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Conclusion
En étudiant, dans le chapitre précédent, les
phénomènes psychologiques isolés, nous avons vu que les mouvements des
membres et les sensations d'un côté, les expressions de la physionomie, les
gestes successifs et les émotions de l'autre, formaient des unités, des
synthèses dont les éléments étaient cohérents et inséparables. Une
partie d'une sensation ou d'une émotion étant donnée, les autres existaient
forcément et venaient achever le groupe qui tendait à se compléter et
à subsister. Nous avons étudié, dans le présent chapitre, un groupe plus
complexe mais du même genre: celui qui est formé par les sensations et
les souvenirs, et nous avons constaté, dans cette nouvelle étude, une loi du
même genre. Quand un sens ou même une sensibilité plus spéciale a
disparu, les images et par conséquent les souvenirs des phénomènes qui
ont été autrefois fournis par ce sens ont disparu également. Quand un sens
subsiste intact, les images des sensations passées, leurs souvenirs persistent
également. « Pas de sens, pas d'idées, disait Lamettrie, dans son Homme-machine [219] ; moins on a de sens, moins on a d'idées. » Disons au
moins : « Pas de sens, pas de souvenirs ; moins on a de sens,
moins on a de souvenirs. » Les souvenirs qui persistent sont donc réunis,
agrégés, autour d'une sensation principale qui sert à les exprimer et
à les évoquer, et quand ils sont nombreux autour d'elle, ils forment un
système dont toutes les parties se tiennent et appartiennent à
une même mémoire. Un individu parfaitement sain au point de vue
psychologique n'aurait jamais qu'une seule mémoire de ce genre, et, comme tous
les phénomènes de sa pensée seraient rattachés à des images
toujours les mêmes et toujours présentes, il pourrait les évoquer tous
facilement et à tout instant. Mais aucun homme n'est aussi
parfait : mille circonstances, l'état de passion, l'état de sommeil,
l'ivresse ou la maladie diminuent ou détruisent certaines images, en ravivent
d'autres et changent toutes « l'orientation des pensées. » Il se
forme alors, en vertu des mêmes lois que précédemment, des groupes secondaires
autour de certaines images qui sont anormales dans cet esprit : ces images
nouvelles peuvent ne jamais réapparaître ; mais si elles se reproduisent
périodiquement ou sont ramenées artificiellement, elles ramènent avec
elles tous les souvenirs qui leur sont liés et les mémoires différentes
deviennent des mémoires alternantes.
Un groupe d'images ainsi condensées peut donner
naissance à un jugement particulier qui reconnaît et constate son
unité, et les mémoires alternantes amènent des personnalités différentes
et successives. Les somnambulismes sont des existences de ce genre, ayant leur
mémoire et leur personnalité particulières : leur caractère
essentiel, c'est d'être un état psychologique anormal qui ne forme pas
toute la vie de l'individu, et d'alterner avec d'autres états et d'autres
mémoires qui ne peuvent en garder le souvenir. Souvent imparfaits et
rudimentaires, les somnambulismes peuvent former une nouvelle existence plus
complète que l'existence normale de l'individu. Il suffit pour cela que
les circonstances favorisent le développement automatique des éléments qui
entrent dans la seconde vie et rendent leur groupement plus cohérent et plus
stable. Les systèmes d'éléments psychologiques semblent avoir ainsi leur
vie propre, comme chaque élément en particulier, et c'est cette vie d'un
système psychologique qui constitue les personnalités différentes et
les divers somnambulismes.
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