L'automatisme psychologique - deuxième partie.

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Conclusion

Les études contenues dans ce chapitre ont fait faire, croyons-nous, à la théorie de l'automatisme que nous désirons exposer, des progrès assez grands pour qu'il soit utile de résumer d'une manière générale les résultats obtenus, sans tenir compte de l'ordre particulier suivi dans la découverte et dans la démonstration. Tandis que, dans les analyses précédentes, nous considérions toujours des phénomènes positifs, sensa­tions, hallucinations, mouvements, nous avons surtout examiné dans celle-ci des phénomènes inverses et pour ainsi dire négatifs : anesthésies, amnésies et paralysies. Eh bien, cette nouvelle manière de considérer les choses est venue absolument confir­mer la première ; de même qu'il n'y avait jamais sensation ou hallucination sans un mouvement correspondant, de même, il n'y a jamais d'anesthésie ou d'amnésie sans une suppression ou une modification du mouvement correspondante. Ici encore le côté extérieur et visible de l'activité humaine n'est que l'ombre de son activité interne et psychologique.

Mais pénétrons alors dans J'étude de ces phénomènes négatifs, anesthésie et am­nésie, et cherchons à en comprendre la nature. Nous nous trouvons en présence d'une quantité énorme de faits curieux, étranges, contradictoires, observés depuis très longtemps et qui rendent cette anesthésie totalement incompréhensible. L'impression générale, qui restait de leur étude, c'est que, d'un côté, certainement les sujets étaient sincères et ne sentaient absolument pas les impressions produites sur leurs membres anesthésiques, et, de l'autre, qu'ils devaient parfaitement sentir et que toute leur conduite serait inexplicable si on prenait leur anesthésie au sérieux. En présence de ce problème, je ne prétends pas dire comment sont les choses dans leur réalité absolue ; les hypothèses scientifiques ne sont pas si ambitieuses, elles n'ont d'autre but que de réunir dans une même conception un très grand nombre de faits qui, isolés, ne pourraient être ni retenus ni compris. À ce point de vue, il me semble que l'on fait une supposition économique et utile qui, réunit et représente bien les faits, en disant : Les choses se passent comme si les phénomènes psychologiques élémentaires étaient aussi réels et aussi nombreux que chez les individus les plus normaux, mais ne pouvaient pas, à cause d'une faiblesse particulière de la faculté de synthèse, se réunir en une seule perception, en une seule conscience personnelle; ou encore: Les choses se passent comme si le système des phénomènes psychologiques qui forme la perception personnelle chez tous les hommes, était, chez ces individus, désagrégé et donnait naissance à deux ou plusieurs groupes de phénomènes conscients, groupes simultanés mais incomplets et se ravissant les uns aux autres les sensations, les images et, par conséquent, les mouvements qui doivent être réunis normalement dans une même conscience et un même pouvoir.

L'examen de cette hypothèse nous a fait connaître une altération très curieuse et jusqu'à présent peu connue de la conscience humaine, c'est le dédoublement simul­tané de la personnalité. Les systèmes de phénomènes psychologiques qui formaient les personnalités successives du somnambulisme ne disparaissaient pas après le réveil, mais subsistent plus ou moins complets au-dessous de la conscience normale qu'ils peuvent altérer et troubler de la façon la plus singulière.

À un point de vue plus général, l'examen de cette hypothèse nous a encore fait connaître une chose se rattachant de très près à l'automatisme qui fait l'objet principal de nos études, je veux dire l'activité qui est antagoniste à l'activité automatique. D'un côté, en effet, nous avons déjà démontré que la puissance de l'automatisme dépendait du rétrécissement du champ de la conscience. La série des pensées et des actes était d'autant plus régulière, d'autant plus identique à ce qu'elle avait déjà été autrefois, que les phénomènes réunis dans la conscience actuelle étaient moins nombreux et moins variés. Mais cette agrégation des phénomènes dans la conscience actuelle, dans la perception personnelle de chaque instant, dépend précisément de cette puissance de synthèse dont les anesthésies nous ont fait voir l'existence et les variations. D'un autre côté, qu'était-ce pour nous jusqu'à présent que la succession automatique des images et des actes ? Rien autre chose sinon le résultat ou mieux la continuation d'une synthèse exécutée autrefois, et qui, quand on la commençait aujourd'hui, tendait à se recompléter. La synthèse qui forme la perception personnelle à chaque moment de la vie nous montre donc l'activité originelle qui a été autrefois la source de ce que nous appelons aujourd'hui l'automatisme ; car les perceptions qu'elle forme maintenant deviendront plus tard l'origine d'habitudes et de suggestions analogues à celles que nous avons étudiées. Nous avons donc connu, dans ces recherches, l'activité qui est à la fois l'obstacle et la source de l'automatisme. Il ne nous reste plus qu'à entrer dans quelques détails et à mieux voir les relations que ces deux activités, celle du passé et celle du présent, peuvent avoir entre elles.

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