CHAPITRE V PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE L'HYPNOTISME - MOTILITÉ
I.
— Complexité des phénomènes hypnotiques. — On no les rencontra guére
au grand complet que chez les hystériques. — Nosographie de l'hypnotisme
d'après le professeur Charcot. — État cataleptique : ses caractères. — État
léthargique : hyperexcitabitité neuromusculoire. — État somnambalique :
contractures cataleptoîdes.
II.
— Le réflexe cutané peut
dans les trois périodes de l'hypnotisme provoquer des contractures. —
États mixtes.
III.
— L'état cataleptoide
peut se rencontrer dans les diverses périodes hypnotiques.
IV.
— Excitation du crâne et
du cuir chevelu : expériences galvaniques de
M. Charcot;
expériences de M. Dumontpallier; expériences de MM. Féré et Binet — Action
produite, selon M. Dumontpallier, par des excitations excessivement faibles
du cuir chevelu.
V. —
Hypnose hémilatérale : chaque moitié ou plus généralement différentes
parties du corps peuvent être placées dans une phase différente de
l'hypnotisme.
VI. —
Action des ssthésiogdnes sur les phénomènes hypnotiques. — Transfert. —
Action anti-hypnotique.
VII. —
Ordre de succession des états hypnotiques.
I
L'hypnotisme
est un ensemble de phénomènes complexes. Tous les hypnotiques ne sont pas
susceptibles des mêmes observations ni des mêmes expériences ; il y a
des hypnotisés frustes, dont on ne tire pas grand chose ; il y a les
incohérents, chez
qui les
phénomènes magnétiques se mêlent, se brouillent de façon à dérouter
l'expérimentateur. Il y à enfin les hypnotisés corrects, j'allais dire
les classiques chez qui, très souvent par suite de l'entraînement et de
l'éducation, la névrose atteint à la perfection. Ce sont ceux-là qu'il
faut prendre tout d'abord pour sujets d'étude, et on les trouvera dans
les rangs des hystériques. De l'avis de tous les expérimentateurs, les
hystériques présentent une impressionnabilité nerveuse telle, qu'elles
offrent pour l!étude de l'hypnose cérébrale, les qualités du réactif le
plus sensible qui soit mis en usage dans un laboratoire (1).
Ce sont les
hystériques qui ont servi à M. le professeur Charcot à débrouiller les
symptômes de l'hypnose, à les classer méthodiquement suivant leur ordre
d'apparition, et suivant leurs affinités particulières, en un mot, à
faire la nosographie de l'hypnotisme. Le 13 février 1882, il lut à
l'Académie des sciences sa « Note sur les divers états nerveux déterminés
par l’ hypnotisation chez les hystériques » dans laquelle il rattache la
symptomatologie de l'hypnotisme à trois types qui sont : 1° l'état
cataleptique; 2° l'état léthargique; 3° l'état somnambulique. Nous ne
pouvons mieux faire, pour donner une idée de ces trois états, que de
résumer les travaux du savant professeur et ceux de son collaborateur
M. P. Richer.
L'état cataleptique, s'il est primitif (et il l'est toujours chez les
sujets où l'on voit se développer la complète succession des phénomènes
de l'hypno-tisme)
est produit par un bruit intense et subit, l'éclat d'une vive lumière, la
fixation d'un objet brillant, ou tout autre procédé. On peut le produire
encore chez un sujet en état de léthargie en lui ouvrant les yeux dans
un lieu éclairé.
Le trait le
plus saillant de l'état cataleptique, dit M. Charcot, c'est, on peut le
dire, l'immobilité. Le sujet cataleptisé, alors même qu'on l'a placé
debout, dans une attitude forcée, se maintient en parfait équilibre et
semble comme pétrifié. Les yeux sont ouverts, le regard fixe, la
physionomie impassible.
Par suite de
l'immobilité des paupières , les larmes s'écoulent sur les joues. La
respiration te vient plus rare et moins profonde.
Les membres
soulevés ou fléchis par l'opérateur n'offrent aucune résistance et
semblent d'une légèreté extraordinaire; ils prennent et gardent fort
longtemps (1) les attitudes même les plus bizarres et les moins
naturelles dans lesquelles on les place.
L'excitation des tendons, des muscles et des
nerfs ne détermine plus ni réflexes ni contractures
musculaires.
L'hystérique
en catalepsie est une statue, mais une statue à qui l'opérateur peut
communiquer une sorte de vie. Si, en effet, la peau est frappée
d'insensibilité absolue, les sens gardent un certain degré
d'impressionnabilité, de telle sorte qu'en les excitant par suggestion, on
peut transformer la statue en automate, lui inspirer certaines idées et lui
faire exécuter des mouvements plus ou moins complexes en rapport avec
elles. Abandonné à lui-même le sujet cataleptique retombe dans son
immobilité
première.
Nous verrons
tout à l'heure que la caractéristique de la période léthargique est
l'hyperexcitabilité neuro-musculaire. Dans la catalepsie, M. P. Richer (1)
a observé le phénomène absolument inverse, c'est-à-dire la possibilité de
provoquer pendant l'état cataleptique, le relàchemeft musculaire et la
paralysie. Dans les cas les plus favorables, la paralysie peut être
localisée à un seul muscle ou à un groupe musculaire. Au début des
expériences, le phénomène se montre plus diffus, et une excitation portée
sur un seul point d'un membre détermine la paralysie de ce membre tout
entier. L'effet de cette paralysie, étant donné l'état spécial du système
musculaire dans la catalepsie, produit une simple modification dans
l'attitude du membre et non sa flaccidité. Par exemple, le bras étant
fléchi, si on provoque la paralysie des fléchisseurs, l'action antagoniste
ées extenseurs mettra le membre en extension. Cependant, par une
excitation prolongée, l'état de flaccidité peut être obtenu, et la
paralysie,
ainsi provoquée continuera à exister dans les phases ultérieures de
l'hypnotisme ; C'est-à-dire que
ce membre ne pourra être
contracturé, soit par les excitations profondes dans la léthargie, soit par
les
excitations légères et superficielles dans le somnambulisme.
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La léthargie
s'obtient primitivement par la
fixation du regard ou tout autre procédé. On peut aussi la développer chez
un sujet cataleptique en le mettant dans l'obscurité ou en abaissant ses
paupières. Au début du phénomène il se produit parfois un bruit laryngé, un
peu d'écume monte aux lèvres, et le patient s'affaisse dans une résolution
complète de tous les membres qui soulevés retombent inertes le long du
corps. Les globes oculaires sont convulsés en haut et en dedans sous les
paupières plus ou moins complètement closes. L'analgésie semble complète ;
l'activité sensorielle n'est pas complètement abolie, mais les tentatives
de suggestion ne sont habituellement suivies d’aucun effet (fig. 10).
Ce qui caractérise cet état, c'est
l'exaltation de l'irritabilité de la moelle épinière décelée par
l'exagération des réflexes tendineux et le phénomène décrit par MM.
Charcot et Richer sous le nom d'hyperexcitabilité neuro-musculaire
(1). Voici en quoi
consiste ce phénomène. Si l'on percute
le tendon d'un muscle à l'aide d'un petit marteau à cet usage, il se
produit aussitôt une contraction du muscle qui soulève la partie du membre
à laquelle il appartient. (fig. 11). Parfois il y a diffusion du
réflexe, et le choc du tendon donne lieu à des contractions réflexes
dans les membres d'un ou des deux côtés du corps. En même temps la
contraction musculaire se présente sous une forme inusitée; elle se
prolonge, comme dans le tétanos, et devient une sorte de con-tracture de
courte durée. Dans certains cas cette contracture devient permanente.
Tantôt elle affecte un membre, tantôt une moitié du corps, tantôt enfin, le
corps tout entier.
En dehors du
choc, on peut obtenir aussi la contracture par le froissement ou la
friction prolongée des tendons, par l’excitation directe des nerfs ou
encore par la malaxation des fibres musculaires.
On peut chez
quelques sujets répéter les curieuses expériences de Duchenne (de Boulogne)
sur l’action des muscles de la face das l’expression des pasions (1). Ces
muscles n’entrent pas en contracture permanente, mais à l’aide de
baguettes, on peut provoquer leur contraction soit simultanément, et
obtenir ainsi les jeux de physionomie les plus singuliers, l’attention, la
réflexion, la douleur, la joie, le rire, le pleurer.
La contracture
due à l’hyperexcitabilité neuro-musculaire cède facilement à l’exctitation
des muscles antagonistes, produite par friction ou légère malaxation. Cette
contracture peut, dans certains cas, persister à l’état de veille; par
exemple quand, avant de réveiller la malade, on l’a fait passer d’abord par
la période cataleptique; ou bien encore, dans certains cas, sans aucune
manœuvre préalable.
Ces contractures artificielles ont une très grande analogie avec les
contractures permanentes des hystériques; et si on n’avait eu soin de les
faire cesser
en endormant de nouveau le
sujet et en excitant les antagonistes, peut-être persisteraient-elles
pendant un certain temps (1).
D'un sujet à
l'autre, le phénomène de l'hyperexcitabilité neuromusculaire peut présenter
de grandes différences au point de vue de la précision et de l'intensité.
Chez une même malade le même degré d'hyperexeitabilité est très variable
d'un moment à l'autre sans qu'on puisse toujours en saisir la cause. La
répétition des expériences les rend de plus en plus nettes : et au point de
vue de ce phénomène comme au point de vue de tous les autres observés
pendant le sommeil provoqué, les hypnotiques se montrent susceptibles
d'une éducation de plus en plus parfaite.
Le réflexe qui
produit la contracture léthargique a pour point de départ les nerfs
sensitifs des tendons, des aponévroses musculaires, ou du corps du muscle
lui-même. Ce qui le démontre, c'est que si l'excitation se borne au
tégument externe, aucun mouvement réflexe ne se produit chez un sujet
plongé dans un état léthargique type dont il s'agit ici.
L'état somnambulique
peut être, lui aussi, primitif ou secondaire. En exerçant une pression ou
une friction légère sur le vertex, on peut le produire chez les individus
mis préalablement en léthargie ou en catalepsie. Il se développe aussi
d'emblée par l'emploi des moyens ordinaires. Si cet état est le plus
intéressant au point de vue psychologique, il ne présente pas au point de
vue purement physique
des caractères aussi tranchés
que les états précédents.
Dans le
sommeil somnambulique, les yeux sont clos ou demi-clos (1), et les
paupières sont souvent agitées de petits frémissements. La résolution
musculaire existe, mais à un moindre degré que dans la léthargie. On ne
constate pas l'hyperexcitabilité neuromusculaire, mais on observe
cependant, sous l'influence d'excitations minimes portées sur les
téguments, un faible souffle, de légers attouchements par exemple, la
production d'une rigidité musculaire qui diffère de l'hyperexcitabilité
neuromusculaire de la phase léthargique en ce qu'elle ne cède pas, comme
cette dernière, à l'excitation des muscles-antagonistes; tandis qu'elle
s'évanouit au contraire sous l'influence de l'excitation même qui a servi à
la provoquer. Elle diffère aussi de celle de l'état cataleptique en ce
qu'on éprouve une certaine résistance quand on veut modifier l'attitude
d'un membre mis dans cet état de rigidité que M. Charcot propose d'appeler
cataleptoïde ou pseudo-cataleptique, pour la distinguer de
l'immobilité sans raideur, qui appartient seule à l'état cataleptique.
La contracture
somnambulique peut persister dans différentes conditions :
1° Pendant l'état léthargique ; on peut alors provoquer la contraction
léthargique dans tous les muscles qui ne sont pas en contracture
somnambulique, et comparer facilement les deux ordres de phénomènes ; 2°
pendant l'état
cataleptique, qui ne saurait
être provoqué que dans les parties nonsomnambulisées; 3° pendant la veille.
La contracture somnambulique peut être alors différenciée de la
contracture léthargique, qui, comme nous l'avons vu, est susceptible aussi
de persister à l'état de veille, en ce que l'application des aimants
produit le transfert de la seconde, tandis qu'il est sans influence sur la
première (1).
Les téguments
sont frappés d'analgésie, mais certains modes de la sensibilité de la peau,
le sens musculaire et les sens spéciaux sont le siège d'une
hyperexcitabilité considérable qui permet de provoquer par suggestion chez
le sujet des phénomènes automatiques extrêmement complexes et variés.
On fait cesser le sommeil somnambulique en exerçant une légère pression
sur les yeux ; le sujet devient alors léthargique. C'est l'état
cataleptique qui se produit au contraire, si on ouvre largement les
paupières.
(1)
Bérillon, Hypnotisme expérimental. Thèse de Paris, 1884.
(1) M. P.
Richer conclut de ses expériences que les cataleptiques ne gardent guère
plus longtemps les attitudes communiquées que ne pourrait le faire un homme
vigoureux et très bien musclé, ce qui, fait-il remarquer, pour des
hystériques peu musclées et parfois amyosthéniques est déjà considérable.
« Au bout de dix à quinze minutes, le membre étendu commence à descendre,
et au bout de vingt à vingt-cinq minutes au maximum il est retombé dans la
verticale. » L'espace de
temps pendant lequel le cataleptique garde l'attitude donnée n'est donc
pas le critérium de la simulation. Il faut le chercher ailleurs : chez le
cataleptique, la contraction musculaire ne donne lieu à aucune
oscillation, la respiration n'est pas modifiée. Chez le simulateur, un
tremblement de plus en plus accents envahit le membre étendu, et la
respiration s'accélère et devient irrégulière. Le cataleptique ne connaît
pas la fatigue : le simulateur au contraire la subit manifestement ainsi
que l'indiquent les tracés myographiques et pneumographiques (Études
cliniques sur l’hystéro-épilepsie, 2° édition, p. 615.)
(1) P. Richer,
Société de biologie, 1 décembre 1883.
(1) Nous devons communication de
cette figure à MM. Bourru et Durot.
(1) Charcot et Paul Richer, Archives de neurologie, t. II, III, V.
Contribution à l’étude de l'hypnotisme chez les hystériques; du
phénomène de l'hyperexcitabilité neuromusculaire.
(1) Duchenne,
Mécanisme de la physionomie humaine. Analyse éléctro-physiologique de
l’expression des passions, 2° édition, Paris, J.-B. Baillière et fils,
1876, 1 vol. gr. in-8 avec planches photographiques.
(1) P. Richer, Études cliniques sur
l'hystëro-épilepsie, 2° édition, 1885.
(1) On obtient
chez de nombreux sujets hypnotisable un état somnambulique avec yeux
ouverts qui ressemble beaucoup à l'état de veille en raisou de la tendance
du sujet a l'activité, qui même semble parfois plus grande qu'à l'état
normal.
(1) P.
Richer, loc. cit , p. 619.
II
Tel est
l'exposé sommaire de ce qui constitue en quelque sorte l'hypnotisme idéal.
A côté de cette page qu'on considérera comme détachée d'un traité
didactique de pathologie nerveuse, il convient d'en ajouter une qui
représentera plus particulièrement la clinique. C'est qu'en effet, la
diversité des faits est telle qu'il y aurait quelque témérité à affirmer
qu'ils doivent tous rentrer dans la classification établie par le
professeur Charcot. C'est surtout quand il s'agira des hypnotiques
ordinaires que nous
verrons l'impossibilité de constituer
des groupes ainsi tranchés. Mais sans nous écarter de notre but, qui
actuellement est surtout l'exposé de l'hypnotisme chez les hystériques,
nous pouvons déjà, sans cesser du reste en cela de suivre l'école de la
Salpêtrière, faire quelques réserves indispensables.
Il y a lieu,
en effet, fait observer M. P. Richer (1) d'attacher une importance capitale
aux phénomènes neuromusculaires qui caractérisent chaque période de
l'hypnotisme des hystériques, mais il ne faut pas s'attendre à les
retrouver avec netteté chez un cinquième à peine des sujets chez les
autres.
Souvent les
phénomènes neuro-musculaires de la léthargie et de l'état somnambulique se
confondent, pendant que l'état cataleptique conserve les caractères qui lui
sont propres. Quelquefois la confusion est encore plus grande et les
phénomènes neuromusculaires restent les mêmes, quelle que soit la phase de
l'hypnotisme.
Et l'auteur
cite une observation très concluante, d'une hystérique susceptible de
passer par les trois périodes hypnotiques et chez qui, pendant la durée des
trois états, l'aptitude à la contracture persistait d'une façon identique.
M.
Dumontpallier, à qui on doit de remarquables recherches sur l’hypnotisme
des hystériques, n'admet pas que les contractures provoquées soient de
nature différente suivant les périodes du sommeil nerveux, et il a cherché
à démontrer que l'hy-perexcitabilité neuromusculaire pouvait se manifester
dans toutes les périodes de l'hypnotisme.
Seulement, les
procédés qui réussissent dans un état ne réussissent pas dans l'autre.
Ainsi, dans la léthargie, c'est la pression des masses musculaires ou un
choc sur le nerf : ces moyens sont impuissants dans la catalepsie, mais le
vent d'un soufflet, une goutte d'éther dans la gouttière épitrochléenne,
par exemple, réussissent à déterminer la griffe cubitale. L'application de
ces mêmes agents, renouvelée, défait les contractures produites. Dans une
phase intermédiaire, catalepto-léthargique, les deux ordres de moyens sont
capables d'agir et même de se remplacer pour faire et défaire la
contracture (1).
Un de ses
élèves, M. Magnin, a soutenu les mêmes idées. Nous allons résumer
quelques-unes des expériences relatées dans son travail (2).
Chez une
hystéro-épileptique en état somnambulique, l'attouchement léger d'une zone
cutanée de là jambe détermine la contracture du muscle correspondant, et le
pied, fléchi et renversé en dedans, se trouve immobilisé dans cette
position.
On détermine à
volonté, par le même procédé, la contracture des muscles des bras et de la
face.
Des excitations encore plus légères, le bruit produit par le tic tac
d'une montre, par exemple, déterminent le même phénomène. On se sert d'un
tube de caoutchouc long de huit à dix mètres et dont l'un des bouts est
muni d'un porte-voix. On approche l'extrémité libre du tube de telle ou
telle région du corps du sujet mis préalablement en état de somnambulisme,
tandis que la montre est approchée
du porte-voix. La contracture
apparaît aussitôt dans les muscles sous-jacents à la zone cutanés excitée,
et cela par mouvements saccadés, isochrones au tic tac de la montre. Des
expériences de même genre ont été faites à l'aide du téléphone et du
microphone ; et les vibrations si peu intenses de ces instruments ont
déterminé des contractions musculaires.
Avec la
lumière d'une lampe de Drummond, ou la lumière solaire réfléchie par un
miroir, les
expérimentateurs ont obtenu des
résultats identiques.
En dirigeant
un rayon lumineux sur telle ou telle région musculaire, ils en ont
immédiatement déterminé la contracture.
La chaleur
agit de même. Une goutte d'eau tiède, déposée sur la peau au niveau d'un
muscle, le fait immédiatement se contracturer.
M. Magnin
conclut de ces expériences que sans la période de somnambulisme, « des
excitations infiniment faibles peuvent donner naissance à des
contractures intenses et localisées (1). »
De même, dans
l'état cataleptique, il a toujours pu produire chez ses malades des
contractures intenses et localisées. Des divers agents physiques employés,
le souffle, le plus léger courant d'air, semble avoir l'action la plus
efficace : dirigé sur un point du tégument déterminé, on voit aussitôt se
produire la contracture du muscle ou du groupe de muscles sous-jacents.
Enfin, dans la période léthargique, la contracture s’obtient non
seulement par des excitations vives
portées sur les tendons, les
nerfs ou la fibre musculaire elle-même, mais aussi par les excitations les
plus légères déjà énumérées précédemment.
Faut-il croire, dit M. Magnin, que, dans toutes nos expériences, nous
ayons commis une erreur, non plus quant aux faits relatifs aux
contractures, mais bien quant à la nature des périodes de l'hypnotisme en
lesquelles nous placions le malade?
L'auteur n'hésite pas à
écarter cette dernière hypothèse.
(1) P.
Richer, loc. cit., p. 644.
(1)
Dumontpallier, Société de Biologie, séance du 4 mars 1882.
(2) M. Magnin, Étude clinique et expérimentale sur l'hypnotisme,
Paris, 1884.
(1) Magnin, loc. cit.
III
En résumé,
contrairement à l'opinion défendue par MM. Charcot et Richer, MM.
Dumontpallier et Magnin soutiennent que le simple réflexe cutané suffit à
déterminer les contractures dans toutes les phases de l'hypnotisme, qu'il
soit somnambulique, cataleptique aussi bien que léthargique.
M. Brémaud a également soutenu devant la Société de
Biologie (1) que la contracture était facilement obtenue dans la
catalepsie hypnotique, chez les sujets sains. Chez un sujet mis en
catalepsie et qui présente tous les signes de la catalepsie hystérique
provoquée décrits par M. Charcot, il suffit d'un choc peu violent pour
contracturer immédiatement les masses musculaires excitées. Un choc
brusque agissant à la partie supérieure de l'axe vertébral détermine une
rigidité générale du corps qui permet de le déplacer en masse. Enfin, un
courant d'air dirigé sur une région musculaire quelconque
en produit la contracture; s'il est dirigé sur
la nuque, il amène une contracture générale. Les sujets qui ont
subi un long entraînement peuvent devenir tellement impressionnables que
le choc de l’air déplacé par un mouchoir ou un éventail, à quelques mètres
de distance, peut suffire à amener chez eux une contracture généralisée.

Qu'on nous permette une réflexion. Nous avons déjà dit, et tout le monde
s'accorde à le reconnaître, que la névrose des hypnotiques, surtout des
hypnotiques hystériques, est susceptible d'une éducation de plus en plus
parfaite à mesure qu'on répète les expériences. Ne pourrait-on pas supposer
que si les hypnotiques de M. Charcot et celles de M. Dumontpallier ont
réagi différemment dans les expériences conduites par ces observateurs,
cela tient, au moins en partie, à un entraînement des sujets dirigé des
deux parts dans un sens différent ? Dans une communication faite à la
Société de
Biologie, M. Paul Richer
maintient tous les faits observés par M. Charcot et lui, et semble penser
que M. Dumontpallier et ses élèves ont expérimenté surtout sur des sujets
ne présentant pas de caractères tranchés, ce qui expliquerait la
divergence des résultats expérimentaux obtenus par eux (1). Il déclare
avoir rencontré beaucoup de cas où les phénomènes sont incomplets,
rudimentaires, et se mêlent confusément. Il existe des sujets
exclusivement somnambules ou léthargiques :
Chez
quelques-uns, les deux formes de contracture dont nous venons de parler
existaient en même temps dans une même phase de l'hypnotisme, participant
ainsi de la léthargie et du somnambulisme.
Chez d'autres,
il n'est pas possible de séparer la phase léthargique de la phase
cataleptique; il se produit alors une sorte d'état mixte qui se manifeste
par les phénomènes de l'état cataleptoïde. Dans cet état cataleptoïde, les
yeux sont le plus souvent fermés, les globes oculaires convulsés; les
membres gardent l'attitude qu'on leur donne, mais il y a dans les
articulations une certaine raideur; l'hyperexcitabilité musculaire et les
réflexes tendineux existent dans une certaine mesure. En somme, il ne
s'agit pas de catalepsie véritable, mais de contracture musculaire
déterminée par les manœuvres de l'opérateur qui déplace le membre. Il faut
en général insister pour que l'attitude donnée se main-tienne, et la
friction ou le massage des muscles produit toujours la résolution du membre
ainsi contracture.
L'état
cataleptoïde se manifeste également dans le somnambulisme, comme nous
l'avons vu en étudiant cette période du sommeil provoqué : il ne diffère
du précédent qu'en ce qu'il coexiste chez le sujet avec les symptômes
ordinaires de l'état som-nambulique (1).
Les états
mixtes sont admis également par MM. Dumontpallier et Magnin (2).
Ce ne sont là,
dit le dernier de ces auteurs, que des phases intermédiaires, les traits
d'union entre les précédents, et, en somme, tous les états différents
décrits dans l'hypnose ne sont que des degrés d'une même affection, degrés
entre lesquels il ne saurait y avoir de transition brusque. L'hypnotisme
doit être envisagé, comme un processus essentiellement progressif, et
depuis l'état de veille jusqu'à la léthargie qui nous semble être le degré
le plus profond du sommeil provoqué, on observe tous les intermédiaires;
soit du moins au plus et sans parler des périodes mixtes, le somnambulisme
et la catalepsie. Cela est si vrai qu'on peut, au moyen d'une même
excitation suffisammen, prolongée, faire passer le sujet de l'état de
veille à l'état somnambulique, puis insensiblement à l'état cataleptique et
de là, enfin, à l'état léthargique (3).
Ces idées, comme on le voit,
diffèrent notablement de celles des observateurs précédents. M.
Dumontpallier a insisté à plusieurs reprises sur l'exis-tence
de nombreuses phases intermédiaire entre les trois états tranchés décrits
par M. Charcot. Dans ses communications à la Société de Biologie, il a
cherché notamment à établir les rapports, suivant lui très directs, qui
unissent le somnambulisme et la catalepsie. Ainsi, sur une malade
somnambulique, une pression légère exercée sur le vertex amène la
catalepsie : et la même pression répétée quelque temps après fait
apparaître de nouveau l'état somnambulique (1). Ainsi la même cause fait
et défait son œuvre qui, dans les deux cas, ne peut évidemment différer
que par de simples nuances.
Quoi qu'il en soit, nous croyons que pour l'étude, la classification
du professeur Charcot doit être conservée, quand bien même elle ne
s'appliquerait qu'à un petit nombre de cas seulement. On peut dire
qu'elle a fait faire un grand progrès à l'étude de la sommation
provoquée, et jeté une vive lumière sur beaucoup de faits obcurs et
fugitifs dont la connaissance jusqu'alors purement empirique n'avait été
d'aucune utilité pour les progrès de la science.
(1) Bremaud,
Société de Biologie, 12 janvier 1884.
(1) P. Richer, Des phénomènes neuromusculaires de l’hypnotisme. De la
méthode à suivre dans les études sur l'hypnotisme. (Progrès médical,
1884, p. 5, et Comptes rendus de ta Soc. de Biologie, décembre
1883.)
(1) P. Richer, loc. cit.
(2) Dumontpallier et Magnin,
Comptes rendus de la Société de Biologie, 1882.
(3) P. Magnin, Étude clinique et
expérimentale sur l'hypnotisme, Paris, 1884.
IV
En dehors de
ces symptômes somatiques en quelque sorte fondamentaux de l'hypnose
provoquée chez les hystériques, les expérimentateurs, poursuivant le cours
de leurs recherches, en ont signalé d'autres encore plus surprenants.
C'est d'abord la possibilité d'influencer le cerveau
chez les sujets hypnotisés, soit directement à tra-vers
la boite crânienne, soit indirectement par une action réflexe dont le
mécanisme n'est par une action réflexe dont le mécanisme n’est pas connu.
Par exemple,
l'excitation de certaines parties du crâne ou simplement du cuir chevelu,
chez les hystériques hypnotiques, réagit sur le système musculaire du
corps, de façon à déterminer des contractions en rapport avec la région
excitée.
M. Charcot s'est servi du courant galvanique pour faire ses expériences.
Le tampon positif était placé sur le crâne, au niveau des régions motrices,
et le négatif sur le sternum; ou bien encore le positif était mis en
rapport avec la partie supérieure de la zone motrice, et le négatif soit
devant, soit derrière l'oreille. Si pendant l'état léthargique on faisait
passer le courant dans ces conditions, il se produisait, sans réveil du
sujet, soit à l'interruption, soit à l'ouverture, une secousse très nette,
le plus souvent dans la partie opposée du corps à l'application du tampon
positif; quelquefois dans le même côté. Chez quelques malades, ce mode de
galvanisation céphalique a pu provoquer les mêmes phénomènes à l'état de
veille. M. Charcot avait d'abord pensé, pour expliquer ces faits, à
invoquer l'hyperexcitabilité des régions motrices du cerveau ; mais le fait
que les contractions galvaniques peuvent se produire du même côté que
l'excitation est contraire à cette manière de voir (1), ce qui l'a détourné
d'accepter cette explication. Peut-être s'agit-il d'une action réflexe
provoquée par l'excitation de la duremère cérébrale.
M.
Dumontpallier (1) a rendu témoin la Société de Biologie de quelques
expériences sinon comparables, du moins analogues par les résultats
obtenus. Une malade de son service, plongée dans le sommeil hypnotique, ne
présente pas les phénomènes d'hyperexcitabilité musculaire : endormie par
le regard de l'observateur et cataleptisée en soulevant les paupières, on
provoque chez elle un grand nombre de mouvements automatiques en dirigeant
sur les téguments du crâne le souffle projeté par un tube capillaire à
l'aide d'un appareil en caoutchouc. Les mouvements déterminés sont
invariablement les mêmes pour le même point du crâne excité. L'excitation
renouvelée, au bout de quelques instants, par le jet d'une nouvelle
colonne d'air, reproduit, en sens inverse, le premier mouvement. Il serait
loisible, de la sorte, d'après l'expérimentateur, de diviser le crâne en
centimètres carrés et de délimiter chaque zone réflexogène d'un mouvement
déterminé. Le mécanisme de ces mouvements réflexes est encore à
trouver.
On sait que le
somnambulisme est facilement obtenu chez les hystériques par la friction du
vertex. En excitant les téguments du crâne en divers points, MM. Féré et
Binet ont obtenu de singuliers phénomènes de somnambulisme partiel dont
ils ont donnée connaissance à la Société de Biologie. Si pendant qu'un
sujet, qui offre les caractères du grand hypnotisme, est en catalepsie ou
en léthargie, on fait la friction du vertex, il entre en somnambulisme ; si
la friction est latérale, c'est l'hémisomnambulisme
qu'elle provoque. Si au lieu de
faire une friction étendue du vertex on pratique une forte pression sur
certains points du cuir chevelu en rapport avec les centres moteurs, on
détermine le somnambulisme partiel du membre dont le centre moteur a été
impressionné.
On peut ainsi
somnambuliser isolément une moitié de la face, un bras, une jambe, ou les
deux bras, les deux jambes, la totalité de la face. Il est même possible
de déterminer le somnambulisme isolé de la partie supérieure de la face en
excitant un point du crâne situé au-dessus d'une ligne horizontale passant
par l'arcade sourcilière et en arrière d'une ligne verticale passant en
arrière de l'apophyse mastoîde (1).
En excitant
isolément et successivement ces divers points, on provoque un état de
somnambulisme partiel généralisé dans lequel le sujet parle, entend, est
susceptible d'être halluciné. Cependant ce somnambulisme n'est pas
complet. M. Féré cite une malade qui possède à la partie supérieure du
sternum une zone érogène sensible seulement pendant la période
somnambulique. Or, dans l'état de somnambulisme obtenu par les procédés
sus-indiqués, la zone éror gène n'est pas sensible. Il faut, pour la rendre
sensible, exciter la région occipitale du cerveau.
Des expériences encore plus extraordinaires que les précédentes ont été
relatées devant la Société de Biologie par M. Dumontpallier (2). Elles ont
paru tellement surprenantes qu'elles, ont motivé de la part du prolesseur
Charcot des réserves qu'il semble
prudent de maintenir. Par
l’action du regard seul l’habile expérimentateur déclare avoir fait
entrer certains muscles en contraction chez une hystérique hypnotisée. Le
même sujet, sortant à demi du sommeil hypnotique, parle, écrit et
reconnaît les objets qu'on lui présente. Si à ce moment, on porte le doigt
ou simplement le regard sur la région qui recouvre la troisième
circonvolution frontale gauche, la patiente devient muette ; l'aphasie est
complète. Le même geste ou le même regard fait disparaître ces étranges
phénomènes. En agissant par les mêmes procédés sur diverses circonvolutions
cérébrales, on abolit les facultés correspondantes ; sur d'autres on
provoque les mouvements qui en dépendent.
Braid
prétendait accomplir des expériences aussi surprenantes pour prouver
l'exactitude de la doctrine phrénologique de Gall. Notre moderne
phrénologie (1), assise sur des bases autrement solides, pourra peut-être
trouver dans ces expériences un surcroît d'appui, mais nous ne saurions
trop nous défier de nos sens, tant tout cela tient du prodige.
Le mécanisme
de ces actions réflexes, comme nous l'avons déjà dit, échappe pour le
moment à toute explication. Mais, du moins, peut-on se rendre compte de la
cause qui les met en œuvre. Nous verrons, dans un chapitre subséquent
jusqu'à quel de-gré extraordinaire peut être poussée l'hyperesthésie
sensitive et sensorielle dans le somnambulisme ; c'est cette hyperesthésie
qui, vraisemblablement, est mise en jeu dans ces expériences, par le rayon
lumineux que réfléchit l'œil de l'opérateur sur le point précis vers
lequel il dirige son regard. Ainsi peut s'expliquer encore le réveil, soit
d'une somnambule, par un simple regard dirigé sur ses paupières abaissées,
soit d'une cataleptique, placé devant un miroir, par le rayon visuel dirigé
sur les yeux de l'image et réfléchi dans les yeux du sujet.
(1) Société de biologie, 25 février 1882.
(1) P. Richer, loc. cit.,
et Charcot, Société de Biologie, 21 et 28 janvier 1882.
(1) Société
de biologie, 14 janvier 1882.
(1) Ch. Féré
et Binet, Comptes rendus de la Société de biologie, 19 juillet 1884.
(2)
Societe de Biologie, séance du 24 décembre 1881.
(1) On sait
que les régions du cerveau dévolues à la motricité volontaire sont
parfaitement délimitées, et se trouvent placées autour de la scissure de
Rolando. Les expériences de Ferrier surtout, et quelques faits
anatomo-pathologiques tendent à prouver que les régions postérieures sont
dévolues à la sensibilité et les régions antérieures à l'intelligence
proprement dite (Voy. les travaux de Fritsch, Hitzig, Ferrier, Charcot,
Carville et Duret, etc., etc.).
V
Un deuxième
ordre de faits nouveaux sont ceux que l'on désigne sous le nom d'hypnose
unilatérale, et d'hypnose bilatérale de caractère diffèrent pour
chaque côté.
Il est
possible de limiter les phénomènes hypnotiques à un seul côté du corps.
Braid (1) avait déjà remarqué que si, chez un sujet hypnotisé présentant de
la torpeur de tous les sens et une rigidité du corps et des membres, on
exerce une pression légère ou on lance un léger courant d'air sur un œil,
on lui rend la vue en même temps que la sensibilité et la motilité
reparaissent dans la moitié du corps correspondant à cet œil.
Heidenhain
(2), pour produire l'hypnotisme unilatéral sur une personne sensible,
exerce des frictions prolongées sur l'un des côtés de la tête. Il
obtient alors une sorte d'état
parétique des muscles du côté opposé; l'état parétique s'accentue,
l'hyperexcitabilité neuro-musculaire apparaît, et on se trouve bientôt en
présence d'une véritable hérnile thargie. Les frictions opérées à droite
produisent non seulement la léthargie gauche, mais encore un certain degré
d'aphasie qui s'oppose à ce que les sujets puissent lire ou répéter les
mots prononcés devant eux.
Dans certains
cas, les phénomènes se sont montrés non pas du côté opposé aux
excitations, mais du même côté. Ainsi, chez un sujet, l'excitation de la
partie droite du cuir chevelu produisait la catalepsie du même côté.
Ladame (1), en
frictionnant le côté gauche de la tête, a déterminé dans le côté droit une
contracture si violente et si soudaine que le sujet aurait été renversé si
on ne l'eût maintenu. Pendant ce temps, l'œil droit avait recouvré le sens
des couleurs tandis que le gauche était resté achromatopsique. En même
temps il se produisit certains troubles de la parole qui firent prononcer
au sujet un substantif pour un autre.
M. Charcot et
ses élèves (2) ont montré à maintes reprises qu'il était possible de
dédoubler un sujet en état d'hypnotisme en déterminant chez lui l'hémicatalepsie
et l’hémiléthargie.
M. P. Richer (3)a aussi signalé des faits d'hémiléthargie et d'hémisomnambulisme.
M. Dumontpallier
s'est livré à de très nombreuses expériences d'hypnose hémicérébrale (1);
il a montré que certains sujets pouvaient être divisés en deux moitiés sus
et sous-ombilicales, susceptibles d'être placées dans une phase différente
de l'hypnotisme.
Les procédés
employés pour produire ces divers phénomènes sont des plus simples. Ouvrez
en pleine lumière l'un des yeux d'un léthargique, aussitôt la moitié
correspondante du corps présente les caractères de la catalepsie, tandis
que l'autre demeure en léthargie.
Sur un malade
en état de somnambulisme, si l'on comprime l'un des deux yeux, aussitôt le
même côté du corps est frappé de léthargie.
Pour obtenir
l’hémisomnambulisme et l'hémicatalepsie, il suffit d'exercer d'un côté une
pression légère sur le vertex, et d'ouvrir l'œil de l'antre côté.
M. Dumontpallier agit isolément sur chaque hémisphère cérébral de la
manière suivante (2) : Il place un bandeau sur l'oeil gauche, et par la
fixation du droit, obtient l'hypnotisme; mais le côté droit seulement du
sujet présente les diverses manifestations hypnotiques, c'est-à-dire les
phases léthargique, cataleptique, somnambulique. Le côté gauche, en
complète résolution, reste absolument indifférent aux excitations. Chez
quelques malades, on aurait, mais très rarement, semble-t-il, observé une
marche alterne croisée des phénomènes. Si l'on provoquait, par exemple, la
léthargie à gauche et la catalepsie à
droite, il arrivait que la
léthargie se montrait à gauche dans la partie sus-ombilicale, et à droite
dans la partie sous-ombilicale, et inversement en ce qui concerne la
catalepsie(1).
En raison de
l'importance psychologique de quelques-uns de ces faits, nous y
reviendrons dans un chapitre spécial ; aussi nous contentons-nous de les
signaler pour le moment.
(1) Braid, loc. cit.,
p. 62.
(2) Heidenhain, Die sogenante thierische Magnetismus, Leipsig, 1880
(1) Ladame,
La névrose hypnotique, Neufchatel, 1881.
(2)
Descourtis, Progrès médical, 1879; thèse de Paris, 1882;
Encéphale, janvier-février 1885.
(3) P.
Richer, Études cliniques sur l’hystéro-épilepsie, 1885.
(1)
Dumontpallier et Magnin, Société de Biologie, comptes rendus,
1881-1882.
(2) Bérillon,
Hypnotisme expérimental, Paris, 1884.
VI
Il existe
encore toute une catégorie de phénomènes des plus curieux que l'on observe
chez les hystériques hypnotisables ; nous voulons parler de l'action des
sesthésiogènes pendant le sommeil hypnotique.
On sait que le
Dr V. Burq, a fait connaître que chez les individus dont la
sensibilité était modifiée par diverses maladies, on pouvait obtenir
l'amendement de ces troubles de la sensibilité et même leur guérison par
l'application de divers métaux sur la surface cutanée, chaque malade étant
doué d'une idiosyncrasie métallique spéciale, c'est-à-dire étant plus
spécialement influencé par un métal donné.
Depuis, le
nombre des substances dites aesthésiogènes s'est fort accru. ; et on a
reconnu que non seulement les métaux, mais beaucoup d'autres agents et, en
particulier, les aimants jouissaient de la propriété de ramener la
sensibilité sur une surface frappée d'anesthésie. En 1879, MM. Charcot,
Luys et Dumontpallier, changés par la Société de Biologie d'examiner les
idées de Burq, découvrirent (2) un
nouveau phénomène, la possibilité de
transférer, par les substances aesthésiogènes, au côté malade la
sensibilité du côté sain, qui reste à son tour anesthésique.
Depuis, on a
encore fait de nouvelles découvertes; non seulement l'emploi de ces agents
modifie la sensibilité ou en opère le transfert, mais ils ont une action
analogue sur divers troubles de la motilité, sur les paralysies et les
contractures.
Eh ! bien, les
divers états hypnotiques eux-mêmes sont susceptibles du phénomène de
transfert (1).
Lorsqu'une
hypnotique est en hémiléthargie et en hémicatalepsie, si on applique un
aimant à quelques centimètres du côté léthargique, on voit au bout de deux
minutes le bras et la main de ce côté s'agiter d'un tremblement léger,
prendre peu à peu la consistance des membres cataleptiques, et se placer
dans la position qu'occupe le bras opposé, qui en même temps tombe dans la
flaccidité léthargique après une sorte de trépidation épileptoïde.
Que l'hémisomnambulisme
soit associé à l’hémiléthargie ou à l'hémicatalepsie, il est susceptible
d'être transféré comme les deux autres états. Les phénomènes hypnotiques
pris isolément peuvent être aussi transférés, comme les contractures de la
période léthargique, les attitudes de la période cataleptique, ou les
désordres fonctionnels, hallucinations, impulsions, paralysies,
anesthésies, suggérés pendant la période somnambulique.
Enfin les aesthésiogènes auraient, dans certains cas, une autre
influence, celle d'empêcher l'hypno-tisme de se produire. M. Dumontpallier
a remarqué que l'application d'un métal approprié empêchait la production
des phénomènes hypnotiques. Si le malade était endormie, l'application
métallique la réveillait et ramenait la sensibilité (1).
(1) P. Magnin,
loc. cit.
(2) Société
de Biologie, 1879.
(1) Ch. Féré
et A. Binet, Note pour servir à l'histoire du transfert chez les
hypnotiques (Progrès médical, 12 juillet 1884.)
(1)
Dumontpallier, Société de Biologie, 10 et 17 décembre 1881.
VII
Toutes les hystériques
hypnotisables, comme nous l'avons déjà dit, ne sont pas aptes à passer par
les trois phases de l'hypnotisme. Les unes peuvent passer successivement de
la catalepsie à la léthargie, puis au somnambulisme (2). D'autres ne
tombent jamais qu'en somnambulisme et en léthargie. Chez d'autres
enfin, on ne peut provoquer que le somnambulisme. Pour d'autres auteurs
(3), la série se présenterait dans l'ordre inverse et commencerait par le
somnambulisme. Viendrait ensuite la catalepsie, et enfin la léthargie. Pour
revenir à l'état de veille, le sujet passera par les mêmes phases dans isth
ordre inverse: léthargie, catalepsie, somnambulisme. Ce dernier
somnambulisme se rapproche beaucoup plus que l'autre du somnambulisme
naturel et est, par conséquent, plus parfait, la perte de connaissance
étant plus complète. Chez un certain nombre d'individus sains
hypnotisables, sur des femmes surtout, on peut produire d'une façon marquée
ces divers états classiques; mais, comme nous le verrons plus loin, chez le
plus grand nombre, on n'obtient que le som-nambulisme et des diminutifs
très nombreux de cet état.
Mais comment
provoquer ces divers états et comment les faire disparaître chez les
sujets qui sont aptes à les subir? D'après MM. Dumontpallier et Magnin,
l'agent qui a fait apparaître le sommeil hypnotique, quel que soit le mode
sous lequel ce dernier se présente, est le plus capable de détruire l'œuvre
qu'il a faite, et de ramener l'hystérique à l'état normal d'où il l’a fait
sortir.
Chez une
hystérique hypnotisable, on abaisse les paupières supérieures et on exerce
la pression des globes oculaires : la léthargie se produit. Ces mêmes
moyens employés de nouveau la font cesser ; la malade se réveillera.
L'action de la
lumière a-t-elle amené la catalepsie ? cette même action déterminera le
réveil.
La pression du
vertex détermine-t-elle le somnambulisme ? la pression du vertex le fera
disparaître.
Enfin
supposons le même sujet successivement rendu léthargique par le frottement
des globes oculaires, cataleptisé par un rayon lumineux et enfin devenu
somnambule par une pression sur le vertex. Il reviendra à l'état normal
sans la moindre secousse sous l'influence des mêmes agents physiques
employés (1) dans un ordre inverse.
M. Dumontpallier
a formulé ces phénomènes en lois.
En hypnotisme, l’agent qui fait,
défait.
L'agent mis en
œuvre est toujours celui qui défait le plus rapidement sa propre action.
Une même
excitation peut produire des effets opposés, etc.
Mais la marche
que nous venons d'indiquer pour produire ou faire cesser le sommeil nerveux
n'a rien d'exclusif. N'importe quel procédé peut être employé soit pour
faire, soit pour défaire; mais alors, on marche en aveugle, on n'est pas
sûr d'avance des résultats qui vont être obtenus, on peut enfin produire
ces états mixtes, incertains, qui sont une cause d'obscurité et d'erreur.
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