Brought to you by ISI-CNV


CHAPITRE IX PHYSIOLOGIE DE L’HYPNOTISME

I. — État des facultés dans les différents degrés du sommeil hypnotique. — Suspension de la volonté et automatismo des idées. — Obnubilation de la conscience. — Perle du souvenir. — Disparition do la notion du moi. — Automatisme de plus en plus complet. — Sup pressions de l'activité psychique. — Suspension progressive des fonctions de la couche verticale du cerveau.

II. — Diverses théories. — Brown-Séquard: inhibition et dynamo génie. -

Dans l'hypnotisme, une irritation périphérique ou centrale déter­mine l'arrêt de

certaines fonctions corticales. — La suspension de ces fonctions entraîne

l'exaltation des réflexes cérébro-spinaux. —Mécanisme de la suggestion

pendant l'état hypnotique et pendant l'état de veille.

III. — Analogies avec certains états psychopatbiques. — Aboulie. — Impul­sions irrésistibles. — Attention, centres moteurs-modérateurs.

IV. — Divers degrés dans les états de conscience. — Cèrébration incons­ciente. — L'amnésie au réveil ne prouve pas l'absence d'un état conscient dans l'hypnotisme. — Somnambulisme et rêve.

V. — Pourquoi certains troubles des sens sont plus facilement provoques

que d'autres. — Altération de la personnalité, faits pathologiques.

VI. — Les phénomènes hypnotiques sortais d'ordre pathologique ou physio-

logique? — Opinion des auteurs à ce sujet.

I

Par quel mécanisme se produit l'hypnotisme? Telle est la question que nous allons examiner. Mais auparavant, rappelons sommairement les prin­cipaux traits du sommeil provoqué.

Dans un degré léger d'hypnotisation le premier phénomène observé est la perte de la spontanéité psychique, de la volonté. Les personnes qui ayant passé par cet état ont pu analyser leurs sensations, déclarent à l'envi que tout effort pour vouloir est inutile, et que le sujet est complètement à la merci de l'opérateur.

J'éprouvai, dit l'un, une sorte d'accablement, et je vis que j'étais désormais incapable de faire usage de ma propre volonté.

Bientôt, dit un autre, commença votre action sur moi, et je devins véritablement machine sous votre volonté mo­trice. Vous affirmiez un fait : de prime abord j'hésitais à croire et tout aussitôt j'étais obligé de me rendre à l'évi­dence du fait accompli.

Cependant, l'intelligence subsiste tout entière, mais en quelque sorte, d'une façon latente. Le cours des idées qui, à l'état normal, se pressent, s'asso­cient, s'enchaînent dans le cerveau, est suspendu ; de manière que lorsque dans ce calme absolu de l'intelligence, dans ce vide de la conscience, une excitation est jetée, elle y retentit avec une puis­sance telle qu'elle ébranle toutes les facultés et les met en activité. Comme la volonté sommeille, ou plutôt est entravée et n'exerce plus sa direction habituelle sur les phénomènes psychiques, l'enchaî­nement des idées a quelque chose de fatal, d'auto-matique.

Supposons, dit M. Ch. Richet, qu'on suscite à un soin narabule l'idée de serpent. « Au mot serpent, » mémoire imagination, sensibilité, tout entre aussitôt en jeu, absolument comme chez l'individu normal. L'unique différence c'est qu'à l'état normal l'idée de serpent peut être dirigée, modifiée, augmentée, entravée par la volonté, tandis que chez le somnambule cette volonté n'existe plus (1).

Bien que la conscience qui veille encore proteste que c'est absurde et illusoire, le serpent est vu, ins­pire de la frayeur, provoque des cris et des mouve­ments de fuite.

A une personne très intelligente, qui n'était pas endormie profondément, qui navait perdu la cons­cience ni de son état, ni de sa personnalité, qui avait conservé au réveil la mémoire des faits qui s'étaient présentés pendant son sommeil, M. Ch. Richet dit :

« Voici un lion. » — « A quoi bon, répondit-elle, puisque ce n'est pas vrai ; je sais très bien qu'il n'y a pas de lion. » Mais l'opérateur insista en lui répé­tant qu'il y avait réellement un lion : — « Je finirai par le voir, si vous me le dites », assura l'hypnotisé. En effet, il le vit, confusément d'abord, en ayant conscience qu'il s'agissait d'une hallucination. Puis la forme peu à peu se dessina, le lion lui apparut, couché, avec sa crinière, sa queue qui s'agitait, ses yeux jaunes fixés sur lui ; il fit un mouvement de recul, quand on lui dit que le lion se levait. Cepen­dant il savait parfaitement qu'il s'agissait d'une hallucination.

Dans cette période du sommeil somnambulique, les suggestions s'opèrent avec facilité, mais l'auto­matisme est moindre que dans les suivantes. Tout en cédant aux suggestions, tout en subissant les hallu­cinations qui lui sont communiquées, le sujet les discute, les juge, et s'il ne peut y résister, du moins il l'essaye. Dans une période plus avancée du som­meil hypnotique, la conscience s'obscurcit puis disparaît, en sorte que le sujet, au réveil, n'a conservé aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant qu'il était en état de somnambulisme. Il répond désormais sans la moindre résistance aux excitations venant du dehors qui seules ont le pouvoir de le tirer de sa pas­sivité complète ; mais quand ces excitations ont pris un, il rentre dans une sorte de stupeur qui le rend tout à fait étranger au monde qui l'environne.

Cependant, il est encore lui-même. Si la conscience de l'état de veille est supprimée, il en existe au fond de son individu une autre qu'on peut appeler, si l’on veut, inférieure, et qui préside à la vie somnambulique, et à l'exercice des fonctions intellec­tuelles dans cet état. Pendant leur sommeil, les somnambuliques témoignent, dit M. Bernheim, d'une parfaite conscience de leur être ; ils répondent aux questions qui leur sont adressées; ils savent qu'ils dorment. Quand je dis à S... qu'il est sur le champ de bataille, il évoque le souvenir des scènes auxquelles il a assisté ; un vrai travail intellectuel actif s'accomplit en lui ; ses idées, souvenirs remé­morés consciemment, deviennent des images aux­quelles il ne peut se soustraire ».

A un degré plus avancé, on voit cette conscience: de la personnalité disparaître à son tour. Les sujets endormis et soumis à une suggestion puissante-oublient.

Leur âge, leur vêtement, leur sexe, leur situation sociale, leur nationalité, le lieu et l'heure où ils vivent. Tout cela a disparu, il ne reste plus dans l'intelligence qu'une seule image, qu'une seule conscience : c'est la conscience et l'image de l'être nouveau qui apparaît dans leur imagina­tion. Ils ont perdu la notion de leur ancienne existence. Ils vivent, parlent, pensent, absolument comme le type qu'on leur a présenté.

Cette description de l'état mental des somnam-bules dont M. Ch. Richet a pu transformer la person­nalité, est applicable à tous ceux qui sont suscep­tibles d'éprouver cette modification.

Poussons plus avant, nous arriverons au catalep­tique, chez qui toute trace d'activité intellectuelle consciente a disparu, mais chez qui on peut encore provoquer quelques hallucinations, et quelques idées d'actes très simples. L'automatisme devient de plus en plus complet, et le sujet ressemble de plus en plus au pigeon à qui Flourens (1 ) avait enlevé les hémisphères cérébraux.

Enfin nous arrivons au dernier degré du sommeil hypnotique, la léthargie. L'hypnotisé de cette caté­gorie n'est plus qu'une masse inerte, chez qui les fonctions végétatives seules subsistent; c'est un am­puté du cerveau.

Si nous résumons en quelques mots cette courte description des phénomènes psychiques observés dans l'hypnotisme, nous voyons qu'ils consistent dans une suspension plus ou moins complète et pro­gressive des fonctions intellectuelles en commençant par les plus élevées, la volonté, d'abord, puis la conscience, puis le sentiment de la personnalité, enfin l'activité psychique inconsciente. Comme il est généralement admis que les facultés intellec­tuelles ont pour siège la couche corticale du cerveau, on peut donc dire que les phénomènes hypnotiques sont dus aune suspension légère, partielle, ou com­plète de l'activité de la substance grise delà surface des hémisphères cérébraux.

En dehors des théories que nous avons passées en revue dans la partie historique de ce travail et qu'il y a lieu de laisser de côté, plusieurs autres se sont fait jour pour expliquer cette suspension des fonc­tions corticales.

Rumpf (1) suppose que l'hypnotisme est causé par des perturbations de la circulation cérébrale, pro­duisant des hypérémies ou des anémies dans la substance grise.

Pour Preyer (2), la concentration de la pensée sur une seule idée déterminerait une activité exagérée des cellules cérébrales, et par conséquent une for­mation anormale de produits oxydables qui, enle­vant à la substance son oxygène, produiraient l'en­gourdissement des cellules.

Carpenter (3) pense que les centres psychomoteurs influencés par la fatigue des muscles de l'orbite, ou par une grande contention d'esprit, laissent le champ libre à l'action des nerfs vasomoteurs dans une cer­taine étendue de l'écorce au cerveau. Il s'ensuit une diminution de rapport du sang dans la masse céré­brale : d'où un affaiblissement ou même la cessation des fonctions psychiques, en même temps qu'on constate parallèlement un surcroit d'activité dans les autres centres des hémisphères cérébraux.

Heidenhain, au début de ses recherches, avait adopté la théorie précédente et pensait que le som­meil nerveux était causé par l'anémie cérébrale. Mais ayant examiné la rétine pendant l'hypnotisme et ayant constaté que les vaisseaux en cette mem­brane n'étaient le siège d'aucune constriction, il en conclut que les capillaires du cerveau ne pouvaient être dans un état très différent et qu'il n'y avait pas lieu de les supposer contractés. Et même il arriva à se persuader, par le fait que les individus soumis au nitrite d'amyle sont néanmoins hypnotisables, que la congestion du cerveau n'était pas incompatible avec l'état hypnotique.

Il adopta bientôt une autre théorie, celle de l'in­hibition. On sait que l'excitation de certains nerfs produit non un mouvement, mais un arrêt de mou­vement. L'excitation du nerf pneumo-gastrique arrête le cœur, celle du laryngé supérieur arrête la respiration, celle de la corde du tympan fait cesser la constriction des vasomoteurs de la glande salivaire. D'autres excitations d'ordre différent produisent des effets analogues ; chez certains épilep-tiques la flexion du gros orteil arrête les convul­sions ; une simple piqûre du bulbe suspend immé­diatement toutes les fonctions de l'encéphale. L'ex­citation d'un nerf sensitif diminue la tonicité du sphincter anal, l'excitation d'un nerf de sensibilité générale diminue l'excitabilité réflexe de la moelle, et ainsi de suite. Ce sont ces faits et les faits analogues qui ont servi de base à la théorie de l'inhibi­tion due à M. Brown-Séquard et que ce professeur du Collège de France formule de la manière sui­vante :

L'inhibition est l'arrêt, la cessation, la suspension ou, si l’on préfère, la disparition momentanée ou pour toujours d'une fonction, d'une propriété, ou d'une activité (normale ou morbide) dans un centre nerveux, dans un nerf ou dans un muscle, arrêt ayant lieu sans altération organique vi­sible (au moins dans l'état des vaisseaux sanguins) surve­nant immédiatement ou à bien peu après la production d'une irritation d'un point du système nerveux plus ou moins, éloigné de l'endroit ou l'effet s'observe. L'inhibition est donc un acte qui suspend temporairement ou anéantit définitivement une fonction, une activité (1),

Le même auteur, expliquant le mécanisme de l'hypnotisme, écrit :

L'acte initial lui-même, à l'aide duquel un individu est jeté dans l'hypnotisme, n'est qu'une irritation périphérique (d'un sens ou de la peau) ou centrale (par influence d'une idée ou d'une émotion) qui produit une diminution ou une augmentation de puissance dans certains points de l'encé­phale, de la moelle épinière, ou d'autres parties, et le brai-disme ou l'hypnotisme n'est rien autre chose que l'état très complexe de perte ou d'augmentation d'énergie dans lequel le système nerveux et d'autres organes sont jetés sous l'influence de l'irritation première périphérique ou centrale. Essentiellement donc, l'hypnotisme n'est qu'un effet et un ensemble d'actes d'inhibition et de dynamogénie (2).

Ainsi donc, l'irritation périphérique produite par les procédés hypnotiques, ou l'irritation centrale produite par la suggestion déterminent l'arrêt, l'in­hibition de tout ou partie des fonctions nerveuses corticales. Dans le cas où l'inhibition est seulement partielle, comme dans le somnambulisme, et ne s'étend qu'à certains réseaux de la couche corticale, on observe dans les autres des phénomènes de dyna­mogénie, c'est-à-dire d'exaltation fonctionnelle. Ce qui explique l'acuité sensorielle, la soudaineté et la précision des réactions motrices, l'excitation de l'imagination et de certaines parties de la mémoire ; en un mot l'exaltation des réflexes cérébraux et intracorticaux.

Mais les réseaux psychomoteurs de la couche cor­ticale exercent eux-mêmes une action inhibitoire puissante sur les réflexes inférieurs ganglionnaires, bulbaires ou médullaires. Cette action inhibitoire étant supprimée par l'état hypnotique, il devra s'en­suivre que les réflexes cérébrospinaux seront consi­dérablement exagérés, et d'autant plus exagérés que plus de parties de la couche corticale seront frappées d'impuissance. C'est en effet ce qui a lieu. Dans la léthargie, l'hyperexcitabilité neuromusculaire dé­montre l'exagération considérable des réflexes mé­dullaires, le cerveau tout entier semblant frappé d'inertie. Dans la catalepsie, les réflexes cérébrospi­naux sont à leur maximum, d'où cette forme si par­ticulière de contracture, qui permet aux muscles de garder pendant un temps plus ou moins long la posi­tion qu'on leur donne, et de proportionner leur puis­sance de contraction à la résistance à vaincre. On sait, en effet, que non seulement on peut faire sup­porter le poids du corps sur deux de ses points extrêmes, mais encore qu'on peut le charger d'un fardeau plus ou moins lourd sans faire céder la con­tracture. Dans le somnambulisme, les contractures cataleptiformes produites par toutes sortes d'excita­tions périphériques ne sont autre chose que l'expres­sion de l'irritabilité exagérée de la moelle.

C'est non seulement dans les centres inférieurs cérébrospinaux que se montre l'exagération des réflexes, mais c'est aussi, comme nous l'avons dit, dans les centres supérieurs eux-mêmes, ce qui cons­titue l'automatisme psychique ; automatisme d'au­tant plus complet que l'inhibition frappe un plus grand nombre de zones corticales.

Cette inhibition, qui arrète les fonctions supé­rieures psychiques, la volonté, la conscience, en favorisant l'exercice automatique des autres facultés, explique l'efficacité et la puissance de la suggestion, dont le mécanisme est désormais facile à comprendre, il est dû, comme le dit M. Bernheim, à une exalta­tion de l'excitabilité réflexe idéomotrice, idéosensitive, idéosensorielle qui fait instantanément la transformation inconsciente, à l'insu de la volonté, de l'idée en mouvement, sensation ou image, par suite de l'inertie des centres modérateurs et de contrôle intellectuel.

On constate que plus les expériences chez un hyp­notique sont renouvelées, plus elles réussissent, plus elles deviennent aisées et précises. Le pouvoir inhibitif, pour se manifester, a besoin de sollicitations de moins en moins énergiques, en même temps que par des voies de plus en plus frayées, les réflexes trou­vent une facilité sans cesse plus grande à se produire.

L'impression suit ce chemin de préférence, même à l'état de veille; et c'est pour cela que les sujets dressés et éduqués par des hypnotisations antérieures peuvent, sans être de nouveau hypnotisés, manifester les mêmes phénomènes, réaliser les mêmes actes, sous l'influence toute-puissante sur eux de la suggestion (1).

Les altérations que subissent les facultés intel­lectuelles pendant le sommeil hypnotique ont de nombreuses analogies avec celles que l'on rencontre dans la pathologie mentale.

Prenons, par exemple, la volonté. L'individu fai­blement hypnotisé qui est encore conscient du monde extérieur, et celui qui est dans l'état dit de fascination, voudrait vouloir, voudrait exercer son pouvoir d'arrêt sur les actes que lui suggère une volonté étrangère, mais ne peut pas. C'est en vain qu'il essaye d'ouvrir sa bouche si l'opérateur la lui a fermée, ou d'arrêter ses bras s'il les a mis en mouvement. Il assiste impuissant à l'automatisme efi are de son organisme, comme le volant d'une ma­chine à vapeur accidentellement débrayé assiste­rait à l'affolement du mécanisme qu'il est chargé de régulariser.

Chez un certain nombre de sujets atteints d'un commencement de désorganisation intellectuelle, on observe le même phénomène. C'est ce qu'on a désigné sous le nom d'aboulie. La volonté mentale, le désir de faire existent, mais c'est une puissance statique, qui ne peut plus passerà l'état dynamique. La voie est rompue entre elle et le monde extérieur. Un malade du Dr Billod ne présentait pour ainsi dire pas d'autre trouble intellectuel que celui de la volonté.

Il devait, avant de s'embarquer, faire une procuration pour autoriser sa femme à vendre une maison. Il la rédige lui-même, la transcrit sur papier timbré et s'apprête à la si-gner, lorsque surgit un obstacle sur lequel nous étions loin de compter. Après avoir écrit son nom, il lui est de toute impossibilité de parapher. C'est en vain que le malade lutte contre cette difficulté. Cent fois au moins, il fait exécuter à sa main au-dessus de la feuille de papier les mouvements nécessaires à cette exécution, ce qui prouve bien que l'obs­tacle n'est pas dans la main; cent fois la volonté rétive ne peut ordonner à ses doigts d'appliquer la plume sur le papier.

Je constatai quelques jours après une impossibilité du même genre. Il s'agissait de sortir après le dîner. M. P... en avait le plus vif désir. Pendant cinq jours de suite, il pre­nait son chapeau, se tenait debout et se disposait à sortir; mais vain espoir, sa volonté ne pouvait ordonner à ses jambes de se mettre en marche pour le transporter dans la rue (1).

La différence entre l'hypnotisé et ce malade, c'est que l'hypnotisé est incapable d'arrêter un mouve­ment en voie d'exécution, et que le malade est inca pable de mettre à exécution ua mouvement voulu. Mais il existe aussi des psychopathes chez qui la vo­lonté est impuissante à empêcher l'accomplissement d'actes automatiques dont l'impulsion ne vient pas à la vérité du dehors, mais naît au dedans d'eux-mêmes avec une puissance irrésistible.

La volonté, dit M. Ribot, c'est-à-dire l'activité raisonnable, diparaît, et l'individu retombe au règne des instinclifs. Il n'y a pas d'exemples qui puissent mieux nous montrer que la volonté, au sens exact, est le commencement, le dernier terme d'une évolution, le résultat d'un grand nombre de tendances disciplinées suivant un ordre hiérarchique (2).

Dans certains cas, l'impulsion est subite, incons-cience, et l'acte qui lui succède a tous les carac­tères d'un phénomène réflexe. Tel est le cas de cer­tains individus qui font des tentatives de suicide instantanées dont ils n'ont pas conscience, et dont ils ne gardent pas le souvenir. L'impulsion morbide est en général réveillée par la vue de quelque objet, un couteau, un rasoir, une pièce d'eau ou une ri­vière. Tel est encore le cas des cérébraux, qui, dans un véritable accès de délire somnambulique in­conscient, tuent ou incendient par pur automatisme.

Chez certains individus atteints d'une névrose caractérisée par des actes automatiques inconscients consistant en mouvements et en paroles insolites toujours les mêmes, et se reproduisant d'une façon intermittente, comme, par exemple, de faire un saut en prononçant un mot ordurier, ou de répéter les mots qu'ils entendent, ou les actes qu'ils voient exé­cuter, on observe un état mental absolument ana­logue à celui de l'hypnotisé. L'un de ces malades, poussé irrésistiblement à répéter certains mots pro­noncés devant lui, disait qu'au moment même où il éprouvait cette impulsion, toutes les facultés de son intelligence étaient tellement absorbées par ce mot, cette phrase, que toute autre pensée s'en trouvait exclue d'une façon complète (1). Tel est l'hypnotisé subitement envahi et accaparé par une idée suggé­rée.

Nous avons vu que certains somnambuliques ré­sistaient parfois assez énergiquement aux sugges­tions contraires à leur caractère ou à leurs habi­ta-tudes d'esprit, mais finissaient par céder et par accomplir les'actes commandés, quels qu'ils fussent. Ainsi font de nombreux impulsifs, qui, hantés par une idée mauvaise, luttent longtemps, puis succom­bent. Une honnête mère de famille, que j'ai soignée et guérie, entendait une voix intérieure qui lui commandait de faire mourir ses enfants et de se tuer ensuite. Elle combattit longtemps; mais un jour vaincue, malgré l'horreur que lui inspirait un tel crime, elle administra à ses trois enfants une infusion d'allumettes chimiques et se réserva pour elle-même un verre de pétrole. Quelques hypnotisés transigent avec leur suggestion. Elle transigea, elle aussi, avec son impulsion irrésistible, et proportion­nant la dose de poison à l'âge des petits enfants, elle fit infuser trois allumettes pour l'aîné, deux pour le cadet, et une seulement pour le troisième encore au berceau.

En résumé, l'automatisme, conscient ou non, de l'hypnotisme, aussi bien que des cas pathologiques, semble résulter de ce que l'idée actuellement pré­sente dans l'esprit du sujet, qu'elle naisse par suite d'une suggestion ou spontanément, est tellement prépondérante, qu'elle refoule toute autre idée anta­goniste ou toute association d'idées susceptibles de s'opposer à sa mise à exécution. L'hypnotisé est comparable à l'enfant dont la volition a toujours un caractère impulsif, par suite du défaut d'expérience, parce que son action est conditionnée par les im­pressions ou les idées du moment (1). La volition est intimement liée à la faculté de

l'attention, dont elle suit toutes les fluctuations. Les personnes susceptibles d'une grande attention sont douées en général d'une volonté forte ; celles qui sont mobiles, incapables d'une attention soute-

nue, les hystériques, par exemple, ne possèdent qu'une volonté faible, inconstante, et leurs actes sont marqués au plus haut degré du caractère im­pulsif. En s'exerçant, l'attention a pour propriété de supprimer les mouvements actuels; d'exercer une action modératrice sur les centres moteurs du cerveau. Cette fonction semble dévolue aux parties antérieures des hémisphères cérébraux. (Fig. 26, F, voyez aussi fig. 23 et 24 la région située en avant de la zone motrice.)
Il a été démontré, dit Ferrier, que l'irritation électrique des lobes antéro-frontaux ne provoque aucune manifesta-tion motrice; ce fait, bien que négatif, s'accorde ayee l'opi­nion d'après laquelle ils seraient non pas actuellement moteurs, mais moteurs-modérateurs, et dépenseraient leur énergie à produire des changements intérieurs dans les centres d'exécution motrice actuelle (4). (Fig. 23, RR’; fig. 24, pa, fa, f3; fig. 25 et 26.)
La pathologie semble aussi démontrer que chez les individus porteurs de lésions des lobes anté­rieurs, l'attention est profondément troublée. Par conséquent, c'est dans cette région que nous sommes enclins à placer les centres modérateurs, qui per­mettent l'exercice de la volonté.
L'éducation des centres modérateurs introduit l'élément déîibérateur dans la volition, car l'action inspirée par les sentiments actuels est suspendue jusqu'à ce que les diverses associations qui se sont groupées autour d'un acte particulier soient entrées dans la conscience (1).
L'automatisme des hypnotiques et des impulsifs serait donc dû, d'après cette théorie, à la suspension de l'activité des centres moteurs-modérateurs de la partie antérieure de Peneéphale.
(1) Ch. Richet, L'Homme et l'intelligence, p. 229.
(1) Flourens, Recherches expérimentales sur les fonctions et les propriétés du système nerveux, 2° édition, Paris, 1842. —Voyez aussi Beaunis, Nouveaux éléments de physiologie, 23 édition, Paris, 1881.
(1) Rump., Deutsche med. Wœhenschrifl, 1880.
(2) Preyer, Die Entdeck. des Hypnotismus, 1881.
(3) Hack Tuke, Le Corps et l'Esprit, trad. par le Dr Parant, Paris, 1886.
(1) Braid, Neurypnologie,trad. Jules Simon. Préface de Brown-Séquard, Paris, 1883.
(2) Gazette hebdomadaire, 1883, p. 137.
(1) Billod, Annales méd.-psych., t. X, p. 172.
(2) Ribot, Maladies de la volonté, Paris, 1883.
(1) Gilles de laTourette, Étude sur une affection nerveuse carac­térisée par de l'incoordination motrice accompagnée d'écholalie (Archiv. de neurologie, 1885 et de coprolalie, n° 26.)
(1) D. Ferrier, Les fondions du cerveau, Paris, 1878.
(l) D. Ferrier, loc. cit.

IV

Nous avons dit que dans le somnambulisme et les états encore plus avancés de l'hypnotisme la con­science était abolie. L'expression n'est pas absolu­ment vraie, comme nous l'avons indiqué presque

en même temps. Il est plus juste de dire que la person­nalité est réduite à un seul état de conscience, qui o n'est ni choisi, ni répudié, mais subi, imposé (1). Ceci dans les cas les plus accentués, car chez la plupart des somnambules on constate non seule­ment un état de conscience actuel, mais encore la reviviscence de nombreux états de conscience anté­rieurs qui suffisent à constituer au moins une cer­taine partie de la personnalité habituelle de l'indi­vidu. Ainsi, quand par suggestion on fait renaître pour un somnambulique des événements dans les­quels il a joué un rôle, il recommence à vivre ce rôle avec sa personnalité propre.

De même si on suggère à un hypnotique une scène imaginaire à laquelle il prend part, il se con­duira d'une façon absolument conforme à son carac­tère habituel, à sa personnalité de tous les jours. La conscience, sauf chez le léthargique peut-être, n'est donëftas abolie, elle est seulement plus ou moins diminuée, plus ou moins obscurcie.

Ce fait n'a rien d'insolite ni d'extraordinaire. Il existe à un moindre degré à l'état de veille. La conscience d'un homme éveillé est très variable en intensité, parfois même lui échappe comme quand il est plongé dans une méditation profonde. Un grand nombre d'actes, non seulement d'ordre physique, mais aussi d'ordre intellectuel s'accomplissent auto­matiquement à l'insu de la conscience. Bien sou­vent, nous provoquons nous-mêmes cet automatisme inconscient de l'intelligence, quand nous nous en remettons à elle du soin de répondre à une question obscure qui nous embarrasse ou de trouver un mot, un nom, que notre volonté est impuissante à faire surgir de notre mémoire. Au moment où on y pensait le moins, la solution du problème ou le mot désiré jaillit comme un trait de lumière dans la conscience. Cependant nous sommes absolument ignorants de l'association d'idées qui a conduit notre esprit à résoudre ces difficultés. Un phénomène analogue se passe chez les hypnotisés à qui on suggère l'accom­plissement d'un acte à une échéance plus ou moins longue. Ils se réveillent, ils ne se souviennent de rien, et cependant, des heures, des jours après, l'idée de l'acte suggéré se présente à l'esprit, qui sans se rendre compte de la façon dont cette idée lui est venue, ni des motifs de sa détermination, donne l’ordre d'exécution. Par quel obscur méca­nisme cette idée emmagasinée dans la mémoire à l’insu du sujet surgit-elle ainsi au moment précis qui lui a été assigné? Tout ce que nous pouvons dire, c'est que la cérébration inconsciente a fait son œuvre.

La perte du souvenir de ce qui s'est passé pendant la période somnambulique semble une objection à la persistance de la conscience pendant cet état nerveux. On pourrait admettre, en effet, que les actes automatiques de cette période sont comme s'ils n'avaientpas été et que la personne du sujet était absente et étrangère à ce qui se passait. Mais cette manière de voir est combattue par ce fait, que l'am­nésie en question n'est pas absolue, qu'elle n'est que relative, que le souvenir pourra reparaître dans une nouvelle séance d'hypnotisation et qu'en­fin il est dans certains cas subordonné à la volonté de l'opérateur, qui peut, par simple suggestion, faire quele sujet se souvienne ou ne se souvienne pas. Il y a donc eu conscience, mais à un si faible degré, que si aucune force étrangère n'intervient, l'amné­sie s'ensuit.

Il se passe dans le somnambulisme ce qui se passe dans le rêve. Beaucoup de nos rêves ne laissent au­cun souvenir dans l'esprit ; d'autres dont on a cons­cience au réveil ne tardent pas à être complètement effacés de la mémoire.

L'explication est simple, dit M. Ribot. Les états de cons­cience qui constituent le rêve sont extrêmement faibles. Ils paraissent forts, non parce qu'ils le sont en réalité, mais parce qu'aucun état fort n'existe pour les rejeter au second plan. Dès que l'état de veille recommence, tout se remet à sa place. Les images s'effacent devant les perceptions, les perceptions devant un état d'attention soutenue, un état d'attention soutenue devant une idée fixe. En somme, la conscience pendant la plupart des rêves a un minimum d'intensité (1).

Il en est de même pendant le somnambulisme.

Un certain nombre de somnambuliques, qui ne gardent pas à l'état de veille la mémoire de ce qui se passe dans leurs accès, se souviennent dans cha­que accès nouveau des faits qu'ils ont accomplis dans les précédents. On observe le même phénomène dans le somnambulisme naturel. Il s'établit ainsi une sorte de liaison entre les diverses périodes de sommeil, une sorte de seconde mémoire indépen­dante de la mémoire ordinaire. Cela, sans doute, est dû à l'uniformité des conditions psychiques dans lesquelles chaque accès place le sujet et qui se. ré­sument dans une simplification considérable de la vie mentale, contrastant avec l'extrême complication de l'activité psychique de l'état de veille. Il en résulte que chaque fois que cet état particulier se représentera, il réveillera les états de conscience an­térieurs qui lui ressemblent, et le souvenir, serf, constitué.

(1) Ribot, Maladies de la volonté.
(1) Ribot, Maladies de la mémoire, Paris, 1888.

V

Parmi les hallucinations et les illusions qu'il est possible de procurer par suggestion aux hypnotisés, les unes, comme celles de la vue et de l'ouïe, sont relativement faciles à produire. Les autres, comme celles du goût, de l'odorat, ou des sensations vis­cérales, faim, soif, douleur, sont plus inconstantes et plus difficiles à déterminer. Le phénomène dé­pend de la facilité plus ou moins grande avec la­quelle les diverses sensations sont rappelées à l'es­prit à l'état ordinaire. Il ne faut aucun effort pour se remémorer une sensation visuelle et sonore : il suf­fit d'évoquer l'image d'un objet pour qu'aussitôt elle apparaisse très nette à la conscience. Il faut au con­traire de la réflexion et un certain effort de volonté pour évoquer une sensation d'odeur et de saveur. Il n'est donc pas étonnant que dans l'hypnotisme il soit plus facile de produire des hallucinations visuelles ou auditives, qui n'exigent que de l'automatisme, que des hallucinations du goût ou de l'odorat, qui nécessitent des opérations mentales plus compli­quées (1).

La pathologie confirme ces remarques. Les délires où l'automatisme est le plus développé, où la conscience est le plus obscurcie, sont aussi ceux où les hallucinations de la vue et de l'ouïe sont le plus in­tenses. Tels sont les délires toxiques comme celui des alcooliques, ou les délires névropathiques comme ceux de l'hystérie et de l’épilepsie. Dans les délires vésaniques, au contraire, on voit les hallu­cinations ne se produire qu'avec plus de difficulté et seulement, pour ainsi dire, comme conséquence de la réflexion, d'un raisonnement, d'une associa­tion d'idées. Combien de temps le persécuté rumine-t-il ses conceptions délirantes, avant d'éprouver sa première hallucination complète de l'ouïe? Combien de temps s'écoule encore, avant l'apparition des idées d'empoisonnement et des illusions du goût et de l'odorat qui donnent une base inébran­lable à ce délire? Souvent des mois et des années, pendant lequel le malade est ballotté entre le doute que fait naître en lui un reste de raison, et la croyance que lui imposent petit à petit ses sensa­tions maladives.

Cependant, quand l'automatisme est absolu, comme dans le somnambulisme profond et la catalepsie, les hallucinations les plus variées peuvent être suggérées sans difficulté. Nous avons parlé de ces hallucinations viscérales, la faim, la soif ; de ces besoins factices que manifestent, sous l'influence de la suggestion, certains hypnotiques. Les troubles les plus profonds de la cénesthésie, de la sensibilité générale peuvent être eux-mêmes déterminés, au point de produire une altération profonde de la per­sonnalité physique, et de suggérer à l'hypnotisé qu'il est de verre, de beurre ou de cire. La patholo­gie nous offre de nombreux exemples de ce genre de troubles de la sensibilité organique. Certains déments, certains paralytiques se croient l'objet de ces transformations bizarres sous l'influence des graves lésions qui se développent dans leurs centres nerveux.

J'ai en ce moment parmi mes malades un vieillard qui se croit mort. Il y a trois ans, quand il me fut amené, il était dans une violente excitation, avec délire des richesses. Peu à peu l'agitation fit place à la dépression; il commença à dire qu'il n'avait plus de force, qu'il ne pouvait plus se tenir debout, qu'il allait mourir. Un beau jour, il nous ac­cueillit par ces paroles : « Je suis mort, mettez-moi dans le cercueil! » Et il s'affaissa sur lui-même, les yeux convulsés, tremblant de tous ses membres. Depuis cette époque, à peu près, ce malade, analgésique, somnolent, indifférent à tout ce qui l'entoure, répond invariablement : « Je suis mort ! » à toutes les interpellations qu'on lui adresse.

L'altération de la personnalité psychique que L. Ch. Richet appelle l'objectivation des types, et qui consiste à faire perdre à un hypnotisé sa per­sonnalité pour lui en faire revêtir une de fantaisie, a aussi son analogie dans la folie; mais, l'analogie est peut-être moins complète, moins profonde; car, tandis que chez l'hypnotisé il y a amnésie complète de la personnalité réelle, chez l'aliéné cette dernière n'est guère qu'effacée, et suit partout comme une ombre la personnalité nouvelle. Pour l'aliéné, le passé existe toujours, avec tous les éléments qu'il apporte à l'édification du moi ; chez l'hypnotisé, le présent seul existe, et le présent, c'est l'idée sug­gérée.

L'aliéné, ancien valet de chambre, tout en se di­sant le Fils de Dieu, vaque aux soins du ménage. L'hypnotisé n'a pas de ces inconséquences. Il rem­plit avec une rigueur parfaite le rôle qui lui est im­posé; il s'incarne dans la peau de son personnage. Dans cette forme d'altération delà personnalité, il n'y a pas de troubles de la sensibilité. Ce ne sont pas les régions cérébrales dévolues à la sensibilité générale organique, mais celles de la sensibilité morale et affective qui sont affectées par la sugges­tion .

(1) Herbert Spencer, Principes de psychologie, Paris, 1875.

VI

Comment doit-on considérer l'hypnotisme? Comme une maladie ou simplement comme une modifica­tion passagère de l'organisme analogue à certaines modifications physiologiques, comme le sommeil, par exemple? Les opinions sont, à ce sujet, assez partagées.

Le professeur Charcot considère l'hypnotisme comme une névrose expérimentale (1).

D'après M. Paul Richer, l'hypnotisme est un trouble du fonctionnement régulier de l'organisme gui se confond avec la prédisposition hystérique. Etant admis que les phénomènes hypnotiques les plus marqués se développent chez les hystériques les plus hystériques, il est légitime de faire de l'hypnotisme une dépendance de la grande névrose. Et de même que l'hystérie, dans ses formes atté­nuées, se rencontre chez beaucoup de femmes et quelques hommes, de même s'y rencontrera l'hyp-notisme, mais dans ses formes imparfaites et plus ou moins atténuées (1).

Pour M. Dumontpallier et ses élèves, l'hypno­tisme peut être considéré comme une névrose expé­rimentale à plusieurs degrés. M. Magnin dit en pro­pres termes que les différents degrés de l'hypnose ne sont que des degrés d'une même affection (2).

Pour MM. Bail et Chambard, il y a trois catégo­ries de somnambules :

1° Ceux qui jouissent, au moins en apparence, d'une excellente santé ; 2° ceux qui sont manifestement névropathiques ; 3° ceux chez qui le somnambulisme n'est qu'une manifestation symptomatique d'une maladie du cerveau ou de ses enveloppes. Chez ceux des deux dernières catégories, il n'y a pas de doute qu'il ne s'agisse de véritables manifes­tations pathologiques. Quant aux sujets de la première, en ne considérant que les apparences, on pourrait hésiter, mais l'étude de leurs antécédents de famille vient lever tous les doutes: ce sont des névropathes, par conséquent des malades.

Nous concluons donc, ajoutent les auteurs, en émet­tant cette proposition, que la plupart des sujets atteints de somnambulisme idiopathique ou remarquables par leur grande sensibilité à l'action des agents hypnogéniques, sont des névropathes, ainsi que le montrent leurs antécé­dents héréditaires, leurs antécédents personnels et une ana­lyse soigneuse de leur état au moment même où on les soumet à l'observation (3).

Cette manière de voir n'est pas unanimement partagée. Sans qu'il se soit catégoriquement expli­qué sur ce point, on peut penser que M. Bernheim ne voit rien de pathologique dans les phénomènes du sommeil provoqué. Non seulement pour lui tou­tes les personnes hypnotisahles ne sont pas des névro­pathes, mais chez le plus grand nombre de ses su­jets, il n'a constaté aucune trace de prédisposition aux troubles nerveux..

Un très grand nombre de mes observations portent sur <les sujets nullement nerveux. Un jour, en présence de M. Liégeois, j'ai endormi presque toute une salle de ma­lades, la plupart phthisiques, emphysémateux, rhumati­sants, convalescents; deux seulement sur vingt étaient hys­tériques (i).

Il ne nie pas cependant que la suggestion hypno­tique pour agir sur l'être psychique n'exige une certaine disposition, une certaine réceptivité céré­brale. Mais cette disposition spéciale est l'apanage d'un grand nombre de personnes, et non l'apanage exclusif de la névropathie et de l'hystérie.

M. Bottey ne considère pas non plus l'hypnotisme comme une manifestation morbide, ni comme une maladie. Il ne suffit pas que certains phénomènes soient en dehors des faits physiologiques ordinaires pour qu'on soit en droit de les déclarer pathologi­ques. Une maladie se caractérise toujours par une série de troubles qui se précèdent, s'accompagnent ou s'enchaînent d'une façon régulière. Rien de semblable dans l'hypnotisme. Quant à l'opinion qui ferait du sommeil provoqué une annexe de l'hysté­rie, elle n'est pas plus juste, car il peut se manifes­ter chez un grand nombre de sujets sains (2).

Telles sont, sur la nature de l'hypnotisme, les vues des auteurs qui se sont plus spécialement oc­cupés de cette question.

C'est une loi aujourd'hui bien établie, font observer MM. Charcot et Richer, que les manifestations pathologi­ques ne sauraient comporter en elles-mêmes aucun élé­ment nouveau; qu'elles ne sont que des déviations, des modifications plus ou moins profondes des conditions phy­siologiques (1). Partant de ce principe, nous admettrions volontiers, quant à nous, qu'il y a quelques distinctions à établir entre les nombreux individus susceptibles d'être hypnotisés.

Beaucoup ne dépassent jamais un degré léger ou moyen d'hypnotisation. Peut-être même n'y a-t-il pas de sujet ab­solument réfractaire aux manœuvres hypnogéniques. La somnolence hypnotique, et les quelques phénomènes psy­chiques et somatiques dont elle s'accompagne ne peuvent donc, à aucun titre, il nous semble, être considérés comme d'ordre pathologique.

Quant aux grands somnambules, bien qu'il n'y ait pas entre eux et ceux dont nous venons de par­ler de différence fondamentale, nous croyons que, en suivant le conseil de MM. Bail et Chambard, on trouverait facilement chez eux des traces certaines de la diathèse névropathique. Tout en admettant encore qu'ils sont d'ordre physiologique, les phé­nomènes hypnotiques, chez ces sujets, nous sem­blent friser la pathologie et y tomber même parfois, s'il est vrai, ainsi que tendent à le démontrer quel­ques observations, que les personnes longtemps hypnotisées peuvent plus tard tomber en somnam­bulisme passager.

(1) Charcot, Académie des sciences, séance du 13 février 1882.
(1) P. Richer, Hystéro-épilepsie, loc. cit.
(2) Magnin, Étude clinique et expérimentale sur l'hypnotisme déjà cite.
(3) Dict. encyclop. des sciences méd., 3° sér., t. X, p. 335.
(1) De la suggestion dans l'état hypnotique, réponseàM.PaulJanet, Paris, 1884.
(2) Bottey, Magnétisme animal, Paris, 1884.
(1) Charcot et Richer, Archiv. de neur., t. II, p. 33.



Back to Index





Visit www.neurolinguistic.com and learn the connection between Fascination, Hypnosis, and other techniques!

You can discover also www.pnl-nlp.org/dn hundreds of free manuals!

Do you want to be trained in the ancient techniques of Magnetism?  Contact us at 0039 348-2213449

Vuoi imparare l'antica arte del Magnetismo? Contattaci al 348-2213449

Copyright 2006 of ISI-CNV