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CHAPITRE IV SUJETS ET PROCÉDÉS

I. — Définition de l'hypnotisme: il comprend plusieurs états nerveux dis­tincts. — Grand nombre de personnes hypnotisables ; influence de la position sociale, du degré de culture intellectuelle. — Le sexe, l'âge, l'état de santé ou de maladie. — Diathèse hystérique.

II. — Procédés des magnétiseurs : les passes, le regard.

III. — Procédés hypnogéniques physiques et mécaniques ; occlusion des pau­pières et pression des globes oculaires, — L'objet brillant de Braid. — Excitations sensorielles monotones. — Excitations cutanées ; prèssion du vertex. — Action des aimants. — Excitations sensorielles fortes et brusques.

IV. — Agents psychiques : émotion vive et inattendue. — Attention expec-

tante. — Imagination. — Suggestion.

V. — Autohypnotisation involontaire.

VI. — Classification des agents hypnogéniques. — Leur emploi doit être varié

suivant les sujets et la phase du sommeil qu'on veut obtenir. —Éduca­tion des

sujets par la répétition des expériences.

VII. — L'hypnotisme chez les animaux.

I

Braid définissait l'hypnotisme « un état particulier du système nerveux déterminé par des manœuvres artificielles. »

Mais l'hypnotisme ne se compose pas d'un seul état ; il en comprend, comme nous le verrons plus loin, plusieurs très tranchés, surtout chez les hysté­riques; aussi est-il préférable, comme le lait M. P.

Richer, d'élargir la définition de Braid, et de définir l'hypnotisme « l'ensemble des états particuliers du système nerveux déterminés par des manœuvres artificielles (1). »

Il y a, en effet, hypnotisme et hypnotisme. Depuis le plus léger degré de pesanteur et de somnolence jusqu'à la léthargie la plus profonde, il se présente une suite d'états tellement nombreux qu'il semble­rait, d'après certains auteurs, qu'il y ait dans la série place pour tout le monde, et que les individus réfractaires à l'hypnotisation soient l'infime excep­tion. Le professeur Bernheim, après avoir cité une statistique du Dr Liéhault, qui, sur 1011 personnes n'en aurait trouvé que 27 absolument insensibles aux pratiques hypnotiques (2), est d'avis, tout en énumérant quelques causes susceptibles d'expliquer les raisons d'une statistique aussi extraordinairement favorable, que ses propres recherches l'auto­risent à admettre que les sujets réfractaires constituent la grande minorité. Il arrive très souvent qu'un individu non influencé aux deux ou trois pre­mières tentatives, succombe à un essai ultérieur, et à force de persévérance, on arriverait, paraît-il, à vaincre certaines résistances individuelles.

Durand, de Gros, n'obtenait que la proportion de un quinzième de sujets sensibles.

M. le DrBottey (3), chez des femmes de dix-sept à quarante-deux ans, a pu produire l'hypnotisation dans trente pour cent des cas. Mais il fait observer que, en dehors du milieu extrêmement favorable ou il a opéré, cette statistique serait très probablement exagérée.

Braid, sans fournir de statistique, fait observer qu'il existe chez les divers individus une grande différence dans le degré de susceptibilité à l'influence hypnotique; les uns étant affectés rapidement et avec intensité, les autres lentement et faiblement.

Cette différence tient à des causes extrêmement nombreuses. A prendre les individus en bloc, les gens du peuple, les illettrés, les cerveaux dociles, ceux qui sont convaincus de la puissance magné­tique de l'opérateur, les personnes habituées à l'obéissance passive, les anciens militaires, les ouvriers, les domestiques, sont, suivant MM. Liébault et Bernheim, beaucoup plus sensibles aux procédés hypnotiques que les personnes dont l'intelligence est cultivée, et que celles qui font profession d'un certain scepticisme.

Le consentement du sujet, son attention, sa bonne volonté ou tout au moins sa neutralité sont abso­lument nécessaires (1). Celui qui résistera ou qui, l'esprit ailleurs, ne fera qu'assister en étranger à l'expérience, sera presque toujours réfractaire, aussi les aliénés des diverses catégories, les imbé­ciles, les idiots, ne peuvent-ils presque jamais être endormis, parce qu'il est presque impossible de fixer leur attention pendant un espace de temps suffisant à l'action des procédés hypnogéniques.

Cependant, j'ai endormi quelques épileptiques aliénés sans difficulté. Mais, sauf chez une malade qui fut mise une fois en somnambulisme, et qui par la suite refusa obstinément de se soumettre à de nouvelles expériences, je n'ai obtenu que des phé­nomènes peu intéressants chez mes sujets, probable­ment à cause de leur affaiblissement intellectuel. Un matin, à ma visite, j'ai pu par surprise, en le fixant de très près dans les yeux, suivant le procédé du Dr Brémaud, mettre un maniaque chronique en catalepsie, au grand étonnement des personnes présentes. Comme chez l'épileptique précédente, je n'ai pu renouveler l'expérience, le malade s'y étant toujours depuis violemment opposé.

Le sexe joue indubitablement un rôle prédispo­sant. Les femmes sont hypnotisables en beaucoup plus grand nombre que les hommes, ce qui doit être attribué à l'impressionnabilité plus grande de leur système nerveux.

En général, dit M. Richet, les femmes petites, brunes, aux yeux noirs, aux cheveux noirs abondants, aux sourcils épais, sont des sujets très favorables. Cependant on réussit très bien avec des femmes pâles et lymphatiques, et on échoue avec des personnes très nerveuses. En somme, les femmes délicates, nerveuses, languissantes, atteintes d'une maladie chronique, sont certainement plus que toutes les autres aptes à subir l'influence du magnétisme (1).

L'âge n'est pas moins important à considérer. Les jeunes gens de l'un et de l'autre sexe sont les sujets les plus favorables aux expériences hypnotiques. Les magnétiseurs ne l'ignorent pas : constamment ils recherchent les sujets jeunes ; et parmi ces der­niers, l'expérience leur a appris à opérer rapidement une nouvelle sélection. A l'oscillation des pupilles, ils reconnaissent au bout d'un instant ceux qui sont les plus susceptibles d'être influencés. Une expé­rience curieuse faite dans un lycée par MM. Forfer et Vaisson, semble indiquer que chez les jeunes gens de quinze à vingt et un ans l'anesthésie cuta­née serait des plus fréquentes. Peut-être devrait-on en conclure que les individus de cet âge n'ont pas encore un système nerveux parfaitement équilibré, ce qui expliquerait leur grande aptitude à tomber dans le sommeil hypnotique (1).

Certains états physiologiques et pathologiques ont une très grande influence. D'après le Dr Brémaud, les abus alcooliques et l'énervement consécutif aux excès vénériens créent temporairement une prédis­position favorable au développement des phéno­mènes hypnotiques. L'état anémique, qu'elle qu'en soit la cause, la chlorose, les affections névropathiques, excepté la folie, sont dans le même cas. A ce propos, il n'est pas inutile de faire remarquer, avec MM. Demarquay et Giraud-Teulon, les nom­breux points de contact qui existent entre les désordres hystériformes et certains phénomènes hypno­tiques.

Mais, de toutes les causes prédisposantes, la plus importante est, à coup sur, la diathèse hystérique. Chez presque toutes les hystériques, l'hypnose arti­ficielle peut être provoquée. C'est chez elles le plus souvent qu'on rencontre la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme naturels ; c'est chez elles égale­ment que ces états seront le plus facilement provo-qués artificiellement, avec leurs caractères les plus tranchés et les plus typiques, à ce point que pour les auteurs qui ont étudié plus particulièrement le sommeil nerveux chez les hystériques, ces trois états sont pour ainsi dire tout l'hypnotisme, et qu'ils laissent volontairement de coté les innombrables états mixtes et intermédiaires, comme un obstacle à l'étude et une cause d'obscurité et de confusion.

(1) P. Richer, Études cliniques sur la grande hystérie, Paris, 1885, 2 édition.
(2) Beraheim, loc. cit., p. 7.
(3) Bottey, Magnétisme animal, Paris, 1884, 1 vol. in-18.
(1) Excepté, comme nous le verrons, chez les grandes hysté­riques et dans le grand hypnotisme.
(1) Ch. Richet, L'homme et l'intelligence, Paris, 1884
(1) R. Boussi, thèse de Paris, 1880, et P. Magnin, Étudie clinique et expérimentale sur l'hypnotisme, Paris, 1884.

II

Avant d'exposer les procédés à l'aide desquels on détermine l'hypnotisme, rappelons, ne serait-ce qu'à titre de comparaison, les pratiques des magné­tiseurs.

Ainsi que nous l'avons déjà fait observer, leur manuel opératoire s'est singulièrement simplifié depuis Mesmer; le baquet, les baguettes, les chaînes, les beîtes magnétiques ont été mis de côté. Les mains seules et le regard sont désormais utilisés.

Le calme sera fait autour du patient, les témoins importuns seront soigneusement écartés ; ceux qui resteront devront s'abstenir de toute manifestation et s'unir d'intention avec l'opérateur. Ce dernier se place vis-à-vis du malade commodément assis, prend ses genoux entre les siens, et après l'avoir exhorté à bannir toute crainte et à s'abandonner aux effets du magnétisme, en s'efforçant de ne penser à rien, il commence l'opération. Il se recueille quelques instants, puis il prend entre ses deux doigts les pouces du sujet, de manière que leur intérieur touche l'intérieur des siens, et il fixe ses yeux sur lui. Il restera de deux à cinq minutes dans cette situation jusqu'à ce que se soit établie une chaleur égale entre les pouces en contact. Ensuite il retirera les mains à droite et à gauche, la face palmaire en dehors; il les élèvera à la hauteur de la tète, les posera un instant sur les deux épaules du malade, puis pratiquera cinq ou six passes le long des bras en touchant légèrement. Des passes seront ensuite pratiquées depuis la tête jusqu'à l'épigastre.

En ce point on s'arrête quelques minutes en posant les pouces au creux de l'estomac et les doigts au-dessous des côtes; puis on reprend les passes en opérant le long des cuisses et des jambes.

Cette manière de procéder doit être continuée tout le temps nécessaire; on y ajoute si l'on veut, mais ce n'est pas d'obligation, des passes le long de l'épine dorsale, du bassin et des hanches.

Telle était la méthode de Deleuze.

M. Teste (1) l’a encore simplifiée. Il se place debout devant le malade et se contente de faire devant lui des passes dirigées de haut en bas, en ayant soin de lui présenter toujours, en descendant, la face palmaire de la main, et en remontant, la face dorsale. Ce procédé si simple réussissait surtout chez les personnes qui ont déjà été magnétisées.

Les magnétiseurs indous, dont se servait le Dr Esdaile, vers 1846, dans son hôpital mesmérique de Calcutta, employaient le procédé que voici : L'indi­vidu à endormir, en partie dépouillée de ses vête­ments, était étendu sur le dos dans une salle obs-cure. Le magnétiseur se plaçait à la tête du lit, et se penchait sur le malade, les yeux fixés sur ses yeux, de manière à ce que son visage touchât pres­que le sien. Une de ses mains était appliquée sur le creux épigastrique du patient, tandis que l'autre faisait des passes devant sa figure et principalement sur les yeux. En outre, il lui soufflait doucement et fréquemment dans le nez, entre les lèvres et sur les globes oculaires. Le silence le plus complet était observé pendant toute la durée de l'opération.

Ce procédé combine divers moyens, entre autres les passes et la fixation du regard. Mais on peut employer la magnétisation au moyen du regard seul.

Ce procédé, dit M. Teste, ne peut pas être employé par tout le monde. Il exige dans celui qui s'en sert un regard vif, pénétrant et susceptible d'une longue fixité ; encore ne réussit-il que fort rarement sur des sujets qu'on magnétise­rait pour la première fois ; quoiqu'il me soit arrivé derniè­rement d'endormir par la seule puissance du regard, et dès la première séance, un homme de trente ans sans contredit plus robuste que moi. Au surplus, je ne magnétise presque jamais autrement mes somnambules habitués, lorsqu'il s'agit de quelque expérience de vision, car j'ai cru remar­quer que ce genre de magnétisation augmente la clair­voyance. Voici la manière de procéder : Vous vous asseyez vis-à-vis de votre sujet. Vous l'engagez à vous regarder le plus fixement qu'il pourra, tandis que, de votre côté, vous fixez sans interruption vos yeux sur les siens. Quelques profonds soupirs soulèveront d'abord sa poitrine; puis ses paupières clignoteront, s'humecteront de larmes, se con­tracteront fortement à plusieurs reprises; puis, enfin, se fermeront.

(1) Teste, Manuel pratique du magnétisme animal, Paris, 1853, 1 vol. in-18.

III

Ce procède est encore un de ceux qui sont le plus efficacement employés pour produire l'hypnotisme. Il n'est pas nécessaire, bien entendu, comme le sup­posent les magnétiseurs, d'avoir un regard doué d'une puissance spéciale ; ni pendant l'opération, de tendre toute sa volonté vers le but à atteindre. A la condition de tenir son œil fixe, on peut laisser sa pensée suivre le fil qu'il lui plaira et le premier venu réussira aussi bien que le magnétiseur le plus fluidifère.

Si au bout de quelques minutes les yeux du sujet ne se ferment pas spontanément, on applique les pouces sur ses paupières supérieures qu'on maintient abaissées. Chez les hystériques, disent MM. Bourneviâle et Regnard (1), le sommeil est alors immé­diat ; la malade tombe en arrière en poussant quel­ques soupirs, tandis qu'un peu d'écume monte à ses lèvres.

Employée seule, sans fixation préalable du regard, l'occlusion des paupières jointe à la pression des globes oculaires par les doigts de l'opérateur réussit quelquefois chez les sujets dont la turbulence s'op­pose, à l'usage d'un autre procédé. C'était le procédé qu'employait Lasègue pour produire la léthargie chez les hystériques, comme nous l'avons dit dans le chapitre précédent.

Braid employait la méthode suivante :

Prenez un objet brillant quelconque (j'emploie habituel­lement mon porte-lancette) entre le pouce, l'index et le mé­dius de la main gauche ; tenez-le à la distance de vingt-cinq à quarante-cinq centimètres des yeux, dans une posi­tion telle au-dessus du front que le plus graud effort soit nécessaire du oôté des yeux et des paupières pour que le sujet regarde fixement l'objet.

Il ajoute qu'il faut faire entendre au patient qu'il doit tenir ses yeux constamment attachés à cet objet, et ne se laisser distraire par aucune pensée étrangère. Par suite de la convergence forcée des globes oculaires, il se produira d'abord une contrac­tion des pupilles, puis une dilatation considérable précédée de quelques oscillations. A ce moment, si l'on dirige les doigts un peu écartés de l’objet vers les yeux, les paupières se fermeront d'elles-mêmes avec un mouvement vibratoire.

A la Salpêtrière, ce procédé a été un peu modifié. Au lieu de tenir l'objet brillant à une distance plus ou moins grande des yeux, on le place entre les yeux mêmes, à la racine du nez. La convergence forcée est augmentée, la fatigue est plus prompte, et le sommeil plus rapide.

Certains modes d'excitation sensorielle, pourvu qu'ils soient faibles, monotones et suffisamment répétés, ont aussi une influence très active dans la production de l’hypnose. C'est à Heidenhain surtout que l’on doit l'étude de ces divers moyens. La répétition des passes magnétiques devant les yeux a pour effet de déterminer une excitation de la rétine de la nature de celle dont nous parlons, et c'est ainsi que se produit le sommeil dans les expé­riences des magnétiseurs

M. Ch. Richet se sert précisément, dans ses expé­riences, du procédé des passes. Il fait asseoir le sujet, prend ses pouces dans chacune de ses mains, et les lui serre assez fortement pendant quelques minutes. Cette manœuvre produit déjà, en général, un certain engourdissement de membres supé­rieurs. Puis il fait des passes, ou mouvements uni­formes exécutés avec les mains étendues, sur la tête, le front, les épaules et surtout les paupières.

Une impression auditive faible et monotone, lais­sant l'esprit du sujet indifférent, et suffisamment prolongée, détermine facilement l'hypnose. Trois étudiants, placés par Heidenhain au bord d'une table où se trouvait une montre dont ils devaient écouter le tic-tac les yeux fermés, s'endormirent au bout de deux minutes.

Les impressions tactiles faibles, un grattement de certaines régions du corps, de légères percus­sions sur d'autres, sont également somnifères, mais il s'agit de trouver la zone hypnogène qui peut varier selon les individus. Chez les hystériques, l'excitation des zones hystérogènes et érogènes dé­termine parfois des accès de somnambulisme. C'est ce qui arriva chez une malade du Dr Taguet (de Bordeaux) dont nous parlerons plus en détail dans une autre partie de ce travail : la compression de l'ovaire déterminait un état léthargique d'où on la faisait passer en somnambulisme par l'excitation des téguments de l'oreille.

Un des moyens les plus communément employés actuellement pour provoquer le somnambulisme chez les hystériques, consiste dans une légère pres­sion ou friction du vertex. Ce procédé a été trouvé

en 1878 par P. Richer (1). La malade doit être préa­lablement plongée en léthargie par un procédé quelconque, la fixation du regard par exemple, si on exerce alors une pression sur le sommet de la tête, il se produit quelques mouvements convulsifs, un peu d'écume aux lèvres et un état de rigidité générale ; la malade est alors en somnambulisme et peut se montrer sensible aux suggestions.

Un aimant plus ou moins puissant, approché, même à leur insu, de certaines hystériques, déter­mine le sommeil léthargique. On doit un cas de ce genre à M.Landouzy. M. Chambard en cite plu­sieurs autres (2).

M. Ochorowicz a même prétendu faire de cet ageut un critérium de la sensibilité à l'hypnotisme. En plaçant le doigt indicateur du sujet entre les deux pôles de l'aimant, on constate au bout de quel­ques minutes si quelque action s'est produite.

L'instrument à l'aide duquel M. Ochorowicz fait ses expériences est un aimant ayant la forme d'un cylindre fendu longitudinalement d'un côté; les bords de la fente forment les deux pôles de l'aimant et sont recouverts par l'armure. Ce cylindre a 5 ou 6 centimètres de long sur 3 ou 4 centimètres de dia­mètre et pèse de 150 à 200 grammes; c'est un aimant très puissant, car il peut soutenir des objets ayant vingt-cinq fois son poids. La figure 7 représente l'ai­mant avec (B) et sans son armature (A) et la figure 8 donne une idée de la façon dont on l'applique sur le doigt du sujet en expérimentation. Les deux bords de la fente, après l'éloignement de l'armure, appuient sur la face palmaire.

Sur cent personnes soumises à l'expérience de M. Ochorowicz, soixante-dix ne ressentirent rien de particulier en mettant le cylindre magnétique sur leur doigt; mais, par contre, les trente autres pré­sentèrent des phénomènes d'ordre subjectif où ob­jectif (1). Tout sujet qui se montre sensible à ce moyen serait hypnotisable ; tous les autres ne le seraient pas.
Ce mode d'essai, qui serait des plus commodes, demande encore confirmation (2).
Des excitations sensorielles intenses et subites produisent également le sommeil nerveux mais plus particulièrement certaine phase de ce sommeil, la phase cataleptique. Le bruit soudain d'un gong, le son d'un grand diapason fait tomber instantané­ment en catalepsie une malade assise sur la caisse de l'instrument. L'arrêt subit des vibrations fait passer le sujet de la phase cataleptique à la phase léthargique. Des effets identiques sont produits par l'éclat soudain d'une lumière oxhydrique ou élec-trique, par l'explosion d'un paquet de fulmi-coton enflammé, par l'étincelle électrique.
Un jour, racontent MM. Bourneville et Regnard, une de nos malades, jouant avec un tam-tam qui se trouvait au laboratoire, le laissa tomber et demeura en catalepsie; c'est en ne l'entendant plus remuer qu'un des assistants alla la chercher et la trouva immobile, fixe et dormant.
M. Richer (1) rapporte une scène amusante dont il fut témoin pendant ses recherches sur l’hypnotisme faites à la Salpêtrière.
Une hystérique était soupçonnée de voler les photogra­phies du laboratoire, mais elle s'en défendait avec indigna­tion. Un matin, M. Richer, qui venait de faire des expé­riences sur d'autres malades, aperçoit la voleuse la main dans le tiroir aux photographies. Il s'approche, elle ne bouge pas. Le bruit du gong percuté dans la salie voisine l'avait frappée de catalepsie, au moment même où elle commettait son larcin.

(1) Bourneviâle et Regnard, Iconographie photographique de la Salpétriere, et Progrès médical, 1881, p. 238.
(1) Richer. Étude critiques sur la grande hystérie, 2° édition, Paris, 1883.
(2) Dict. encyclop. des sc. méd., 3° série, t. I, p. 361.
(1) Science et nature, 22 août 1885 (n° 9l).
(2) Société de Biologie, 17 mai 1884.
(1) P. Richer, loc. cit., p. 778.

IV

Il existe tout un ordre d'agents hypnogéniques que l'on peut appeler psychiques.

On sait que certaines émotions violentes comme la frayeur, par exemple, amènent parfois, en dehors de toute expérimentation hypnotique, la catalepsie ou la léthargie. Les auteurs rapportent de nombreux exemples de ces accidents produits par la foudre (2). M. Dumontpallier a communiqué à la Société de Biologie le cas d'une malade de son service que la frayeur avait plongée en léthargie.

Elle était dans un état nerveux très analogue à la phase léthargique de l'hypnotisme expérimental. On constatait chez elle le phénomène de l'hyperexcitabilité musculaire, mais l'activité du sens de l'ouïe était conservée, ainsi que la mémoire. Réveillée par la seule action du regard sur ses paupières abaissées, elle put rendre compte de ses impres­sions, de son complet anéantissement et de son impuissance à entrer en communication avec le monde extérieur pen­dant sa période de mort apparente (1).

Mais l’action hypnogénique d'une impression mo­rale vive et inattendue ne peut guère, on le com­prend, être utilisée à titre de procédé expérimental.

Nous avons déjà à plusieurs reprises signalé l'in­sistance qu'apportent les expérimentateurs à récla­mer de leurs sujets une concentration obstinée de leur attention sur l’idée du sommeil. Ce n'est pas sans un puissant motif qu'ils insistent sur ce point; c'est qu'à elle seule, cette concentration de la pen­sée suffit pour isoler le sujet du monde extérieur et placer le cerveau dans un état tel qu'il reste fermé aux excitations sensorielles et par conséquent dans les conditions les plus favorables à la production du sommeil. L'état psychique de l'homme plongé dans une méditation profonde n'est pas sans analogie avec le début du sommeil hypnotique ; on en peut aussi rapprocher l'extase que déterminait chez nombre de religieux et religieuses des époques ferventes, la contemplation intérieure. L'attention expectante, c'est-à-dire l'attente d'un phénomène, la croyance en sa production prochaine – dans le cas actuel l’attente du sommeil hypnotique – suffit pour le provoquer chez certains sujets. L’idée seule qu’ils seront hypnotisés amène le sommeil chez ceux qui sont entraînés par la répétition des expériences, ceux surtout qui ont foi en la puissance de l’opérateur et se sentent incapables de se soustraire à son influence. Voici quelques exemples empruntés à MM. Bourneville et Regnard.
Une malade de la Salpêtrière, persuadée que l’un de nous avait sur elle un pouvoir particulier, tombait hypnotisée, quelque fût l’endroit où elle le rencontrait. Un jour qu’en plaisantant on lui avait fait croire qu’elle serait subitement endormie, par la volonté, au millieu d’une cérémonie publique, elle préféra ne pas se rendre à cette cérémonie, tant elle était persuadée que la chose était immanquable.
Une autre fois, nous disions à une malade que, de chez nous, nous l’endormirions à trois heures du soir. Dix minutes après, nous avions oublié cette plaisanterie. Le lendemain, nous apprenions qu’à trois heures la malade s’était endormi.
Hendenhain annonce à un étudiant que le soir du même jour, à quatre heures, il serait magnetisé à distance; à l’heure dite, il s’endormit.
Ce sont des exemples de ce genre qui ont tant excité l’enthousiasme des magnétiseurs et leur ont fait croire qu’ils étaient doués d’un pouvoir mystérieux irrésistible. Les auteurs que nous venons de citer ont répété tous leur prodiges en affirmant simplement leur puissance magnétique. A un sujet, ils offraient une tasse d’eau prétendue magnetisée, et il s’endormait aussitôt après l’avoir bue. A d’autres, ils faisaient croire que tous les boutons de portes étaient magnétisés et qu'ils ne pourraient y toucher sans tomber dans le sommeil hypnotique, et tout se passait suivant le programme annoncé (1).

Il y a enfin toute une catégorie de sujets qui se rapprochent de ceux dont nous venons de parler et que l'on pourrait désigner sous le nom d’hypnotisés par persuasion. Ce sont ceux, et ils seraient nom­breux, d'après le professeur Bernheim, chez qui, par simple suggestion, on peut produire le sommeil. Dans les premières épreuves, l'opérateur leur fait fixer un objet, ses doigts ou ses yeux, pendant qu'il leur insinue, par des paroles convenables, l'idée du sommeil : « Vous allez sentir une lourdeur dans les paupièies, une fatigue dans vos yeux; vos yeux cli­gnotent ; ils vont se mouiller, la vue devient con­fuse; les yeux se ferment. » Quelques sujets fer-ment les yeux et dorment immédiatement. Chez d'autres, il faut insister davantage, multiplier les suggestions : « Vos paupières sont collées, vous ne pouvez plus les ouvrir ; le besoin de dormir devient de plus en plus profond; vous ne pouvez plus résis­ter. » L'expérimentateur ajoute, sur un ton tantôt impérieux, tantôt doux, suivant les sujets : « dor­mez ! » et le patient se met à dormir. Beaucoup de sujets se trouvent influencés dès la première séance, d'autres au bout de quelques séances seulement. Puis l'entraînement marche rapidement, et bientôt il suffit en les regardant d'étendre les doigts devant leurs yeux et de prononcer l'injonction : « dormez! » pour que le sommeil se produise instantanément, au bout de quelques secondes (1).

Ce procédé diffère peu de celui qu'employait l'abbé Faria, qui se contentait de donner impérati­vement l'ordre de dormir aux sujets qui se sou­mettaient à ses expériences.

Notons cependant que l'intervention de l'imagi­nation n'est pas nécessaire pour amener le som­nambulisme, puisqu'on peut le produire pendant le sommeil ordinaire. Berger, que nous citons d'après M. P. Richer (2), employait, pour déterminer ce ré­sultat, l'imposition des mains: il approchait ses mains chaudes de la tête du sujet endormi : au bout de quelques minutes, le sommeil naturel était changé en sommeil somnambulique. Cependant, il n'y avait là aucun agent particulier autre que la cha-

leur, puisque, à l'aide de plaques convenablement chauffées, Berger obtenait le même résultat.

(2) Voyez Sestier, De la foudre, Paris, 1866.
(l) Comptes rendus de la Société de Biologie, 3 juin 1882.
(1) Un ancien président de la Société du mesmérisme, M. Morin, a du reste reconnu l'inanité des prétentions de ses collègues à ce point de vue. Il a maintes fois constaté qu'il suffisait de faire croire à une somnambule que son endormeur l'actionnait à distance pour qu'elle tombât aussitôt en somnambulisme. Par contre, si, le sujet ne s'y attendant pas, le magnétiseur dans une pièce voisine se livrait à ses gesticulations habituelles et s'effor­çait de lancer des torrents de fluide dans sa direction, aucun effet n'était produit. « On voit donc, dit l'auteur, que quand l’imagination fait défaut, l'action magnétique est nulle; cette action est donc imaginaire. « Il raconte en outre les expériences que fit la Société en question pour vérifier l'action magnétique à distance, et qui échouèrent complètement. Il déclare avoir eu connaissance de nombreux autres essais du même genre, qui tous donnèrent également des résultats négatifs. Les magnéti­seurs promettent toujours des expériences probantes, mais ces faits, qui triompheraient sans doute d'une incrédulité opiniâtre, n'arrivent jamais. « Ils se contentent d'attaquer les savants, de tonner contre l'incrédulité, à l'exemple des prédicateurs, et ils ne sont pas plus empressés que ces derniers de satisfaire les légitimes exigences de la raison. » (A.-S. Morin, Du magnétisme et des sciences occultes, Paris, 1860.)
(1) Bernheim, loc. cit.; voyez aussi Beaunis, Le somnambulisme provoqué, Paris, 1886.
(2) P. Richer, loc. cit.

V

Après les hypnotisés par persuasion, nous pour­rions ranger, pour clore la série, les hypnotisés, par erreur ou par surprise. Nous faisons allusion à cer­tains faits d'autohypnotisation dans lesquels le som­meil nerveux n'est pas recherché et provoqué par le sujet lui-même, comme chez les fakirs de l'Inde ou les moines omphalopsychiens du mont Athos, mais est produit à son insu et contre sa volonté. Braid raconte à ce sujet une anecdote amusante.

Un jour se présente chez lui une personne qui désirait être endormie. Étant occupé en ce moment, il la confia à M. Walker, son ami, qui était présent et qui se chargea de l'hypnotiser. Peu de temps après, Braid, qui était entré dans la chambre, vit le gentleman assis, fixant les yeux sur le doigt de M. Walker qui, lui, se tenait debout et ne quit­tait pas du regard les yeux de son sujet. Quel fut son étonnement quand, s'étant approché, il constata que M. Walker était profondément endormi, son bras et son doigt dans un état de rigidité cataleptiforme, tandis que le gentleman qu'il avait voulu endormir était complètement éveillé.

Voici un autre fait curieux emprunté à M. Dumontpalier :
Une hystérique de son service, en se coiffant devant un miroir, tomba subitement en catalepsie. Elle était restée immobile, les yeux à demi-ouverts fixés sur le miroir, tan­dis que ses bras, conservant l'attitude qu'ils avaient au mo­ment de l'invasion du sommeil cataleptique, étaient élevés au-dessus dé la tête, dans l'attitude, d'une femme qui ac-commode sa chevelure. L'observateur ajoute que, pour la réveiller, il lui suffit de fixer pendant quelques instants son regard sur le miroir dans l'image des yeux de la ma­lade (1).
Nous devons à M. Azam (2) des exemples ana­logues :
M. Baillarger a cité devant moi, à la Société médico-psychologique, une jeune fille qui tombait en catalepsie en se regardant à la glace.
Je pourrais nommer un pasteur éminent de l'Eglise ré­formée qui s'endort à volonté pendant une demi-heure en fermant les yeux et en convuisant les globes oculaires en haut et en dedant.
De même, M. Bouchut (3) a observé dans son ser­vice, une petite fille de dix ans qui tombait en som­nambulisme avec des symptômes cataleptiques chaque fois qu'elle travaillait à des boutonnières, ouvrage difficile qui exige une certaine attention et une grande fixité du regard.
(1) Dumontpallier, Comptes rendus de la Société de Biologie, 18 mars 1882.
(2) Azam, Annales médico-psychologiques, 1876, t. II, p. 14.
(3) Bouchut, Traité pratique des maladies des nouveau-nés et de la seconde enfance, 8° édition, Paris, 1885, p. 273.

VI

En résumé, nous voyons qu'il existe des procédés presque indéfiniment variés de produire le som­meil hypnotique, soit qu'on puise dans le domaine des agents psychiques, soit dans celui des agents sensoriels ou physiques ou même mécaniques.

Parmi ces derniers nous devons citer outre la convergence forcée du regard et la compression légère des globes oculaires, dont nous avons parlé, l'abaissement progressif des paupières sur les, yeux suivant la pratique du professeur Bernheim; enfin l'ébranlement de la masse encéphalique par une secousse brusque imprimée à la tête, procédé em­ployé par le magnétiseur danois Hansen, et qui ne semble pas avoir été toujours du goût de ses sujets d'expériences.

Chaque opérateur choisira dans cet arsenal les procédés qui lui sembleront les plus efficaces ; il les associera, les variera, suivant les sujets; un peu aussi suivant la couleur de son esprit, et ne tardera pas à se rendre maître de quelques-uns.

Tous les hypnotisés sont loin de se ressembler ; il existe parmi eux de nombreuses catégories : le procédé qui endormira une hystérique échouera complètement sur un individu bien portant. Celui qui amènera rapidement le sommeil chez un sujet entraîné par des expériences précédentes, sera absolument sans effet sur la personne qui se sou­mettra pour la première fois à l'épreuve magné­tique .

La méthode que l'on recommande d'employer au début, celle qui occasionne le moins de déception est encore la méthode de Braid. Malheureusement elle n'est pas toujours applicable. Chez les aliénés, par exemple, où il y aurait un intérêt si puissant à produire le sommeil hypnotique, il est presque im­possible d'obtenir la fixité du regard. Il est bien plus impossible encore de fixer l'attention.

L'action exercée sur le système nerveux par les différentes manœuvres hypnotiques étant selon toute probabilité une action inhibitoire ou d'arrêt (1), on s'explique facilement et l'action diverse des agents employés, et i'impressionnabilité variable des per­sonnes qui y sont soumises. Chez les uns, rien ne peut mettre en jeu cette action d'arrêt; chez la plu­part, elle ne peut être excitée qu'à un degré très léger. Chez quelques-uns plus particulièrement pré­disposés, elle est relativement facile à provoquer. Ces derniers, d'habitude, montrent une tendance de plus en plus grande à tomber dans le sommeil hyp­notique à mesure que les expériences sont plus répétées. En dernier lieu, l'influence la plus insi­gnifiante suffit pour amener le sommeil. Si, fait observer M. Ch. Richet (2), on endort plusieurs fois dans une même séance la même personne, en la réveillant successivement, on verra le sommeil sur­venir de plus en plus vite.

Un de ses sujets, magnétisé une première fois pendant vingt minutes, résiste à l'hypnose. Dans une séance sui­vante, il s'endort au bout de quinze minutes. Réveillé, il est endormi de nouveau au bout de deux minutes, puis instan­tanément.

Une femme qu'il hypnotisait à l'hôpital Beaujon était devenue tellement sensible qu'elle s'endormait aussitôt qu'il entrait dans la salle; au début, cependant, le sommeil n'était provoqué que difficilement et la première tentative avait échoué complètement.

Nous avons vu précédemment avec quelle facilité s'endorment les sujets observés à la Salpêtrière et à la Pitié, évidemment en raison de l'entraînement qu'a subi leur système nerveux par suite de la ré-pétition des expériences. L'éducation au somnam­bulisme est donc un fait acquis : nous en verrons des preuves de plus en plus convaincantes au fur et à mesure que nous avancerons dans cette étude.

Un fait assez remarquable, c'est que les symptô­mes précurseurs du sommeil hypnotique semblent varier non seulement selon les sujets, mais aussi suivant le procédé hypnogénique employé.

Le procédé des passes détermine une sorte de tor­peur, de fatigue générale et d'impuissance ; la phy­sionomie devient inerte ; bien qu'il n'y ait pas de modification marquée dans le rythme de la respira­tion, le patient éprouve un sentiment d'oppression.

La fixation du regard sur un objet brillant pro­duit la congestion des yeux, le larmoiement, des éblouissements et un trouble de plus en plus grand de la vision (1).

Les impressions monotones répétées amènent un engourdissement très semblable à celui qui précède le sommeil naturel.

Les impressions violentes et subites déterminent l'état cataleptique de préférence à toute autre phase du sommeil hypnotique.

D'une façon générale, les moyens doux produi­sent le somnambulisme; les violents la catalepsie. Mais nous ne voulons pas insister actuellement sur ce sujet, sur lequel nous serons obligé de revenir au fur et à mesure que nous aurons à relater les expériences des divers observateurs qui ont étudié l'hypnotisme dans ces dernières années.

(1) Voyez plus loin, chapitre IX.
(2) Ch. Richet, loc. cit.
(1) Richer, loc. cit.

VII

Un mot pour terminer sur les procédés par les­quels on peut provoquer, chez les animaux, certaines manifestations de nature hypnotique. Quelques ani­maux sont bien manifestement susceptibles d'être influencés de diverses manières.

Tout le monde connaît la fascination qu'exercent les reptiles sur les crapauds, les grenouilles et quel­ques oiseaux; celle des grands oiseaux sur leur proie ; celle du chien de chasse sur le gibier qu'il tient en arrêt. On raconte des charmeurs de serpents d'Orient, des choses étonnantes (1).

M. Azam a vu, dans les foires du midi, des bate­leurs charmer des coqs en leur plaçant le bec sur une planche, et en traçant une ligne noire sur le prolongement de la crête. Au bout de quelques ins­tants, le coq tombe en catalepsie et reste dans l'atti­tude où on l'a mis (2).

En 1646, le Père Kir cher faisait connaître un moyen analogue de rendre les poules cataleptiques. On leur lie les pattes, on les pose sur le sol, et quand après s'être débattues en vain, elles entrent de guerre lasse dans une immobilité complète, il suffit de tirer sur le sol avec de la craie une ligne droite qui parte de l'œil de l'oiseau. On peut ensuite le délier, il sera incapable de sortir de son immobilité.

Czermak a obtenu les mêmes résultats sur d'au­tres petits animaux, notamment sur des écrivisses.

D’aprés Preyer (l) des écrevisses, des grenouilles, des cochons d'Inde, peuvent être hypnotisés de dif­férentes façons. D'après de nombreusess hypnotisations d'animaux, il est arrivé à cette conclusion que, par des excitations périphériques, on peut mettre en action le pouvoir d'inhibition des centres nerveux supérieurs; l'état produit est tantôt une sorte de paralysie due à la frayeur, à l'épouvante ; tantôt une sorte de stupeur. Le premier état succède à l'emploi de moyens brusques et violents, le second à des excitations périphériques, faibles mais prolongées et uniformes.

Si l'on saisit un cochon d'Inde en le maintenant de force immobile, le ventre en l'air, au bout d'une ou de deux minutes, il restera inerte et stupide; on peut faire la même expérience avec un coq ou un lapin. Les excitations sensorielles restent sans effet pour tirer l'animal de son engourdissement. Les très jeunes sujets et les vieux sont complètement réfractaires à l'hypnotisme.

On peut hypnotiser des grenouilles de la manière suivante, d'après M. Ch. Richet et M. Heubel.

On prend une grenouille vigoureuse et agile, on la tient pendant deux minutes entre Je pouce placé sur le ventre et les quatre autres doigts appliqués sur le dos. La grenouille s'agite, puis finit par rester immobile : si alors on la place sur une table le ventre en l'air, elle reste un quart d'heure, une heure et plus dans cette position inusitée.

Il est probable, dit M. Charles Richer, que, sous l'influence des excitations périphériques, les parties du cerveau qui président à l'arrêt des actions réflexes et volontaires en-trent en jeu et paralysent les parties sous-jacentes de la moelle épinière (1).

On attribue à des effets hypnotiques la facilité qu'ont certains dompteurs à dresser les chevaux. M. Netter (2) explique en quoi consiste la méthode du célèbre Rarey, qui après être resté quelques temps en tête à tête avec le cheval le plus rétif, reparaissait monté sur son dos, et exécutait des tours de manège qu'on ne peut obtenir ordinairement que de chevaux parfaitement dressés. Après être resté enfermé trois heures avec l'étalon Gruiser, l'un des animaux les plus vicieux qui aient jamais existé, il le rendit tellement souple qu’on pût le monter immédiatement; alors que depuis trois ans aucun palefrenier n'avait osé s'en approcher, même pour le pansage. Rarey procédait en concentrant le regard du cheval sur sa personne en produis ant, par la répétition incessante des mêmes paroles avec la même intonation flatteuse, une action monotone sur l'ouïe de l'animal, et en exerçant de douces fric­tions, sortes de passes magnétiques, sur son cou ou sur son nez. Cependant une objection se présente : comment des pratiques hypnotiques auraient-elles en une seule séance, le pouvoir de modifier radi­calement les dispositions vicieuses d'un animal ? M. Netter invoque l'opinion qui a cours en hippo­logie, d'après laquelle les chevaux n'auraient pas de moi.

Les animaux que Rarey a traités par des procédés rappe­lant l'hypnotisation, dit-il, ne sont pas revenus à un état de conscience et n'ont pas opposé de nouveau leur volonté contre les mouvements qu'on leur faisait exécuter, parce que ces bâtes n'ont jamais été des êtres conscients, et leurs précédentes violences n'ont été que des mouvements invo­lontaires, effets de fâcheuses dispositions natives.



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