CHAPITRE V
Une seule ris; une seule santé; une seule maladie ; un seul remède. — En
quol sent doit s'entendre cot aphorisme de Mesmer. — Le magnétisme ast-il le
remède i tous les maux?
La pensée qui se trouve sa tête de ce chapitre est une des plus profondes
et des plus vrales qu'ait jamais émises Mesmer; elle contient, en tout cas, le
fondement de toute se méthode; mais, en raison même de se profonde vérité, elle
n'a été comprise que des rares penseurs qui ont bien voulu se donner la pelas
d'y rëflechier elle a été plus d'une fois l'objet dessarcasmes des médecins et surtout des pharmaciens, et ca qui est beaucoup plus grave encore, l'objet des
démonstrations d'imprudent enthousiaste de disciples peu instruits.
Nous allons tâcher de l'expliquer.
Une seule vie.
La vie, avons-nous dit, est une suite de phénomènes plus ou moins complexes
qui sont tous du mouvement et se réduisent à une simple question d'équilibre.
Mais qu'est-ce que le mouvement, et qu'est-ce que l'équilibre ?
Le mouvement est l'effet manifesté par la matière d'une cause inaccessible
dans son essence a nos investigations, et qui est la forée.
L'équilibre est le résultat de l'action sur un môme corps de deux
forces égales et de sens contraires.
Mais nous avons vu d'autre part que la fores est unique en son essence et
que les différentes forces ne se distinguent entre elles que par l'amplitude et
la rapidité des vibrations (mouvements) quelles impriment aux moleculesmatérielles.
D'autre part encore, on ami que, lorsque deux forces différentes,
opposées ou de même sens, agissent sur un même corps, chacune d'elles se
comporte comme si elle était seule. Il en résulte que l'équilibre est
l'immobilité d'un corps soumis aux actions égales de deux courants opposés d'une même force.
L'équilibre n'est donc point la vie, puisqu'il est l'immobilité et que la
vie est le mouvement; mais l'équilibre n'est pas la mort non plus, puisque la
mort, un des aspects de la vie, n'est que la décomposition, c'est-à-dire le
résultat de la prédominance permanente de l'un des courants de force sur
l'autre. L'équilibre n'existe dans un organisme vivant tout a fait exceptionnellement et dans des cas
d'une extrême rareté; les fakirs de l'Inde, qui se font enterrer pendant des
mois et ressuscitent ensuite, réalisent cet état d'équilibre qui n'est
ni la mort ni la vie.
Ce n'est donc pas de cet équilibre complet, de cette immobilité parfaite
qu'il peut être question lorsqu'on parle des phénomènes de la vie. L'équilibre
vital est l'expression de la régularité et de la proportionnalité des
mouvements accomplis par l'organisme sous l'influence alternativement
prépondérante des deux grands courants d'action et de réaction.
On comprend, dès lors, que, la force étant une comme la matière, ou que,
plus spécialement, la force qui agit sur telle classe particulière
d'organismes tous constitués de la même manière étant toujours la même, Mesmer
ait pu dire avec vérité que la vie est une, considérée soit dans l'ensemble Je
l'univers, soit dans telle espèce déterminée.
Une seule tante; une seule maladie.
Cette proposition est la consequence naturelle de Ja précédente. Si la vie est le résultat de
l'alternative prépondérance des deux grands courants d'action et de réaction,
il est clair que la vie sera d'autant plus active et paissante que les oscillations
de l'organisme autour de son point d'appui (qui est le milieu ambiant)
seront plus rapides et plus amples; que la vie sera d'autant plus régulière,
c'est-à-dire que la santé sera d'autant meilleure que ces oscillations seront
plus régulières elles-mémes comme rythme et comme amplitude.
Et, réciproquement, la maladie ne pourra en aucun
cas être être attribuée à une autre cause qu'à une modification des
oscillations ; la cadence sera ralentie, ou l'amplitude réduite, ou le
mouvement deviendra irrégulier soit comme temps, mit comme espace
parcouru.
Que la maladie soit interne ou externe, qu'elle provienne de
l'affaiblissement de l'organisme, de l'introduction d'un corps étranger ou de
l'influence d'une force extérieure, la maladie pourra toujours être ramenée à
une irrégularité des oscillations. Et il nous faut remarquer qu'une oscillation
est irrégulière lorsque son rythme et son amplitude ne sont pas en rapport avec
la masse du corps où elle se produit.
Donc, le mot tres juste de Mesmer veut dire que santé est synonyme de régularité et de proportionnalité ; que maladie
signifie irrégularité et disproportionnalité.
Un seul remède.
Si toutes les maladies peuvent se réduire à un seul type de phénomènes,
pourquoi n'en serait-il pas de même des remèdes ?Que l'on emploie de
l'opium, de le, strychnine, de l'antipyrine ou de la rhubarbe et du chiendent,
n'a-t-on pas toujours pour but au moins avoué de guérir, de ramener la santé,
c'est-à-dire la régularité dans le fonctionnement de l'organisme ? Quels que
soient donc les moyens employés, si l'action finale est toujours la même,
Mesmer n'avait pas absolument tort de dire qu'il n'y a qu'un seul remède, c'est-à-dire que
tous les remèdes agissent en fin de compte de la même façon, bien que des
phénomènes accessoires qu'ils provoquent varient avec leur nature propre
et le travail chimique dont ils sont susceptibles. Je ne sais si je me trompe ;
mais je crois que si Mesmer eût pa diriger son école comme il l'aurait voulu,
il n'eût pas condamné sans appel l'emploi des remèdes de la pharmacopée, comme
firent, depuis, boa nombre de ses trop zélés disciples.
Mais, comme le dit trop justement un triste proverbe : « On n'est jamais
trahi que par les siens » ; et je ne crois pas qu'un seul chef d'école puisse
se vanter d'avoir été bien compris de ses plus fidèles amis.
Proclamer que le magnétisme est le remède a tous les maux, que tous les
remèdes des pharmaciens ne peuvent que faire du mal, c'est acca. ser Mesmer
d'une bêtise et d'une étroitess d'idées contre lesquelles ses œuvres et sa vis
tonte entière protestent éloquemment. Mesmer était trop savant, il avait
l'esprit trop large pour «voir jamais la pensée d'énoncer semblable absurdite. Ce qu'il dit, ce qu'il prouva, c'est qu'on ne doit user des
ressources de la pharmacopée qu'avec une extrême prudence, parce que le» remèdes
qu'elle fournit sont dangereux et peu Vent faire, s'ils sont employés mal a
propos, autant et même plus de mal que de bien ; ce qs'il dit et prouva, c'est
que, généralement, les médecins, même ceux qui connaissent le mieux l'anatomie
et la pathologie, n'ont aucune idee de La physiologie, ni surtout de la
thérapeutique et de l'hygiène, et que, par conséquent, ils emploient mal à
propos des remèdes dangereux et font ainsi plus de mal que de bien ; ce qu'il
dit et prouva, c'est que la nature seule peut rétablir l'équilibre compromis
dans un organisme malade, qu'elle a besoin seulement d'être aidée et non
contrariée en violentée; ce qu'il dit et prouva enfin, c'est que le moyen le
meilleur, le plus simple et le plus commode de contribuer à ce rétablissement de
l'équilibre, est ordinairement, non pas de modifier par l'ingestion de poisons
plus ou moins violents la composition du corps inerte, mais bien d'agir
directement sur les forces qui circulent dans ce corps et l'animent.
Lorsqu'une lampe électrique donne trop ou pas assez de lumière, il y a deux
moyens principaux de régulariser son fonctionnement ; 1. Modifier la
constitution de la lampe, augmenter ou diminuer sa résistance, transformer les
différents organes qui la composent; 2° Agir tout simplement sur le courant et
le transmettre a la lampe avec plus ou moins d'intensité et de tension. Le
second moyen est, de toute évidence, le plus expéditif et le plus efficace ; le
plus vulgaire des électriciens le comprend, mais les médecins sont d'un autre
avis ; ils aiment mieux risquer de détraquer la lampe que de tourner la clef du
rhéostat.
Comment la pratique du magnétisme peut-elle contribuer à rétablir
l'équilibre compromis dans un organisme malade ? C'est ce que nous étudierons
au chapitre VII; mais, dès maintenant, nous pouvons établir que toutes les
maladies peuvent se ramener à cinq types principaux :
1° Le corps ne peut plus obéir aux forces ; le» molécules sont disqualifiées,
la machine est usée. Contre cet état, qui est la vieillesse, aucun remède
n'est possible ; à peine peut-on espérer, par l'emploi combiné des stimulants et de la dynamothérapie (médication
des forces — nom que je proposerais de donner au magnétisme curatif—),
prolonger de quelques jours une vie qui s'éteint.
2° Les courants de force (force nerveuse dans notre organisme) sont trop
violents et trop rapides, soit dans un sens, soit dans l'autre, soit dans les
deux sens à la fois ; la nutrition n'est pas elements charriés par le sang n'a plus lieu ; il y a tendance exagere a
l'exteriorisation, à la dissolution.
3° Les courants de force sont trop faibles et trop lents ; là nutrition
ne s'accomplit plus par suite du dépôt de molécules mal digérées ou de
formations nuisibles (graisse, etc.); il y a tendance exagérée a la
concentration.
4° Les courants d'ensemble restant réguliers la force afflue en un point
donné de l'organisme et y provoque des congestions des engorgements, etc.
5° Les courants d'ensemble restant réguliers, la ce cesse d'agir en un point particulier de
l'organisme, lequel point s'atrophie, se. débilite et avorte, en quelque sorte, en un corps
d'ailleurs bien portant.
Le premier type de maladies se rattache donc
exclusivement à la qualité de la matière composant le corps ; les deux suivants
sont du ressort de la mécanique dynamique ; et les deux derniers se
rattachent a la mécanique statique.
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