CHAPITRE IV
Là Polarité. — Les expériences de Reichembach, do Rochas, Dècle et
Chazarain, Bué Durville, Polletior, Luys et Encausse.— Les deux formes de l'od.
— Objection des antipolaristes. — Influence de la volonté.
Action et réaction, tels sont, avons-nous dit, les deux grands mobiles de
l'univers; l'action est polarisée positivement, la réaction est polarisée
négativement. Le corps humain étant le siège de phénomènes qui, comme nous
l'avons fait remarquer, se réduisent tous à une simple question d'équilibre,
c'est-à-dire au feu des forées d'action et de réaction, le corps humain ne peut
manquer d'être polarisé. Un corps polarisé est celui en lequel les forces
et, par suite, les molésules matérielles qui obéissent à ces forces sont
orientées en un certain sens déterminé; dans ta . polarisation des forcée par
réflexion, il y a modification du plan dans lequel s'exécutent les vibrations caractéristique» de
ces forces; quelquefois aussi il y a même modification de l'amplitude et de la rapidité des vibrations.
La polarisation d'un corps, sous l'influence des forces agissant sur le milieu spécial qui constitue ce corps, n'est d'unepas tout à fait semblable à la polarisation d'une force reflechie à la surface d'un corps ; mais ce sont,
neanmoins, deux phénomènes du
même ordre.
Mais pour bien faire comprendra ce qu'est la polarite ('etat d'un corps polarisé), il nous faut recourir a
des exemples familiers.
Lorsqu'un verse de l'eau en haut d'un plan incliné, cette eau coule jusqu'en
bas de ce plan ; et le courant auquel elle donne ainsi naissance est comparable à on courant de fore, à
un courant électrique par exemple, ta point d'où l'eau s'éeoule, a source,
d'ou part la pile, ou,
plutôt, le pôle positif de la pile, d'ou part le courant électrique; le pôle positif est
donc celui où le niveau ou,
pour mieux dire, la pression de l'électricité est plus considérable, et, naturellement, le pôle négatif
est celui où cette pression est moins forte.
Il en est de même pour
les courants de force nerveuse qui circulent dans le corps humain, et les
points où l'on constatera la plus forte pression Ou tension de la force
nerveuse seront les pôles positifs. Pour la plupart des corps organisés, ce
sera la meme chose.
Mais en outre de cette tension plus ou moins forte qui n'est pas
toujours facile à constater, on possède certains autres caractères dont la présence permet d'apprécier la
polarité; par exemple, pour les courants électriques et les aimants, les
positions que prend l'aiguille de la boussole; ou pour l'od (magnétisme
physiologique) les teintes que ses courants revêtent aux yeux des sensitifs, ou
encore les contractures ou résolutions musculaires qu'ils provoquent, etc.
De Reichembach, qui, comme nous l'avons dit, fut, de nos jours, le premier
à s'occuper de polarité, s'en flait aux impressions accusées par ses sensitifs;
c'étaient des personnes douées, normalement, d'une hyperesthésie du sen3 delà vue ; il les
plaçait, tout éveillées et sans les magnétiser, dans une chambre obscure, et,
au bout d'un temps plu» ou moins long, elles voyaient les objets environnante illumines
de lueurs qui sortaient d'eux-memes, leurs tantôt vagues et sans couleurs bien
determinees, tantôt très nettes et bleuse ou d'un jaune-rougeatlre, suivant leur polarite. Ces
experiences sont très faciles a
répéter et ne demandent que de la patience; mais tout le monde n'est pas apte a percevoir ces lueurs (*).
(*) Voir notre etude intituleRecherches sur les conditions
d'Expêrimentation personnelle en Physio-Psychologie, Chamuel., éditeur.
De Reichembach reconnut
ainsi que, le plus souvent, les sensitifs voient en bleu le côté droit du corps humain, le pole
positif d'un aimant, la fleur d'une plante etc; et en rouge le coté gauche le pole negatif, la racine, etc. Il y a plusieurs années, M. de Rochas a repris ces experiences avec le soin et la persévérance nonméthodique qui le
caractérisent; il se servait, non plus de sensitifs a l'etat de veille, mais de sujets
hypnotises, par le moyen desquels il
a constate l'exactitude de la
plupart des faits rapportes par de Reichembach et,
de plus, certaines anomalies fort curieuses dans la perception des couleurs polaires; souvent, par exemple, la perception était inverse de ce qu'elle était
d'ordinaire et le sujet voyait rouge ce qu'il avait vu bleu l'instant d'avant,
ou vice versa; ce phinomème était d'autant plus extraordinaire que dans
le même temps que m produisait
cette inversion, le sujet — qui opérait de préférence dans une demi-obscurité —
continuait de percevoir normalement les couleurs à l'aquarelle dont il se
servait pour reproduire ses visions. Si bien qu'on peut se demander si l'on est
en présence d'un casd'hallucination partielle — fort admissible clans
l'état d'hypnose — ou si, réellement, les
(celles du magnétisme physiologique) peuvent s'inverser.
A peu près à la môme époque, MM. Dècle et
Chazarain, par des procédés bien personnels et fans n'inspirer des travaux
de personne, bien qu'ils se soient intéressés aux études de tous ceux
qui se sont occupés de polarité, obtinrent aussi à peu près les mêmes résultats
que de Reichembach.
Leurs expériences furent confirmées par celles que
M. Bué effectua avec son pendule explorateur. Mais cet expérimentateur ne croit
pas que la découverte de la polarité
toit utils dans la pratique du magnetisme et dans sa longue carriere. il n toujours magnétisé indifféremment
avec l'uneet l'autre main.
Aujourd'hui, le défenseur le plus ardent de la est M. Durville, qui vient d'exposer sa
théorie dans le premier volume de son Traité expérimental de Magnétisme. M.
Durville se sert, commede
Reichembach et comme Decle et Chazarin d'un sensitifs il en utilise le sens du tact plutot que celui de la vue; quelquefois aussi il s'en refere
au goût. Ses expériences, tellesqu'elles sont décrites, nous
semblent présenter un grand intérêt, et nous allons les résumer et tacher de
les interpréter.
Rappelons d'abord brièvement les propriétés du fluide magnetique, dans
ses deux polarites. En premier lieu, que
doit-on entendre par fluide? Est-ce un corps? Est-ce une force? Ni l'un ni l'autre. Le fluide est la matière a l'état radiant (ou ethére, ce qui me semble à peu près synonyme), considere dans les mouvements de translation qu'accomplissent sas molécules sous l'influence des courants de force. Même dans le cas où les fluides semblent
ne pas changer de place (comme dans l'aérosôme ou dans le phénomène — très
simple, d'ailleurs — des apparitions de fantômes (*) on se trouve en
présence de mouvements moléculaires d'une violence extrême.
(*) En février 1892, a la Société
française de Physique, au moyen d'une simple bobine de Rahmakorff, le prof.
Nikola Tesla a obtenu à l'air libre dos fantômes de flamme, aussi réellement
fantomes que des fantôama peuvent être réels.
C'est donc une erreur de dire, ainsi qu'os? l'a fait trop souvent, que le
fluide « est un principe intermédiaire entre la matière et la force qui n'est
ni l'une ni l'autre, mais qui, cependant tient des deux à la fois. » La
physique veut, avant tout, être précise et n'admet pas de défini' tions
amphigouriques comme celle ci-dessus. D'une façon generale, on peut dire que l'état fluidique est caractérisé par les mouvements de translation moléculaire de
la matière gazeuse ou radiante. L'arc qui jaillit entre les deux charbons d'une
lampe électrique est fluidique; mais l'électricité (force immatérielle) n'est
pas un fluide; le charbon volatilisé (matière inerte) n'est pas non plus un fluide (*).
(*) Voir nos études sur La Matiere desŒuvres M'agiques et les Microbes de
t'Astral, d'où ces données sont extraites. — Chamuel,
editeur.
La polarité, nous l'avons vu, n'influe en rien sur l'essence même
delà force considérée; la différence des effets observés ne provient que do mode
actif ou passif en lequel se manifeste cette force ; mais cette différence
est souvent considérable.
Ainsi, le magnétisme physiologique positif parait bleu aux yeux des sensitifs; il donne à l'eau une saveur acidulée, fratche, agreable,qui la fait rechercher de tous les sensitifs; il est généralement plus agréable aux
sujets et « les laisse sous une impression de gaîté et de contentement, tandis
que l'action négative détermine au contraire de la tristesse et de la mélancolie
(*), donne à l'eau un goût alcalin, tiède, fade etnauséeux, et le» effluves négatifs paraissent d'un jaune rougeâtre. Il va
sans dire que, plus le sujet est sensitif, plus ses effets sont accentués.
(*} Traité experimental de
Magnétisme, par Durville.
Or, la plupart des sensitifs, avens-nous dit, voient en bleu :1e pôle
positif de l'aimant ou de la pile, Je côté droit du corps humain et le milieu
de la partie antérieure de la face et du tronc, les fleurs, etc.; on en peut
conclure que ces pointa des corps polarisés sont positifs. De même le pôle
négatif de l'aimant ou de la pile, le côté gauche du corps et le milieu de la
partie postérieure de la tête et du tronc, les racines d'une plante, etc., qui
sont vus avec une couleur rouge, sont polarisés négativement au point de vue du
magnétisme physiologique. Les figures 7 et 8 montrent la distribution de la
polarité dans le corps humain ; on y remarquera que notre machine peut être
conçue comme composée de trois aimants en fer à cheval : l'un ayant ses pôles
aux deux mains et sa ligne neutre au cou ; l'autre, qui est place
perpendiculairement au premier, ayant ses deux pôles au front et à la nuque, et
sa ligne neutre au périnée; et le troisième, de même sens que le premier, ayant
ses pôles aux deux pieds et sa ligne neutre également au périnée.

Fig. 7. Polarité de la partie antérieure du
corps humain.

Fig. 8. Polarité de la partie postérieure du corpshumain.
Une loi de la physique nous enseigne que « les pôles de même nom
(d'un aimant) se repoussent et les pôles de noms contraires s'attirent. » Cest exactement ce qui se
passe avec le magnétisme physiologique; ainsi, lorsque vous présentez 1» main
droite devant la poitrine ou le front d'an sujet, il est repoussé ; si vous lui
placez votre môme main droite entre les omoplates on à la nuque, il est attiré.
Avec là main gauche, les phénomèmes sont exactement les mêmes, maïs en sens
inverse, c'est-a-dire qu'il y
a attraction au front et repulsion a la nuque. Ou'on remplace la main par le pied, par un aimant, par une pile, par une machine électrique ou même par un végétal quelconque, on obtiendra
des résultats analogues.
Mais l'attraction et la répulsion, très sensibles entre aimants, ne sont
qu'un phénomème secondaire avec l'organisme humain. Lorsque, à l'une partie
quelconque du corps, on présente en objet de même polarité, il y a, en cette
même partie : répulsion, sentiment de chaleur et de malaise, excitation
nerveuse, congestion du sang quelquefois visible par la rougeur de la peau,
contracture du membre, et, si l'action se prolonge et que le sujet soit
suffisamment sensible production d'un état plus on moins profond d'hypnose; c'est là ce qu'on
appelle l'action isonome, c'est-à-dire exercée par des pôles de même
nom. L'action hétéronome (produite par des pôles Je noms contraires)
attire, donne une sensation de fraîcheur et de bien-être gai calme et détend
les nerfs, régularise et ralentit le cours du sang. résont les contractures et
provoque dans tout l'organisme un relâchement qui peut aller jusqu'à la
paralysie, an moins chez les hauts sensitifs.
Ainsi donc, suivant qu'on agit plus ou moins longtemps par les pôles de
même nom ou de noms contraires, on produit avec plus ou moins d'energie tel ou
tel effet désiré.
Les objets les plus communs peuvent servir à répéter ces curieuses
expériences pourvu qu'on posséda on sujet passable, ce qui se rencontra
beaucoup plus fréquemment qu'on ne pense dans toutes les classes de la société.
Un expérimentateur de grand talent, M. Horace Pelletier, qui se plaît à mettre
sa vaste érudition à la portée le tout le mode sous forme de Science occulte
emusante, raconte avec
beaucoup d'esprit et de charme les Aventures de MII X...et
d'un navet, M11X... est une demoiselle très bien de son village, à la
fois crédule et méfiante, comme tons les paysans, et pour qui le magnétisme,
l'hypnotisme et autres machineries du diable ont un parfum vague de fruit
défendu qui effraye bien un peu, mais qui n'est pas absolument désagréable. M11X... mourait de peur et
d'envie d'assister à l'une de sorcelleries de M. Pelletier. A la
campagne les occasions de se voir sont fréquentes; et M"» X... sut si bien s'y prendre qu'un
berna jour elle se trouva dans le salon da vénérable M. Pelletier qui, de son
fauteuil, lui souriait, paternel et goguenard. Point d'appareils étranges,
point de crocodiles empaillés, point de meubles Biscornus, rien enfin qui
sentit le fagot. Dans J« rayon de soleil de la croisée ouverte, où le vieillard
chauffait ses rhumatismes, Victoire jabotait tout en épluchant avec placidité
les légumes du pot-au-feu de son maître.
M. Pelletier prit, comme pour se jouer, un magnifique navet et,
faisant approcher l'imprudente visiteuse, lui mit entre les deux yeux la tige
coupée du légume, M X... eut an petit rire «l'ironique supériorité ; mais, au bout d'une dizaine de minutes, MlleX... dormait profondément
Victoire, effarée, essuyait nerveusement se» lunettes et portait
alternativement ses regards sur la dormense, sur le navet, sur M. Pelletier...
Celui-a, très calme et avec la satisfaction que donne une expérience réussie,
retournait le navet bout pour bout et en présentait le côté racine au même
point du front de M ... X...
qui, en un rien de temps, fut réveillée et ë'enfuit, la tête basse,
honteuse d'avoir succombé à un simple navet. Quant à Victoire, elle déclara
péremptoirement que jamais elle ne consentirait à faire la soupe avec « cette
légume endiablée, bien sûr, qui endort et réveille les gens sans qu'où sache
pourquoi » Victoire pouvait
ignorer pourquoi « cette légume endiablee » faisait dormir M" X..., mais M. Pelletier' «avait bien que c'était parce
que le côté de la tige est positif, comme le front, tandis que le bout de la
racine est négatif et que, par conséquent, il y a avait, dans le premier cas, action isonome
(opposition de pôles de même nom) et, dans le seond cas action hétéronome (opposition de pôles de noms contraires). Du reste, une carotte, unpoireau eût eu
le même succès qu'un navet ; heureusement Victoire ne s'en doutait pas, sans
quoi le pot-au-feu de M. Pelletier eût été fade, 08 jour-là; et d'autant plus
que les os mêmes du bouilli étaient certainement doués de la meme vertu
dormitive que les légumes, ainsi que l'eut démontré les recherches
de M. Durvîlle sur le squelette.
Toutes les experiences
faites à ce sujet ont donc
peremptoirement demontre que polarité magnétique (nous parlons ici du magnétisme physiologique) des corps est un
phénomène bien réel. Bien plus, on pent presque dire que ledit phénomène est
chose officiellement admise par messieurs les savants diplômés. En effet, s la
clinique d'hypnologie de l'hôpital de la Charité, les docteurs Luys et Encausse
ont fait les même» expériences que de Reichembach, de Rochas,, Durville, et
sont arrivés aux mêmes conclusions. Or, la haute position officielle du docteur
Luys donne a ses découvertes, non pas plus de valeur intrinsèque que n'en ont
celles, par exemple, de M. de Rochas, mais un certain cachet d'authenticite, une certaine consécration de forme, qui % ane grande
importance aux yeax de la foule, toujours amoureuse du panache, du galon, de
l'étiquette, même quand il n'y a rien dessous — ce quin'est pas le cas,
nous venons de le voir et chacun peut en juger par soi-même.
Il semble donc que. rien ne s'oppose à ce que la polarité soit acceptée par
tous et que l'on profite des avantages qu'elle offre dans la pratique du
magnétisme. Il n'en est pas ainsi, cependant; comme nous l'avons dit, il existe
un parti de polaristes et un parti d'anti-polaristes (toujours
cette misérable tendance aux querelles de sacristies, au cléricalisme, qui se
fait jour malgré tous les obstacles et dans les questions qui semblent le moins
faites pour s'y prêter !).
J'avoue en toute humilité que
je ne comprends pas très bien les préventions des anti-polaristes contre la
polarité; ils ne disent pas que cela n'existe pas, au contraire, mais ils
prétendent tout de même que c'est de la blague et que cela ne peut servir a
rien, attendu que l'action de la volonté peut intervertir la polarité ! A premiere vue l'argument paraît assez pueril et ressemble fort à celui d'un monsieur qui dirait : « Tel remède ne
vaut rien, parce que je puis, à volonté, m'en servir ou non. » La vérité est que les anti-polaristes
sont, pouf la plupart, de vieux magnétiseurs, habitués aux vieilles théories,
aux vieux procédés et qui ne veulent pas en changer. C'est parfait ; ils ont bien raison, puisqu'ils réussissent. Mais de
quel droit cherchent-ils à détourner les autres d'adopter des
perfectionnements dont ils ne
renient pas pour eux-mêmes? Le professeur
Lombroso a baptisé celte disposition de l'esprit du nom de misonéïsme,
haine des choses nouvelles; c'est une maladie beaucoup plus fréquente qu'on
s'imagine et c'est à mon sens, la seule raison d'être du parti anti-polariste,
qui n'est, d'ailleurs, pas bien nombreux et dont les vénérables champions
voient leurs rangs s'éclaircir avec une rapidite que, seul, leur grand âge peut
expliquer.
Au reste, ce qu'ils appellent leur objection es absolument fondé: il est
exact que, sous l'influence de la volonté, les pôles physiologiques peuvent
changer de nom et, par conséquent, les effets d'une même imposition
peuvent être tant à fait différente, suivant qu'on laisse aux corps en présence leur polarité
naturelle on qu'on i'inverse. C'est même l'un des signes qui permet de
distinguer le magnétisme physiologique du ma gnétisme physique ; car la volonté
la plus puissanten'obtiendra jamais l'Inversion des pôles physiques d'un aimant, tandis
qu'il est très facile d'obtenir — temporairement — l'inversion de ses
pôles physiologiques.
Nous terminerons ce chapitre par une remarque intéressante publiée pour la
première fois, je crois, par M. Durville; c'est que la polarité naturelle des
gauchers est inverse de celle dm droitiers.
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