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Chapitre I: Les actes subconscients
Les états psychologiques très différents les
uns des autres qui ont été passés en revue dans les études précédentes avaient
un caractère commun ; ils étaient une disposition, une
manière d'être de l'esprit du sujet tout entier. Les personnes
observées étaient complètement ou en état de veille, ou en
somnambulisme, ou en délire, mais elles n'étaient jamais à moitié dans
un état et à moitié dans un autre ; aussi leur conscience étendue
ou restreinte, quelle que fut sa nature, embrassait-elle tous les phénomènes
psychologiques du sujet. Les sensations, normales ou anormales, ressuscitées
par le somnambulisme ou par l'électricité, les actes spontanés ou suggérés,
tout était connu par le sujet. « Je sens que j'ai un bras en l'air, je
sens qu'il remue, je vois un oiseau. » Tel était le langage de nos sujets
au moment où l'on dirigeait leurs actes ou leurs sensations. En est-il
toujours de même, et la vie automatique des phénomènes de
l'esprit se développe-t-elle toujours avec une pareille unité, de
manière à laisser subsister cette conscience commune ? S'il
en était ainsi, les trois quarts des phénomènes observés dans les états
maladifs ou même normaux seraient inexplicables. Toutes les lois
psychologiques paraissent fausses si l'on ne cherche leur application que dans
les phénomènes conscients dont l'individu se rend compte. À
chaque instant, l'on rencontre des faits, hallucinations ou actes qui semblent
inexplicables, parce qu'on ne trouve pas leur raison d'être, leur
origine dans les autres idées que reconnaît la conscience, et, en présence de
ces lacunes, le psychologue est trop souvent disposé à se déclarer
incompétent et à demander à la physiologie un secours qu'elle ne
peut guère lui fournir. La psychologie ne peut pas se constituer si elle
reste incomplète et si elle néglige des phénomènes dont la
connaissance est nécessaire pour expliquer les problèmes qu'elle pose.
Si on considère en particulier la question qui nous occupe, on ne
tardera pas à remarquer que les lois de l'automatisme psychologique
sont bien souvent en défaut.
Ces lois sont cependant, croyons-nous, exactes et
générales et les difficultés seront levées, si on admet que ces lois
psychologiques, tout en étant les mêmes, peuvent, dans certains cas,
s'appliquer d'une manière toute particulière. L'automatisme
psychique, au lieu d'être complet, de régir toute la pensée consciente,
peut être partiel et régir un petit groupe de phénomènes séparés
des autres, isolés de la conscience totale de l'individu qui continue à
se développer pour son propre compte et d'une autre manière.
Ce n'est donc pas une nouvelle recherche que nous
entreprenons, c'est une application particulière de nos études
précédentes à des circonstances nouvelles. Nous pensons, dans notre
examen, suivre le même ordre, montrer l'automatisme simple des sensations,
celui des perceptions plus complètes, la constitution des mémoires et
des personnalités distinctes, comme nous l'avons déjà fait ; mais,
dans ces études, nous n'examinerons que les phénomènes ignorés par le
sujet même qui les éprouve et en apparence inconscients.
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