CHAPITRE XI LES APPLICATIONS DE L'HYPNOTISME A LA THÉRAPEUTIQUE
I.
— Le magnétisme et la maladie. — Les cures fameuses de Mesmer— Foi
robuste des magnétiseurs. — Leurs prétendus succès.
II.
Exagérations des
Braidistes. — Cures de Braid par l'hypnotisme. — Bon effet des procédés
hypnotiques contre les troubles dynamiques du système nerveux. — Réserves
nécessaires. — Anesthésies chirurgicales.
III.
— Opérations célèbres
pratiquées pendant le sommeil hypnotique: Braid, Cloquet, Loysel, Fanion,
Toswel et Joly, Ribaud et Kiaro, Broca et Follin, Guôrineau, Esdaile.
IV.
— Rage et tétanos. —
Influence de l'hypnotisatiou sur les phénomènes hystériques : convulsions,
délire, paralysies, contractures. — Troubles choréiques.
V.
— Folie : cas de M.
Auguste Voisin.
VI.
— L'hypnotisme et l'éducation.
Thérapeutique suggestive à l'état de veille. — Effets puissants de
l'imagination.
I
Le magnétisme animal n'avait pas
seulement pour objet la production de phénomènes extraordinaires dans
l'organisme, mais encore et surtout la guérison des maladies. Mesmer, qui
était médecin, n'avait emprunté sa doctrine aux médecins des siècles
précédents que dans la seule pensée d'y trouver aux souffrances humaines
une panacée non moins universelle que le fameux fluide qui en était
l'agent supposé. La maladie étant, d'après
lui, l'aberration de l'harmonie organique, le magné-tisme
rétablit l’harmonie, et la guérison est obtenue. A quoi reconnaît-on
qu'un corps est en désharmonie? Précisément à ce qu'il est sensible au
magnétisme, car un corps parfaitement en harmonie s'y montre absolument
insensible.
De là, on
comprend encore, ajoute-il, que la maladie étant guérie, on devient
insensible au magnétisme, et c'est le critérium de la guérison (1).
Ailleurs, il
s'écrie encore, avec un enthousiasme qui ne connaît plus de bornes :
Il n'y a
qu'une maladie et qu'un remède !
Voilà bien de
quoi séduire les esprits simplistes.
Mesmer, armé de cette doctrine,
s'attaqua tout naturellement d'abord aux maladies réputées incurables,
et publia de toutes parts ses succès merveilleux. Une de ses cures les
plus retentissantes fut
celle d'une demoiselle Paradis, de Vienne, atteinte d'amaurose. Quelques
années plus tard, cette personne donnait à Paris un concert où assistait
précisément Mesmer.
Un léger
mouvement d'incertitude dans ses gestes, et ses yeux constamment baissés,
trahirent, dit un auteur du temps, une infirmité qui rendait encore son
talent plus merveilleux. Elle était aveugle.
A Paris, il
guérit le savant Court de Gébelin, atteint de goutte chronique et
d'hydropisie. Quelques jours après le patient mourait, ce qui fit dire à
un journal:
M. Court de
Gébelin vient de mourir, guéri par le magnétisme animal.
Tels furent
les plus grands succès de Mesmer. Nous renvoyons à ses Aphorismes
les personnes curieuses de connaître ses idées scientifiques et ses
prétentions thérapeutiques ; elles y trouveront un entassement
d'extravagances comme on en rencontrerait difficilement ailleurs.
Toutefois, il serait excessif de prétendre qu'il n'a jamais eu d'autres
succès que ceux-là. Dans certains désordres fonctionnels où le système
nerveux joue un rôle prépondérant, ses procédés ont certainement procuré du
soulagement et même la guérison à certains malades. La foi au remède et
l'imagination ont toujours produit de ces miracles.
Beaucoup de disciples, malgré des échecs nombreux et éclatants, ont
conservé toutes les prétentions du maître. Quelques-uns cependant se sont
montrés plus réservés, non sans gémir sur le sacrifice de leurs illusions.
Le baron du Potet avoue que, dans beaucoup d'ouvrages sur le magnétisme, on
lit que rien n'est comparable, en vertu, à l'action magnétique, que son
influence est une véritable panacée et que les magnétiseurs habiles peuvent
des miracles; mais qu'il faut en rabattre, et que son enthousiasme du
début fut rapidement désabusé. En voulant magnétiser des phtisiques, il
s'aperçut qu'il augmentait leurs souffrances et aggravait leur maladie. Il
en fait l'aveu. Mais on ne saurait se vanter d'être un vrai croyant, et en
même temp reconnaître purement et simplement qu'on s'est trompé. Il fait,
dis-je, l'aveu que l'effet du magnétisme est nuisible aux phtisiques, mais
il déclare qu' un semblable
effet serait capable, lorsque ces maladies sont moins avancées, de produire
des crises favorables qui assureraient le retour de la santé, mais on
attend jusqu'au dernier moment pour essayer l'emploi du magnétisme (1).
Après avoir ainsi repris d'une main
ce qu'il donnait de l'autre, du Potet fait connaître quelques guérisons
obtenues par lui.
La première concerne une jeune
fille atteinte de scrofule ulcéreuse ayant déjà nécessité l'amputation d'un
iras, et qui, soumise au magnétisme, tomba dans le somnambulisme lucide, et
annonça qu'à la suite d'une de ses crises, elle guérirait.
Elle déclara que, pendant cette
crise de trente heures, elle ne prendrait absolument rien, qu'elle n'aurait
aucune évacuation, et que toute l'humeur scrofuleuse se rendrait aux
intestins pour être ensuite évacuée par un dévotement qui durerait pendant
douze heures (2).
Après avoir décrit avec détail
l'attaque de somnambulisme annoncée, l'auteur termine ainsi :
Tout se passa comme elle l'avait
prédit, et je me félicitai de mon nouveau succès.
Des preuves de ce succès, pas un
mot; il consista sans doute dans l'arrivée de la diarrhée annoncée, ce qui,
comme nous le savons, n'a rien de bien extraordinaire. Mais la diathèse
scrofuleuse ?
Un autre de ses succès concerne une
femme de quarante ans, paraplégique depuis plusieurs années, et qui guérit
après quelques pratiques magnétiques.
Enfin, un
troisième — et dernier — a trait a une jeune fille paralysée d'une jambe,
chez qui on avait
diagnostiqué une luxation et une tumeur planche de la hanche, et qui,
tombée en somnambulisme sous l'influence du magnétisme, annonça qu'à quinze
jours de là elle se lèverait et marcherait seule, ce qui arriva. La
luxation et la tumeur blanche étaient sans doute de simples accidents
hystériques, ce qui, si notre hypothèse est exacte, enlèverait encore tout
caractère merveilleux à cette cure qui arrache pourtant à l'auteur des
cris d'enthousiasme.
(1) Mesmer,
Mémoires et aphorismes, Paris, 1846.
(1) Du Potet,
Traité complet du magnétisme animal, Paris, 1883.
(2) Loc.
cit.
II
Si les
hypnotistes se sont montrés moins confiants dans la puissance curative de
leur méthode que les magnétiseurs, quelques-uns ne s'en sont pas moins fait
encore de grandes illusions. Mais quel est le spécialiste en thérapeutique
qui ne finit pas par tomber peu ou prou dans l'ornière que nous signalons
? Qu'on aille, pour n'en donner qu'un exemple, dire à certains hydropathes
que leurs sources ou leurs robinets ne guérissent pas à peu près toutes les
maladies.
Il n'est pas déraisonnable d'espérer, dit Durand, de
Gros, que la découverte de Braid apporte à la médecine un secours non
moins préciçux qu'inattendu contre la formidable légion des maladies
nerveuses dont les coups invisibles ont fait jusqu'à ce jour le désespoir
de la pathologie et de la thérapeutique.
Si l'auteur
s'en était tenu là, nous pourrions lui donner notre assentiment sans
réserves formelles. Mais ce n'est qu'une entrée en matière comme on va le
voir.
L’analogie, continua-t-il, nous autorise en outre à penser
qu'il n'est aucune catégorie
d'infirmités absolument exclue des bienfaits de ce nouvel agent curatif et
déjâ, sur ce point, l'expérience est venue confirmer les brillantes
promesses de la théorie.
Cette
expérience, nous l'attendons encore.
Braid, lui
aussi, crut avec trop d'enthousiasme en la puissance thérapeutique de
l'hypnotisme ; pour lui, beaucoup de maladies chroniques, principalement
celles qui résistent à des traitements prolongés des mois et des années,
sont justiciables du sommeil provoqué. Mais homme de science, et de son
époque, il eut soin d'établir une distinction entre les désordres
chroniques de nature purement fonctionnelle et les maladies dues à une
cause organique. Contre ces dernières, les pratiques hypnotiques ne peuvent
avoir d'autre eflet que de modifier certains symptômes; contre les
premiers, il agit en véritable agent curatif. Malgré ces sages
restrictions, il n'est pas douteux que Braid ne se soit considérablement
exagéré la valeur de ses succès. Son livre contient de nombreuses
observations méthodiquement groupées.
Parmi ces observations nous voyons nombre d'affaiblissements de la vue
améliorés et guéris par l'hypnotisme ; des sourds et des sourds-muets qui
recouvrent l'ouïe; des névralgies, des tics douloureux qui disparaissent,
des paralysies fonctionnelles qui guérissent, des douleurs rhumatismales
qui sont supprimées, des paralysies organiques un peu améliorées.
Malheureusement les diagnostics manquent de précision et la manière vague
dont sont décrits les accidents ne permet pas, la plupart du temps, au
lecteur de se l'aire une idée exacte de la maladie.
Certains de
ces cas, comme les surdimutités amendées, soulèvent dans l'esprit des
doutes puissants; d'autres y suscitent de bien graves objections. Et même,
en admettant la réalité des phénomènes observés, on ne peut s'empêcher de
faire des restrictions au sujet de leur stabilité et de leur durée et par
conséquent, au sujet de la réalité de la guérison.
Ces réserves
faites, les phénomènes observés par Braid n'ont rien qui puisse nous
surprendre; la théorie de Brown-Séquard sur l'inhibition et la dynamogénie,
que nous avons exposée ailleurs, nous rend compte du mécanisme de leur
production. Ainsi s'explique l'acuité rendue à des sens paresseux, la
guérison plus ou moins rapide des paralysies d'origine nerveuse, la
disparition de douleurs rhumatismales ou névralgiques, l'amélioration même
de quelques paralysies d'origine organique. Les pratiques hypnotiques
actuellement en usage produisent des effets semblables. Voici, par
exemple, d'après Braid, le cas de Mme Stowe, âgée de
quarante-quatre ans, qui souifre de faiblesse de la vue depuis vingt-deux
ans et qui ne peut lire ni coudre sans lunettes.
Examinée le 8 avril 4842, elle ne pouvait distinguer les
lettres capitales d'une annonce dans le journal, ni le grand titre de cette
feuille. Après une hypnotisation de huit minutes, elle peut lire
distinctement le grand et le petit entête, le jour, le mois et la date du
journal.
Nous avons cité dans une autre partie de ce travail une observation de
M. Bernheim concernant un jeune homme atteint d'amblyopie hystérique, dont
la vue dépassa l'acuité normale à la suite de pratiques hypnotiques.
En somme, dans la
plupart des cas où il né s'agit que de troubles purement dynamiques du
système nerveux, on peut admettre que l’hypnotisme puisse jouer un rôle
favorable. Mais il est certains troubles dynamiques du système nerveux,
comme l'épilepsie, au sujet desquels nous croyons devoir faire de sérieuses
restrictions.
J'ai trouvé, dit encore Braid,
l'hypnotisme utile dans plusieurs cas de chorée, ainsi que dans des cas de
bégaiement nerveux. Il est aussi fréquemment très utile dans l'épilepsie ;
mais il y a des variétés de cette affection sur lesquelles il n'a aucune
action. Ces dernières, je suppose, sont les cas qui dépendent de causes
organiques et qui résistent à tous les remèdes connus.
Très correct
quand il s'exprime ainsi, Braid ne l’est plus quand il arrive aux preuves.
Ainsi, voici l'exposé d'une de ses observations :
Une jeune fille, qui avait six ou huit
attaques dans les vingt-quatre heures, n'en eut plus qu'une le lendemain de
la première opération ; elle n'en eut plus pendant les cinq jours suivants
et se trouva guérie en peu de temps.
Et c'est tout.
En vérité ce n'est pas assez.
D'autres,
parmi ses guérisons d'épilepsie, quoique un peu moins succinctes, sont
absolument invraisemblables, si l'on accepte le diagnostic présenté
d'ailleurs, sous forme de simple affirmation.
Enfin, Braid signale une dernière propriété de l'hypnotisme, celle
d'amortir ou de prévenir entièrement la douleur dans les opérations
chirurgicales. L'hypnotisme peut plonger le malade dans un état qui le rend
complètement inaccessible à la douleur d'une opération ou qui en'modère
beaucoup l'intensité, selon les circonstances. Il cite de nombreuses
extractions de dents pratiquées
par lui ou un autre praticien de ses amis sans que les malades eussent
accusé la moindre douleur pendant l'opération ; ils ignoraient même à leur
réveil que leur dent avait disparu. Il fait observer que pour obtenir
l'insensibilité complète, il est nécessaire que le patient ignore le
moment précis où l'opération aura lieu, l'appréhension qu'elle cause
entravant les effets de l'hypnotisme ; cependant, même dans le cas où il
n'est que très peu endormi, le sujet accuse une diminution considérable de
la douleur, sinon son absence complète.
III
Cette
propriété de l'hypnotisme est une des mieux établies actuellement, grâce à
la facilité qu'il y a à la constater. D'assez nombreuses opérations, et des
plus graves, ont été faites à diverses époques pendant l'anesthésie du
sommeil magnétique ou hypnotique.
Le 12 avril
1829, Cloquet fit une opération de cancer du sein sur une dame âgée de
soixante-quatre ans, pendant qu'elle était plongée en somnambulisme. Elle
ne ressentit aucune douleur et ne conserva aucun souvenir de l'opération.
En 1846, le De
Loysel (de Cherbourg) extirpait une tumeur de la région mastoïdienne chez
une fille de trente ans endormie. A son réveil, elle déclara qu'elle ne
souffrait pas, qu'elle n'avait éprouvé aucune douleur et n'avait conservé
aucun souvenir de ce qui venait de se passer.
Le même chirurgien, en quelques mois, en était
arrivé à sa douzième opération,
pratiquée pendant le sommeil magnétique.
A la même époque, Panton, Toswel et
Joly (de Londres) firent l'amputation de deux cuisses et d'un bras (1).
En 1847, deux médecins de Poitiers,
MM. Ribaud et Kiaro, opérant une jeune fille atteinte d'une tumeur du
maxillaire, firent dans une première séance l'incision de la tumeur, et
dans une seconde l'extraction d'une dent ; dans la troisième l'extirpation
du néoplasme, le tout sans douleur.
Ce long et cruel travail, lit-on
dans un journal, avait plutôt ressemblé à une leçon de dissection faite à
des élèves sur un cadavre qu'à une opération pratiquée sur un corps animé
de la vie.
Le 4 décembre 1859, MM. Broca et
Pollin ont pratiqué à Paris l'incision d'un abcès à l'anus sur une femme
de quarante ans, hypnotisée. L'opération s'est accomplie sans douleur.
Quelques jours plus tard, le Dr
Guérineau (de Poitiers) amputa la cuisse d'un homme, pendant l'anesthésie
hypnotique. Le patient n'éprouva aucune douleur, mais eut pleine
conscience de l'opération.
J'ai senti, dit-il, ce qu'on m'a
fait, et la preuve, c'est que la cuisse a été coupée au moment où vous me
demandiez si j'éprouvais quelque douleur (2).
Le Dr Esdaile,
chirurgien des hópitaux de Calcutta, écrivait à Braid, vers la même
époque, qu'il avait en six ans exécuté plus de six cents opérations
capitales de toute espèce
pendant le sommeil magnétique. Sur sa demande, le gouvernement nomma une
Commission chargée de vérifier la réalité de ses allégations. Cette
Commission, composée de médecins, de chirurgiens et de quelques personnes
étrangères à la science, rédigea à la suite d'expériences un curieux
rapport dont nous extrayons le passage suivant :
Dans le cas de
Nilmoney, il n'y eut pas le plus léger indice de sensation.
L'opération, qui consistait dans l'ablation d'un sarcocèle, dura quatre
minutes. Ni ses bras, ni ses jambes n'étaient maintenus. Il ne fît aucun
mouvement, ne gémit, ni ne changea de contenance, et quand il fut
réveillé, il déclara n'avoir nul souvenir de ce qui s'était passé.
Hyder-Khan,
émacié, ayant la jambe gangrenée, fut amputé de la cuisse sans qu'aucun
signe décelât la douleur.
Murali-Doss
(l'opération était très grave) remua le corps et les bras, respira par
saccades et changea d'aspect, sans pourtant que ses traits exprimassent la
souffrance ; aussi éveillé, déclare-t-il ignorer ce qui était advenu durant
son sommeil.
Dans les trois
autres cas, la Commission observa, durant les opérations, divers phénomènes
qui ont besoin d'être mentionnés spécialement. Bien que les patients
n'ouvrissent point les yeux, n'articulassent aucun son et n'eussent besoin
d'être tenus, il y avait des mouvements vagues et convulsifs des membres
supérieurs, contorsions du corps, distorsion des traits, donnant à la face
une hideuse expression de douleur comprimée ; la respiration devint
saccadée, longuement suspirieuse. Il y avait tous les signes d'une
souffrance intense, et l'aspect que devrait présenter un muet soumis a une
opération, excepté la résistance à l'opérateur.
Mais dans tous les cas, sans exception, les patients n'avaient ni
connaissance, ni souvenir de l'opération, niant
avoir rêvé, et n'accusant
aucune douleur, jusqu'à ce qu'on eût attiré leur attention sur l'endroit
opéré (1),
Les succès du
Dr Esdaile étaient donc avérés. Il faut croire que les Indous
sont extrêmement prédisposés au sommeil hypnotique, car nous doutons qu'en
Europe il eût pu obtenir de pareils résultats.
Le seul
avantage de l'anesthésie hypnotique sur l'anesthésie chloroformique c'est
qu'elle est obtenue sans l'ingestion d'une substance toxique, dont
l'emploi n'est pas exempt de dangers. Mais aussi que de désavantages !
Tout le monde ne peut être hypnotisé ; tous les hypnotiques ne sont pas
insensibles ; la plupart de ces derniers, comme nous l'enseignent les
citations précédentes, réagissent violemment comme s'ils éprouvaient une
douleur réelle; enfin, l'émotion causée par la crainte de l'opération
suffirait en certains cas, même chez les sujets les plus hynoptisables, à
faire échouer toute tentative d'hypnotisation.
(1) Philips, Cours théor. et prat.
du Braidisme, 1860.
(2) Gaz. des hóp, 29 oct. 1859.
(1) M. Du Potet, Traité complet du magn. animal, Paris, 1883.
IV
L'hypnotisme a
été vanté dans le tétanos et la rage.
De son emploi
dans la rage, nous ne connaissons aucune observation.
Braid cite l'observation d'un jeune homme de treize ans atteint de tétanos
qu'il guérit par ce procédé. Ce jeune homme, après quelques prodromes
incertains, fut pris d'opisthotonos. La tête et le bassin rigides étaient
rétractés en arrière, tandis que
le corps était
courbé en forme d'arc et immobilisé dans cette position. Le spasme était à
peine rémittent et ne cessait jamais complètement ; il s'exagérait
parfois au point de gêner la respiration. Il y avait aussi des contractures
spasmodiques dans les membres inférieurs. En présence de la gravité du
pronostic, Braid se décida à essayer l'hypnotisme ; ce qui fut difficile,
non par manque de docilité du sujet, mais à cause de la fréquence de ses
attaques spasmodiques.
En quelques
minutes cependant j'avais, dit-il, réussi à réduire les spasmes, et sa tête
pouvait se porter en avant, la respiration se calmait, le pouls avait
beaucoup diminué, et je le quittai dans un état de bien-être relatif.
Les spasmes
revinrent et furent combattus par le même moyen. Les jours suivants, à
mesure que les séances se multiplièrent, les symptômes de la maladie
s'amendèrent, et la guérison s'ensuivit. Notons qu'en même temps que le
malade était soumis aux pratiques hypnotiques, il subissait un traitement
antiphlogistique par le calomel à doses fractionnées et la saignée.
Un autre cas de tétanos, traité par le magnétisme, a été publié (1)
parle Dr Ronzier-Joly. Le résultat, comme on va le voir, fut
tout autre que dans le cas précédent. Il s'agit d'un nommé Cassât, traite à
l'hôpital d'Alger en 1853 pour un tétanos a frigore : Rigidité
générale, excepté aux membres supérieurs ; irismus; peau humide, un peu
chaude, présentant une sensibilité exagérée en certains points. De temps en
temps le malade a des secousses, des contrac-tions
subites générales et passagères. Le traitement par la Belladone n'ayant
donné aucun résultat, le Dr Foley eut recours à son influence
électro-biologique.
Il lui place
dans le main un disque brunâtre et brillant qu'il lui prescrit de regarder
fixement. Après vingt minutes, l'action magnétique fut complète ; l'état
tétanique sembla totalement effacé. Sur l'injonction du médecin en chef,
Cassât ouvrit grandement la bouche, agita les bras, les jambes avec une
extrême facilité (1).
L'opération
terminée, les spasmes se reproduisirent. Le lendemain, nouvelle séance.
Elle est àpeine finie et le médecin n'est pas encore sorti de la salle, que
le malade est frappé de mort subite.
L'hypnotisme
fut-il pour quelque chose dans ce dénouement? Il est difficile de le dire.
Notons cependant l'influence heureuse du sommeil nerveux sur les spasmes
tétaniques que ces deux cas semblent mettre en évidence. A priori on aurait
pu penser que l'hypnotisme, en raison de l'hyperexcitabilité
neuromusculaire qui i'accompagne toujours, eut dû produire des effets tout
opposés à la détente spasmodique observée. Quoi qu'il en soit, l'influence
curative de l'agent hypnotique ne nous semble pas encore prouvée dans le
tétanos, mais il sera légitime de l'essayer de nouveau, tant est
impuissante la thérapeutique ordinaire dans cette redoutable maladie.
Dans l'hystérie, il semble que les pratiques hypnotiques aient
d'heureux résultats. Bien qu'il soit très difficile d'arrêter les attaques
d'hystéro-épilepsie
par ce moyen, on peut en modérer l'intensité et en
raccourcir la durée, La période de délire peut être supprimée en provoquant
le sommeil hypnotique. Quant aux délires qui surviennent dans l’intervalle
des attaques, on est arrivé également à les arrêter par ce moyen. M.
Dumontpallier a rapporté à la Société de Biologie (1) l'histoire d'une de
ses ma-lades
qui, à la suite d’une grande fraveur, eut une attaque d’hystéro-épilepsie
suivie d’un accès de
lypémanie. Ayant hypnotisé la malade
par la fixation du regard, et l’ayant maintenue une heure dans cet état,
il la réveilla ensuite et s'aperçut que toute
trace de mélancolie avait
disparu. Quelque temps après, la mélancolie s'étarït manifestée de nouveau,
l'hypnose provoquée fit encore disparaître les troubles délirants, et
depuis la guérison s'est maintenue.
Les
contractures (fig. 27 et 28) et les paralysies qu'on rencontre si
fréquemment dans cette névrose, sont aussi justiciables, semble-t-il, du
sommeil hypnotique.
M. Bottey
rapporte l'observation d'une jeune hystérique atteinte d'une paralysie
complète des deux jambes qui l'obligeait à garder le lit. Lorsqu'on la
mettait en somnambulisme, elle marchait avec la plus grande facilité; en
catalepsie, elle marchait encore,bien que moins facilement. En
l'hypnotisant fréquemment, on put combattre l'atrophie qui aurait forcément
envahi les membres paralysés. Enfin, après une durée de cinq mois, cette
paraplégie fut guérie
Par deux petites pilules de mica
panis, qui produisirent sur elle des symptômes violents (état syncopal,
vomissements, coliques); puis survint un délire complet que nous fîmes
cesser, au bout de douze heures, par l'hypnotisation....
A son réveil,
la malade était complètement guérie et avait recouvré les forces complètes
de ses jambes (1).
Dans ce cas,
la suggestion est venue au secours de l'hypnotisation ; dans le suivant, dû
à Braid, le sommeil provoqué seul vint à bout d.es accidents
paralytiques.
A la suite d'une grossesse très pénible, une dame de trente-trois ans
vit ses jambes devenir de plus en
plus faibles, et
finalment être frappées de paraplégie avec anesthésie. Pendant quatre
mois on tenta, sans résultat aucun, les médications les plus diverses.
Lorsque Braid l’examina, non seulement la sensibilité et les mouvements
volontaires des jambes et des pieds étaient abolis, mais encore les genoux
étaient fléchis et rigides, les talons relevés, les pieds courbés et fixes
dans la position d’un varus équin…
Je la mis, dit-il, en hypnotisme
et j'essayai alors de régulariser l'action morbide des muscles et la
mauvaise position des pieds et des jambes. Cinq minutes après, je la
reveillai; elle se mit à remercier le Ciel de ce qu'elle sentait maintenant
qu’elle avait dés pieds, de ce qu'elle sentait le plancher sous elle et de
ce qu’il était possible de remuer ses orteils. Je la fis lever, et,
soutenue par son mari d'un côté, par moi de l'autre, elle put traverser la
chambre (1).
Elle fut
hypnotisée quotidiennement pendant un certain temps ; l'amélioration fut
constante. Au bout de quinze jours elle marchait seule ; peu de temps après
elle était guérie.
Les contractures consécutives aux attaques d'hystérp-èpilepsie cèdent
fréquemment à remploi de l'hypnotisme. M. Magnin fait observer qu'on ne
devrait jamais négliger d'essayer ce moyen aussitôt après l'attaque ; car
plus la contracture est de date ancienne, et plus elle sera rebelle aux
procédés employés pour la combattre. Dans les cas de contractures
anciennes et permanentes, il conseille l'emploi combiné de l'hypnotisme et
des agents, aesthésiogènes.
Sur la nommée E.
entre autres, dit-il, nous avons, mon maître et moi,guéri définitivement et
très rapidement, en quelques jours, un pied bot varus équin gauche datant
depuis près d'un an et ayant résisté' à tous les modes de traitement
successivement employés. La méthode consistait tout simplement à placer la
malade dans la période cataleptique de l'hypnotisme. Le pied bot réduit au
moyen d'une excitation convenable pour la malade et pour la période (le
souffle dans le cas particulier), le réveil était provoqué. Le pied bot
dans ces conditions avait tendance à se reproduire plus ou moins
rapidement, mais le résultat était maintenu très facilement par application
(sur la région du jambier antérieur) d'un métal auquel nous savions la
malade sensible. Grâce à ce moyen il y avait fixation du résultat
thérapeutique obtenu dans l'hypnotisme. Nous étions, obligés également
d'appliquer des plaques métalliques sur l'avant-bras droit, une contracture
se produisant dans le membre supérieur droit au moment où l'on faisait
disparaître le pied bot du membre inférieur gauche. Il y avait eu, en
d'autres termes, transfert croisé du membre inférieur d'un côté au membre
supérieur du côté opposé (1).
Ainsi dans
l'hystérie, on aura, suivant les sujets, avantage à seconder l'action de
l'hypnotisme, soit par la suggestion, soit par la métallothérapie. Et
peut-être ne sera ce pas trop des trois procédés réunis et combinés pour
arriver à quelques résultats dans les cas les plus graves.
On pourra essayer avec avantage l'hypnotisme et la suggestion chez les
personnes atteintes de troubles choréiques qui ne sont pas sous la
dépendance d'une lésion organique des centres nerveux. Quelques exemples
de ce genre sont dus à M. Bernheim. Le 8 septembre 1884, il faisait au
Congrès de l'asso-ciation
française pour l'avancement des sciences, tenu à Blois, une communication «
sur des troubles choréiques de l'écriture guéris par la suggestion
hypnotique ». Pour lui, la suggestion qui peut déterminer des troubles
fonctionnels chez un individu qui n'en présente pas, peut aussi les faire
disparaître quand ils existent. La pratique de M. Liébault, qui professe
les mêmes idées, consiste, pour obtenir ce résultat, à suggérer la
guérison, à l'affirmer dans une suggestion, et par là même, à la réaliser.
Cette méthode, comme on le voit, serait applicable à tous les troubles
dynamiques. Voici, succinctement résumés, les trois cas de troubles
choréiques de l'écriture que le professeur de Nancy a réussi à guérir par
la suggestion hypnotique :
Le
premier sujet est un jeune garçon qui a eu trois attaques de chorée ; à la
suite de la seconde il a été atteint de rhumatisme articulaire. La
troisième s'est produite tout récemment; elle s'est progressivement
amendée, mais en laissant après elle des troubles de l'écriture très
accentués. M. Bernheim plongea ce jeune garçon dans un profond sommeil
hypnotique, après lequel il ne se souvenait de rien, et en profita pour lui
suggérer l'idée qu'il était guéri. Dès les premières séances, l'écriture
s'améliora, mais seulement d'une façon passagère. Enfin, au bout d'un mois,
l'amélioration devint définitive et le malade put désormais écrire d'une
façon correcte.
Dans le second
fait, il s'agit d'une jeune fille atteinte d'hémichorée, dont la guérison
fut obtenue par le même procédé.
Le troisième cas concerne une jeune fille qui, «employée dans un atelier
où avait régné une épidé-mie de
chorée, avait été elle-même atteinte dechorée-généralisée. On l'hypnotise,
sans obtenir le sommeil profond, elle n'arrive qu'à la seconde période et
conserve le souvenir de tout ce qui s'est passé pendant son
sommeil.
On lui suggère, on lui affirme que le tremblement
rythmique dont elle est affligée va disparaître; tout d'abord it s'exagère
; mais au bout de quelques minutes il disparaît, et Ja jeune fille,
réveillée, écrit sans que son écriture révèle aucun trouble choréique. Au
bout de cinq minutes, à la vérité, le tremblement recommence ; mais il
suffit de quelques séance ultérieures d'hypnotisation pour que la guérison
devint définitive et ne se démentit plus. M. Bernheim possède bien d'autres
faits de guérison par cette méthode ; mais il se borne actuellement à
signaler ces trois cas intéressants (1).
Ces observations nous semblent de nature à encourager les tentatives
d'hypnotisation dans les affections du genre de celles dont il vient d'être
question.
(1) M. Du
Potet, Traité complet du magn. animal, Paris, 1883.
(1) Ronzier-Joly, Bull. général de thérap., 1860.
(1) Cité
d'après Philips, Cours de Braidisme, Paris, 1860.
(1) Dumontpallier, Soc. deBiol., Séance du 7 janv. 1882.
(1) Bottey, Magnétisme animal, Paris, 1884.
(1). Neurypnologie
(l) Magnin,
Étude clin. et expèr. sur l’hypnotisme, Paris, 1884.
(1) Prog. méd., 4 oct., 1884.
V
On serait en droit d'attendre
d'excellents résultats de l'hypnotisme et de la suggestion hypnotique dans
diverses formes de folie, s'il n'était à peu près-avéré que les tentatives
d'hypnotisation échouent d'une façon persistante chez ce genre de malades.
Chez les hypocondriaques, les lypémaniaques, les monomanes impulsifs, on
pourrait combattre les idées fixes, soit en suggérant des idées opposées,
soit en affirmant l'inanité de celles qui existent ;
mais nous sommes encore à
attendre une expérience de ce genre.
Cependant, M.
Aug. Voisin, médecin de la Salpêtriére, a rapporté une observation qui
semble dér montrer qu'il ne faut pas se décourager, et que l'hypnotisation
chez les aliénés n'est pas impossible (1).
Il s'agit
d'une fille âgée de vingt-deux ans qui, séquestrée à Saint-Lazare à la
suite de vols et d'abus de confiance, fut reconnue aliénée et envoyée à la
Salpêtrière. C'est une fille grande et forte» d'un intelligence peut-être
au-dessus de la moyenne, pensive et sournoise. Le front est bas, mais on ne
remarque chez elle aucune conformation défectueuse. Indocile, paresseuse,
orduriére, elle manifeste toujours de la mauvaise humeur, et récrimine à
propos de tout. Quand elle est inoccupée, elle prononce des paroles
incohérentes qui annoncent l'existence d'un délire maniaque. Bientôt elle
a des accès d'agitation, devient furieuse, et on ne peut la maintenir
qu'avec la camisole de force. Elle a aussi, de temps en temps, des
attaques sous forme de perte de connaissance, sans convulsions.
M. Aug. Voisin pensa à l'hypnotisme pour calmer cette violente
agitation. Étant un jour venu à l'improviste dans son service, il trouva
la malade camisolée, assise dans la salle des douches, le bonnet
d'irrigation d'eau froide sur la tête. Il essaya de l'hypnotiser en lui
faisant fixer des yeux le doigt placé au-dessus de son nez ; mais, à cause
de la difficulté de lui faire regarder fixement un objet,
il n'obtint le sommeil qu'en la
regardant de très près, à quelques centimètres de son visage et en suivant
tous les mouvements de ses yeux. Au bout de dix minutes, survint un
strabisme convergent auquel succéda bientôt un sommeil stertoreux. Après
cinq minutes de ronflement, elle se mit à bavarder d'une façon
incohérente.
Les jours
suivants, nouvelles tentatives d'hypnose, plus difficiles que la première,
mais cepen dant suivies aussi de succès ; à la suite des séances, on
constate, un peu de calme. Voici un échantillon des difficultés que
rencontra M. A. Voisin dans ses expériences :
Elle résiste,
se débat, lui crache au visage; la grande difficulté est de lui faire fixer
un objet. M. A. Voisin est obligé de lui tenir les paupières entr'ouvertes
et de suivre ses yeux; après sept ou huit minutes, elle se débat, devient
somnolente, prononce quelques mots puis s'endort.
Peu à peu le
sommeil devient de plus en plus parfait:
Elle est assise sur une chaise, la tête renversée en
arrière et appuyée sur un lit, les mains pendantes se cyanosent, les
membres sont dans la résolution absolue, l'anesthésie est complète; une
grosse épingle enfoncée dans la peau n'est nullement sentie. C'est à partir
de cette séance que nous l'avons interrogée et qu'elle nous a donné, sur sa
vie, des détails qu'elle nous avait cachés jusqu'alors.
M. A. Voisin essaie sur la malade des suggestions diverses qui
réussissent très bien. Il lui ordonne de dormir pendant vingt-quatre heures
et l'ordre est exécuté. Il lui prescrit d'accomplir différents actes à des
heures déterminées, elle les exécute. Il lui
enjoint de devenir calme et
convenable. Elle le devient.
On chercha
vainement à lui donner la catalepsie et à lui suggérer des hallucinations
diverses. On ne put non plus lui faire commettre un vol pendant le sommeil
hypnotique.
M. A. Voisin lui dit de se réveiller demain à neuf
heures et quart du matin et de manger ce qu'elle trouvera à cette heure sur
la table de nuit, de laver le petit parloir à une heure après midi, et de
lui écrire à deux heures une lettre sur une feuille de papier qu'elle
trouverait dans le tiroir de la table avec une enveloppe, et de laisser la
lettre cachetée dans le tiroir. M. A. Voisin ajoute qu'il veut non
seulement la guérir de sa maladie nerveuse, mais encore la rendre honnête
comme ses sœurs, et que demain à deux heures elle lui écrira la promesse
formelle de bien se conduire dorénavant, et qu'elle renfermera son
engagement dans une enveloppe, la cachètera, écrira son nom sur
l'enveloppe, et la laissera dans le tiroir.
Le tout fut
exécuté à la lettre. On ne tarda pas à remarquer que sa tenue était
notablement meilleure, ses propos plus honnêtes et son humeur plus
obligeante.
Sa tenue actuelle dans le service s'est bien améliorée.
On ne pouvait obtenir qu'elle s'occupât à coudre, comme les malades
tranquilles. Je lui en suggère l'idée chaque jour pendant son sommeil, que
je ne laisse pas durer plus d'une heure, et maintenant elle coud tous les
jours pendant deux heures. Je lui suggère l'idée d'apprendre des chapitres
d'un livre de morale et de me les réciter devant les élèves qui suivent mon
cours. Elle le faiteten récite avec précision deux à trois pages...
J'avais pensé que ce sommeil, imposé fréquemment à des aliénées,
pourrait amener chez elles des habitudes de calme ; cette observation
paraît confirmer cette supposition ;
en effet,
l'agitation de cette malade s'apaise progressivement et son désordre
d'actes et de paroles a diminué dans une notable proportion. N'y a-t-il pas
matière à réflexions dans le fait qu'elle regrette, sans admonestation de
ma part, sa vie passée, ses égarements et ses entraînements avec les
hommes, lorsqu'elle est plongée dans le sommeil hypnotique?
Tel est le
fait unique, croyons-nous, jusqu'à présent, d'hypnotisation appliquée au
traitement des maladies mentales. Il mérite de ne point rester isolé, el,
sans concevoir des espérances que la pratique démentirait brutalement sans
doute, il est du devoir des médecins aliénistes de ne point repousser ce
nouveau moyen qui leur est offert d'apporter, dans certains cas,
fussent-ils très rares, quelque soulagement à leurs malades. L'existence
de l'hystérie chez un aliéné nous semble une indication d'appliquer les
procédés hypnotiques. Les attaques constatées chez la malade de M. A.
Voisin relevaient vraisemblablement de cette affection.
(l)
Communication à la Soc. médico-psychologique. InAnnales méd. -psych.,
1884, t. II, p. 289 et suiv.
VI
En dehors des
bons effets de i'hypnotisatioa, l'observation précédente nous montre ceux
de la suggestion pendant le sommeil provoqué. Est-il donc possible, par
des suggestions méthodiquement pratiquées, de modifier d'une façon
permanente le cours des idées, les penchants acquis ou instinctifs,
la sensibilité, en un mot le caractère d'un individu hypnotisable ? En
d'autres termes, peut-on espérer appliquer efficacement l'hypnotisme à
l'orthopédie morale ou à l'éducation? De bons esprits l'ont pensé.
L'éducation et la
médecine de l'âme trouvent dans le hraidisme, dit Durand, de Gros, des
moyens d'action d'une puissance inouïe qui, à eux seuls, portent la
découverte de Braid au rang des plus glorieuses conquêtes de l'esprit
humain (1).
Langage
d'apôtre, prétentions téméraires! Nous ne les repoussons pas absolument, à
la condition toutefois qu'elles se fassent plus modestes. Nous ajoutons
qu'il ne suffit pas de répéter des affirmations de ce genre pour
persuader; quelques faits bien observés seraient autrement éloquents, on
peut même dire suggestifs.
Le degré de
suggestibilité de chacun est très variable.
L'éducation de
l'enfant, dit M. Bernheim, les notions et les principes inculqués à son
cerveau par la parole et par l'exemple, les doctrines philosophiques et
religieuses dans lesquelles il est bercé dès son plus jeune âge, n'est-ce
pas déjà une suggestion à l'état de veille?
Oui, sans doute. Mais ces suggestions, quoique égales pour toutes les
jeunes intelligences, sont loin d'agir sur chacune d'elles avec la même
intensité, et les intelligences qui s'y montrent les plus réfraçtaires sont
précisément celles pour qui il serait le plus nécessaire d'y être très
sensibles. Et là où l’éducation est impuissante, la suggestion hypnotique
réussirait ? Il est au moins permis d'en douter. L'aliénée de M. A. Voisin
semble avoir été moralisée par l'hypnotisme ; mais il faudrait pouvoir la
suivre après sa sortie de la Salpêtriére; carie succès ne sera complet
qu'autant que cette amélioration des
sentiments moraux persistera dans le milieu où elle
sera appelée à vivre. M. Liébault aurait obtenu chez un j'eune homme doué
d'instincts pervers, une modification considérable de sa nature morale par
la suggestion hypnotique systématiquement pratiquée. Mais l'amélioration
ne s'est pas maintenue. Le même médecin serait parvenu à enrayer chez
certaines personnes l'entraînement d'habitudes nuisibles à la santé comme
celle du tabac et des liqueurs alcooliques en leur en inspirant le dégoût.
En somme, nous ne connaissons jusqu'ici dans ce genre que quelques
tentatives peu concluantes, et en présence desquelles il n'est pas défendu
de conserver un certain scepticisme que, pour notre part, nous souhaitons
vivement de voir un jour confondu.
La suggestion à l'état de veille, surtout chez les sujets hypnotisables,
mais aussi chez quelques-uns qui ne le sont pas, peut donner des résultats
favorables. L'induction permettait de penser à priori que la suggestion
qui produit des modifications fonctionnelles dans un sens, peut aussi en
produire dans un sens contraire ; que si, par exemple, la suggestion
suffit à amener des paralysies, elle doit aussi pouvoir les guérir. Russel
Reynolds et Erb ont signalé, nous l'avons déjà dit, des paralysies
produites par l'effet de l'imagination. On trouve, entre autres, citée dans
différents ouvrages, l'observation de cette jeune fille qui, soignant son
père paralysé, s'imagina qu'elle allait elle-même être atteinte d'une
maladie semblable. Sous l'influence de cette crainte persistante et de
l'émotion qu'elle éprouvait en pensant à la cruelle situation où les
jetterait cette éventualité, elle sentit peu à peu ses
membres s'affaiblir et enfin se
paralyser. Reynolds la guérit par un traitement purement moral en lui
persuadant qu'elle pouvait guérir, c'est-à-dire en lui suggérant une idée
contraire a celle qui avait causé sa maladie passagère.
Nous avons
cité une observation de M. Bottey qui nous montre une paraplégie hystérique
guérie par des pilules de mie de pain. Nous lui en devons une autre, celle
d'une jeune fille de seize ans, non hypnotisable, atteinte d'une paralysie
hystérique complète, avec anesthésie, qui la confinait au lit depuis quinze
mois. A l'aide d'une potion dite fulminante composée d'eau colorée et de
granules de mie de pain, il détermina chez la malade des perturbations
nerveuses extraordinaires qui furent suivies de la guérison de la
paralysie.
Le traitement
moral des maladies, autrement dit la thérapeutique suggestive, en dehors
même de Phypnotisme, rend assurément déjà de grands services; mais,
systématiquement pratiquée, il y a lieu de supposer qu'elle en rendrait de
bien plus grands encore. Que de névropathiques et d'hypocondriaques dont
les troubles morbides, qui guériraient par une thérapeutique morale bien
dirigée, sont aggravés et rendus incurables par l'insouciance et parfois
même le dédain moqueur avec lequel on les traite. Les malades imaginaires,
en réalité, sont de vrais malades. Les souffrances qu'ils accusent, ils les
éprouvent réellement; elles naissent dans leurs divers organes sous
l'influence de leur imagination surexcitée, par une véritable
auto-suggestion; avec d’autant plus facilitée que ces individus
appartiennent à la famille névropatique, et qu’il est
rare qu'une intell
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