CHAPITRE X l'hémi-hypnotisme au point de vue psychologique
I.
— La dualité cérébrale est démontrée par l'hypnose. — Hypnose
unilatérale. — Braid, Heidenhain. Berger, Dumontpallier. - Chaque
hémisphère cérébral représente l'individu tout entier.
II.
— Hypnose bilatérale de
caractère différent pour chaque côté.
III.
— Hypnose bilatérale de
môme caractère, mais à manifestations diffé-
rentes pour chaque côté. — Expression d'un sentiment diffèrent pour
chaque
côté du corps dans la catalepsie. — Hallucinations de nature opposée pour
chaque hémisphère dans le somnambulisme: expériences variées.
IV. —
Conclusions à tirer de ces expériences relativement à la dualité céré-
brale. — Autres preuves tirées de l'anatomie, de la physiologie, de la
pathologie.
V. —
Ponctions spéciales à chaque hémisphère.
VI. —
Dédoublement de la personnalité chez les aliénés. — Il ne se confond
pas avec le dualisme cérébral.
I
Nous avons
déjà parlé, dans un précédent chapitre, de la possibilité de placer dans
des périodes différentes de l'hypnotisme les deux moitiés du corps. Nous
devons revenir sur ce sujet en raison de son importance psychologique.
Au fond de l'homme conscient de son moi, de son intelligence, de son
activité volontaire, il n'y a pas seulement un automate qui, à l'instar
d'une machine bien organisée, obéit passivement, quand la conscience s'est
évanouie, à une volonté étrangère
il y en a deux. Bien plus, il
n'y a pas seulement un seul moi, une seule conscience, une seule personne
dans l'homme, éveillé et à l'état sain : il y en a deux encore.
L'hypnotisme ne nous fait pas seulement voir Jean qui pleure, puis Jean qui
rit ; mais l'un et l'autre à la fois. Jean rit à droite en même temps qu'il
pleure à gauche : Jean de gauche est en colère, tandis que Jean de droite
est satisfait; l'un tremble de peur, tandis que l'autre est plein de
courage... Finalement, on supprime l'un des deux et on retrouve l'individu
tout entier, bien qu'il ne soit plus qu'une moitié de lui-même. Les
médecins, les physiologistes avaient entrevu tout cela, mais les faits de
la clinique, de l'anatomie pathologique ou de l'expérience physiologique,
sont souvent obscurs, d'une interprétation délicate, sujette à
contestation, de sorte que la dualité cérébrale en était encore à l'état de
question discutée. Aujourd'hui les expériences hypnotiques ont fait la
lumière, et il ne semble plus permis de rester dans le doute.
Nous allons
exposer les expériences les plus connues d'hypnose hémicérébrale, en
faisant de nombreux emprunts à M. Bérilion et à M. Dumontpallier (1).
Et d'abord, on
peut produire l'hypnose unilatérale, c'est-à-dire que l'un des hémisphères
cérébraux seulement sera plongé dans l'hypnotisme, l'autre demeurant à
l'état normal.
Braid (1),
sans s'en rendre bien compte, produisait un phénomène de cet ordre
quand, chez un sujet en catalepsie, agissant sur un œil, il
réveillait le côté correspondant du corps et l'hémisphère opposé .
Heidenhain
(2), sur un sujet sensible à l'hypnotisme, en opérant des frictions
prolongées sur un côté de la tête, obtenait peu à peu de la parésie des
membres du côté opposé, puis le phénomène de l'hyperexcitabilité
neuromusculaire, c'est-à-dire une véritable hémiléthargie. Si les frictions
avaient lieu sur le côté gauche du crâne, il se produisait en outre une
véritable aphasie d'origine ataxique, qui s'opposait à ce que le sujet pût
lire ou parler, par suite de l'impuissance du centre du langage articulé.
Ces
expériences confirment d'une façon, inattendue la notion physiologique de
l'action croisée des hémisphères cérébraux et l'existence d'un centre du
langage articulé, que l'on place depuis longtemps déjà dans la troisième
circonvolution frontale gauche ou circonvolution de Broca. (Fig. 25, E; et
26, 1).
D'autres
expériences du même auteur, tout eu donnant des résultats très nets,
semblèrent faire exception à cette loi de l’action croisée des
hémisphères. On y retrouve, dit M. Bérillon (3).
Des anomalies apparentes qui rappellent des variétés cliniques que
peuvent présenter les affections dues aux
lésions
organiques de l'hémisphère gauche du cerveau. Ainsi, chez un sujet,
l'excitation du côté droit de la tête produisait la catalepsie du même côté
et l'aphasie. Chez d'autres personnes, la catalepsie unilatérale survenait
à la suite de l'excitation tantôt du même côté, tantôt de l'autre côté.
Les
expériences du professeur Berger, de Breslau, montrent que la friction de
la région occipitale d'un côté du crâne peut faire naître la catalepsie du
même côté, tandis que la fraction de la région frontale détermine une
catalepsie croisée.
On doit à
Ladame (1) des expériences analogues aux précédentes. Par des frictions sur
le côté gauche du crâne, il frappe de daltonisme ou d'achromatopsie l'œil
correspondant, tandis que le droit conserve intacte la facilité de
reconnaître les couleurs; en même temps il se produit de l'aphasie
ataxique, comme dans un des cas précédents. Si la friction est opérée à
droite de la tête, on n'observe que l'achromatopsie de l'œil droit sans
aphasie.
M.
Dumontpallier a pu provoquer également l'hypnotisme unilatéral par
excitation unilatérale du cuir chevelu; les effets étaient tantôt directs,
tantôt croisés, tantôt alternes, suivant les points sur lesquels on
agissait.
Une de ses
malades, qui présentait des accidents hystériques très-accentués, a été
l'objet d'expériences d'hypnotisme unilatéral des plus intéressantes.
Voulant
plonger la malade dans l'hypnotisme total il lui demanda de fixer ses yeux
sur les siens. Au lieu de l'hypnotisme complet, il se produisit la
lé-thargie du membre supérieur droit et du membre inférieur gauche (1).
Lorsqu'on voulut déterminer l'état cataleptique, on ne put y arriver qu'en
agissant par la lumière sur l'œil droit. Pour produire le somnambulisme,
le seul moyen efficace fut la pression exercée sur le côté droit du crâne.
L'action de la lumière sur l'œil gauche et la pression sur le côté gauche
du vertex restaient sans effet. Ces résultats bizarres furent expliqués au
réveil de la ma-lade quand on eut constaté qu'elle n'y voyait pas de l'œil
gauche et qu'elle ne sentait pas la pression sur le membre supérieur du
même côté. On était ainsi conduit à penser que chez ce sujet le cerveau
gauche avait seul conservé son activité fonctionnelle.
La
vérification de ce fait fut demandée à la inétalloscopie. Par l'application
du métal auquel elle était sensible, on transféra les phénomènes
léthargiques du côté opposé. En même temps les états cataleptique et
somnambulique du membre supérieur gauche et inférieur droit ne pouvaient
être produits qu'en faisant agir la lumière sur l'œil gauche et en
frictionnant la partie gauche du vertex.
La paralysie,
qui frappait primitivement le cerveau droit, se trouvait donc transférée
au cerveau gauche.
Chez une autre hystérique hémi-anesthésique et achromatopsique gauche,
on provoque le transfert des accidents hystériques à droite, puis on la
soumet aux procédés hypnogéniques. Alors on constate que la catalepsie, la
léthargie et le somnambulisme
sont successivement produits
dans la partie gauche du corps, le côté droit restant indifférent. Le
transfert de l'activité cérébrale a donc eu lieu de l'hémisphère gauche à
l'hémisphère droit.
Si par des
applications métalliques appropriées on ramène la sensibilité dans la
partie frappée d'anesthésie, on obtient alors les differentes périodes
hypnotiques pour le corps entier (1).
Ces
expériences d'hypnose unilatérale chez les individus sains ou hystériques
conduisent à admettre qu'un seul hémisphère cérébral représente
l'individu tout entier, conserve la conscience du moi et suffit à ses
fonctions de relation. Mais dans quel état se trouve l'intelligence, son
organe étant ainsi diminué de moitié?
Il semblerait, d'après M. Chambard (2), que si un hémisphère suffit pour
la vie psychique, la privation de l'autre ne s'en fait pas moins sentir
dans une certaine proportion. D'abord, à la suite de la paralysie
hypnotique de l'hémisphère gauche le sujet devient partiellement
aphasique, ce qui, évidemment, le rend considérablement inférieur à
lui-même. Mais en ne considérant que ce qui survient, si c'est
l'hémisphère droit qui est frappé de paralysie, on peut remarquer que les
mouvements et les actes du suiet ont perdu de leur précision et de leur
régu-larité. Son écriture, par
exemple, est incorrecte, les lettres sont déviées parfois dans un sens
opposé à l'inclinaison normale. L'intelligence elle-même est atteinte dans
son intégrité; elle devient plus paresseuse, moins alerte. Diverses
expériences semaient démontrer que la puissance de volonté est amoindrie
et que la tendance naturelle à l'imitation, qui est d'autant plus grande
chez un individu qu'il est moins intelligent, devient beaucoup plus
prononcée. Si à un sujet hynoptisé unilatéralement on commande d'exécuter
un acte pendant un certain temps, comme de tourner les pouces ou de battre
des trilles avec les doigts suivant un rythme déterminé, et que
l'expérimentateur, en face de lui, exécute le même acte, on remarque que
quand ce dernier s'arrête, l'hypnotisé s'arrête aussi, bien qu'il ne doive
pas le faire. Au bout d'un instant, par un effort de volonté, il reprend
son mouvement. Si pendant qu'il exécute le même acte que l'hynoptisé,
l'expérimentateur en modifie l'exécution, le sujet modifie aussi la
sienne, puis, après réflexion, revient à sa première façon d'exécuter le
mouvement prescrit.
Ainsi, la conscience, la volonté et
l'intelligence sont conservées bien qu'un seul hémisphère soit éveillé,
mais ces facultés semblent diminuées.
M. Dumontpallier n'est pas de cet avis. D'après ses expériences chez les
hystériques, il conclut que « lorsque la somme d'activité du système
nerveux est répartie entre les deux hémisphères, cette activité doit être
moindre que dans le cas où un seul hémisphère est le siège de l'activité
nerveuse. » Voici ce qui l'a conduit à cette opinion: chez une
hystérique hémi-anesthésique, on ne peut obtenir
que l'hypnotisme
unilatéral dans le côté sain. Si, par des applications métalloscopiques
appropriées, on ramène la sensibilité dans le côté précédemment frappé
d'anesthésie, on peut alors produire les différents degrés d'hypnose
totale, mais à un degré moins accusé que dans l'expérience d'hypnose
unilatérale.
En résumé, M.
Chambard pense que l'hypnose hémicérébrale est accompagnée d'un
affaiblissement de l'activité nerveuse dans l'hémisphère éveillé. M.
Dumontpallier, au contraire, pense que cette action est sinon plus grande,
au moins aussi grande, et que l'indépendance des hémisphères n'est pas
relative, mais absolue.
Nous ne ferons
qu'une seule remarque : c'est que les deux auteurs ont abordé la question
par deux côtés opposés, ce qui peut expliquer en partie leurs divergences
de vues. L'un s'est surtout appuyé sur le côté psychologique des
expériences, qui, il faut bien le reconnaître, semblent lui donner raison;
l'autre en envisage uniquement le côté physique. Bien que la question ne
nous semble pas résolue, le bon sens, à défaut d'autres arguments, plaide
en faveur de la première opinion. Qu'au point de vue de l'innervation
sensitive et motrice l'hémisphère resté sain subisse des phénomènes de
dynamogénie, la chose est fort possible et nous l'accordons volontiers ;
mais au point de vue purement psychique ce serait un paradoxe insoutenable
que de prétendre que l'intelligence consciente doit aussi bien fonction ner
avec un seul hémisphère qu'avec les deux (1). Ce
seul fait, que l'inhibition
atteignant l'hémisphère gauche prive le sujet de la parole, suffit
d'ailleurs à juger la question ; il démontre en outre, ce qui recevra plus
loin un complément de preuves, que les facultés psychiques ne sont pas
également représentées dans les deux hémisphères : nouvelle raison de ne
pas tirer d'expériences encore peu nombreuses et in suffisamment variées
des conclusions excessives et prématurées.
(1) E. Bérillon, Hypnotisme expérimental. La dualité cérébrale et
l'indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux, thèse de
Paris, 1884. — Dumontpallier, Comptas rendus de la soc. de Biol., 1882,
1884, passim. — Dumontpallier et Magnan, Des hallucinations bilatérales
(Union médicale, 15-19 mai 1883).
(1) Braid, Neurypnologie.
(2)
Heidenhain, Die sogenante thierischë Magnetismus, Leipzig, 1880.
(3) Bérillon,
loc. cit.
(1) Ladame, La névrose hypnotique devant la médecine légale. (Ann.d'hyg.,
1882, t. VII, p. 518).
(1) Chez cette
malade il y avait hémi-anesthésie et la sensibilité était répartie d'une
façon opposée pour les régions sus et sous-ombilicales.
(1) M.
Dumontpallier avait conclu de ces expériences que chez les hystériques
hémi-anesthésiques, les phénomènes tics trois phases hypnotiques ne peuvent
être provoqués que du côte sensible. Mais cette conclusion ne saurait être
généralisée, car beaucoup de malades hypnotisées a la Salpêtrière étaient
des anesthésiques totales et pourtant pouvaient être plongées dans le
sommeil nerveux.
(2) Chambard, Encéphale, t.1, 1881.
(1) Nous n'entendons parler que des
cas de suppression brusque du fonctionnement de l'un des hémisphères, car
quand cette suppression
survient d'une manière lente et progressive, une suppléance plus ou moins
parfaite des fonctions de l'hémisphère malade se fait par l'hémisphère
resté sain.
II
Un second groupe de faits comprend
l'hypnose cérébrale bilatérale de degré différent pour chaque côté. Trois
cas peuvent se présenter: 1° l'hémiléthargie coincidant avec l'hémicatalepsie
; 2° l'hémiléthargie avec l'hémisomnambulisme ; 3° l'hémi-somnambulisme et
l'hémicatalepsie.
Le premier, en 1878, M. Descourtis
produisit dans le service de M. Charcot l'hémiléthargie et l'hémicatalepsie.
Il lui suffit, le sujet étant en léthargie, d'ouvrir une des paupières, de
façon que la lumière vint frapper la rétine pour déterminer une
hémicatalepsie ; ou bien, le sujet étant en catalepsie, d'abaisser une
des paupières pour produire une hémiléthargie.
M. Dumontpallier, en approchant une
montre de l'oreille droite d'une hystérique susceptible d'être hypnotisée,
détermina par cette excitation faible de l'hémicatalepsie à droite et de l'hémiléthargie
à
gauche. En
l'approchant de l'oreille gauche, il produisit, mais en sens inverse, les
mêmes phénomènes.
De l'éther
respiré par l’une des narines provoquait chez la môme malade l'hémiléthargie
dans le côté correspondant à la narine affectée.
Deux montres,
placées de chaque côté, provoquaient la catalepsie totale. L'éther,
respiré par les deux narines, produisait les mêmes résultats.
M. P. Richer
(1) cite les expériences suivantes :
Si, devant une
malade en catalepsie, on place un pot à eau, une cuvette et du savon,
aussitôt que son regard tombe sur ces objets ou que sa main entre en
contact avec eux, elle se met, avec une spontanéité apparente, à verser de
l'eau dans la cuvette et à se savonner les mains. Si on abaisse la paupière
de l'œil droit, le côté droit tombe en léthargie, et le côté gauche
continue seul l'opération commencée.
Si entre les
mains de la môme cataleptique on met son ouvrage au crochet, elle le prend
et y travaille avec une adresse remarquable. Qu'on ferme l'un des yeux, la
main correspondante retombe inerte, et l'autre continue seule des
mouvements qui n'ont plus dès lors aucune efficacité.
Le même auteur
cite également des exemples d'hémiléthargie coïncidant avec l'hémisomnambulisme.
Enfin, MM.
Dumontpaliier et Magnin ont été les premiers à produire l'hémi-somnambulisme
et l’hémicatalepsie.
(1) Richer, loc.
cit.
III
Dans un
troisième groupe, on doit ranger les faits d'hypnose cérébrale bilatérale
de même degré, mais à manifestations différentes pour chaque côté.
Par
l'intermédiaire du sens musculaire, on peut dans la période cataleptique
suggérer à chaque hémisphère au cerveau des impressions différrentes.
Prenons quelques exemples:
Pauline est
mise en catalepsie. L'expérimentateur prend les doigts de la main gauche de
la malade et les lui pose sur la bouche en imprimant au bras du même côté
les mouvements exécutés dans l'acte d'envoyer un baiser. Aussitôt la
malade continue le mouvement, tandis que le côté gauche de la face
s'épanouit dans un sourire. Pendant que le bras gauche poursuit ce geste,
on donne au bras et à la main droite l'attitude que prendrait une personne
qui repousserait un objet avec horreur : le côté droit du visage prend
alors l'expression de la terreur. La physionomie, souriante à droite,
grimaçante à gauche, exprime ainsi au même moment deux sentiments
absolument opposés.
A Marie en
catalepsie, on donne au membre supérieur gauche le geste de l'adieu, au
membre supérieur droit le geste du commandement. « Alors le visage, du côté
droit, prend l'expression sévère d'une personne qui donne un ordre
impérieux ; et le visage, du côté gauche, prend l'expression douce d'une
personne qui sourit (1). »
N'est-il pas
rationnel de supposer, dit M. Dumontpallier, que, dans cette expérience,
l'acte musculaire d'un côté a suggéré dans l'hémisphère opposé du cerveau
une impression qui s'est traduite par l'expression hémilatérale de la
face?
Chaque hémisphère
cérébral, dans cette expérience, aurait donc été mis en activité par un
acte musculaire, et la perception de chaque moitié du cerveau se serait
manifestée par des contractions musculaires du visage, qui, d'un côté,
exprimaient le sourire et de l'autre la frayeur.
Cette
expérience ne prouvait-elle pas l'indépendance fonctionnelle de chaque
hémisphère cérébral rendue manifeste par une excitation réflexe dont le
siège était dans les muscles du bras droit et du bras gauche (1)?
Chez les
somnambuliques, on peut déterminer des illusions et des hallucinations
bilatérales simultanées de caractère différent pour chaque côté.
Si chez une
hystérique en somnambulisme on dépose quelques gouttes d'eau sur le côté
gauche de la langue en lui suggérant que c'est du rhum, elle fait une
grimace de dégoût; les mêmes gouttes d'eau mises sur l'autre côté de la
langue et baptisées sirop, sont trouvées sucrées et produisent une
sensation agréable. Cette double illusion dure un certain temps, et la
malade manifeste son étonnement d'éprouver ainsi simultanément deux
sensations aussi différentes.
On peut de
même provoquer des illusions doubles et simultanées de l'odorat.
Ces illusions
et ces hallucinations sont accompagnées d'une expression de chaque côté du
visage, en rapport avec la nature de chacune d'elles.
A une malade en somnambulisme, on bouche hermétiquement l'oreille droite
; puis s'approchant de l'oreille gauche, on se met à décrire un tableau
champêtre ; la malade voit ce qu'on lui décrit, continue la scène, expose
les actes des divers person-nages.
A ce moment on débouche l'oreille droite et on décrit à portée de cette
oreille une scène de carnage.
La malade est
effrayée, et son visage exprime à ce moment, du côté droit, la frayeur,
tandis que le côté gauche de son visage exprime la satisfaction que lui
cause la vue du tableau
champêtre (1).
On peut
procéder plus simplement en agissant simultanément d'une manière différente
sur les deux oreilles à la fois; l'effet est le même. Toujours chaque côté
de la face prend une expression en rapport avec la suggestion reçue par
l'oreille correspondante.
En variant les
procédés, on peut provoquer simultanément et de côté opposé des
hallucinations de l'ouïe et de la vue. Il suffît de décrire à l'oreille
gauche une scène gaie, tandis qu'on imite à droite le bruit d'une
fusillade. Aussitôt le côté droit de la face exprime la terreur, tandis que
le côté gauche continue à exprimer la satisfaction.
Il existe donc
simultanément dans le cerveau du sujet, dit M. Bérillon à propos de
quelques-unes de ces expériences, deux hallucinations de nature différente
dont le point de départ a été une excitation de l'organe de l'ouïe, et dont
le siège appartient à un hémisphère cérébral différent.
Dans les précédentes expériences, les hallucinations, quel que soit le
sens intéressé, sont obtenues par suggestion auditive. MM. Dumontpallier et
Bérillon eurent l'idée de déterminer chez leurs sujets des hallucinations
doubles de la vue en agissant directement sur la rétine.
Voici leur manière de procéder. La malade en somnambulisme
doit ouvrir complètement les yeux.
On fixe alors
dans le plan vertical médian de la figure du sujet en expérience, un écran
disposé de telle façon que chacun de ses yeux ne puisse voir que les objets
situés du côté correspondant de l'écran.
Un des
assistants place alors son visage dans le champ visuel de l'œil droit du
sujet ; un autre en fait autant dans le champ visuel de l'œil gauche.
L'expérimentateur, par un geste, simule alors une difformité ridicule sur
le visage placé du côté droit et une difformité repoussante sur le visage
placé du coté gauche.
Aussitôt et
simultanément, la face de la malade exprime à droite l'expression de la
gaieté la plus franche, tandis qu'à gauche elle revêt l'expression de
l'horreur la plus profonde.
Cette double
expression est des plus saisissantes. Elle persiste assez longtemps pour
qu'on puisse la photographier à loisir; d'ailleurs, pour la faire
disparaître, il suffit de faire le geste d'effacer les difformités simulées
sur chacun des visages placés de chaque côté de l'écran.
On sait que
les illusions et les hallucinations provoquées pendant le somnambulisme
peuvent quelquefois persister un certain temps après le réveil. Si donc,
au lieu d'effacer les difformités suggérées, on réveille la malade pendant
qu'elle est encore sous leur impression, la double expression faciale
persiste un certain temps avec la même intensité.
De plus, il se produit un mélange bizarre d'éclats de rire et de cris
d'horreur qui se confondent, de telle sorte qu'il n'est pas permis de
douter qu'il existe, dans le cerveau du sujet éveillé, deux hallucinations
de la vue de nature différente, dont le point de départ a été une
excitation réti-nienne et dont
le siège appartient à un hémisphère cérébral différent (1).
Si on replonge
la malade en somnambulisme, toute manifestation bruyante cesse, mais
l'expression de chaque côté de la face n'en persiste pas moins. Qu'on
fasse alors le geste d'effacer sur le visage des deux aides placés de part
et d'autre de l'écran les difformités suggérées, la physionomie du sujet
retombe dans son impassibilité première.
(1) Ces exemples sont résumés d'après la thèse de M. Bérillon.
(1) Comptes rendus de la Soc. de Biol, 16 déc. 1882.
(1) Bérillon, loc., cit.
(1) Bérillon,
toc. cit.t et Comptes rendus de la Soc. de Biol,t
séance du 21 juin 1884.
IV
Tels sont les
faits. Ils permettent de conclure, d'une façon indubitable, que pendant
l'hypnotisme :
1° L'activité
psychique d'un hémisphère peut être supprimée sans détruire la conscience
du moi et les facultés intellectuelles ; 2° que les deux hémisphères
cérébraux peuvent être mis simultanément dans un degré différent
d'activité; que, jouissant d'une activité égale, ils peuvent être
concurremment le siège de manifestations psychiques de nature et de
caractère différents.
En un mot,
dans toutes les expériences précédentes, le cerveau paraît double, chaque
hémisphère semble constituer un organe complet pouvant fonctionner
séparément et indépendamment l'un de l'autre.
La dualité
cérébrale, avant de recevoir cette démonstration nouvelle, était déjà
défendue par de nombreuses preuves de divers ordres.
C'est, par
exemple, un fait d'observation vulgaire
et que relèvent tous les
aliénistes, que la population des asiles consacrés à la folie fournit un
nombre considérable d'individus dont le crâne est asymétrique et déformé.
Il y a une asymétrie correcte, qu'on rencontre chez beaucoup d'individus
sains ; mais celles que portent les aliénés semblent échapper jusqu'ici à
toute classification régulière.
Il est
également démontré que les deux hémisphères sont en général de poids et de
développement inégaux. Broca soutient que l'hémisphère droit, dans son
ensemble, pèse plus que le gauche, bien que le lobe frontal gauche
l'emporte sur le droit d'une quantité très notable (1).
De nombreuses
pesées opérées sur des cerveaux d'aliénés nous ont presque toujours donné
un poids supérieur pour l'hémisphère droit.
Boyd (2) et Luys
(3) ont trouvé qu'à l'état normal l'hémisphère gauche l'emporte d'une
certaine quantité.
Pour Bra (4),
l'asymétrie est également la règle, mais l'élévation de poids est tantôt en
faveur de l'un, tantôt en faveur de l'autre hémisphère.
Charlton
Bastian a trouvé que le poids spécifique de la substance grise des
circonvolutions gauches était plus élevé que celui des droites.
L'asymétrie ne porte pas seulement sur l'ensemble, mais encore sur les
détails de structure et de texture des deux cerveaux. La disposition des
circonvolutions de l'hémisphère droit et de l'hémi-sphère
gauche n'est jamais semblable, et les différences les plus accentuées
existent toujours entre les deux côtés. Preuve certaine de la division du
travail dans l'encéphale, la disposition, la forme et les dimensions des
cellules nerveuses sont très différentes, suivant les régions qu'on
observe. Ainsi que l’a montré M. Duret, la circulation cérébrale se
distribue suivant certains territoires indépendants les uns des autres, et
chacune des artères de la périphérie corticale règne pour ainsi dire sur
un domaine particulier.
Ajoutons que
le développement des deux hémisphères ne se fait pas simultanément.
D'après Parrot (1), l'évolution de l'hémisphère droit chez les enfants
serait en général beaucoup plus rapide que celle du gauche, ce qui
indiquerait que les fonctions de ce dernier doivent être plus élevées que
celles du droit. Il rappelle que généralement la main droite, qui est mise
en mouvement par le cerveau gauche, accomplit les actes les plus délicats
et les plus compliqués, et que c'est dans le même hémisphère que se
développe l'organe du langage articulé; ce qui explique que cette moitié du
cerveau exige un temps plus long pour son parfait développement et le
perfectionnement de ses fonctions.
La physiologie vient en aide à ces inductions anatomiques. Parmi les
hommes, les uns, le plus grand nombre, sont droitiers, quelques-uns
gauchers, ce qui indique la prédominance d'un des deux hémisphères, le
plus souvent du gauche. Il y a des ambidextres, chez qui les deux cerveaux
sem-blent de puissance égale ;
mais il y a aussi beaucoup de gens qui sont hètérodextres si je
puis ainsi parler, c'est-à-dire droitiers pour certains actes, gauchers
pour d'autres ; chez eux il n'y a pas prééminence d'un hémisphère, mais
partage d'attributions entre les deux. Les hètérodextres, plus que les
autres, nous semblent plaider énergiquement en faveur de l'indépendance
fonctionnelle des hémisphères cérébraux.
Les
expériences sur les animaux ont permis à Flourens (1), Longet, Muller (2),
Vulpian, de montrer que l’ablation d'un hémisphère cérébral ne modifiait
en rien leur état intellectuel, qui restait le même après comme avant
l'opération, ce qui indique suffisamment que chaque hémisphère forme à lui
seul un tout complet susceptible d'un fonctionnement régulier.
Les
expériences et la pathologie ont démontré mieux encore que l'anatomie qu'il
existe dans le cerveau des régions indépendantes les unes des autres au
point de vue des fonctions. Il y a des régions dévolues à la motricité
volontaire, d'autres à l'attention, d'autres à la sensibilité. Les noms des
Fritsch et Hitzig, Ferrier, Carville et Duret sont attachés à ces
découvertes. Ceux mêmes qui, comme Brown-Séquard, sont contraires à la
doctrine des localisations cérébrales, reconnaissent l'indépendance
fonctionnelle de certaines parties de l'encéphale .
J'ai toujours cru, au moins autant que qui que ce soit,
dit le professeur du Collège de
France, que chaque fonction distincte s'accomplissait par l'action
d'éléments distincts (1).
Chaque
hémisphère cérébral, dit-il encore, est chez l'enfant un cerveau tout
entier; c'est-à-dire qu'il peut, en se développant, agir comme centre pour
toutes les fonctions cérébrales et pour tous les mouvements du corps. Mais
chez la plupart des individus les deux moitiés du cerveau, bien que
primitivement semblables, « se développent de telle sorte que chacun d'eux
n'acquiert une certaine puissance que pour certains actes et certaines
fonctions. »
(1) Bul.,
de la Soc. d'anth., 1873.
(2)
Philosophical transactions, 1861
(3)
Encéphale, 1881.
(4)
Encéphale, 1881.
(1) Parrot,
Arch. de physiol., 1819.
(1) Flourens, Recherches expérimentales sur le système nerveux, 2e
édit, Paris, 1842.
(2) Muller,
Manuel de physiologie, 2e édit., Paris, 1831.
(1) >Arch.de
physiol., 1877.
V
D'après les travaux d'Exner (2), l'hémisphère droit serait prépondérant
pour la sensibilité, et le gauche représenterait plus particulièrement la
fonction motrice. Ce qui se passe dans les rêves apporte un appoint à
cette opinion et à la théorie du dualisme cérébral. Les rêves que l'on fait
sur le côté droit (sur le cerveau droit), dit M. Gaétan Delaunay (3),
diffèrent de ceux que l'on fait sur le cerveau gauche. Les premiers
répondent à la description générale que l'on a donnée du rêve, ce qui se
comprend, puisqu'on couche habituellement sur le côté droit; ils sont
illogiques, absurdes, etc. Les vers que Ton fait sur le côté droit sont
dénués de sens, mais cor-rects sur leurs pieds , ce qui prouve que le
sentiment du rythme est conservé. Les facultés morales subsistent, mais
les facultés intellectuelles font défaut.
Au contraire,
les rêves que l'on fait étant couché sur le cerveau gauche sont moins
absurdes et peuvent être même intelligents. Ils portent sur des choses
récentes et non sur des réminiscences. Enfin dans ces rêves on fait des
discours, ce qui se comprend, puisque la faculté du langage siège à gauche.
Les
expériences de thermométrie cérébrale de Schiff sur les animaux démontrent
que dès qu'une excitation sensible vient frapper le sujet en expérience,
il se produit immédiatement un échauffement plus marqué dans un hémisphère
que dans l'autre (1). Broca a constaté qu'au repos le cerveau gauche avait
une température plus élevée que le cerveau droit. Il a remarqué que pendant
l'activité cérébrale la température de l'encéphale s'élevait et qu'elle
s'élevait plus du côté droit que du gauche, ce qu'il attribuait d'une façon
assurément très hypothétique à ce que le cerveau droit, plus malhabile,
était obligé à plus d'efforts dans lé travail intellectuel. M. Paul Bert
est arrivé à démontrer, au moyen de plaques thermo-électriques, que les
régions gauches de la tête ont une température supérieure à celles
de droite et que pendant l'effort intellectuel il y a un excès de
température en faveur du lobe frontal gauche (2).
Ces
observations sur la différence de température des hémisphères cérébraux
tendent à démontrer qu'il y a une différence dans l'activité de chacun
d'eux.
Un seul hémisphère sain, dit Longet, peut suffire à l'exercice de
l'intelligence et des sens externes.
De nombreux faits
pathologiques démontrent cette vérité. M. Cotard (1) a démontré qu'il n'y
avait pas de rapport à établir entre l'atrophie partielle du cerveau et
l'état de l'intelligence. Dans dix cas où l'intelligence était intacte,
cinq fois c'était l'hémisphère gauche qui était atrophié et quatre fois le
droit. Chaque hémisphère suffit donc à l'exercice sensiblement normal des
facultés intellectuelles, et on ne trouve aucune différence essentielle
entre les propriétés, des deux moitiés du cerveau. De nombreux cas de
traumatismes ou de tumeurs du cerveau viennent confirmer cette manière de
voir. Dans les cas de tumeurs parfois énormes qui compriment un hémisphère,
la lenteur du développement des néoplasmes a donné le temps à l'hémisphère
sain d'acquérir la suppléance fonctionnelle de son congénère.
Dans les lésions des deux hémisphères, on a remarqué que le nombre et la
gravité, des symptômes variaient suivant l'hémisphère atteint.
Brown-Séquard a remarqué que les lésions du côté droit sont plus graves,
plus rapidement mortelles, plus particulièrement suivies de désordres de la
nutrition des carres, d'œdèmes, de congestions pulmonaires, d'évacuations
involontaires, de déviation conjuguée des yeux, de convulsions,
d'amaurose, que celles du côté opposé. Les paralysies gauches, qui
dépendent d'une lésion de l'hémisphère droit, sont généralement plus
considérables que les paralysies droites. Les paralysies hystériques,
l'hématome de l'oreille atteignent beaucoup plus fréquemment le
côté gauche que le droit (1) Luys a remarqué que
dans les hémiplégies droites on observait une excitation anormale des
facultés émotives, une grande tendance aux larmes ou au rire : nos propres
observations confirment cette remarque. Tous ces faits sont en faveur de
l'indépendance fonctionnelle des deux moitiés cérébrales.
Dans la folie,
on observe parfois des hallucinations unilatérales. Calmeil (2), Moreau
(de Tours), Michéa (3), Eégis et plusieurs autres auteurs en ont fourni de
nombreux exemples. On a observé aussi des individus ayant des
hallucinations bilatérales, mais de caractère dififérent. L'oreille
droite, par exemple, dit M. Magnan (4), entend des choses agréables, tandis
que l'oreille gauche ne perçoit que des injures. Il semble, en effet, que
dans le plus grand nombre des cas ces hallucinations aient un caractère
pénible à gauche et agréable à droite. Cependant, un de ses malades
n'entendait par l'oreille droite que des injures, tandis qu'il avait par
l'oreille gauche des hallucinations gaies d'un caractère ambitieux.
J'avais, il y a quelque temps, parmi mes malades, un homme de
cinquante-cinq ans qui, sous l'influence de chagrins domestiques, d'une
surdité progressive et aussi sans doute de l'involution organique, était
tombé dans un accès aigu de mélancolie. Il présenta pendant longtemps le
phénomène des hallucinations bilatérales de caractère diffé-rent.
Du côté gauche, c'était sa femme défunte qui lui parlait; elle
l'encourageait, le réconfortait, approuvait ses actes et sa conduite. Du
côté droit, c'était alternativement ses enfants, morts également, on des
voix étrangères, ces dernières ne faisant entendre que des injures, des
blasphèmes et des abominations. De temps en temps, même quand on
conversait avec lui, il s'arrêtait, penchait l'oreille sur son épaule
gauche pour écouter sa sainte. Au bout d'un instant il relevait la
tête et se montrait satisfait des propos qu'elle lui avait tenus.
Si l'on admet,
ce qui me semble l'opinion la plus répandue actuellement, que les
hallucinations sont causées par une excitation des centres sensoriels de
l'écorce cérébrale, les hallucinations unilatérales et les hallucinations
bilatérales de caractère différent sont un nouvel et puissant argument en
faveur de l'indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux.
L'état des
facultés intellectuelles chez certains aliénés a fait admettre par quelques
aliénistes la dualité cérébrale. Pour Esquirol (1), la lésion de la volonté
qu'on observe chez certains mélancoliques est le résultat de la duplicité
du cerveau dont les deuxmoitiés, n'étant pas également excitées,
n'agissent pas simultanément. Wigan (2), dans son livre sur la dualité de
l'esprit, prétend qu'il est fâcheux dédire: le cerveau de l'homme; qu'on ne
devrait parler que de ses deux cerveaux. Sir H. Hollard (3) soutient que le
dédoublement de la personnalité observé chez quelques aliénés est le
résultat d'un défaut d'harmonie entre les deux hémisphères.
Hugues (1) prétend que la folie avec conscience tient à ce que, des deux
hémisphères, l'un est malade et l'autre sain, ce qui permet à ce dernier
d'être conscient des désordres de l'autre. Jansen (2) admet qu'il se forme
dans les deux moitiés cérébrales deux sensations, comme deux images dans
les deux yeux ; ; que ces sensations, de même que les images visuelles, se
confondent en une seule à l'état normal ; mais que, dans certaines
conditions pathologiques, elles peuvent ne plus se superposer, mais se
dresser côte à côte et donner ainsi l'illusion de deux personnalités
différentes, de même que le strabisme au début fait voir les objets
doubles. Luys (3) voit dans le phénomène du dédoublement de la personnalité
une manifestation probante de l'indépendance des
deux hémisphères. Descourtis (4) soutient la même thèse. Bail (5), sans
être affirmatif, appelle l'attention sur ce phénomène singulier du
dédoublement de la personnalité, dans lequel un des hémisphères seul est en
plein délire, tandis que l'autre le regarde avec compassion.
(1) Exner, Untersuchungen ueber die Localisationen der Functionender
Grosshirn des Menschen, Wien, 1881.
(3) Gaëtan
Delaunay, Sur deux nouveaux procédés d'investigation psychologique,
janvier 1882.
(1) Archiv.de physiol,
1870.
(2) Soc. de
Biol., 18 janv. 1876.
(1) Cotard,
Étude sur l'atrophie partielle du cerveau, Paris, 1868.
(1) Bull,
de la Soc. de Biol, 1871.
(2) Calmeil,
De la folie, Paris, 1845.
(3) Michéa,
Des hallucinations, de leurs causes et des maladies qu'elles
caractérisent, Paris, 1846.
(4) Magnan,
Des hallucinations bilatérales de caractère opposé suivant le côté
affecté. (Arch. de neurol., 1883.)
(1) Esquirol,
Maladies mentales, t. II, Paris, 1838.
(2) Wigàn, The
duality of Mind, London, 1845.
(3) Sir H. Hollard,
Médical notes and reflexions, 1840.
(1) Hugues, American
journal of insanity, avril 1875.
(2) Jansen,
Allgemeine Zeitschrift fur Psychiatrie, vol. 25.
(3) Luys,
Études de physiologie et de pathologie cérébrales,Paris, 1874.
(4) Descourtis,
Du fractionnement dans les opérations cérébrales,Thèse, 1884.
(5) Bail,
Le dualisme cérébral. (Rev. scient., janv. 1883)
VI
Tous ces faits, tirés de
l'hypnotisme, del'anatomie, de la physiologie, de la pathologie,
démontrent à n'en pas douter l'indépendance des deux hérais-phères
cérébraux, dont les fonctions, coordonnées à l'état normal, peuvent
devenir absolument dissociées à l'état pathologique. Mais les
conséquences extrêmes qu'en veulent déduire les derniers auteurs que nous
venons de citer sont assurément excessives.
On a voulu,
dit M. Ribot, établir que ce dualisme cérébral suffit à expliquer tout
désaccord dans l'esprit, depuis la simple hésitation entre deux partis à
prendre jusqu'au dédoublement complet de la personnalité. Si nous voulons
à la fois le bien et le mal, si nous avons des impulsions criminelles et
une conscience qui les condamne, si le fou par instant reconnaît sa
folie, si le délirant a des moments de lucidité, si enfin quelques
individus se croient doubles, c'est tout simplement parce que les deux
hémisphères sont désaccordés; l'un est sain, l'autre morbide; un état
siège à droite, son contraire à gauche; c'est une sorte de manichéisme
psychologique... Ces oppositions dans la personne, cette scission
partielle dans le moi, tels qu'ils se trouvent aux moments lucides de la
folie et du délire, dans la réprobation du dypsomane pour lui-même
pendant qu'il boit, ne sont pas des oppositions dans l'espace (d'un
hémisphère à l'autre), mais des oppositions dans le temps. Ce sont, pour
employer une expression favorite de Lewes, des attitudes successives du
moi (1).
Le même
auteur fait observer qu'il existe dans la science des cas d'individus qui
se croient triples: Esquiros cite l'exemple d'un prêtre qui, pour avoir
trop médité sur le mystère de la Trinité, avait fini par s'attribuer une
triple personnalité et voir triples les objets autour de lui ; que, de
plus, il est évident que la lutte entre divers états de conscience n'est
pas
limitée à deux états; qu'on peut être tiraillé entre un nombre plus ou
moins grand de résolutions différentes ; que, si toute lutte intérieure
était le résultat de l’opposition fonctionnelle des deux hémisphères,
chez les individus réduits à un seul hémisphère, aucune lutte intérieure
ne pourrait se produire. Enfin, fait-il encore remarquer, la masse des
états conscients, subconscients et inconscients qui constituent notre
personnalité se résume à chaque instant en une tendance qui en est
l'expression momentanée. Cette tendance est essentiellement changeante
et mobile, comme les états de conscience eux-mêmes, ce qui produit
l'illusion de la pluralité personnelle.
L'état de
conscience prépondérant à chaque instant, dit-il, est pour l'individu et
pour les autres sa personnalité.
Concluons donc
en affirmant le dualisme cérébral, mais en faisant quelques réservessur le
rôle que joue ce dualisme cérébral dans le phénomène pathologique du
dédoublement de la personnalité, et surtout sur les explications par trop
simples qui en ont été données.
(1) Ribot,
Maladies de la personnalité, Paris, 1885.
|