumer l'une
d'elles, retourner a sa place.
(Va au piano !)
(Retourne !)
(encore en arriere!)
Je l'arrete par la main.
(Plus bas !)
(Plus bas !)
(Prends la boîte !)
(Prends la boîte !)
(Viens a moi !)
(Allume !)
(Allume !)
(Allume !)
(Retourne a ta place !)
11) Rapprocher la main droite de mes levres.
(Leve-la!)
(Leve-la !)
(Donne a embrasser !)
(C'est pas ça ! a ma bouche !)
(Aux levres!)
|
Elle se leve
avec difficulté.
S'approche de moi.
Elle va au piano.
Mais passe devant.
Elle revient.
Elle s'avance vers la porte.
Elle revient au piano.
Cherche trop haut.
= 0.
Sa main s'abaisse.
Elle touche la boîte, puis recule.
Elle la touche de nouveau et la prend.
Elle vient a moi.
Elle veut me passer la boîte.
EIle retire une allumette.
Elle l'allume.
Elle retourne a sa place.
Sa main droite s'agite.
= 0.
Elle leve la main.
Elle rapproche sa main de son visage - retire
sa cravate.
Elle rapproche
sa main droite de ma tete.
Elle l'approche de mes
levres.
|
« Le 9 décembre.
« La
malade dort bien ! l'état aidéique
avec tendances aux contractures.
|
12) Se coucher sur le côté droit.
Je supprime la contracture a l'aide d'un léger
massage. Je tiens sa main, et a un moment donné j'essaye mentalement de :
13) Provoquer
la contracture dans le bras gauche.
14) Couche-toi !
|
= 0.
Elle se souleve et s'arrete contracturée de
tout le corps, peut-etre sous l'influence du regard, car je la regardais fixement.
Le bras gauche se raidit
presque instantanément.
Action nulle.
|
« En ce moment il a y une hyperacousie, le moindre bruit l'irrite,
puis elle retombe de nouveau dans l'immobilité générale.
-
« Je n'entends pas bien vos pensées, dit-elle subitement, parce que je dors ou de trop, ou pas
assez.
«
L'ouverture de l'oil gauche provoque la catalepsie dans le bras droit, puis
dans les deux.
«
L'ouverture de l'oil droit ne provoque rien du tout.
|
15) Se gratter les joues.
|
Action nulle.
|
« En ce
moment, une allumette, allumée vivement devant un oil ouvert expres, ne
provoque aucun réflexe. La contraction de la pupille meme n'est pas aussi
sensible que d'habitude, tandis que, tout a l'heure, la contraction a été
presque normale et la malade disait voir « un peu de clarté ». Maintenant elle
affirme ne rien voir. Je la réveille, elle parait assez bien, mais peu a peu
une attaque se déclare. Je l'arrete en magnétisant de nouveau.
« Le 11décembre.
«
(Expériences en présence de M. l'ingénieur Sosnowski).
« La malade
se porte bien. Je l'endors en deux minutes et démontre les trois états
principaux:
« 1°
L'aidéide (sans pensée, sommeil le plus profond) ;
« 2° La
monoidéie (une seule idée possible) ;
« 3°
La polyidéie (somnambulisme proprement dit).
« Puis,
a l'aide de quelques passes devant les yeux, j'approfondis le sommeil jusqu'au
degré transitoire entre l'aidéie et le monoidéisme. En ce moment, elle m'entend
meme sans attouchement, mais elle reste tout a fait paralysée et insensible.
|
16) Viens
a moi !
Je change de position et je me cache aussi loin
que possible.
17) Donne
la main a M. S. (L'expérience proposée par M. S.)
|
Elle se leve et vient
directement a moi.
Elle étend la main droite
et la donne a M. S...
|
« En ce
moment l'ouverture des yeux ne provoque pas la catalepsie.
«
L'attouchement de M. S., comme de toute autre personne étrangere, lui est tres
désagréable. Elle ne permet meme pas de s'approcher d'elle, a moins d'un
demi-metre de distance. Elle a les yeux bandés. Mes mains provoquent toujours
une attraction ; ayant les jambes contracturées et étant attirées par moi, elle
tombe en arriere, puis se leve, également attirée a distance...
«
Le
18 décembre.
|
18) Un essai dans l'état de somnambulisme actif, avant l'acces.
|
Action nulle.
Quelques minutes apres l'acces éclate.
Alors, je l’endors
fortement pour toute la nuit.
|
« Elle
se réveille tout a fait bien le lendemain.
« Le 27
décembre.
« En
endormant la malade, je prolonge les
passes plus longtemps que d'habitude, car sans les passes elle s'endormait
difficilement. Le sommeil devient tres profond. Elle ne m'entend plus du tout.
Le pouls est faible et inégal, 80 pulsations. La respiration courte,
intermittente. Je la calme par l'imposition de la main sur le creux de
l'estomac.
|
19) Aller
a table prendre un gâteau et me le passer.
(Voyant que le sommeil est trop profond, je «
réveille » les bras et les oreilles,
elle m'entend alors sans que je la touche.)
Je l'arrete.
(Étends le bras !)
(Etends le bras!)
(Plus bas !)
(Prends et donne !)
|
= 0.
Elle se leve.
Vient a moi.
Reste hésitante au milieu de la chambre.
Elle s'approche de la
table.
= 0.
Elle étend le bras.
Elle cherche a côté.
Elle touche les gâteaux
et tressaille.
Elle prend un gâteau et me le donne.
|
« Elle
est visiblement fatiguée ; ses paupieres clignotent.
- «
Pourquoi avez-vous pris un gâteau et pas autre chose ?
- «
Parce que tous les autres objets étaient étrangers
- tandis que les gâteaux m'ont paru bien connus. Mais je ne savais pas que
c'était des gâteaux ; je sentais seulement que c'était quelque chose de moins
repoussant que les autres objets étrangers...
Je ne dormais pas assez (somnambulisme
actif), il ne faut pas me réveiller les oreilles.
«
Quelques minutes apres a eu lieu une expérience d'autant plus curieuse qu'elle
fut tout a fait imprévue. J'étais absorbé dans une pensée personnelle qui
m'inquiétait dans la journée. Malgré son caractere intime, je suis obligé de la
dévoiler ici, pour qu'on puisse comprendre l'expérience.
« Le
traitement de Mme M..., absorbant mon temps, me fit négliger plusieurs
affaires, de sorte que ce jour-ci j'étais fort embarrassé pour une question
d'argent. Le traitement était gratuit et je ne voulais pas que Mme M... se
doutât en quoi que ce soit de mon embarras. Ne pouvant pas la quitter a cause
de la gravité de son état (il y avait toujours des acces de manie de suicide),
ma pensée revenait tout le temps a cette affaire.
« Je
cause avec la malade en plaisantant, mais probablement ma voix trahit
l'inquiétude et a un moment donné, je vois qu'elle devine mes pensées. Elle
s'arrete dans la conversation et devient pensive. Une longue observation me
permet de deviner a mon tour l'idée qui la préoccupe.
« Apres
avoir réfléchi, elle se dit intérieurement :
Il est
embarrassé, il faut lui venir en aide, mais si on me réveille j'oublierai
tout... Comment faire ?...
« Elle
cherche et trouve le moyen. Elle s'ôte une bague du doigt (comme elle avait
l'habitude de le faire quand elle voulait se rappeler quelque chose) et son
visage trahit l'intention de ne pas oublier la signification de cette manouvre.
- « Il
ne faut pas penser a cela, lui dis-je.
- « Si
je le veux, vous ne m'en empecherez pas...» et elle simule l'indifférence pour
m'échapper.
«
Quelques minutes apres, j'aperçois un nouveau travail intérieur sur son visage.
Le sommeil est devenu moins profond, elle revient a son idée et essaye encore
une fois d'esquiver mon influence, en demandant que je la réveille le plus
lentement possible « pour éviter une attaque ».
« Je la
réveille tout doucement, en suggérant la gaîté au réveil.
« Une
fois remise, elle devient pensive, elle se frotte le front.
- « Il
me semble, dit-elle, que je devais me rappeler quelque chose mais je ne sais
quoi. (Elle examine sa bague a plusieurs reprises.) Non ! Je ne me souviens
de rien...
« Elle
est gaie et cause librement avec nous.
« Encore
deux expériences a l'état de veille.
- « 20)
Qu'est-ce que je désire en ce moment ?
- «
C'est vrai, vous désirez quelque chose...
« Elle
cherche autour d'elle, puis me regardant dans les yeux :
- « Vous
voulez un peu de vin pour votre thé. (C'était juste.)
- « 21)
Et maintenant ? (Je voulais qu'elle prenne un gâteau.)
- « Non,
je ne sais plus rien, je ne sens rien.
«
Le 28 décembre.
«
Endormie le matin, elle retrouve son souvenir d'hier, et essaie encore une fois
de le graver dans sa mémoire ; elle trouve pour cela un nouveau moyen. Tout a
coup, lorsque je ne m'y attendais pas, elle s'écrie en prononçant une phrase,
qui ne pouvait pas etre comprise par nous, mais qui, rappelée au réveil, devait
lui susciter dans la pensée le projet conçu la veille ; puis, pour éviter mon
influence, elle se bouche les oreilles et se met a marmotter pour ne pas
m'entendre.
« 22) Je lui ordonne mentalement
d'oublier. Elle se croit victorieuse et demande a etre réveillée lentement.
« Je la
réveille. On lui répete la phrase mnémotechnique
- «
Qu'est-ce que cela veut dire ?
« Je
n'y comprends rien...
« Et
elle n'y pense plus.
« Dans la soirée, un faible acces de
délire se déclare... Elle a l'hallucination d'une personne morte. L'acces se
termine par une contracture générale. Je supprime la contracture. Elle retombe
sur les coussins et reste inerte.
|
23) Leve-toi
et viens a moi !
|
Un peu d'agitation.
= 0.
|
« Elle
dormait en ce moment d'un sommeil tres profond (aidéie paralytique). Elle ne m'entend pas sans attouchement.
|
24) Je
veux que tu m'entendes !
25) Idem. J'excite un peu les oreilles par des
mouvements des doigts qui provoquent habituellement une hyperacousie.
26) Faire
entendre la voix de Mlle X... qu'elle n'entend jamais d'elle-meme.
(Expérience de Puységur.)
Je touche la main de Mlle X ..qui parle.
|
Elle entend le « bruit » de ma voix, mais
ne comprend pas.
Meme effet incomplet je ne pense pas arriver a
etre compris.
Enfin, apres plusieurs minutes, elle m'entend bien.
= 0.
= 0.
Elle entend la voix, comme un chuchotement ou plutôt un
bruit assez fort, mais incompréhensible.
Elle l'entend sans que je touche Mlle X Elle n'entend rien malgré l’attouchement.
|
« Ces
expériences ont été probablement genées par l'état inconstant et pathologique
de la malade. (Quelques minutes apres.)
|
27) Donne
l'autre main !
(Je
tiens sa main gauche).
28) Demande ce que je veux
(sans attouchement).
- Qu'y a-t-il ? Que voulez-vous dire! (A haute
voix.)
29) Ouvre
les yeux et réveille-toi !
|
Agitation dans la main
droite, qui est contracturée.
Elle se souleve un peu.
Elle dirige sa main
droite vers moi, avec
une grande difficulté, car elle est raide.
Elle me la donne, puis retombe tres fatiguée.
= 0.
- Hum...
Quelque chose me poussait a faire une
question... mais je ne sais laquelle... j'ai déja oublié... tout est
embrouillé dans ma tete.
= 0.
Elle remue la tete a droite et a gauche, puis
le bras droit, mais ne se réveille pas.
|
« Elle
était en ce moment absorbée par une reverie
somnambulique qui diminuait la sensibilité. J'essaye de la réveiller par
ordre verbal, mais je n'obtiens qu'une somnolence fatigante, et, au bout, de
plusieurs minutes, je suis obligé de recourir aux passes.
«
Le 31 décembre.
« La
malade se trouve bien. Je provoque facilement les états voulus, je m'arrete a
une phase intermédiaire entre la léthargie aidéique et le monoidéisme. Elle
m'entend, mais moi seulement, et elle est incapable de répondre autrement que
par des signes ou des mots détachés.
|
30) Leve-toi,
va a ton frere et embrasse-le !
|
Elle se leve.
Elle s'avance vers moi
puis recule vers son frere.
Elle tâte en l'air en
cherchant sa tete.
S'arrete devant lui en
hésitant.
Elle se rapproche
lentement et l’embrasse sur le front,
en tressaillant.
|
- «
Pourquoi tressaillez-vous ?
- «
Parce que c'est quelque chose d'étranger... (Elle aime beaucoup son frere.)
« Il y a
eu un acces tres grave dans la soirée, elle s'est blessée plusieurs fois avec
un couteau a la tempe. J'arrive a temps pour prévenir le suicide et je l'endors
avec beaucoup de difficultés, sans qu'elle me reconnaisse. Elle me demande
pardon en somnambulisme, tout en se plaignant de ce que le couteau n'ait pas
été assez tranchant.
« L'état
normal ne revient qu'apres deux heures de sommeil. Les attaques
hystéro-épileptiques ne se renouvellent plus, mais les acces de folie et les
évanouissements sont encore fréquents.
« Le 6
janvier.
« La
malade reste sur le canapé et n'entend rien. Je sors tout doucement pour faire
une expérience a distance.
|
31) Leve-toi
et reste assise en attendant mon retour.
|
Elle fronce les sourcils, sa respiration
devient haletante, mais elle ne bouge pas.
|
«
J'agissais a peine depuis dix minutes, quand on est venu me déranger.
« Elle
n'est pas tres bien ; par conséquent, j'interromps les expériences pour
m'occuper de son état.
« Le 10
janvier.
«
J'endors Mme M... par des passes a distance, c'est a dire sans la toucher.
Puis, j'essaye de :
|
32) Provoquer
le sommeil naturel profond dans Le somnambulisme artificiel
|
Quelques secondes apres le commencement de
l'action mentale, j'entends un
ronflement, les levres s'ouvrent et restent ouvertes.
|
«
Quelques minutes apres, cet état cesse. Je recommence :
|
33) Idem.
(Ouvre la bouche !)
34) Ferme la bouche !
|
Memes signes, moins l'ouverture de la bouche.
Elle ouvre la bouche et dort bien en soufflant.
Action nulle, probablement a cause de la
profondeur du sommeil.
|
« Elle
dort bien toute la nuit.
« Le 11
janvier.
Etat de léthargie aidéique (avec tendance aux
contractures):
|
35) Etends le bras droit.
|
Agitation dans le bras
droit.
Meme phénomene sept fois
de suite.
Un petit mouvement du bras gauche
Le corps se souleve un peu. Retombe.
Elle étend le bras droit.
|
« En ce
moment, elle m'entend, mais elle éprouve de la difficulté a me répondre.
« Elle
reconnaît un objet m'appartenant parmi quatre semblables, en le désignant comme
le mieux connu. (Elle voit pour la premiere fois, mais c'est ainsi qu'elle
nomme toujours ce qui m'appartient, ce que j'ai touché, ou sur quoi j'ai
concentré ma pensée.) Elle rejette un objet parmi cinq semblables ; l'objet
rejeté appartenait a Mlle X ..., dont la présence lui est insupportable. Trois
doigts différents la touchent, elle reconnaît le mien, etc. Elle demande a
boire, on lui approche un verre d'eau de ses levres, mais elle ne sent rien et
demande toujours a boire; si c'est moi qui tiens ce verre, elle le reconnaît
tout de suite, et boit avec plaisir. (Ce phénomene se répétait tous les jours.)
«
Le 14 janvier.
« Mme
M... s'endort difficilement, mais d'un sommeil excessivement profond. Elle ne
m'entend pas encore une demi-heure plus tard. Il n'y a pas de contracture. La
tete n'est pas tres chaude. Les membres ne sont pas froids. Le pouls est assez
régulier, 80 pulsations. De temps en temps, quelques petits tremblements des
doigts. L'hyperexcitabilité neuro-musculaire n'existe pas. Les membres gardent
l'attitude imprimée. Par conséquent, c'est un état d'aidéie cataleptique.
|
36) Je
veux que tu m'entendes.
|
Action nulle. Une minute apres, plusieurs
évanouissements se déclarent.
|
« A
cause de l'état pathologique, on ne doit tirer aucune conclusion de cet échec
dans l'état d'aidéie cataleptique. Peu a peu, elle passe d'elle-meme dans le
délire somnambulique. Une heure apres, agissant plus fort j'obtiens un
somnambulisme calme.
|
37) Dors bien toute la
nuit !
|
Elle dort bien toute la nuit.
|
« Elle
se réveille tout a fait bien, sauf une amblyopie passagere.
«
Le 18 janvier.
L'amélioration
de la santé de Mme M... me permet de faire quelques nouvelles expériences. Je
l'endors comme d'habitude. Ensuite, j'endors son frere, qui reste immobile dans
un fauteuil au milieu de la chambre. Il est dans un état d'aidéie paralytique
légere, facile a dissiper, mais d'ou il ne peut sortir par lui-meme. Mme M...
reste sur le canapé au fond de la chambre, en somnambulisme passif. A l'aide de
quelques passes, je rends le sommeil plus profond (un peu trop profond meme) et
je m'éloigne pour commencer les expériences.
|
38) Se
lever et puis se mettre a genoux au milieu de la chambre.
Je la prends par la main,
Mets toi a genoux !
|
= 0
Elle s'agite. (Elle a constaté qu'elle dormait tres
bien, lorsque quelque chose 1a réveilla.)
Elle se leve et marche
vers le milieu de la chambre, ou elle rencontre son frere endormi. Cette fois-ci, elle ne tressaille point, au
contraire, elle le tâte avec une certaine satisfaction et un peu
d'étonnement.
Puis elle retourne sur le canapé et s'assied.
Apres deux minutes d'hésitation, elle s'agenouille.
|
« Elle
raconte ensuite que c'est son frere endormi qui l'avait dépistée.
« Je ne
savais que faire, je vous sentais la et la. Ça m'a troublée... Il y avait « un
autre vous » au milieu de la chambre.
- «
Comment, un autre moi ?
- « Quelque chose qui était vous... Je ne sais
pas... mais ça m'a troublée.
«
Le 24janvier.
« Elle
est endormie sur le fauteuil (aidéie
puis monoidéisme),
|
39) Souffler
une bougie sur le piano.
Elle se tient si pres de la bougie que je la
souffle moi-meme de peur que sa robe ne prenne feu.
(Donne la bougie !)
40) Donne la main gauche!
(Je la tiens par la main droite.)
41) Viens a moi !
Cette expérience a été faite avec beaucoup de
précaution ; la somnambule ne savait pas que j'étais parti et j'agissais a
distance de plusieurs metres, du fond du couloir.
|
Elle se leve. Se dirige
vers moi, puis vers le piano.
Touche la musique en tâtant.
Retire la bobeche.
Retire la bougie et me
l'apporte.
Elle leve la main gauche
et me la donne.
Froncement des sourcils.
Elle se leve.
Etend le bras droit,
s'avance, ouvre la porte et va directement dans le couloir, ou je me précipite a sa rencontre.
|
« Elle
manifeste une satisfaction en rencontrant ma main, puis retourne lentement au
salon.
« J'ai
fait ce soir encore deux expériences, pour vérifier l'action magnétique
personnelle. J'ai déja mentionné que, chaque fois que la malade touchait un
objet ou une personne « étrangere », c'est-a-dire en dehors de mon influence,
il y avait un tressaillement et une répulsion instinctive. C'est ce que j'ai voulu
vérifier. J'ai invité son frere a s'asseoir insensiblement non loin d'elle et
un peu en arriere ; puis, en exerçant une action attractive sur un bras de la
malade, je l'ai dirigé de façon a toucher par hasard le bras de son frere. Il y
eut un tressaillement répulsif, et cette expérience répétée a donné toujours le
meme résultat. Ensuite j'ai endormi le frere a la meme place, a l'insu du
sujet, et j'ai recommencé l'attraction. Elle était forcée de toucher son frere
plusieurs fois, mais la répulsion ne se
manifesta plus.
«
Le 4 février.
« En se
réveillant, elle manifeste, comme d'habitude, sa sensibilité vis-a-vis les
états psychiques des assistants.
- « Je
suis toute colere contre Marie.
- «
Pourquoi cela ?
« Parce
que tout le temps elle a cherché un moyen de m'arreter encore, et il faut
absolument que je parte. (C'était exact.)
«
Le 5 février.
« Le
point hystérogene sous la clavicule gauche n'existe plus. Mais elle ne sent pas
encore la chaleur de ma main derriere la tete (point délirogene). Cependant, en
somnambulisme, la sensibilité est déja normale. La magnétisation arrete un
commencement d'acces de délire. Aidéie, 82 pulsations. Apres trente minutes de
cet état, la tete se refroidit. Quelques minutes apres, le somnambulisme passif
se déclare, puis le somnambulisme actif. Alors elle demande que je lui réveille
« tout le corps, sauf le devant de la tete ». Dans cet état, elle manifeste une
sensibilité tres grande. Elle sent tout, mais éprouve une difficulté a
réfléchir.
« Si on me pince ou frappe, cela lui fait mal.
Elle décrit parfaitement mon état mental, ou plutôt mes sensations.
L'attouchement d'une personne étrangere est encore désagréable. Je me pince
moi-meme.
- « Je
n'aime pas cela, dit-elle.
« En
général, elle n'est pas obéissante dans cet état; malgré la transmission des
sensations, elle est pour cela trop irascible. Elle subit l'influence de mes
sensations, mais non de ma volonté. Le souvenir persiste ou a peu pres.
« Une
heure apres, cet état se dissipe, et elle s'endort de son sommeil normal.
« Je
m'arrete la. L'histoire de cette malade a été des plus instructives pour moi.
J'ai sur elle un volume entier de notes, prises sur le vif, et ayant trait a
plusieurs autres questions, parmi lesquelles la question thérapeutique occupe
le premier rang.
« Puis
vient celle de la suggestion mentale, celle de l'action physique, celle des
phases hypnotiques et quelques autres de moindre importance.
« J'ai
omis a dessein tout ce qui n'avait pas de rapport direct avec la transmission
psychique, pour ne pas compliquer la tâche du lecteur, qui en aura assez s'il
veut bien examiner les détails donnés, avec l'attention nécessaire.
« Je
n'ai rien omis, au contraire, de ce qui avait trait a notre sujet principal.
J'ai cité toutes les expériences,
meme celles qui devaient manquer forcément ou qui ne pouvaient réussir qu'en
partie, a cause des circonstances accidentelles. Aussi l'aspect général de ce
récit sera moins concluant pour le lecteur qu'il ne l'est pour moi - « J'ai
enfin eu l'impression personnelle, si
longtemps recherchée, d'une action vraie, directe, indubitable. J'étais bien
sur qu'il n'y avait la ni coincidence fortuite, ni suggestion par attitude, ni
autre cause d'erreur possible. La ou ces influences s'ajoutaient momentanément,
je les ai indiquées, et le lecteur saura les apprécier lui-meme, d'apres les
principes exposés ci-dessus. Mais ce qui a pu échapper au lecteur, précisément
a cause de la façon toute objective de cet exposé, c'est qu'a partir de la
deuxieme semaine, j'étais déja maître du phénomene, et que si, parmi les
expériences postérieures, il y a encore eu des échecs, c'est uniquement parce
que j'ai voulu vérifier l'impossibilité ou la difficulté de réussir dans
certaines phases hypnotiques. Des que j'avais provoqué par avance la phase du sommeil,
favorable a ces essais, ils réussissaient toujours. Le lecteur ne sera pas
étonné de la satisfaction profonde que me procura cette découverte. Pour moi un
phénomene n'est pas un fait scientifique si on est obligé de l'accepter
purement et simplement comme un accident, bien vu, bien contrôlé, mais qui est
venu on ne sait comment, et qui ne se renouvelle pas, on ne sait pourquoi. »
« Le
vrai moment de la suggestion mentale, dit Ochorowicz, c'est la limite entre l'état aidéique et le monoidéisme passif. »
Voici ce
que cet auteur entend par ces mots :
Etat aidéique : sommeil profond durant lequel le sujet se
trouve dans une sorte d'inertie psychique, c'est-a-dire sans aucune idée.
Monoidéisme passif : sommeil moins profond dans lequel l'activité
psychique n'est caractérisée que par une seule
idée suggérée.
En 1869,
le docteur Dusart, ancien interne des hôpitaux de Paris, fit, sur une de ses
clientes, des expériences curieuses, publiées dans la Tribune médicale (nos des 16 et 30 mai 1875).
« Il
s'agit d'une jeune fille de quatorze ans, a laquelle M. Dusart fut appelé, en
1869, a donner des soins pour des troubles hystériques graves ; paralysie de la
vue et de l'odorat, perversion du gout, abolition des mouvements et de la
sensibilité dans le bras droit et dans les deux jambes, osophagisme,
rachialgie, tendance au suicide. Voici comment M. Dusart eut l'idée d'endormir
sa malade : « Le spasme de osophage était tel qu'il fallait la nourrir a la
sonde ; mais dominée par des idées de suicide, elle engage, chaque fois avec
nous, une lutte acharnée pour s'opposer a l'introduction de tout aliment. Nous
devons etre trois, souvent quatre, pour triompher de sa résistance. Les
aliments introduits, la malade fait des haut-le-corps, des efforts de
vomissements, crache d'une façon continue et pousse des hurlements pendant
plusieurs heures. Les parents, dont l'intelligence est au-dessous de la moyenne
et qui sont imbus de préjugés, s'opposent a l'emploi des stupéfiants et de tout
agent susceptible d'apporter du calme. Dans de telles conditions, la malade
dépérit rapidement et, nous donne de vives inquiétudes. Cette lutte pour
l'alimentation dure depuis les premiers jours de juin jusqu'a la fin d'octobre.
C'est alors que je proposai a la famille un moyen, auquel je songeais depuis
quelque temps, le sommeil magnétique.
Toutes mes notions sur le magnétisme se bornaient aux quelques souvenirs que
j'avais conservés lors de mon passage comme interne dans le service d'Azan.
J'avais souvent vu ce médecin endormir une hystérique et je me disais que
j'améliorerais sans doute beaucoup la situation de Mle J. si je pouvais assurer
sa digestion en provoquant apres chaque repas un état de sommeil, ou, tout au
moins, de calme suffisant. » M. Dusart essaya donc de l'endormir au moyen de
passes, comme il avait vu faire Azan il réussit et put facilement alimenter sa
malade. C'est en se demandant comment se produisait ce sommeil qu'il fut amené
a observer les phénomenes suivants : « J'ai observé que quand, en faisant des
passes, je me laissais distraire par la conversation des parents, je ne
parvenais jamais a produire un sommeil suffisant, meme apres un long espace de
temps. Il fallut donc faire une large part a l'intervention de ma volonté » (et
de la distraction du sujet). « Mais celle-ci suffisait-elle sans le secours
d'aucune manifestation extérieure ? Voila ce que je voulus savoir. A cet effet,
j'arrive un jour avant l'heure fixée la veille pour le réveil et, sans regarder
la malade, sans faire un geste, je lui donne mentalement l'ordre de s'éveiller : je suis aussitôt obéi. A ma volonté, le
délire et les cris commencent. Je m'assieds alors devant le feu, le dos au lit
de la malade, laquelle avait la face tournée vers la porte de la chambre, je
cause avec les personnes présentes, sans paraître m'occuper des cris de Mlle
J., puis, a un moment donné, sans que personne se fut aperçu de ce qui se
passait en moi, je donne l'ordre mental du sommeil, et celui-ci se produit.
Plus de cent fois l'expérience fut faite et variée de diverses façons : l'ordre
mental était donné sur un signe que me faisait le DrX... et toujours l'effet se
produisait. Un jour j'arrive lorsque la malade était éveillée et en plein
délire ; elle continue, malgré ma présence, a crier et a s'agiter, je m'assieds
et j'attends que le Dr X... me donne le signal. Aussitôt celui-ci donné et
l'ordre mental formulé, la malade se tait et s'endort. « Vous saviez que
j'étais la depuis quelque temps ? Non, Monsieur, je ne me suis aperçue de votre
présence qu'en sentant le sommeil me gagner ; j'ai eu alors conscience que vous étiez devant le feu. »
« Je
donnais chaque jour, avant de partir, l'ordre de dormir jusqu'au lendemain a
une heure déterminée. Un jour, je pars, oubliant cette précaution, j'étais a
700 metres quand je m'en aperçus. Ne pouvant retourner sur mes pas, je me dis
que peut-etre mon ordre serait entendu malgré la distance, puisque, a un ou 2
metres, un ordre mental était exécuté. En conséquence, je formule l'ordre de
dormir jusqu'au lendemain huit heures, et je poursuis mon chemin. Le lendemain,
j'arrive a 7 heures et demie, la malade dormait. « Comment se fait-il que vous
dormiez encore ? - Mais, Monsieur, je vous obéis. - Vous vous trompez ; je suis
parti sans vous donner aucun ordre. C'est vrai ; mais, cinq minutes apres, je
vous ai parfaitement entendu me dire de dormir jusqu'a 8 heures. Or, il n'est
pas encore 8 heures. Cette derniere heure était celle que j'indiquais
ordinairement. Il était possible que l'habitude fut la cause d'une illusion et
qu'il n'y eut ici qu'une simple coincidence. Pour en avoir le cour net et ne
laisser prise a aucun doute, je commandai a la malade de dormir jusqu'a ce
qu'elle reçut l'ordre de s'éveiller. Dans la journée, ayant trouvé un
intervalle libre, je résolus de compléter l'expérience. Je pars de chez moi (7
kilometres de distance) en donnant l'ordre du réveil. Je constate qu'il est
deux heures. J'arrive et trouve la malade éveillée ; les parents, sur ma
recommandation, avaient noté l'heure exacte du réveil. C'était rigoureusement
celle a laquelle j'avais donné l'ordre. Cette expérience, plusieurs fois
renouvelée, a des heures différentes, eut toujours le meme résultat. »
« Le ler
janvier, je suspendis mes visites et cessai toute relation avec la famille. Je
n'en avais plus entendu parler, lorsque, le 12, faisant des courses dans une
direction opposée et me trouvant a 10 kilometres de la malade, je me demandai
si, malgré la distance, la cessation de tous rapports et l'intervention d'une
tierce personne (le pere magnétisant désormais sa fille), il me serait encore
possible de me faire obéir.
Je défends a la malade de se laisser endormir; puis, une demi-heure apres,
réfléchissant que si, par extraordinaire, j'étais obéi, cela pourrait causer
préjudice a cette malheureuse fille, je leve la défense et cesse d'y penser. Je
fus fort surpris lorsque, le lendemain, a 6 heures du matin, je vis arriver
chez moi un expres portant une lettre du pere de Mlle J... Celui-ci me disait
que la veille, 12 a 10 heures du matin, il n'était arrivé a endormir sa fille
qu'apres une lutte prolongée et tres douloureuse. La malade, une fois endormie,
avait, déclaré que, si elle avait résisté, c'était sur mon ordre et qu'elle ne
s'était endormie que quand je l'avais permis. Ces déclarations avaient été
faites vis-a-vis des témoins auxquels le pere avait fait signer les notes qui
les contenaient. J'ai conservé cette lettre, dont M... me confirma plus tard le
contenu, en ajoutant quelques détails circonstanciés.
Voila de
remarquables expériences.
Le
professeur Ch. Richet, pendant qu'il était interne a l'hôpital Beaujon, eut
l'occasion d'expérimenter un sujet apte a ces phénomenes.
« Un
jour, raconte M. Richet, étant avec mes collegues a la salle de garde, a
déjeuner, notre confrere M. Landouzy, alors interne comme moi a l'hôpital
Beaujon, était présent ; j'assurai que je pouvais endormir une malade a
distance et que je la ferais venir a la salle de garde ou nous étions, rien que
par un acte de ma volonté ! Mais, au bout de dix minutes, personne n'étant
venu, l'expérience fut considérée comme ayant échoué. En réalité, l'expérience
n'avait pas échoué, car, quelque temps apres, on vint me prévenir que la malade
se promenait dans les couloirs endormie,
cherchant a me parler et ne me trouvant pas ; et en effet, il en était ainsi,
sans que je puisse de sa part obtenir d'autre réponse pour expliquer son
sommeil et cette promenade vagabonde, sinon qu'elle désirait me parler.
« Une
autre fois, dit encore le meme auteur, j'ai répété cette expérience en la
variant de la maniere suivante : je priai deux de mes collegues de se rendre
dans la salle, sous le prétexte d'examiner une malade quelconque ; en réalité,
afin d'observer comment se comporterait le no11, que j'aurais, a ce
moment l'intention d'endormir. Quelque temps apres, ils vinrent me dire que l'expérience
avait échoué. Cependant, cette fois encore, elle avait réussi, car on s'était
trompé en désignant a la place du no11 la malade voisine, qui
naturellement était restée éveillée, tandis que le n°11 s'était effectivement
endormi. »
Le
docteur Héricourt cite les faits ci-dessous :
«
L'observation que je rapporte ici (c'est M. le Dr Héricourt qui parle) date de
l'année 1878, époque a laquelle je l'ai communiquée a mon ami M. Charles
Richet, qui l'a gardée fidelement et prudemment dans ses cartons, pour des
raisons faciles a comprendre. Il s'agit d'une jeune femme de vingt-quatre ans,
d'or
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