CHAPITRE PREMIER LE MAGNÉTISME A TRAVERS LES SIECLES
I. — Magnétisme et hypnotisme :
analogies et différences. — Le surnaturel
dans le
magnétisme : une
somnambule lucide. — Origines vénérables.
II. — Le magnétisme inconscient :
devins, mages, prêtres, pythonisses,sibylles.
III. — Les états hypnotiques chez les
sorcière.
IV. — Les états hypnotiques chez les
possédés : don de seconde vue, don des langues;
léthargie, catalepsie,
somnambulisme.
V. — Les prophètes du Dauphine. —
Les convulsionnaires de Saint-Médard.
VI. — Guérisseurs et toucheurs :
Greatrakes, Gassner, le zouave Jacob, le toucheur de
Noirmoutier.
VII. — Fakirs et Djoguis. — Les moines
du mont Àthos. — Sorciers arabes et marabouts
marocains. — Les Beni-Aîouassas.
I
Le magnétisme animal est un
ensemble de procédés destinés à produire sur le corps humain des
phénomènes insolites qu'une doctrine particulière est ensuite chargée
d'expliquer. Par l'étrange té de
ses pratiques, par le vague de son
système, par l'incertitude de ses effets possibles et le merveilleux de
ses résultats supposés, le magnétisme animal se rapproche plus des
sciences occultes que de la science positive. Mais de même que des
premières sont sorties peu à peu les plus nobles connaissances de l'esprit
humain, de même du magnétisme animal se sont dégagées de nos jours quelques
notions réelles, précises, accessibles au contrôle de nos sens et de notre
jugement, et que l’on a désignées sous le nom d’hypnotisme.
L'hypnotisme est le groupe des
phénomènes-nerveux qui se produisent chez un individu soumis à divers
procédés dont le résultat est de paralyser certaines régions du cerveau et
d'en exciter d'autres. C'est une sorte de sommeil plus ou moins profond,
plus ou moins accompagné de caractères spéciaux qui permettent de le
diviser en plusieurs périodes pendant lesquelles le sujet réagit d'une
manière différente. Ces périodes sont désignées sous les noms de
Léthargie, de Catalepsie et de Somnambulisme, et ont les
plus grandes analogies avec la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme
qu'on voit se développer spontanément de temps en temps chez certaines
personnes d'un tempérament névropathique.
Le magnétisme animal produit les mêmes phénomènes ou des perturbations
nerveuses de même ordre. Mais en outre, il a la prétention d'en déterminer
d'autres beaucoup plus extraordinaires. Certains sujets, plongés dans le
sommeil magnétique, ont la faculté de connaître le passé et l'avenir, de
lire dans la pensée d'autrui, de voir à travers les corps opaques et à
travers l'espace, de lire par la
nuque et par l'estomac, de
découvrir la nature des maladies et les remèdes appropriés, et ainsi de
suite.
Une somnambule magnétique de Wurtemberg, au commencement de ce siècle,
apercevait dans l'œil droit d'un homme l'image d'un second lui-même, mais
plus grave ou plus léger. Dans une bulle de savon, elle voyait les
personnes absentes et les événements près d'arriver. Elle lisait les mots
placés sur son estomac, distinguait ses organes intérieurs et ceux des
autres, faisait des rêves prophétiques, prévenait les accidents, annonçait
la mort de ses proches. Elle reconnaissait les maladies, et indiquait les
remèdes qui convenaient dans chaque cas. Par l'application de la main sur
le ventre, elle chassait le ver solitaire ; par une amulette de feuilles de
laurier, elle guérissait les maladies mentales. Étant elle-même
souffrante, elle se prescrivit de la poudre de verrues de cheval, et s'en
trouva bien. Par sept passes magnétiques, elle éloignait les douleurs de
poitrine; il en fallait trois fois sept pour les maux de tête, et sept fois
sept pour les souffrances des autres parties du corps. Pour les autres
maladies, trois mots cabalistiques qu'elle inscrivait sur une amulette lui
suffisaient. Enfin —merveille des merveilles — elle voyait assez
distinctement l'âme humaine pour en décrire la forme et la couleur (1).
(1)Du Potet, Traité complet du magnétisme animal.Paris, 1883. On
trouvera tout au long dans ce livre, cette extravagante histoire de la
voyante de Prevorst. Elle possédait une langue spéciale! entendue d'elle
seule. Le mot Optinipoga la plongeait dans le sommeil magnétique.
Par les mots: Elohim, majda, djonem, elle guérissait les maladies.
La même méthode servait deux siècles plus tôt à Sganarelle à les
diagnostiquer : « Ossabandus nequeis nequer potarinum quipsa
milus. Voilà justement
pourquoi votre fille est muette » Quant à sa faculté de voir l'âme
humaine, comment en douter? « Les âmes, disait-elle, n'ont point d'ombre.
Leur forme est grisâtre; leurs vêtements sont ceux qu'elles ont portés dans
ce monde, mais grisâtres comme elles-mêmes. »
La production de ces prodiges est
due à un agent non moins merveilleux, désigné sous le nom de Fluide
magnétique, qui s'échappe du corps de l'homme et qu'il a le pouvoir de
diriger soit par des pratiques extérieures, soit par la puissance de la
volonté ; car, dit un disciple de Mesmer, l’âme peut agir médiatement sur
le fluide magnétique vivifiant, et par sa propre volonté le déterminer à se
porter vers telle ou telle partie du corps par la pensée et l'attention
(1).
(1) Mesmer, Mémoires et
aphorismes, Paris, 1846.
Voilà des dons bien étonnants. Le
magnétiseur qui les tient dans sa main, quoique ce ne soit que de temps en
temps seulement, car on nous prévient que toutes les somnambules
magnétiques ne sont pas lucides, n'aurait qu'à l'ouvrir pour bouleverser le
monde, accomplir le rêve des Titans, et faire de l'humanité une société de
dieux. Il ne le fait pas et pour cause ; pas plus que tous ceux qui, depuis
qu'il existe des sociétés humaines, ont élevé les mêmes prétentions, car
les manifestations hypnotiques et les illusions magnétiques sont aussi
vieilles que le monde.
C'est d'ailleurs l'opinion des
adeptes du magnétisme, qu'il a été connu de tout temps.
La puissance de cet agent, alternativement oubliée et retrouvée,
recherchée d'âge en âge, a été, dit Du Potet (1),
l'objet des travaux d'une foule
de philosophes : on sait quel pouvoir les anciens accordaient à
certaines pratiques.
(1) Du Potet, loc. cit.
Pour l'auteur, l'emploi, qui
remonte aux temps les plus reculés, des amulettes et des talismans, relève
du magnétisme. Les mages,les hiérophantes, les brahmines, les druides, en
employant des verges, des bâtons, des flèches, produisaient des effets
magnétiques surprenants. Magnétique encore la guérison des maladies
qu'opéraient les prêtres, les sorciers, les rois par un simple
attouchement, une simple direction de la main, un simple regard.
Magnétiques toujours, les choses surnaturelles qui s'accomplissaient dans
les temples des dieux.
S'il en
est ainsi, esquissons donc un court tableau de l'histoire du magnétisme, —
avant la lettre.
II
En Chaldée, les voyants étaient
très répandus, et il suffisait de dormir dans certains temples pour
acquérir le don de seconde vue.
A certaines fêtes de l'ancienne
Égypte, le dieu Apis inspirait aux femmes et aux enfants l'enthousiasme
prophétique. Le spiritisme lui-même, ce cousin germain du magnétisme,
pourrait revendiquer des origines non moins vénérables.
A Babylone, on croyait aux esprits
frappeurs; chez les Hébreux, la Pythonisse d'Endor évoquait l'ombre des
morts comme un médium du xixc siècle.
En Achaïe, dans un temple de Cérès, il y avait au fond d'un puits un
miroir dans lequel les prêtres faisaient apparaître l'image de la personne
malade
pour laquelle on venait
consulter la déesse : c'était la photographie spirite de l'époque.
Dans les sanctuaires de la Grèce,
on procédait, pour inspirer les pythies, à de véritables pratiques
magnétiques. A Delphes, le temple d'Apollon était bâti sur une fissure du
sol qui donnait passage à des émanations sulfureuses; au-dessus de cette
fente était installé le trépied sacré sur lequel s'asseyait la pythonisse,
préparée par le jeûne et diverses autres épreuves. Peu à peu, elle
s'agitait, entrait en extase, et, l'écume à la bouche, rendait les oracles
du dieu.
Les sibylles grecques et romaines n'étaient lucides qu'à de certaines
époques. Il fallait, pour qu'elles pussent prédire l'avenir, qu'elles
tombassent en convulsions ; alors le Dieu s'emparait d'elles et faisait
éclater dans leur bouche le délire fatidique (1).
(1) Virgile, Enéide, liv. vi.
III
Avec le christianisme, l'extase
prophétique s'éloigna des temples délaissés; les dieux cessèrent
d'inspirer les pythies. Mais le diable recueillit la succession, et
s'emparant du corps des sorciers, des striges (1) et des religieuses, y
déchaîna des facultés surnaturelles. Saint Paul fut jeté en prison pour
avoir chassé du corps d'une fille qui avait le don de seconde vue, un démon
semblable à ceux qui inspiraient les pythonisses. Les prodiges, les
révélations,
les vues à distance, les délires
extatiques, les convulsions, que les magnétiseurs attribuent au
magnétisme, devinrent, aux yeux des chrétiens, le résultat d'interventions
diaboliques.
(1) De
striga, oiseau de nuit, et par analogie sorcière.
Du xii° siècle au xvi° siècle, le
culte du diable fait des progrès rapides. Sorciers et sorcières se
multiplient, si bien qu'en 1600 il y en a près de trois cent mille en
France. Le diable est dépeint, décrit, étudié; on connaît ses mœurs, ses
habitudes, ses goûts, ses antipathies; on sait comment il vient hanter les
corps des malades, on connaît les formules qu'il faut employer pour le
chasser, on a des moyens sûrs pour reconnaître les sorcières, des procédés
efficaces pour les faire parler, et des bûchers bien flambants pour les
punir (1).
(1) Ch. Richet, L'homme et
l'intelligence, Paris, 1884.
On croyait à la vertu magique de
certaines formules, de certains onguents, de certaines plantes, comme la
mandragore. Les lamies (1), en se frottant le corps d'une pommade de leur
composition, tombaient en catalepsie et restaient plusieurs heures dans un
complet état de raideur et d'immobilité, donnant ainsi une épreuve avant la
lettre, de la catalepsie par suggestion.
(1)
De lamia, vampire fabuleux, mangeur d'enfants, sorcière.
Le moine Delépine parle d'une sorte
de léthargie dont étaient parfois atteints quelques sorciers, qui, bien que
demeurés engourdis et comme morts dans leur lit ou dans quelque coin de
leur maison, croyaient en se réveillant qu'ils venaient d'assister au
sabbat.
Certains lycanthropes restaient parfois pendant plusieurs heures en état
de mort apparente. Ils sor-taient
de cette espèce de torpeur léthargique comme une personne qui se réveille
en sursaut.
Parfois, même pendant les terribles
épreuves de la question, les sorciers tombaient en somnambulisme. La
possédée Francisque Fellée raconta que, sur le chevalet, elle était
demeurée quelque temps insensible et sans entendre la voix du juge qui
l'interrogeait. Pendant la persécution des Hussites, un des sectaires, mis
à la torture, tomba dans une léthargie si profonde que le bourreau le crut
mort et l'abandonna. Quelques heures après, ce malheureux revenait à la vie
fort étonné des blessures que portaient ses membres. En 1639, une sorcière
de Franconie fut appliquée à la torture. Pendant qu'on lui broyait les
jambes, elle se mit à parler des langues inconnues et finit par s'endormir
d'un sommeil léthargique.
IV
La possession démoniaque
produisait'des accidents nerveux de tout genre, principalement l'hystéro-épilepsie
(1), et des phénomènes semblables à ceux qui sont attribués au magnétisme.
En 1491, les moi-nesses de Cambrai
entrainent en d'atranges acces d'agitation pendant lesquels elles
devinaient les choses cachees et predisaient l'avenir.
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Chez beaucoup de ces convulsionnaires
et de ces possédées, on remarqua une grande exaltation de l'acuité
sensorielle ; l'ouïe était tellement hyperes-thésiée chez certaines
religieuses de Loudun (1632) qu'elles entendaient des paroles prononcées à
voix basse à des distances considérables. Le latin qu'elles récitaient sans
l'avoir jamais appris — mais non sans l'avoir jamais entendu — provenait de
l'exaltation de leur mémoire. Daife leurs transports convulsifs, les
religieuses d'Auxonne (1652) semblaient avoir le don des langues. Ce
n'était pas un mince étonnement pour les assistants que de les entendre
répondre en latin à leurs exorcistes et faire en cette langue de véritables
discours. Comme les somnambules lucides d'aujourd'hui, elles lisaient dans
la pensée des autres; elles comprenaient, en particulier, les
commandements intérieurs que leur faisaient les exorcistes et y
obéissaient ordinairement avec une grande exactitude. L'évêque de Châlons
ayant ordonné mentalement à Denise Parisot de le venir trouver sur être
exorcisée, elle y vint incon-
tinent bien qu'elle habitât dans un
quartier de la ville assez élogné. Il commanda de même par la pensée à la
soeur Borthon, au plus fort de ses agitations, de venir se prosterner
devant le Saint-Sacrement; au même instant, elle obéit avec une
précipitation extraordinaire.
Le don des langues était, comme on en peut juger, à cette époque, un
phénomène plus fréquent qu'aujourd'hui. Ambroise Paré (1) relate
l'histoire d'un jeune homme atteint de crises hystériques.
Leloyer raconte que les demons muets
causent la léthargie, rendent les
hommes insensibles et qu'il est fréquent de voir les striges passer
plusieurs heures dans un sommeil léthargique.
Nicole Obry,
la possédée de Vervins (1566), tombait en léthargie à la suite de ses
crises. Elle prédisait en outre l'heure du retour de ses accès futurs.
L'évêque de
Châions remarqua que, pendant l’exorcisme, la sœur Catherine, des
religieuses d’Auxonne, avait la tête renversée, les yeux ouverts, la
prunelle absolument retirée sous la paupière supérieure, le blanc des
yeux demeurant seul en évidence : autant de signes léthargiques (1).
La sœur de la
Purification tomba, à l'heure du sabbat, dans une espèce d'assoupissement
et d'insensibilité merveilleuse qui avait duré cinq quarts d'heure et
plus, aliénée de tous les sens, sans mouvements, sans parole et sans
connaissance, les bras croisés sur la poitrine et si raides qu'il fut
impossible de les ouvrir, et les yeux fermés et puis ouverts, mais fixes
et arrêtés sans rien voir (2).
Les
religieuses de Louviers (1642) tombaient, elles aussi, dans une sorte de
crise léthargique.
Il y en a
parmi elles qui se pâment et s'évanouissent durant les exorcismes, comme
à leur gré, en telle sorte que leur pâmoison commence lorsqu'elles ont le
visage le plus enflammé et le pouls le plus fort. Pendant cet
évanouissement, qui dure quelquefois une demi-heure et plus, l'on ne
peut remarquer ni de l'œil ni de la main aucune respiration en elles (3).
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Les
pratiques des exorcistes avaient ceci de particulier qu'elles
agissaient sur les possédées à la
façon des passes magnétiques sur les sujets
sensibles ; elles développaient une foule d'accidents que l'on peut
considérer comme d'ordre suggestif ou comme tout entiers dus à
l'imagination des malades. En 1599, Marthe Boissier se prétendait
possédée du démon. L'évêque d'Angers, voulant l'éprouver, commande
qu'on lui apporte le livre des exorcismes et, au lieu de lire une
conjuration, se met à réciter les premiers vers de l'Enéide... Elle n'en
tombe pas moins aussitôt en convulsions. D'autres pièges de ce genre
tendus au diable par qui cette fille prétendait être possédée
produisirent le même effet.
Ces résultats
rappellent trait pour trait, fait observer Calmeil, ce qui arriva dans le
verger de Franklin, à Auteuil, lorsque les commissaires, chargés
d'apprécier l'influence de l'agent magnétique, firent tomber dans des
accès convulsifs un jeune homme qui se figurait être en présence d'un
arbre magnétisé (1).
On observa chez les possédées de Loudun (1632) tous les symptômes de
la catalepsie. Leur corps était parfois doué d'une souplesse si
extraordinaire qu'on pouvait le ployer en tous sens comme une lame de
plomb et qu'il restait aussi longtemps qu'on l'y laissait dans
l'attitude qui lui avait été donnée. Les contractures de toute espèce
n'étaient pas moins fréquentes. La sœur Marie du Saint-Esprit, de
Louviers, possédée par un diable nommée Dagon, fut trouvée couchée en
travers sur l'ouverture d'un puits soutenue seulement d'un côté par les
pieds et
de
l'autre par la tête (1). Chez les autres possédées du même cloître, on
remarquait fréquemment l'invasion d'une sorte de raideur cataleptique
qui permettait à leurs corps de conserver très longtemps les attitudes
les plus étranges.
En 1511, une religieuse de
Salamanque avait de fréquentes extases. Alors son visage et ses mains
perdaient leur couleur naturelle, et son corps entrait dans une raideur si
grande qu'on eût pu croire qu'il était tout d'une pièce, et que ses
doigts n'avaient plus d'articulations.
Dans la maison des enfants trouvés
de Hoorn, éclata en 1673 une épidémie de démonopathie. Entre autres
phénomènes observés, on vit des jeunes gens devenir aussi raides qu'une
barre.
Tellement qu'en les prenant
seulement par la tête et par les pieds, on pouvait les porter où l'on
voulait sans qu'ils se remuassent, ce qui durait plusieurs heures et même
la nuit.
Étant protestants, ils échappèrent
aux exorcismes ; ils n'en guérirent pas moins quand on les eut dispersés
(2).
Parmi les extatiques célèbres chez lesquelles on retrouve tous les
symptômes de la catalepsie ou de la léthargie, on doit, d'après M. Calmeil,
citer sainte. Thérèse, qui dit elle-même que dans le ravissement divin «
tous les membres deviennent raides et froids»; sainte Élisabeth, dont le
corps était parfois tellement raide qu'on n'en pouvait remuer une partie
que tout le reste ne suivit; Marguerite du
Saint-Sacrement, qui devenait
quelquefois raide comme un cadavre; Marie de l'Incarnation, fondatrice des
Carmélites de France, qui tombait dans des accès de mort apparente;
Madeleine de Pazzi, qui restait huit jours et huit nuits en léthargie, les
sens complètement fermés au monde extérieur.
On observait aussi le somnambulisme
et ses divers symptômes.
Les exorcistes de Loudun attestent
que le diable endormait quelquefois les religieuses soumises à leurs
conjurations. Après être sorties de cet état, absolument analogue à celui
des somnambules magnétiques, elles avaient perdu complètement le souvenir
de ce qu'elles avaient dit ou fait pendant une partie de leurs accès
nerveux. La supérieure de cette communauté se livrait parfois à des
vaticinations qui duraient plus de deux heures : une fois revenue à elle,
elle ignorait absolument tout ce qu'elle avait débité pendant son
improvisation.
Les mêmes Ursulines quittaient leur
lit la nuit, parcouraient le couvent dans tous les sens et montaient
jusque sur les toits.
Les religieuses d'Auxonne
entraient, elles aussi, en somnambulisme, soit au commandement des
exorcistes, soit à l'heure prédite par quelques-unes d'entre elles'.
A Nîmes, les pratiques exorcistes
jetaient encore les possédées en somnambulisme.
La vue d'un objet sacré, les gestes que fait le prêtre au moment de
la consécration, la saveur de l'eau bénite faisaient tomber les
possédées de Bayeux (1732) dans des accès de somnambulisme pendant
lesquels elles se livraient à des exercices
périlleux devant lesquels
reculerait un équilibriste de profession.
(1) Les principales phases de l'attaque hystéro-épileptique sont
représentées dans les figures 1 à 6, qui peuvent donner une idée de ce
qu'étaient les épouvantables convulsions des possédées. La figure 1
correspond au début de l'attaque, à la phase épileptoïde avec rigidité
générale; les figures 2, 3, 4, 5, à la période de clownisme, ou des grands
mouvements convulsifs et dès contorsions ; la figure 6 représente une
attitude passionnelle qui devait être fréquente chez les possédées,
l'attaque de crucifiement.
(1) Calmeil, De la folie,
passim.
(2)
Histoire des diables, cité par Calmeil, t. II, p. 135.
(3) Lebreton,
cité par Calmeil, t.II, p. 78.
(1) Calmeil, De la folie,
t.I, p. 351.
(1) Calmeil, loc. cit., t. II, p. 108.
(2) Calmeil, loc. cit., t.I,
p. 156.
V
Il suffit, au seuil du xviii0
siècle, d'un seul calviniste sorti d'un village du Dauphiné pour
communiquer à tout un peuple l'esprit prophétique. Il soufflait dans la
bouche des néophytes pour leur communiquer le don d'inspiration : ceux-ci,
à leur tour, rendaient le même service à leurs amis, de telle sorte que,
grâce à cette sorte d'influx magnétique, et au magnétisme non moins
puissant de l'imitation, il surgit dans le Dauphiné, le Vivarais et les
Oévennes huit ou dix mille prophètes en quelques années. Hommes, femmes,
enfants, vieillards, tout le monde prédisait l'avenir. Des enfants de trois
ans, qui n'avaient jamais parlé que le patois de leur pays, entraient dans
des extases singulières, et s'exprimant avec une volubilité étonnante en
bon français, annonçaient la prochaine destruction de la Babylone papiste.
On racontait des choses étranges. Un garçon de quinze mois avait
prophétisé dans son berceau; un autre dans le sein de sa mère (1)!
La bergère du Cret, l’une de ces
prophétesses, était sujette à des accès de somnambulisme bien
caractérisé :
Quelquefois elle paraissait
ensevelie dans une léthargie profonde dont on cherchait vainement à la
retirer. Quand elle se trouvait dans ces dispositions, on pouvait
l'appeler,
la pousser, la secouer, la pincer, la
brûler sans la faire sortir de son état apparent de sommeil. Souvent, tout
en ayant l'air de dormir, elle se mettait à chanter des psaumes d'une voix
claire et intelligible. Les mouvements de ses lèvres étaient modérés,
exempts de spasmes, ses gestes mesurés et convenables. Après avoir chanté,
on l'entendait improviser des prières, réciter de longs paragraphes de la
Bible, commenter les saintes Écritures, apostropher les impies, débiter
des sermons pleins de force (1)
Au sortir de l'accès, elle ne se
souvenait de rien de ce qui s'était passé ni de ce qu'elle avait dit.
Quelques années plus tard, en
pleine capitale, le marbre de la tombe du diacre janséniste Paris, mort en
odeur de sainteté, manifestait la propriété de faire, par son seul contact,
entrer dans des convulsions épouvantables les malades qui venaient y
chercher la guérison de leurs souffrances. Au bout de quelques mois on
comptait déjà un millier de convulsionnaires. Ceux qui ne pouvaient
s'étendre sur le marbre, se procuraient de la terre du tombeau qui,
mélangée à du vin, ne se montrait pas moins efficace. Beaucoup de ces
convulsionnaires devinrent sujets à des états analogues à l'extase, la
catalepsie et le somnambulisme, et auxquels on donnait le nom d'état de
mort. « Quelques-uns, d'après Mongeron, restaient deux ou trois jours
de suite les yeux ouverts, sans aucun mouvement, ayant le visage très pâle,
tout le corps insensible, immobile et raide comme celui d'un mort ».
(1) Calmeil, De la folie; passim.
(1)
Calmeil, loc. cit. , t. II, p. 301.
VI
Je ne sais si les partisans du
magnétisme revendiquent pour leur agent les cures du diacre Paris ; ils
auraient peut-être quelque peine à expliquer par l'intervention du fluide
ces miracles post mortem. Du moins adoptent-ils, comme nous l'avons
dit précédemment, les miracles opérés par les vivants.
Depuis le xie siècle,
non seulement les rois de France, mais encore la plupart des rois d'Europe
et même de simples barons s'attribuèrent le pouvoir de guérir certains
malades en les touchant. Que faisaient-ils, sinon du magnétisme sans le
savoir? Cela est si vrai, nous dit Du Potet, que le même moyen a réussi
parfois entre les mains des médecins. Du reste, la tradition n'a jamais
été interrompue ; les rois de France eurent de nombreux prédécesseurs et
des plus illustres : Pyrrhus et Vespasien, pour n'en point citer d'autres,
produisaient la guérison des maladies par simple attouchement.
Dans les siècles derniers, dit
encore l'auteur que nous venons de citer, nous savons qu'il existait une
foule de thaumaturges dont les plus célèbres, Valentin Greatrakes et
Gassner, guérirent un grand nombre de malades, et ces guérisons sont
attestées par une infinité de médecins. Toutes ces guérisons, je ne crains
pas de le dire, n'ont eu d'autre cause que le magnétisme animal (1).
Greatrakes et Gassner, le premier
surtout, étaient des toucheurs, dont la célébrité mérite de nous arrêter un
instant.
Valentin Greatrakes, Irlandais de
bonne maison, était un homme d'épée. Un jour, en 1662, il apprit par une
révélation, qu'il avait le don de guérir les écrouelles. Il essaya son
pouvoir sur quelques scrofuleux, les toucha et les guérit. Quelques
années plus tard, de nouvelles inspirations l'avertirent qu'il pouvait
guérir la fièvre, les plaies, les ulcères, l'hy-dropisie, et un grand
nombre d'autres maladies. Bientôt sa réputation fut immense, son passage
à travers les populations était une marche triomphale. De toutes
parts autour de lui, les malades y affluaient et, par de simples
attouchements dirigés de façon à chasser le mal du centre vers les
extrémités, il produisait des cures merveilleuses.
Par l'application de sa main, dit
un auteur du temps, Greatrakes faisait fuir la douleur et la chassait aux
extrémités. L'effet était quelquefois très rapide et j'ai vu quelques
personnes guéries comme par enchantement. Ces guérisons ne m'induisaient
point à croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel. Lui-même ne le
pensait pas, et sa manière de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle ni
influence divine. Il paraît qu'il s'échappait de son corps une influence
balsamique salutaire (1).
Quand les douleurs, dit un autre,
étaient fixées dans la tête ou dans les viscères, et qu'il les déplaçait,
elles produisaient parfois des crises effrayantes et qui faisaient
craindre pour la vie du malade.
Ainsi Greatrakes produisait ces crises si favorables que Mesmer
considérera plus tard comme essentielles à la guérison.
Un siècle plus tard, en Souabe,
Gassner produisait aussi des crises, mais par un procédé moins simple.
Étant prêtre, il ne pouvait se conduire comme un simple toucheur laïque.
Aussi mêla-t-il legerement la religion à ses pratiques.
Convaincu que les maladies sont,
les unes d'ordre naturel, les autres dues à l'intervention du démon, il
commençait ses cures par un exorcisme probatoire, c'est-à-dire destiné à
constater la présence du diable. Si l'état de souffrance était de cause
naturelle, la conjuration restait sans effet; dans le cas contraire, elle
forçait le démon à révéler sa présence par des convulsions. Il s'emparait
des malades de la dernière catégorie et les traitait à sa façon ; quant à
ceux de la première, il les abandonnait aux médecins, mais, si l'on en
juge d'après sa pratique, ceux qui échappaient à sa compétence étaient
assez rares.
Il commença par ses paroissiens,
qui furent si satisfaits de lui que sa réputation s'étendit bientôt non
seulement à toute la Souabe, mais à la Suisse et au Tyrol. Puis il se mit à
voyager, répandant les guérisons sur sa route. Lorsque ensuite il se fut
fixé à Ratisbonne, on vit jusqu'à dix mille malades accourant simultanément
vers lui, camper sous des tentes autour de la ville.
L'une de ses cures les plus célèbre fut celle de la fille d'un seigneur
allemand. Elle était atteinte d'hystérie. Quoique fort soulagé par un
traitement que lui avait fait suivre un médecin de Strasbourg, elle voulut
voir Gassner. Ce dernier lui persuada qu'elle n'était point guérie, et
procéda immédiatement à ses exorcismes. Ils jetèrent la jeune fille
dans d'épouvantables
convulsions que le thaumaturge suspendait à volonté en prononçant le mot :
Cesset. Le diable qui possédait la jeune Émilie savait le latin; il
obéissait scrupuleusement à tous les ordres que lui donnait Gassner en
cette langue. Lui ordonnait-il d'agiter les bras de la malade, aussitôt
elle commençait à trembler des mains. Au commandement, elle entrait en
crises ou tombait en catalepsie; au commandement elle revenait soudain à
elle. — Agitentur brachia ! et les deux bras s'agitaient. —
Paroxysmus veniat! et la crise survenait, violente. —Cesset
paroxysmus in momento ! et elle se relevait le sourire aux lèvres. —
Tollantur pedes! et d'un coup de pied elle renversait une table. —
Habeat angustias circa cor ! et elle tournait les yeux d'une manière
effrayante. —Sit quasi morlua! le visage devenait livide, le nez
s'étirait, la bouche s'ouvrait démesurément, la tête et le cou se
raidissaient et le pouls cessait presque de battre. Au formidable
Cesset tout s'apaisait comme par enchantement. Inutile de dire que la
jeune Émilie, qui avait reçu une éducation très soignée, connaissait
parfaitement le latin.
Il ne sera pas nécessaire, dit M.
L. Figuier, de beauconp insister pour établir que, dans ces exorcismes de
Gassner, il n'y avait rien autre chose que des manipulations
magnétiques... Ainsi Gassner faisait du magnétisme sans s'en douter, comme
M. Jourdain faisait de Ja prose sans le savoir. Mesmer lui-même l’a bien
reconnu. S'expliquant avec l'électeur de Bavière sur les miracles de
Gassner, il dit que ce prêtre ne guérissait ses malades qu'en imagination.
Plus tard il lui attribua certaines dispositions au moyen
desquelles il faisait du magnétisme animal sans le savoir.
De nos jours, il y a encore des
guérisseurs, des sorciers et des possessions démoniaques.
Tout le monde a gardé le souvenir
des cures merveilleuses du zouave Jacob, dans le nom avait, il y a
quelques années, conquis assez de notoriété pour être rapproché des
toucheurs célèbres dont nous venons de raconter les prodiges.
Bon
nombre de guérisseurs d'une réputation moins universelle sont répandus
dans les diverses régions de la France. Dans l'Ouest, un certain nombre
de personnes appartenant au clergé sont réputées posséder le pouvoir de
guérir les maladies. Certain curé de notre voisinage est considéré comme
ayant le don de voir, au travers du corps, les maladies des organes
internes. C'est un voyant non somnambule. Il obtient des guérisons
surprenantes, moins surprenantes cependant que ses diagnostics dont on
nous a rapporté quelques-uns.
Il y a
quelque temps, on pouvait lire ce qui suit dans un journal de l'Ouest de
la France :
La gendarmerie de
Noirmoutier vient de dresser procès-verbal contre un individu de Barbâtre
qui, depuis plus de quarante ans, s'attribue le privilège de guérir les
humeurs froides, et cela par un simple attouchement, en débitant
toutefois certaines prières au-dessus de la portée du vulgaire. Bien
entendu que les prétendues cures ne se faisaient pas pour rien. Toute
peine mérite salaire, et notre individu ne se ménageait pas. Aux cinq
premières fêtes de l'année, dès minuit, il était debout...
Il agissait
ainsi au vu et au su de tout le monde, car, à Barbâtre, on croit fort au
surnaturel. Il s'était même muni d'une patente de... devinez ! ... de
maréchal-expert.
Il croit
fort, paralt-il, à son pouvoir. Il faut dire qu'il est septième garçon,
et qu'il porte sous la langue une belle fleur
de lys
(i). D'ailleurs beaucoup de
personnes affirment avoir été guéries par lui.
Si la gendarmerie cherchait bien,
elle en trouverait plusieurs autres, et un en particulier qui se met en
évidence. Celui-ci est un désensorceleur. Il opère sur les machines à
vapeur au temps du battage des grains, sur les filets des pêcheurs pendant
la pêche ; il remet la paix dans les ménages troublés; rien n'échappe à
son influence. Il guérit même certaines blessures pourvu qu'on le mette en
possession de l'outil qui les a faites. Cet outil, dit-on, est envoyé par
lui-même au diable en personne, qui en fait un grand commerce, puisqu'on en
a vu sur le marché de Challans, étalés au milieu de certains autres qui ne
devaient pas avoir passé par la même main.
Ce dernier, comme l'autre, opère au
grand jour, mandé par tout le monde (je ne sache pourtant pas qu'il ait une
patente de maréchal-expert); mais il marche tout de même.
Il y a aussi, et cela
naturellement, puisque le remède est à côté du mal, beaucoup de sorciers ;
les uns vous donnent la fièvre, d'autres la colique ; celui-ci empêche les
vaches d'avoir du lait; celui-là ne veut pas qu'on puisse faire du beurre
avec la crème; le plus fort tire le lait des vaches de ses voisins sans les
soucher, ni même les voir. Mais ils sont plus à plaindre qu'à redouter et
on peut les laisser tranquilles, malgré tous leurs méfaits (2).
Les
guérisseurs par secret foisonnent dans tout ce pays. Ils sont considérés
comme affiliés au démon, et la confiance qu'ils inspirent n'existe pas
seulement dans les classes ignorantes et rurales.
Un instituteur que nous soignions récemment pour des accidents
névropathiques de nature hypocondriaque était allé consulter un de ces
sorciers guérisseurs. Ce dernier lui
versa quelques gouttes d'une
eau particulière sur la tête, en accompagnant cette aspersion
d'incantations magiques; puis il lui remit des poudres à prendre. De retour
chez lui, le malade réfléchit à l'acte qu'il avait commis, s'imagina avoir
offensé Dieu, être possédé du démon et ensorcelé; il en devint fou. Pendant
sa maladie, il nous donna à plusieurs reprises le spectacle de véritables
scènes de convulsionnaire.
Les paysans ont une foi absolue en
la puissance de ces thaumaturges de bas étage qui forment des espèces de
dynasties, se transmettent leurs pouvoirs de père en fils, et apportent en
naissant, comme un signe tangible de cette puissance, des stigmates
emblématiques figurés en quelque endroit de leur corps. Le chef d'une de
ces familles a une envie de fraises sur la joue gauche ; son fils a
un christ dessiné sur la langue, et sa fille porte au même endroit
une couronne de rosaire (1), de couleur bleue, marron et jaune.
Une
bonne femme vint un jour, de la part d'un guérisseur, me demander de
l'urine de son fils ; en même temps elle m'apportait des paquets d'herbes,
que le sorcier me chargeait de faire prendre au malade.
La possession démoniaque est encore
fréquente en Vendée. L'un prétend qu'il est au pouvoir de la mauvaise
chose : c'est ainsi qu'il qualifie le malin esprit qui le poursuit sans
cesse, et qu'il voit tantôt sous la forme d'un chat ou d'un chien, tantôt
sous la figure humaine : ça le pousse, ça le fait aller, et il est obligé
d'obéir. A une autre on a jeté un sort: assise à sa porte, elle a vu passer
dans l'ombre
de la nuit une bête ressemblant à un
ours, qui a tourné autour d'elle pour l'ensorceler : c'était le diable. En
voici un troisième qui est devenu possédé du démon d'une façon singulière
: un jour, étant allé à confesse, au moment où le prêtre leva la main pour
le bénir, il sentit un vaisseau se rompre dans sa poitrine. C'était le
diable qui s'emparait de lui.
Les somnambules lucides, ou plutôt
les dormeuses, comme on les appelle, jouissent d'un crédit illimité
; on les soupçonne aussi d'accointances avec l'esprit des ténèbres. On les
consulte en toutes choses, et leurs oracles ont parfois pour le moral de
ces gens crédules de désastreuses conséquences.
Du Potet. loc. cit.
(1) Louis Figuier, Histoire du merveilleux dans les temps modernes,
Paris, 1881, t. III, p. 128 et suiv.
(1) Signes
indubitables d'un pouvoir surnaturel.
(2) Le
Libéral de la Vendée, vendredi 18 avril 1884.
(1) L'image
d'un chapelet.
VII
Mais ce n'est pas seulement en
Europe et dans la chrétienté que les effets du magnétisme se sont
manifestés à travers les siècles.
Depuis 2400 ans, les Fakirs et
les Djoguis de l'Inde, pratiquent l'hypnotisme dans le but de dévotion qui
est de s'unifier à Dieu dans une sorte d'extase. En se regardant pendant
quelques minutes le bout du nez, ils tombent en catalepsie, et peuvent
alors émerveiller la foule par des attitudes extraordinaires qu'ils
gardent un temps indéfini. Au dire de certaines personnes, les Djoguis ne
pratiqueraient pas seulement l'hypnotisme, mais encore le magnétisme dans
ce qu'il a de plus merveilleux et de plus incompréhensible. On a pu lire,
il y a quelque temps, à ce sujet dans la chronique d'un grand
journal (1), des choses tellement
étonnantes qu'on se demande si l'on doit considérer les assertions de
l'auteur comme l'expression véritable de sa pensée ou plutôt comme une
boutade humoristique. Il y a, paraît-il, trois écoles de Djog dans l'Inde,
l'une située sur les bords du Gange, l'autre sur la côte d'Orissa, la
troisième dans le sud de la péninsule ; et elles communiqueraient
hypnotiquement entre elles de la façon la plus régulière.
S'endormir à
distance, rester hypnotisés des jours et des semaines entières, aussi
immobiles que des stylites, s'anéantir dans une volonté supérieure qui
substitue les cerveaux les uns aux autres; échanger à des milliers de
milles les impressions les plus précises, tout cela est un jeu pour les
Djoguis.
Voilà de quoi décourager les
somnambules européennes les plus lucides; à moins que ce ne soit de faire
rire les Djoguis à nos dépens.
Les moines chrétiens du mont Athos
observaient des pratiques semblables à celles des Fakirs, mais au lieu de
leur nez, prenaient leur nombril pour point de mire et tombaient en extase
cataleptique après une contemplation suffisamment prolongée de cette
région.
Depuis quarante siècles, exposait
en 1860 le Dr E. Rossi, du Caire, une ciasse d'Égyptiens fait sa
profession du Mandeb, qui n'est autre chose qu'un mélange de sorcellerie et
d’hypnotisme. Ces magiciens font généralement usage d'une assiette en
faïence parfaitement blanche. Dans le centre de
cette assiette, ils dessinent
avec une plume et de l'encre deux triangles croisés l'un dans l'autre, et
remplissent le vide de cette figure géométrique par des mots cabalistiques,
pour concentrer le regard sur un point limité. Puis, pour augmenter la
lucidité de la surface de l'assiette, ils y versent un peu d'huile.
Ils choisissent en général un jeune
sujet pour leurs expériences, lui font fixer le regard au centre du double
triangle croisé. Quatre ou cinq minutes après, voici les effets qui se
produisent : Le sujet commence à voir un point noir au milieu de l'assiette
; ce point noir a grandi quelques instants après, change de forme, se
transforme en différentes apparitions qui voltigent devant le sujet.
Arrivé à ce point d'hallucination, le sujet acquiert souvent une lucidité
somnambulique aussi extraordinaire que celle des magnétisés (1).
D'autres opérateurs, sans avoir
recours à ce appareil charlatanesque, se contentent de faire fixer à leur
patient une boule de cristal, et obtiennent sans plus de difficulté le
sommeil hypnotique.
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