CHAPITRE II
Quelques définitions générales. — La force et la matière. — Le mouvement,
la condensation, la réflexion, l'assimilation et la désassimilation, la
polarisation. — Que doit-on
entendre par magnétisme ?
Pour éviter que nos lecteurs se fassent une idée fausse du magnétisme, pour
ne pas risquer de tomber dans les théories fantaisistes et dans les définitions
absolument inexactes de ceux qui ont traité de cette question sans en connattre
plus que des expériences vagues, il nous faut dire en quelques mots sur quelles
bases repose la physique dans les conceptions occidentales modernes.
Qu'on se rassure. Nous ne parlerons ni de calcul intégral ni de théorie
atomique. D'ailleurs, rien n'est plus simple que la physique, et les enfants eux-memes la comprendraient si messieurs les professeurs ne
l'assaisonnaient pas d'x et de racines carrées ou cubiques constituant
un condiment fort indigeste. Il n'existe, dans le monde physique, que deux choses: la force et la matiere (*).
(*) Beaucoup croient que force et matière ne sont
que les doux aspects opposés d'une seule ai méme chose. nous le pensons aussi ;
mais c'est là une question de métaphysique pure, qui n'a aucun rapport avec la
physique proprement dite. — Voir notre etude sur la Matiere des œuvres magique.
La matière est la partie constituante des corps; o la suppose composee de particules
infiniment petites qu'on appelleles atomes, dont les divers groupements forment les molécules des différents corps qu'on Ces molécules ne sont pas intimement unies et meme dans les corps les plus denses, il existe entre elles distances qui, eu egard a leur incroyable petitesse, sont comparables a celles
qui séparent les astres entre eux. fin outre, il existe dans tout l'univers, dans les espaces interplanétaires comme dans les espaces intermoléculaire, une substance qu'on appelle l'éther et qu'on croit composée d'atomes libres, c'est-à-dire non réunis en molécules. Nous ne pouvons percevoir la matière
que par les impressions qu'elles nous causent, et ces impression» n'existent
que comme conséquence des mouvements dont les molécules sont sans cesse
agitées; un corps nous paraît froid parce que ses molécules vibrent moins
rapidement que celles de notre propre corps ; un autre corps nous paraît chaud
parce que ses molécules vibrent plus rapidement.
La cause de ces vibrations, de ces mouvements, c'est ce qu'on appelle la
force. C'est donc une erreur de dire que la matière est cause du mouvement ; la
matière subit le mouvement, elle le manifeste, mais elle ne le produit pas,
sinon par réaction et en vertu de sa force d'inertie, qui la fait résister a
l'action.
Nous avons vu que la matière est un composé l'atomes et que les corps ne se
distinguent entre eux que par le nombres d'atonies qui entrent dans leurs
molécules ; c'est dire que tous les atomes sont semblables entre eux ou, ce qui
revient au même, que la matière est une dans son essence. Il eu est de même de
la force, toutes les forces que nous connaissons (lumière, chaleur, électricité,
magnétisme, son, etc.), comme celle que nous ne connaissons pas, ne diffèrent
entre elles que par l'amplitude et la rapidité des vibrations dont elles
agitent la matière, sous la double influence des circonstances en
lesquelles ellesont pris naissance et des conditions
du milieu où elles se propagent. Il
y a donc un mouvement spécial qui, suivant son Intensité, nous donne la
sensation de lumière ou d'ombre, un antre qui produit la chaleur ou le
froid, un autre l'électricité, un autre le son, etc.
Si vous avez jamais jeté une
pierre dans l'eau, vous aurez remarqué qu'autour du point où la pierre est
tombée, des cercles vont en s'élargissant jusqu'aux bords du vase ou jusqu'aux
rives de l'étang. On raconte qu'un sultan, qui aimait beaucoup a faire des
ronds dans l'eau, s'amusait a précipiter ses femmes du haut de son palais dans
la mer ; cela faisait, parait-il, des ronds magnifiques. Mais tout le monde ne
peut pas s'offrir un plaisir aussi oriental, et d'ailleurs, un simple caillou
vous suffira pour constater que si, sur le parcours des ronds, il se trouve tus
bouchon, une brindille d'arbre, un simple fêta de paille, ce bouchon, cette
brindille ou ce fêta de paille sera agité sur place par la succession des ondes,
mais ne sera pas entraîné. C'est là l'image très nette de ce qui se passe
dans les corps solides : la force quelconque qui agit avec eux fait vibrer
leurs molécules surplace. Dans les corps liquides,
où les molécules ne sont plus invariablement retenons les unes à côté des
autres, elles roulent les unes sur les autres, à peu près comme pourraient
faire des billes disposées en tas. Dans les gaz et les vapeurs, les molécules
sont encore beaucoup plus libres, parce que moins nombreuses sous l'unité de
volume; et, quand une force agit sur elles, elles sont entraînées, mais pas
bien loin, parce qu'il y a là d'autres molécules encore en grand nombre contre
lesquelles elles se cognent et rebondissent plusieurs millions de fois par
seconde. Enfin, dans l'état radiant, qui est, sans doute, très voisin de ce que
doit être l'éther dans l'espace, comme il n'y a plus que des obstacles
insignifiants, les molécules sont entraînées par la force à laquelle elles sont soumises, à peu près comme tes feuilles sèches par le vent
d'automne ou comme les balles que crache une mitrailleuse.
Rappelons-nous maintenant que la matière réagit contre la force qui agit
sur elle ; nous en voyons un exemple bien frappant dans la balle qu'un enfant lance contre
un mur; poussée par sa petite mais, la balle
va d'abord de l'enfant au mur ; tout le monde comprend que c'est bien l'enfant qui est cause de ce
mouvement. Mais voici la balle est renvoyée da mur al'enfant ; qui la
renvoie? le mur? Eh non ! puisque le mur est pas non plus la balle qui,
subitement animée, est devenue la «use Je son propre mouvement. Mais alors ?...
Alors, c'est que la force active de l'enfant (force qui s'est
emmagasinée dans la balle) n'a pu avoir son développement complet; arrêtée par
un obstacle insurmontable, elle revient en mode passif vers sa source.
Retenons bien cet exemple ; il est d'une importance capitale en occultisme.
Et la conséquence la plus intéressante qu'on en. puisse tirer au point de
vue qui nous occupe actuellement, c'est qu'il existe dans la nature deux aspects généraux, du mouvement : le mouvement d'action ou actif» et le
mouvement de «réaction ou passif; mais, l'un et l'autre sont dûs à la même
force, à la Force, unique en sou essence. L'od et l'ob des Hébreux, dont nous»
avons parléau précédent chapitre, les deux serpents (bleu et rouge) du caducée, et
nombre d'autres symboles figurent très bien ces deux grands courants dont
l'alternative prépondérance fait vivre l'univers.
Voyons maintenant comment se comporte un corps quelconque exposé à ces courants de force. Tout vil toujours dans la
nature, puisque tout s'agite et que la Vie n'est qu'une série de phénomène» qui
sont tous du mouvement et se réduisent à une simple question d'équilibre. Mais
comment ce corps pourra-t-il vivre, comment ses molécules pourront-elles
vibrer, puisqu'il est exclusivement matériel et que la propriété
essentielle de lu matiere est l'inertie, c'est-à-dire la tendance au repos ? Il
absorbera, c'est-à-dire il condensera une partie du mouvement qui constitue les
courants en lesquels il est plongé. Dans l'histoire de la balle que nous
avons racontée tout à l'heure nous avons dit que le mur était inerte, et c'est vrai ; mais
non pas tant, cependant, qu'il n'ait éprouvé une certaine vibration du fait du
choc de la balle; supposez une file de toutes petites balles — les atomes de
l'éther — venant frapper le mur ; il sera successivement ébrante par chacune des
minuscules vibrations produites par ces chocs
infinitésimaux, et ces vibrations transmises à ses propres molécules, condensées en lui,
constitueront le mouvement qui sera sa vie. Ce mouvement sera différent de ce
qu'il était dans les atomes de l'éther, parce que le corps solide qu'est le mur
est un milieu tout différent de l'éther; mais les 7ibrations moléculaires du
mur n'en proviendront pas moins des mouvements atomiques de l'éther.
Mais ce n'est pas tout. Lorsque vous versez de l'eau dans un vase, ce vase
se remplit, — s'il n'est pas percé, bien entendu —; et quand il est plein,
l'eau coule par-dessus ses bords; ou bien, si vous opérez dans des conditions
spéciales, comme celles du creve-tonneau de Pascal, votre vase éclatera. Cela a
l'air de vérités de la. Palisse, n'est-ce pas, ce que je vous
Eh bien, il y a des gens qui ne les comprennent pas — Des
imbéciles, alors? — No» piià, des gens fort intelligents, fort instruits et
fort diplômés, qui s'étonnent que, lorsqu'on «tonne aun organisme
humain plus de vibrations qu'il n'en peut admettre, cet organisme les refuse ou
en meure. Un physicien, armé de toutes ses formules, ou même un simple
artilleur, sait que, lorsqu'une grande quantité de mouvement arriva en un seul
point d'un mur, le mur en absorbe ce qu'il peut et renvoie le reste, s'il
s'agit d'une balle en caoutchouc, ou se démolit, si c'est par l'intermédiaire
d'un boulet que ce mouvement fui vient; mais un médecin n'admettra jamais qu'il
compromet la santé d'un malade en l'hypnotisant sans mesure ni méthode, ni que
des passes magnétiques puissent faire éclater un tube rempli d'eau. Après tout,
qu'importe? Les dires de toutes les Facultés n'empêcheront pas la terre de
tourner, ni la réflexion l'être la sauvegarde des corps exposés à de trop forts
courants de force. Absorption
(ou
condensation) et réflexion, telles nous apparaissent les deux fonctions principales des corps à l'égard de la force. Mais, par rapport à eux-mêmes,
de quelle façon usentils de cette force absorbée ? Nous l'avons ru, ils la
transforment selon les conditions des milieux |ui les constituent. Ainsi, un
même mode vibratoire de l'éther, l'électricité, par exemple, restera
électricité dans un conducteur en cuivre, deviendra chaleur dans un conducteur
en charbon on en platine, sera lumière dans un conducteur gazeux (comme l'air
interposé entre les deux charbons de la lampe a arc), etc. De même, la lumière
verdira les feuilles des arbres et blanchira les étoffes ; de même une chaleur
douce durcira une brique et fera fondre un cierge; etc., etc.
Mais rien ne se perd ni rien ne se crée dans la nature; tout se transforme
éternellement. Une vibration, venue du dehors par l'intermédiaire de l'éther,
se transformera donc dans un corps, nous venons de le voir ; et, quand elle
aura agi, quand elle aura fourni à ce corps toute la somme d'énergie qui était
en elle, que deviendra-t-elle? Elle s'en ira; car elle ne peut pas rester
indénniment en cet ensemble essentiellement instable de molécules matérielles qu'est an corps. Et comment s'en ira-t-elle? Sous
la forme nouvelle que lui aura imprimée le milieu particulier dont émane. Maiz elle ne partira pas
seule ; si l'on se rappelle que l'éther pénètre tous les corps et que la
force agit par entraînement sur les atomes de l'éther (et même sur les
molécules des corps à l'état radiant), on comprendra facilement que cette
vibration qui s'échappe emportera avec elle nos ou plusieurs des
molecules ethérées ou radiantes que contient ce corps qu'elle quitte; de même, lorsqu'elle y
était arrivée, elle y avait amené des molécules étrangères qui lui servaient en
quelque sorte de substratum et dont le mouvement servait à la
manifester, elle, la vibration. Ainsi s'établissent dans les corps ces deux
grands mouvements d'action et de réaction, d'assimilation et de
désassimilation, de concentration et de dispersion qu'on retrouve partout dans
la nature et que symbolisent si énergiquement l'andrognye hermétique, le signe
de la croix, etc.
La vibration, disons-nous, part, du corps en lequel elle s'était
enclose, sous une forme noutelle et appropriée ala nature du milieu dont elle émane. Ceci nous
ramène au phénomène de la réflexion. Que la vibration sorte du corps après
avoir agi, ou qu'elle se réfléchisse à sa surface sans y avoir pénétré, elle
est toujours modifiée. Une glace qui réfléchit la lumière, ne la rend pas
absolument telle qu'elle lui est arrivée; et de faibles différences dans la
composition chimique du verre donnent naissance à des rayons réfléchis
complètement distincts. De même, et d'une façon plus frappante encore, les
autres corps ; ainsi, un môme rayon lumineux se réfléchira vert d'une feuille,
bleu ou rouge d'une fleur, brun du tronc, jaune du sol, etc., suivant les
conditions de la surface sur laquelle il aura frappé. Le même phénomène se
produit pour les sons, la chaleur, l'électricité, etc. Cette modification des
rayons réfléchis s'appelle la polarisation ; il y a des instruments fort
ingénieux pour l'étudier avec la lumière; mais, jusqu'à présent, on s'est peu
occupé de la polarisation des autres forces, bien qu'on sâche qu'elle existe,
puisqu'on en a la preuve de ce fait que l'écho (réflexion du son) n'est pas le
même sur une surface de marbre que sur une surface de bois; et de es? antre fait que le verre
réfléchit la chaleur, que la laine l'absorbe et que le fer la conduit. La seule
différence qu'il y ait entre la réflexion et la réémission des vibrations est
peut-être simplement que la polarisation par réflexion est moins corn plète que
celle par réémission ; mais elle exista indubitablement dans les deux cas.
Tels sont, en quelques lignes, tous les grands secrets de la physique ;
c'est, comme ou le voit, d'un simplicité patriarcale, et il suffit d'y penser un peu : pour les comprendre, d'abord; puis pour en déduire la théorie de
tous les autres phénomènes.
Mais, dira-t-on, que faites-vous du magnétisme, dans tout cela? — Le
magnétisme ? mais il ne fait pas exception à la règle générale; et, en
expliquant la manière d'être des autres forces, nous avons dit ce qu'était le
magnétisme. C'est une des modalités de la force, au môme titre que la lumière,
la chaleur ou l'électricité, et il obéit aux mêmes lois. — Cependant, il se
distingue, au moins par quelques points de détail, de ces autres forces? —
Certes, et ce sont ces distinctions que nous chercherons a établir dans le présent ouvrage ;
mais nous avons voulu d'abord faire voir les points de contact, et nous n'avons
plus qu'un mot à ajouter.
Il est à peu près prouvé aujourd'hui que, de même qu'un des quatre états de
la matière (solide, liquide, gazeux et radiant) ne peut se manifester sans les
trois autres états, deux au moins; de meme une force quelconque n'existe pas
sans que toutes les autres forces soient présentes; autrement dit toutes les
formes d'ondulation existent concurremment, et la seule différence théorique
qu'on puisse établir entre deux forces est la prééminence de telle ou telle
forme, de tel ou tel rythme vibratoire. Ainsi, dans l'électricité, on a un plus
grand nombre d'ondulations caractéristiques de l'électricité, mais on a aussi
des ondulations calorifiques, lumineuses, sonores, magnétiques, etc., qu'on
peut quelquefois isoler au moyen d'appareils spéciaux; ou que certaines
personnes —tels les sen-sitifs de Reichembach — peuvent constater directement
par le moyen de leurs sens hyper-esthésiés normalement on sous l'influence de l'hypnose. Le magnétisme — le magnétisme
physiologique, dont nous nous occupons maintenant — existe partout où il y a
une manifestation quelconque d'une force quelconque ; ou le trouve dans
l'homme, dans les animaux, dans les plantes ; dans l'aimant, dans la pile, dans
le» machines dynamos; il prend naissance dans toutes les réactions chimiques et
nous est envoyé par le soleil, la lune, les planètes et les étoiles. Mais ce n'eut
pus, rumine on l'a dit 4 tort, l'agent universel; c'est un des agents
universels ou, plus simplement encore, c'est un des aspects de l'agent
universel, qui est la Force.
Pour terminer ce chapitre d'abstractions
ennuyeuses mais indispensables, signalons le grand tort qu'eut Mesmerd'employer, pour désigner une chose nouvelle (ou
renouvelle), un mot qui s'appliquait déjà à une chose connue et toute
différente; il n'y a pas plus de rapport entre le magnétisme physiologique des
êtres vivants et le magnétisme physique de l'aimant qu'entre celui-ci et
l'électricité. De plus, ce mot magnétisme signifie, dans la bouche des
magnétiseurs, la force qu'ils étudient et l'ensemble des procédés qu'ils emploient; c'est là un regrettable abus de mots, qui ne peut être que
fort préjudiciable à la cause qu'ils défendent, surtout à noire époqueoù l'on fait ri
grande attention aux mots... dont les autres se servent. Il serait fort à
désirer qu'on réservât le mot magnétisme aux propriétés physiques de l'aimant
et qu'on employât, aux lieu et place du terme de magnétisme animal ou
physiologique, celui d'od, par exemple, ou de force ecténique, qu'on lui a déjà
appliqués et qui me semblent préférables a tous autres en ce sens que, par leur
étymologie, ils désignent assez clairement la plus frappante des propriétés du
magnétisme — qui est d'agir à distance entre les organismes, — et qui,
cependant, ne restreignes! pas son acception aux seuls phénomènes qu'il produit
dans l'organisme humain, comme font ces mots ; force psychique, nerveuse, etc.
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