CHAPITRE X
Lesinconvénients du magnétisme. — Les méthodes qui peuvent venir en aide a la
pratique magnétique. — La médecine éclectique La thérapeutique de l'avenir.
Ce aérait ma! nous comprendre que de noua croire le champion détermine du
magnétisme. N'appartenant A aucune ecole — bien qu'attache a plusieurs par des
liens qui nous sont chers — indépendant de tout secte, de toute coterie, de
toute chapelle, il nous est loisible d'étudier les choses sans parti pris et de
dire librement tout ce que nous en pensons. Il est évident que nous pouvons
nous tromper; cela doit même nous arriver souvent, puisque c'est le sort commun
de tout homme en ce monde
mais, précisément parce que nous ne sommes inféodé à personne, nousest tout aussi facile de reconnaître,
d'avouer et de réparer nos propres erreurs que de signaler celles que nous
croyons voir en autrui. Si nous faisions partie intégrante d'une chaîne
quelconque, autre que la grande chaîne qui lie invinciblement tous les hommes,
nous serions forcé d'être toujours du même avis que nos camarades de chaîne et,
pour l'honneur de clocher de soutenir mordicus tout ce que nousaurions dit nous-même.
Mais ce petit cléricalisme n'a jamais été de notre goût, et nous aimons
infiniment mieux cette formule : Tous pour chacun et chacun pour tous (et
non pas seulement pour quelques-uns) que cette autre : Hors de chez nous,
point de salut. On nous a dit que c'était là du socialisme; peut-être bien
; nous n'avons jamais rien compris à la politique.
Mais ce que nous comprenons très bien, c'est qa'un écrivain a
l'impérieux devoir de dire à ses lecteurs tout ce qu'il croit être la vérité.
Si nous ne disions que du bien du magnétisme, nous tromperions ceux qui veulent
bien consacrer un de leur temps à parcourir ces pages ; quelques d'entre eux, des malades,
par exemples pourraient, quoique nous en ayions déjà dit, être portes à croire
qu'ils y trouveront le remède a tous les maux, et
concevoir des espérances desquelles l'événement viendrait peut-être leur
montrer la fausseté. Nous ne voulons pas encourir la responsabilité de
pareilles désillusions, et, très franchement, apres avoir essayé de montrer les
grands avantages que le magnétisme sembla avoir sur la médecine officielle,
nous venons dire : le magnétisme aaussi des inconvénient. Le premier de
ces inconvénients, c'est, nous l'avons expliqué, le magnétiseur, qui peut être
malade moralement ou physiquement et mêler ainsi à l'effluve qu'il projette sur
son sujet des vibrations on des molécules malsaines ; nous avons dit aussi
qu'on pouvait remédier à cet inconvénient en se servant, pour magnétiser, de
végétaux ou d'aimants, ou encore de l'électricite statique ou dynamique. Mais
ce remède lui-même a l'inconvénient de fournir un effluve ecténique moins
assimilable par le sujet; c'est, si l'on veut, un pis-aller ; pourtant, a cotre
avis, il est préférable de s'y résigner lorsqu'on n'est pas
certain de 1a bonne santé et de
la parfaite moralïté de son magnétiseur. De plus, la magnétisation par aimants
on végétaux a l'avantage de fie pas exposer le magnétiseur lui-même à être
tontaminé par ses malades; cette contamination possible n'est pas une vaine
chimère, malgré les protestations de certains magnétiseurs sans doute
intéressés : les expériences des docteurs Luys et Encasusse l'ont
surabondamment prouvé ; en effet, après avoir obtenu la guérison de plusieurs
maladies nerveuses ou mentales au moyen de leurs couronnes aimantées, ces
messieurs eurent l'idée de voir ce que pourraient produire sur un sujet bien
portant ces mêmes couronnes qui avaient servi au traitement des malades. Quelle
ne fut pas leur surprise en constatant que les sujets bien partants
manifestaient après aimantation les mêmes symptômes que les malades
précédemment traités 1 Celui-ci la paralysie, cet autre la monomanie du
suicide, etc.; ils étaient bel et bien contaminés par l'aimant, et il fallut
tes guérir comme si la maladie leur était venne naturellement. Pourquoi donc
n'en serait-il pas de même du magnétiseur ? Il a d'autant plus de chance de gagner
les maladies qu'il soigne que les effluves nerveux émis par
le malade sont plut assimilablés pour son organisme que pour l'aimant ; il est
vrai que, par ses réactions propres, son: organisme peut lutter contre ces
maladies, ce que ne peut pas faire l'aimant.
Le second invénient du magnétisme est qu'on ne le.
connaît pas encore bien; cela n'a rien d'étonnant, mais enfin cela est, et l'on
doit en tenir compte. Toutefois, cet inconvénient, qui est très grave pour un
nouveau remède de pharmacie, est atténué, en ce qui concerne le magnétisme, par
ce fait que, si les phénomènes sont encore peu étudiés, la théorie existe, tout
au contraire de ce qui a lieu pour la médecine; et, bien que nous soyions plus
partisan de la pratique pure que de la théorie pure, cependant nous
reconnaissons volontiers que la pratique la plus élémentaire ne peut avoir
quelque succès que si elle est guidée par une méthode quelconque ; or, les
méthodes, même quelconques, manquent à la plupart des médecins. Velpeau, dans
le temps, s'en plaignait avec une certaine amertume ; depuis, les choses n'ont pat changé.
Le magnétisme a encore an inconvénient asses grave : c'est de n'être pas
suffisamment efficace contre certaines maladies aiguës. Dans les affections
chroniques, il est excellent, même lorsque le corps est déjà affaibli par tous
les poisons absorbés; mais, contre une attaque de rhumatismes, par exemple, la
vertu du magnétisme est assez vague.
Enfin, un dernier reproche que nous adresserons au magnétisme est de ne pas
être à la portée de chacun. Nous avons dit au chapitre VI : « tout le monde peut magnétiser et tout la monde peut être magnétisé »;
sans doute, en principe; mais, nous avons dit aussi qu'il y & des
degrés et qu'un bon magnétiseur doit avoir l'extériorisation facile ; on a pu
conclure encore de ce que nous avons dit des sujets que tous ne sont pas
également sensibles au magnétisme. Supposez donc en présence un malade peu
sensible et un magnétiseur dont le pouvoir émissif est restreint; que
feront-ils à eux deux ? rien ou presque rien, et, malgré les impositions et les passes, la maladie suivra son cours, tranquillement, comme un bon bourgeois
qui se promène en ses propriétés; le malade se désespérera; le magnétiseur,
agacé, fera des bêtises ; et le magnétisme comptera un adversaire et un renégat
de plus. Ce n'est pourtant pas la faute de Mesmer s'ils n'ont pas la peau faite
pour laisser passer l'effluve ecténique !Mais un maladroit
ignorant n'admet jamais qu'il ait tort et voudrait rendre les autres
responsables de ses bévues.
Que faire, donc, en pareille occurrence? S'adresser à la médecine?
Certainement, mais non pas sans établir des distinctions et sans savoir à
quelle porte on frappe. Il
y a deux sortes de bons
médecins : les spécialistes, qui commencent à se faire très nombreux; et les
éclectistes, très rares, qui, ayant longuement étudié chaque (méthode, en
connaissent les bons et les mauvais cotés et savent donner à chaque maladie le
traitement qui lui est le plus convenable ; puis, il y a la foule des médecins
qui font de la médecine comme on vend du fromage ou comme on gratte du papier,
pour gagner de l'argent, simplement.
et qui pataugent avec placidité dans le cloaque des formulaires,
éclaboussant — impassibles et supérieurs — leurs patients, tantôt d'analgésine
ou d'antipyrine, ou de laudanum, tantôt de sirop de gomme, d'eau de fleur
d'oranger, de pilules de mica panis,
<< Au hasard des doigtés et des causes
heureuse» ! »
Si donc vousaves la chance
de connaître an de ces philosophes indépendants, aux idées larges, à
l'érudition profonde que sont les médecins éclectistes, adressez-vous à lui en
toute confiance ; il fera pour vous tout ce que l'actuelle science humaine
permet de faire. Suivant votre tempérament et votre maladie, il vous appliquera
la méthode allopathique ou homœopathique, il vouspurgera et vous imposera la diète ou il
vous traitera par la dosimétrie, il vous magnétisera on vous électrisera, vous
donnera des douches ou vous fera prendre des baies d'air, voue enverra aux eaux
ou vous prescrira un particulier régime alimentaire; en un mot, il fera pour
vous ce qui devra etre fait ; et si voua n'étes pas guéri, il ne faudra l'attribuer ni à son manque de science, ni a son peu de
zèle.
Mais les éclectistes se rencontrent si peu souvent qu'il vaut mieux ne pas
les chercher, si l'on n'en connaît pas d'avance, et recourir aux soin» des
spécialistes — et, parmi les spécialistes, nous comprenons les magnétiseur». —
Par la connaissance approfondie qu'ils ont de leur méthode, quelle qu'elle
soit, d'ailleurs, ils sont a même d'en tirer tout le parti possible ; un
spécialiste pourra faire, avec les mômes instruments, avec les mêmes remèdes,
avec les mêmes procédés, sur les mêmes malades, dix fois plus de bien qu'un
médecin non spécialiste; et la chose se comprend assez aisément pour qu'il ne
soit pas nécessaire de la développer. L'inconvénient des spécialistes, est
qu'ils voient tout le monde malade de la maladie qu'ils traitent plus
particulièrement ; ainsi un médecin qui s'adonne exclusivement à la cure de la
phtisie affirme que tout le monde est tuberculeux; un professeur qui a obtenu
des succès éclatants contra les maladies d'estomac ou du foie, affirme que tout
le monde souffre de gastrites on de coliques hépatiques on magnétiseur prétend que les forces seules «ont
toujours malades et jamais le corps, etc. Mais et si l'on s'en fiait
aveuglément aux dires des microbiologistes, ce serait bien antre chose S En
n'importe quel individu, un bon microscope dénichera en meme temps les microbes
de la peste, du choléra, do
typhus, de la fièvre jauna, de la tuberculose, 4» la syphilis, de la
rage, de la diphtérie, de la pneumonie... tous les microbes ! Il est très exact
que nous avalons chaque jour, en mangeant,en buvant, en respirant, quelques
milliards de microbes de toutes races, de toutes formes, de toutes couleurs...
Mais qu'est-ce que cela prouve? Il en est de ces aimables petites bêtes commede la semence de l'Evangile : « Une partie tombe sur le
chemin où elle est foulée aux pieds et mangée par les oiseaux du ciel ; une
partie est étouffée dans les buissons ; une partie se dessèche et meurt sur la
pierre ; une partie enfin germe et prospère dans un bon terrain de culture. »
Tant que par des fatigues ou des imprudences nous
ne préparerons pas en notre organisme ce bon terrain de culture indispensable à la fixation et an développement des microbes ils entrent en nous passent
et sortent... s'ils restent, ils meurent, parce que le milieu est impropre à
leur évolution.
Ainsi donc, la meilleure médecine, la médecine de l'avenir serait la
médecine éclectique ? Non ; la médecine éclectique est simplement la moins
mauvaise de toutes les médecines méthodiquer que nous ayons aujourd'hui. Mais
ce n'est pas la médecine idéale. Dans quelques années — ou quelques siècles,
qui sait? — on s'apercevra certainement que ce n'est qu'une forme transitoire
de la science médicale ; la faute en est, non pat aux médecins éclectistes,
mais à l'insuffisance les observations cliniques et à l'incohérence des
procédés thérapeutiques adoptés par les diverses écoles aux principes desquels
l'éclectiste est obligé de recourir.
Pour que cette médecine de l'avenir puisse apparaître, pour que la
véritable science médicale puisse enfin être créée, il faudrait avoir réalisé
des conditions dont on commence à peine à entrevoir la nécessité et qu'en cet
ouvrage nous avons tâché d'indiquer aussi nettement que nous le permettent l'état actuel de la science et nos isibles connaissances
personnelles,
La thérapeutique est basée sur la pathologie, celle-ci sur la physiologie
et l'anatomie; mais la physiologie ne peut exister sans la physique et sans la
psychologie. Or, si l'anatomie est à peu près connue comme fait, la
médecine officielle, maigre les beaux travaux de Malfatti de Monte-reggio et
des docteurs Adrien Péladan et Gérard Encausse, n'en comprend pas encore les
profonds enseignements philosophiques et n'en sait pas tirer les bases de la
théorie indispensable ; d'autre part, la psychologie n'existe pas, même
à l'état embryonnaire et, dans les cours les plus savants, on baptise de ce nom
l'étude (combien défectueuse !) des maladies mentales 1 Quant à la physique,
n'en parles pas aux médecins ; ils s'imaginent que la nature a des lois
différentes pour les corps inorganisés et pour les corps organiques ; de même
qu'il y a cinquante ans à peine, Ils pensaient que la chimie de l'estomac n'est
pas la même que celle des laboratoires! Il est absolument stupéfiant que des
gens intelligents et instruits
puissent en arriver à un tel degré d'aberration. Disons tout de suite, pour leur décharge, que les physiciens
eux-mêmes n'ont pas encore étendu l'application des lois qui réglaient la
matière tangible aux phénomènes dont la matière radiante est le siège ; jusqu'à
présent, les seuls travaux de Young, Fresnel, Crookes, Hertz, Tesla, Lenard,
Van T'Hof, etc., ont jeté quelque jour sur les grands problèmes de la physique
moléculaire, de la stéréochimie, des vibrations, de la matière radiante, sur
quoi sera fondée la physique de demain.
Lorsque tous ces desiderata seront réalisés,, mais seulement alors,
la médecine sera véritablement une science, selon la définition que noue avons
donnée de ce mot dans la Main et tes Mystère»; ce sera la médecine
synthétique que quelques rares esprits progressistes commencent à entrevoir
et qui, dirigeant les procédés divers sur le même but, permettra de combattra
victorieusement toutes les maladies (sauf la vieillesse) prises à temps.
Jusque là, pauvres malades, prenez patience!
FIN
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