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L'anesthésie et la
paralysie
Une hypothèse doit être défendue de deux
manières, en montrant : lº qu'elle est utile,
c'est-à-dire qu'elle réunit et résume clairement certains faits ;
2º qu'elle est féconde, c'est-à-dire qu'elle permet d'interpréter
d'autres phénomènes nouveaux pour lesquels elle n'avait pas été
imaginée. L'hypothèse de la désagrégation des phénomènes
psychologiques et de leur réunion en deux ou plusieurs groupes distincts,
quoique simultanés, nous a paru représenter facilement les diverses anesthésies
et leurs caractères singuliers ; cherchons s'il n'y a pas d'autres
phénomènes nouveaux dont l'interprétation peut se rattacher à la
même supposition.
L'étude de l'amnésie soulèverait un
problème psychologique extrêmement intéressant. Quand un souvenir
paraît oublié, et que l'on n'y pense pas, est-il complètement disparu de
la conscience ? Ne peut-on pas dire de lui, comme des sensations ignorées
des anesthésiques, qu'il se conserve dans quelque région obscure que la conscience
ne connaît pas ? C'est une théorie bien séduisante et à certains
points de vue bien vraisemblable ; elle est admirablement exprimée dans
saint Augustin et a été défendue avec beaucoup d'adresse par des philosophes
contemporains, comme M. Bouillier et M. Colsenet [122]. Il est certain que cette hypothèse parait se rattacher aux
thèses que nous avons soutenues jusqu'à présent, et cependant
nous ne la discuterons pas. Nous avons eu, en composant ce travail, la
prétention, justifiée ou non, de faire un ouvrage de psychologie expérimentale
et de nous écarter le moins possible des faits que nous avons pu, plus ou moins
bien, observer nous-mêmes ; or nous n'avons pas constaté de faits
qui se rattachent directement à cette hypothèse un peu transcendante.
La grande différence entre une étude expérimentale et une théorie
philosophique, c'est que la première n'a pas besoin de pousser les idées
jusqu'à leurs plus lointaines conséquences et qu'elle s'arrête au
point où la base solide des observations et de l'expérience paraît se
dérober.
La seule amnésie que nous ayons étudiée est beaucoup
plus simple, c'est la perte d'un souvenir au moment où il devrait
normalement se présenter à la conscience. Un sujet à qui on a
suggéré pendant le somnambulisme d'oublier tel souvenir ne peut plus le
retrouver au réveil, pas plus qu'il ne peut avoir la sensation d'un objet qu'on
lui a interdit de voir. Mais le souvenir, comme la sensation, persiste dans une
seconde conscience et peut être retrouvé par les mêmes procédés.
Nous n'insisterons pas non plus sur ce fait, car nous avons assez étudié les
conditions de la mémoire pour admettre sans examen nouveau que les diverses
amnésies de ce genre s'expliquent de la même manière que les
diverses anesthésies. Pour comprendre cette amnésie, nous n'avons qu'à
rappeler une remarque déjà signalée. Dans toutes les figures qui ont été
examinées au paragraphe VI du présent chapitre pour expliquer la perception,
les phénomènes simples T, T', M., etc., antérieurs à la
synthèse qui forme la perception, peuvent être des souvenirs ou
des images aussi bien que des sensations, et toutes les études sur la réunion
ou la désagrégation de ces images resteraient identiques.
Mais on rencontre souvent dans les études de
psychologie pathologique deux phénomènes nouveaux et très
importants : les paralysies et
les contractures. Si ces faits
peuvent être rattachés à cette théorie de la désagrégation
psychologique que nous avons esquissée, ils lui apporteront une vérification
assez sérieuse ; nous devrons donc leur consacrer une étude
particulière.
En règle générale, toute anesthésie et toute
amnésie amènent toujours à leur suite une paralysie : si
j'ai oublié le nom ou la place d'un objet, je ne puis pas prononcer ce nom, ni
faire le mouvement pour prendre l'objet à sa place. Une hystérique qui
perd complètement le souvenir de toute espèce d'images verbales,
ou qui perd toute sensibilité d'un membre, ne peut plus parler ou ne peut plus
remuer ce membre. D'autre part, les paralysies et les contractures sont presque
toujours, sauf dans des cas tout à fait exceptionnels, accompagnées par
des anesthésies. « L'anesthésie tactile et musculaire accompagne toujours
la paralysie hystérique, » disait M. Charcot [123]. « Le malade, dit un autre auteur, n'a conscience de son
membre que comme d'un corps étranger dont le poids est gênant et se fait
sentir dans la partie du thorax restée sensible [124]. » De même les contractures sont en général indolentes
et accompagnées d'une anesthésie profonde du muscle et presque toujours
également de la peau qui le recouvre [125]. Ces anesthésies amènent, comme de juste, des amnésies, et
une hystérique, paralysée comme V... par exemple, ne peut plus arriver
à se représenter l'image visuelle ou musculaire de la jambe en
mouvement. D'une manière générale, ce sont les hystériques présentant
des anesthésies et des amnésies nombreuses qui ont ces accidents, et elles les
ont du côté qui est surtout anesthésie ; inversement, quand les
anesthésies disparaissent, on voit les contractures céder et les membres
paralysés recouvrer leurs mouvements. Après tout ce que nous avons dit
sur le rôle moteur des sensations et des images, ce rapport entre la
suppression d'une image et la suppression d'un mouvement parait si naturel
qu'il n'est pas nécessaire d'insister sur les cas typiques et réguliers ;
il vaut mieux examiner les exceptions qui sont nombreuses et importantes, et
chercher comment on peut les ramener à la règle.
Une théorie, autrefois assez répandue et qui
aujourd'hui n'est plus guère soutenue, semble s'opposer à
l'assimilation que nous voulons faire ; car elle sépare absolument, comme
deux phénomènes différents et indépendants l'un de l'autre, les
paralysies et les anesthésies. M. Joly, dans un article paru récemment,
exposait avec détails tous les faits qui, selon lui, montrent la séparation de
ces deux maladies, et on peut résumer sous deux titres tous les arguments
qu'il donne : lº il existe des
anesthésies sans paralysie, et 2º il
existe des paralysies sans anesthésie. Pouvons-nous expliquer les faits de
ce genre ?
lº « Un épervier à qui l'on coupe les
nerfs sensitifs de la patte ne sent plus dans ce membre les attouchements ou
les piqûres, disait Claude Bernard, mais il conserve la faculté de se
tenir sur son perchoir et de marcher [126]. » D'une manière plus générale, on peut, par la section
des racines sensitives, supprimer la sensibilité en laissant persister la
motilité ; c'est l'ancienne expérience de Bell et de Magendie. Donc, dit
M. Joly, le mouvement existe sans la sensibilité. En aucune façon ; les lésions
chirurgicales sont, à mon avis, un mauvais procédé d'expérimentation
psychologique, car jusqu'à présent elles ne sont pas assez délicates et
n'atteignent pas avec précision le fait que l'on veut supprimer. La section
d'une racine sensitive supprime simplement la communication matérielle entre
les impressions extérieures et la faculté de sensibilité de l'animal ;
elle ne détruit absolument pas cette faculté. L'épervier de Claude Bernard est
toujours capable de sentir les sensations relatives à sa patte et, par
conséquent, il conserve la mémoire de toutes les images des sensations
anciennes qui lui ont été transmises par ce nerf autrefois intact. Personne n'a
jamais prétendu que le mouvement fût toujours produit par une sensation
actuelle : nous pouvons écrire maintenant sans avoir des modèles
d'écriture sous les yeux ; mais cela ne prouve pas que l'écriture ne soit
pas un mouvement produit par des images d'anciennes sensations visuelles ou
musculaires. Il en est ainsi de la plupart des exemples cités par
l'auteur : l'anesthésie dont il parle n'est produite que par des lésions
anatomiques, hémorragies, tumeurs etc., qui interrompent la conduction, mais
ne suppriment point la faculté psycho-physiologique de la sensation et de
l'image. Il n'y a pas de paralysie sans doute, mais c'est qu'il n'y a pas
d'amnésie, parce que l'anesthésie n'est pas complète.
C'est uniquement dans les névroses que le psychologue
peut étudier avec fruit les troubles de la sensibilité et du mouvement. Or M.
Joly ne semble pas en faire grand cas, car, dit-il, « les désordres de la
sensibilité dans les névroses n'atteignent que la région périphérique du
système nerveux [127]. » Cette proposition me paraît insoutenable, car c'est
précisément dans ces maladies que la lésion est véritablement centrale et
psychologique. Voyons donc si, dans les névroses, il y a des troubles de la
sensibilité sans troubles du mouvement. Cela est certain ; tous les
observateurs, en effet, ont remarqué qu'il y a des hystériques absolument
anesthésiques et qui remuent fort bien. L'observation célèbre de Deneaux
nous dispensera de description : « Elle mettait ses muscles en jeu
sous l'influence de la volonté, mais elle n'avait pas conscience des mouvements
qu'elle exécutait. Elle ne savait pas qu'elle était la position de son bras, il
lui était impossible de dire s'il était étendu ou fléchi. Si on disait à
la malade de porter la main à son oreille, elle exécutait immédiatement
le mouvement ; mais lorsque ma main était interposée entre la sienne et
son oreille elle n'en avait pas conscience. Si j'arrêtais son bras au
milieu du mouvement, elle ne s'en apercevait pas ; si je fixais, sans
qu'elle pût s'en apercevoir, son bras sur le lit et lui disais ensuite de
porter la main à sa tête, il y avait un moment d'effort, puis elle
restait tranquille, croyant avoir exécuté le mouvement. Si je lui disais
d'essayer encore, elle essayait de mettre en jeu les muscles du côté opposé du
corps (elle n'était frappée que d'hémianesthésie) elle reconnaissait qu'on
s'opposait au mouvement [128]. » C'est là un bel exemple d'anesthésie tactile et
musculaire complète sans paralysie. Beaucoup des sujets que j'ai
étudiés, Marie surtout, donneraient lieu à une description absolument
identique. Comment ces mouvements se produisent-ils ?
Je réponds sans hésiter, avec la plupart des
observateurs, que ces mouvements
s'exécutent au moyen d'autres images et ici au moyen des images visuelles. « La
perte des images motrices du langage, disait autrefois M. Charcot,
n'amène pas toujours la perte du langage, car il y a des gens qui
parlent avec des images auditives et ceux-là perdent impunément les
images musculaires ; ils ne sentent pas leur bouche parler, mais ils
parlent tout de même [129]. » Les hystériques de même ne sentent pas leur bras
remuer, mais elles le remuent cependant, parce qu'elles se représentent l'image
visuelle du mouvement de leur bras et que cette image visuelle, comme nous
l'avons vu dans toutes les expériences relatives à l'imitation, suffit
pour produire le mouvement effectif. Le rôle des images visuelles peut se
démontrer, je crois, par deux observations au moins. J'ai remarqué, à
deux reprises différentes, que lorsqu'une hystérique perd complètement
le sens tactile et musculaire, elle devint plus facilement paralysée des jambes
que paralysée des bras. Dès que Rose devient anesthésique, elle est
paraplégique ; V... de même ne peut pas perdre la sensibilité
musculaire sans perdre l'usage de ses jambes ; mais toutes les deux
conservent toujours le mouvement de leurs bras. Or, pour des femmes surtout, le
mouvement des bras est beaucoup plus visible que le mouvement des jambes et
laisse dans la mémoire des images visuelles bien plus nettes ; c'est
pourquoi elles savent remuer leurs bras et ne savent pas, comme Lucie, remuer
aussi leurs jambes avec le sens de la vue ; elles sont moins habituées
que cette dernière à faire sans cesse usage de la mémoire
visuelle [130]. Une seconde observation est banale : depuis longtemps
Duchenne (de Boulogne), Bell, Lasègue, etc., ont observé que ces femmes,
si remuantes quand elles ont les yeux ouverts, ne peuvent plus bouger quand
elles ont les yeux fermés, ou quand elles ne regardent pas leurs membres :
« Une mère nourrissant son enfant est atteinte de paralysie, elle
perd la puissance musculaire d'un côté et en même temps la sensibilité de
l'autre. Circonstance étrange et vraiment alarmante, cette femme ne pouvait
tenir son enfant au sein, avec le bras qui avait conservé la puissance
musculaire qu'à la condition de regarder son nourrisson. Si les objets
environnants venaient à distraire son
attention de la position de son bras, ses muscles fléchisseurs se relâchaient
peu à peu et l'enfant était en danger de tomber [131]. » En un mot, quand elle était distraite, d'autres images
visuelles remplissaient son petit champ de conscience, et les images visuelles
du mouvement de son bras s'effaçaient. C'était donc bien les images visuelles
qui remplaçaient les images musculaires absentes et masquaient, par leur
mouvement, la paralysie que cette anesthésie aurait dû produire.
Cependant cette dernière observation n'est pas
absolument convaincante. Si quelques hystériques anesthésiques, comme Lucie en
était un exemple, tombent absolument paralysées quand on leur ferme les yeux,
la plupart conservent encore des mouvements, ou au moins, suivant
l'observation de M. Pitres, peuvent continuer le mouvement qui a été commencé
les yeux ouverts, si elles ne peuvent pas en commencer un autre les yeux
fermés. Cela s'explique d'ailleurs facilement, car les images visuelles
subsistent même après la fermeture des yeux et peuvent, comme les
sensations visuelles elle-mêmes, déterminer un mouvement. Mais alors
pourquoi, dans certains cas, perdent-elles le mouvement quand elles ont les
yeux fermés et, dans d'autres cas, le conservent-elles ? Je crois qu'il y
a une notion importante dont il faut tenir compte, c'est la notion de la position de leur bras au moment de commencer un
mouvement. Si Marie peut lever le bras les yeux fermés, quoique étant
insensible, c'est que, au moment où je lui demande un mouvement, elle se
représente sa main qui était visible sur ses genoux avant que les yeux n'aient
été fermés. Elle part de cette représentation pour faire le mouvement, ou pour
continuer le mouvement dont le commencement a été vu. Mais maintenant
j'arrête son mouvement sans lui laisser voir où tombe sa main, ou
bien je déplace le bras sans la prévenir et je le mets sur sa tête. Elle
n'en a rien senti, croit son bras sur ses genoux, ou mieux ne sait plus
où il est, et dit qu'elle l'a perdu. Je lui demande de me tendre la
main, et son bras ne bouge pas ou n'a que des tremblements incohérents, c'est
que, ignorant la position initiale de son bras, elle ne sait plus ce qu'il faut
se représenter visuellement pour me tendre la main. Bien mieux, sans toucher
à son bras, je lui fais croire que je le déplace ; cela suffit pour
qu'elle ne sache plus où il est et me dise d'un ton navré :
« Mais laissez-moi regarder et je vous donnerai la main. » Il n'est
même pas nécessaire de la laisser regarder, il suffit, comme nous l'a
appris une bien jolie observation de Lasègue reproduite par M. Pitres,
de placer sa main sur une partie du corps qui soit restée sensible, la joue
droite par exemple, pour qu'elle soit contente d'apprendre la position initiale
de son bras, qu'elle puisse se représenter le mouvement et par conséquent le
faire. Ces réflexions sur l'importance de la notion visuelle de la position du
bras me permettent de comprendre une de mes anciennes observations que d'abord
je ne m'expliquais pas. Pour étudier un signe bien connu de l'anesthésie
hystérique, je prenais le bras de ces personnes et je le leur mettais
derrière le dos ; elles ne pouvaient plus parvenir à le
retirer ; si au contraire je les priais de mettre elles-mêmes leur
main derrière le dos, elles pouvaient, pour la plupart, la retirer
facilement. C'est que, dans le premier cas, elles ne voyaient pas où
j'avais mis leur bras et que, dans le second, elles conservaient la
représentation visuelle de la position du bras déplacé par elles-mêmes
Les exceptions rentrent donc assez facilement dans la règle - s'il y a
des anesthésies musculaires qui ne soient pas accompagnées de paralysies, c'est
que toute sensibilité relative au mouvement n'a pas été supprimée, que les
sensations et les images visuelles sont intervenues pour remplacer celles qui
étaient perdues, et on ne peut pas en conclure que le mouvement existe
indépendamment des images sensorielles.
2' Considérons maintenant la seconde forme que peut
prendre cette discussion : il y a, dit-on, des paralysies sans anesthésie. Écartons d'abord, comme
précédemment, les paralysies dues à des lésions anatomiques dont le type
serait la paralysie produite par la section de la racine motrice en laissant
intacte la racine postérieure [132]. On pourrait faire, à mon avis, l'expérience d'une
manière bien plus simple, attacher fortement les pattes de l'animal de
manière qu'il ne puisse remuer, et dire ensuite : « Vous voyez
bien qu'il y a paralysie sans anesthésie, puisque ce chien sent et ne bouge
pas, » Ce serait tout aussi démonstratif. Il faut encore ici, pour l'étude
psychologique, rechercher des paralysies sans lésion et voir comment elles
peuvent se produire malgré la conservation de la sensibilité. Quelques auteurs,
comme Huchard, Prégel, Lober citent des paralysies psychiques de ce genre qui
ne s'accompagnent pas d'anesthésie [133]. Comment pouvons-nous comprendre cette irrégularité.
Prenons comme exemple, une suggestion expérimentale.
Je trace à la craie une ligne sur le plancher et je déclare à une
femme hystérique qu'elle ne pourra pas traverser cette raie. Elle hausse les
épaules, prétend que je plaisante et ne fait pas attention à ce que j'ai
dit. Quelques minutes plus tard, elle se lève pour sortir et marche
rapidement droit devant elle. Les deux jambes s'arrêtent toutes raides au
bord de la ligne et le corps reste penché en avant sans pouvoir avancer. La
voici furieuse, qui recule pour prendre son élan, elle court, mais elle est
encore arrêtée brusquement au même point. C'est une sorte de
paralysie, car elle est incapable de lever ses jambes et de franchir la raie
blanche ; mais il est facile de voir que la sensibilité n'a pas varié, ses
jambes sont comme auparavant l'une sensible, l'autre insensible (c'était une
hémi-anesthésique). On peut faire beaucoup d'expériences de ce genre, dire
à un sujet que son bras est collé à la table, qu'il ne peut
prendre un objet, etc. M. Bernheim remarque que, si on a dit, pendant le
somnambulisme, que tel objet paralysait, cet effet se produit encore
après le réveil, sans que le sujet sache pourquoi [134].
Dans tous ces cas, la suppression du mouvement ne me
semble pas être une paralysie véritable, c'est un acte qui a pour
résultat une immobilité apparente, mais qui n'en est pas moins énergique. La
suggestion, soit pendant le somnambulisme, soit pendant la distraction, a
provoqué une idée fixe subconsciente qui arrête le mouvement au moment
où le sujet veut le produire et pourrait d'ailleurs le faire au moyen
des images sensorielles qu'il a complètement conservées. Le sujet n'est
pas plus paralysé que ne serait un homme dans une prison qui se heurte contre
les murs. Les pseudo-paralysies naturelles sans anesthésie doivent être
de cette nature : « Je m'habille pour sortir, disait un malade de
Descourtis, et en même temps je reste immobile ; on est obligé de
me pousser dehors, je suis incapable d'entrer dans un magasin, ou, si j'entre,
je suis inerte... Je sens qu'il y a deux personnes en moi, deux volontés et ces
deux volontés successives se contrebalancent, et me font rester en place [135]. » M. Charcot a analysé des cas très importants et
très curieux de ce genre dont il a donné la véritable explication [136]. L'émotion causée par un accident, le « nervous shock »,
provoquait un état mental analogue à l'hypnotisme ou, du moins,
différent de l'état psychologique normal, pendant lequel l'idée de blessure, de
paralysie pénétrait dans l'esprit. La conscience revenue à l'état
normal, cette idée persistait néanmoins au-dessous et arrêtait,
« inhibait » tous les mouvements que le malade voulait faire. Au point
de vue psychologique, comme au point de vue physiologique, la suppression
apparente des mouvements peut provenir tantôt « d'une abolition véritable
de l'activité des appareils moteurs, tantôt d'une augmentation de l'activité
des appareils d'arrêts [137] ». La première seule est une véritable paralysie :
les études précédentes ne nous semblent pas avoir réussi à la séparer de
l'anesthésie.
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