L'automatisme psychologique - première partie.

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Conclusion

Les études que nous venons de faire sur tous ces phénomènes si nombreux et si compliqués nous ont fait connaître une nouvelle forme de l'automatisme psycholo­gique, qui, par certains côtés, se rapproche des phénomènes déjà étudiés dans les cha­pitres précédents, et qui, par d'autres, en diffère notablement. Parmi les auteurs qui, de nos jours, ont étudié le phénomène de la suggestion, il en est qui, entraînés par la discussion, semblent avoir élargi démesurément le sens de ce mot. Pour eux, toute action, toute pensée humaine, déterminée et régulière, semble être de la suggestion. Sans doute, ils se servaient surtout de cette expression pour faire comprendre que tous ces états réguliers, tous ces actes déterminés, étaient dus avant tout à des causes psychologiques et non à des causes physiques ; en cela ils avaient complètement raison, et ils ont contribué à rendre à la conscience l'importance qu'elle doit avoir dans l'explication de la personne humaine. Mais, cela une fois admis, il faut pourtant constater que tous les phénomènes psychologiques ne sont pas identiques et qu'il n'y a aucun avantage à remplacer les anciens mots connus de mémoire, émotion, associa­tion des idées, par ce mot nouveau de suggestion, comme si tous ces phénomènes venaient d'être découverts. Pour nous, la suggestion désigne un automatisme d'un genre particulier, celui auquel donnent naissance le langage, et en général les perceptions.

Cet automatisme est en partie analogue aux précédents. De même qu'une émotion ou une mémoire est constituée par une réunion de phénomènes partiels qui ont été agrégés, synthétisés autrefois par la conscience, de même, l'intelligence du langage et une perception en général sont un ensemble de phénomènes complexes, qui ont été autrefois réunis au moment où le langage a été appris, où la perception a été formée pour la première fois. Cette synthèse une fois faite, puisque nous n'avons pas à nous occuper, dans ce travail, de l'activité qui a présidé à sa formation, se conserve ; lors­qu'un de ses termes est donné, la perception totale qui est commencée se complète et amène les autres images qui la constituent. Par des lois, sur lesquelles nous n'avons pas a revenir, ces images successives forment des hallucinations, des croyances et des actes. Cela était déjà contenu dans l'automatisme des sensations et dans celui de la mémoire, il est tout naturel que ce même caractère se retrouve dans l'automatisme des perceptions.

Le langage pouvant exprimer toutes choses, il peut arriver qu'à son plus bas degré, la suggestion provoque des actes très simples, analogues à ceux que déterminaient les sensations les plus simples, et qu'à un degré plus élevé, elle provoque des change­ments plus complexes, analogues à ceux qu'amènent les modifications de la mémoire. Mais ces suggestions ne peuvent avoir leur puissance que parce qu'il y avait déjà un automatisme des images et des souvenirs qu'elles mettent en œuvre d'une façon plus compliquée.

Déjà, en étudiant, dans le chapitre précédent, l'automatisme de la mémoire, nous avions rencontré un fait nouveau qui semblait tout à fait étranger aux phénomènes automatiques que nous décrivions et qui venait cependant s'y mêler. Il s'agît de ces jugements que le sujet faisait de temps en temps sur ses propres phénomènes et sur les états où il se trouvait, Les phénomènes, sensations, images, souvenirs qui remplis­saient la conscience, étaient amenés automatiquement ; mais, de temps en temps, ils étaient comparés, synthétisés en une idée nouvelle et complexe, celle d'une nouvelle personnalité. C'était l'activité unifiante et synthétisante actuelle de la conscience, se manifestant au milieu de l'automatisme des images et des souvenirs. Ce phénomène nouveau a pris une importance bien plus grande dans l'étude que nous venons de faire. Lorsque nos sujets devenaient capables de faire en grand nombre de ces syn­thèses nouvelles, de coordonner et de comparer une quantité de sensations et de perceptions, ils cessaient d'être suggestibles. Cela nous apprend que l'automatisme des perceptions, fondement de la suggestion, est le résultat d'une activité ancienne qui continue à agir de la même façon, mais qu'elle est en opposition avec l'activité actuelle de la pensée. Plus celle-ci se développe, plus elle est capable de faire des combinaisons nouvelles avec les éléments plus nombreux qui sont apportés à la conscience, plus l'automatisme est réduit. Plus l'état psychologique était simple et le champ de la conscience restreint, plus l'activité automatique était manifeste. Aussi ne pouvons-nous pas pousser plus loin notre étude dans la direction que nous avons suivie jusqu'à présent: en passant des phénomènes conscients les plus simples aux plus complexes, nous avons vu l'automatisme décroître de plus en plus. Il nous faut maintenant passer à un autre point de vue et voir si cette activité régulière et déterminée ne se dissimule pas et n'existe pas sous une autre forme quand elle paraît avoir disparu de la conscience.

Fin de la première partie : Automatisme total.

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