L'automatisme psychologique - première partie.

Back to Index

Nature de la conscience pendant des états analogues à la catalepsie.

Nous n'avons étudié jusqu'à présent que des phénomènes artificiellement obtenus, ou plutôt se produisant au milieu d'états plus ou moins artificiels. Il est intéressant d'examiner au même point de vue les phénomènes qui se présentent naturellement ; car il ne faut pas oublier que tous ces faits ont leurs analogues dans un état naturel quoique maladif, je veux dire dans les crises d'hystérie.

La grande crise nerveuse de Rose présente un développement tout à fait identique à celui de son somnambulisme. Après un malaise initial plus ou moins long, elle tombe brusquement évanouie. Les muscles sont flasques, la figure pâle, aucun geste ni aucun mouvement ne manifeste la conscience. Très souvent cette syncope initiale, qui se prolonge assez longtemps chez elle, amène des troubles respiratoires profonds et dangereux. La respiration tantôt est rapide et haletante, tantôt s'arrête pendant une minute entière, les lèvres bleuissent et laissent échapper un peu d'écume. Mais bientôt des mouvements commencent. Ce sont d'abord de petites trémulations dans chaque muscle, sans mouvements d'ensemble, puis des mouvements des membres, mais complètement incoordonnés. Je passe rapidement sur les détails de ces convulsions qui ont été trop bien décrits par des maîtres pour que je me permette d'y insister. Je signale seulement les caractères qui me semblent pouvoir éclairer mon sujet. Il me semble que les mouvements, d'abord tout à fait isolés et incohérents, deviennent de plus en plus généraux et systématiques. Par exemple, au début, les muscles du bras se contractent au hasard, l'un s'opposant à l'autre, ce qui produit simplement une trému­lation du bras et des flexions variées des doigts. Maintenant les muscles s'accordent assez bien pour que les deux bras fassent de grands mouvements et viennent donner des coups de poing sur le même point de la poitrine. Or, je sais qu'elle a à ce point, sous le sein gauche, une douleur continue produite, je crois, par une contracture per­manente et douloureuse des muscles intercostaux ; je pense donc que ces mouve­ments des bras sont maintenant coordonnés par cette sensation douloureuse. Mais, peu à peu, après cette période de convulsions et de contractures et se mêlant avec elle, car il n'y a pas de transition brusque, commencent de tout autres mouvements. Elle s'asseoit sur son lit (elle ne se lève pas, car elle a les deux jambes contracturées même pendant cette crise), s'incline, salue avec ses mains, et fait des sourires à l'assistance. Elle a été chanteuse dans un café concert et elle se croit probablement sur les planches, car elle nous chante des petits airs fort drôles. Ou bien elle croit sans doute écouter ses compagnes, car elle a la main près de sa bouche comme pour demander le silence, paraît écouter avec ravissement et de temps en temps applaudit la chanteuse. Lucie présente dans ses grandes crises une phase du même genre beaucoup plus régulière encore. Après les convulsions du début qui durent plus ou moins longtemps, la pauvre fille reste dans la posture de la terreur, les yeux grands ouverts fixés sur les rideaux de sa chambre. Pendant près d'une heure, elle ne change pas d'attitude et fait simplement quelques mouvements de défense désespérée, ou pousse des cris inarticulés.

Chez tous les deux, cette période est suivie par une autre dans laquelle le dévelop­pement de l'intelligence semble encore augmenté. Elles n'obéissent plus à une idée fixe, elles se mettent à bavarder de choses et d'autres. Lucie a même la singulière habitude de descendre alors à la cuisine et de se faire un dîner sommaire qu'elle man­ge de bon appétit, tandis qu'elle refuse de manger quand elle est éveillée. Cette dernière période de la crise, que l'on a appelée le délire hystérique, correspond tout à fait, comme nous le verrons, au somnambulisme : elle ne nous intéresse donc pas maintenant. Mais la période intermédiaire, celle qu'on désigne sous le nom de période des attitudes passionnelles, se produit, elle aussi, entre un état de syncope où la conscience semble être nulle et un autre état où la conscience est presque complète ; elle semble donc produite par une conscience encore rudimentaire et correspondre à l'état cataleptique. D'ailleurs les symptômes sont les mêmes : immobilité ou conti­nuation indéfinie d'un même mouvement, expressions harmonieuses de tout le corps, absence de parole comme moyen d'expression et répétition d'une même phrase.

Enfin, ce qui me parait décisif, on peut assez facilement passer d'un état à l'autre. Pendant que Lucie se trouve en catalepsie artificielle, je mets ses mains dans la posture de la terreur ; immédiatement elle reste les yeux fixés sur les rideaux et, si je ne me hâte pas d'intervenir, le reste de la crise naturelle va se dérouler pendant plu­sieurs heures. D'autre part, si je surprends Rose ou Lucie au milieu de leurs attitudes passionnelles naturelles, il me suffit de faire quelques passes sur les bras pour les mettre en catalepsie dite artificielle ; car maintenant je puis soulever les membres, ils resteront dans la nouvelle position où je les place. Cette transformation est complète chez Lucie qui ne tarde pas à oublier ses terreurs et, peu à peu, entre dans son som­nambulisme provoqué ; elle n'est que partielle chez Rose, car il y a toujours une partie de la personne qui continue la crise, tandis que l'autre m'obéit. Nous revien­drons plus tard sur ces complications [83]. D'autres observations viennent confirmer celles-ci ; les crises de catalepsie naturelle du Dr Saint-Bourdin se transforment très souvent en un véritable somnambulisme comme des crises d'hystérie [84]. Paul Richer décrit les crises d'une hystérique dont on peut déplacer les membres pendant les poses 'passionnelles et qui les garde comme on les met [85]. Ces observations suffisent pour montrer l'analogie qui existe entre ces divers états.

La grande différence qui semble exister entre les états que nous comparons, c'est que, pendant la catalepsie artificielle, l'origine des mouvements et des attitudes du sujet est toujours à l'extérieur dans les modifications qu'on lui communique ; pendant la crise d'hystérie, au contraire, l'origine des poses passionnelles semble être interne dans les souvenirs du malade. Il ne faut pas s'exagérer cette différence : d'abord les souvenirs internes du sujet jouent aussi un grand rôle dans la catalepsie. Si je joins les mains de Léonie, je lui fais faire sa communion, mais c'est grâce à des souvenirs personnels venant d'elle-même et s'ajoutant à la sensation des mains jointes. Lucie, qui n'est rien moins que religieuse, ne fait pas sa communion et même ne s'agenouille pas quand on lui joint les mains. D'autre part, il ne me paraît pas certain que les objets extérieurs ne jouent aucun rôle dans les poses de la crise hystérique. J'ai lu quelque part, malheureusement je ne puis retrouver dans quel ouvrage, la description d'une hystérique qui prenait dans sa crise les postures des tableaux qui étaient dans sa chambre. Le fait ne m'étonnerait pas. Lucie tourne toujours les yeux vers ses rideaux, et je me suis souvent demandé si elle aurait la même crise dans une chambre sans rideaux. Marie rêve d'incendie pendant sa crise, si elle survient pendant la nuit, et ne songe pas à l'incendie si la crise survient pendant le jour. C'est très probablement parce que la nuit elle voit une lampe allumée à peu de distance de son lit. Mais, dira-t-on, il est très difficile de transformer les poses d'une hystérique ; elle semble ne pas vous sentir et ne pas vous voir. Nous avons vu d'abord qu'il y a des exceptions et que nous pouvons changer les poses de quelques hystériques en crise. Ensuite cette résistance s'explique justement par l'état de la conscience qui est si réduite, si petite qu'elle se concentre sur une seule sensation et n'est plus capable d'en sentir d'autre. C'est pourquoi il sera plus facile de se mettre en rapport avec l'hystérique dans la dernière phase de sa crise [86] que pendant cette première période.

Le même fait se présente d'ailleurs dans la catalepsie artificielle. Tout le monde peut facilement causer avec Léonie lorsqu'elle est en somnambulisme, mais il n'y a que moi qui puisse modifier ces attitudes cataleptiques. Les bras sont, quand je les touche, extrêmement légers, mais ils sont raides et contracturés pour un autre. Nous ne pouvons expliquer entièrement ici ce phénomène d'électivité qui est rare pendant la catalepsie et-sur lequel il faudra revenir quand nous parlerons des sensibilités systématisées [87] ; mais il faut le constater maintenant, car il nous montre qu'un sujet, qui est pour son magnétiseur en état de catalepsie artificielle, est pour un étranger comme une hystérique en crise. C'est probablement pour la même raison que les cata­leptiques naturelles présentent quelquefois une si grande raideur dans les membres quand un étranger essaye de les déplacer. Ces différences que nous avons montrées ne sont donc que des différences de degré et laissent subsister la comparaison que nous avons faite.

Bien d'autres états pourraient être rapprochées de la catalepsie, je ne fais que de les signaler. C'est d'abord le délire qui se produit quelquefois à la suite d'une crise épileptique [88]. « On sait, dit M. Luys [89], qu'il existe un certain nombre d'épilepti­ques qui, dans chaque période d'absence, répètent les mêmes actes et profèrent les mêmes cris ou les mêmes paroles ... » Un épileptique, à l'hôpital du Havre, avait une singulière habitude de ce genre : il se mettait près d'une colonne et faisait le geste de sonner les cloches à toute volée ; personne ne pouvait le déranger de cette occupation, qu'il continuait sérieusement et en silence près d'une demi-heure jusqu'au réveil complet. Cette idée de sonner les cloches était probablement entrée en lui quand il vivait à la campagne et, dans cet état épileptique où il se trouvait au réveil du coma épileptique, elle se réveillait seule et régnait en souveraine. Bien des états décrits sous le nom d'extase sont du même genre ; il suffit de voir Léonie immobile, les mains jointes et les yeux levés au ciel pour comprendre ce que le moyen âge appelait une extatique. Les sainte Thérèse, les sainte Hildegarde, les Marie Chantal, les Catherine Emmerich et bien d'autres avaient tout simplement des attaques de catalepsie, pendant lesquelles les idées religieuses dominantes ou communiquées quelquefois au moment même de leur attaque donnaient à tout le corps une attitude harmonieuse et expressive [90]. L'une prend la pose de l'Immaculée Conception [91] ; l'autre prend succes­sivement toutes les attitudes représentées dans un chemin de la croix. L'étude la plus curieuse à ce point de vue est celle de Louise Lateau dont la description faite par le Dr Lefèvre est résumée dans l'ouvrage du Dr Despine [92]. Subitement elle cesse de parler et ses yeux deviennent fixes et immobiles, elle reste plusieurs heures immo­biles dans l'attitude de la contemplation la plus profonde. « Vers deux heures, l'exta­tique s'incline un peu en avant, se soulève avec une certaine lenteur, et, comme par un mouvement de projection, elle tombe la face contre terre. Dans cette position elle est étendue sur le sol, couchée sur la poitrine, la tête reposant sur le bras gauche ; les yeux sont alors fermés, la bouche est entr'ouverte, les membres inférieurs sont étendus en ligne droite. A trois heures, elle fait un mouvement brusque, les membres supérieurs s'étendent transversalement en croix, les deux pieds se croisent, le dos du pied droit reposant sur la plante du pied gauche. Elle reste dans cette situation jusque vers cinq heures ... L'extase se termine par une scène effrayante : les bras tombent le long du corps, la tête s'incline sur la poitrine, les yeux se ferment. La face prend une pâleur de mort, elle se couvre d'une sueur froide les mains sont glacées, le pouls est imperceptible, elle râle . Cet état dure de dix à quinze minutes ; puis la vie se réveille, la chaleur se ranime, le pouls se relève, les joues se colorent ; mais pendant quelques minutes encore, c'est l'expression indéfinissable de l'extase. » N'est-ce pas là une description très exacte d'une catalepsie qui joue la scène de la mort du Christ, au lieu de jouer simplement, comme Léonie, la scène de la communion ?

Ainsi, dans les extases naturelles, dans les crises d'hystérie, comme dans la cata­lepsie artificielle, nous retrouvons le même fait initial, un arrêt brusque et complet de la conscience qui dure plus ou moins longtemps, qui peut « comme un éblouissement, n'avoir qu'une durée insaisissable [93] », mais qui existe toujours. C'est au moment du réveil de la conscience, quand ce réveil n'est pas trop rapide, que se placent les extases, les poses passionnelles et la catalepsie. C'est la conscience naissante, « les sensations stupides » dont parlait Herzen, qui donnent lieu aux phénomènes que nous étudions.

Provided Online by http://www.neurolinguistic.com

Back to Index

From our Online Free Library at www.pnl-nlp.org/dn Find now here hundreds of ebooks and texts on NLP, Hypnosis, Coaching, and many other mental disciplines...

Dalla nostra libreria online a www.pnl-nlp.org/dn/ Scopri centinaia di libri su PNL, Ipnosi, Coaching e molte altre discipline della mente