L'automatisme psychologique - deuxième partie.

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Appendice

Nous donnons en appendice un petit nombre d'indications sur la maladie et le caractère principal de quelques sujets qui ont joué dans ce travail un rôle important. Nous ne croyons pas nécessaire d'insister beaucoup ; les caractères maladifs de ces sujets sont ordinairement du même genre et ils ont presque toujours été rappelés quand une observation était décrite sur telle ou telle personne.

Be. Jeune femme de vingt-cinq ans. Père bien portant, mère nerveuse irritable sans accidents précis, un oncle maternel aliéné. Elle a eu, vers l'âge de quinze ans, divers accidents hystériques, quelques crises assez fortes avec pertes de souvenir, des contractures, des accidents de pseudo-péritonite ; a été hypnotisée à ce moment assez fréquemment. Mais depuis elle n'a plus eu d'accidents nerveux bien caractérisés et n'a plus été mise en somnambulisme. Aujourd'hui, elle est bien portante et ne présente aucune espèce d'anesthésie ; au contraire, quand on examine chacun de ses sens séparément, elle a partout une sensibilité extrêmement fine. Le seul caractère anormal c'est une distraction très forte, un rétrécissement du champ de la conscience très visible et qui l'empêche de suivre deux choses à la fois. Elle a été étudiée unique­ment, à un point de vue, celui de la suggestibilité à l'état de veille qui est chez elle tout à fait extraordinaire.

Blanche. Jeune fille de dix-huit ans. Mère bien portante, père nerveux, bizarre, une tante maternelle aliénée. Elle est la dernière de quinze enfants dont neuf sont morts en bas âge, tous avant trois ans, et dont les survivants sont assez bien portants. Elle a eu, dans son enfance jusqu'à trois ans, des convulsions fréquentes d'apparence épileptique qui siégeaient presque uniquement à gauche. Elle est restée à tous les points de vue très arriérée, presque idiote, très petite, faible, non réglée encore. Elle est atteinte d'une véritable boulimie, vole de la nourriture et surtout du pain quand elle peut et mange jusqu'à ce qu'elle étouffe. Elle a alors de nouveau une crise analogue à celle de son enfance, avec convulsions limitées au côté gauche et écume à la bouche, mais cet accident est maintenant fort rare. La sensibilité est à peu près normale du côté droit, quoique diminuée, mais presque nulle du côté gauche. Intelligence obtuse, quoiqu'elle ait reçu quelque éducation. Étudiée au même point de vue que la précédente pour la suggestibilité à l'état de veille et l'automatisme qu'elle présente au plus haut degré.

D. Jeune homme de vingt-quatre ans, cas de folie impulsive dont l'observation a été rapportée plus haut.

G. Jeune fille âgée de dix-sept ans. Mère hystérique, aucun renseignement sur le père. Depuis quelques années, elle a des crises de petite hystérie qui sont très fréquentes pendant des périodes de quinze jours à un mois, puis disparaissent pendant quelque temps. Anesthésie du côté gauche assez variable, qui disparaît dans les moments de santé. Étudiée dans l'état de sommeil hypnotique qui, chez elle, remplace assez facilement les crises et les supprime momentanément.

H. Jeune homme de vingt-huit ans. Père bien portant, mère hystérique (convul­sions et paraplégie). Il ne présente aucun caractère de l'hystérie et a toutes les sensibilités intactes quoiqu'il soit distrait et émotionnable. Il est facilement mis dans un état de petit hypnotisme avec oubli au réveil, mais, chose assez singulière, il retrouve presque toujours le souvenir de l'hypnotisme le lendemain, après une nuit de sommeil normal ; il présente une sensibilité particulière à l'aimant qui le contracture.

Lem. Jeune homme de dix-neuf ans. Père bien portant, mère hystérique, tante maternelle hystérique. Il présente depuis deux ans des attaques d'hystéro-épilepsie assez espacées. Anesthésie complète, tactile et musculaire, sauf à la jambe droite. A eu pendant six semaines une contracture hystérique des muscles de l'abdomen et de la poitrine à la suite d'un choc. Très hypnotisable.

Léonie. Femme de quarante-cinq ans, qui a déjà été décrite et étudiée bien souvent. Mère bien portante, père et grand-père paternel épileptiques, d'autres parents paternels probablement aliénés. A eu des crises convulsives depuis sa première enfance, mais a été extrêmement modifiée par des magnétiseurs qui ont étudié sur elle le somnambulisme. Elle ne présentait plus de caractères hystériques bien nets il y a quelques années quand je l'ai étudiée pour la première fois avec M. le Dr Gibert ; mais depuis l'année dernière, à la suite de crises hystériques violentes survenues au moment de la ménopause, elle conserve une anesthésie complète et invariable du côté gauche. L'histoire de cette femme qui est fort curieuse devrait être racontée d'une manière plus détaillée et j'essaierais de le faire si je pouvais réunir les notes du Dr Perrier, le médecin de Caen qui l'a étudiée pendant plus de dix ans.

Lucie. Jeune femme de vingt ans dont j'ai déjà plusieurs fois donné l'observation dans des articles publiés à la Revue philosophique. Mère bien portante, père hystéro-épileptique, mort en crise. Elle a eu des convulsions dans son enfance, une attaque de cécité probablement nerveuse vers l'âge de neuf ans : à la suite d'une frayeur éprou­vée vers cette même époque, elle a repris des crises hystériques toutes particulières qui, d'abord fort courtes, ont grandi peu à peu et duraient, quand je l'ai connue, au moins cinq heures ; elle était anesthésique totale, avait l'ouïe et la vue considé­rablement diminuées.

Le somnambulisme provoqué a supprimé les crises d'hystérie en quelques jours, puis, au bout d'un mois, a fait disparaître tous les autres symptômes d'hystérie et est alors disparu à son tour. Lucie est restée bien portante sans aucun accident pendant dixhuit mois. Puis elle a été reprise de cauchemars, et de somnambulismes naturels. Quelques séances d'hypnotisme ont fait disparaître ces symptômes, puis sont deve­nues impossibles, car le sujet a de nouveau cessé d'être hypnotisable. Lucie est restée alors un an sans aucun accident, puis elle a eu de nouveau quelques crises légères qui ont encore été supprimées par une séance de somnambulisme.

M. Femme de vingt-trois ans. Père bien portant, mère hystérique ainsi que la grand-mère et une tante maternelles. Crises de petite hystérie assez rares, anesthésie incomplète du côté gauche.

Marie. Jeune fille de dix-neuf ans. Mère nerveuse irritable, aucun renseignement sur le père. Elle a présenté dès son enfance de véritables crises de colère suivies de suffocations. Nous avons raconté dans quelles singulières circonstances elle perdit, à l'âge de six ans, la vue de l'œil gauche, et comment une imprudence commise au moment de ses premières époques amena beaucoup plus tard des crises, des convul­sions et des délires. Elle semble aujourd'hui complètement rétablie et n'est plus hypnotisable.

M. Jeune fille de dix-sept ans. Crises de petite hystérie, plaques irrégulières d'anesthésie.

N. Femme de trente ans. Crises de petite hystérie assez rares, anesthésie du côté gauche. Le somnambulisme de ce sujet a été décrit plus haut.

P. Homme de quarante ans. Amené à l'hôpital pour une crise de délire alcoolique subaigu, présentait vers la fin de cette crise une grande suggestibilité.

R. Jeune homme de vingt ans, renvoyé du régiment parce qu'il a des crises que l'on considère comme de l'épilepsie. Anesthésie du côté gauche, sommeil hypnotique facilement provoqué.

Rose. Femme de trente-deux ans, appartenant à une famille dont presque tous les membres du côté maternel, grand-père maternel, mère, tante, neveux, sont des hysté­riques convulsifs ; son frère est aussi, probablement, hystéro-épileptique. Elle a présenté elle-même, depuis son enfance, tous les accidents de l'hystérie la plus grave : anesthésies et contractures persistantes pendant plusieurs mois, dès l'âge de huit ans, cécité hystérique à quinze ans, des périodes de grandes crises de la léthargie pendant plusieurs jours, etc. Réglée à vingt ans seulement, elle a eu huit enfants, tous morts en bas âge dans les premiers mois.

Il y a un an, à la suite de son dernier accouchement, elle a eu une attaque de faus­se péritonite hystérique, puis, quand celle-ci disparu, une contracture des deux jambes en extension. Anesthésie complète aux membres inférieurs, s'étendant bientôt sur tout le corps, dyschromatopsie complète des deux yeux. D'ailleurs l'état de la sensibilité chez ce sujet a souvent varié pendant son long séjour de sept mois à l'hôpital. Quelques-unes de ces variations ont été décrites.

Cette femme présentait, quand on l'hypnotisait, de nombreuses variétés des états cataleptiques ou somnambuliques, et, dans quelques-uns de ces états, quand elle recouvrait la sensibilité, elle pouvait remuer librement les jambes. La guérison des contractures a été extrêmement difficile, mais a été obtenue cependant d'une manière en apparence complète par des suggestions faites dans certaines conditions et par des somnambulismes prolongés. Cependant tous les signes hystériques n'étaient pas disparus, et, en particulier, la sensibilité hypnotique et l'état de suggestibilité étaient encore aussi forts quand cette personne a quitté l'hôpital. La guérison ne s'est pas maintenue plus de deux ou trois mois et maintenant la paraplégie et les contractures se sont rétablies d'une manière à peu près identique.

V. Femme de vingt-huit ans. Parents n'ayant présenté aucun accident nerveux. V. est la dernière de douze enfants et naquit jumelle. Elle resta toujours faible et chétive. A la suite de travaux intellectuels pour des examens, elle eut, à l'âge de quinze ans, des délires ou des somnambulismes naturels, pendant lesquels elle récitait sans cesse son Histoire de France ; bien portante pendant dix ans, elle a eu à vingt-six une seule grande crise d'hystérie à la suite d'une émotion, et, pendant cette crise, a recommencé à réciter les chapitres de son Histoire de France. À vingt-sept ans, elle eut une attaque de catalepsie naturelle causée par un coup de foudre. A vingt-huit ans, prise d'une angine, elle dut rester couchée, mais quand la maladie fut terminée, elle se trouva paralysée des deux jambes. Les antécédents de la malade, l'état actuel d'anesthésie presque générale, l'existence des douleurs ovariennes et de nombreux points hysté­rogènes empêchent de croire à l'existence d'une paralysie diphtérique. L'étude que je pus faire alors de ce sujet très curieux est rappelée ailleurs. Je ne pus d'abord détruire la paralysie, car V., même mise en somnambulisme, prétendait que cela était impos­sible. Après l'avoir convaincue de ma puissance en lui faisant voir différents specta­cles par hallucination, je pus facilement rétablir le mouvement des jambes. Je lui suggérai ensuite de dormir immobile toute la nuit et, le lendemain, elle ne pré­sentait plus aucune anesthésie, ni aucun point hystérogène. Les symptômes d'hystérie n'ont pas reparu depuis un an.

Ces quelques observations, qui m'ont été obligeamment communiquées par les médecins qui ont soigné ces malades, sont loin d'être complètes sans doute, mais elles peuvent fournir quelques renseignements utiles sur les sujets qui ont été étudiés dans cet ouvrage à d'autres points de vue.

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