L'automatisme psychologique - deuxième partie.

Back to Index

Importance relative des diverses existences simultanées

Une vérité ne doit jamais être exagérée sous peine de se transformer en erreur : que la vie subconsciente ressemble à la vie somnambulique, cela est évident: qu'elle soit absolument identique au somnambulisme et puisse lui être assimilée, c'est ce qu'on ne peut admettre. Léonie 2, le personnage somnambulique, bavard, pétulant, enfantin, ne peut pas exister complet et tel quel au-dessous de Léonie 1, cette femme âgée, calme et silencieuse. Ce mélange amènerait un délire perpétuel. En outre, le personnage somnambulique qui a les sensibilités absentes viendrait toujours complé­ter le personnage normal et ne lui laisserait aucune paralysie visible. Voici à ce propos un détail que mon frère m'a raconté. Une hystérique ayant les jambes anesthé­siques, Witt.... appuie ses pieds sur une boule d'eau chaude et, ne sentant rien, ne s'aperçoit pas que l'eau est trop chaude et lui brûle les pieds. Ce sujet renfermait cependant une seconde personnalité qui se manifestait parfaitement par des signes subconscients ou dans un somnambulisme profond et qui avait alors la sensibilité tactile. Quand on l'interrogea, ce second personnage prétendit avoir très bien senti la douleur aux pieds. « Eh bien, alors, pourquoi, n'as-tu pas tiré les jambes ? - Je ne sais pas [115]. » Il est évident que le second personnage qui possède la sensibilité tactile des jambes ne devait pas exister pendant la veille de la même manière qu'il existe mainte­nant en somnambulisme profond. En un mot, la seconde personnalité n'existe pas toujours de la même manière et les rapports ou les proportions entre les différentes existences psychologiques doivent être fort variables.

Pour examiner ces variations, nous pouvons partir d'un premier point extrême : L'état de santé psychologique parfaite. La puissance de synthèse étant assez grande, tous les phénomènes psychologiques, quelle que soit leur origine, sont réunis dans une même perception personnelle, et par conséquent la seconde personnalité n'existe pas. Dans un pareil état, il n'y aurait aucune distraction, aucune anesthésie, ni systé­matique ni générale, aucune suggestibilité et aucune possibilité de produire le somnambulisme, puisqu'on ne peut développer des phénomènes subconscients qui n'existent pas. Les hommes les plus normaux sont loin d'être toujours dans un pareil état de santé morale, et, quant à nos sujets, ils y parviennent bien rarement. Cepen­dant, pendant plus de dix-huit mois, Lucie est restée sans anesthésie, sans sugges­tibilité et sans qu'on pût l'hypnotiser. Marie est maintenant dans une période de ce genre, je ne sais pour combien de temps. C'est un état de santé relatif.

Quand cette santé parfaite n'existe pas, la puissance de synthèse psychique est affaiblie et laisse échapper, en dehors de la perception personnelle, un nombre plus ou moins considérable de phénomènes psychologiques: c'est l'état de désagrégation. Je n'appelle pas cela l'état hystérique, quoique cet état existe constamment pendant l'hystérie, car je crois que l'état de désagrégation est quelque chose de plus générale que l'hystérie et qu'il peut exister encore dans bien d'autres circonstances. C'est le moment des distractions, des anesthésies systématisées, des anesthésies générales, des suggestions exécutées consciemment par le sujet. Mais les phénomènes désagré­gés restent encore incohérents, tellement isolés que, sauf pour quelques-uns qui amènent encore des réflexes très simples, ils n'ont, pour la plupart, aucune action sur la conduite de l'individu, ils sont comme s'ils n'existaient pas. Quand Witt... s'est brûlé les pieds, il y avait quelque part en elle des phénomènes de douleur, mais tellement élémentaires, isolés et incohérents qu'ils pouvaient tout au plus provoquer quelques contractions convulsives ici ou là, mais ne pouvaient pas diriger un mouve­ment d'ensemble, coordonné, comme celui d'écarter et de déplacer les jambes. C'est dans cet état que restent nos sujets le plus souvent, quand on ne s'occupe pas d'eux et surtout quand on ne les a pas endormis depuis longtemps.

Les seules modifications qui se produisent naturellement dans cet état consistent dans les diverses répartitions de l'anesthésie. Ainsi, pour prendre un exemple, Marie, pendant plusieurs mois, a oscillé entre trois formes d'anesthésie. lº Elle est le plus souvent hémi-anesthésique gauche : le corps est divisé en deux parties par une ligne verticale passant par le milieu. A droite, toutes les sensibilités générales ou spéciales sont conservées, à gauche toutes les sensations de tous les sens ont disparu. 2º Après être restée quinze jours ou trois semaines dans ce premier état, elle passe souvent, sans raison apparente, dans un second. Elle est encore hémi-anesthésique, mais d'une autre manière : le corps est divisé en deux parties par une ligne horizontale passant un peu au-dessus des seins, au niveau des épaules. Toute la partie inférieure est abso­lument anesthésique ; toute la partie supérieure y compris la tête et les sens spéciaux (en exceptant pour des raisons particulières l'œil et la tempe gauches) recouvrent la sensibilité complète. 30 Souvent elle change encore d'état et se trouve pendant quelque temps sensible sur tout le corps, mais d'une manière extrêmement obtuse ; comme si la même quantité de sensibilité s'était répartie en diminuant de moitié sur une surface double. D'autres sujets pourront répartir leur sensibilité d'une autre ma­nière, en choisissant dans chaque sens, pour les percevoir, certaines impressions particulières et en abandonnant les autres. Nous avons vu que l'électivité et la distrac­tion sont des formes du rétrécissement du champ de la conscience et de la désagréga­tion psychique, comme l'anesthésie elle-même. Telles sont quelques-unes des variations que présentera naturellement l'état de désagrégation abandonné à lui-même.

Si la personne qui endort les sujets s'approche d'eux, ils éprouvent une émotion toute particulière qui leur fait sentir un changement dans leur conscience. C'est qu'en effet les phénomènes subconscients et désagrégés se sont groupés sous cette excita­tion, ont pris de la force et ont même ravi à la conscience normale quelques phéno­mènes dont elle avait conservé jusque-là la propriété. Les anesthésies ont augmenté : Lucie, qui entendait auparavant tout le monde, ne m'entend plus. « Je vois vos lèvres remuer, dit-elle, mais je n'entends pas ce que vous dites. » C'est que le personnage subconscient qui s'est formé a pris à ce moment mes paroles pour lui. La sugges­tibilité aussi a augmenté, mais elle s'exerce de deux manières, en provoquant tantôt les actes conscients du premier personnage, tantôt les actes du second ignorés par le premier ; c'est l'instant de la catalepsie partielle, des suggestions par distraction et de l'écriture automatique. C'est l'état dans lequel les spirites sont si heureux de voir leurs médiums, afin d'évoquer les esprits par l'intermédiaire des phénomènes désagrégés. Cet état correspond assez bien, il me semble, à celui qui a été déjà décrit sous le nom de somnovigil ou de veille somnambulique [116].On a critiqué ce nom, en disant que ce n'était pas de la veille. Il est évident que, si on entend par le mot veille un état psychologique absolument normal, le sujet n'est pas en état de veille normale. Nous n'avons pas l'habitude, quand nous sommes bien éveillés, de marcher ou d'écrire sans le savoir ; mais il ne faudrait pas en conclure que le sujet soit dans un état de sommeil hypnotique complet. M. Beaunis [117] en donne fort bien la preuve : c'est qu'il y a continuité de mémoire entre la veille normale et les paroles du sujet dans cet état il se souviendra indéfiniment d'une partie de ce qu'il a fait il était donc au moins en partie en état de veille. Mais l'autre partie de son être. dont nous avons surabondamment montré l'existence et les caractères et qui maintenant est manifeste, est bien en somnambulisme, ainsi que le prouve une autre continuité de souvenirs que nous venons d'étudier. Mais ici encore l'état somnambulique n'est pas complet. Le second personnage a un peu d'ouïe qu'il a ravie au premier, il sent le toucher et les mouve­ments ; mais il ne voit pas, du moins à l'ordinaire, il ne remue pas très facilement et surtout il ne parle pas ou très difficilement, toutes choses qu'il pourrait faire pendant le somnambulisme complet. C'est donc un demi-somnambulisme comme une demi-veille, et M. Ch. Richet avait évidemment trouvé le mot juste, que nous garderons pour désigner cet état, quand il l'appelait un hémi-somnambulisme [118].

L'état précédent est un état transitoire et pour ainsi dire fragile qui oscille entre une veille plus parfaite et un somnambulisme complet.

Excitons encore un peu ces systèmes d'idées subconscientes, ou faisons disparaî­tre par une fatigue quelconque cette première personnalité chancelante, et nous arrivons au somnambulisme véritable. La première personnalité n'existe plus, mais la seconde s'est enrichie de ses dépouilles, elle a pris maintenant, outre les phénomènes qui lui étaient propres, ceux qui appartenaient à l'autre synthèse ; elle voit, elle remue, elle parle comme elle veut. Elle se souvient de son humble existence précédente : « C'est moi qui ai fait cela, qui ai senti cela »  mais elle ne comprend pas comment elle ne pouvait ni bouger ni agir tout à l'heure, car elle ne se rend pas compte du chan­gement qui s'est produit. Après le somnambulisme, la première personnalité reparaît et la seconde diminue sans disparaître entièrement. Celle-ci persiste plus ou moins longtemps suivant sa force et les suggestions posthypnotiques qui lui ont été faites ; elle se relève de temps en temps pour les accomplir, puis elle diminue encore pour ne plus occuper que le petit espace que lui laissent les anesthésies pendant l'état de désagrégation qui est maintenant rétabli. Si le retour à la santé était complet, elle disparaîtrait entièrement et il y aurait une nouvelle restauration de l'unité psychique qui se ferait sans doute autour d'un autre centre, mais qui serait analogue, pour l'éten­due du champ de la conscience et pour l'indépendance, au somnambulisme complet. Essayons, dans une nouvelle figure un peu moins schématique que la précédente, de représenter ces étendues relatives des diverses personnalités, en supposant pour plus de simplicité qu'il n'en existe que deux.

Le problème des rapports entre la personnalité secondaire successive pendant le somnambulisme et la personnalité secondaire simultanée pendant la veille peut se présenter d'une manière plus précise et prendre une forme particulière : on sait que, pendant le somnambulisme complet, la seconde personne a la mémoire non seule­ment de ses propres actions pendant les somnambulismes précédents, ou même des actes qu'elle a faits pendant l'hémi-somnambulisme au-dessous de la conscience primaire, mais même des actions accomplies consciemment pendant la veille par la première personne, par « l'autre », comme disent les somnambules. Puisque cette personnalité somnambulique existe déjà pendant l'hémi-somnambulisme sous la con­science de la veille, n'est-il pas naturel qu'elle ait déjà à ce moment la connaissance des actes accomplis au-dessus d'elle par la personnalité ordinaire ? J'avais été frappé par ce raisonnement et, dans mes premiers articles sur ce sujet, j'avais admis, comme une sorte de loi, que la première personnalité ignorait complètement la seconde agis­sant au-dessous d'elle, mais que celle-ci connaissait fort bien la première ; je me ser­vais même de cette remarque pour expliquer le souvenir de la veille pendant le som­nambulisme. M. Gurney, qui, peu de temps après, publiait des études sur le même problème, admettait encore cette loi, mais commençait à faire des réserves [119]. « Dans bien des cas, disait-il, il n'est pas du tout évident que la seconde personnalité ait une connaissance exacte de la première au moment où elle agit au-dessus d'elle. » Non seulement je reconnais maintenant la justesse des réserves de M. Gurney, mais je suis disposé à les augmenter encore.

Il ne faut pas céder à cette illusion qui nous porte à identifier la seconde person­nalité pendant le somnambulisme avec la seconde personnalité subconsciente pendant l'hémi-somnambulisme. Elle a, dans le premier état, quand elle est complète, des connaissances et des souvenirs qui sont dus aux sensibilités qu'elle a récupérées ; elle a le souvenir des actes de la veille, parce qu'elle a repris les sensibilités de la veille, outre les siennes. Mais quand elle était rudimentaire ou imparfaite à côté de la con­science normale, elle n'avait pas ces sensibilités et ne devait pas avoir la connaissance complète de ce que faisait le premier personnage. Quand Lucie 1 ou Lucie 2, pour prendre un exemple, existent simultanément, elles agissent en général chacune de leur côté, et elles s'ignorent réciproquement. Si l'une connaissait l'autre, si les images du sens tactile s'associaient avec les images du sens visuel, une conscience commune au profit de l'une des deux personnes se reconstituerait, ce qui ne semble pas avoir lieu.

Une des grandes difficultés de l'observation, quand on veut vérifier ces choses, c'est qu'il n'est pas possible d'interroger la seconde personnalité sur un fait quel­conque, sans lui en donner par là même la connaissance et sans l'enlever à la person­nalité primaire. « Le personnage subconscient, disait M. Gurney [120], entend cepen­dant des signaux, décrit des objets du monde extérieur dont on le prie de parler. » Sans doute, mais il est facile de vérifier qu'à ce moment, la première personnalité ignore ces signaux et ne voit plus ces objets ; quand le moi normal continue réellement à voir quelque chose, il n'est pas du tout certain que le moi anormal le voit aussi au même moment ; nous n'osons plus conclure, comme M. Gurney, qu'il y a une diffé­rence entre les deux personnalités et que l'une connaît l'autre sans être connue par elle : la situation doit être la même pour les deux.

Il ne faut pas oublier d'ailleurs que nous ne parlons, dans ce chapitre, que des cas de désagrégation les plus simples, les plus théoriques en quelque sorte. Il est facile d'observer un très grand nombre de variétés et de complications dans lesquelles les deux personnages peuvent plus ou moins se connaître mutuellement et réagir l'un sur l'autre. Nous évitons d'entrer maintenant dans l'étude de ces complications.

L'examen de la figure schématique que nous venons d'étudier nous suggère encore une réflexion nouvelle qui a son intérêt. On remarque de suite que la représentation de l'état somnambulique complet est absolument identique à celle de la santé parfaite, ces deux états étant également caractérisés par la réunion de tous les phénomènes psychologiques dans une seule et même conscience. A un certain point de vue, cette ressemblance ne doit pas nous surprendre et s'accorde assez bien avec les études antérieures qui nous ont montré l'intégrité absolue de la sensibilité et de la volonté dans le somnambulisme complet, comme dans la santé parfaite. Mais, d'un autre côté, cette ressemblance soulève une difficulté. Ne savons-nous pas, en effet que, pendant le somnambulisme, la mémoire aussi est intacte et embrasse toutes les périodes de la vie, même les périodes de la veille, tandis que la veille et l'état normal seraient caractérisés par l'oubli des états somnambuliques. Comment, si cette différence dans l'état de la mémoire est bien réelle, ces deux états de somnambulisme complet et de santé parfaite pourraient-ils être identiques ? Quand deux états psychologiques sont absolument semblables, la mémoire doit être réciproque.

Eh bien, peut-être en est-il réellement ainsi, peut-être l'état de santé parfaite, quand il existe, amène-t-il le souvenir complet du somnambulisme lui-même. Si nos sujets, après le réveil, ne conservent pas le souvenir de leur somnambulisme, c'est qu'ils ne reviennent pas à la santé parfaite et qu'ils gardent toujours des anesthésies et des distractions plus ou moins visibles ; s'ils guérissaient radicalement, s'ils élargis­saient leur champ de conscience jusqu'à embrasser définitivement dans leur percep­tion personnelle, toutes les images, ils devraient retrouver tous les souvenirs qui en dépendent et se rappeler complètement même leurs périodes de crise ou de somnam­bulisme. Je dois dire que je n'ai jamais constaté ce retour de la mémoire et que cette remarque est fondée sur l'examen d'une figure schématique et sur le raisonnement plus que sur l'expérience. Peut-être aurait-on pu constater quelque chose de ce genre pendant les époques où Lucie semblait complètement guérie ; mais je ne songeais  alors à ce problème et je n'ai fait aucune recherche sur ce point. Je crois d'ailleurs qu'elles auraient eu un résultat négatif, jamais je n'ai vu ces personnes hystériques retrouver après leur guérison apparente le souvenir de leurs secondes existences. Peut-être, ces femmes jeunes encore et, chez qui, de légers signes d'hystérie repa­raissent de temps en temps, n'ont-elles jamais une guérison assez complète pour que ce phénomène puisse être manifeste.

Si l'observation ne nous renseigne pas sur ce point, l'histoire nous fournit peut-être quelques indications à recueillir. On connaît les mésaventures d'un sujet, qui fut célèbre au moment des plus grandes querelles provoquées par l'étude du magnétisme animal. Pendant plusieurs années, une femme nommée Pétronille internée à la Salpêtrière, avait présenté tous les phénomènes du somnambulisme, ainsi que l'oubli au réveil le plus net et le mieux constaté. Beaucoup plus tard, dans sa vieillesse, cette femme sortie de l'hôpital, prétendit faire des aveux et soutint avoir continuellement simulé tous les phénomènes du somnambulisme. Pour prouver son dire, elle racontait tout ce qu'on lui avait fait faire pendant les prétendus sommeils et retrouvait tous les souvenirs. Ce fait fit un assez grand bruit et fut l'occasion de bien des railleries triomphantes contre les magnétiseurs. Aujourd'hui encore, certains auteurs assez superficiels, qui ne voient dans tous les phénomènes nerveux, le somnambulisme, l'hystérie, peut-être même l'épilepsie, que de pures comédies, répètent de temps en temps, comme un « delenda Carthago », cet avertissement solennel aux hypnoti­seurs : « cave Pétronille. »

Des faits du même genre se rencontrent également dans l'histoire du spiritisme dont nous parlerons bientôt. Les misses Fox, qui ont été, en 1848, l'occasion du déve­loppement de tout le spiritisme américain, devenues âgées, se moquent maintenant, parait-il [121], de leurs anciens exploits et prétendent avoir toujours simulé leurs mouve­ments inconscients et leurs conversations avec les esprits. En réalité, que Pétronille ait été sincère ou non, que les misses Fox en 1848 aient eu des accidents hystériques véritables et des mouvements automatiques réels ou qu'elles aient exploité une supercherie lucrative, cela nous est assez indifférent. Nous pourrions même faire remarquer que l'on ne peut guère accepter le témoignage d'une femme de soixante ans, quand elle prétend expliquer les sentiments qu'elle éprouvait à dix-huit ans. Elle n'est plus la même personne et n'est plus capable de comprendre sa propre jeunesse. Elle peut fort bien s'accuser maintenant d'une fourberie, qui n'a jamais été commise, pour s'expliquer des choses dont le souvenir est réapparu et qu'elle ne peut interpréter autrement.

Ces phénomènes, en effet, ne peuvent-ils pas être compris d'une façon intéres­sante. N'est-il pas possible qu'à soixante ans, l'hystérie, la désagrégation mentale qui existait à vingt ans, ait totalement disparu et que l'esprit entièrement reconstitué ait récupéré toutes les images, comme pendant un somnambulisme parfait. Des phéno­mènes de ce genre justifieraient la comparaison théorique que nous avons été amené à faire entre l'état de santé et l'état de somnambulisme. Mais il est inutile de discuter davantage sur des faits aussi anciens et aussi mal connus ; peut-être, ceux qui ont pu suivre pendant fort longtemps des hystériques ont-ils pu faire des observations du même genre sur ce retour complet des souvenirs après la disparition de la maladie. Il serait intéressant de les réunir: elles fourniraient un signe curieux de la guérison complète de l'hystérie et viendraient confirmer les hypothèses que nous avons faites sur les existences psychologiques distinctes dans le même individu.

En laissant de côté ces problèmes dont la solution est encore douteuse, nous pou­vons conclure par cette remarque. La désagrégation psychologique donne naissance à des groupes de pensées inégaux dont l'importance relative varie sans cesse. L'état de veille parfaite et l'état de somnambulisme complet sont deux extrêmes : entre eux se trouvent bien des degrés dans lesquels les diverses existences coexistent avec des proportions changeantes.

L'étude des maladies nerveuses a fait un grand progrès quand on a prouvé qu'une femme n'est pas seulement malade au moment où elle a sa crise d'hystérie, mais qu'elle est tout le temps hystérique, même dans l'intervalle de ses crises. Il faut faire un progrès analogue dans l'étude du somnambulisme et il faut admettre qu'un individu ne devient pas somnambule, quand on le veut, pendant quelques instants, puis qu'après le réveil tout est fini, mais qu'un sujet est hypnotisable parce qu'il était déjà en quelque manière somnambule et qu'il continue à l'être après le réveil, pendant un temps quelquefois très long. Les existences psychologiques simultanées, que nous avons été obligé d'admettre pour comprendre les anesthésies, sont dues à cette persistance plus ou moins complète de l'état somnambulique pendant la veille.

Provided Online by http://www.neurolinguistic.com

Back to Index

From our Online Free Library at www.pnl-nlp.org/dn Find now here hundreds of ebooks and texts on NLP, Hypnosis, Coaching, and many other mental disciplines...

Dalla nostra libreria online a www.pnl-nlp.org/dn/ Scopri centinaia di libri su PNL, Ipnosi, Coaching e molte altre discipline della mente