L'automatisme psychologique - première partie.

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Interprétation des phénomènes particuliers de la catalepsie

Guidés par les recherches précédentes sur la nature générale de la conscience pen­dant les états cataleptiques, reprenons les différents phénomènes dont nous avons fait la description, c'est-à-dire la continuation d'une attitude ou d'un mouvement, la répétition des mouvements qui ont été vus ou des sons qui ont été entendus, les expressions harmonieuses de tout le corps et les mouvements associés. Cherchons par quelles hypothèses simples nous pouvons interpréter chacun de ces faits.

Continuation d'une attitude ou d'un mouvement. - C'est ici que l'on voit bien la supériorité d'une expérience réelle, si imparfaite qu'elle soit, sur les raisonnements purement théoriques. Bien des philosophes, et Condillac surtout, se sont demandé ce qui arrive quand on introduit une sensation isolée dans un statue vide de pensées. Ils ont supposé une foule de choses plus ou moins vraies ; ils ont dit que cette sensation produisait de l'attention, de la mémoire, du plaisir, de la peine, etc., mais ils n'ont pas deviné le phénomène principal que cette sensation allait produire ; ils ne nous ont pas dit qu'à chaque sensation nouvelle la statue allait se remuer. La plus simple expé­rience nous montre tout de suite ce phénomène important. Que, dans une conscience vide, survienne une sensation quelconque produite par un procédé quelconque, et aussitôt il y aura un mouvement. Telle est la loi que manifestent, croyons-nous, les phénomènes les plus simples de la catalepsie.

Comment expliquer, en effet, que le bras d'une cataleptique que je soulève ou que je mets en mouvement conserve son attitude ou son mouvement ? Les forces physi­ques de la pesanteur tendraient à le faire tomber : il faut, en effet, une contraction délicatement systématisée de tous les muscles pour le maintenir. Qu'est-ce qui peut donner à ces contractions leur unité et leur persistance ? Je ne vois point d'autre ré­ponse que celle-ci : c'est une sensation persistante. Quand j'ai soulevé le bras j'ai provoqué une certaine sensation musculaire consciente, tout à fait déterminée, c'est-à-dire correspondant exactement à telle position du bras, du poignet, des doigts, etc. Cette sensation étant seule dans l'esprit n'a rencontré aucun phénomène antagoniste et réducteur, elle n'a pas disparu avec l'excitation productrice, elle a subsisté et elle dure encore. Mais en même temps qu'elle dure, elle maintient par sa persistance même la position du bras à laquelle elle est liée ou plutôt dont elle est inséparable.

Étudions séparément les différents points de cette explication. Que la position du bras déplacé par moi puisse produire dans l'esprit du sujet une sensation musculaire déterminée et différente pour chaque attitude, c'est une proposition à peu près indis­cutable. Les sensations kinesthésiques, comme dit Bastian [94], sont peut-être provo­quées par le déplacement des muscles, le frottement des surfaces articulaires, les plissements de la peau ou mille autres modifications des membres ; leur origine est encore obscure, mais leur existence et leur précision sont indiscutables. Dans le cas présent, il faut que le sujet ait senti la position de son bras pour pouvoir la maintenir ou la reproduire plus tard, comme nous avons vu que cela a lieu quelquefois. Or, des précautions ayant été prises pour que le sujet ne puisse voir le déplacement de son bras, c'est au moyen du sens kinesthésique qu'il a eu cette sensation.

Cette sensation kinesthésique peut-elle reproduire ou. dans le cas présent, maintenir l'attitude ? C'est là ce qui est plus discuté. On établit d'ordinaire une grande distinction entre les phénomènes sensitifs et les phénomènes moteurs. La grande découverte de la différence entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs amena la distinction moins certaine (si j'ose avoir une opinion sur ce sujet) des centres sensitifs et des centres moteurs, et celle-ci inspira le désir de trouver dans les phénomènes psychologiques une séparation analogue entre les phénomènes de sensibilité et les fonctions ou les phénomènes du mouvement. Dans certains cas, assez rares, il est vrai, on constata dans la conscience les deux phénomènes distincts : je vois un objet qui s'approche de mon œil et je sens le mouvement de ma paupière qui se ferme. Mais, dans la plupart des autres cas, on ne constatait que l'un ou l'autre des deux phé­nomènes, la conscience de la sensation sans la conscience du mouvement, le senti­ment du mouvement sans la notion de la sensation précédente [95]. On fit alors diverses suppositions : les uns comme Wundt et M. Charcot, admirent qu'il y avait toujours une sensation de mouvement coïncidant avec l'émission de la force nerveuse et précédant tout mouvement ; les autres, comme Bastian, considérant les sensations kines­thésiques comme absolument centripètes, venant exclusivement de l'extérieur, admirent « l'inconscience absolue de tous les courants centrifuges [96] » ou en général de tous les actes moteurs. Sans préjuger toutes les difficultés que soulève cette ques­tion et que nous rencontrerons peut-être plus tard, je crois que le phénomène catalep­tique de la conservation des attitudes nous offre un cas simple « prérogatif » où cette question des rapports entre la sensibilité et le mouvement est plus facile à étudier que dans aucun autre.

En effet, nous avons admis un phénomène de sensation à la suite du déplacement du bras. Y a-t-il une raison quelconque pour supposer maintenant un autre phéno­mène psychologique produisant le mouvement nécessaire pour maintenir l'attitude ? Je n'en vois pour ma part aucune, et, d'ailleurs, ce phénomène psychologique que l'on supposerait serait une image motrice déterminée, correspondant exactement à la position du bras qu'il faut maintenir. Ce serait exactement la même chose que l'image précédente déjà produite par la sensation kinesthésique. Pourquoi supposer deux phé­nomènes qui se confondaient ? Nous devons nous représenter ici les choses  de la manière la plus simple : l'excitation E produit la sensation kinesthésique SK, laquelle suffit pour produire à son tour le mouvement M. Il n'y a pas lieu de supposer d'autres intermédiaires. Dans ce cas simple, il n'y a pas lieu de soulever les difficultés dont parlait Bastian : nous n'avons pas à chercher si le phénomène moteur a, oui ou non, une conscience distincte de celle du phénomène sensitif, puisque les deux phénomè­nes ne forment qu'une seule et même chose.

Quant au troisième point, la persistance de la sensation musculaire, il résulte naturellement de nos remarques précédentes. Si la supposition d'une image consciente a été jugée nécessaire pour expliquer la coordination des mouvements et des contrac­tions musculaires, tant que persiste cette coordi­nation, nous sommes forcés de supposer la persistance du fait psychologique qui l'explique. Or, on sait que l'attitude cataleptique peut persister fort long­temps ; il est donc vraisemblable.. comme nous le disions, que l'image kines­thésique, ne rencontrant aucun obstacle dans cet esprit qui est complètement vide, se prolonge tant que nous ne l'avons pas remplacée par une autre en déplaçant le bras.

C'est pour ces sensations musculaires qu'il est juste de dire, plus peut-être que pour tout autre phénomène de l'esprit, que la sensation et le mouvement ne sont qu'une seule et même chose se présentant sous des aspects très différents, parce qu'elle est connue de manières très différentes [97]. Quoique, dans notre esprit confus et complexe, cette loi primitive soit souvent modifiée, on peut dire que, régulièrement et dans un être simple, il n'y a pas de mouvement sans une sensation de mouvement et point de sensation ou même d'image de mouvement sans un mouvement.

2e  L'imitation et la répétition. - Les actes produits par imitation et par répétition vont nous faire avancer un peu plus dans l'étude du même problème. Au lieu de lever le bras du sujet, je lui montre mon bras levé et il met le sien lui-même dans une position identique. Ici, les phéno­mènes sensitifs (voir un mouvement) et les phénomènes moteurs (lever le bras) ne se confondent pas comme pré­cédemment, et il semble naturel de les séparer. On peut en effet s'expliquer les choses de cette façon : l'excitation visuelle E' produite par mon mouvement amènerait la sensation visuelle S V, celle-ci éveillerait par association l'image de la sensation kinesthésique S K, qui était tout à l'heure éveillée directement, et cette image, d'après la loi précédente, amènerait le mouvement M auquel elle cor­respond. Cette explication serait assez simple et vraisemblable : elle expliquerait pourquoi, dans certains cas, le mouvement par imitation est assez long à produire ; elle ne soulèverait pas les difficultés relatives à la conscience des phénomènes mo­teurs, car elle n'introduit toujours que deux phénomènes de sensation dont l'un seulement a la propriété d'être inséparablement lié, comme nous l'avons montré, à un mouvement réel. Si nous ne devions étudier que des cataleptiques, nous n'aurions pas de raisons pour repousser cette hypothèse ; mais, en prévision des difficultés que présentera plus tard l'étude des anesthésies et des paralysies, nous devons remarquer que les phénomènes peuvent, dans la plupart des cas, s'expliquer aussi d'une autre manière.

Est-ce que la sensation visuelle S V ne pourrait pas produire directement le mou­vement M sans l'intervention d'aucune image musculaire ? Ces sensations musculai­res S K pourraient d'ailleurs être éveillées secondairement à la suite du mouvement effectué ou ne pas être éveillées, contribuer ou ne pas contribuer à son perfec­tionnement et à sa précision. Cette hypothèse est d'abord rendue vrai­semblable par certaines expériences assez connues [98]. On sait que toute excitation des sens, quelle qu'elle soit, amène une augmentation de la force générale et une dispo­sition au mouvement qui se traduit quelquefois par un mouvement effectif. Ce mouvement est tout naturel, il est l'apparence externe de la sensation visuelle et acoustique, comme la contraction des muscles était , pour ainsi dire, l'envers de la contraction musculaire. Mais si ce mouvement reste général quand la sensation est elle-même vague, ne doit-il pas devenir précis quand la sensation est elle-même plus précise ? M. Féré a montré que la vue d'un objet en mouvement, la vue d'un disque en rotation provoquait une réaction motrice différente suivant le sens de la rotation [99]. Pourquoi, dans certains cas, l'image d'un mouvement déterminé ne provoquerait-elle pas par elle-même un autre mouvement précis ? Cette hypothèse est confirmée par les recherches sur les hystériques anesthésiques dont nous parlerons plus tard. A mon avis, il est impossible d'expliquer comment ces personnes peuvent souvent conserver tous leurs mouvements malgré la perte absolue des sensations et même des images kinesthésiques, si l'on n'admet pas que le mouvement peut être produit directement par des images visuelles ou auditives. Enfin, depuis les beaux travaux de M. Charcot, cette hypothèse est universellement admise quand il s'agit des mouvements du langage. Il y a, au point de vue du langage, des visuels, des auditifs, des moteurs, c'est-à-dire des individus qui, pour se représenter des paroles, emploient des images visuelles, auditives, motrices d'articulations ou motrices graphiques. Ces représenta­tions jouent un grand rôle dans la parole elle-même et il existe des individus qui parlent avec le sens auditif, c'est-à-dire chez qui l'image auditive d'un mot suffit pour en amener la prononciation. Nous pouvons étendre cette théorie célèbre à tous les mouvements et dire que certains mouvements du bras ou de la jambe peuvent accom­pagner immédiatement l'image visuelle de ce mouvement sans image kinesthésique intermédiaire.

Cette supposition rencontre cependant une difficulté assez grave, sur laquelle M. Paulhan a beaucoup insisté [100]. La vue d'un bras qui se lève ne ressemble pas au mou­vement réel qu'il faut faire pour lever réellement le bras, pas plus que le son d'un mot ne ressemble au mouvement de la bouche qu'il faut faire pour le prononcer: comment une chose peut-elle amener l'autre et se confondre avec elle ? Remarquons d'abord que l'on retrouve une différence semblable entre la sensation musculaire d'un mouve­ment et le mouvement lui-même. C'est la différence générale qui existe entre le physique et le moral, et qui empêche de trouver jamais aucune analogie entre un phénomène physique et un phénomène psychologique, même quand leur union réelle est intime. Ensuite nous n'expérimentons pas sur des individus qui viennent de naître et qui n'ont, dans leur esprit et dans leur corps, aucune association organisée par avance. Il est probable que, dans l'enfance, nous commençons tous par être « des mo­teurs » agissant et pensant au moyen des images du sens musculaire. Plus tard seulement des images visuelles et auditives d'abord associées aux images motrices deviendraient prédominantes et pourraient seules produire le mouvement. Ce serait une application de « cette coordination, de cette synthèse psychique » dont M. Paulhan a montré la nécessité, ce serait « une systématisation préétablie [101] » des phé­nomènes psychiques et des phénomènes organiques qui permettrait à toute image de jouer le rôle d'une image motrice.

Une remarque du même genre va nous permettre de résoudre une autre difficulté. On observera que, dans les explications précédentes, nous ne tenons aucun compte des phénomènes de plaisir et de douleur auxquels certains psychologues donnent un si grand rôle dans la formation des mouvements. Pour M. Bain en particulier, « il y a au début de toute impulsion volontaire naturelle quelqu'une des formes si variées que revêtent le plaisir et la souffrance [102] ». Pour lui, « un plaisir ou une souffrance quel­conque est nécessaire pour donner l'impulsion motrice [103] », et les sensations ne joue­raient qu'un rôle accessoire pour diriger, préciser le mouvement et l'adapter aux circonstances. Nous n'avons au contraire parlé en aucune façon des phénomènes de plaisir ou de douleur et, en fait, nous n'avons rien constaté chez nos sujets en catalep­sie qui nous permit de supposer ces phénomènes. Cette contradiction peut très facilement être levée si on considère que nous n'étudions pas exactement le même problème que M. Bain. Cet auteur en effet cherche l'origine de l'activité et ses pre­mières manifestations chez un être qui vient de naître ; nous étudions bien aussi l'activité élémentaire, mais telle qu'elle existe chez un esprit déjà formé. Il se peut qu'au début de la vie les mouvements soient déterminés uniquement par le plaisir et la douleur, parce qu'il n'existe pas alors d'autres phénomènes psychologiques que ces sensations générales et vagues qui se manifestent par des mouvements également vagues et indéterminés. Mais peu à peu les sensations se sont précisées et les mouve­ments avec elles. L'enfant a appris à sentir un mouvement en apprenant à le faire et réciproquement. L'union qui existait autrefois entre un plaisir vague et un mouvement vague existe aujourd'hui entre une sensation déterminée et un mouvement déterminé, et il suffit que la sensation soit ramenée même sans plaisir et sans douleur pour que le mouvement ait lieu.

Il faut donc généraliser notre loi précédente et dire de toute sensation et de toute image ce que nous avons dit du sens kinesthésique. Une image de mouvement dans la conscience se manifeste toujours, à l'extérieur, pour un témoin étranger, par un mouvement réel, et d'autre part cette image tend à durer, à persévérer dans son être et par conséquent amène la continuation du mouvement, tant qu'elle n'a pas été rem­placée par quelque image nouvelle.

3º et 4º. Expressions de la physionomie et actes associés  Ces phénomènes semblent plus compliqués que les précédents, et il semble qu'une seule image per­sistante ne puisse plus suffire à les expliquer. Il faut qu'à propos de la première sensation, celle du poing fermé, des mains en prière, etc., surgissent simultanément et successivement un grand nombre d'autres images qui amèneront chacune, l'une un geste, l'autre une expression du visage, celle-ci l'acte de se lever, celle-là l'acte de saluer. Comment cela est-il possible ?

Nous voyons ici sous sa forme la plus simple le phénomène de l'association des idées qui est l'une des manifestations les plus importantes de l'automatisme psycho­logique. Sans aucun doute, les images qui se sont produites autrefois en même temps que la sensation provoquée ou à sa suite réapparaissent maintenant de la même façon et dans le même ordre, et c'est cette succession automatique des images qui amène la succession régulière des gestes et des mouvements.

Mais comment doit-on comprendre cette loi de l'association ? Ne peut-on, en quelque manière, la ramener à la loi précédente de la persistance d'un état psycholo­gique ? Nous pensons qu'il en est ainsi. Hamilton avait déjà compris d'une manière intéressante l'association des idées quand il disait : « Sont suggérées les unes par les autres les pensées qui auparavant ont fait partie d'un même tout, d'un même acte de connaissance [104]. » M. Taine considère de même les associations comme des renaissan­ces partielles de totalités qui tendent à se reformer complètement [105]. M. Paulhan, dans des articles que nous avons déjà cités, essaye aussi de rattacher l'association à l'acte de synthèse considéré comme fonction générale de l'esprit. Ces théories nous sem­blent, au moins en partie, très exactes et s'appliquent facilement aux faits que nous étudions. La sensation du poing fermé ou des mains jointes, en même temps qu'elle est par elle-même un tout, une sensation complète, a été réunie autrefois à un grand nombre d'autres sensations simultanées ou successives, et a fait partie d'une synthèse, d'un ensemble qui était l'état de colère ou l'acte de la communion. On peut supposer avec quelque vraisemblance que cet ensemble de sensations très différentes que l'esprit éprouvait pendant l'acte de la communion a formé un sentiment commun, une cœnesthésie particulière qui n'est pas la même que dans un état de colère ou de gaieté. En provoquant maintenant la sensation des mains jointes, j'éveille aussi ou plutôt je commence à éveiller ce sentiment général qui existait pendant l'acte de la commu­nion. Ce sentiment devient alors une sensation comme les autres qui tend à se manifester et à durer. Mais pour que ce sentiment persiste, il ne suffit pas que la sen­sation des mains jointes reste seule dans l'esprit, ce ne serait que le commencement du sentiment. Il faut, pour qu'il dure, qu'il se complète et que les autres sensations constituantes réapparaissent les unes après les autres sous forme d'images et amènent les expressions et les mouvements qui leur correspondent.

Afin de bien comprendre cette explication générale des actes associés et afin de pouvoir nous en servir plus tard, il est nécessaire de faire encore quelques remarques. On est trop disposé, c'était un peu le tort de Hamilton et, si je ne me trompe, de M. Paulhan lui-même, à considérer ce sentiment général, cette cœnesthésie comme une idée, une connaissance véritable, à l'assimiler à un jugement ou à une idée abstraite de finalité. La connaissance véritable, le jugement, les idées générales ne doivent pas être mêlées à ces phénomènes automatiques de la pensée rudimentaire ; ils apportent avec eux des moyens d'émancipation et une liberté relative dont nous ne voyons ici aucun signe. Cette cœnesthésie me paraît ressembler beaucoup plus à une image sensible, consciente, mais non comprise, assimilable à une émotion religieuse vague plutôt qu'à une idée de prière ou de communion. Les émotions sont précisément cet ensemble de sensations diverses provenant de tous les points du corps : « l'action spéciale des muscles n'est pas seulement le signe de la passion, elle en est vraiment une partie essentielle ; si, au moment où les traits expriment une passion, nous essayons d'en faire naître une autre, nous n'y parviendrons pas [106]. » Les émotions désignées par le langage sous le nom de peur, colère, amour, etc., sont peu nombreu­ses et peu précises ; mais leurs variétés doivent être en réalité innombrables et corres­pondre chez chaque individu à un ensemble déterminé d'images et de mouve­ments. C'est l'une de ces émotions très précises que nous faisons naître chez les cataleptiques et qui amène leurs expressions et leurs actes associés.

Une autre remarque importante, c'est que nous ne pouvons provoquer pendant la catalepsie que des émotions anciennes déjà éprouvées par le sujet et que nous ne pouvons pas lui apprendre à en éprouver de nouvelles. Un sujet qui n'est pas religieux et qui n'a pas fait autrefois cette synthèse des mouvements qui constitue l'émotion de la prière ne jouera pas pendant la catalepsie la scène de la prière. Les mains resteront l'une contre l'autre, mais d'autres actes ne suivront pas. L'automatisme ne crée pas de synthèses nouvelles, il n'est que la manifestation des synthèses qui ont déjà été organisées à un moment où l'esprit était plus puissant. Nous avions remarqué précé­demment que les actes cataleptiques simples ne nous expliquaient pas l'origine véritable de l'activité, mais nous montraient seulement la manifestation d'une sensa­tion déjà formée, de même les actes cataleptiques plus complexes nous montrent seulement la manifestation d'une émotion déjà organisée.

Enfin, faisons une dernière remarque que nous aurons à rappeler plus tard : ces émotions, ces associations d'idées peuvent exister, comme les sensations elles-mê­mes, dans une conscience rudimentaire comme celle que nous avons décrite. Or, le caractère de cette conscience, disions-nous, est d'être impersonnelle, de ne pas provo­quer l'idée du moi ou de la personnalité. L'association des idées n'est donc pas forcément liée avec la formation de la personnalité, et l'une peut se développer sans l'autre. Nous n'avons vu jusqu'ici que l'association automatique la plus simple, qui suffit pour expliquer tous les phénomènes présentés par les sujets dans les états que nous venons de décrire.

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