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Les paralysies et les
contractures
expliquées par la désagrégation psychologique
Loin de pouvoir se développer indépendamment des
anesthésies, ces deux phénomènes de paralysie et de contracture :
1e présentent les mêmes variétés, peuvent être rangés dans les
mêmes classifications; 2e naissent dans les mêmes
circonstances, et 3e enfin peuvent être interprétés exactement
de la même manière que les phénomènes d'insensibilité.
lº De même qu'il peut y avoir des
anesthésies générales supprimant absolument toutes les sensations d'un sens, de
même il peut exister des paralysies totales,
supprimant absolument tous les mouvements d'un membre, et des contractures
totales, raidissant au plus haut degré possible tous les muscles d'un bras ou d'une
jambe. Ces deux formes de la paralysie et de la contracture sont les plus
simples et, si l'on veut, les plus fréquentes ; elles se reconnaissent
à des signes constants. Dans la paralysie complète, le membre
retombe toujours inerte, obéissant aux lois de la pesanteur ; dans la
contracture générale, un membre, et quelquefois le corps entier, prend une
position fixe, invariable, déterminée par la position et la force relative des
différents muscles. Cette attitude des membres dans la contracture générale a
été souvent décrite à propos des attaques de tétanos ou de certaines
crises d'épilepsie: la jambe, par exemple, sera dans l'extension forcée, parce
que les muscles extenseurs prédominent sur les fléchisseurs, le poing sera
fermé, légèrement tourné en dedans, le corps courbé en arrière
légèrement en arc, etc. De même que l'anesthésie peut être
partielle, n'atteindre qu'une partie de l'œil ou une portion de la surface
cutanée, de même, la paralysie ou la contracture peuvent être partielles et n'atteindre qu'un muscle
ou qu'un groupe de muscles auxquels aboutit un même nerf, mais
ceux-là seulement. C'est dans cette classe qu'il faut ranger les griffes
cubitales, médianes et radiales qui ont été si souvent décrites. Enfin, il y a
un troisième groupe d'anesthésies dont les précédentes se rapprochent
beaucoup : il contient celles que nous avons décrites sous le nom
d'anesthésies systématisées. Ilest facile de constater qu'il y a des
paralysies et des contractures exactement correspondantes.
Les anciens magnétiseurs avaient déjà remarqué
que l'on peut défendre à un sujet de faire un certain mouvement, de
prononcer tel mot, ou d'écrire telle lettre. « Un individu ne peut arriver
à écrire la lettre A, il la supprime quand il écrit son nom [138] ». « Les paralysies systématiques consistent dans la
perte de mouvements spéciaux, de mouvements adaptés. Le sujet qui en est
atteint ne perd pas complètement l'usage de son membre ; il est
seulement incapable de s'en servir pour exécuter un acte déterminé et cet acte
seul [139]. » Il est facile de comprendre combien un sujet qui peut faire
de son bras tous les mouvements possibles, sauf ceux qui sont nécessaires pour
écrire un A, ressemble au sujet qui peut avec son œil voir tous les
objets, sauf une seule personne désignée. Il y a même, quoique ce soit un
fait moins connu, des contractures systématisées, c'est-à-dire des
contractures dans lesquelles tous les muscles du bras ou de la main ne sont pas
contractés au plus haut degré, mais dans lesquelles quelques-uns seulement sont
contractés et les uns plus, les autres moins, de manière à donner
au membre une attitude également rigide, mais expressive. Les bras, par
exemple, pourront rester contracturés dans la posture de la menace ou dans
celle de la prière. Les paralysies
et les contractures peuvent donc présenter toutes les modifications que
présentaient les anesthésies et être classées de la même
manière.
2º À un autre point de vue, si nous
étudions les phénomènes obtenus par suggestion, nous verrons que les
paralysies et les contractures se produisent dans les mêmes circonstances
où se produisaient les anesthésies, et donnent lieu aux mêmes
expériences. La suggestion posthypnotique amenait des insensibilités partielles
et des anesthésies systématiques, elle produira des paralysies et des
contractures du même genre.
Pendant le somnambulisme, je commande à N... de
faire sa prière, puis je la réveille avant qu'elle n'ait commencé. Quand
elle est éveillée, les deux mains se rapprochent sans qu'elle s'en aperçoive et
prennent la position de la prière pendant qu'elle parle d'autre chose.
C'est là un des actes subconscients accompagnés d'anesthésie
systématique que nous connaissons. Au bout d'un instant, ayant besoin de faire
un mouvement, elle déplace spontanément ses mains, et rien ne paraît plus
subsister de la suggestion. À ce moment, on demande à N... de
mettre ses mains dans la position de la prière ; elle refuse
d'abord, trouvant la demande ridicule, enfin elle essaye en plaisantant, mais
elle ferme les poings au lieu d'étendre les mains. « Tiens, dit-elle avec
agacement, je ne sais plus mettre mes mains en prière... ah! comme
cela. » Et elle croise les doigts. « Non, lui dit-on, les mains
jointes comme les statues dans les églises. - Je sais bien ce que c'est,
fait-elle en interrompant, mais je ne sais plus comment on s'y prend. » Ce
langage rappelle naturellement celui de l'agraphique qui a perdu la faculté
d'écrire ; mais, chez celui-ci, la faculté est détruite, chez l'hystérique,
elle n'est que désagrégée. En effet, N... ne veut plus s'occuper de sa
prière et parle d'autre chose, mais pendant qu'elle parle, les mains se
relèvent à son insu et se mettent fort bien l'une contre
l'autre : M. ne sait plus prier qu'inconsciemment. N'est-ce pas exactement
ce que nous avions constaté à propos des anesthésies, quand l'écriture
automatique nous montrait la connaissance d'un objet que le sujet ne pouvait
plus voir. Un autre jour, je suggère au même sujet de faire au
réveil des nœuds à une ficelle que je lui donnai. Au réveil, les
mains faisaient des nœuds rapidement, sans que N... s'en doutât. On
s'adresse alors à elle et on lui demande de faire des nœuds
à une autre ficelle qu'on lui donne ; elle y consent par
plaisanterie. Mais voici sa colère qui recommence, car elle s'embrouille
étonnamment, fait des cercles, des boucles avec sa ficelle et jamais ne peut
faire un nœud. Elle y renonce et ne s'en occupe pas ; les mains
reprennent la ficelle sur les genoux et font subconsciemment des nœuds
très corrects. Voici les mêmes expériences faites sur un autre
sujet. « Quand vous serez éveillée, dis-je à Lucie 2 pendant le
somnambulisme, vous allez me réciter les nombres et vous les écrirez sur un
papier. » Pendant qu'elle les écrit après le réveil, de la façon
automatique que nous avons souvent observée chez elle, une autre personne
interroge Lucie, et la prie de compter jusqu'à 10. Elle croit qu'on se
moque d'elle et essaye de compter, mais, à sa grande stupéfaction, elle
ne sait plus un seul nombre et cependant à ce même moment la main
les écrit toujours. Je fais, par ce procédé, écrire l'alphabet, Lucie ne le
sait plus. Je demande au personnage subconscient l'orthographe d'un mot,
« chapeau, maison, etc. », il l'écrit correctement ; mais si on
le demande à Lucie à ce même moment, elle cherche et
prétend l'avoir oublié. Bien mieux si, avec quelques précautions, on
arrête cette écriture automatique, sans détruire l'état
d'hémisomnambulisme qui subsiste alors, on constate que Lucie a, en ce moment,
totalement perdu la faculté d'écrire consciemment et qu'elle ne peut s'exprimer
que par la parole.
Dans ces mêmes circonstances, il se produit
quelquefois, plus rarement il est vrai, au lieu de la paralysie, une
contracture. Je veux recommencer avec N... une des expériences précédentes et
je lui suggère encore de faire sa prière à son réveil. Les
choses semblent se passer comme précédemment, mais les mains tardent plus
à se baisser. Trouvant que l'expérience avait assez duré, je veux les
lui prendre pour les défaire de leur singulière position et je suis tout
étonné de rencontrer une grande résistance ; les muscles des bras et des
mains étaient entièrement contracturés et maintenaient indéfiniment les
bras dans cette position. Comme le sujet maintenant s'apercevait de sa
contracture et commençait à s'effrayer, il fallut le rendormir et la
contracture se dissipa alors facilement. Léonie présenta aussi, mais une seule
fois, un phénomène analogue. Je lui avais suggéré de prendre à
son réveil une fleur dans un bouquet, elle le fit inconsciemment ; mais,
au bout d'un instant, elle jette les yeux sur ses mains et pousse un cri. La
main était toute contracturée dans une position élégante, mais gênante,
le pouce et l'index rapprochés et serrant une rose, les autres doigts
légèrement courbés, mais également rigides. Chez elle, il m'était
facile d'atteindre le personnage subconscient même pendant la
veille ; je laissai le sujet se distraire et m'oublier, puis je lui
demandai tout bas de me donner la main, elle l'étendit très facilement
et me la donna sans le savoir. Sans chercher d'autres exemples, nous voyons que
les contractures, comme les paralysies,
peuvent se présenter d'une manière systématisée à propos d'une
suggestion posthypnotique, exactement comme l'anesthésie, et nous constatons
en outre que ces phénomènes ne
sont pas plus réels et définitifs que les anesthésies elles-mêmes, qu'ils
n'existent que pour la conscience normale du sujet et disparaissent
complètement si on s'adresse à une autre conscience ou à
une autre personnalité.
Cependant les exemples que nous venons de citer ont un
grave inconvénient : ils ont été observés sur des sujets habitués aux
expériences hypnotiques et ils ont été produits artificiellement. Les
paralysies et les contractures ont-elles des caractères analogues quand
elles se reproduisent naturellement ? Je le pense, quoique ce soit
quelquefois assez difficile à vérifier. La grande différence entre les
hystériques qui ont déjà été étudiées et hypnotisées et les hystériques
qui ne l'ont jamais été, c'est que, chez les premières, le groupe des
phénomènes désagrégés séparé de la conscience normale a été plus ou
moins réorganisé en une personnalité qui connaît l'opérateur et lui obéit,
tandis que, chez les secondes, ce groupe de phénomènes qui existe aussi
bien, ainsi que le prouvent leurs anesthésies et leurs paralysies, est
incohérent, incapable le plus souvent de comprendre et d'obéir. Malgré ces
difficultés, on peut quelquefois constater les mêmes phénomènes
que précédemment.
Plusieurs auteurs, entre autres M. le Dr. Lober [140], ont déjà remarqué que l'on peut parfois provoquer des
mouvements dans un membre douloureux en détournant l'attention du malade. J'ai
eu l'occasion de faire à ce propos une observation plus générale, qui me
paraît intéressante et que je demande la permission de résumer.
M. le Dr. Piasecki (du Havre), sachant que je désirais
examiner un cas de paralysie hystérique naturelle, dont il n'y avait pas à ce moment d'exemple à
l'hôpital, eût l'obligeance de me conduire auprès d'une de ses
malades. C'était une jeune femme de 30 ans que nous avons déjà citée
quelquefois sous le nom de V... [141]. Elle était atteinte depuis six semaines d'une paraplégie
complète d'origine évidemment hystérique. Pour ne pas interrompre notre
étude actuelle, je ne parle que des caractères de cette malade qui nous
intéressent en ce moment : les jambes, qui étaient absolument flasques et
qui tombaient par leur propre poids, avaient perdu jusqu'aux hanches toute
sensibilité tactile ou musculaire. Le tronc avait conservé une sensibilité
normale et présentait même de nombreux points d'hypéresthésie surtout le
long de la colonne vertébrale. Les membres supérieurs n'avaient qu'une
sensibilité tactile et musculaire extrêmement obtuse. La face et les sens
spéciaux étaient restés à peu
près normaux, sauf l'œil gauche assez fortement dyschromatopsique.
Les mouvements des jambes étaient totalement impossibles, même quand la
malade les regardait ; les bras au contraire paraissaient avoir des
mouvements faciles et gesticulaient sans cesse ; mais je ne tardai pas
à m'apercevoir qu'ils ne se remuaient ainsi qu'à une condition.
Il fallait que V... eût les yeux ouverts et les regardât sans
cesse ; quand elle avait les yeux fermés ou ne regardait pas ses mains,
elle perdait le mouvement des bras comme celui des jambes. Si je lui levais le
bras à son insu pendant qu'elle regardait d'un autre côté, le bras
restait en l'air et prenait toutes les positions cataleptiques que je voulais.
Si je demandais à V... de remuer, sans le regarder, le bras que je venais
de mettre en l'air, elle faisait de vains efforts qui se traduisaient par des
trémulations convulsives de tout le corps, se plaignait de souffrir beaucoup et
aurait commencé une crise, si je n'avais pas baissé le bras qui n'avait pas
bougé.
Après avoir fait rapidement ces quelques
remarques sur l'état de la conscience du sujet, je fis signe au Dr. Piasecki de
faire ce qui avait été convenu entre nous : il se mit à parler
sérieusement avec la malade de manière à détourner
complètement son attention. De mon côté, je m'écartai d'elle sous
prétexte d'écrire quelques mots, quand je vis que, suivant l'habitude des
hystériques, elle avait complètement oublié ma présence, je lui
commandai tout bas de lever un bras, de faire tel ou tel geste. Tandis que
précédemment elle ne pouvait faire aucun mouvement sans regarder son bras et
commençait une crise quand elle voulait essayer, elle remuait son bras
maintenant sans le savoir de toutes façons, même derrière son dos.
Enhardi par ce résultat, je lui commande sans hésitation de lever la jambe
droite, puis la jambe gauche, de les plier, etc. Tout cela s'accomplit
très exactement et avec la plus grande facilité. Ainsi, ses jambes
paralysées depuis six semaines pouvaient parfaitement se remuer, dès
qu'on leur commandait un mouvement. Seulement ce mouvement avait lieu
subconsciemment, en dehors de la personnalité réelle du sujet qui, elle, avait
bien perdu le mouvement des deux jambes. Je ne raconte pas ici comment,
à la fin de cette séance je pus, sans toucher le sujet et par quelques
paroles, guérir définitivement cette paraplégie qui n'a pas reparu depuis un
an. De cette façon ma visite et mes expériences psychologiques furent aussi
avantageuses pour le sujet que pour moi.
Les contractures hystériques sont beaucoup plus
fréquentes que les paralysies, car les muscles anesthésiques ont une tendance
curieuse à se contracturer sans cesse sous la plus légère
influence, le massage, la pression circulaire, l'approche d'un aimant, etc.
Nous avons pu faire plusieurs observations qui rapprochent les contractures
naturelles de celles qui se sont produites dans nos expériences.
Une femme de 26 ans, évidemment hystérique, a une
querelle avec son mari et lève le poing pour le frapper : comme par
une punition céleste, le bras droit reste contracturé dans la position du coup
de poing. Elle vint au bout de trois jours demander assistance, car la
contracture n'avait pas cédé : M. le Dr. Gibert eut l'obligeance de me la
montrer. J'ai d'abord essayé les expériences avec l'aimant qui, je dois le
dire, n'eut aucune influence sur cette paysanne très ignorante des
théories du transfert. Mais elle fut très émotionnée, pleurait et ne
comprenait plus rien à ce qu'on lui disait. Je profitai de son émotion
pour lui faire des suggestions à l'état de veille ; par un mot, je
fis passer la contracture de droite à gauche, de gauche à droite
et enfin je la fis disparaître.
Autre exemple analogue. Un jeune marin de 19 ans,
atteint d'hystéro-épilepsie et anesthésique de presque tout le corps reçoit un
choc assez violent au bas de la poitrine. Il n'eut en réalité aucun mal, mais
il resta complètement courbé en avant dans la position la plus pénible,
qu'il gardait depuis un mois, quand M. le Dr. Pillet, médecin-major de
l'hôpital, m'offrit obligeamment de l'examiner. Tous les muscles antérieurs de
la poitrine et de l'abdomen étaient contracturés et il était impossible de le
redresser. Ce fut cette fois par hypnotisme que je cherchai à atteindre
l'idée fixe qui évidemment tenait sous sa dépendance cette contracture vraiment
systématique. Je l'endors très facilement et, sans rien lui commander,
je lui demande simplement s'il peut se redresser. « Pourquoi
pas ? » répondit-il de ce ton bête qu'ont les somnambules au
début du sommeil. - « Eh ! bien, alors, redresse-toi mon
garçon ». C'est ce qu'il fit immédiatement et l'on put constater que la
guérison se maintint très bien après le réveil. Il est inutile de
citer d'autres exemples de faits de ce genre qui sont aujourd'hui bien connus.
Ceux que j'ai cités suffisent pour montrer que ces accidents naturels ont les mêmes caractères que les
paralysies et les contractures suggérées, comme les anesthésies naturelles
étaient identiques aux anesthésies artificielles.
3˚ Puisqu'il ressort de ces discussions que les
paralysies et les contractures se rapprochent à un tel point des
anesthésies, nous avons le droit de chercher s'il n'est pas possible de les
expliquer par les mêmes hypothèses.
Le médecin psychologue du XVIIIe siècle, Rey
Regis, dont nous avons déjà parlé, avait remarqué que les paralytiques
qui ont perdu le mouvement d'un membre peuvent le retrouver quand, en remuant
ce membre, en leur montrant ses mouvements, on leur apprend de nouveau à
s'en servir, ce qu'ils paraissaient avoir oublié [142]. La paralysie doit être, en effet, une amnésie, le mouvement
des membres étant, comme nous l'avons vu, déterminé par la succession de
certaines images dans la conscience, il suffit, pour perdre le mouvement,
d'oublier ces images motrices. En réalité, ces deux choses, l'oubli et la
paralysie, ne sont qu'un seul et même phénomène considéré de deux
côtés différents, comme l'image et le mouvement. Cette assimilation est
aujourd'hui généralement admise. Mais il faut ajouter, croyons-nous, que cette
amnésie est du même genre que toutes les autres, que c'est une
désagrégation beaucoup plus qu'une destruction des souvenirs. Il faut admettre
que ces images existent encore et font simplement partie d'un autre groupe plus
ou moins coordonné de phénomènes psychologiques, afin de comprendre
comment le mouvement des membres paralysés se conserve et a lieu, quand on le
désire, à l'insu du sujet lui-même.
La simple désagrégation des phénomènes
psychologiques produit la paralysie en même temps que l'anesthésie et
l'amnésie, mais il faut supposer une activité véritable du second groupe
d'images séparées de la conscience pour expliquer les paralysies par
arrêt dont nous avons parlé et les contractures. Certains sujets
paraplégiques, comme Rose, ne peuvent essayer de mouvoir leurs membres sans
qu'il se produise aussitôt de petites contractions incohérentes dans tous les
muscles. Chez d'autres, le membre dont ils ont perdu la direction s'agite
convulsivement ou se raidit entièrement. Ne peut-on pas supposer que
ces mouvements et ces contractions permanentes sont dues à la
persistance indéfinie de quelques images motrices, en dehors de la conscience
du sujet qui les ignore et ne peut s'opposer à leur action. C'est pour
cela qu'il suffit quelquefois d'entrer en rapport avec le second personnage,
soit par la distraction, soit par le somnambulisme, pour lui faire cesser cette
mauvaise plaisanterie. On peut aussi occuper à quelque travail le
second groupe de phénomènes qui oublie, pendant ce temps, de maintenir
la contracture. « Quand l'inconscient est occupé dans l'écriture
automatique, a-t-on remarqué, les procédés qui ordinairement contracturent ou
paralysent le bras n'ont plus d'action, la main continue à écrire [143]. » Quand les contractures de Rose réapparaissaient trop
souvent, je pouvais les faire disparaître en suggérant la sueur sur la jambe ou
en appliquant un sinapisme imaginaire. Il semble vraiment que l'inconscient,
occupé à faire suer la jambe ou à rougir la place de mon
sinapisme en étoile, ne songeait plus à contracturer les muscles. Car la
contracture disparaissait ainsi, tandis que des suggestions directes,
commandant de remuer la jambe, n'avaient aucun succès. Lucie eut les
muscles de la mâchoire contracturés et aucune suggestion ne pouvait lui faire
ouvrir la bouche ; il suffit de lui suggérer de tirer la langue pour que
la contracture disparût. Il semble donc que les contractures se
rattachent à la désagrégation psychologique comme les paralysies
elles-mêmes.
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