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CHAPITRE PREMIER LE MAGNÉTISME A TRAVERS LES SIECLES

I. — Magnétisme et hypnotisme : analogies et différences. — Le surnaturel dans le

magnétisme : une somnambule lucide. — Origines véné­rables.

II. — Le magnétisme inconscient : devins, mages, prêtres, pythonisses,sibylles.

III. — Les états hypnotiques chez les sorcière.

IV. — Les états hypnotiques chez les possédés : don de seconde vue, don des langues;

léthargie, catalepsie, somnambulisme.

V. — Les prophètes du Dauphine. — Les convulsionnaires de Saint-Médard.

VI. — Guérisseurs et toucheurs : Greatrakes, Gassner, le zouave Jacob, le toucheur de

Noirmoutier.

VII. — Fakirs et Djoguis. — Les moines du mont Àthos. — Sorciers arabes et marabouts

marocains. — Les Beni-Aîouassas.

I

Le magnétisme animal est un ensemble de pro­cédés destinés à produire sur le corps humain des phénomènes insolites qu'une doctrine particulière est ensuite chargée d'expliquer. Par l'étrange té de ses pratiques, par le vague de son système, par l'in­certitude de ses effets possibles et le merveilleux de ses résultats supposés, le magnétisme animal se rap­proche plus des sciences occultes que de la science positive. Mais de même que des premières sont sor­ties peu à peu les plus nobles connaissances de l'esprit humain, de même du magnétisme animal se sont dégagées de nos jours quelques notions réelles, précises, accessibles au contrôle de nos sens et de notre jugement, et que l’on a désignées sous le nom d’hypnotisme.

L'hypnotisme est le groupe des phénomènes-ner­veux qui se produisent chez un individu soumis à divers procédés dont le résultat est de paralyser certaines régions du cerveau et d'en exciter d'autres. C'est une sorte de sommeil plus ou moins profond, plus ou moins accompagné de caractères spéciaux qui permettent de le diviser en plusieurs périodes pendant lesquelles le sujet réagit d'une manière différente. Ces périodes sont désignées sous les noms de Léthargie, de Catalepsie et de Somnambulisme, et ont les plus grandes analogies avec la léthargie, la catalepsie et le somnambulisme qu'on voit se déve­lopper spontanément de temps en temps chez cer­taines personnes d'un tempérament névropathique.

Le magnétisme animal produit les mêmes phéno­mènes ou des perturbations nerveuses de même ordre. Mais en outre, il a la prétention d'en déter­miner d'autres beaucoup plus extraordinaires. Cer­tains sujets, plongés dans le sommeil magnétique, ont la faculté de connaître le passé et l'avenir, de lire dans la pensée d'autrui, de voir à travers les corps opaques et à travers l'espace, de lire par la nuque et par l'estomac, de découvrir la nature des maladies et les remèdes appropriés, et ainsi de suite.

Une somnambule magnétique de Wurtemberg, au commencement de ce siècle, apercevait dans l'œil droit d'un homme l'image d'un second lui-même, mais plus grave ou plus léger. Dans une bulle de savon, elle voyait les personnes absentes et les évé­nements près d'arriver. Elle lisait les mots placés sur son estomac, distinguait ses organes intérieurs et ceux des autres, faisait des rêves prophétiques, pré­venait les accidents, annonçait la mort de ses pro­ches. Elle reconnaissait les maladies, et indiquait les remèdes qui convenaient dans chaque cas. Par l'application de la main sur le ventre, elle chassait le ver solitaire ; par une amulette de feuilles de lau­rier, elle guérissait les maladies mentales. Étant elle-même souffrante, elle se prescrivit de la poudre de verrues de cheval, et s'en trouva bien. Par sept passes magnétiques, elle éloignait les douleurs de poitrine; il en fallait trois fois sept pour les maux de tête, et sept fois sept pour les souffrances des autres parties du corps. Pour les autres maladies, trois mots cabalistiques qu'elle inscrivait sur une amulette lui suffisaient. Enfin —merveille des mer­veilles — elle voyait assez distinctement l'âme hu­maine pour en décrire la forme et la couleur (1).

(1)Du Potet, Traité complet du magnétisme animal.Paris, 1883. On trouvera tout au long dans ce livre, cette extravagante his­toire de la voyante de Prevorst. Elle possédait une langue spé­ciale! entendue d'elle seule. Le mot Optinipoga la plongeait dans le sommeil magnétique. Par les mots: Elohim, majda, djonem, elle guérissait les maladies. La même méthode servait deux siècles plus tôt à Sganarelle à les diagnostiquer : « Ossabandus nequeis nequer potarinum quipsa milus. Voilà justement pourquoi votre fille est muette » Quant à sa faculté de voir l'âme humaine, comment en dou­ter? « Les âmes, disait-elle, n'ont point d'ombre. Leur forme est grisâtre; leurs vêtements sont ceux qu'elles ont portés dans ce monde, mais grisâtres comme elles-mêmes. »

La production de ces prodiges est due à un agent non moins merveilleux, désigné sous le nom de Fluide magnétique, qui s'échappe du corps de l'homme et qu'il a le pouvoir de diriger soit par des pratiques extérieures, soit par la puissance de la volonté ; car, dit un disciple de Mesmer, l’âme peut agir médiatement sur le fluide magnétique vivifiant, et par sa propre volonté le déterminer à se porter vers telle ou telle partie du corps par la pensée et l'attention (1).

(1) Mesmer, Mémoires et aphorismes, Paris, 1846.

Voilà des dons bien étonnants. Le magnétiseur qui les tient dans sa main, quoique ce ne soit que de temps en temps seulement, car on nous prévient que toutes les somnambules magnétiques ne sont pas lucides, n'aurait qu'à l'ouvrir pour bouleverser le monde, accomplir le rêve des Titans, et faire de l'humanité une société de dieux. Il ne le fait pas et pour cause ; pas plus que tous ceux qui, depuis qu'il existe des sociétés humaines, ont élevé les mêmes prétentions, car les manifestations hypnotiques et les illusions magnétiques sont aussi vieilles que le monde.

C'est d'ailleurs l'opinion des adeptes du magné­tisme, qu'il a été connu de tout temps.

La puissance de cet agent, alternativement oubliée et re­trouvée, recherchée d'âge en âge, a été, dit Du Potet (1), l'objet des travaux d'une foule de philosophes : on sait quel pouvoir les anciens accordaient à certaines pratiques.

(1) Du Potet, loc. cit.

Pour l'auteur, l'emploi, qui remonte aux temps les plus reculés, des amulettes et des talismans, relève du magnétisme. Les mages,les hiérophantes, les brahmines, les druides, en employant des verges, des bâtons, des flèches, produisaient des effets ma­gnétiques surprenants. Magnétique encore la guérison des maladies qu'opéraient les prêtres, les sorciers, les rois par un simple attouchement, une simple direction de la main, un simple regard. Magnétiques toujours, les choses surnaturelles qui s'accomplissaient dans les temples des dieux.

S'il en est ainsi, esquissons donc un court tableau de l'histoire du magnétisme, — avant la lettre.

II

En Chaldée, les voyants étaient très répandus, et il suffisait de dormir dans certains temples pour acquérir le don de seconde vue.

A certaines fêtes de l'ancienne Égypte, le dieu Apis inspirait aux femmes et aux enfants l'enthou­siasme prophétique. Le spiritisme lui-même, ce cousin germain du magnétisme, pourrait revendi­quer des origines non moins vénérables.

A Babylone, on croyait aux esprits frappeurs; chez les Hébreux, la Pythonisse d'Endor évoquait l'ombre des morts comme un médium du xixc siècle.

En Achaïe, dans un temple de Cérès, il y avait au fond d'un puits un miroir dans lequel les prêtres faisaient apparaître l'image de la personne malade pour laquelle on venait consulter la déesse : c'était la photographie spirite de l'époque.

Dans les sanctuaires de la Grèce, on procédait, pour inspirer les pythies, à de véritables pratiques magnétiques. A Delphes, le temple d'Apollon était bâti sur une fissure du sol qui donnait passage à des émanations sulfureuses; au-dessus de cette fente était installé le trépied sacré sur lequel s'asseyait la pythonisse, préparée par le jeûne et diverses au­tres épreuves. Peu à peu, elle s'agitait, entrait en extase, et, l'écume à la bouche, rendait les oracles du dieu.

Les sibylles grecques et romaines n'étaient lucides qu'à de certaines époques. Il fallait, pour qu'elles pussent prédire l'avenir, qu'elles tombassent en convulsions ; alors le Dieu s'emparait d'elles et fai­sait éclater dans leur bouche le délire fatidique (1).

(1) Virgile, Enéide, liv. vi.

III

Avec le christianisme, l'extase prophétique s'éloi­gna des temples délaissés; les dieux cessèrent d'ins­pirer les pythies. Mais le diable recueillit la suc­cession, et s'emparant du corps des sorciers, des striges (1) et des religieuses, y déchaîna des facultés surnaturelles. Saint Paul fut jeté en prison pour avoir chassé du corps d'une fille qui avait le don de seconde vue, un démon semblable à ceux qui inspi­raient les pythonisses. Les prodiges, les révélations, les vues à distance, les délires extatiques, les con­vulsions, que les magnétiseurs attribuent au magné­tisme, devinrent, aux yeux des chrétiens, le résultat d'interventions diaboliques.

(1) De striga, oiseau de nuit, et par analogie sorcière.

Du xii° siècle au xvi° siècle, le culte du diable fait des progrès rapides. Sorciers et sorcières se multiplient, si bien qu'en 1600 il y en a près de trois cent mille en France. Le diable est dépeint, décrit, étudié; on connaît ses mœurs, ses habitudes, ses goûts, ses antipathies; on sait comment il vient hanter les corps des malades, on connaît les for­mules qu'il faut employer pour le chasser, on a des moyens sûrs pour reconnaître les sorcières, des procédés efficaces pour les faire parler, et des bûchers bien flambants pour les punir (1).

(1) Ch. Richet, L'homme et l'intelligence, Paris, 1884.

On croyait à la vertu magique de certaines for­mules, de certains onguents, de certaines plantes, comme la mandragore. Les lamies (1), en se frottant le corps d'une pommade de leur composition, tom­baient en catalepsie et restaient plusieurs heures dans un complet état de raideur et d'immobilité, donnant ainsi une épreuve avant la lettre, de la ca­talepsie par suggestion.

(1) De lamia, vampire fabuleux, mangeur d'enfants, sorcière.

Le moine Delépine parle d'une sorte de léthargie dont étaient parfois atteints quelques sorciers, qui, bien que demeurés engourdis et comme morts dans leur lit ou dans quelque coin de leur maison, croyaient en se réveillant qu'ils venaient d'assister au sabbat.

Certains lycanthropes restaient parfois pendant plusieurs heures en état de mort apparente. Ils sor-taient de cette espèce de torpeur léthargique comme une personne qui se réveille en sursaut.

Parfois, même pendant les terribles épreuves de la question, les sorciers tombaient en somnambu­lisme. La possédée Francisque Fellée raconta que, sur le chevalet, elle était demeurée quelque temps insensible et sans entendre la voix du juge qui l'in­terrogeait. Pendant la persécution des Hussites, un des sectaires, mis à la torture, tomba dans une lé­thargie si profonde que le bourreau le crut mort et l'abandonna. Quelques heures après, ce malheureux revenait à la vie fort étonné des blessures que por­taient ses membres. En 1639, une sorcière de Franconie fut appliquée à la torture. Pendant qu'on lui broyait les jambes, elle se mit à parler des langues inconnues et finit par s'endormir d'un sommeil léthargique.

IV

La possession démoniaque produisait'des accidents nerveux de tout genre, principalement l'hystéro-épilepsie (1), et des phénomènes semblables à ceux qui sont attribués au magnétisme. En 1491, les moi-nesses de Cambrai entrainent en d'atranges acces d'agitation pendant lesquels elles devinaient les choses cachees et predisaient l'avenir.

Chez beaucoup de ces convulsionnaires et de ces possédées, on remarqua une grande exaltation de l'acuité sensorielle ; l'ouïe était tellement hyperes-thésiée chez certaines religieuses de Loudun (1632) qu'elles entendaient des paroles prononcées à voix basse à des distances considérables. Le latin qu'elles récitaient sans l'avoir jamais appris — mais non sans l'avoir jamais entendu — provenait de l'exalta­tion de leur mémoire. Daife leurs transports convulsifs, les religieuses d'Auxonne (1652) semblaient avoir le don des langues. Ce n'était pas un mince étonnement pour les assistants que de les entendre répondre en latin à leurs exorcistes et faire en cette langue de véritables discours. Comme les somnam­bules lucides d'aujourd'hui, elles lisaient dans la pensée des autres; elles comprenaient, en particu­lier, les commandements intérieurs que leur fai­saient les exorcistes et y obéissaient ordinairement avec une grande exactitude. L'évêque de Châlons ayant ordonné mentalement à Denise Parisot de le venir trouver sur être exorcisée, elle y vint incon-

tinent bien qu'elle habitât dans un quartier de la ville assez élogné. Il commanda de même par la pensée à la soeur Borthon, au plus fort de ses agi­tations, de venir se prosterner devant le Saint-Sacrement; au même instant, elle obéit avec une précipitation extraordinaire.

Le don des langues était, comme on en peut juger, à cette époque, un phénomène plus fréquent qu'au­jourd'hui. Ambroise Paré (1) relate l'histoire d'un jeune homme atteint de crises hystériques.

Leloyer raconte que les demons muets causent la léthargie, rendent les hommes insensibles et qu'il est fréquent de voir les striges passer plusieurs heures dans un sommeil léthargique.
Nicole Obry, la possédée de Vervins (1566), tombait en léthargie à la suite de ses crises. Elle prédisait en outre l'heure du retour de ses accès futurs.
L'évêque de Châions remarqua que, pendant l’exorcisme, la sœur Catherine, des religieuses d’Auxonne, avait la tête renversée, les yeux ou­verts, la prunelle absolument retirée sous la pau­pière supérieure, le blanc des yeux demeurant seul en évidence : autant de signes léthargiques (1).
La sœur de la Purification tomba, à l'heure du sabbat, dans une espèce d'assoupissement et d'insensibilité mer­veilleuse qui avait duré cinq quarts d'heure et plus, aliénée de tous les sens, sans mouvements, sans parole et sans connaissance, les bras croisés sur la poitrine et si raides qu'il fut impossible de les ouvrir, et les yeux fermés et puis ouverts, mais fixes et arrêtés sans rien voir (2).
Les religieuses de Louviers (1642) tombaient, elles aussi, dans une sorte de crise léthargique.
Il y en a parmi elles qui se pâment et s'évanouissent du­rant les exorcismes, comme à leur gré, en telle sorte que leur pâmoison commence lorsqu'elles ont le visage le plus enflammé et le pouls le plus fort. Pendant cet évanouisse­ment, qui dure quelquefois une demi-heure et plus, l'on ne peut remarquer ni de l'œil ni de la main aucune respiration en elles (3).
Les pratiques des exorcistes avaient ceci de par­ticulier qu'elles agissaient sur les possédées à la façon des passes magnétiques sur les sujets sen­sibles ; elles développaient une foule d'accidents que l'on peut considérer comme d'ordre suggestif ou comme tout entiers dus à l'imagination des ma­lades. En 1599, Marthe Boissier se prétendait pos­sédée du démon. L'évêque d'Angers, voulant l'é­prouver, commande qu'on lui apporte le livre des exorcismes et, au lieu de lire une conjuration, se met à réciter les premiers vers de l'Enéide... Elle n'en tombe pas moins aussitôt en convulsions. D'au­tres pièges de ce genre tendus au diable par qui cette fille prétendait être possédée produisirent le même effet.
Ces résultats rappellent trait pour trait, fait observer Calmeil, ce qui arriva dans le verger de Franklin, à Auteuil, lorsque les commissaires, chargés d'apprécier l'in­fluence de l'agent magnétique, firent tomber dans des accès convulsifs un jeune homme qui se figurait être en présence d'un arbre magnétisé (1).
On observa chez les possédées de Loudun (1632) tous les symptômes de la catalepsie. Leur corps était parfois doué d'une souplesse si extraordinaire qu'on pouvait le ployer en tous sens comme une lame de plomb et qu'il restait aussi longtemps qu'on l'y lais­sait dans l'attitude qui lui avait été donnée. Les contractures de toute espèce n'étaient pas moins fréquentes. La sœur Marie du Saint-Esprit, de Louviers, possédée par un diable nommée Dagon, fut trouvée couchée en travers sur l'ouverture d'un puits soutenue seulement d'un côté par les pieds et de l'autre par la tête (1). Chez les autres possédées du même cloître, on remarquait fréquemment l'in­vasion d'une sorte de raideur cataleptique qui per­mettait à leurs corps de conserver très longtemps les attitudes les plus étranges.

En 1511, une religieuse de Salamanque avait de fréquentes extases. Alors son visage et ses mains perdaient leur couleur naturelle, et son corps entrait dans une raideur si grande qu'on eût pu croire qu'il était tout d'une pièce, et que ses doigts n'avaient plus d'articulations.

Dans la maison des enfants trouvés de Hoorn, éclata en 1673 une épidémie de démonopathie. Entre autres phénomènes observés, on vit des jeunes gens devenir aussi raides qu'une barre.

Tellement qu'en les prenant seulement par la tête et par les pieds, on pouvait les porter où l'on voulait sans qu'ils se remuassent, ce qui durait plusieurs heures et même la nuit.

Étant protestants, ils échappèrent aux exorcismes ; ils n'en guérirent pas moins quand on les eut dispersés (2).

Parmi les extatiques célèbres chez lesquelles on retrouve tous les symptômes de la catalepsie ou de la léthargie, on doit, d'après M. Calmeil, citer sainte. Thérèse, qui dit elle-même que dans le ravissement divin « tous les membres deviennent raides et froids»; sainte Élisabeth, dont le corps était par­fois tellement raide qu'on n'en pouvait remuer une partie que tout le reste ne suivit; Marguerite du Saint-Sacrement, qui devenait quelquefois raide comme un cadavre; Marie de l'Incarnation, fonda­trice des Carmélites de France, qui tombait dans des accès de mort apparente; Madeleine de Pazzi, qui restait huit jours et huit nuits en léthargie, les sens complètement fermés au monde extérieur.

On observait aussi le somnambulisme et ses divers symptômes.

Les exorcistes de Loudun attestent que le diable endormait quelquefois les religieuses soumises à leurs conjurations. Après être sorties de cet état, abso­lument analogue à celui des somnambules magné­tiques, elles avaient perdu complètement le souve­nir de ce qu'elles avaient dit ou fait pendant une partie de leurs accès nerveux. La supérieure de cette communauté se livrait parfois à des vaticina­tions qui duraient plus de deux heures : une fois revenue à elle, elle ignorait absolument tout ce qu'elle avait débité pendant son improvisation.

Les mêmes Ursulines quittaient leur lit la nuit, parcouraient le couvent dans tous les sens et mon­taient jusque sur les toits.

Les religieuses d'Auxonne entraient, elles aussi, en somnambulisme, soit au commandement des exorcistes, soit à l'heure prédite par quelques-unes d'entre elles'.

A Nîmes, les pratiques exorcistes jetaient encore les possédées en somnambulisme.

La vue d'un objet sacré, les gestes que fait le prêtre au moment de la consécration, la saveur de l'eau bénite faisaient tomber les possédées de Bayeux (1732) dans des accès de somnambulisme pendant lesquels elles se livraient à des exercices périlleux devant lesquels reculerait un équilibriste de profession.

(1) Les principales phases de l'attaque hystéro-épileptique sont représentées dans les figures 1 à 6, qui peuvent donner une idée de ce qu'étaient les épouvantables convulsions des possédées. La figure 1 correspond au début de l'attaque, à la phase épileptoïde avec rigidité générale; les figures 2, 3, 4, 5, à la période de clownisme, ou des grands mouvements convulsifs et dès contorsions ; la figure 6 représente une attitude passionnelle qui devait être fréquente chez les possédées, l'attaque de crucifie­ment.
(1) Calmeil, De la folie, passim.
(2) Histoire des diables, cité par Calmeil, t. II, p. 135.
(3) Lebreton, cité par Calmeil, t.II, p. 78.
(1) Calmeil, De la folie, t.I, p. 351.
(1) Calmeil, loc. cit., t. II, p. 108.
(2) Calmeil, loc. cit., t.I, p. 156.

V

Il suffit, au seuil du xviii0 siècle, d'un seul calvi­niste sorti d'un village du Dauphiné pour commu­niquer à tout un peuple l'esprit prophétique. Il souf­flait dans la bouche des néophytes pour leur com­muniquer le don d'inspiration : ceux-ci, à leur tour, rendaient le même service à leurs amis, de telle sorte que, grâce à cette sorte d'influx magnétique, et au magnétisme non moins puissant de l'imitation, il surgit dans le Dauphiné, le Vivarais et les Oévennes huit ou dix mille prophètes en quelques années. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tout le monde prédisait l'avenir. Des enfants de trois ans, qui n'avaient jamais parlé que le patois de leur pays, entraient dans des extases singulières, et s'exprimant avec une volubilité étonnante en bon français, annonçaient la prochaine destruction de la Babylone papiste. On racontait des choses étran­ges. Un garçon de quinze mois avait prophétisé dans son berceau; un autre dans le sein de sa mère (1)!

La bergère du Cret, l’une de ces prophétesses, était sujette à des accès de somnambulisme bien caractérisé :

Quelquefois elle paraissait ensevelie dans une léthargie profonde dont on cherchait vainement à la retirer. Quand elle se trouvait dans ces dispositions, on pouvait l'appeler, la pousser, la secouer, la pincer, la brûler sans la faire sortir de son état apparent de sommeil. Souvent, tout en ayant l'air de dormir, elle se mettait à chanter des psaumes d'une voix claire et intelligible. Les mouvements de ses lèvres étaient modérés, exempts de spasmes, ses gestes mesurés et convenables. Après avoir chanté, on l'entendait improviser des prières, réciter de longs paragraphes de la Bible, commenter les saintes Écritures, apostropher les im­pies, débiter des sermons pleins de force (1)

Au sortir de l'accès, elle ne se souvenait de rien de ce qui s'était passé ni de ce qu'elle avait dit.

Quelques années plus tard, en pleine capitale, le marbre de la tombe du diacre janséniste Paris, mort en odeur de sainteté, manifestait la propriété de faire, par son seul contact, entrer dans des con­vulsions épouvantables les malades qui venaient y chercher la guérison de leurs souffrances. Au bout de quelques mois on comptait déjà un millier de convulsionnaires. Ceux qui ne pouvaient s'étendre sur le marbre, se procuraient de la terre du tom­beau qui, mélangée à du vin, ne se montrait pas moins efficace. Beaucoup de ces convulsionnaires devinrent sujets à des états analogues à l'extase, la catalepsie et le somnambulisme, et auxquels on donnait le nom d'état de mort. « Quelques-uns, d'a­près Mongeron, restaient deux ou trois jours de suite les yeux ouverts, sans aucun mouvement, ayant le visage très pâle, tout le corps insensible, immobile et raide comme celui d'un mort ».

(1) Calmeil, De la folie; passim.
(1) Calmeil, loc. cit. , t. II, p. 301.

VI

Je ne sais si les partisans du magnétisme reven­diquent pour leur agent les cures du diacre Paris ; ils auraient peut-être quelque peine à expliquer par l'intervention du fluide ces miracles post mortem. Du moins adoptent-ils, comme nous l'avons dit précé­demment, les miracles opérés par les vivants.

Depuis le xie siècle, non seulement les rois de France, mais encore la plupart des rois d'Europe et même de simples barons s'attribuèrent le pouvoir de guérir certains malades en les touchant. Que faisaient-ils, sinon du magnétisme sans le savoir? Cela est si vrai, nous dit Du Potet, que le même moyen a réussi parfois entre les mains des méde­cins. Du reste, la tradition n'a jamais été inter­rompue ; les rois de France eurent de nombreux prédécesseurs et des plus illustres : Pyrrhus et Vespasien, pour n'en point citer d'autres, produisaient la guérison des maladies par simple attouchement.

Dans les siècles derniers, dit encore l'auteur que nous venons de citer, nous savons qu'il existait une foule de thaumaturges dont les plus célèbres, Valentin Greatrakes et Gassner, guérirent un grand nombre de malades, et ces guérisons sont attestées par une infinité de médecins. Toutes ces guérisons, je ne crains pas de le dire, n'ont eu d'autre cause que le magnétisme animal (1).

Greatrakes et Gassner, le premier surtout, étaient des toucheurs, dont la célébrité mérite de nous arrêter un instant.

Valentin Greatrakes, Irlandais de bonne maison, était un homme d'épée. Un jour, en 1662, il apprit par une révélation, qu'il avait le don de guérir les écrouelles. Il essaya son pouvoir sur quelques scrofuleux, les toucha et les guérit. Quelques années plus tard, de nouvelles inspirations l'avertirent qu'il pouvait guérir la fièvre, les plaies, les ulcères, l'hy-dropisie, et un grand nombre d'autres maladies. Bientôt sa réputation fut immense, son passage à travers les populations était une marche triom­phale. De toutes parts autour de lui, les malades y affluaient et, par de simples attouchements dirigés de façon à chasser le mal du centre vers les extré­mités, il produisait des cures merveilleuses.

Par l'application de sa main, dit un auteur du temps, Greatrakes faisait fuir la douleur et la chassait aux extré­mités. L'effet était quelquefois très rapide et j'ai vu quelques personnes guéries comme par enchantement. Ces guérisons ne m'induisaient point à croire qu'il y eût quelque chose de surnaturel. Lui-même ne le pensait pas, et sa manière de guérir prouve qu'il n'y avait ni miracle ni influence di­vine. Il paraît qu'il s'échappait de son corps une influence balsamique salutaire (1).

Quand les douleurs, dit un autre, étaient fixées dans la tête ou dans les viscères, et qu'il les déplaçait, elles pro­duisaient parfois des crises effrayantes et qui faisaient craindre pour la vie du malade.

Ainsi Greatrakes produisait ces crises si favo­rables que Mesmer considérera plus tard comme essentielles à la guérison.

Un siècle plus tard, en Souabe, Gassner produi­sait aussi des crises, mais par un procédé moins simple. Étant prêtre, il ne pouvait se conduire comme un simple toucheur laïque. Aussi mêla-t-il legerement la religion à ses pratiques.

Convaincu que les maladies sont, les unes d'ordre naturel, les autres dues à l'intervention du démon, il commençait ses cures par un exorcisme probatoire, c'est-à-dire destiné à constater la pré­sence du diable. Si l'état de souffrance était de cause naturelle, la conjuration restait sans effet; dans le cas contraire, elle forçait le démon à révéler sa pré­sence par des convulsions. Il s'emparait des ma­lades de la dernière catégorie et les traitait à sa façon ; quant à ceux de la première, il les abandon­nait aux médecins, mais, si l'on en juge d'après sa pratique, ceux qui échappaient à sa compétence étaient assez rares.

Il commença par ses paroissiens, qui furent si satisfaits de lui que sa réputation s'étendit bientôt non seulement à toute la Souabe, mais à la Suisse et au Tyrol. Puis il se mit à voyager, répandant les guérisons sur sa route. Lorsque ensuite il se fut fixé à Ratisbonne, on vit jusqu'à dix mille malades accourant simultanément vers lui, camper sous des tentes autour de la ville.

L'une de ses cures les plus célèbre fut celle de la fille d'un seigneur allemand. Elle était atteinte d'hystérie. Quoique fort soulagé par un traitement que lui avait fait suivre un médecin de Strasbourg, elle voulut voir Gassner. Ce dernier lui persuada qu'elle n'était point guérie, et procéda immédia­tement à ses exorcismes. Ils jetèrent la jeune fille dans d'épouvantables convulsions que le thauma­turge suspendait à volonté en prononçant le mot : Cesset. Le diable qui possédait la jeune Émilie savait le latin; il obéissait scrupuleusement à tous les ordres que lui donnait Gassner en cette langue. Lui ordonnait-il d'agiter les bras de la malade, aussitôt elle commençait à trembler des mains. Au comman­dement, elle entrait en crises ou tombait en cata­lepsie; au commandement elle revenait soudain à elle. — Agitentur brachia ! et les deux bras s'agi­taient. — Paroxysmus veniat! et la crise survenait, violente. —Cesset paroxysmus in momento ! et elle se relevait le sourire aux lèvres. — Tollantur pedes! et d'un coup de pied elle renversait une table. — Habeat angustias circa cor ! et elle tournait les yeux d'une manière effrayante. —Sit quasi morlua! le visage devenait livide, le nez s'étirait, la bouche s'ouvrait démesurément, la tête et le cou se raidis­saient et le pouls cessait presque de battre. Au for­midable Cesset tout s'apaisait comme par enchan­tement. Inutile de dire que la jeune Émilie, qui avait reçu une éducation très soignée, connaissait parfaitement le latin.

Il ne sera pas nécessaire, dit M. L. Figuier, de beauconp insister pour établir que, dans ces exorcismes de Gassner, il n'y avait rien autre chose que des manipulations magné­tiques... Ainsi Gassner faisait du magnétisme sans s'en douter, comme M. Jourdain faisait de Ja prose sans le sa­voir. Mesmer lui-même l’a bien reconnu. S'expliquant avec l'électeur de Bavière sur les miracles de Gassner, il dit que ce prêtre ne guérissait ses malades qu'en imagination. Plus tard il lui attribua certaines dispositions au moyen des­quelles il faisait du magnétisme animal sans le savoir.

De nos jours, il y a encore des guérisseurs, des sorciers et des possessions démoniaques.

Tout le monde a gardé le souvenir des cures mer­veilleuses du zouave Jacob, dans le nom avait, il y a quelques années, conquis assez de notoriété pour être rapproché des toucheurs célèbres dont nous venons de raconter les prodiges.

Bon nombre de guérisseurs d'une réputation moins universelle sont répandus dans les diverses régions de la France. Dans l'Ouest, un certain nom­bre de personnes appartenant au clergé sont réputées posséder le pouvoir de guérir les maladies. Certain curé de notre voisinage est considéré comme ayant le don de voir, au travers du corps, les maladies des organes internes. C'est un voyant non somnambule. Il obtient des guérisons surprenantes, moins sur­prenantes cependant que ses diagnostics dont on nous a rapporté quelques-uns.
Il y a quelque temps, on pouvait lire ce qui suit dans un journal de l'Ouest de la France :
La gendarmerie de Noirmoutier vient de dresser procès-verbal contre un individu de Barbâtre qui, depuis plus de quarante ans, s'attribue le privilège de guérir les humeurs froides, et cela par un simple attouchement, en débitant toutefois certaines prières au-dessus de la portée du vul­gaire. Bien entendu que les prétendues cures ne se faisaient pas pour rien. Toute peine mérite salaire, et notre individu ne se ménageait pas. Aux cinq premières fêtes de l'année, dès minuit, il était debout...
Il agissait ainsi au vu et au su de tout le monde, car, à Barbâtre, on croit fort au surnaturel. Il s'était même muni d'une patente de... devinez ! ... de maréchal-expert.
Il croit fort, paralt-il, à son pouvoir. Il faut dire qu'il est septième garçon, et qu'il porte sous la langue une belle fleur de lys (i). D'ailleurs beaucoup de personnes affirment avoir été guéries par lui.

Si la gendarmerie cherchait bien, elle en trouverait plu­sieurs autres, et un en particulier qui se met en évidence. Celui-ci est un désensorceleur. Il opère sur les machines à vapeur au temps du battage des grains, sur les filets des pêcheurs pendant la pêche ; il remet la paix dans les mé­nages troublés; rien n'échappe à son influence. Il guérit même certaines blessures pourvu qu'on le mette en posses­sion de l'outil qui les a faites. Cet outil, dit-on, est envoyé par lui-même au diable en personne, qui en fait un grand commerce, puisqu'on en a vu sur le marché de Challans, étalés au milieu de certains autres qui ne devaient pas avoir passé par la même main.

Ce dernier, comme l'autre, opère au grand jour, mandé par tout le monde (je ne sache pourtant pas qu'il ait une pa­tente de maréchal-expert); mais il marche tout de même.

Il y a aussi, et cela naturellement, puisque le remède est à côté du mal, beaucoup de sorciers ; les uns vous donnent la fièvre, d'autres la colique ; celui-ci empêche les vaches d'avoir du lait; celui-là ne veut pas qu'on puisse faire du beurre avec la crème; le plus fort tire le lait des vaches de ses voisins sans les soucher, ni même les voir. Mais ils sont plus à plaindre qu'à redouter et on peut les laisser tran­quilles, malgré tous leurs méfaits (2).

Les guérisseurs par secret foisonnent dans tout ce pays. Ils sont considérés comme affiliés au démon, et la confiance qu'ils inspirent n'existe pas seule­ment dans les classes ignorantes et rurales.

Un instituteur que nous soignions récemment pour des ac­cidents névropathiques de nature hypocondriaque était allé consulter un de ces sorciers guérisseurs. Ce dernier lui versa quelques gouttes d'une eau particulière sur la tête, en accompagnant cette aspersion d'incantations magiques; puis il lui remit des poudres à prendre. De retour chez lui, le malade réfléchit à l'acte qu'il avait commis, s'imagina avoir offensé Dieu, être possédé du démon et ensorcelé; il en devint fou. Pendant sa maladie, il nous donna à plu­sieurs reprises le spectacle de véritables scènes de convulsionnaire.

Les paysans ont une foi absolue en la puissance de ces thaumaturges de bas étage qui forment des espèces de dynasties, se transmettent leurs pouvoirs de père en fils, et apportent en naissant, comme un signe tangible de cette puissance, des stigmates emblématiques figurés en quelque endroit de leur corps. Le chef d'une de ces familles a une envie de fraises sur la joue gauche ; son fils a un christ des­siné sur la langue, et sa fille porte au même endroit une couronne de rosaire (1), de couleur bleue, mar­ron et jaune.

Une bonne femme vint un jour, de la part d'un guérisseur, me demander de l'urine de son fils ; en même temps elle m'apportait des paquets d'her­bes, que le sorcier me chargeait de faire prendre au malade.

La possession démoniaque est encore fréquente en Vendée. L'un prétend qu'il est au pouvoir de la mauvaise chose : c'est ainsi qu'il qualifie le malin esprit qui le poursuit sans cesse, et qu'il voit tantôt sous la forme d'un chat ou d'un chien, tantôt sous la figure humaine : ça le pousse, ça le fait aller, et il est obligé d'obéir. A une autre on a jeté un sort: assise à sa porte, elle a vu passer dans l'ombre de la nuit une bête ressemblant à un ours, qui a tourné autour d'elle pour l'ensorceler : c'était le diable. En voici un troisième qui est devenu pos­sédé du démon d'une façon singulière : un jour, étant allé à confesse, au moment où le prêtre leva la main pour le bénir, il sentit un vaisseau se rom­pre dans sa poitrine. C'était le diable qui s'emparait de lui.

Les somnambules lucides, ou plutôt les dormeuses, comme on les appelle, jouissent d'un crédit illimité ; on les soupçonne aussi d'accointances avec l'esprit des ténèbres. On les consulte en toutes choses, et leurs oracles ont parfois pour le moral de ces gens crédules de désastreuses conséquences.

Du Potet. loc. cit.
(1) Louis Figuier, Histoire du merveilleux dans les temps modernes, Paris, 1881, t. III, p. 128 et suiv.
(1) Signes indubitables d'un pouvoir surnaturel.
(2) Le Libéral de la Vendée, vendredi 18 avril 1884.
(1) L'image d'un chapelet.

VII

Mais ce n'est pas seulement en Europe et dans la chrétienté que les effets du magnétisme se sont manifestés à travers les siècles.

Depuis 2400 ans, les Fakirs et les Djoguis de l'Inde, pratiquent l'hypnotisme dans le but de dévo­tion qui est de s'unifier à Dieu dans une sorte d'extase. En se regardant pendant quelques minutes le bout du nez, ils tombent en catalepsie, et peuvent alors émerveiller la foule par des attitudes extraor­dinaires qu'ils gardent un temps indéfini. Au dire de certaines personnes, les Djoguis ne pratiqueraient pas seulement l'hypnotisme, mais encore le magnétisme dans ce qu'il a de plus merveilleux et de plus incompréhensible. On a pu lire, il y a quel­que temps, à ce sujet dans la chronique d'un grand journal (1), des choses tellement étonnantes qu'on se demande si l'on doit considérer les assertions de l'auteur comme l'expression véritable de sa pensée ou plutôt comme une boutade humoristique. Il y a, paraît-il, trois écoles de Djog dans l'Inde, l'une située sur les bords du Gange, l'autre sur la côte d'Orissa, la troisième dans le sud de la péninsule ; et elles communiqueraient hypnotiquement entre elles de la façon la plus régulière.

S'endormir à distance, rester hypnotisés des jours et des semaines entières, aussi immobiles que des stylites, s'anéan­tir dans une volonté supérieure qui substitue les cerveaux les uns aux autres; échanger à des milliers de milles les impressions les plus précises, tout cela est un jeu pour les Djoguis.

Voilà de quoi décourager les somnambules euro­péennes les plus lucides; à moins que ce ne soit de faire rire les Djoguis à nos dépens.

Les moines chrétiens du mont Athos observaient des pratiques semblables à celles des Fakirs, mais au lieu de leur nez, prenaient leur nombril pour point de mire et tombaient en extase cataleptique après une contemplation suffisamment prolongée de cette région.

Depuis quarante siècles, exposait en 1860 le Dr E. Rossi, du Caire, une ciasse d'Égyptiens fait sa profession du Mandeb, qui n'est autre chose qu'un mélange de sorcellerie et d’hypnotisme. Ces magiciens font généralement usage d'une assiette en faïence parfaitement blanche. Dans le centre de cette assiette, ils dessinent avec une plume et de l'encre deux triangles croisés l'un dans l'autre, et remplissent le vide de cette figure géométrique par des mots cabalistiques, pour concentrer le regard sur un point limité. Puis, pour augmenter la luci­dité de la surface de l'assiette, ils y versent un peu d'huile.

Ils choisissent en général un jeune sujet pour leurs expé­riences, lui font fixer le regard au centre du double trian­gle croisé. Quatre ou cinq minutes après, voici les effets qui se produisent : Le sujet commence à voir un point noir au milieu de l'assiette ; ce point noir a grandi quelques instants après, change de forme, se transforme en différentes appa­ritions qui voltigent devant le sujet. Arrivé à ce point d'hal­lucination, le sujet acquiert souvent une lucidité somnambulique aussi extraordinaire que celle des magnétisés (1).

D'autres opérateurs, sans avoir recours à ce appa­reil charlatanesque, se contentent de faire fixer à leur patient une boule de cristal, et obtiennent sans plus de difficulté le sommeil hypnotique.

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