CHAPITRE VIII l a
suggestion a l'état de veille l'état de
fascination
I. — Les
sujets hypnotisables, et même certains individus qui ne le sont
pas,
peuvent recevoir des suggestions à l'état de veille. — Faits analogues
tirés de la
pathologie : paralysies psychiques. — Expériences de MM. Bernheim,
Dumontpallier, Ch. Richet, Bottey, Brémaud: suggestions motrices;
paralysies
suggestives; actes automatiques ; amnésies.
II. —
Troubles de la sensibilité : anesthésies, hyperesthésies. — Troubles des
sens:
vue,
ouïe.— Transfert des troubles suggérés: il peut être opéré par l'aimant et
par
suggestion. —Hallucinations des divers sens.
III. —
S'agit-il de suggestions à l'état de veille dans ce qu'on appelle
lecture des
pensées ? — Que penser de
ce prétendu phénomène?
IV. — De
l'état de fascination décrit par lo Dr Brémaud; procédés pour l'obtenir;
en
quoi il
consiste. — Sa place dans la série hypnotique. — Les femmes ne peuvent
être
mises en état de fascination. — Il tend à disparaître par la répétition des
expériences.
V. — Exemples
de fascination, d'après le Dr Brémaud.
VI. —
Phénomènes pathologiques du même ordre : sauteurs du Maine,
de
Malaisie, de Sibérie.
VIII. —
Suggestions dans l'état de fascination. — Elles agissent comme dans
l’état
cataleptique.
I
Dans le chapitre précédent nous avons
montré qu'il suffisait d'un degré d'hypnotisation excessivement faible
pour rendre certains sujets aptes à être influencés par suggestion, et
qu'alors on pouvait leur faire accomplir automatiquement les actes les
plus bizarres, les frapper de paralysie, leur enlever
la mémoire, leur procurer des
hallucinations de tous les sens.
Chez quelques
sujets, ce léger degré d'hypnose n'est même pas nécessaire. Beaucoup
d'individus qui ont été hypnotisés d'avance, ne fût-ce qu'un très petit
nombre de fois, peuvent, à l'état de veille, recevoir les mêmes
suggestions, et, sous leur influence, réagir au moins en partie comme
dans la période somnambulique. Bien plus, certaines personnes se sont
montrées susceptibles de recevoir des suggestions sans hypnotisations
préalables, sans même être sensibles aux procédés hypnogéniques.
Le nombre des
suggestions dont sont passibles ces derniers est, on le comprend, très
restreint; il l'est moins déjà chez les personnes qui ont subi deux ou
trois hypnotisations; il devient très considérable chez les individus
dont le système nerveux a été profondément modifié par la pratique
répétée de l'hypnotisme.
Quelques faits analogues aux phénomènes suggérés pendant l'état de
veille ont été recueillis par la pathologie. En 1869, Russel Reynolds (1)
appelait l'attention sur les paralysies causées par la seule imagination.
Une jeune dame, qui avait eu à supporter de grands revers et qui s'était
épuisée à soigner un père paralysé, éprouva des douleurs dans les jambes
et s'imagina qu'elle allait être paralysée à son tour : elle ne tarda
pas, en effet, à contracter une paralysie totale, qui guérit au bout de
quelques jours sous l'influence des toniques, des frictions,
de la faradisation, et de
l'assurance donnée par le médecin que la guérison allait survenir.
Erb (l), en
1878, signalait aussi certains phénomènes nerveux, paralysies,
contractures, douleurs, qui peuvent se développer spontanément sous
l'influence d'une idée ou d'une émotion.
M. Bernheim a
traité, avec de nombreux détails, de la possibilité de produire, chez
l'hypnotique éveillé, des phénomènes en tout semblables, quoique moins
variés peut-être, à ceux qui sont obtenus chez les somnambuliques.
M.
Dumontpallier (2), étudiant l'effet des suggestions à l'état de veille, a
reconnu que les expériences de M. Bernheim étaient exactes, et qu'on
pouvait obtenir à volonté des transferts de la sensibilité et de la force
musculaire en affirmant à une hystérique que l’anesthésie ou la faculté de
contracter ses muscles avait disparu d'un côté pour se reporter sur
l'autre.
M. Ch. Richet
(3) a communiqué à la Société de Biologie plusieurs observations de
suggestion sans hypnotisation chez les sujets non hystériques.
M. F. Bottey (4) a présenté à la même Société plusieurs sujets, une
malade hystéro-épileptique et deux jeunes filles absolument saines. Chez
les trois, on pouvait à volonté déterminer des hallucinations de toute
nature et toute espèce de paralysies par la simple suggestion, à l'état de
veille. Une affirma-tion ou une
injonction suffisait à les rendre muettes, aveugles, sourdes, insensibles
aux odeurs, ou pour les
affecter de paralysie, de contractures et d'anesthésie.
Le Dr
Brémaud, médecin de première classe de la marine, a fourni également à la
Société de Biologie (1) les observations les plus probantes et les plus
instructives.
Chez un de ses sujets, étudiant âgé de
vingt-trois ans, il produisait à sa guise divers phénomènes de contracture
et d'anesthésie, à la grande stupéfaction du jeune homme, qui ne pouvait
comprendre comment ses membres devenaient ainsi tétanisés malgré lui, et
comment il ne sentait pas les épingles dont on lardait la peau de son bras.
Un autre
étudiant, cloué sur une chaise, ou renversé sur le plancher sans pouvoir se
relever, entrait en colère, en constatant son impuissance et le ridicule de
ses attitudes.
L'opérateur
montra combien il était facile de neutraliser une suggestion par une autre,
à l'aide de l'expérience suivante :
Il remit à chacun de ces jeunes gens
une boîte soigneusement enveloppée, en leur déclarant que, grâce à la
vertu antimagnétique du contenu de ces boîtes, ils seraient rebelles à
toute suggestion tant qu'ils les garderaient sur eux. A partir de ce
moment, toutes les tentatives de contracture, de paralysie et d'analgésie
restèrent sans résultat. Puis les boîtes furent ouvertes, et à la confusion
des jeunes gens en expérience et à l'hilarité générale des assistants, on
constata qu'elles ne contenaient rien!
Qu'on dise à un sujet ayant déjà subi quelques hypnotisations et chez
qui on a pu, pendant le sommeil provoqué, réaliser semblable expérience
:
« Votre bras est
paralysé, vous ne pouvez plus le remuer. » Et son bras devient immobile et
flasque malgré les efforts qu'il fait pour résister à la paralysie qui le
gagne de plus en plus.
A un autre,
qu'on dise : « Fermez votre main, vous ne pouvez plus l'ouvrir. » La main
se contracture et le sujet est incapable d'étendre les doigts. Ou bien : «
Étendez le bras et la main, vous ne pouvez plus la fermer. » Et le bras
reste étendu, et la main ne peut se fermer; à peine observe-t-on un
commencement de flexion des phalanges, qui ne tarde pas, du reste, à
s'arrêter (1).
Qu'on dise au
sujet précédent : maintenant votre main fermée s'ouvre, et votre main
ouverte se ferme. Presque aussitôt l'injonction s'accomplit, et les
positions inverses sont obtenues en quelques secondes.
Pour que de
pareils phénomènes se produisent, aucun artifice de commandement n'est
obligatoire, et il n'est pas nécessaire gue le sujet croie en la vertu
irrésistible d'un agent magnétique.
Je n'ai pas
besoin de prendre une grosse voix d'autorité ni de foudroyer mes sujets du
regard, dit M. Bernheim; je dis la chose le plus simplement du monde, en
souriant, et j'obtiens l'effet, non sur des sujets dociles, sans volonté,
complaisants, mais sur des sujets bien équilibrés, raisonnant bien, ayant
leur volonté, quelques-uns même ayant un esprit d'insubordination.
Les paralysies, comme nous venons de le voir, peuvent, comme pendant
l'hypnotisme, revêtir deux formes distinctes, entre lesquelles se placent
tous les intermédiaires possibles, depuis la flaccidité
absolue jusqu'à la contracture
tétanique. La paralysie flasque de l'état de veille présente les mêmes
caractères que celle qui est obtenue pendant la période somnambulique ;
c'est-à-dire qu'on constate dans le membre ainsi paralysé l'exagération
notable des réflexes tendineux, de la trépidation spinale, et l'abolition
complète du sens musculaire. Le membre offre en outre une sensation de
froid qui n'est pas seulement ressentie par le sujet lui-même, mais qu'on
peut apprécier par le contact de la main. On le voit aussi se couvrir de
rougeurs diffuses autour de la moindre piqûre. Tous ces phénomènes
indiquent en somme qu'il est le siège de profondes perturbations
nerveuses et vaso-motrices (1).
Il est des
sujets chez qui on peut provoquer des actes automatiques, comme d'exécuter
certains mouvements baroques, de sauter, de tourner les bras l'un autour de
l'autre. — « Tournez vos bras ; vous n e pouvez plus les arrê ter. »
Tous les efforts du patient sont incapables de mettre un terme à cet
exercice ridicule. On l'obligera à maintenir les paupières closes, on le
rendra muet en le mettant dans l'impossibilité d'ouvrir la bouche, on le
fera cul-de-jatte, ou fixant ses bras derrière son dos et en l'empêchant
de quitter la position assise, on l'isolera dans quelque coin de
l'appartement, en traçant devant lui une ligne qu'il ne pourra dépasser; on
s'emparera de son regard, soit en lui enjoignant de le fixer sur un objet
quelconque, soit que l'opérateur lui commande de fixer ses yeux sur les
siens, et alors, s'attachant à sa personne, le patient le sui-vra partout,
franchissant les obstacles et s'efforçant de ne pas perdre ses yeux de vue.
De même
certaines facultés peuvent être altérées à leur tour. On fera perdre la
notion de certains mots, de lettres, de chiffres ; la lecture d'un livre
deviendra impossible, l'opération arithmétique la plus simple ne pourra
être exécutée. Toutes ces expériences et beaucoup d'autres qu'il serait
sans intérêt de rapporter, sont absolument les mômes que
enumérées
précédemment à propos de somnambulisme.
(1) Russel Reynolds,
Remarks on paralysis and other disorden of motion and sensation dependent
on idea. (British, med.journ.,nov. 1869.)
(1) Erb in
Ziemssen's, Handbuch der Krankeiten des nerven-system, 1878, t. II.
(2)
Dumontpallier, Comptes rendus de la Soc. de Biol, 27 oct. 1883.
(3) Ch,
Richet, Comptes rendus de la Soc. de Biol, 8 oct. 1884.
(4) Bottey,
Comptes rendus de la Soc. de Biol, 15 mars 1884.
(1) Ibid.,
mai 1884.
(1) Bernheim, loc.
cit., p. 47.
(1) P. Richer
et Gilles de la Tourette, Progrès médical, 1884, no 13.
II
Des
modifications de la sensibilité générale et spéciale peuvent être également
obtenues à l'état de veille par le procédé de la suggestion. On produira
par simple affirmation, l'insensibilité dans une partie, dans la moitié du
corps, dans le corps tout entier. Chez un de ses somnambules, M. Bernheim
est parvenu à provoquer à l'état de veille une anes-thésie si profonde
qu'on a pu pratiquer sur lui les laborieuses manœuvres nécessaires à
l'arrachement successif de cinq racines dentaires sans qu'il en éprouvât la
moindre douleur. On peut comme pour la paralysie déplacer le trouble
suggéré, le faire passer de droite à gauche, ou inversement ; le limiter
ou l'étendre au gré de son caprice.
Au lieu de l'anesthésie, on produira l'hyperesthésie cutanée ou divers
troubles de l'innervation de ce tégument. Après suggestion, tout contact
deviendra douloureux, des fourmillements seront ressentis, ou bien le
sujet éprouvera une sensation
anormale de froid ou de chaud,
à laquelle correspondra la contraction ansérine du derme ou la sudation
de la partie affectée.
Les fonctions
des sens sont susceptibles d'être altérées par simple affirmation. Pour la
vue, on produira l'amblyopie, la dyschromatopsie, ou l'achromatopsie
complète. Inversement, l'exaltation de l'acuité visuelle peut être
déterminée dans de certaines conditions. MM. Bernheim et Charpentier
avaient, chez un amblyopique, obtenu une amélioration considérable de la
vision à l'aide d'un courant électrique interrompu auquel on adjoignait la
suggestion hypnotique. A l'état de veille, en opérant par suggestion en
même temps qu'on simulait l'application d'un apparel électrique, on obtint
une acuité visuelle supérieure à la normale.
Chez un jeune
garçon de quatorze ans hypnotisable, M. Bernheim constate que la vision est
normale. Il lui dit pendant l'état de veille : « Tu vois très bien de
l'œil gauche ; tu vois mal et seulement de très près de l'œil droit. » Il
lui fait lire ensuite des caractères d'imprimerie de trois millimètres de
hauteur ; l'œil gauche les lit à quatre-vingts centimètres, l'œil droit à
vingt-quatre centimètres seulement. Par suggestion, il transpose les
phénomènes. Alors l'oeil droit voit très clair, et la vision de l'œil
gauche se trouve considérablement affaiblie.
Chez le même
sujet, dont l'ouïe est très bonne, la surdité partielle est produite à
volonté d'un côté ou de l'autre, puis la surdité complète d'une oreille,
enfin la surdité totale des deux oreilles.
Le transfert des troubles moteurs et sensitifs est non seulement
susceptible d'être opéré par voie de
suggestion, mais encore par
l'influence aesthésiogé nique des aimants. L'application d'un aimant
produit le transfert des paralysies, des contractures et de l'anesthésie
déterminées par suggestion. Un objet simulant parfaitement un aimant
véritable, reste sans effet. Pour éviter toute cause d'erreur et les effets
suggestifs involontaires, les deux appareils, le vrai et le faux, devront
être dissimulés sous un linge. Toutefois, pour détruire l'effet de cette
expérience, il suffit de faire croire au sujet qu'on lui applique
l'aimant véritable, alors que c'est le faux : le transfert s'opérera
encore, mais cette fois par suggestion.
Les
hallucinations par suggestion à l'état de veille peuvent être facilement
provoquées, tandis que les illusions sensorielles ne semblent pouvoir
l'être que plus dif ilement, ce qui s'expliquerait par ce fait que
l’individu étant éveillé, l'exercice normal et spontané des sens corrige
les erreurs suggérées quant à la forme, les dimensions, la couleur, ou les
autres qualités des objets.
On suggérera à
un sujet la vue d'une personne indifférente ou amie : cette hallucination
pourra durer plus ou moins longtemps ou être modifiée, transformée en une
autre, ou effacée complètement sur une simple injonction. Un somnambule de
M. Bernheim, dont nous avons parlé, reçoit à l'état de veille toutes les
hallucinations qu'on lui suggère ; on lui dit : « Allez à votre lit, vous y
trouverez un panier de fraises. Il y va, trouve le panier imaginaire, le
tient par l'anse, mange les fraises, absolument comme nous l'avons vu faire
après l'hypnotisation. »
L'ouïe, le
goût, l'odorat peuvent être influencés dans les mêmes conditions.
Il est même
possible, d'après M. Bottey (1), de provoquer des hallucinations à longue
échéance, et des hallucinations rétrospectives. A une de ses patientes, il
suggéra l'idée qu'elle trouverait le soir sur son lit une assiette de
gâteaux. Elle les vit en effet en se couchant, bien qu'elle n'y eût pas
songé «de toute la journée, et fut fort désappointée de ne pouvoir les
manger. A une autre, il persuada qu'elle avait vu
la veille, à une heure déterminée, des enfants jouer à saute-mouton
sous la fenêtre. Elle finit par en convenir et même par broder sur ce thème
imaginaire quelques épisodes non moins fantaisistes.
(1) F. Bottey,
Magnétisme animal, p 123.
III
Ces phénomènes
pourront paraître bien extraordinaires. Cependant qu'on veuille bien
observer que chez la plupart des sujets susceptibles de recevoir des
suggestions à l'état de veille, le système nerveux n'est pas intact : ou
bien il est sous l'influence de l'entraînement produit par l'habitude de
l'hypnotisation ; ou bien il est modifié par un état névropathique
préexistant, tel que l'hystérie par exemple. Certains délires partiels se
développent par un mécanisme qui, n'est pas sans rapport avec celui de la
suggestion à l'état de veille. Au lieu de venir de l'extérieur, comme dans
ce cas, une idée singulière naît spontanément dans l'esprit : elle s'y
trouve
d'abord comme étrangère en présence de
la conscience étonnée et opposante, peu à peu celle-ci se relâche, l'idée
maladive y pénètre, s'y incorpore, devient partie intégrante de l'individu
et passe à ' l'état actif sous forme d'acte ou d'hallucination.
Mais si la
suggestion verbale à l'état de veille est compréhensible, que dire
de la suggestion mentale et de la lecture des pensées ? Nous
faisons allusion à la prétention, renouvelée des plus beaux temps du
magnétisme, qu'ont émise récemment diverses personnes, de lire dans la
pensée des autres ou de leur susciter des idées par la seule puissance de
la volonté.
Tel est le cas
d'un Américain, M. Stuart Cumberland, qui a donné à Paris plusieurs séances
de — comment dirai-je? — de divination.
Ce gentleman, dit M. le Dr
Lépine (1), retrouve assez souvent une épingle cachée à la condition
d'être, au moyen de la main, en contact avec la personne qui a caché
l'épingle. Dans certaines séances, M. Cumberland a varié son expérience :
il a découvert dans l'assistance la personne à laquelle pensait le sujet
dont il tenait la main, et il aurait, dit-on, désigné le point du corps
où le sujet éprouvait une souffrance.
Tel est encore
le cas de M. Blackburn, qui opère devant la Société des Recherches
psychologiques de Londres, M. Blackburn a pour sujet M. Smith, un jeune
mesménstede Brighton.
M. Smith est assis, les yeux bandés, dans un des salons de la Société
devant une table où se trouvent un crayon et quelques feuilles de papier à
sa portée. A côté de lui est
posté un membre de la Société qui l'observe attentivement afin de découvrir
le moindre « truc » s'il en existe dans l'expérience. Un autre membre du
comité quitte alors le solon
et dans une chambre fermée, dessine une figure quelconque. (Fig. 18, 19,
20, 21, 22, A, B, G, D, E.)
Il appelle
ensuite M. Blackburn dans cette chambre, et après avoir eu soin de bien
refermer la porte, lui montre le dessin. Ceci fait, M. Blackburn est
conduit les yeux bandés dans le salon, et placé (assis ou debout)
derrière M. Smith, à une distance de soixante centimètres environ.
Après une
courte période de concentration mentale intense de la part de M.
Blackburn, le sujet, M. Smith, prend le crayon et, au milieu du silence
général, reproduit sur le papire qui est devant lui aussi exactement que
possible,
«l’impression» du dessin qu’il vient de recevoir (1); (Fig. 18, 19, 20,
21, 22, A’, B’, C’, D’, E’.)
Tel est encore le
cas de jeunes ladies, membres de la même Société magnétique, qui devinent
les objets, les nombres, les mots pensés par différentes personnes.
Remarquons tout
d'abord que le nouveau genre de lucidité de M. Smith et des dames en
question cessemble à s'y méprendre à celui des somnambules magnétiques du
temps passé. Autrefois les somnambules pouvaient seules prétendre à la
seconde vue, aujourd'hui l'état de sommeil magnétique n'est plus
nécessaire : simple affaire de mode. Or la question de la lecture des
pensées, de la lucidité, de la double vue est jugée, et
jugée définitivement. Pour que l'on consente à la rouvrir, il faudrait
d'autres expériences, en vérité, que celles que nous offre M.
Blackburn.
Rappelons les
piteux échecs des sujets se prétendant doués de seconde vue devant
l'Académie de médecine. Rappelons encore les aveux loyaux de M. Morin,
président de la Société durnesmerisme(l). Habemus confitentem reum;
que faut-il donc de plus? Nous conseillons à M. Blackburn, s'il veut,
convaincre les incrédules, d'essayer ses opérations devant un public moins
selected que celui de la Société de recherches psychologiques.
Encore devra-t-il attendre que son sujet, M. Smith, ait acquis une plus
grande pénétration de pensée, ou une plus; grande habileté
calligraphique; car il faut beaucoup de bonne volonté pour trouver dans
quelques-uns de ses dessins une analogie quelconque avec ceux dont
on prétend lui avoir suggéré la pensée.
Quant aux
jeunes ladies, nous ne voyons pas pourquoi elles ne continueraient pas
leurs petits exercices de divination, qui rentrent, à n'en pas douter,
dans la catégorie des jeux innocents. Le cas de M. Cumberland est un peu
différent. D'abord, il n'élève aucune prétention au surnaturel. Bien qu'il
y ait quelque ambiguïté dans ses explications, il attribue les résultats
qu'il obtient « à une puissance exceptionnelle de perception dont il est
doué, et qui lui permet de saisir les impressions qu'un sujet lui
communique par l’action du système physique ?» Il ne s'agit donc
plus à proprement parler de lecture des pensées et de suggestion
mentale, mais tout bonnement d'hyperesthésie tactile, ce qui rentre
dans le domaine des faits dont peut connaître la science positive.
M. Ch.
Garnier, l'illustre architecte de l'Opéra, qui avait servi de sujet à M.
Cumberland, répéta lui-même ensuite les expériences de ce dernier et les
réussit sans difficulté.
« Étant fort nerveux, dit-il, je suis
à ce qu'il paraît un excellent sujet
; mais ma nervosité me rend aussi apte à pénétrer la pensée d'un
sujet. Je me suis donc essayé à cette devinette, et trois fois sur
trois, je suis arrivé en quelques secondes à découvrir l'objet qui
avait été désigné mentalement... Ce qui me guidait dans mes recherches,
c'était tout simplement le mouvement insensible et instinctif de la
main que je serrais dans la mienne. »
Ces faits sont
connus depuis longtemps. Chevreul, Babinet, Faraday ont démontré la
production inconsciente de mouvements d'une très faible intensité. Il y a
plus de cinquante ans que M. Che-vreul a fait remarquer que l'idée de
certains mouvements s'accompagnait d'une tendance inconsciente
et involontaire à les exécuter (1). Il expliquait ainsi les
oscillations d'un pendule tenu à la main et les mouvements des tables
tournantes. La même explication convient dans le cas de M. Cumberland.
Les mouvements
du sujet, dit le Temps, n'ont pas le caractère des mouvements
complets et visibles. Ce sont des indices d'action et de réaction
plutôt que des mouvements véritables : un homme tient, par exemple, un
pendule à la main, il pense à un mouvement possible : le pendule se met en
branle ; il pense que le pendule va s'arrêter: le pendule s'arrête. La
cause réelle est celle-ci : s'imaginer un mouvement? c'est le voir en idée
; or l'imagination n'agit pas en dehors des organes ; elle provoque le
commencement du mouvement qu'elle rêve.
(1) Lépine,
Le cas de M. Cumberland. (Science et
nature, 21 juin 1884.)
(1)
J. Deniker, La lecture de la Pensée et de la société des recherches
psyhologiques (Science et nature, 1885, tome IV, p.243.)
(1) A. S. Morin, Du magnétisme et des sciences occultes, Paris, 1860 Voy.
aussi. plus. hautch. iv, § 3
(1)
Chevreul, Revue des deux mondes, 1812, et De la baguette
divinatoire, du pendule explorateur et des taules tournantes,Paris,
1854.
Le chapitre
précédent nous avait notablement éloignés de notre point de départ : il n'y
a guère été question de ces phases tranchées qui forment comme le squelette
de l'hypnotisme, et qu'il ne faut pas perdre de vue, sous peine de
s'égarer. Ce qui va suivre va nous y ramener. En opérant sur des sujets
favorables, le Dr Brémaud a réussi à produire non seulement les
trois périodes distinctes de l'hypnotisme, mais encore un autre état qui
n'avait pas encore été décrit.
En 1883 et en
1884, dans des conférences faites à Paris, et dans des notes présentées à
la Société de
Biologie, ce médecin faisait connaître
le résultat de ses études sur l'hypnotisme chez les sujets sains. Depuis
longtemps il s'était aperçu que parmi les jeunes gens de quatorze à
vingt-six ans, on en rencontrait un certain nombre qui présentaient sur le
corps des zones d'anesthésie, et que c'était précisément ceux-là chez qui
il était le plus facile d'obtenir des phénomènes hypnotiques. Ces états
nerveux sont analogues à ceux qu'on obtient chez les hystéro-épileptiques
et peuvent être aussi classés sous les dénominations de catalepsie, de
léthargie et de somnambulisme. Mais il obtient en outre un état qui n'a pas
encore été indiqué par les auteurs qui se sont occupés d'hypnotisme, qui
précède les autres phases, et qu'il désigne sous le nom d'état de
fascination (1).
Les nombreuses
expériences que le Dr Brémaud a faites à l'École de médecine
navale de Brest, et qu'un nombreux public compétent a pu contrôler,
l'induisent à admettre que loin de constituer une rare exception, les faits
qu'il a observés comportent un caractère étendu de généralisation et ne
sont pas imputables à une idiosyncrasie nerveuse particulière de ses
sujets : ceux-ci, en effet, bien que tous Bretons, appartenaient à des
catégories sociales très diverses : jeunes médecins, étudiants,
sous-officiers, matelots, soldats.
A Paris même,
M. Brémaud, sur une série de quatre jeunes gens ignorant les phénomènes
qu'il
cherchait à déterminer, a pu, en
quelques minutes, en mettre un en état de fascination suivi de catalepsie
et de léthargie. Sur une autre série de jeunes gens, étudiants en médecine,
déclarés propres au service militaire, et par conséquent en parfaite santé,
dix-sept ont pu être mis dans une même séance en état de fascination, et
cela en une période de temps allant de quelques secondes à trois minutes.
Il put ensuite obtenir la catalepsie, la léthargie et le somnambulisme,
ainsi que les phénomènes particuliers à chacun de ces états, contracture,
excitabilité neuromusculaire, automatisme, illusions et hallucinations.
Voici en quoi consiste cet état de fascination. Il est
provoqué par la fixation d'un point brillant, mais d'une intensité
médiocre, ou mieux par la seule action du regard. « Je regarde vivement,
brusquement et de très près le jeune homme en lui enjoignant de me
regarder avec toute la fixité dont il est capable. » L'effet est rapide,
parfois foudroyant, chez les sujets entraînés par des expériences
précédentes. Le visage slnjecte, le pouls s'accélère considérablement;
les pupilles se dilatent; l'œil grand ouvert est fixé sur le point brillant
ou sur l'ceil de l'opérateur ; l'analgésie se produit; tout muscle que l'on
fait entrer en activité, ou que l'on froisse avec la main, entre en
contracture. La volonté est paralysée; les fonctions intellectuelles
s'exaltent et peuvent être incitées à l'illusion et à l'hallucination.
Enfin se développe un instinct d'imitation qui va jusqu'à la reproduction
la plus fidèle, la plus servile des mouvements, des gestes, des attitudes,
des paroles, des jeux de physionomie de l'opérateur.
M. Brémaud a
désigné cet état sous le nom de fascination, parce qu'il le
considère comme analogue à celui de l'oiseau en face du serpent. Pour le
faire cesser, il suffit de souffler sur le visage et les yeux du patient
(1).
L'expérience
prolongée un certain temps s'accompagne d'amnésie. Les muscles ne
possèdent pas la propriété cataleptique et ne conservent pas les attitudes
données. L'état de fascination s'établit avec une rapidité extrême chez les
individus qui l'ont déjà subi j un coup d'œil de l'opérateur suffit ; et
saisi au milieu d'une action quelconque, le patient s'arrête pétrifié.
Certains sujets ne peuvent, sans appréhension et sans malaise, se trouver
en présence de celui qui les a déjà fascinés; un de ceux observés par le Dr
Brémaud reconnaissait éprouver un certain sentiment de crainte toutes les
fois qu'il le rencontrait et n'être jamais complètement à son aise
vis-à-vis de lui.
Dans la série
hypnotique, l'état de fascination occupe la première place ; il est le
premier de ceux que l'on peut provoquer. Il ne peut être obtenu chez les
femmes hystériques hypnotisables, très probablement parce qu'en raison de
l'impressionnabilité
trop grande de leur système nerveux,
les pratiques hypnotiques les amènent d'emblée à létat cataleptique en
brûlant la première étape où il est impossible de les arrêter et de les
maintenir. Il en est de même chez les femmes en parfaite santé et
hypnotisables ; le phénomène de la fascination ne peut être produit chez
elles, l'état provoqué d'emblée étant toujours la catalepsie.
L'état de
fascination serait donc propre au sexe masculin. Chez les jeunes gens chez
qui on peut le développer, les caractères en sont d'autant plus tranchés
qu'on s'éloigne moins de la première expérience. Par l'effet de
l'entraînement produit par la répétition des séances, et de l'accroissement
d'impressionnabilité des sujets, la période de fascination finit par
disparaître tout à fait. Alors ils entrent d'emblée dans l'état
cataleptique comme les individus du sexe féminin.
En mars 1884, le Dr Brémaud racontait à la Société de
Biologie que les jeunes gens sur lesquels il expérimentait depuis plusieurs
mois ne pouvaient plus être fixés dans l'état initial. Chez tous sans
exception il s'était passé le fait suivant : à un moment donné, alors que
l'état de fascination durait depuis une ou deux minutes, ils s'arrêtaient
brusquement au milieu d'une expérience, leur pouls redevenait normal, la
catalepsie s'était brusquement établie.
(1) Voyez
outre les Comptes rendus de la Soc. de Biol le Bull, du cercle
Saint-Simon, n° 1,1835: Des différentes phases de l'hypnotisme et
en particulier de la fascination, par le Dr P. Brémaud, médecin
de lre classe de la marine.
(1) Il y a
de grandes analogies au point de vue psychique entre cet état de
fascination et celui qui a été décrit à propos des cataleptiques, chapitre
VI. On peut aussi en rapprocher les phénomènes d'imitation automatique,
l'écholalie par exemple, observés dans le somnambulisme. M. de Parville
(Ch. Richet, L'Homme et l'intelligence, p. 197) ayant hynoptisé des
lodiens jnosquitos avec des bouchons de carafe, ces individus imitaient
servilement tous ses gestes : « Je courais, ils couraient, écrit M. de
Parville (Journal des Débats, 5 août 1880) ; je m'asseyais, ils
s'asseyaient ; je m'agenouillais, ils s'agenouillaient ; je levais les
bras, ils levaient les bras. »
V
Empruntons à
l'auteur, en les résumant, quelques-uns de ses exemples :
M. Z.. est
fasciné par le regard ; les phénomènes physio-logiques annoncés se
produisent; ses yeux sont rivés sur ceux de l'opérateur. Ce dernier recule,
il le suit, la tête projetée en avant, les épaules remontées, les bras
pendants et immobiles. Sa physionomie est sans expression, ses yeux sont
fixes, ses traits figés; pas un mouvement, pas un geste. « Parlez-lui, il
ne vous répondra pas; insultez-le, pas, une fibre de son visage ne
tressaillira; frappez-le, il ne sentira pas la douleur. » Cependant le
sujet a conscience de son état, il ne perd rien de ce qui se dit ou se
passe autour de lui, et, revenu à l'état normal, il rendra compte de tout
ce qu'il a éprouvé.
Cet état
rappelle la catalepsie, dont il est d'ailleurs très voisin, et qui le suit
immédiatement, pour peu que l’excitation visuelle qui l'a produit augmente
un peu d'intensité. Si on dirige l'œil d'un sujet mis en fascination par le
regard vers une lumière vive, l'état se modifie immédiatement ; la face,
d'empourprée qu'elle était, devient pâle, l'œil demeure fixe, perdu dans
une véritable extase ; les membres, immobiles le long du corps, peuvent
recevoir et conserver les positions qu'on voudra leur donner.
Mais, tout en
rappelant la catalepsie, il n'est pas non plus sans analogie, au point de
vue psychique, avec le degré de somnambulisme imparfait dans lequel, bien
que la conscience soit conservée, le sujet obéit automatiquement aux
injonctions de l'opérateur. Citons encore les expériences suivantes (1) :
Je prie M.
C... de fermer vigoureusement le poing, et, l'élevant au-dessus de sa tête,
de le faire tomber violemment sur mon épaule; tant que je ne le regarde
pas, il exécute ce mouvement avec une force qui fait honneur à sa
musculature et témoigne de sa
parfaite indépendance et liberté d'esprit; mais au moment où, pour la
première fois il va frapper, je le fixe brusquement... le bras est resté
suspendu, le poing fermé, le membre est agité de mouvements quasi
tétaniques ; c'est que la fascination est survenue, pétrifiant M. C. dans
l'accomplissement de son geste énergique.
Je prie M. Z.
de vouloir bien compter, à haute voix et le plus fort possible, un...,
deux..., trois..., etc. Je le regarde maintenant de très près, en le
priant de fixer son regard sur le mien. Aussitôt sa parole hésite... il
poursuit cependant faiblement : huit..., neuf..., puis se tait. L'état de
fascination est survenu, entraînant la contraction des muscles masséters.
M. Z. est
prié de vouloir bien ramasser le mouchoir déposé sur le parquet. Il se
baisse, saisit le mouchoir, mais, au moment de se relever, il me regarde ;
un brusque coup d'oeil l'hypnotise, les muscles du bras et du tronc se
eontracturent immédiatement et le sujet reste immobile dans cette position
gênante.
L'imitation se
développe chez certains sujets avec une intensité remarquable. Chez l'un
d'eux, fasciné par le procédé habituel du regard, l'opérateur obtenait la
production de toutes sortes d'actions automatiques.
Je ris, M. C. rit aussi; je lève les bras, même mouvement du sujet; je
saute, il saute; je grimace, il grimace; je parle, M. C. répète toutes mes
paroles avec une parfaite imitation d'intonation musicale. Il répète de
même, avec une imitation scrupuleuse d'accentuation, quelques phrases
d'allemand et d'anglais, d'espagnol, de russe et de chinois, prononcées par
divers auditeurs.
h6>(1)
P. Brémaud, Bull, du cercle Saint-Simon, déjà cité.
VI
Il existe, à
l'état spontané, une maladie du sys-tème nerveux, connue sous différents
noms, selon les pays, et qui présente avec ces phénomènes d'imitation les
analogies les plus curieuses.
Dans le Maine
(États-Unis), on désigne sous le nom de Jumping une affection qui se
caractérise par un automatisme de ce genre. L'excitabilité du patient est
telle qu'à la moindre excitation, il fait un saut, répète à haute voix
l'ordre qu'on lui donne et l'exécute irrésistiblement. — « Frappe! »
dit-on à un patient de ce genre, et il frappe en répétant l'ordre : «
Frappe !» — « Jette ! » « Jette ! » dit-il, et se met à jeter tout ce qu'il
a à la main. Peu importe la langue employée ; il répétera aussi bien du
grec que du latin ou toute autre langue, pourvu que l'ordre soit donné d'un
ton bref, et en quelques mots.
« En
Malaisie, une des classes de névropathes désignés sous le nom de latahs
imitent les mots, sons ou gestes de ceux qui les entourent, tout en
jouissant d'un état mental parfaitement régulier dans l'intervalle des
accès. Un exemple entre autres...
Le cook d'un
steamer était un latah des plus corsés. Il berçait un jour, sur le pont
d'un navire, son enfant dans ses bras, lorsque survint un matelot qui se
mit à l'instar du cook, a bercer dans ses bras un billot de bois. Puis ce
matelot jeta son billot sur un tendeiet, et s'amusa aie faire rouler sur la
toile, ce que lit immédiatement le cook avec son enfant. Le matelot lâchant
alors la toile laissa retomber son billot sur le pont : le cook en fit de
même pour son petit garçon qui se tua sur le coup.
En
Sibérie, cette curieuse affection nerveuse est connue également et désignée
sous le nom de M yriachit. Le Dr Hammond (1) rapporte
l'histoire d'un pilote
qui était forcé d'imiter avec une exactitude parfaite tous les actes qu'on
exécutait devant lui.
Si le capitaine donnait brusquement en sa présence un
coup sur son côté, le pilote répétait ce coup de la môme manière et sur le
même côté; si un bruit se produisait inopinément ou avec intention, le
pilote semblait forcé, contre sa volonté, de l'imiter à l'instant avec une
grande exactitude. Les passagers, par malice, se mirent à imiter le
grognement du porc ou d'autres cris bizarres ; d'autres battaient des
mains, sautaient, jetaient leur chapeau sur le pont, et le pauvre pilote
imitait tous ces gestes avec précision, autant de fois qu'on les répétait
(1).
VII
A côté des
manifestations somatiques ou purement matérielles de l'état de fascination,
M. Brémaud en signale d'autres d'ordre plus exclusivement psychique : la
paralysie de la volonté et l'automatisme provoqué. Il prend un des sujets
qui lui ont servi aux expériences précédentes, se met à quelques pas de
lui, et lui demande son nom.
— Comment vous
appelez-vous? « — J... » répond le jeune homme en expérience.
— Non,
monsieur, vous mentez ; vous vous appelez Bertrand !
L'attitude du sujet devient singulière, ses yeux s'injectent, se fixent
sur ceux de l'expérimentateur, ses pupilles se dilatent, sa face
s'empourpre, les syllabes de son nom sifflent avec colère... puis peu à peu
sous l'influence de ce nom de Bertrand répété
fermement à plusieurs reprises,
«le sujet abandonne son nom peu à peu, lambeaux par lambeaux»; change
d'attitude, devient pâle, et s'abandonne dans un demi-sommeil.
A partir de ce
moment, bien que l'état du patient soit bien toujours la fascination, ainsi
que l'indique la tendance à la contracture, la suggestion opère avec la
même facilité que dans les autres états hypnotiques, et l'on peut
provoquer des illusions, des hallucinations, des actes impulsifs de tout
genre dont l’énumération nous semble inutile, après les développements du
chapitre précédent. Notons cependant un point important : dans l'état de
fascination, la suggestion opère comme dans l’état cataleptique,
et non comme dans l'état somnambulique. En effet, les actes
suggérés ne sont spontanés à aucune de leurs périodes. Les somnambules
mettent en action dans tous les détails qu'elle comporte l'idée suggérée,
ils exécutent des actes plus ou moins compliqués, s'enchaînant ensemble et
se déduisant les uns des autres. Les fascinés exécutent mécaniquement
l'acte suggéré, après quoi ils retombent dans leur inertie première, et si
l'acte est compliqué il aura besoin d'être suggéré dans ses diverses
parties, sous peine de rester inachevé. C'est un point de rapprochement de
plus à signaler entre l'état de fascination et l'état cataleptique.
(1) Hammond, Traité des maladies du système nerveux, trad. par
Labadie Lagrave, Paris, 1879.
(1) Voyez le
travail de M. Gilles de la Tourette, « Jumping, latah, myriachit. »
(Archives de neurologie, juill. 1884.)
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