CHAPITRE PREMIER
Coup d'œïl sur l'histoire du magnétisme. — Les guérisseurs do l'antiquité.
— Paracelse et van Helmont. — Mesmer et ses successeurs. — L'abbé Paria et
Donato. — Braid, Charcot et les hypnotiseurs. — De Reichembach, Dêcle et
Chazarain, Lecomte, Durville.
C'est Mesmer qui, au siècle dernier, inventa ou, du moins, mit à la mode le
terme de magnétisme appliqué à cette force encore peu connue qui se
trouve partout dans l'univers et qui, sur les êtres vivants (plantes, animaux,
hommes), produit des effets analogues à ceux que l'énergie contenue dans
l'aimant produit sur le fer, l'acier, le cobalt, le nickel, le chrome. Mais,
sous d'autres vocables, la chose fut connue de toutè antiquité.
Au plus loin qu'atteignent, dans la nuit du passé, les investigations de
l'histoire, on trouve des nommes qui, soit isolément, soit comme membres de
sociétés plus ou moins secrètes, guerissaient les malades par l'imposition des mains, par le regard, par la parole ou par certains gestes que nous avons, depuis,
appelés passes. Les livres sacres des Hindous sont pleins de
recits de ce genre et contiennent
les règles de cette mysterieuse
thérapeutique; les vieilles legendes chinoises racontent les miracles des saints du boudhisme, du confucianisme ou des doctrines
antérieures; la théogonie chaldéenne abonde en exemples de cures magnétiques ;
de la bible moîsiaque on pourrait presque extraire un cours complet de
magnéto-thérapie ; et, dans les ruines magnifiques de l'ancienne Egypte, oc
retrouve à chaque instant des groupes représentant les magnétiseurs dans
l'exercice de leurs fonctions sacrées. En Gaule, en Grèce, au Mexique, au Pérou,
partout où s'affirma l'activité da l' homme, des traditions subsistent
qui démon- trent plus ou moins nettement, mais d'une façon
Irréfutable par leur ensemble, que le magnétisme fut connu de tout temps et
en tout pays.
Faut-il rappeler les guérisons accomplies par
Jésus et ses apôtres ? C'était par le magnétisme qu'ils opéraient; et qu'on ne
crie pas au blasphème, car nous avons la conviction expérimentale que la
puissance magnétique si extraordinaire qu'ils avaient atteinte ne s'obtient que
par la sainteté de la vie, ainsi que nous le verrons au chapitre VI. D'ailleurs, Jésus
lui-même ne donna-t-il pas à entendre que le magnétisme est une des propriétés
essentielles de l'humanité, lorsqu'il dit à ses disciples : « Si vous aviez la
foi, vous pourriez faire ce que je fais ? » Reste à savoir si cette foi dont
il parlait est la crédulité aveugle et superstitieuse de l'ignorant ou la
confiance imperturbable basée sur la connaissance et l'intuition ; à coup sûr,
ce n'est pas la science, dans son acception exclusivement matérialiste, attendu
que la science ainsi conçue est incomplète et ne peut reproduire que
quelques-uns des moindres miracles qu'on peut attendre de la foi.
Passons quelques siècles. Les guérisseurs par Je magnétisme ont continué de
guérir avec plus ou moins de zèle, de savoir... et de succès; mais peu d'entre
eux méritent qu'on s'arrête à les étudier. Nous sommes maintenant parvenus à
celte époque troublée qu'on appelle la Renaissance . L'Europe du Moyen Age qui, noblementpatiemment, au pris des plus grande?
souf- frances, s'efforçait de s'affirmer dans son génie bien original, vit tout
d'un coup sa personnalité étouffée par l'invasion des restes de la civilisation
gréco-romaine. Arts,sciences,philosophie, tousombra en en cette maree montante qui perpétua les pires erreurs de la féodalité et nous empoisonna du scepticisme et du
cléricalisme, si bien que nous en ressentons encore les pernicieux effets.
En cette débâcle, un homme se rencontra — un génie, disent les uns; un fou
et un ivrogne, affirment les autres —qui forma le projet insensé et grandiose
de sauver ces débris de la science antique retrouvés par le Moyen Age ; mais
poux sauver ces débris, il les fallait d'abord réunir, puis en faire un tout
qui se tînt debout, qui vécût, afin que chacune des parties devint
solidaire de toutes les autres. Pendant trente ans Paracelse étudia, pratiqua,
écrivit; et, de son oeuvre immense que personne; peut-être, ne connaît plus
aujourd'hui dans son entier, s'inspirèrent plus tard tous ceux auxquels nous
devons, directement ou indirectement, la renaissance des sciences occultes.
De tous les titres de gloire de Paracelse, le plus
brillant et le plus sérieux fut sans contredit d'avoir été le père, en notre
Occident moderne, de la thérapeutique dynamique, c'est-à-dire de la
science de soigner les forces et non pas le corps d'un malade. Le
magnétisme, I'homœopathie, la dosimétrie, l'électro, la thermo, l'aéro,
l'hydro-thérapie, etc., dérivent toutes des méthodes que Paracelse enseigna et
mit en pratique avec un succès tel qu'il ne parvint jamais, assure-t-on, à
soigner tous les malades qui s'adressaient à lui en une journée.
Parmi les plus remarquables élèves du divin
docteur, fut le belge van Helmont qui vécut environ deux siècles après lui.
Mai», par suite des circonstances et du milieu défavorables où il se trouvait, van Helmont eut moins de succès encore que Paracelse, et l'on ne
s'occupe guère de ses ouvrages — écrits, du reste, sans aucune méthode — que
depuis une vingtaine d'années au plus. Citons encore Maxwell qui vivait un peu
apros van Helmont, et des
œuvres duquel Mesmer s'est manifestement inspire.
Quelle qu'ait ete, jusqu'à
présent, l'ingratitude humaine envers ces savants de premier ordre, la postérité se souviendra certainement d'eux, un jourou l'autre, et saura flétrir
la conduite des savants officiels qui n'ont pas craint de s'approprier leurs vertes et de s'en faire une réclame chontee,
source de leur fortune.
Le dix-huitième siècle s'achève ; cet honnête serrurier, ce brave père de
famille que fut Louis XVI
s'étonne et s'ennuie sur le
trône de France, Voltaire, Diderot, Beaumarchais sont tout-puissants ; on n'a
jamais si peu cru a Dieu, on ne crut jamais si fort au diable ; Cagliostro
révolutionne la cour et la ville ; l'ex-coiffeur Alliette, devenu tireur de
caries sous le nom d'Etteilla, est dans toute sa gloire ; la franc-maconnerie
s'organise avec fracas; Lavater et Gall sont célèbres ; on ne parle que sorcellerie, divînation,, magie; cependant
que, cachés par ce vain bruit, les adeptes travaillent en silence et, de
l'excès même du mal, éliminent et précisent le germe des biens a venir.
C'est a ce moment que parut le médecin allemand Mesmer qui fit courir toute
la France à ses mystérieux baquets. Sa vogue fut immense, ses disciples enthousiastes,
ses ennemis acharnés: il fut encensé comme un dieu, vilipendé comme un
malfaiteur, sans mériter, est-il besoin de le dire, « ni cet excès d'honneur,
ni cette indignité ».
Mesmer était tout simplement un savant qui avait beaucoup travaillé, beaucoup
pensé, beaucoup cherché et beaucoup trouvé. Il n'en fallait pas tant pour
provoquer l'imprudente folie des crédules, et la malveillance des savants
officiels à qui cet homme qui, comme Piron, n'était rien, « pas même
académicien », osait enseigne? quelque chose qu'ils n'avaient pas trouvé
eux-mêmes !
Un des axiomes de la science des mages dit: L'Initié tuera l'Initiateur.
Rien ne fut plus vrai pour Mesmer; ses pires ennemis furent ses premiers disciples, non pas qu'aucun d'eux, à ce qu'il semble, se soit directement élevé contre lui; mais ils comprirent mal l'enseiguement du matre et, par leur zele maladroit, jetèrent le ridicule sur sa doctrine et ses expériences. C'est ainsi que le marquis de Puysegur, un homme pourtant convaincu et beaucoup de bien, ne ;sut voir dan étisme qu'une sorte de religion mystique reposant exclusivement sur la foi et la charit ez et veuillez », disait-il; c'est-a-dire: Pourvu désiriez faire le bien et que vous ayiez foi en l'efficacité de votre désir, vous accomplirez des prodi ait prendre à la lettre les paroles du Christ! « Si vous aviez de la foi gros comme un grain de moutarde, à votre commandement, ces pierres deviendraient du pain.» Mais la lettre tue et l'esprit vivife ; et l'école de Puységur, qui ne sut pas voir l'esprit sous la lettre, se condamna à l'impuissance par ses théories nuageuses.
D'antres magnétiseurs, en grand nombre, se partagèrent entre Mesmer et
Puységur, entre la physique et la mystique, ou s'en tinrent à un systême mixte. Citons entre autres : d'Eslon Aubin Gauthier, Cahagnet,
Deleuze, Charpignon, Lafontaine (qui vient de mourir), du Potet, abbé Meissas,
Bué, etc., etc.; il faudrait tout un volume pour énumérer seulement les travaux
et les cures accomplis depuis cent ans par cette armée de travailleurs aussi
persévérants que modestes et dont les erreurs mêmes eurent presque toujours
d'heureux résultats.
Mais, à quelque ecole
qu'ils apartiennent, les magnétiseurs proprement dits sont toujours disciples de Mesmer ; il n'en
est pas tout à fait de même des fascinateurs, tels que l'abbé Faria et Donato.
Le but du magnétiseur est de guérir celuî des fascinateurs est d'expérimenter;
les magnétiseurs agissent directement, surtout par des passes, sur les courants
de force qui régnent dans l'organisme, et les fascinateurs agissent sur les
organes des sens afin de produire une réaction secondaire sur les courants de
force. ïl n'y a donc pas de différence essentielle entre les fascinateurs et
les hypnotiseurs, bien que les procédés de ces derniers provoquent chez le
sujet des phases de léthargie et de catalepsie généralement plus apparentes que celles provoquées pat les procédés des
fascinateurs.
Les hypnotiseurs les plus célèbres sont, on le sait, le médecin anglais
Braid et le professeur Charcot; mais il est un homme, peu connu du public,
qui fit plus pour l'hypnotisme scientifique que
Braid et Charcot ensemble: c'est le
docteur Durand de Gros qui,
depuis 1853, ne cesse de l'occuper de cette branche si pleine d'intérêt des connaissances
humaines et qui, l'année dernière, vient encore de publier une œuvre fort
importante sur le Merveilleux
scientifique. Que les Académies oublient ce chercheur consciencieux, elles
sont dans leur rôle, puisqu'il va souvent — non sans raison — à l'encontre des
idées reçues et cataloguées ; mais ceux qui travaillent par eux-mêmes et ne se
contentent pas de suivre la banalité des chemins battus ne peuvent pas ignorer
un homme qui a consacré quarante anaées de sa vie a l'étude d'une science encore
en enfance.
L'œuvre de Braid se réduit a peu de chose. Ayant assisté à une séance du
magnétiseur La-fontaine, il n'admit pas que le magnétiseur put avoir, en tant qu'homme, une action sur son sujet; et, attribuant la
production de l'état d'hypnose à la fixité brillante du regard, il substitua à
l'œil humain un objet métallique qui. tenu à quelques centimètres devant la
racine du nez du sujet, provoqua en ses yeux une fatigue qui amena l'hypnose.
C'était bien là quelque chose, mais ce quelque chose devait conduire ceux qui,
plus tard, reprirent les expériences de Braid, à un exclusivisme dont les
savants modernes sont assez coutumiers, mais qui n'en est pas moins très
préjudiciable à la science.
Charcot fit beaucoup plus pour l'hypnotisme. Sa haute position officielle,
sa situation de médecin de la Salpêtrière lui permirent d'abord de faire de
nombreuses et fort belles expériences, puis d'imposer le résultat de ces
expériences an corps médical tout entier. A sa suite, les docteurs Liébault,
Luys et Encausse, Liégeois, Bourru et Burot, Bernheim, Janet, etc., étudièrent
l'hypnotisme et en firent l'une de» branches les plus importantes de la
psycho-physiologie. Mais, en raison de ce même exclusivisme contre lequel nous
ne saurions trop nous élever, les médecins hypnotistes, sauf qcelques rares exceptions, sont
portés à ne voir dans l'étal d'hypnose qu'une conséquence pathologique due a
une névrose quelconque; i! est vrai que,
par une
contradiction assez amusante ceux-la memes qui s'occupent de névrologie sont portes a voir toute l'humanit nevrosée (de meme qui traitent plus spécialement la phtisie, tout le monde est
plus ou moins tuberculeux) ; ce qui revient à dire que, malgré leurs
protestations, les hypnotistes
reconnaissent implicitement que tout le monde est plus ou moins hypnotisable.
D'autres savants encore étudièrent ces questions, mais à un point de vue
tout différent. Le premier en date fut le chevalier de Reichembach, un
Autrichien, élève direct de Paracelse — comme van Helmont et Mesmer — qui, au commencement de ce
siècle, fit un nombre d'expériences fort curieuses sur l'od (c'est le
nom qu'il donna au magnétisme) et sur la sensitivité des sujets aptes à
constater l'existence de cet od. Ce qui distingue surtout les travaux de
Reichembach de ceux de Mesmer, c'est que : 1° Reichembach n'endormait ni ne magnétisait ses sujets, lesquels étaient des
personnes douées, à l'état normal, d'une sensitivité particulière ; 2° il s'est
occupé surtout de rechercher les lois physiques qui gouvernent les propriétés
de l'od à l'état naturel (c'est-à-dire tel qu'il se trouve normalement dans
l'air ambiant et dans tous les corps, en dehors de l'action des procédés
magnétiques). Il découvrit ainsi que l'od, de même que le magnétisme du
l'aimant, possède deux aspects distincts déterminés par la polarisation des
corps en lesquels il setrouve condensé: il y a donc l'od positif et l'od
négatif. Cette particularité était connue de tous les prêtres de l'antiquité,
et les flébreux donnaient le nom d'aour au magnétisme en général, d'od
au magnétisme positif et d'od au magnétisme négatif. L'étude de cette polarité
de tous les corps fut prïse en ces derniers temps, et presque
simultanément, par MM. Dècle et Chazàrain, de Rochas (administrateur de l'Ecole
polytechnique), et Durville. De tous ces expérimentateurs, M. da Rochas est
celui qui poussa le plus loin ses investigation ; on connaît ses magnifiques
expériences sur l'extériorisation du corps astral et la photographie de ce
corps astral extériorisé. Mais, ainsi que personne n'en ignore, il dut, par
ordre superieur, cesser ces recherches. « Photographies d'esprit?... Qu' c'est
qu' ça, scrongneugnru ?... Connais pas c' pekin-la I Fous d'dans, moit! Ce beau, le rumollisme administratif.
Mais, quoi que fassent la routine et le cléricalisme des gens en place, la
science ne perd jamais ses droits ; malgré lesaveugles, le soleil luit pour aucune loi,
divine ou humaine, qui puisse jamais empecher personne d'ouvrir les yeux pour voir la lumière.
Aujourd'hui, les principaux représentants en France de la théorie polariste
sont MM. Lecomte et Durville, et, quelque soit le sort réservé à leurs travaux,
ils n'en resteront pas moins la base du magnétisme scientifique — avec ceux de
Mesmer.
|