L'automatisme psychologique - deuxième partie.

Back to Index

Résumé historique du spiritisme

Les faits que nous venons d'observer à propos de quelques jeux de société sont bien élémentaires et bien simples si on les compare à ceux qui ont donné lieu à l'une des plus curieuses superstitions de notre époque : je veux dire les discours des tables parlantes et les messages des médiums écrivants. On s'est montré injuste envers les spirites comme envers les magnétiseurs ; on s'est trop moqué d'eux et on les a trop dédaignés. Eux aussi avaient des théories absurdes pour expliquer des faits qui étaient importants et bien observés. Il y a des années que les chefs du spiritisme connaissent ces faits de désagrégation psychologique que nous venons de décrire. Il semble que toute science doit passer par une période de superstition bizarre : l'astronomie et la chimie ont commencé par être l'astrologie et l'alchimie. La psychologie expérimen­tale aura commencé par être le magnétisme animal et le spiritisme : ne l'oublions pas et ne nous moquons pas de nos ancêtres.

Les ouvrages des spirites, comme ceux des magnétiseurs, peuvent se diviser en deux groupes. Les uns qui exposent une quantité de théories plus ou moins banales ou fantastiques pour expliquer un petit nombre de faits à peine décrits : ceux-là sont en général complètement illisibles. Les autres, tout en parlant encore beaucoup trop des esprits et de leur hiérarchie, insistent davantage sur les faits observés et les descrip­tions des séances ; ils sont intéressants et plus agréables à lire que l'on ne croirait.

Après avoir commencé, non sans effroi, la lecture des gros volumes de M. de Mirville, l'étude de la Revue spirite, celle des théories de Gasparin ou de Chevillard sur le spiritisme, j'ai fini par y prendre un certain plaisir. On trouve de tout dans ces ouvrages qui sont quelquefois écrits avec une verve et un enthousiasme presque communicatifs. Tantôt ce sont des histoires délicieuses, comme celle de ce bon M. Bénézet et de son guéridon qui interrompt sa conversation pour courir après des papillons, celle de ces esprits malins et peu convenables qui se dissimulent sur les chaises et mordent les personnes... quand elles s'asseoient, et surtout le récit des mésaventures de ce pauvre M. X... qui fuit devant la révolte de son mobilier et se cache derrière un canapé resté fidèle ; tantôt ce sont des recherches d'érudition abso­lument dépourvues de critique, il est vrai, mais quelquefois bien curieuses ; tantôt ce sont des observations psychologiques très intéressantes et très fines et qui sont loin d'être inutiles pour les observateurs de nos jours. Il est fâcheux que les dimensions de cet ouvrage ne me permettent pas d'insister suffisamment sur ces différents auteurs. Nous ne pouvons que rechercher les faits les plus fréquemment observés par des écrivains opposés les uns aux autres et, par conséquent, les plus vraisemblables, et les extraire de toutes ces réflexions, ces discussions, ces théories qui les étouffent. Une science naissante donne beaucoup plus de place aux systèmes qu'aux faits ; c'est justement l'inverse qui a lieu dans une science un peu plus avancée.

On connaît, dans ses grands traits, l'histoire du spiritisme, et je ne puis entrer ici dans des détails qui formeraient tout un volume. On sait que, vers 1848, deux jeunes filles américaines, misses Fox [160], ont eu le singulier honneur d'entendre les premières des coups mystérieux que rien ne pouvait expliquer : elle les attribuèrent tout naturel­lement à l'âme d'un individu décédé dans la maison, et, avec un courage au-dessus de tout éloge, engagèrent la conversation avec ce personnage. D'après une convention établie par ces demoiselles, un coup signifiait « oui » et deux coups signifiaient « non ». M. de Mirville semble réclamer le mérite de cette invention pour un des témoins dans l'affaire du presbytère de Gideville [161]. C'est là une question de priorité à débattre entre la France et l'Amérique. Je ne crois pas, cependant, que la question ait grande importance, car un passage d'Ammien Marcellin assure qu'au IVe siècle de notre ère, les chefs d'une conspiration contre l'empereur Valence interrogèrent des tables magiques d'une façon à peu près analogue [162]. Le procédé serait donc fort ancien. En tout cas, c'est en Amérique, de Mirville en convient lui-même, que, grâce aux misses Fox et au juge Edmonds, l'épidémie spirite fit ses premiers progrès. Ce dernier fut surtout stupéfait de la connaissance que les esprits qu'il interrogeait avaient de ses propres pensées. « Mes plus secrètes pensées, dit-il [163], étaient connues de l'intelligence qui correspondait avec moi. » Grâce aux coups dans les murs et aux mouvements des objets, « les esprits se mirent à prêcher en Amérique les vérités spirituelles, et leurs arguments visibles amenèrent une conviction qu'un genre de prédication moins sensible n'aurait pu produire [164] ». Leur influence se répandit rapidement dans toutes les sociétés américaines.

Ces faits étranges survenus dans le nouveau monde furent d'abord annoncés par les journaux dans différentes villes d'Allemagne, Brême, Bonn, Stettin, etc. ; ils furent annoncés en France par une petite brochure de M. Guillard sous le titre : « Table qui danse, et table qui répond. » « On y rend compte en grand détail des nom­breuses questions auxquelles une table et une énorme commode ont répondu de la façon la plus pertinente [165]. » Mais bientôt une lettre d'un négociant de New York, adressée à un habitant de la ville de Brême vint indiquer les procédés à suivre pour reproduire les mêmes merveilles. On essaya sur-le-champ : plusieurs personne se mirent autour d'une table dans la position cabalistique, de manière que le petit doigt de chaque personne touchât le petit doigt de la personne voisine et l'on attendit. Bientôt les dames poussèrent de grands cris, car la table tremblait sous leur main et se mettait à tourner [166]. On fit tourner d'autres meubles, des fauteuils, des chaises, puis des chapeaux, et même des personnes en faisant la chaîne autour de leurs hanches [167] ; on commanda à la table : « danse », et elle dansa ; « couche-toi », et elle obéit ; on fit sauter des balais, comme s'ils étaient devenus les chevaux des sorciers [168] ; on fit encore bien d'autres choses aussi merveilleuses.

L'épidémie ne tarda pas à passer en France : quoique certains auteurs prétendent qu'il y eut des tentatives de ce genre dès 1842, ce n'est vraiment qu'en 1853 que l'on trouve des expériences bien authentiques à Bourges [169], à Strasbourg, à Paris. Le succès fut complet et ne tarda pas à dépasser même celui des Allemands. Sous la pression des mains rangées autour d'elle avec méthode, la table ne se contenta plus de tourner et de danser, elle imita les diverses batteries du tambour, la petite guerre avec feux de file ou de peloton, la canonnade, puis le grincement de la scie, les coups de marteaux, le rythme de différents airs [170] ; c'était, comme on le comprend, un vaste champ ouvert aux expériences. Mais en Europe, comme en Amérique, on se lassa de ces jeux insignifiants et on apprit aux tables des exercices plus intelligents. On les pria de répondre aux questions par un nombre de coups conventionnels qui signifiaient « oui » ou « non », ou qui correspondaient aux différentes lettres de l'alphabet. Il fut désormais facile de leur poser des questions et d'entretenir des conversations avec elles.

Cependant ces procédés étaient encore bien primitifs et bien compliqués ; on les perfectionna de deux manières. D'un côté, on simplifia les signes dont les tables devaient se servir et, par des progrès successifs que je ne puis passer en revue [171], on essaya les signes plus rapides et plus connus de l'écriture. D'abord on attacha un crayon au pied d'une table légère, puis on se servit pour cet usage de guéridons plus petits, de simples corbeilles, de chapeaux, et enfin de petites planchettes spécialement construites pour cet usage et qui écrivent sous la plus légère impulsion. D'autre part, un grand progrès fut accompli par la découverte des médiums. On ne tarda pas à remarquer, en effet, que les dix ou douze personnes réunies autour de la table ne jouaient pas toutes un rôle également important. La plupart pouvaient se retirer sans inconvénient, sans que les mouvements de la table fussent arrêtés ou modifiés. Quelques-unes, au contraire, semblaient indispensables, car, si elles se retiraient, tous les phénomènes étaient supprimés et la table ne bougeait plus. On désigna sous le nom de médiums ces personnes dont la présence, dont l'intermédiaire était nécessaire pour obtenir les mouvements et les réponses des tables parlantes.

Grâce à ces progrès, les opérations deviennent plus simples et plus régulières : au lieu d'une douzaine de personnes debout autour d'une table, écoutant et comptant le nombre des bruits qu'elle produit dans son mouvement, il n'y a plus que le médium, la main appuyée sur une petite planchette mobile, ou même, dans la plupart des cas, tenant directement un crayon. Sa main, entraînée par un mouvement dont il ne se rend pas compte, écrit, sans le concours de sa volonté ni de sa pensée, des choses qu'il ignore lui-même et qu'il est tout surpris de lire ensuite.

Les médiums, ces individus essentiels et privilégiés, n'ont pas, tous, les mêmes pouvoirs et se rangent en catégories innombrables que nous ne pouvons énumérer toutes : les médiums à effets physiques ou les médiums typtologues, comme les misses Fox en Amérique, provoquent, par leur seule présence, des bruits dans les murs ou sous les tables ; les médiums mécaniques se servent d'une planchette, d'une toupie, d'une corbeille à bec, etc. [172] ; les médiums gesticulants répondent aux ques­tions par des mouvements involontaires de la tête, du corps, de la main, ou bien en promenant les doigts sur les lettres d'un alphabet avec une extrême vitesse [173] ; les médiums écrivants tiennent le crayon eux-mêmes, et écrivent à l'endroit ou à l'envers, ou se servent de l'écriture spéculaire [174], ou obtiennent des écritures diversement transformées ; les médiums dessinateurs laissent leur main errer au hasard et sont tout surpris de voir « la maison habitée par Mozart dans la planète Jupiter toute en notes de musique [175] ». C'est l'œuvre d'un de ces médiums dessinateurs que la Revue spirite offrait en prime à ses abonnés: « une superbe tête de Christ composée et dessinée médianimiquement par le médium J. Fabre, reproduction photographique, 3 fr. 50 [176] ». Quelques-uns, parmi ceux-ci, dessinent seulement le fond de leur tableau, les figures ressortent en clair comme sur les négatifs des photographes. Il y a des médiums pantomimes « qui imitent, sans pouvoir s'en rendre compte, la figure, la voix, la tournure des personnes qu'ils n'ont jamais vues, et jouent des scènes de la vie de ces personnes d'une telle façon qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître l'individu qu'ils représentent [177] ». Les médiums parlants ne peuvent empêcher leur bouche de dire des paroles dont ils ne soupçonnent pas le sens et qu'ils sont tout surpris d'entendre ; la même puissance « agit chez eux sur l'organe de la parole, comme elle agit sur la main des médiums écrivants.... Le médium s'exprime sans avoir la conscience de ce qu'il dit, quoi qu'il soit parfaitement éveillé et dans son état normal... Il conserve rarement le souvenir de ce qu'il a dit [178] ». Les médiums auditifs ou visuels entendent malgré eux des paroles ou voient des spectacles qu'ils rapportent ensuite volontairement [179]. Enfin les médiums intuitifs ou impressibles « sont affectés mentalement et ils traduisent ensuite leurs impressions par l'écriture ou la parole » [180]. Toutes ces variétés, les dernières surtout, sont très intéressantes à connaître et semblent quelquefois se rap­procher de bien des faits connus.

« Ce qui distingue l'école spirite, dite américaine, écrit la Revue spirite, c'est la prédominance de la partie phénoménale, dans l'école européenne on remarque au contraire la prédominance de la partie philosophique [181] ». Cette remarque paraît assez juste : les observateurs français semblent se préoccuper fort peu des phénomènes physiques qui avaient au début attiré l'attention, des coups dans les murs ou de la danse des tables ; ils ne s'occupent guère non plus des conditions dans lesquelles le médium écrit, ni des circonstances extérieures du phénomène ; ils ne s'occupent que de ce qu'ils appellent la partie philosophique, c'est-à-dire le contenu même du message qu'ils cherchent à interpréter. Ce choix n'était peut-être pas fort heureux, car il les conduit à bien d'étranges suppositions.

Tous s'accordent sur un point, c'est que les paroles, les idées contenues dans ce message doivent provenir d'une intelligence étrangère à celle du médium lui-même ; mais ils sont loin de s'entendre sur la nature de cette intelligence. Les uns prétendent que cette intelligence est certainement celle d'un esprit mauvais et diabolique et ne voient dans ces écritures mystérieuses que des manifestations du démon. C'est la thèse du chevalier Gouguenot des Mousseaux, de M. de Mirville et de M. de Richemond qui termine ainsi son mystère de la danse des tables : « Au lieu de regarder et de faire danser des tables, prêtres et laïques fidèles frémiront en pensant au danger qui les a menacés, et leur foi, rajeunie par la vue des prestiges qui rappel­lent les temps de la primitive Église, deviendra capable de soulever des montagnes. Alors, saisissant leur bâton pastoral pour la défense de leur cher troupeau, NN. SS. les évêques, et, s'il le faut, N. S. P. le pape lui-même, s'écrieront au nom de celui à qui tout pouvoir a été donné au ciel, sur la terre et aux enfers : « Vade retro, sata­nas, » parole qui n'aura jamais reçu une plus juste application [182]. »

Mais la plupart des personnes qui faisaient innocemment tourner des tables ne purent accepter une supposition aussi terrible et ne comprirent pas cet avertissement solennel. Ils supposèrent, pour expliquer les messages de leurs médiums, des causes toujours intelligentes, mais beaucoup plus inoffensives. C'étaient simplement les âmes des grands hommes de l'antiquité, de nos parents ou de nos amis qui nous ont précédés dans l'autre monde et qui, par ce procédé, veulent bien entretenir avec nous des relations amicales. Il était facile d'échafauder sur cette donnée un petit système de philosophie élémentaire qui expliquât tant bien que mal la plupart des faits observés et donnât en même temps une satisfaction aux sentiments les plus profonds du cœur humain et une pâture à l'amour du merveilleux. Ce fut l'œuvre d'un certain M. Rival, ancien vendeur de contre-marques, paraît-il [183], qui rédigea, sous le nom d'Allan Kardec, le code et l'évangile du spiritisme. Son « Livre des esprits [184] » ainsi nommé parce qu'il est « dicté, revu et corrigé par les esprits », eut un très grand succès ; tous les autres auteurs, les journaux et les revues qui étaient de plus en plus nombreux [185] et, chose curieuse, les médiums eux-mêmes dans leur écriture automatique, ne firent bientôt plus que de le commenter. « Ce livre, dit avec raison la Revue spirite, qui était d'ailleurs fondée par Allan Kardec, est aujourd'hui le point auquel converge la majorité des esprits [186].

Il est absolument inutile de résumer ici ce système philosophique qui n'a d'ailleurs aucune espèce d'intérêt ; cette étude a été faite dans le petit livre de M. Tissandier qui examine moins les faits que les théories du spiritisme [187]. Il suffit de savoir que cette doctrine est un mélange des idées religieuses courantes et d'un spiritualisme banal, qu'elle soutient naturellement la doctrine de l'immortalité des âmes et la complète par une théorie vague de la réincarnation analogue à la transmigration et à la métem­psychose des anciens. La seule idée un peu originale, quoique déjà connue, c'est la théorie du périsprit : c'est une enveloppe matérielle, bien qu'impalpable, que l'esprit traîne avec lui et qui, à la manière du médiateur plastique de Cudworth, établit un intermédiaire entre l'âme et le corps. C'est grâce au périsprit que l'esprit incarné dans un corps met en mouvement ses membres et que, désincarné après la mort, il entre en relation avec les tables ou avec la main des médiums.

Sous l'influence de cette doctrine, les expériences faites d'abord un peu au hasard se régularisèrent, prirent une forme convenue et solennelle. D'innombrables sociétés se formèrent dans lesquelles on conversait facilement avec l'âme de son arrière-grand-père ou avec l'esprit de Socrate. Les revues publient une quantité de petites lettres signées de noms illustres auxquels est associé, comme cela est de toute justice, le nom du médium qui sert d'intermédiaire. Voici, par exemple, comment se termi­nent quelques messages : Mesmer, médium M. Albert ; Eraste, médium M. d'Ambel ; Jacquard, médium M. Leymarie Paul, apôtre, médium M. Albert; Jacques de Molé, médium Mlle Béguet ; Jean l'Évangéliste, médium Mme Costel, etc. [188] On entretient avec tous ces personnages les meilleures relations : Gutenberg ayant improvisé, par la main de M. Leymarie, un petit discours en bon français, sur l'imprimerie naturelle­ment, le président de la séance adresse tout haut des remerciements à l'esprit de Gutenberg, en le priant de vouloir bien prendre part aux entretiens de la société quand il le jugerait convenable. Gutenberg répond immédiatement par la main d'un autre médium: « Monsieur le président, je vous remercie de votre aimable invitation ; c'est la première fois qu'une de mes communications a été lue à la société spirite de Paris, et ce ne sera pas, j'espère, la dernière [189]. » On n'est pas plus convenable. En même temps, de jeunes personnes éprises de métaphysique laissent leur main errer sur le papier et lisent ensuite avec délices d'interminables dissertations sur la réincarnation des âmes, sur l'origine du globe terrestre, sur la théorie des fluides, etc. : leur intré­pidité égale leur fécondité.

Malheureusement on se lasse de tout, et quand on eut fait écrire par tous les grands hommes possibles des variantes sur le livre d'Allan Kardec, on s'aperçut que le jeu n'était guère varié et l'on s'engagea dans des entreprises plus aventureuses encore. Depuis 1868, les spirites du continent tendaient de plus en plus à rejoindre leurs frères d'Amérique et à s'occuper de ces phénomènes physiques qu'ils avaient un peu négligés. On avait assez fait parler les esprits par la main ou par la bouche des médiums, on voulut un peu les voir et même prendre leur photographie, c'était bien naturel, et il ne fut plus question que des phénomènes de matérialisation. Grâce à l'intermédiaire obligé du médium, qui jouait ici un rôle assez difficile à préciser, on fit mouvoir des objets que personne ne touchait, on fit écrire des crayons qui se levaient et se dirigeaient tout seuls, on fit apparaître des écritures sur des ardoises enfermées dans des boîtes scellées, enfin on fit voir aux fidèles stupéfaits, des bras, des têtes, des corps qui apparaissaient dans l'air au milieu d'une chambre obscure. Les frères Eddy, William Douglas, Home, Miss Florence Cook, le médium si connu de M. Crookes, et d'autres s'acquirent dans ces exercices une juste célébrité.

Tantôt on photographiait ces apparitions, tantôt on les moulait, ce qui était bien plus original. « M. Reymers, dit la Revue spirite, nous a envoyé gracieusement une caisse de pieds et de mains d'esprits moulés avec de la paraffine [190]. » Les esprits avaient été assez complaisants pour mettre leurs mains ou leurs pieds dans les moules. Ces tentatives aboutirent, d'un côté, aux célèbres photographies de Katie King et, de l'autre, au procès retentissant du photographe Buguet que M. Bersot a raconté d'une manière si amusante. Ce procès ne termina rien: un des personnages les plus compromis, le médium Leymarie, reçut, après sa condamnation, une foule de lettres de condoléance : le juge Carter des États-Unis d'Amérique joint à la sienne une remarquable photographie « le représentant, disait-il, entouré de vingt-trois esprits obtenus par la photographie spirite... [191] ». La photographie des esprits continue peut-être encore.

Mais le spiritisme se transformait de plus en plus et devenait peu à peu cette industrie que M. Gilles de la Tourette a dévoilée, et qui n'a plus guère d'autre but que d'exploiter les naïfs. Il ne faudrait pas, je crois, confondre complètement ce spiritisme d'aujourd'hui avec celui qui existait autrefois et qui provoquait l'enthousiasme d'Allan Kardec et les terreurs religieuses de Mirville : ce sont deux choses très différentes. Les quelques croyants sincères qui subsistent encore défendent péniblement les doctrines du maître contre des sectes et des religions nouvelles, l'occultisme ou la théosophie, beaucoup plus ambitieuses et plus compliquées que cette modeste con­versation avec les âmes des trépassés.

Provided Online by http://www.neurolinguistic.com

Back to Index

From our Online Free Library at www.pnl-nlp.org/dn Find now here hundreds of ebooks and texts on NLP, Hypnosis, Coaching, and many other mental disciplines...

Dalla nostra libreria online a www.pnl-nlp.org/dn/ Scopri centinaia di libri su PNL, Ipnosi, Coaching e molte altre discipline della mente