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Le rétrécissement du
champ de la conscience
Nous n'avons tenu compte jusqu'à présent dans
nos études que de la qualité des phénomènes qui occupaient la
conscience ; mais il est probable que les existences psychologiques
peuvent présenter d'autres différences que celles qui résultent de la nature
des images auditives, visuelles et tactiles. Sans parler de l'intensité propre
à chaque image, ce qui nous parait un caractère peu clair,
n'est-il pas possible, d'une part, qu'il y ait aussi des différences dans la
quantité, dans le nombre des phénomènes psychologiques qui remplissent
ces diverses consciences ; d'autre part, que tous les hommes ne soient pas
à ce point de vue aussi riches les uns que les autres et disposent dans
un temps donné d'un nombre d'idées très différent. C'est là une
supposition qui nous parait très propre à expliquer les
caractères des anesthésies que nous avons signalés. Cherchons d'abord
à l'exposer en elle-même et à montrer qu'elle est intelligible
et vraisemblable, puis nous verrons comment elle peut expliquer les phénomènes
que nous étudions.
« Les phénomènes qui font l'objet de la
physiologie, écrivait Herbert Spencer [291], se présentent sous la forme d'un nombre immense de séries réunies
ensemble. Ceux qui font l'objet de la psychologie ne se présentent que sous la
forme d'une simple série. » C'est, en effet, une opinion assez répandue
que la conscience d'un homme ne renferme au même moment qu'un seul
phénomène, et que, par conséquent, la vie psychologique est constituée
par une succession de phénomènes venant à la suite les uns des
autres, formant une longue série qui se prolonge pendant toute la vie de
l'individu, mais restant chacun isolé sans être accompagné d'autres faits
simultanés. Sans doute, nous avons bien l'idée de la coexistence et même
la notion des objets disséminés dans l'espace ; mais cette notion, loin
d'être primitive, serait dérivée de la notion de succession et de l'idée
du temps. On sait comment Spencer prétend former le rapport de coexistence par
l'union de deux rapports de séquence, et comment, depuis Stuart Mill, l'école
anglaise s'est attachée à démontrer que « le temps est père
de l'espace ». Si l'on adopte entièrement cette opinion, comme
semble le faire M. Taine qui regarde la conscience comme un centre inétendu,
une sorte de point mathématique, on trouvera peut-être singulier de
parler encore du nombre des phénomènes psychologiques dans la
conscience à un moment donné ; puisque, à tous les moments,
cette quantité doit être l'unité. Nous pourrions cependant faire encore
des réserves : ainsi que l'ont montré les beaux travaux de Wundt et de ses
élèves sur la durée des phénomènes psychiques, ces
phénomènes ne se succèdent pas toujours avec la même
rapidité, et deux individus pourraient encore, dans un temps donné, présenter
une quantité très différente d'images mentales.
Mais nous ne croyons pas que l'on puisse adopter sans
restrictions l'hypothèse de Stuart Mill et de Spencer et réduire ainsi
l'étendue de la conscience. Il ne nous parait guère possible, malgré les
démonstrations curieuses données par les psychologues anglais, de faire sortir
la notion d'espace de la notion de temps et le rapport de coexistence du
rapport de succession. L'idée d'espace, qui est une idée originale, dérive en
réalité de la sensation d'étendue que nous procure la coexistence réelle d'un
grand nombre de sensations simultanées du sens de la vue ou du sens
tactile [292]. D'autre part, l'observation de nous-même ne nous montre pas
la conscience ainsi réduite à l'unité. Pendant que j'écris cette page et
que je pense aux différentes opinions des philosophes sur l'étendue de la
conscience, je vois mon papier, ma lumière, ma chambre et j'entends en
même temps le bruit sourd d'un concert dans la maison voisine, ce qui ne
laisse pas de me causer une impression désagréable. Tout cela existe à
la fois dans mon esprit ; je ne dis pas que mon travail en soit meilleur,
non, il vaudrait mieux sans doute ne penser qu'à lui ; mais enfin,
tel qu'il est, il avance cependant malgré le bourdonnement de sensations et
d'images qui se heurtent en ce moment dans ma conscience. D'ailleurs est-il
possible qu'il en soit autrement ? Un seul acte, celui d'écrire, ne
demande-t-il pas plusieurs phénomènes conscients, la vue du papier, de
la plume, des traits noirs, l'image sonore ou musculaire des mots, l'expression
parlée des idées, etc. Si je n'avais en tête qu'une seule image, je l'exprimerais
sans doute parfaitement, car elle serait traduite par tout mon corps, mais je
ne bougerais plus, je ne penserais plus, je deviendrais une statue, comme les
cataleptiques que nous avons étudiées.
C'est, en effet, dans la catalepsie que l'unité presque
absolue de la conscience existe, c'est-à-dire tout au début du retour de
la conscience, au sortir d'une sorte d'anéantissement, quand l'esprit presque
épuisé est incapable de concevoir plusieurs sensations à la fois. Une
seule sensation subsiste : elle vit de sa vie propre et donne aux sujets
cette apparence d'automate humain. Peut-être aussi, à l'autre
extrémité du développement intellectuel, quand la vie de l'intelligence tout
à fait parfaite permettra à un esprit d'embrasser dans une vaste
synthèse toutes les images, de réunir en une seule idée celles d'un
rapport très général, toutes les sensations qu'il éprouve ou dont la
mémoire lui rappelle le souvenir, peut-être alors, si cet état est
possible, retrouverions-nous l'unité intellectuelle réalisée un moment par de
grands génies dans une haute pensée. Mais la vie ordinaire de la pensée ne
tombe pas si bas et ne s'élève pas si haut : elle se maintient
à une hauteur moyenne à laquelle les images présentées à
l'esprit sont nombreuses et où leur systématisation est loin
d'être complète. C'est ce que comprenait très bien M.
Dumont [293] quand il écrivait: « Il y a en nous à chaque instant un
groupe de nombreuses sensations coexistantes... Le moi est à la fois
série et groupe ; il est une série de groupes », et plus récemment un
magnétiseur très psychologue [294], quand il nous dit : « A l'état de veille, malgré le
monoïdéisme apparent qui a séduit plusieurs psychologues, notre pensée est
toujours très compliquée ; nous avons simultanément une foule de
sensations qui luttent entre elles et une foule de souvenirs qui cherchent
à se débarrasser de la pression des idées dominantes ».
C'est d'ailleurs, il faut le reconnaître, l'opinion
à laquelle M. Spencer se rattache lui-même, en pratique, toutes
les fois qu'il s'agit d'expliquer un phénomène réel. « La
conscience du rêve est comme celle du vieillard ou de l'homme indolent,
les éléments en sont moins cohérents et moins
abondants... Le rétrécissement de l'aire
de la conscience se trahit par l'absence de ces innombrables pensées collatérales que les scènes
successives provoquent d'ordinaire... » [295]. Et ailleurs : « Quoique les phénomènes de
conscience forment une série, il y a des changements
simultanés : le champ visuel n'est pas absolument réduit à un
point, il y a conscience vague des points environnants... Dans la trame de la
conscience, il y a plusieurs fils ; les externes sont lâches et mal
adhérents, mais à l'intérieur, il y a une série de changements dont le
tissu est serré et qui forme ce que nous pouvons appeler la conscience
proprement dite » [296]. Cette dernière restriction est très juste ; ce
petit groupe de phénomènes mieux connus que les autres, c'est la part de
l'attention, de l'aperception, comme dirait Wundt après Leibniz, qui ne
s'étend pas aussi loin que la conscience elle-même ; mais l'auteur
n'en reconnaît pas moins que la conscience humaine, claire ou non, s'étend
ordinairement assez loin sur un grand nombre d'images collatérales et
coexistantes.
Spencer nous fournit même un terme excellent,
très précis et très utile que nous conserverons : l'aire ou
le champ de la conscience. On sait, en effet, ce que l'on appelle le champ
visuel : « c'est toute l'étendue de l'espace d'où nous pouvons
recevoir une impression lumineuse, l'œil restant immobile et le regard
fixe » [297]. Ne pourrait-on pas appeler de même champ de la conscience ou étendue maximum de la conscience, le
nombre le plus grand de phénomènes simples ou relativement simples qui
peuvent se présenter à la fois dans une même conscience, en
réservant, comme le propose Wundt [298], le terme de « point de regard interne » pour cette
partie des phénomènes de la conscience vers laquelle est dirigée
l'attention ? Il serait, je crois, de la plus haute importance pour la
psychologie expérimentale de pouvoir déterminer, ne fût-ce que d'une
manière approximative, le champ de la conscience, comme on mesure le
champ visuel avec un campimètre ou un périmètre. Wundt est le
seul, croyons-nous, qui ait essayé une détermination expérimentale de ce
genre [299]. Malheureusement, il se sert de procédés et de raisonnements qui ne
nous paraissent ni bien clairs, ni bien certains, et il passe très vite
sur cette question difficile. Sa conclusion est que « nous serons autorisés
à considérer douze représentations simples comme étant l'étendue maximum
de la conscience ». A première vue, et peut-être à
tort, je trouve que ce chiffre doit être beaucoup trop faible. Le champ
visuel binoculaire, qui n'est cependant qu'une petite partie du champ total de
la conscience, renferme évidemment bien plus de douze phénomènes
visuels simultanés ; la conscience, qui contient en outre les autres
sensations et leurs images, doit en contenir bien davantage. Mais il y a ici
une foule de questions à soulever sur le sens même des mots, sur
l'idée que l'on se fait d'une représentation simple, qui font de ce
problème l'un des plus délicats de la psychologie expérimentale,
quoiqu'il reste à mon avis un des plus importants.
Malgré ces difficultés et malgré l'impossibilité
où nous sommes ici, à notre grand regret, d'apporter des mesures
précises, il nous semble cependant qu'il y a un point assez facile à
établir. Le champ de la conscience comme le champ visuel peut varier; il n'est
point le même chez tous les individus, ni à tous les moments de la
vie chez un même homme. Entre un individu cataleptique n'ayant, comme
nous l'avons montré, qu'une seule image à la fois et un chef d'orchestre
entendant simultanément tous les instruments, voyant les acteurs, et suivant,
par la mémoire ou par la lecture, la partition de l'opéra, il y a tous les
degrés possibles. Les degrés inférieurs nous intéressent le plus en ce moment,
car il est facile de montrer que les individus suggestibles ont un champ de
conscience très rétréci et que ce caractère joue un grand rôle
dans les modifications de leur volonté.
Le rétrécissement du champ de la conscience, du moment
que nous ne pouvons pas le mesurer directement, doit se manifester d'une
manière un peu indirecte peut-être, mais très certaine par
des anesthésies. Considérons à un instant donné deux individus qui ont
des champs de conscience différents ; quand l'un sent dix phénomènes,
l'autre n'en sent que cinq ; ne devons-nous pas conclure qu'il y a cinq
phénomènes que le second ne peut pas sentir, au moins à ce
moment, et que dans une certaine mesure il est momentanément
anesthésique ? Aussi quand une personne comme Lucie ne peut entendre
qu'une personne à la fois, je suppose tout naturellement que le champ
de sa conscience est petit, qu'il est comme un vase déjà plein de
liquide, dans lequel on ne peut plus faire pénétrer une seule goutte. Ce n'est
qu'une supposition, mais elle rend bien compte des faits.
Mais, dira-t-on, l'anesthésie n'est pas une preuve du
rétrécissement du champ de la conscience, car les images fournies par les sens
restants peuvent être à elles seules fort nombreuses et compenser
la perte des autres sens. Cela arrive en effet quelquefois ainsi : chez
les aveugles de naissance, par exemple, les sens qui subsistent s'aiguisent et
se perfectionnent et peuvent quelquefois combler le vide laissé par les
sensations visuelles ; un homme qui fait attention à un objet peut
ne plus voir les autres, mais il aura à propos de cet objet des
sensations plus vives et plus nombreuses qui empêcheront son champ de
conscience d'être véritablement rétréci. Tout cela est exact, mais les
choses ne se passent pas ainsi dans l'anesthésie hystérique. La perte d'un sens
n'amène pas un accroissement dans l'acuité des autres sens, bien au
contraire ; la concentration de la conscience sur un objet ne rend pas les
sensations relatives à cet objet plus nombreuses, comme dans
l'attention. Une hystérique pense peu de choses, mais le peu qu'elle pense,
elle ne le connaît pas mieux pour cela, car les sens qui lui restent sont
diminués de toute façon et elle n'a que des notions fort confuses des objets
mêmes qu'elle regarde. L'anesthésie chez elle, même quand elle est
momentanée et due à la distraction, est une perte sans compensation.
Une autre preuve de ce rétrécissement du champ de la
conscience chez les suggestibles doit être tirée des phénomènes
produits chez ces personnes lorsqu'on ferme les seuls sens qui leur restent.
Tous les auteurs ont signalé l'abrutissement, l'oblitération de l'intelligence
et de la mémoire qui surviennent subitement chez une hystérique anesthésique
quand on lui ferme les yeux ou qu'on lui met du coton dans les oreilles [300]. Il semble que les images visuelles ou auditives qui pourraient
subsister ne suffisent plus pour former une vie psychologique : la petite
lumière qui subsistait encore semble s'éteindre et toute conscience
disparaît dans un sommeil complet. Il est vrai qu'il y a ici une grande
différence entre l'hystérique et l'idiot ou même l'épileptique. Tandis
que ceux-ci, si on leur supprimait leurs faibles moyens de penser, resteraient
abrutis comme je l'ai constaté chez R.... celle-là en prend assez vite
son parti, et, puisqu'on lui détruit son existence psychologique ordinaire,
elle en commence une seconde. C'est peut-être là tout le secret
de l'hypnotisation si facile des hystériques par occlusion des
paupières. Laissons de côté la seconde existence qui peut être
identique ou supérieure à la première, ce sommeil, cette
destruction de la vie ordinaire qui vient subitement parla fermeture des yeux
ne montre-t-il pas que le champ de conscience était bien petit et se composait
presque uniquement de ces phénomènes qu'on leur enlève.
Quelles sont les personnes qui satisfont à
cette condition, qui ont une conscience de ce genre et qui seront par
conséquent suggestibles ? Il faudrait répondre à cette question par
des faits et des statistiques que je ne puis établir ; j'indiquerai
seulement ce qui me paraît vraisemblable. Les individus dont le champ de la
conscience est restreint d'une manière anormale me paraissent former
deux groupes : ce sont des malades ou des enfants. Chez les uns, il semble
qu'une sorte de fatigue ou de faiblesse restreigne la quantité des
phénomènes qui peuvent entrer dans une même conscience, car, dans
la plupart des maladies débilitantes, on retrouve ces symptômes
psychologiques : la distraction, l'absorption sur un point de toute la
pensée, l'oubli des assistants, la suggestibilité qui est si manifeste en
particulier dans certaines formes de la fièvre typhoïde. Chez les
autres, la conscience semble peu développée dans tous les sens, elle est aussi
restreinte dans son étendue que dans sa nature et sa variété ; les actes
impétueux des enfants, leurs croyances naïves, leurs colères et
leurs larmes d'un instant, tout le prouve facilement.
Mais il ne faut pas en conclure, du moins je le crois,
que les enfants soient hypnotisables, ce n'est pas la même chose. La
suggestion met en usage d'une façon réfléchie un mécanisme de la conscience qui
existe déjà et qui agit de lui-même et au hasard toute la journée ;
l'hypnotisme, pour amener l'état somnambulique, doit déranger l'orientation
actuelle de la pensée pour lui en substituer une autre. Or, les enfants,
heureusement, n'ont pas d'ordinaire l'instabilité mentale et les anesthésies
qui permettent ce bouleversement. Un somnambulisme véritable se produisant
facilement chez un enfant me paraîtrait la marque d'une tare héréditaire et
d'une névrose commençante. Aussi ne doit-on pas dire comme on l'a trop répété,
que « la mère est le premier des hypnotiseurs », ce qui serait
bien malheureux, mais que la mère est la première à
diriger les croyances et les actes de l'enfant, ce qui est tout naturel, car
elle a du jugement et de la volonté pour lui qui n'en a pas.
Pourquoi maintenant les individus mis en somnambulisme
ont-ils quelquefois, dans cette nouvelle existence, un champ deconscience
très rétréci et une forte suggestibilité ? Parce que cette seconde
existence ressemble souvent à celle des malades et à celle des
enfants. Les sujets en somnambulisme perdent quelquefois la sensibilité au
moins au début ; ils présentent, dit M. Richet, une hyperexcitabilité des
muscles qui les rend analogues à des hystériques [301]. Comme tous mes sujets étaient déjà si fortement hystériques
et malades à l'état de veille qu'ils ne pouvaient guère le
devenir davantage, j'ai surtout été frappé du deuxièmecaractère, l'analogie du somnambulisme et de l'enfance.
Le fait est remarqué depuis longtemps ; « le commencement de la
mensambulance (somnambulisme), remarque un magnétiseur, le comte de Rédern, est
une espèce d'enfance qui exige une véritable éducation » [302]. Parmi les modernes, MM. Fontan et Ségard ont très justement
insisté sur ce caractère [303]. Rien n'est plus curieux en effet que de voir des femmes de trente
ans, sérieuses et froides à l'état de veille, prendre, une fois en
somnambulisme, des airs de bébé, gesticuler, jouer sans cesse, rire à
tout propos, parler en zézayant, réclamer des petits noms comme Nichette ou
Lili, et en réalité prendre toutes les allures de très jeunes enfants.
Peut-être, comme je l'ai remarqué, le retour du sens musculaire qui
prédomine pendant l'enfance est-il pour quelque chose dans ce
caractère ; mais le principal me paraît être la formation
d'une nouvelle forme d'existence sans beaucoup de souvenirs ni d'expériences
qui lui soient propres. Le somnambule en effet peut avoir, si on les lui
demande, les souvenirs de la veille, mais il les évoque peu spontanément ;
ils sont pour lui comme des souvenirs exprimés dans une langue étrangère
qu'il ne comprend qu'avec un peu d'effort. Ou bien, s'il se rappelle ces
souvenirs, il en tient peu de compte, comme de l'expérience d'autrui.
« Cela ennuierait beaucoup l'autre, disait Léonie 2, mais moi cela m'est
égal. » Ces rapprochements sont peut-être hypothétiques, mais il y
a un fait certain : c'est que le vrai somnambulisme débute par un
arrêt de la conscience normale, la petite mort de Félida, comme disait M.
Azam, après lequel la conscience renaît peu à peu ; elle
débute sous forme de catalepsie, qui est un « monoïdéisme »
presque complet ; elle se présente naturellement ensuite avec un champ
assez restreint, jusqu'à ce que, dans son développement parfait, elle
s'étende fort loin et qu'il n'y ait plus aucune suggestibilité. Ce n'est pas en
tant que somnambulisme que cet état est favorable à la suggestion,
c'est en tant que la seconde existence ressemble par son étroitesse aux
existences faibles des malades ou des enfants.
La conscience peut donc, à chaque moment de la
vie, s'étendre sur un champ plus ou moins étendu ; chaque fois que nous
voyons chez une personne l'obéissance aux
suggestions, ou mieux les oublis et les distractions auxquelles cette
disposition a été ramenée, nous constatons en même temps chez elle un rétrécissement notable du champ de la
conscience et une diminution manifeste du nombre des phénomènes simultanés
qui peuvent à chaque instant remplir l'esprit.
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