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Conclusion
On rencontre des difficultés toutes
particulières et on s'expose à de grands dangers quand on essaye
de tirer les conclusions générales de ces longues études expérimentales. Les
faits étranges que l'on a passés en revue, les théories séduisantes que l'on a
entrevues à propos de tel ou tel problème, semblent nous engager
dans les hypothèses les plus aventureuses de la philosophie. Les
spéculations des anciens auteurs hylozoïstes sur la vie universelle et la
conscience partout répandues, les théories plus modernes sur la persistance
des idées dans la mémoire et sur le caractère indestructible de la
pensée, ne se rattachent-elles pas d'une manière bien étroite à
nos expériences sur la catalepsie, la suggestion thérapeutique et les actes
subconscients ? Mais aborder ces suppositions, quelque séduisantes
qu'elles soient, serait sortir entièrement de la méthode que nous nous
sommes engagé à suivre et passer, comme disait l'ancienne logique, d'un
genre dans un autre. Un des grands mérites de ces nouvelles études de
psychologie, quoique cela paraisse singulier, c'est qu'elles sont susceptibles
d'erreur. On peut démontrer d'une manière rigoureuse, et on le fera sans
doute pour beaucoup de ces études, l'inexactitude involontaire de telle ou
telle observation, l'erreur de telle ou telle interprétation. C'est là
un mérite et un avantage : il y a une satisfaction pour l'esprit à
constater que l'on s'est trompé sur un point, car cela donne l'espoir d'avoir
pu ou de pouvoir, sur quelque autre, entrevoir la vérité. Les hypothèses
générales de la philosophie ne sont pas susceptibles d'erreur. Qui donc a
réfuté ou pourra jamais réfuter le spiritualisme ou le panthéisme de
manière à faire disparaître l'hypothèse comme
inutile ? C'est pour cela qu'il ne faut pas nous engager dans ces théories
qui sont par leur nature au-dessus et en dehors de toute discussion précise.
Cependant la synthèse étant, comme nous l'avons
vu, le principal mérite des travaux intellectuels. il est nécessaire de
synthétiser toutes les études contenues dans ce livre. Les hypothèses
générales sont de simples résumés, des symboles qui représentent plus ou moins
bien l'état momentané d'une question et le degré où l'on s'arrête
dans l'interprétation des phénomènes. Quoique les quelques propositions
que nous allons expliquer nous semblent vraisemblables, elles ne doivent être
considérées que comme des hypothèses peut-être momentanées et
transitoires.
Au début des travaux de psychologie, les philosophes
insistèrent sur une remarque, juste en général, nécessaire
peut-être la séparation radicale de l'esprit et du corps. Cette conception,
qui avait sa raison d'être, fut très utile à un certain
moment et contribua puissamment à fonder les études de
psychologie ; mais elle avait aussi ses exagérations et ses dangers. Les
inconvénients de cette hypothèse se manifestèrent d'abord dans la
métaphysique, et la difficulté d'expliquer l'action réciproque de l'âme et du
corps força les philosophes à construire les systèmes les plus
bizarres. En présence des difficultés et quelquefois des absurdités de ces
théories, la philosophie modifia peu à peu sa conception primitive et,
sous l'influence de Leibniz, puis sous celle de Kant, rapprocha
singulièrement les deux natures quelle avait crues inconciliables. Ce
mouvement est tout naturel et se rattache parfaitement aux lois générales de
l'intelligence. Pour comprendre les choses, il faut commencer par les
séparer : la discrimination est
le premier pas de la science ; mais, séparer, ce n'est pas comprendre, il
faut ensuite réunir, synthétiser les termes différents qu'on a distingués et
établir cette unité dans la diversité, qui est proprement l'œuvre de
l'esprit humain.
Ce progrès, qui s'est effectué plus ou moins
dans la métaphysique de l'âme et de la matière, ne me semble pas avoir
été aussi complet jusqu'à présent dans la science de l'esprit et du
corps. Dans la science, en effet, la séparation avait été aussi complète
entre les deux catégories de phénomènes psychologiques et physiologiques
qu'elle l'avait été entre les deux espèces d'êtres distingués par
les métaphysiciens. Cette séparation avait pris une forme particulière,
c'était l'antagonisme entre les idées, les sentiments, d'une part, et le
mouvement physique des organes, de l'autre, au lieu d'être l'opposition
entre la pensée et l'étendue. Les difficultés cependant n'avaient pas tardé
à survenir et avaient forcé les psychologues, comme précédemment les
philosophes cartésiens, à inventer toutes sortes d'intermédiaires entre
les faits que l'on avait séparés. Les théories de la faculté motrice, de
l'effort musculaire, et même de la volonté me paraissent, dans la
science, des suppositions absolument parallèles aux fameuses
hypothèses du médiateur plastique, des causes occasionnelles ou de l'harmonie
préétablie, dans la métaphysique. Ces intermédiaires cependant ne furent pas
suffisants et, de plus en plus, on constate le rôle de l'activité et même
du mouvement dans la pensée, et réciproquement le rôle de la pensée au
mouvement. Peut-on exposer aujourd'hui une théorie de l'activité physique,
instinctive, habituelle ou volontaire, sans y mêler perpétuellement
toutes les théories de l'intelligence ? Peut-on parler de l'intelligence,
de la perception et de l'attention, sans y mêler sans cesse la notion des
mouvements corporels ? Une théorie de l'intelligence pure, indépendante de
l'organisme et du mouvement, n'est plus possible aujourd'hui, et bientôt une
théorie de l'organisme purement mécanique sans intervention de la conscience
sera également insoutenable. On ne peut plus considérer la psychologie et la
physiologie comme indépendantes, on ne peut faire de l'une un appendice
insignifiant de l'autre ; il faut avouer qu'il y a, entre ces deux
sciences, des rapports particuliers qui n'existent entre aucune autre, et qu'en
se plaçant à des points de vue différents, elles font toutes deux des
descriptions parallèles d'une seule et même chose.
En restreignant cette question générale, en étudiant
non pas tous les organes, mais seulement les mouvements des membres, des
organes de relation, nous avons apporté notre contribution à
l'établissement de cette théorie moderne ; nous avons essayé de montrer
l'union complète, l'inséparabilité absolue des phénomènes de
sentiment et de pensée et des phénomènes de mouvement physique chez des
êtres organisés. D'un côté, nous avons montré que tout mouvement des
membres chez un être vivant, si simple que soit ce mouvement, était
accompagné par un phénomène de conscience. Qu'il s'agisse des poses des
membres, des attitudes, des convulsions dans certains états de crise ou de
maladie, quand le sujet semble insensible et réduit à l'état de machine,
ou qu'il s'agisse des mouvements involontaires, de contracture persistante chez
un sujet actuellement conscient d'autre chose et qui soutient ne pas les
connaître, toujours on peut légitimement supposer et quelquefois démontrer l'existence
de phénomènes de conscience, simples sans doute, mais réels, durant
autant que le mouvement lui-même. D'un autre côté, nous croyons avoir
montré que, si l'on fait naître dans l'esprit d'une personne un
phénomène psychologique quelconque, une sensation, une hallucination,
une croyance, une perception simple ou complexe, on provoque infailliblement un
mouvement corporel correspondant qui varie en complexité comme le
phénomène psychologique lui-même.
Inversement, si nous examinons ou si nous produisons
diverses suppressions du mouvement, quand le sujet, par exemple, devient
incapable de faire tel acte déterminé ou de dire telle parole, ou bien quand il
est affecté d'une paralysie complète, nous constatons qu'il y a, en
même temps, dans la conscience, un vide par ticulier, la perte d'une
image ou une amnésie, la perte d'une sensation ou une anesthésie. Enfin,
quelles que soient les modifications que le mouvement extérieur semble
éprouver, qu'il devienne précis ou vague, complexe ou incoordonné, régulier ou
très variable, toujours il y a dans l'esprit une modification
correspondante. L'activité instinctive correspond aux sensations et aux
perceptions, l'activité habituelle ne doit pas être séparée de la
mémoire, l'activité volontaire n'existe pas sans le jugement. En un mot,
à quelque point de vue que l'on se place, il n'y a pas deux facultés,
une, celle de la pensée, l'autre, celle de l'activité, il n'y a, à
chaque moment, qu'un seul et même phénomène se manifestant toujours
de deux manières différentes.
Comment cette unité, malgré la diversité apparente des
deux choses, est-elle possible ? Je crois que les théories actuelles de
la connaissance et de la science nous en donnent facilement la raison. Il
s'agit d'une même chose qui est connue et étudiée de deux manières
différentes. Un phénomène que je considère à l'extérieur,
grâce a mes organes des sens, et que j'interprète par les règles
et les habitudes de ma pensée, ne peut pas avoir le même aspect que si je
le considère en moi-même par la conscience. La différence des
points de vue, des procédés, des méthodes d'investigation est si grande,
qu'elle suffit pour expliquer les différences apparentes qui nous avaient égarés.
Ces différences ne doivent pas être supprimées sans doute, puisqu'elles
résultent d'une opposition réelle entre nos procédés de connaissance, et
l'étude physiologique du mouvement extérieur ne doit pas être identifiée
avec l'étude psychologique de la pensée qui l'accompagne ; chacune de ces
études a son rôle et son importance, et, suivant les points que l'on
considère, l'une ou l'autre de ces sciences a le plus d'avance. Qui
s'avisera de faire la théorie psychologique de la digestion ou la théorie
physiologique du syllogisme ? Mais cela n'empêche pas que ces sciences
ne soient parallèles et n'aient entre elles des relations qu'aucune
autre science ne peut avoir, car elles étudient le même objet à
deux points de vue différents. La connaissance de l'homme, cela est certain, ne
serait complète, dans une science idéale, que si chaque loi psychologique
trouvait son pendant dans une loi physiologique. Dans la marche vers cet idéal,
les deux sciences se secourent mutuellement et, suivant qu'elle est, sur un
point, plus avancée, l'une des deux sciences donne des indications et des
directions à l'autre. Dans l'étude qui nous occupe, celle des mouvements
de relation, il semble qu'aujourd'hui ce soit, pour un moment, la psychologie
qui ait la prééminence, et les physiologistes eux-mêmes, on doit le
remarquer comme un fait important, n'ont cru pouvoir expliquer les actes des
somnambules qu'ils observaient qu'en faisant appel à des lois
psychologiques.
Laissons donc de côté les phénomènes physiques,
passons à la psychologie pure et cherchons dans ses lois l'explication
de l'activité particulière et automatique que nous avons voulu étudier.
Les choses semblent se passer comme s'il y avait dans l'esprit deux activités
différentes qui tantôt se complètent l'une l'autre et tantôt se font
obstacle : considérons chacune de ces activités séparément.
Comme le disaient les anciens philosophes, être
c'est agir et créer, et la conscience, qui est au suprême degré une
réalité, est par là même une activité agissante. Cette activité,
si nous cherchons à nous représenter sa nature, est avant tout une
activité de synthèse qui réunit des phénomènes donnés plus ou
moins nombreux en un phénomène nouveau différent des éléments. C'est
là une véritable création, car, à quelque point de vue que l'on
se place, « la multiplicité ne contient pas la raison de l'unité [369], » et l'acte par lequel des éléments hétérogènes sont
réunis dans une forme nouvelle n'est pas donné dans les éléments. Au moment
où, pour la première fois, un être rudimentaire réunit des
phénomènes pour en faire la sensation vague de douleur, il y eut dans le
monde une véritable création. Cette création se répète pour chaque
être nouveau qui réussit à former une conscience de ce genre, car,
à proprement parler, la conscience de cet être qui vient de naître
n'existait pas dans le monde et semble sortir du néant. La conscience est donc
bien par elle-même, dès ses débuts, une activité de
synthèse.
Il est impossible de dire quels sont les premiers
éléments qui sont ainsi combinés par la conscience. De même que la
physiologie trouve l'organisation dans tous les éléments du corps organisé, la
psychologie trouve déjà une organisation et une synthèse dans
tous les éléments de la conscience auxquels elle peut remonter. Mais ce qui est
certain, c'est qu'il y a des degrés d'organisation et de synthèse de
plus en plus complexes. Les petites synthèses élémentaires sans cesse
répétées deviennent les éléments d'autres synthèses supérieures. Étant
plus complexes, ces nouvelles synthèses sont bien plus variées que les
précédentes ; quoique en restant toujours des unités, elles sont des
unités qui ont des qualités différentes les unes des autres. De même que
les êtres composés d'une seule cellule sont tous pareils et que les
êtres composés de plusieurs cellules commencent à prendre des
formes distinctes, les consciences vagues de plaisir et de douleur deviennent
peu à peu des sensations déterminées et d'espèces différentes.
Chaque sensation est ainsi un tout, un composé, dans lequel des éléments de
conscience correspondant eux-mêmes à des mouvements très
simples ont été combinés. Il ne faut pas dire qu'un enfant apprend à
sentir telle sensation, qu'il apprend ensuite à faire le mouvement
complexe correspondant -, il a appris les deux choses en même temps, et
la coordination des mouvements s'est faite en même temps que
l'organisation des éléments de la sensation.
Ces sensations à leur tour s'organisent en des
états plus complexes que l'on peut appeler des émotions générales ;
celles-ci s'unifient et forment, à chaque moment, une unité
particulière qu'on appelle l'idée de la personnalité, tandis que
d'autres combinaisons formeront les différentes perceptions du monde
extérieur.
Certains esprits vont au-delà, synthétisant
encore ces perceptions en jugements, en idées générales, en conceptions
artistiques, morales ou scientifiques. Sans doute, nous sommes frappés alors de
l'activité créatrice de l'esprit ; nous ne croyons pas que les hautes
synthèses scientifiques faites par quelques hommes de génie leur aient
été données dans les éléments fournis par les sensations. Nous savons bien que des
générations d'hommes ont possédé ces mêmes faits, ces mêmes
éléments, et n'ont pas réussi à les coordonner et nous disons que le
génie est créateur. Mais la nature de la conscience est toujours la même
et l'enfant qui, pour la première fois, avait construit en lui la plus
faible des émotions artistiques ou religieuses, avait également accompli pour
son propre compte une découverte et une création. « La perception n'est
pas quelque chose de différent de l'association, disait M. Fouillée ; c'est
toujours l'introduction d'un courant supérieur de force irrésistible qui se
subordonne tout le reste et emporte tout dans son cercle propre... [370] » Comment, par quels progrès lents, la conscience
effectue-t-elle de pareilles synthèses, dans quel ordre passe-t-elle de
l'une à l'autre ? Ce sont des choses que nous n'avons pas
recherchées dans cet ouvrage, car nous avons toujours supposé que cette
première activité avait déjà fait son œuvre, et nous avons
toujours étudié les conséquences de son travail.
Il y a en effet, dans l'esprit humain, une seconde
activité que je ne puis mieux désigner qu'en l'appelant une activité conservatrice. Les synthèses une
fois construites ne se détruisent pas ; elles durent, elles conservent
leur unité, elles gardent leurs éléments rangés dans l'ordre où ils
l'ont été une fois. Dès que l'on se place dans les circonstances
favorables, on voit les sensations ou les émotions se prolonger avec tous leurs
caractères aussi longtemps que possible. Bien mieux, si la synthèse
précédemment accomplie n'est pas donnée complètement, s'il n'existe
encore dans l'esprit que quelques-uns de ses éléments, cette activité
conservatrice va la compléter, va ajouter les éléments absents dans l'ordre et
de la manière nécessaires pour refaire le tout primitif. De même
que l'activité précédente tendait à créer, celle-ci tend à
conserver, à répéter. La plus grande manifestation de la première
était la synthèse, le grand caractère de celle-ci est
l'association des idées et la mémoire. « C'est la contre-partie mentale de
la grande loi du mécanisme, la conservation de la force. Cette loi, en effet,
veut que tout mobile persévère dans son mouvement, tant qu'une autre
force ne l'en détourne pas, et qu'il suive toujours la ligne de la moindre
résistance. Une première expérience a réuni, dans l'esprit de J'enfant,
la brûlure à la flamme, et produit ainsi une certaine direction de
la pensée en même temps que de l'action ; nous avons ainsi en faveur
de la direction flamme-brûlure une force positive et pas d'autre en sens
contraire [371]. »
Ce sont les conséquences de cette loi générale de
conservation et de reproduction que nous avons examinées dans ce travail. Nous
avons vu les sensations durer et maintenir les éléments qui les constituaient,
nous avons vu les émotions se reproduire et maintenir les mouvements et les
expressions de la physionomie qui en étaient les parties constituantes. Un
élément d'une mémoire particulière et d'une personnalité complexe étant
donné, toute la mémoire et toute la personnalité se reproduisait. Suivant que
l'on amenait ainsi les éléments de telle ou telle synthèse
antérieurement constituée, on faisait alterner les consciences et les
existences personnelles. Enfin, quand le sujet avait appris le sens des paroles
et compris le langage, on provoquait, en se servant des synthèses
effectuées autrefois, tous les actes, toutes les pensées, on faisait naître
tous les phénomènes psychologiques dans un ordre régulier et facile
à prévoir. Ceux qui ne veulent voir qu'un côté de l'esprit peuvent
évidemment s'arrêter à cet automatisme que nous avons décrit avec
détails, mais, pour nous, cet automatisme n'est que la conséquence d'une autre
activité toute différente, qui, agissant autrefois, l'a rendu possible
aujourd'hui et qui, d'ailleurs, l'accompagne encore presque toujours.
En effet, ces deux activités subsistent ordinairement
ensemble tant que l'être est vivant ; de leur bon accord et de leur
équilibre dépendent la santé du corps et l'harmonie de l'esprit. De même
que dans un état politique, l'activité novatrice et l'activité conservatrice
doivent se régler et se limiter mutuellement, de même, dans l'esprit,
l'activité actuelle, capable de comprendre de nouvelles synthèses et de
s'adapter à de nouvelles conditions, doit faire équilibre à cette
force automatique qui veut maintenir immuables les émotions et les perceptions
du passé. Quand l'esprit est normal, il n'abandonne à l'automatisme que
certains actes inférieurs qui, les conditions étant restées les mêmes,
peuvent sans inconvénient se répéter, mais il est toujours actif pour effectuer
à chaque instant de la vie les combinaisons nouvelles qui sont incessamment
nécessaires pour se maintenir en équilibre avec les changements du milieu.
Cette union des deux activités est alors la condition de la liberté et du
progrès.
Mais que l'activité créatrice de l'esprit,
après avoir travaillé au début de la vie et accumulé une quantité de
tendances automatiques, cesse tout d'un coup d'agir et se repose avant la fin,
l'esprit est alors entièrement déséquilibré et livré sans contrepoids
à l'action d'une seule force. Les phénomènes qui surgissent ne
sont plus réunis dans de nouvelles synthèses, ils ne sont plus saisis
pour former à chaque moment de la vie la conscience personnelle de
l'individu ; ils rentrent alors naturellement dans leurs groupes anciens
et amènent automatiquement les combinaisons qui avaient leurs raisons
d'être autrefois. Sans doute, si un esprit de ce genre est maintenu avec
précaution dans un milieu artificiel et invariable, si, en lui supprimant le changement
des circonstances, on lui évite la peine de penser, il pourra subsister quelque
temps faible et distrait. Mais que le milieu se modifie, que des malheurs, des
accidents, ou simplement des changements, demandent un effort d'adaptation et
de synthèse nouvelle, il va tomber dans le plus complet désordre.
Ce sont tous ces désordres petits ou grands résultant
de la prédominance de l'automatisme ancien sur une activité synthétique
actuelle très affaiblie que nous avons étudiés dans la dernière
partie de ce travail. Nous avons vu que les perturbations les plus étranges
pouvaient se ramener à quelques lois simples et que la psychologie
n'était pas impuissante pour les expliquer.
Les idées générales que nous venons d'exposer et qui
d'ailleurs se retrouveraient en partie dans les travaux de plusieurs
philosophes d'aujourd'hui, nous ont paru une manière simple de résumer,
de synthétiser les phénomènes que nous avons décrits. Elles ne doivent
être considérées que comme des conjectures vraisemblables. Leur imperfection
ou même leur fausseté n'altéreraient pas l'exactitude de quelques lois
particulières et des quelques faits qui sont toujours à nos yeux
l'essentiel dans cet essai de psychologie expérimentale.
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