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CHAPITRE II DE MESMER A BRAID

I. — Mesmer : Le fluide universel base de son système. — Pourquoi il l'appelle magnétisme animal. — Son emploi, puis son abandon de l'aimant. — Il n'a fait que ressusciter une doctrine en honneur dans les siècles précédents.

II. — Son séjour à Vienne ; il passe pour un imposteur. — Son arrivée à Paris; état des esprits à cette époque; il obtient un vif succès. — Ses pratiques : le baquet. — Effets magnétiques : les crises.

III. — Ses prosélytes: Deslon. — Le système repoussé par les sociétés sa­vantes. — Rapports de Bailly : Les effets magnétiques sont le produit de l'imagination ; leur danger pour les mœurs. — Mesmer enrichi se retire des affaires.

IV. — De Puysêgur : Il découvre le somnambulisme artificiel. —Simplification du système et des pratiques magnétiques.

V. — Les schismes. — La Révolution disperse les adeptes; ils reparaissent à partir de 1813; Deleuze, Faria, Bertrand, Georget, Du Potet, Foissac.

VI. — Examens du magnétisme par l'Académie de médecine: Rapport favorable de Husson; rapport contraire de Dubois. — Le prix Burdin: Les somnambules lucides dévoilées. — Complet discrédit du magné­tisme animal.

I

Au moment même où le thaumaturge Gassner, ce prêtre d'une petite paroisse de Souabe dont nous avons parlé, attirant à lui la foule des malades et des infirmes, multipliait les exorcismes, et faisait pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien de l'humanité, reculer le diable et la maladie, son œuvre ; Antoine Mesmer, docteur en médecine de la Faculté de Vienne, son compatriote, presque son émule, inventait une panacée destinée à supprimer, elle aussi, la maladie de la surface du globe, et jetait les fondements de la doctrine du magnétisme animal.
La base du système de Mesmer, c'est l'existence d'un fluide universel, régi par des lois mécaniques inconnues, animé de mouvements plus ou moins généraux et compliqués, comparables à un flux et à un reflux, et établissant « une influence mutuelle entre les corps célestes, la terre et les corps ani­més ».
Ce fluide impondérable, répandu partout, suscep­tible de recevoir, propager et communiquer toutes les impressions de mouvement, fait sentir son action alternative sur les êtres vivants en s'insinuant dans la substance des nerfs. Dans le corps humain, en particulier, il se manifeste par des propriétés ana­logues à celles de l'aimant :
On y distingue des pôles également divers et opposés, qui peuvent être communiqués, changés, détruits et ren­forcés (1).
Il explique ainsi les raisons qui l'ont conduit à qualifier sa prétendue découverte du nom que l'on sait.
La propriété du corps animal qui le rend susceptible de l'influence des corps célestes, et de l'action réciproque de ceux qui l'environnent, manifestée par son analogie avec l'aimant, m'a déterminé à la nommer magnétisme animal.

A travers ces élucubrations si peu limpides, on sent je ne sais quelle équivoque. Il n'y a, explique Mesmer, qu'une simple analogie entre les propriétés magnétiques de l'aimant et celles du fluide univer­sel; le mot de magnétisme animal n'est qu'une expression métaphorique ; et pourtant il a beau dire que l'action que peuvent produire sur les maladies l'aimant et l'électricité ne s'exerce que par l'action du magnétisme animal; il a beau faire de ces agents les très humbles serviteurs de son fameux fluide, on devine que cette distinction n'est pas très nette dans son esprit, et qu'il y a autant d'embarras dans sa pensée que dans sa façon de l'exprimer. La raison en est simple. Avant de jouer du fluide universel, Mesmer avait commencé, comme la plupart des pra­ticiens de son temps, par faire usage pour la cure des maladies de l'aimant et des plaques aimantées. Quelques succès obtenus en collaboration avec le Père jésuite Hell, physicien distingué, l'avaient encouragé. On trouve à ce sujet, dans son premier Mémoire, l'observation suivante dans laquelle il s'agit d'une affection convulsive de nature hysté­rique :

La malade ayant éprouvé un renouvellement de ses accès ordinaires, je lui fis l'application sur l'estomac et aux deux jambes de trois pièces aimantées. Il en résultait, peu de temps après, des sensations extraordinaires ; elle éprouvait intérieurement des courants douloureux d'une manière sub­tile, qui, après différents efforts pour prendre leur direc­tion, se déterminèrent vers la partie inférieure, et firent cesser pendant six heures tous les symptômes de l'accès. L'état de la malade m'ayant mis le lendemain dans le cas de renouveler la même épreuve, j'en obtins le même succès.

Mais soit par jalousie contre le Père Hell, qui se permit de guérir sans lui des malades par l'aimant, et qu'il accusa de vouloir lui voler sa découverte; soit qu'il crût réellement, à la suite des physiciens d'une autre époque, que l'action des aimants n'était qu'une manifestation du fluide universel, il ne tarda pas à abandonner complètement l'usage des arma­tures magnétiques, et d'une électrothérapie positive passa peu à peu à une magnétothérapie de charlatan et de jongleur. Ce ne furent pas seulement les ten­dances mystiques de sa nature, mais surtout ses appétits extraordinaires de bruit, de renommée et de richesses qui le poussèrent à ressusciter les idées scientifiques des siècles passés, abandonnées par tous les savants de son époque.

Le principe, en effet, sur lequel Mesmer a échafaudé son système n'est qu'une relique surannée des cosmogonies antiques. L'influence des corps célestes sur les créatures humaines servait déjà de base à l'astrologie inventée par les Chaldéens, et cette vieille conception mystique, après s'être perpétuée à travers des milliers de générations, avait au seuil même du monde moderne jeté l'éclat suprême d'un flambeau près de s'éteindre à jamais.

Au xv° siècle, Paracelse, qui révolutionna la mé­decine de son temps, professait que la force vitale dérivait des astres, ce qui le conduisit à affirmer l'existence d'un fluide sympathique entre les mondes célestes et les créatures vivantes. Il prétendait que l'homme est doué d'un double magnétisme, l'un pour ses facultés intellectuelles et morales, l’autre pour ses fonctions organiques : le premier venait des astres, l'autre des éléments matériels. Il avait soutenu la théorie des pôles, qu'on retrouve chez Mesmer. Il croyait à la vertu des substances magné­tisées et conseillait l'emploi de talismans et d'on­guents magnétiques.

Un peu avant lui, Ficin et Pomponace admettaient que certains hommes sont doués de propriétés puis­santes dont le pouvoir peut s'exercer non seulement sur leur propre corps, mais sur ce lui de leurs semblables.

Agrippa de Nettesheim prétendait que tous les corps de l'univers sont liés par des sympathies ou des antipathies naturelles.

Jérôme Cardan soutenait que le soleil est en har­monie avec le cœur et l'air, la lune avec les humeurs et l'eau.

L'étude du magnétisme minéral donna une grande impulsion à ces idées, et quand le physicien anglais Gilbert eut publié son livre : « Du magnétisme », on crut reconnaître dans cet agent le principe universel de toutes choses.

Au xvie siècle, Goclenius écrivait un traité de sa cure magnétique des plaies.

Van Helmont, son élève, professa les mêmes idées, publia un livre sur le même sujet, et défendit avec génie la cause de la médecine magnétique.

En Angleterre, Robert Fludd (1638) soutint avec éclat la doctrine du magnétisme dont il admettait de nombreuses catégories, positives, négatives, spi­rituelles, corporelles.

Le jésuite Kircher, savant physicien, tout en con­damnant la médecine magnétique de son époque (1)

ce Christophe Colomb du magnétisme, comme l'appellent ses partisans, n'en fut pas même l'Améric-Vespuce : Il n'a rien découvert, rien inventé. La seule chose qui lui appartienne en propre, la première aussi que ses adeptes s'empressèrent de mettre de côté, c'est l'ensemble des pratiques qu'il mettait en œuvre dans l'application de son système, et dont nous allons bientôt nous occuper. Mais revenons d'abord sur les débuts du mesmérisme.

(1) Mesmer, Mémoires et aphorismes, Paris, 1846.
(1) Pour guérir les plaies avec l’onguent vulnéraire de Paracelse, il suffisait de se procurer du sang du blessé, d'en enduire un morceau de bois et d'en toucher l'onguent, qui de cette façon n'avait pas besoin d'être fréquemment renouvelé. Avec l'onguent des armes, les choses allaient plus simplement encore : On se contentait d'en oindre le fer qui avait fait la blessure qu'il s agis­sait de guérir.
Pour transplanter les maladies, il suffisait de faire avaler à un chien des excrétions ou des liquides morbides du malade, et le chien prenait sa maladie.
(1) L. Figuier, Histoire du merveilleux dans les temps modernes, t. III, p. 115. Wirdig, Nova medicina spirituum, Hamburg, 1673.

II

Mesmer commença par appliquer son système à Vienne en s'adressant aux maladies déclarées incu­rables. Bientôt il annonça des succès merveilleux qui furent accueillis dans le monde médical avec la plus grande incrédulité. Il fit devant les médecins des expériences dans lesquelles, s'attribuant une sorte de rôle surnaturel, il prétendait posséder seul et pouvoir communiquer à volonté aux profanes le fameux fluide curatif. Lui-même raconte (1) que Ingenhousz, membre de l'Académie royale de Londres, vint assister à ses expériences.

Je le fis, dit-il, approcher de la malade, dont je m'éloignai, en lui disant de la toucher. Elle ne fit aucun mouvement. Je le rappelai près de moi et lui communiquai le magnétisme animal en le prenant par les mains ; je le fis ensuite approcher de la malade, me tenant toujours éloigné, et'lui dis de la toucher une seconde fois ; il en résulta des mouvements convulsifs.

Un magnétiseur de foires de nos jours ne ferait ni mieux ni autrement. Pontife ou bouteille de Leyde, malgré les étonnantes cures dont il se vantait, Mesmer, de son propre aveu, fut considéré à Vienne comme un charlatan et invité par le doyen de la Faculté à mettre fin à ses supercheries (1).

En 1778, il vint à Paris. Il communiqua son sys­tème aux savants et aux médecins de cette ville.

Surpris, dit-il, de sa nature et de ses effets, ils m'en de­mandèrent l'explication. Je leur donnai mes assertions som­maires en dix-neuf articles. Elles leur parurent sans aucune relation avec les choses établies.

Là encore, Mesmer ne rencontra chez ses confrères qu'incrédulité et défiance. L'Académie des sciences, chargée en 1874 de faire l'examen du magnétisme animal, condamnait ce système comme inutile et vain, au point de vue de la guérison des maladies, et dangereux pour les personnes qui s'y soumettent.

Cependant, si de tout temps on voit les savants de profession quelque peu réfractaires aux théories nouvelles, il n'en est pas de même des dilettantes de la science, ni surtout du gros public, instinctive­ment crédule, esclave des besoins de son imagina­tion, naturellement avide des choses merveilleuses. Bien que Mesmer fût débarqué à Paris dans l'année et le mois mêmes où Voltaire, après vingt-deux ans d'exil, y revenait jouir de sa gloire, le scepticisme de la philosophie du siècle n'avait pas fait de tels ravages dans les esprits qu'ils ne fussent plus hantés par le souvenir de l'illuminisme de Swedenborg, des Rose-Croix, et des miracles accomplis sur le tombeau du diacre Paris. Il y avait là un héritage à prendre un moment psychologique à saisir. Le magnétisme animal s'en empara. Peut-être aussi est-il permis, à cette explication quelque peu philo­sophique du succès de la nouvelle doctrine, d'en ajouter une plus terre à terre et peut-être plus hu­maine, la mode. Il ne faut pas oublier qu'à son début, le magnétisme animal s'adressait aux ma­lades, et aux malades incurables. Le bruit s'étant répandu qu'on guérissait autour du baquet de Mes­mer, on s'y précipita, comme on se précipite au­jourd'hui chez le charlatan en vogue, ou à telle ou telle source en renom, qu'elle soit miraculeuse ou simplement chargée de principes salins. Comme aujourd'hui, il se trouva quelques médecins ou sa­vants de bonne foi pour attester au nom de la science la réalité des prodiges de la méthode nouvelle. Il n'en fallut peut-être pas davantage.

Les procédés employés par Mesmer étaient, d'ail­leurs, de nature à frapper l'imagination de la foule. Qu'on en juge.

On se met en opposition avec la personne que l'on veut magnétiser, c'est-à dire en face, de manière à opposer les pôles. On pose d'abord les mains sur ses épaules, puis on les fait descendre le long des bras, jusqu'à l'extrémité des doigts. On tient un moment les pouces du patient dans ses mains, puis on re­commence deux ou trois fois les mêmes passes en descendant le long des membres.

On s'efforcera de toucher surtout la partie malade et, comme c'est le ventre qui est le siège de presque toutes les maladies, on multipliera les attouche­ments de cette partie avec le pouce et l'indicateur, avec la paume de la main, ou avec un doigt seule­ment.

On peut toucher médiatement avec avantage à l'aide d'une petite baguette de forme conique. Après le verre qui est le meilleur conducteur, on emploie le fer, l'acier, l'or, l'argent. Si la baguette est ai­mantée, elle aura plus d'action. On magnétise en­core avec une canne, en ayant soin de remarquer que quand on touche avec un corps étranger, le pôle est changé, et qu'il faut alors toucher de droite à droite et de gauche à gauche.

On renforce l'action du magnétisme en multi­pliant les courants sur le malade; pour ce faire, on se sert utilement des arbres, des cordes, des fers, des chaînes, des fleurs préalablement magnétisés.

On magnétise un bain en plongeant sa canne dans l'eau et en l'agitant en ligne droite, pour y établir un courant.

Si le bassin est grand, on établira quatre points, qui se­ront les quatre points cardinaux; l’on tracera une ligne dans l'eau en suivant le bord du bassin de l'est au nord, et de l'ouest au même point; on répétera la même chose pour le sud.

Mais voici le grand jeu. Il consiste dans un ba­quet de bois, dont la grandeur est proportionnée au nombre des malades que l'on veut traiter. Dans l'in­térieur de ce baquet seront rangées en rayons con­vergents des bouteilles remplies d'eau, bouchées et magnétisées. On en met plusieurs rangs superpo­sés, puis on remplit la cuve avec de l'eau; on peut y ajouter de la limaille de fer, du verre pilé, du mâ­chefer et du sable. Des tringles partent du baquet; une corde y est attachée, les malades forment des chaînes en tenant cette corde, en supposant les pouces, et en s’approchant le plus qu'ils peuvent les uns des autres, de manière à se toucher les cuisses, les genoux, les pieds, et à ne former pour ainsi dire qu'un corps contigu dans lequel le fluide magné­tique circule continuellement.

Après le baquet hanal, vient le baquet de famille, qui est bien le comble de la commodité.

Mais n'insistons pas sur ce tissu d'extravagances. La méthode, grâce aux tringles conductrices du fluide, à la limaille de fer et au verre pilé, peut se résumer en deux mots : baguette magique et poudre aux yeux.

Et que résultait-il de ces pratiques cabalistiques que l'opérateur présidait majestueusement au son d'un piano-forte, jouant des airs en rémineur, quand il ne dédaignait pas de les accompagner lui-même en tirant de suaves accords de l'harmonica? Des bâillements, des pendiculations, des spasmes, des cris, des contorsions de tout genre, des attaques d'hystérie, chez les sujets privilégiés que touchait la grâce curative; et chez les autres, chez le plus grand nombre, rien, absolument rien.

Les femmes, comme toujours, comme encore au­jourd'hui sous l'influence des procédés hypnotiques, se montraient les plus sensibles aux pratiques mesmériques. La crise arrivée, on les conduisait dans l'enfer aux convulsions, chambre dont les parois matelassées amortissaient le choc des corps secoués par les spasmes hystériques, et dont le mystère permettait aux patientes de réparer sans témoin le dé­sordre de leur toilette. Non pas sans témoin, je me trompe : Mesmer y pénétrait, et seul, au milieu de ces véritables possédées,il leur prodiguait encore les secours du fluide déversé par sa baguette et son regard fascinateur. On vit des femmes se passion­ner pour ces exercices troublants. Au plaisir des dames ! telle était l'enseigne que l’une d'elles don­nait à la salle des crises. Pourtant, les mœurs de Mesmer n'ont pas été incriminées, mais l'Académie des sciences n'en considéra pas moins ses pratiques comme dangereuses pour la moralité publique.

(1) Mesmer, Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, Paris, 1779.
(1) Mesmer, Mémoires et aphorismes, p. 36.

III

Le succès de Mesmer fut immense, il fit des pro­sélytes jusque dans le sein de la Faculté de méde­cine de Paris où l'on compta bientôt trente docteurs magnétisants. Deslon, docteur régent de cette Fa­culté, embrasse avec enthousiasme sa doctrine, et de son collaborateur devient bientôt son rival. Une société d'adeptes, sous le nom de Société de l’Harmonie, se fonde à Paris et ne tarde pas à voir gros­sir le nombre de ses membres.

Cependant la nouvelle doctrine ne parvint pas à obtenir le droit de cité dans la science officielle. Dès son arrivée à Paris, Mesmer s'était mis en relations avec l'Académie des sciences, mais sans pouvoir s'entendre avec cette compagnie sur les conditions dans lesquelles il devait faire devant elle la preuve de son système. Plusieurs tentatives d'accommode­ment restèrent sans résultat. L'Académie voulait quelques garanties de la sincérité des expériences projetées, Mesmer voulait être cru sur parole: on rompit de part et d'autre.

Deslon, traduit devant la Faculté de médecine, fut violemment accusé d'avoir manqué à l'honneur et aux règlements professionnels ; en vain ehereha-t-il à justifier sa conduite et à défendre les proposi­tions de Mesmer; il fut frappé de suspension et me­nacé de radiation, s'il n'abandonnait pas le système.

Bientôt le gouvernement intervint dans cette querelle, et pour la vider, chargea la Société royale de médecine, qui fut plus tard l'Académie de méde­cine, de faire un rapport sur le magnétisme. Il dési­gna plusieurs membres de cette Société, parmi lesquels se trouvait Laurent de Jussieu ; il leur adjoi­gnit plusieurs membres de la Faculté et cinq membres de l'Académie des sciences, dont trois étaient des hommes illustres : Franklin, Lavoisier et Bailly. Deux rapports furent faits, l'un au nom de la Société royale, l'autre au nom de la Faculté et de l'Académie des sciences. Voici les conclusions de ce dernier, du à la plume de Bailly.

Les commissaires ayant reconnu que le fluide magné­tique animal ne peut être aperçu par aucun de nos sens; qu'il n'a eu aucune action ni sur eux-mêmes, ni sur les ma­lades qu'ils lui ont soumis ; s'étant assurés que les pressions et les attouchements occasionnent des changements rare­ment favorables dans l'économie animale, et des ébranle­ments toujours fâcheux dans l’imagination; ayant enfin démontré que l'imagination sans magnétisme produit des convulsions, et que le magnétisme sans imagination ne produit rien, ils ont conclu d'une voix unanime sur la ques­tion de l'existence et de l'utilité du magnétisme, que rien ne prouve l'existence du fluide magnétique animal; que ce fluide sans existence est par conséquent sans utilité; que les violents effets que l’on observe au traitement public appartiennent à l’attouchement, à l’imagination mise en action, et à cette imitation machinale qui nous porte malgré nous à répéter ce qui frappe nos sens…

A ce rapport qui devait être rendu public, en était joint un second,secret celui-là, qui dénoncait les pratiques mesmériennes commme dangereuses pour la moralité publique. L’auteur y faisait remarquer que les femmes on les nerfs mobiles, que leur imagination est vive et exaitée, qu’elles sont fortement disposées à l’imitation, et que lorsqu’une femme tombe en crise, les autres ne tardent pas à en faire autant. Beaucoup des femmes qui allaient au magnétisme n’étaient pas malades, elles s’y rendaient par oisiveté et par amusement: pouvait-on considérer commes innocentes des pratiques qui consistent à tenir le corps d’une femme entre ses genoux et à lui comprimer les ovaires en le regardant dans les yeux?

Le visage, dit le rapport, s’enflamme par degré; l’œil devient ardent, et c’est le signe par lequel la nature annonce le désir. On voit la femme baisser la tête, porter la main aux yeux et au front pour les couvrir; sa pudeur habituelle veille à son insu et lui inspire le soin de se cacher…

Il ajoutait encore quelques réflexions très énergiques sur la valeur curative du magnétisme:

Il n’y a point de guérison réelle, les traitements sont fort longs et infructueux. Il y a tel malade qui va au traitement depuis dix-huit mois ou deux ans sans aucun soulagement.

Telle était l’opinion de l’Académie des sciences sur le magnétisme. Il faut dire que les expériences tentées devant elles par Deslon avaient échoué mi-sérablement. Nous n'en rappelons qu'une, suffisam­ment caractéristique, à laquelle nous avons fait allusion dans le chapitre précédent. Elle eut lieu dans un jardin de Passy, en présence de Franklin. Deslon avait magnétisé un arbre de ce verger : un jeune homme, sensible au fluide, ne devait éprouver les phénomènes magnétiques qu'en l'embrassant. On le présenta successivement à quatre arbres non magnétisés : au premier, il suait à grosses gouttes; au troisième, il eut un fort mal de tête et des étourdissements; au quatrième, il tomba en convulsions. Il était à vingt-sept pieds de distance de l'abricotier magnétique.

Cinq jours après le rapport de Bailly parut celui de la Société royale. Quoique d'une forme moins brillante, il était tout aussi catégorique.

Nous pensons, disaient les commissaires, que le prétendu magnétisme animal est un système ancien, vanté dans le siècle précédent et tombé dans l'oubli ; que ce système est absolument dénué de preuves, que les effets produits par ce prétendu moyen de guérir sont tous dus à l'imitation et à l'imagination, qu'ils sont plutôt nuisibles qu'utiles, et qu'ils sont dangereux en ce qu'ils peuvent faire contracter à des personnes bien constituées une habitude spasmodique des plus fâcheuses pour la santé (1).

Malgré l'autorité de ces documents qui furent ré­pandus dans le public à quatre-vingt mille exem­plaires, Mesmer n'en continua pas moins à faire d'excellentes affaires, et lorsqu'en 1784, au moment où son crédit personnel commençait à déchoir, il quitta Paris pour vivre dans la retraite, il était pos­sesseur d'une opulente fortune.

En province, le magnétisme s'était répandu avec rapidité. A Strasbourg, Bordeaux et Lyon, se fondè­rent des sociétés sur le plan de l'Harmonie de Paris. Un grand nombre d'autres villes instituèrent des traitements magnétiques, et beaucoup de médecins se déclarèrent partisans de la nouvelle doctrine.

(1) Laurent de Jussieu refusa de signer le rapport adopté par ses confrères par la raison que pour lui, les causes auxquelles ils attribuaient le magnétisme n'étaient pas suffisantes pour ex­pliquer tous les phénomènes observés. Il lui paraissait néces­saire, pour les comprendre, d'invoquer l'intervention d'un fluide se portant de l'homme à son semblable; ce fluide n'était peut-être rien autre chose que la chaleur. Les mesméristes réclament de Jussieu comme l'un des leurs, mais il est permis de leur demander ce qu'a de commun la chaleur avec le fluide magné­tique, universel ou non.

IV
Cependant, ni Mesmer ni Deslon, ni leurs pre­miers disciples ne cherchèrent à étudier en eux-mêmes les phénomènes singuliers que leurs pra­tiques parvenaient à déterminer chez certaines personnes. En dehors des symptômes bizarres que nous avons signalés et qui peuvent se rattacher à l'hystérie, il s'en présentait d'autres qui furent re­connus plus tard et que l'on peut rapprocher de ceux que l'on détermine aujourd'hui par les pro­cédés hypnotiques. Les commissaires de l'Académie des sciences signalaient dans leur rapport qu'au lieu d'éprouver des convulsions, certains malades paraissaient, au contraire, plongés dans un repos profond; d'autres, par suite d'une sorte d'attraction sympathique, semblaient se chercher, se précipi-taient l'un vers l'autre en se souriant, en s'adressant des paroles d'affection et d'encouragement.
Ils ont beau être dans un état d'assoupissement apparent, la voix de l'opérateur, un regard, un signe, les en retire (1)...
Mmo M... a été plusieurs fois sur le point de s'endormir.
Une jeune fille de treize ans que Mesmer avait à son service, tombait, sous l'influence du magné­tisme, dans un état qui n'était autre que le somnam­bulisme. Dans cet état, elle agissait.
Comme pendant la veille; elle pouvait s'habiller, mar­cher, faire toutes sortes d'exercices à la manière des somnambules naturels. Si on lui présentait la pointe d'une ba- guette magnétisée, elle s'élançait dessus pour la saisir; elle était attirée par Mesmer comme le fer par l'aimant (2).
Ce fut le mariquis de Puységur, un des plus zélés partisans du mesmérisme, qui eut le mérite de découvrir le somnambulisme magnétique. Ne pouvant suffire à magnétiser personnellement tous les mala­des qu'attirait à sa terre de Buzancy, le grand renom qu'il s'était acquis, il magnétisa, à l'exemple du maître, un arbre séculaire sous les rameaux bienfaisants duquel tous ses patients pouvaient à la fois trouver place.
Un jour, il magnétisa un paysan alité pour une maladie aiguë. A son grand étonnement, il le vit tomber dans un sommeil paisible, puis se mettre à parler, à s'occuper de ses affaires. Puységur s'aper­çut qu'il pouvait à volonté diriger ses pensées, lui faire croire qu'il assistait à une fête, qu'il dansait, ou se livrait à des exercices d'adresse. Bientôt ces cas se multiplièrent entre les mains de l'opérateur, et au bout de quelques mois, il en comptait dix.

Je ne connais, écrivait-il avec enthousiasme, rien de plus profond et de plus clairvoyant que ce paysan quand il est en crise. J'en ai plusieurs qui approchent de son état, mais aucun ne l'égale.

On venait de très loin pour assister à ces scènes de somnambulisme et on s'en retournait émerveillé. Un curieux raconte que les malades en crise avaient un pouvoir surnaturel par lequel en touchant un malade qui leur était présenté, en portant la main même par-dessus ses vêtements, ils sentaient quel était le viscère affecté, la partie souffrante; ils le déclaraient et indiquaient à peu près les remèdes convenables. Ainsi prit naissance cette opinion que les personnes plongées dans le somnambulisme ont le don de voir à l'intérieur du corps, de découvrir et de guérir les maladies.

Dès ce moment, le magnétisme animal se trans­forme. Le ridicule appareil des mesméristes, le ba­quet, les chaînes, les baguettes magnétiques dispa­raissent comme un bric-à-brac encombrant et démodé. De Puységur crut avoir découvert le mé­canisme des procédés de Mesmer, en attribuant les effets produits à la puissance de sa volonté. « Croyez et veuillez. » Telle fut la devise de ses premiers écrits. Cependant, la théorie du fluide ne fut pas abandonnée pour cela; surtout lorsque les sujets d'expérience, plongés dans le somnambulisme ma­gnétique, eurent affirmé que non seulement ils sen­taient, mais encore qu'ils voyaient le fluide envi-ronner comme une auréole la personne du magnétiseur.

On sait aujourd'hui pourquoi ils voyaient ainsi leur magnétiseur dans une gloire, comme une divinité. C'était une idée suggérée. Comme on leur suggéra aussi la prétention dont nous venons de parler, de voir dans l'intérieur des corps et de dé­couvrir les maladies, et plus tard celle de lire dans le passé des gens, de pressentir les événements futurs, ils y crurent le plus docilement du monde, et voilà comment, sur le point d'échapper à l'empire du surnaturel, le magnétisme animal s'y plongea plus profondément que jamais pour le plus grand bonheur des mystiques et des imaginations exaltées.

(1) Rapport de Bailly.
(2) Figuier, loc. cit., p. 177.

V

Une fois Mesmer disparu dans sa retraite, des schismes nombreux se produisirent et plusieurs écoles magnétiques se formèrent.

A côté de la théorie orthodoxe du fluide, qui con­serva toujours la prééminence, se dressa la théorie spiritualiste du chevalier de Barbarin, qui préten­dait opérer des cures merveilleuses par les seules forces de l'âme, et par le moyen de la prière.

On vit aussi fleurir à Lyon la théorie de l'électri­cité animale, inventée par le DrPétetin à laquelle il attribuait la production des symptômes observés chez les personnes magnétisées. De Puységur avait découvert le somnambulisme, Pétetin découvrit la catalepsie ou plutôt les symptômes cataleptiformes.

Il signala chez plusieurs de ses malades le phéno­mène connu sous le nom de transposition des sens, dont la réalité, plus que problématique, aux yeux du plus grand nombre des hommes de science, est cependant acceptée encore aujourd'hui par quel­ques-uns.

La Révolution vint arrêter l'essor du magnétisme animal, et disperser toutes les Harmonies et tous les fidèles du fluide.

Mais dès 1815 on le voit renaître; un savant cons­ciencieux, partisan de la doctrine, Deleuze, pu­blia cette année même un livre qui fit honneur à sa prudence et à sa réserve, mais que de plus fougueux adeptes regardèrent comme une faiblesse et une hé­résie ; il y avait condensé tout ce qui avait été écrit à la fin du siècle dernier sur le magnétisme ani­mal (1).

En 1815, quelques adeptes échappés à la tour­mente révolutionnaire se retrouvèrent, entre autres le marquis de Puységur qui fonda à Paris une nou­velle société.

Mais les dissidences doctrinales persistèrent. A Paris, l'on vit un prêtre étranger, l'abbé Faria, pro­duire le somnambulisme par suggestion, et déter­miner à son gré chez les somnambuliques des illu­sions sensorielles analogues à celles qui sont aujourd'hui de pratique courante en hypnotisme (2). Son procédé consistait à engager le sujet soumis à ses expériences, a se recueillir et à fermer les yeux. Puis, d'une voix de commandement, il s'écriait:

« Dormez! » et l'état magnétique était produit. L'abbè Faria rejetait toutes les théories régnantes; il ne croyait ni au fluide, ni à la puissance de la vo­lonté, ni à l'efficacité de la prière des spiritualistes. Tout comme un hypnotiste de 1885, il proclamait la nature subjective des phénomènes magnétiques, plaçant la cause du sommeil lucide, ainsi qu'il dési­gnait le somnambulisme provoqué, dans le sujet lui-même. Faria tomba sous le ridicule.

Des hommes sérieux, des médecins, des savants, se livrèrent à leur tour à l'étude du magnétisme.

En 1810, le Dr A. Bertrand, ancien élève de l'École polytechnique, inaugura devant un nombreux auditoire un cours des plus brillants sur le magné­tisme et le somnambulisme. Quelques années plus tard, il publiait son Traité du somnambulisme, qui, suivant la remarque de Husson, fut le premier ou­vrage ex professo sur ce sujet.

Avant Bertrand, Georget avait fait connaître (1) ce qu'on savait alors sur le sommeil magnétique.

De nombreuses expériences furent entreprises à l'Hôtel-Dieu et à la Salpêtrière pour démontrer la réalité du sommeil somnambulique et des phéno­mènes qui l'accompagnent, tels que l'anesthésie. Récamier posa plusieurs moxas sans que les pa­tients endormis donnassent le moindre signe de douleur. Cloquet fit une amputation du sein pendant le sommeil magnétique. Chez Catherine Samson, somnambulisée par Du Potet, on put constater non seulement l'anesthésie, mais encore l'absence de perception pour toute excitation sensorielle pro-duite par d'autres que le magnétiseur: lui seul pou­vait entrer en communication avec elle et éveiller ses sens indifférents au monde extérieur. Ces expé­riences convainquirent un grand nombre de méde­cins de la réalité des phénomènes magnétiques.

(1) Deleuze, Histoire critique dumagnétisme animal, Paris, 1813. 3 vol. in-8.
(2) Voyez Beaunis, le Somnambulisme provoqué, Paris, 1886.
(1) Georget, De la physiologie du système nerveux, Paris, 1821, 2 vol. in-8.

VI

A la requête de Foissac, l'Académie de méde­cine nomma une Commission chargée de se livrer à un nouvel examen du magnétisme. Le rapport de la Commission fut favorable, trop favorable même (1) ; car l'Académie, surprise et comme déroutée par l'exposé de faits extraordinaires qu'il semblait im­possible de faire rentrer dans le cadre des connais­sances positives de l'époque, ne se prononça pas sur ce document, qu'aucune discussion ne suivit et qui alla s'enterrer dans les archives de la compagnie. Husson, médecin de l'Hôtel-Dieu, chargé de rédiger ce rapport, commence par établir les quatre proposi­tions suivantes :

1° Les effets du magnétisme sont nuls chez les personnes bien portantes et chez quelques malades ; 2° ils sont souvent peu marqués chez d'autres; 3° ils sont souvent le produit de l'ennui, de la monotonie, de l'imagination; 4° enfin, on les a vus se développer indépendamment de ces dernières causes, très probablement par l'effet du magnétisme seul.

C'était une adhésion formelle au magnétisme. Des plus réservés dans ses premières parties, le rapport finit par accepter comme démontrés par les expériences dont avait été témoin la Commission, non seulement le somnambulisme provoqué, mais encore les faits de clairvoyance, de vision intérieure et de prévision.

Un malade hémiplégique que les praticiens les plus distingués avaient vainement traité par des moyens rationnels, endormi par le Dr Foissac, se prescrit un traitement à lui-même qui, scrupuleu­sement suivi, amène une guérison complète, guérison qui survient au moment même prédit par le malade.

Un autre, atteint d'épilepsie (1), annonçait, étant en somnambulisme, le jour, l'heure, la minute même de ses accès, et ne put être pris en défaut. Un beau jour, il prédit qu'il deviendrait fou, pré­cisa l'époque, la durée de son délire, le traitement auquel il céderait, affirmait que cet accès serait suivi d'une guérison radicale. Il n'avait oublié de prédire qu'une chose, c'est que le lendemain il au­rait le crâne brisé dans un accident de voiture et qu'il mourrait de méningite avant l'accomplisse­ment de ses prédictions.

Chez une troisième somnambule, la Commission reconnut à trois reprises différentes la faculté de discourir sur les maladies des personnes qu'elle touchait, et d'indiquer les remèdes qu'il convenait d'y opposer. Elle portait les mêmes diagnostics que Dupuytren et faisait les mêmes prescriptions, sans cependant se priver d’y ajouter de son cru force sangsues,purgations, tisanes et lavements.

Ce rapport, comme nous l’avons dit, ne fut ni adopté, ni repoussé par l’Académie.

Six ans plus tard, en 1837, la question, qui passionnait plus que jamais le public, lui fut de nouveau soumise. Un jeune magnétiseur, le Dr Berna (1), lui écrivit pour lui proposer d’exécuter devant elle des expériences de magnétisme. Séance tenante la proposition fut acceptée, une Commission nomnée, et Dubois (d’Amiens) désigné pour remplir les fonctions de rapporteur.

Mais décidément, l’Académie jouait de malheur. Si Husson s’était montré un peu crédule, on ne put faire ce reproche à Dubois (2): Husson vit trop de choses, Dubois ne vit rien du tout. Il exécuta magnétiseurs et magnétisme, déclarant que l’état somnambulique lui-même n’était qu’illusion, ou peut-être quelque chose de moins avouable. Les conclusions du rapport de Dubois furent adoptées.

L’Académie en avait-elle fini avec le magnétisme? Pas encore. Quleques mois plus tard, un de ses membres, Burdin, montant à la tribune, rappelait que dans les rapports préséntes à l’Académie, il avait parlé d’éxperiences relatives à la transposition de la vue. Malgré ses convictions contraires, il venait offrir un prix d 3,000 francs à la personne qui aurait la faculté de lire sans le secours des yeux et de la lumière (1) :

Ma proposition, disait-il, placera la question sur un ter­rain bien limité, sans issue, sans subterfuges, dans le cer­cle de Popilius, pour ainsi dire.

L'Académie accepta ; une Commission fut nom­mée (2) et la durée du concours fixée à deux ans. Pendant cet intervalle, trois magnétiseurs seule­ment, les Drs Pigeaire, Hublier et Teste, répondi­rent à son appel.

Pigeaire, de Montpellier, avait une fille qui, plongée en somnambulisme, donnait des preuves d'une lucidité étonnante. Il l'amena à Paris et l'exhiba devant de nombreux personnages étrangers à la science, qui s'empressèrent d'attester sa clair­voyance. Avec un épais bandeau sur les yeux, elle lisait couramment et jouait aux cartes. Lorsque enfin après une longue période employée à étonner un public incompétent il se décida à la présenter à la Commission académique, il refusa toutes les , garanties exigées. La Commission suspectait avec raison le bandeau (3) et voulait y substituer une simple feuille de papier interposée entre le livre et les yeux de la somnambule. Pigeaire tint pour le bandeau; on ne put s'entendre (1).

Le Dr Hublier, de Provins, après s'être longtemps fait attendre, se décida à son tour à amener à Paris sa somnambule. Avant même qu'elle eût subi l'examen de la Commission académique, elle était con­vaincue de supercherie par le Dr Prappart. Hublier le reconnut loyalement et se retira avant toute expé­rience.

Cependant, un troisième magnétiseur, le Dr Teste (2), offrit de soumettre à l’examen de la Commission une somnambule qui avait la faculté de lire un écrit enfermé dans une boîte. L'échec fut complet, la somnambule ne put rien lire à travers la boîte pré­parée par la Commission.

En présence de ces résultats, l'Académie déclara que désormais elle s'abstiendrait de s'occuper du magnétisme animal, qui, dans l'esprit des hommes de science, tomba dans le plus profond discrédit.

Depuis quelques années, une vive réaction s'o­père, et de toutes parts l'étude du somnambulisme provoqué est à l'ordre du jour. A quand le qua­trième rapport de l'Académie ?

(1) Foissac, Rapports et discussions de l'Académie de médecine sur le magnétisme animal. Paris, 1832, 1 vol. in-8.
(1) Husson dit que les accès de ce malade duraient quatre mi­nutes. Cela suffit pour faire douter de l'exactitude du diagnostic: d'ailleurs la description ultérieure d'un de ces accès prouve avec évidence qu'il s'agissait de manifestations hystéro-épileptiques.
(1) Berna, Bull. de l’Acad. de médecine, 14 février 1837, t. I, p. 402.
(2) Dubois (d’Amiens), Rapport sur le magnétisme (Bull. de l’Acad. de méd., 1837, t.I, p.957.)
(1) Burdin, Bull, de VAcad. de méd., 1837, t. II, p. 19.
(2) Bull. de l’Acad. de méd.,Paris, 1837, t. Il, p. 41.
(3) Il a été maintes et maintes fois démontré qu'un bandeau de quelque genre qu'il soit, posé sur les yeux, finit par se dépla­cer et permettre la filtration de quelques rayons lumineux jus­qu'à l'œil. Qu'on ajoute que les somnambules sont douées parfois; d'une hyperacuité sensorielle considérable, et qu'un intervalle de plusieurs heures s'écoulait souvent avant qu'elles pussent ma­nifester leur clairvoyance, et l'on comprendra les réserves de l'Académie.
(1) Voy. Gerardin, Rapport de la Commission du magnétisme {Bull. de l’Acad. de méd., 1838, t. II, p. 962.)
(2) Voy. Teste, Le magnétisme expliqué, Paris, 1845,1 vol. in-8, et Manuel pratique du magnétisme animal, 4e édition, Paris, 1833, 1 vol. in-18.



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