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Conclusion
Les études contenues dans ce chapitre ont fait faire,
croyons-nous, à la théorie de l'automatisme que nous désirons exposer,
des progrès assez grands pour qu'il soit utile de résumer d'une
manière générale les résultats obtenus, sans tenir compte de l'ordre
particulier suivi dans la découverte et dans la démonstration. Tandis que, dans
les analyses précédentes, nous considérions toujours des phénomènes
positifs, sensations, hallucinations, mouvements, nous avons surtout examiné
dans celle-ci des phénomènes inverses et pour ainsi dire négatifs :
anesthésies, amnésies et paralysies. Eh bien, cette nouvelle manière de
considérer les choses est venue absolument confirmer la première ;
de même qu'il n'y avait jamais sensation ou hallucination sans un
mouvement correspondant, de même, il n'y a jamais d'anesthésie ou
d'amnésie sans une suppression ou une modification du mouvement correspondante.
Ici encore le côté extérieur et visible de l'activité humaine n'est que l'ombre
de son activité interne et psychologique.
Mais pénétrons alors dans J'étude de ces
phénomènes négatifs, anesthésie et amnésie, et cherchons à en
comprendre la nature. Nous nous trouvons en présence d'une quantité énorme de
faits curieux, étranges, contradictoires, observés depuis très longtemps
et qui rendent cette anesthésie totalement incompréhensible. L'impression
générale, qui restait de leur étude, c'est que, d'un côté, certainement les
sujets étaient sincères et ne sentaient absolument pas les impressions
produites sur leurs membres anesthésiques, et, de l'autre, qu'ils devaient
parfaitement sentir et que toute leur conduite serait inexplicable si on
prenait leur anesthésie au sérieux. En présence de ce problème, je ne
prétends pas dire comment sont les choses dans leur réalité absolue ; les
hypothèses scientifiques ne sont pas si ambitieuses, elles n'ont d'autre
but que de réunir dans une même conception un très grand nombre de
faits qui, isolés, ne pourraient être ni retenus ni compris. À ce
point de vue, il me semble que l'on fait une supposition économique et utile
qui, réunit et représente bien les faits, en disant : Les choses se passent comme si les phénomènes psychologiques
élémentaires étaient aussi réels et aussi nombreux que chez les individus les
plus normaux, mais ne pouvaient pas, à cause d'une faiblesse
particulière de la faculté de synthèse, se réunir en une seule
perception, en une seule conscience personnelle; ou encore: Les choses se
passent comme si le système des phénomènes psychologiques qui
forme la perception personnelle chez tous les hommes, était, chez ces
individus, désagrégé et donnait naissance à deux ou plusieurs groupes de
phénomènes conscients, groupes simultanés mais incomplets et se ravissant
les uns aux autres les sensations, les images et, par conséquent, les
mouvements qui doivent être réunis normalement dans une même
conscience et un même pouvoir.
L'examen de cette hypothèse nous a fait
connaître une altération très curieuse et jusqu'à présent peu
connue de la conscience humaine, c'est le dédoublement simultané de la
personnalité. Les systèmes de phénomènes psychologiques qui
formaient les personnalités successives du somnambulisme ne disparaissaient pas
après le réveil, mais subsistent plus ou moins complets au-dessous de la
conscience normale qu'ils peuvent altérer et troubler de la façon la plus
singulière.
À un point de vue plus général, l'examen de
cette hypothèse nous a encore fait connaître une chose se rattachant de
très près à l'automatisme qui fait l'objet principal de
nos études, je veux dire l'activité qui est antagoniste à l'activité
automatique. D'un côté, en effet, nous avons déjà démontré que la
puissance de l'automatisme dépendait du rétrécissement du champ de la conscience.
La série des pensées et des actes était d'autant plus régulière,
d'autant plus identique à ce qu'elle avait déjà été autrefois,
que les phénomènes réunis dans la conscience actuelle étaient moins
nombreux et moins variés. Mais cette agrégation des phénomènes dans la conscience
actuelle, dans la perception personnelle de chaque instant, dépend précisément
de cette puissance de synthèse dont les anesthésies nous ont fait voir
l'existence et les variations. D'un autre côté, qu'était-ce pour nous
jusqu'à présent que la succession automatique des images et des
actes ? Rien autre chose sinon le résultat ou mieux la continuation d'une
synthèse exécutée autrefois, et qui, quand on la commençait aujourd'hui,
tendait à se recompléter. La synthèse qui forme la perception
personnelle à chaque moment de la vie nous montre donc l'activité
originelle qui a été autrefois la source de ce que nous appelons aujourd'hui
l'automatisme ; car les perceptions qu'elle forme maintenant deviendront
plus tard l'origine d'habitudes et de suggestions analogues à celles que
nous avons étudiées. Nous avons donc connu, dans ces recherches, l'activité qui
est à la fois l'obstacle et la source de l'automatisme. Il ne nous reste
plus qu'à entrer dans quelques détails et à mieux voir les
relations que ces deux activités, celle du passé et celle du présent, peuvent
avoir entre elles.
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