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Conclusion
En résumé, dans notre pensée normale, les
phénomènes sont toujours très nombreux et très
complexes ; ils se heurtent et se modifient les uns les autres, aussi ne
peut-on voir facilement leur véritable nature et les lois qui les régissent.
Nous avons étudié un état maladif où les phénomènes de la pensée
se présentent tout au contraire à peu près isolés. Une des
meilleures expressions qui puissent caractériser cet état a été proposée par M.
Ochorowicz [107]. La catalepsie était, disait-il, un état de monoïdéisme. « Certains sujets, capables de présenter
ces deux phases opposés d'aïdeie (syncope hypnotique) et de
polyïdïe (somnambulisme), ne passent pas directement, ou tout au
moins peuvent ne pas passer directement de l'une à l'autre ; ils
s'arrêtent plus ou moins longtemps dans la phase monoïdéique... C'est un cerveau qui concentre toute son action
sur une seule idée unique, dominante, qui n'est contrebalancée par aucune
autre. » Une comparaison bien connue peut encore faire comprendre ces
phénomènes : « Le cerveau peut être comparé à
une salle fournie d'un nombre immense de becs de gaz, mais éclairé seulement
par un nombre relativement petit et relativement constant de becs allumés qui
ne sont pas toujours les mêmes, au contraire, qui changent à
chaque instant. A mesure que les uns s'éteignent, d'autres se rallument. Jamais
ils ne sont tous allumés, de temps en temps ils seront tous éteints [108]. » Et en outre, ajouterons-nous, il y a des instants où
un seul est allumé. Sans doute il ne faut pas exagérer l'importance de cette
expression de monoïdéisme ; d'abord il s'agit plutôt de sensations
que d'idées proprement dites ; en outre, ces sensations, sauf dans
l'expérience la plus simple du début, ne sont pas réduites à l'unité.
Mais ce qui est vrai, c'est d'abord que la sensation initiale qui amène
les autres images est unique, ensuite que chaque image reste isolée sans s'unir
avec les autres et sans réagir sur elles. Chaque image ou chaque émotion se
développe isolément suivant ses lois.
Voici les trois lois principales auxquelles ces
phénomènes isolés nous ont toujours paru soumis : lº un grand
nombre de sensations et d'images (les études précédentes ne nous permettent pas
encore de dire toutes) sont accompagnées par un mouvement corporel et ne
peuvent pas exister sans le produire ; 2º toute sensation ou image
excitée dans la conscience dure et persiste tant qu'elle n'a pas été effacée
par un autre phénomène ; 3º toute sensation ou émotion tend
à se développer, à se compléter, en se manifestant toujours par
les mouvements et les actes dont elle est inséparable. Ainsi se vérifie par
l'expérimentation une des idées les plus fécondes d'un de nos philosophes.
« Toute idée est une image, une représentation intérieure de l'acte. Or,
la représentation d'un acte, c'est-à-dire d'un ensemble de mouvements.
en est le premier moment, le début, et est ainsi elle-même l'action
commencée, le mouvement à la fois naissant et réprimé. L'idée d'une
action possible est donc une tendance réelle, c'est-à-dire une puissance
déjà agissante et non une possibilité purement abstraite [109]. »
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