CAHIERS MÉTAPSYCHIQUES ESOTERIQUES ET TRADITIONNELS. TROISIÈME ANNÉE - NUMERO 11
SCIENCES MÉTAPSYCHIQUES
sous la direction du V B. de CRESSAC-BACHELERIE,
Ingénieur E. C. P.
Une manifestation spiritoide à Madagascar : le
Tromba
Aleo mitanena amin'ny
mpamosavy toy izay mifanena amin'ny mpandainga. (ïl vaut mieux faire la
rencontre d'un sorcier que celle d'un menteur). Proverbe malgache.
La survivance de
l'âme après la mort corporelle est une croyance universellement répandue. Dans tous les temps et dans tous les
pays, les ont cherché à communiquer avec les
morts. Un mode de relation
ultra-terrestre est commun à toutes les civilisations, c'est /'« incarnation ». Cephénomène consiste dans le fait (du moins prétendu tel) que l'âme d'un décédé «'incarne
momentanément dans le corps d'un vivant appelé medium », c'est-à-dire
intermédiaire entre le monde terrestre et le monde des morts. Cette
intervention de l'au-delà a toujours un but pratique
: enseignement des vivants par les âmes désincarnées. Fonctionnaire en
service à Madagascar, j'ai enquêté sur les faits de ce genre dans les limites du district de Diégo-Suarez. Les phénomènes faisant l'objet de cette
étude relèvent de la psychologie
malgache non chrétienne.
Certes, il m'eût été
facile de consulter quel'questravaux anciens consacrés
à des semblables sujets : un habile
plegiat (procédé couramment employé en
matière d'occultisme) m'eût permis de réaliser un travail conformiste
et de bonne facture. N'était-il
pas
preferable d'employer au contraire, puisqu'elle était à ma
portée, la methode de l'observation directe par enquête personnelle ? J'ai donc parcouru
la brousse, me liant avec des indigènes. J'ai assisté amaintes cérémonies, relevant
détails phénoménologiques et explications verbales. Cette
étude est une relation fidèle de ce que j'ai vu et entendu.
Hélas! nos esprits occidentaux
appréhendent difficilement une psychologie qui ne relient ni dogmes ni
définitions, et les malgaches, toujours mefiants, ne m'ont probablement pas
laissé surprendre les faits les plus interessants. Ceci pour justifier les lacunes et les erreurs d'interprétation,toujours
possibles en d'aussi délicates questions.
Il est bien entendu
que je réserverai le meilleur accueil à toute critique susceptible de
m'éclairer sur le sujet ici traité, et je serais reconnaissant aux lecteurs
informés de me faire connaître leurs avis et suggestions (*).
Il serait ridicule
de vouloir discourir sur un terme spécifiquement malgache qui ne peut éveiller
aucun sentiment dans notre entendement, sans l'avoir préalablement défini. Les
Sakalava, les (Antankarana, les Tsimihety et les Betsimisaraka (*) désignent
par le mot « TROMBA l'esprit d'un ancêtre possédant une personne vivante
l'oppressant comme disent les Malgaches (tsindry, tsindry mandry ;
tsindrianjavatra : oppressé par un être). Cettepossession
se manifeste par des troubles physiques plus ou moins graves et « l'esprit » se
révèle par la bouche du sujet. En langage courant, on nomme « tromba >>
non seulement l'esprit qui se manifeste, mais aussi l'ensemble.Me des rites auxquels donne lieu cette manifestation.
(*) Ecrire à l'A.F.E.M. ou à René Maure, Inspecteur des transmissions,
Majunga (Madagascar).
On retrouve le même
fait, sous des scénarios différents dans le sud-ouest de Madagascar où il est
désigné par le mot « bilo », 'chez les Betsiléo qui emploient le terme «
salamanga », et chez les Hova de l'Imerina qui utilisent l'expression «
ramanenjana ».
(*) Peuplades de Madagascar.
Cette étude est donc
le résultat d'observations recueillies au cours d'enquêtes effectuées dans le
district de Diégo-Suarez. Bien que soient multiples les difficultés éprouvées
pour établir la vérité en pareille matière avançons malgré tout jusqu'aux
frontières de l'au-dela et pénétrons prudemment dans le mystérieux
domaine.
Je suis dans un
petit village côtier de la région de Diégo-Suarez. Dix heures du soir. L'astre
d'argent luit dans le ciel constellé des belles nuits tropicales. Le clapotis
d'une mer calme vient mourir sur le sable tiède où quelques pirogues se sont
endormies. Tout repose dans le village. Les paillottes semblent accroupies sous
les sombre cocotiers, élégants veilleurs de nuit aux palmes frémissantés. De
cette brune plage de sable fin je contemple la
nuit merveilleuse et
douce qu'ont chantée les poètes des
Mais voici qu'un
sourd grondement parvient jusqu'à moi, dont la monotonie des notes s'estompe
dans le clairobscur de la nuit malgache. Je crois distinguer le roulement
scandé du tam-tam et, attentif, j'essaie de surprendre le rythme de ce
tambourinage. Me dirigeant dans le village, guidé par des mesures toujours plus
distinctes, le
parviens
devant une grande case où se presse déjà une foule nombreuse et
bariolée. A mon arrivée, remous parmi les spectateurs : on n'aime pas beaucoup
la curiosité de l'homme blanc. Mais, reconnu par plusieurs personnes, j'entre sans difficulté dans la
case, où l'on se serre pour me
faire une place. Je m'accroupis à
la maniere indigène et d'un œil discret détaille la scène. Je compte
vingt-et-une femmes assises en
rond sur trois rangées, drapées dans leurs «
lamba » multicolores. Au fond de la case, deux hommes, deux musiciens, l'un
pré-posé au tam-tam (amponga), l'autre taquinant les cordes d'une « valiha »
(*) : musique monotone, accompagnant le chœur des femmes et cadencée par des
battements de mains. C'est le chant rituel du tromba (antsatromba), afin que l'« esprit » manifeste sa présence. Au centre de ce cercle
tout féminin, une femme encore, jeune, revêtue d'une longue chemise blanche,
est étendue sur une natte et semble en proie à une crise épileptique. Tous ses membres
sont agités d'un tremblement violent. L'esprit déjà la possède. Mais décrivons d'abord le cadre. Derrière la « possédée » ont été placées deux coupes de
terre cuite dans lesquelles brûle de l'encens malgache. Les fumées de l'encens
d'église m'incommodant
parfois jusqu'à la faiblesse, je dois être ici
héroïque, d'autant plus que la chevelure de mes voisines libère une odeur
d'huile de coco rance qui réellement m'importune. Ajoutez à cela le fort
relent de sueur commun aux peuples des pays tropicaux, et vous pourrez ainsi
évaluer le degré olfactif, sij'ose dire, d'une telle atmosphère.
(*) Tige de bambou d'environ 1 mètre de
longueur, diamètre a 10 om., sur lequel sont tendus des fils métalliques
accordés
Toujours derrière le
sujet, sur un rayon de bois, est placée une assiette de terre cuite contenant
de l'eau, des pieces de monnaie (dont deux en argent, comme j'ai pu
le vérifier par la
suite) et un bracelet (probablement en argent). C'est là l'offrande faite au
tromba. La possédée est assistée d'une vieille femme, fort laide, qui semble
diriger la cérémonie, tenant en main un bâton grossierement sculpté qu'on dit
posséder certaines vertus
(j'ignore lesquelles...). La tête de la patiente est touchée de ce bâton
et la vieille interroge l'esprit : « Salut, ô seigneur ! Je te baise les
pieds et les mains. Qui es-tu ? Renseigne-nous, car nous t'attendons avec
impatience ».
La possédée s'agite
plus violemment, hoqueté, ses yeux sont révulsés, sa respiration
haletante, mais elle ne profère aucune parole. Me trouvant au premier rang,
j'aide deux femmes à la recouvrir de la tête aux pieds d'un grand drap blanc
sous lequel elle se démène frénétique ment. La vieille reprend :
« Dis-nous ton nom, ô seigneur ! car nous désirons te
demander conseil ». L'esprit semble muet. Mais après des exhortations assez
violentes par lesquelles il me semble qu'on l'insulte, il daigne se présenter.
Je distingue le nom d'Andramahana qui est je crois, un roi de la tradition
sakalava. La possédée se calme. On lui verse sur la tête de l'eau
contenue dans l'assiette aux pièces de monnaie et elle parvient, non sans
difficultés, à boire quelques gouttes d'un breuvage dont je ne connais pas la
formule (peut-être du rhum, tout simplement). Puis elle désigne trois femmes et
moi-même nous priant d'approcher. Prenant dans une assiette une pâte faite
d'argile blanchâtre et de miel, elle trace sur nos visages une raie allant du
haut du front au bout du nez, et un cercle sur chaque tempe. Ces signes rituels
ont leur raison d'être : ils évitent la contagion du tromba, et se justifient
par le fait que les trois femmes
appelées avec moi sont étrangères au' village.
Plusieurs
assistantes interrogent l'esprit royal qui répond par la bouche du sujet, ainsi
que procèdent nos spirites occidentaux dans les séances d'incorporation. La santé et la maladie, la richesse,
les voyages, l'avenir, divers sujets sont abordés. Mais voici que soudain la
crise reprend plus violente. La possédée râle ; elle tire violemment sur ses
cheveux, défaits depuis le début de la séance. Successivement, deux femmes se
lèvent et esquissent un pas de danse rythmé. Elles aussi se sentent « prises »,
tombent et se roulent bientôt dans de pénibles convulsions. Mes voisines,
qui ne cessent de frapper des mains pourscander leur chant
barbare, se trémoussent comme des diablesses. L'une me heurte de l'épaule ,
l'autre, dont le
haut du visage est recouvert de dessins blancs et. jaunes,
me souffle son haleine forte dans la figure. Le vacarme est assourdissant
et l'odeur d'encens intolérable. Je tiens bon quand même, tout en battant des
mains pour me donnerune
contenance. Le corps et les membres de la principale possédée se raidissent,
bien qu'elle batte des jambes avec une ardeur toujours accrue. Les yeux
révulsés sont ceux du sommeil hypnotique. Je palpe les muscles des bras, des
jambes, de l'abdomen et note les caractéristiques de la raideur cataleptique.
Je tâte le pouls : absolument déchaîné.
Puis la crise finale
se produit : le sujet s'élance,
retombe à terre en râlant, épuisé et tremblant. Petit à petit,
la possédée
revient à elle, étonnée, comme si elle se réveillait d'un
profond sommeil. Elle sort, mais
d'autres
la remplacent, jouant leur rôle avec le même brio.
Ainsise déroule généralement le scénario du tromba.
J'ai assisté onze
fois à ce genre de cérémonies, toujours
identiques dans
leurs grandes lignes. Je dois toutefois
noter un tromba assez bizarre
duquel je fus l'unique
temoin.
Introduit par des
amis malgaches dans une case de pecheurs sakalava assez primitifs, je me rends
dans cette demeure et me trouve en tête à tête avec la maîtresse du logis,
souvent visitée par un tromba, m'avait-on dit.
Ayantréclamé du lait, on m'en apporte un demi-litre
que je dépose auprès
de mon sac de montagne. Après
quelques instants de conversation banale, je remarque
queles traits de mon hôtesse changent subitement (*) et
queses membres se contractent puis s'agitent en d'étrangesconvulsions. Elle ferme la porte au loquet et tire la
plaque de tôle
servant de volet à l'unique fenêtre sans
vitre de la case.
Respirant profondément, elle est soudain
prisede vomissements. Elle me montre une petite étagère
sur laquelle
j'aperçois une assiette en terre cuite contenant
de l'eau, des pièces de monnaie (dont une piastre de
Ranavalo III) et
des perles de verre coloré. Je
dépose l'assiette à ses pieds. Elle la porte à ses lèvres et boit quelques
gouttes d'eau. Ses yeux se révulsent. Elle défait ses chignons, se tirant violemment les cheveux.
Puis avec difficulté, car ses gestes sont saccadés et imprécis, elle
enlève son léger blouson de toile, son « lamba » faisant office de jupe, enfin
sa chemise, et se roule nue sur la natte qui recouvre le sol, renversant les
objets déposés alentour. Son corps se tord en de terribles convulsions Des
râles sortent de sa gorge et, dans un sursaut de demilucidité, elle m'indique
un panier qui se trouve derrière moi. Je découvre à l'intérieur une longue
chemise blanche à broderies rouges. Comme elle fait un signe d'acquiescement,
je l'aide à enfiler ce vêtement rituel. C'est alors que la crise redouble de
violence. La fréquence respiratoire est fort élevée et une humeur noire
s'échappe de sa bouche. Puis une expression quasi extatique envahit le visage
de la possédée qui se met à parler.
Ce langage n'est point le dialecte sakalava et je ne saisis aucun moi de
cet étrange verbiage. C'est alors que mon hôtesse me désigne la bouteille de
lait qui se trouve à mes côtés et m'invite à en boire un peu. Intrigué, je
cherche un verre dans mon sac de montagne qui n'a pas été ouvert depuis mon
arrivée. Je tends ce verre, le tenant bien en main La femme le remplit à
demi de lait frais. Mais, au moment de le porter à mes lèvres, il se brise
brusquement et le liquide se répand à terre. Comprenant mes yeux
interrogateurs, ma compagne m'explique qu'il s'agit de
la manifestation d'un « esprit méchant », et m'assure que c'est là le troisième
phénomène du genre qui se produit chez elle depuis deux jours : la veille, une
bouteille et une soucoupe de faïence, aujourd'hui, le verre. Manifestation
bizarre en effet, dont la signification réelle m'échappe.
(*)Je parle au sens propre. En 1947, à Paris, j'avais déjà assisté destransformations de visages
humains au cours de séances d'incorporation ».
Mais la crise n'est
pas encore terminée et durant un quart d'heure ce sont encore des râles, des
sanglots, des contorsions du corps et des membres qui petit à petit diminuent
d'intensité pour se calmer enfin tout à fait. La possédée semble sortir d'un
rêve et prétend ne conserver aucun souvenir de ce qui s'est passé. Je lui offre
un verre de cognac : celui-ci ne se brisera pas ; elle l'a bien mérité.
Ce scénario, comme
je l'ai indiqué en définissant le
phenomène, n'est pas
particulier à la région sakalava. Il
existe toutefois une
différence entre le tromba sakalava
et le salamanga
betsiléo : l'esprit qui se manifeste demeure anonyme dans le salamanga
alors que, par les rites du
tromba, il s'agit
surtout de le faire parler, de l'identifier
et de l'inciter à faire connaître ses volontés.
Quant au mot « bilo
», (cité plus haut), esprit toujours
malfaisant, Ferrand
l'a fait dériver de l'arabe « Ibilis »,
diable « Bilisy » en
dialecte antaimoro.
L'étymologie du mot
merina « ramanenjana » est fort simple : « henjana » signifie raidi, tendu ;
ramanenjana estdonc le fait de ceux qui ont les muscles raidis et, par
extension, qui dansent avec des contorsions. Les R.P. de la Vaissière et Malzac ont narré
l'histoire de l'épidémie des Ramanenjana qui sévit en mars 1863 sur les Hauts-Plateaux.
Le R.P. Finaz a insisté sur les traits caractéristiques de cette maladie : «
La crise s'annonce par une violente douleur de tête, le sang afflue aux
membres supérieurs, le pouls est vif et irregulier, le malade passe d'une
extrême agitation à une prostration extrême. Il est saisi de frayeurs subites,
ses parôles et ses gestes sont entrecoupés ; à sa démarche on le croirait à
moitié ivre. Ses yeux sont hagards et ne s'arrêtent sur rien de tout ce qui
l'entoure, il semble n'avoir plusconscience du monde visible
et ne s'occuper que d'un monde invisible avec lequel il se dit en communication
; souvent il s'entretient avec des interlocuteurs que personne n'entend, ni ne
voit, se soumet à leurs ordres, ou se débat pour y échapper. Les personnes qui ne savent
pasnager deviennent d'habiles
nageurs durant leur crise,
etperdent
ce talent lorsqu'elles ont recouvré la santé. On voit des Ramanenjana danser
avec autant d'aisance sur l'arête aiguë du toit le plus élevé que sur la natte
des parquets malgaches. D'autres, portant un vase plein d'eau sur la tête,
dansent, s'agitent, se trémoussent, plient leur corps en forme d'arc, et
s'inclinent en tous sens avec une rapidité prodigieuse sans que le vase laisse
répandre même une goutte d'eau. Ils marchent nu-pieds sur les nopals etles euphorbes épineux sans que leurs pieds subissent lamoindre égratignure. Ils ne connaissent plus la peur nila fatigue : de simples fillettes, faibles et craintives,
iront loin, en
pleine nuit, au tombeau de leur famille, et (sacrilège horrible aux yeux des
Malgaches) y danseront jusqu'au matin, montées sur la pierre qui les recouvre.
Enfin il est
certaines extensions des puissances de l'ame qui semblent difficiles à
expliquer dans les Ramanenjana sans l'intervention d'un esprit étranger. Ainsi,
pour en donner un exemple, j'ai plusieurs fois entendu des enfants de douze à
treize ans décrire, jusque dans les moindres détails, les
traits, le maintien, les costumes de personnages qu'ils disaient avoir devant
les yeux ; et à cette exacte description,
les anciens du pays
reconnaissaient unanimement, soit le bisaïeul ou quelque ancêtre de ces
enfants, soit certains de leurs esclaves familiers,
tous morts vingt ou trente ans au moins avant la naissance des
visionnaires ».
Si j'ai ouvert ici
une parenthèse, consacrant quelques lignes aux ramanenjana, salamanga et bilo,
c'est afin d'insister sur le caractère d'universalité, à Madagascar, de la
croyance à la possession des vivants par les esprits des morts.
En ce qui concerne
le tromba, cette manifestation se présente dans les deux cas suivants :
1) Lorsqu'une personne malade, après avoir
essayé vainement les thérapeutiques normales, consulte un « mpsikidy » (devin),
celui-ci la déclare possédée par un esprit ancestral. La cure consiste à
expulser cet esprit du corps du malade et l'on convient d'un jour favorable.
Les parents et les amis se rassemblent pour réveiller le tromba, l'identifier
et le faire parler par la bouche du sujet.
On peut diviser le
rite du tromba en trois parties : — Préparation de la cérémonie par des rites
capables de provoquer un climat psychologique favorable, — Provocation et
manifestation de l'esprit, — Purification du possédé et des assistants, qui
consiste, dans les cérémonies auxquelles j'ai assisté, en une lustration par
aspersion d'eau sucrée.
2) Certaines personnes ayant la faculté de
se mettre en communication avec
l'au-delà, sont possédées
fréquemment par un tromba, soit sans volonté de leur part, soit pendant des
cérémonies au cours desquelles des chants, des battements de mains et des rites
divers ont pour but d'appeler le tromba et de créer l'ambiance favorable à sa
manifestation. Ainsi
les devins et les sanctificateurs commencent généralement par être des possédés
et souvent, ils sont visités par un esprit familier, toujours le même, auquel
ils s'accomodent aisément, puisqu'il leur procure une place éminente dans la
société malgache.
J'ai pu distinguer
dans la région de Diégo-Suarez deux catégories d'esprits susceptibles de se
manifester : les Zafinimena, fils de l'or selon l'étymologie, et les
Zafinifotsy, fils de l'argent. Parmi les Zafinimena, je citerai les noms
d'Andramahana, Andramanitrana, Andramarafalahy, Marovavy, Marolahy, Kalo, Safy,
Ombylahykely ; parmi les Zafinifotsy : Ambogny, Fotsy, Vola, Antanrano. Les tromba sont
généralement, mais non nécessairement, des âmes royales.
Zafinimena et Zafinifotsy se manifestent suivant des modalités différentes. Ainsi les
sujets possédés par un
esprit de la catégorie Zafinimena se recouvrent d'un drap blanc sous lequel
évolue la crise, alors que les Zafinifotsy se révèlent chez des sujets
accroupis et revêtus d'une longue chemise rituelle. La possession par un tromba
Zafinimèna se présente suivant le scénario de mon premier exemple : le tromba
Zafinifotsy agit surtout sur la tête du patient, à un point tel que celle-ci ne
cesse de s'agiter violemment en tous sens. En outre, j'ai assisté à l'incarnation d'un esprit Zafinimena appelé Zamanybao qui provoqua
chez la possédée une toux violente et prolongée.
Les esprits des
ancêtres ne se manifestent pas à tous moments et selon la fantaisie des
vivants. Il est des jours et des heures pendant lesquelles n'a lieu aucune
incarnation. J'ai remarqué que les périodes de nouvelle lune etaient leur temps
de prédilection. Voici, à titre indicatif, les heures de service, si l'on me
permet l'expression, des
tromba Zafinimena et
Zafinifotsy :
Les premiers se
manifestent Je dimanche soir et le lundi
jusqu'à 15 heures
(*) ; dans la nuit du mercredi, le jeudi,
le vendredi et le
samedi jusqu'à 15 heures ; les seconds
s'incarnent le
dimanche après-midi et le dimanche soir,
le lundi, le mardi,
le mercredi jusqu'à 15 heures, le vendredi et le samedi jusqu'à 15 heures.
Les individus
possédés par les tromba sont en général
des femmes, et très
souvent de caste élevée. Ces
sujets sont soumis à des régimes alimentaires variant selon la volonté des
tromba. Lorsqu'un esprit se manifeste, il est interrogé par un « mpsikidy » ou
devin et indique dans ses réponses les aliments dont devra s'abstenir le
possédé durant une période déterminée. C'est ici le domaine de prédilection de
la pratique du « fady », ou tabou malgache. Ces interdictions ne s'appliquent
pas seulement à la nourriture, mais aussi à l'accès de certains lieux ou a
l'exécution de certains actes. Les malgaches suivent toujours à la lettre ces
prescriptions, afin de ne point encourir la colère des âmes désincarnées qui
n'hésiteraient pas à sévir en cas de non-observation. Mais on note aussi les
préférences des tromba.
(*)
Les heures sont, bien entendu, approximatives.
Si les Zafinimèna en
général recherchent l'odeur de l'eau de Cologne, Zamanybao en particulier ne
supporte ni les parfums ni la fumée du tabac.
En ce qui concerne
la nourriture et les boissons, Andramahana, par exemple, interdit la
consommation du rhum. Ombylahykely (de son vivant Ratsima), défunt frère de
Soazara, actuelle princesse
régnante d'Analalava, n'admet ni
la viande séchée (masikita) ni certaines feuilles comestibles, excellentes
d'ailleurs, appelées « anamirongo ». La raison de cette interdiction est la
suivante : L'on cle d'Ombylahykely, désirant mettre fin aux jours de son neveu,
lui fit servir un plat de « masikita » et d' « anamirongo » dans lequel il
avait glissé un poison appelé « vahatra ». Je ne sais si le prince mourut à la
suite d'une aussi délicate attention — que l'on excuse mon ignorance en matière
de querelles familiales au pays sakaïava. Toutefois, les individus visités par
lui évitent ces mets de sinistre mémoire.
Je connais de même
une femme de caste noble qui ne mange jamais de poisson conformément aux désirs
du tromba Antanrano, de la dynastie Zafinifotsy. Ayant offert à cette personne
du thon à l'huile et des sardines, et Dieu sait si les Malgaches sont friands
de nos conserves elle refusa catégoriquement (et son mari lui-même s'abstient
de ce genre de nourriture), m'expliquant les motifs de son refus : A l'époque
où les Hova guerroyaient
contre les chefs sakaïava, l'un de ceux-ci, Antanrano, défait
par les armes ennemies, périt noyé avec une partie de ses troupes. En souvenir de cette
pénible
aventure, son
esprit » interdit
aux vivants qu'il possède la consommation de tout animal vivant dans l'eau.
La manifestation des
tromba est généralement publique Quiconque peut y assister. Mais l'indigène se
méfie
toujours de
l'Européen qu'il ne connaît pas et l'on ne
prise pas trop sa
présence à ce genre de cérémonie. Il
faut dire aussi que
l'Administration a dû jadis intervenir
plusieurs fois pour
interdire les tromba qui, dans certainesrégions, fournissent l'occasion à de fréquentes beuveries. Et puis, le
temps est passé où le Vazaha était l'objet de vénération et de respect ; les
Malgaches ne le
considèrent plus
comme étant de caste supérieure : craindre n'est pas aimer.
Il est des tromba qui ne supportent pas la présence des Hova. Ainsi les
Zafinifotsy, chefs sakalava qui, de leur vivant, furent les ennemis acharnés
des féodaux de l'Imerina, ont gardé jusque dans le tombeau une répugnance
invincible pour ceux
qu'à la côte on appelle par mépris les« borizano ».
Lorsque d'aventure (fait rarissime) un Hova assiste à la manifestation d'un de
ces tromba, le sujet possédé se débat en une crise délirante, pousse des
hurlements épouvantables et vocifère d'abominables imprecations contre
l'intrus, le traitant de « chien crevé », insulte particulièrement raffinée
dans une bouche malgache le spectacle est d'ailleurs fort amusant pour
l'observateur neutre. Voici donc, présentés en quelques pages, la physionomie
genérale du tromba ainsi que certains traits particuliers concernant les
habitudes des esprits qui se manifestent sous la modalité incarnation, Quels
enseignements peut-on tirer de tout cela, susceptibles d'intéresser non
seulement le folklore, mais aussi la psychologie et la parapsychologie ?
Une remarque
préliminaire s'impose : c'est qu'il serait
teméraire de
négliger les croyances qui servent de substrat aux rites, et donner à ceux-ci
une importance excessive. Comme les peuples de tous les pays, les Malgaches
ont été intéressés
par le problème de l'après-mort et ils
ont naturellement recherché à communiquer
avec ceux
qui ne sont plus. Leur sentiment particulier pour les
choses de la famille
et la vénération qu'ils témoignent à
leursprinces les ont conduits au culte des ancêtres. L'âme
survivant au corps,
comment ne pas admettre, dans une
psychologie
primitive, que les défunts, et surtout ceux de sang royal, ne puissent se
révéler aux vivants afin de leur prodiguer les conseils et l'assistance dont
ils ont besoin et manifester leurs propres désirs ou leur volonté ?
Les sujets possédés
par les esprits royaux, donc intermediaires entre les vivants et les morts
(médiums au sens spirite du terme), sont considérés comme des élùs et sont susceptibles de devenir devins ou sanctificateurs
Donc, la première
hypothèse tendant à expliquer les manifestations que nous étudions est celle
acceptée par les indigènes eux-mêmes à la suite de leurs croyances hypothèse à
laquelle se rallieront nos spirites avec plus ou moins d'arguments restrictifs.
Il est à remarquer que les Malgaches, en matière d'incarnation, sont plus
favorisés qu'eux, tant au point de vue qualitatif que quantitatif.
Qu'on me permette
ici d'ouvrir une petite parenthèse concernant cette interprétation spirite des
faits. Dans tout le pays sakalava ont lieu des tromba fréquents Tel soir il est possible que l'on
invoque les âmes des ancêtres en une centaine de villages différents. Il y a
donc de fortes chances pour qu'une entité quelconque qui se révèle en un heu
donné se manifeste aussi en un autre heu. D'où la question : un esprit, même
royal, peut-il se manifester simultanément en plusieurs lieux et sous des
modalités non rigoureusement semblables ? Je laisse aux théoriciens du
spiritisme le soin de répondre.
Par ailleurs, me
plaçant sur le terrain philosophique je ne crois pas devoir retenir semblable
hypothèse ma position personnelle
vaut d'ailleurs pour le spiritisme en général. Si j'admets que l'âme séparée
connaît quelques objets en particulier, je suis certain qu'elle ne les connaît
pas tous : elle ne connaît que ceux avec lesquels elle se trouve en rapport
soit par une connaissance antérieure soit par une affection quelconque, soit
par une relation naturelle, soit par la volonté divine. De plus les âmes des morts étant par la volonté
divine et par 'leur manière d être séparées de la conversation des vivants elles ne savent pas naturellement
ce qui se passe ici-bas ; c'est le fait de la grâce si les âmes des justes le
savent Tel est 1
enseignement de l'Eglise Catholique par la plume dé Saint-Thomas (Somme
théologique - 1 partie - question 89 - articles 4 et 8).
Or les tromba
prétendent tout connaître, naturellement, les choses
cachées, les maladies, les situations de fortune, l'intimité des coeurs,
l'avenir... et les indications
qu'ils donneant sont toujours présentées par eux et doivent être considérées à
priori comme l'expression de la vérité. Et pourtant beaucoup sont
incontrôlables et incontrôlées. C;estjustement ce manque de contrôle qui a fait lever epaules aux sceptiques et
surtout à ceux qui ignorent toutde la question. Evidemment, il est très simple de dire que toutes
ces histoires de possession ne constituent q'une vaste
fumisterie à l'usage des sots.
Certes, je s'ignore
pas que la supercherie peut se glisser dans le scenario du tromba. Elle
consiste parfois en une habile
anise scène. Voici par exemple un Européen en relation avec des Malgaches. Ignorant tout du
cérémonial du tromba,
mais ayant entendu parler de ces troublants phésomenes de possession, il
manifeste le désir d'assister à unequelconque séance. Un tromba est
organisé. Ne voulantpoint
demeurer en reste avec la famille qui l'a invité, il disstribue quelques menus cadeaux à ses hôtes. On veut lui faire
plaisir. Les « esprits » se manifestent, même si le jour est défavorable (fady) : première incohérence. Auxyeux de notre
spectateur non averti le scénario est bien monté, les acteurs paraissent
sérieux, divers phénomenes se produisent,
mais hélas, en réalité, tout n'est quefraude
et supercherie, et il est d'importants détails que le «
vazaha » ne peut saisir : transe et catalepsie simulees ; glossolalie
frauduleuse ; délire agité exagéré
; ritesfondamentaux non observés, musique et paroles protanes,
les faits produits frauduleusement n'ayant, à juste raison,aucune signification aux yeux des acteurs). Plus enncore,
il est des cas où les indigènes eux-mêmes reussissent à se duper. Dans le
cérémonial du tromba, les offrandes en argent qui doivent nécessairement être
consenties
pour se concilier les esprits royaux intéressent au plus
haut point le sujet possédé, car c'est là une source certaine de revenus,
lorsque l'affaire est bien conduite.
Maisen général, les expérimentateurs et le sujet sont
de bonne foi, et réellement ces manifestations fournissent
ou chercheur un excellent terrain
d'investigations. Les
indigenesde la brousse et même les sorciers guérisseurs
sont totalement ignorants de la médecine
occidentale et
se traitent qu'à l'aide des simples ou de procédés empiriques ou magiques. En ce qui concerne
les maladies du système nerveux, elles sont toujours considérées comme dues il
l'action d'entités de l'au-delà. C'est dire que la psychasthénie, la mélancolie, l'épilepsie, les dédoublements de la personnalité et en général toutes
les névrose et les psychoses, à plus forte raison les métapsychoses, et même certains
accidents du paludisme (cachexie palustra par exemple) sont, aux yeux des
indigènes, autant de cas de possession par les esprits.
Pour obtenir la guérison du malade, il
est nécessaire d'expulser l'esprit qui le possède, d'où les rites du tromba Le
Dr Andrianjafy, dans sa thèse de doctorat en médecine considère le tromba comme
une manifestation nerveuse du paludisme. J'ai remarqué d'autre part que l'état
des sujets possédés par un tromba était identique à celui des médiums entransés
chez lesquels agit une personnalite seconde créée de toute pièce par le
subconscient : raideur cataleptique, gestes désordonnés ou prostration totale
accélération du rythme respiratoire, révulsion oculaire parole automatique.
Ces phénomènes présentent-ils parfois
un caractère supra-normal ? Il est fort difficile de se faire une opinion sur
ce point.
En ce qui concerne les manifestations
d'ordre physique j'ai cité l'épisode du verre de lait, qui m'est personnel Mais
je n'ai jamais entendu parler d'aucun phénomène comparable à la télékinésie ou
aux matérialisations. Les hantises, si fréquentes à Madagascar dit-on, (mais
encore faudrait-il s'entendre sur l'objectivité des faits), sont des
manifestations absolument étrangères au tromba.
En ce qui concerne les phénomènes
d'ordre psychique le plus éminent serait la perception paranormale de realités
extérieures au sujet. On dit que les individus possedés par les tromba connaissent
l'avenir et les choses cachées, ou plus exactement, que les tromba se
manifestant par la bouche des humains sont doués de la faculté métagnomique.
Jusqu'à ce jour, je n'ai pu authentifier aucun l'ait de ce genre. Il est vrai
que l'enquête métapsychique telle que nous la concevons se révèle fort
compliquee lorsqu'on évolue parmi les populations primitives. les Malgaches
citent également le phénomène qui consiste parler des langues inconnues. Ainsi
l'on m'a affirmé que des sujets ne connaissant que le dialecte sakalava local
s'expriment
couramment en français lorsqu'ils sont sous domination des tromba Ombylahykely
ou Zamanybao, ceux-ciayant, de leur vivant, fréquenté
l'Ecole Régionale d'Analalava. Personnellement, je n'ai jamais été témoin defaits semblables, et je n'ai pas encore rencontré d'Europeen susceptible de
me renseigner sur ce point.
De plus,
mes occupations professionnelles ne m'ayant
pas permis de me
déplacer à mon gré, il m'a été difficile d'enquêter immédiatement et sur place
là où l'observation deschoses se serait avérée opportune. Mais
je puis faire une remarque intéressante. Selon ce quim'a
été rapporté, le tromba ne s'exprime en français qu'autant qu'un assistant
connaît le français, de même qu'en
Hova en présence d'un spectateur pratiquant cette langue. Y aurait-il donc,
dans ce cas, phénomène diapsy-chique
accompagné
d'automatisme verbal ? (Cf.
: cas Ludovie, Angers ,
1894 - cas Maung Tun Kying, 1925 - cas PatPatrice
Marquis, Hollywood, 1936).
J'ajouterai que j'airéussi à plusieurs reprises à faire répéter
(*) avec un accent correct des phrases en allemand à des sujets
hypnotises par moi et qui
n'avaient aucune notion de cette langue.
(*) Je
dis bien « répéter » et non « improviser ».
Quoi qu'il en soit,
si, dans les manifestations du trombades sujets parlent des langues qu'ils ne connaissent point, ce phénomène réclame une étude sérieuse étant donnee l'importance de
la question. C'est à ce sujet que desmissionnaires catholiques ont émis l'hypothèse d'une intervention
diabolique. Je n'ignore pas que « parler des languesinconnues
» est un des signes de la présence du demon, suivant le Rituel, (ces signes, évidemment, ne devant,
pas être considérés
comme pathognomoniques).
Mais il est à remarquer que jamais les Malgaches nonchretiensn'invoquent les démons. Il semble même
que l'idee de tels êtres leur est étrangère. Dos âmes malfaisantesexistent bien, les Anjakamanenga et les Jiriky,
maisce ne sont pas des anges, esprits purs selon la théologie.
De toute
façon, à la suite de ce que j'ai vu personnellement, j'estime qu'il
serait fort téméraire de faire appel
aux démons ou aux esprits des morts pour expliquer les
scenarios du tromba.
Le verbiage des esprits royaux ne
nous renseigne pas
plus sérieusement sur l'après-mort que celui des entités du classique
spiritisme, et ce n'est que dans ces cérémonies qu'il faut aller chercher les
preuves objectives, expérimentales, de 3a survie et de l'existence des
substances spirituelles.
Par contre, il me
semble que la psychologie trouverant là une illustration de certaines thèses
concernant la formation et la vie des « personnalités secondes » converties par
les spirites en « esprits-guides ». De plus, l'étude des tromba serait
certainement fructueuse à la lumière des théories nouvelles sur le
polypsychisme et les association d'idées, puisque ces manifestations réclament
toujoursle concours de plusieurs assistants.
Parvenu au terme de
cet exposé, je voudrais solliciter l'indulgence du lecteur. A plusieurs
reprises j'ai souligne la difficulté de l'investigation en ce domaine. Ces
pages recèlent peut-être des inexactitudes, des lacunes ; il est possible que
j'aie mal interprété certains faits. J'ai toute fois utilisé de mon mieux les
données de l'observation directe et les indications fournies par les indigènes
qui voulurent bien s'intéresser à mon enquête.
En réalité, les
phénomènes du tromba ne nous ouvrent pas de nouveaux horizons : ces faits sont
identiques quant au fond à ceux du spiritisme classique dans la modalite incorporation.
Seul le scénario diffère, étant fonction des conceptions malgaches de l'âme, de
sa survie et de sa manifestation après la mort corporelle.
Toutefois, étudier
les phénomènes de l'au-delà chez les peuples non chrétiens n'est point faire
œuvre vaine. Cette recherche, non sans pittoresque, nous renseigne sur les
traditions et les "coutumes des populations primitives. Elle nous montre
aussi que la croyance en l'immortalité de ['âme est universelle. Enfin, si
l'étude du tromba en particulier ne nous révèle pas expérimentalement, au-dela du champ normal de nos
sensations, un plan de vie different de celui où nous sommes appelés à exercer
notre intelligence, elle nous enseigne « qu'il existe en nous une force
psychique dont le moi conscient n'est qu'un aspect et que cette force est douée
d'activités profondes ».
Diégo-Suarez -
Belfort (1950 -1951)
René Maître.
Procès du déterminisme sous l'angle métapsychique
suite (*)
Mais pour que cet argument
fût valable, il faudrait nous
apporter la preuve
que l'Univers est lui-même fini et limité dans
leTemps et dans l'Espace. Or
EINSTEIN lui-même, dans sa
belle théorie de la
Relativité, n'a posé cette
hypothèse que
comme un simple
postulat et s'est avéré incapable de la démonder par aucune
preuve. Il nous est donc permis d'imaginer un
Univers astronomique
total infini dans lequel les unités d'énergie
seraient représentées par une quantité infinie, et non par
un nombre, si grand
soit-il. En effet, le calcul
infinitésimal
unseigne que: « l'Infini plus n
égale l'Infini, et que l'Infini
moins n égale encore
l'infini », (n représentant un nombre quelconque.
Or nous sommes
partisans de l'Infinité absolue de l'univers
astronomique ; nous avons
pour cela des arguments
d'ordre
rationnel et
philosophique qu'il serait trop long d'exposer ici.
Donc, nous ne pouvons
accepter votre argumentation.
Bien plus, vous qui
placez à juste titre les découvertes de la
Science au-dessus de
toutes les croyances, comment expliquesez-vous l'évidente « indétermination »
qui préside à la formation des
feuilles de nos arbres, dont
nous savons au moins
ceci : dans une vaste
forêt de chênes ou d'arbres quelconques,
il n'est pas possible de trouver deux feuilles dont les nervures
soient disposées de
façon semblable et identique
au point
d'etre absolument superposables : il y
a donc, dans ce qui
vitalise » ou ((
anime » le végétal un certain « non-déterminisme absolu ». Que si, pour essayer
d'expliquer ce fait, vous
faites appel au «
hasard » il faudrait en conclure que toute la
biologie est régie
par les « caprices du hasard » et non par les
lois générales et
absolues que découvrent de jour en jour nos
Savnts. Non ! tout
l'Univers physique et biologique est régi,
vousle savez bien, par des lois générales inéluctables (c'est la
basemême de votre doctrine déterministe), des lois que nous
assoyons de découvrir
peu à peu, et non pas des « caprices »
d'unproblématique hasard. Donc
votre argument se retourne
implacablement contre
vous.
(*)
Voir Cahiers métapsychiques, ésotériques et traditionnels, n° 10.
Il y a pourtant dans l'Univers un «
quelque chose » que n'est pas « fatalement » soumis à des lois absolument
inéluctablés, c'est cet élément encore quelque peu mystérieux (et il l'est de
moins en moins) qui anime tout être vivant, qui constitue l'essentielle
différence qui existe entre une molécule d'albumine non vivante et une molécule
d'albumine vivante. Ce qu'on peut dire de plus certain sur cet élément, c'est
d'abord qu'il existe, et ensuite qu'il est invisible, impalpable, impondérable
et il n'y a rien d'irrationnel à le dire « immatériel ».
Et que dire des magnifiques études de
nos Physiciens qui avec Louis BROGLIE, constatent jusque dans l'infiniment
petit « photon » un semblable « non-déterminisme absolu » qui vous embarrasse
certainement dans votre croyance, et que vous appelez de préférence : «
principe d'indétermination ou d'incertitude» à la suite d'un des pontifes de
votre «foi», le savant
Heisenberg.
Vous cherchez à l'expliquer par
l'imperfection de nos moyens scientifiques de contrôle. Mais le fait est là,
aussi évident que l'indétermination des nervures d'une feuille ou de la liberte
relative du vol d'un insecte. Et la brutalité d'un fait doit n'est-ce pas ?
avoir raison de toutes les croyances !
Nous avons avec vous le respect de la
Science et de ses admirables progrès. Mais de là à en faire une Divinité
nouvelle à ériger à la place de toutes les autres divinités périmées, il y a
loin, très loin !
Ainsi, l'intelligence humaine a
toujours attribué à ses successives divinités le privilège exclusif de nous
imposer une certaine ligne de conduite que nous appelons une « loi morale « Or
un partisan de votre doctrine vient d'écrire un livre tendant à démontrer que la
Déesse Science avait ce privilège à sous tour (*). Et l'on peut se demander
comment un déterministe convaincu peut, sans renier sa croyance fondamentale,
parle d'un conseil, ou d'un ordre moral quelconque, fût-ce au nom de la
Science, à un homme dont tous les actes, jusqu'au moindre gestes de la., main,
sont absolument déterminés par des lois générales, par les circonstances et
événements extérieurs ou intérieurs à lui-même ? ? ? Il y a là une véritable
gageure, un paradoxe insoutenable.
(*)
« La Morale de la Science », par Albert BAYET (Editions Rationnalistes,
Paris 1946).
En effet, s'il y a dans l'homme le
moindre « principe d'indétermination » comme dans l'atome, la feuille ou
l'insecte, une seule
loi morale est logique
et rationnelle, elle se
résume
ainsi : «
Il faut vivre le plus confortablement, le plus agréablement et le plus longtemps possible per
fas et nefas» (par tous
les moyens permis ou
non) ; et si cela est impossible, une seule
solution s'impose: le suicide!
». DlDEROT, l'Encyclopédiste
que l'on ne peut
accuser de fanatisme clérical disait; « Si la
vie humaine
n'est qu'une parenthèse entre deux néants, il n'y a que
les sots ou les imbéciles pour accepter une morale quelconque . C'est que le
Matérialisme qui nie l'existence et à plus forte raison la survivance de l'âme est frère jumeau du determinisme.
D'ailleurs, c'est à cette conclusion fatale que sont arrivés
logiquement tous les
adeptes des philosophies matérialistesdeterministes. Ainsi,
d'après les philosophes allemands SCHOPenhaUER
(1788-1860) et son disciple HARTMANN (1842-1906),
le plus grand progrès que l'on puisse espérer de l'Humanité
serait la découverte
et l'application d'un explosif assez puissant
pour anéantir d'un
seul coup toute notre planète et ses habitants par un véritable suicide
cosmique!!!...
Et nous n'en
sommes plus très loin
aujourd'hui !
Il est donc
impossible d'admettre une doctrine comportant de telles conclusions, un tel
programme.
Cependant, le procès du Déterminisme
matérialiste ne doit pas finir en queue de poisson par le renvoi dos à dos des
adversaires à leurs torts réciproques, et ce sera encore la SCIENCE qui devra
arbitrer définitivement le conflit qui se prolonge depuis qu'il y a des hommes
qui se sont mis à philosopher. Ce fait est d'ailleurs assez récent...
relativement dans la vie de l'humanité qui remonte à peine à trois mille
siècles sur notre Planete, mais qui a la perspective encourageante d'évoluer
(c'est-à-dire de se perfectionner) pendant encore des millions de siecles ou de
millénaires !
Oui, l'arbitrage se fera par la Science,
et plus précisément par cette branche de la Science qui s'appelle la
Métapsychique.
Cette nouvelle
Science apparemment destinée à supplanter definitivement tout le vieux fatras
des soi-disant « sciences occultes » ne date guère que de la Courageuse
publication, en 1922, du « Traité de Métapsychique » par Charles RlCHET,
le grand Professeur
de Physiologie. Depuis un quart de siècle peine elle frappe à la porte du
Temple scientifique pour demander son admission officielle... qu'elle finira
bien par obtenir. Déjà on peut constater qu'elle commence à intriguer quelques-uns
de nos Savants modernes encore affiliés au dogme
du Déterminisme,
C'est ainsi que l'un d'eux, un savant
Biologiste qui, dans la moment
où j'écris ces lignes
(octobre 1947) donne chaque semaine
de très intéressantes
causeries radiodiffusées sur les problèmes de la Vie, attend,
sans oser encore l'espérer, le
verdict de la Métapsychique pour sortir de l'imbroglio matérialistedéterministe-fataliste
où notre intelligence se débat douloureusement : c'est le Biologiste Jean
ROSTAND. Dès 1940, après avoir constaté que l'homme était « le plus malheureux
de tous les animaux parce que le seul qui sache qu'il doit mourir écrivait ( *
) :
(*)
Dans « Pensées d'un Biologiste », par Jean ROSTAND (Edition
Stock, Paris, 1940).
S'il en est peut-être qui s'opposent à la Métapsychique parce qu'elle mettrait en cause les
notions traditionnelles de
la Science, je puis protester qu'il n'en va pas ainsi pour moi
Loin que je redoute d'avoir à déranger mes habitudes d'esprit, j'aspirerais à rencontrer le
fait qui m'inviterait reviser ma
philosophie de l'Univers.
Pour un seul de ces petits phénomènes qu'enregistrent nonchalamment les Métapsyctiistes, je
donnerais toute la Science et ses
splendeurs fécondes ! J'applaudirais sans
réserve à une démonstration qui, élargissant notre concept de l'homme, viendrait insuffler on ne sait
quoi d'inattendu dans le cosmos glacé
de la Raison ! ».
Cet aveu est fort élégamment exprimé,
et témoigne de la plus louable impartialité philosophique et scientifique.
C'est pour lui comme un lointain mirage, le vague espoir d'une bouée de
sauvetage dans l'officiel « cosmos glacé de la Raison !... Mais c'est aussi une
véritable prophétie pour le jour où les Métapsychistes mettront en évidence
scientifique le moindre de ces faits, tels que Télépathie, Métagnomie,
Télesthésie, etc..
J. ROSTAND condamne très logiquement au
nom du dogme déterministe
tout l'appareil de notre
« Justice officielle quand il écrit dans le
même livre : (page 25).
« Quelle ne devrait pas être notre
pitié pour ceux envers « qui, peut-être, il faut se montrer impitoyable !
Condamner le « coupable, cela est nécessaire, mais cela est odieux puisqu'il «
était déterminé ! ! ! ».
S'il est réellement, (et nous n'en
pouvons douter), dans nos actes une certaine, proportion de « déterminisme »,
la part du « libre-arbitre » est encore assez large pour justifier une active
défense de la Société contre ses éléments perturbateurs. Mais il
faudrait au moins, comme le proposait naguère un médecin
sriminaliste italien
qui était en même temps un métapsychiste,
Cesare LOMBROSO
(1835-1909) qu'on se contentât d'empêcher
les gens
de nuire et surtout de récidiver en leur appliquant un
traitement psychique, psychothérapique et
moralisateur dans
toutela mesure du possible plutôt
qu'en lui infligeant des toitures
psychiques.
C'est probablement dans ce sens que la
Métapsychique de demain... ou d'un proche avenir tranchera le procès du
Déterminisme. On peut et on doit le souhaiter !
D'une façon générale, quand la
Métapsychique aura conquis son
droit de cité au milieu,
et même au-dessus des autres
Sciences, il ne sera
plus question d'opinions contradictoires en fait de Morale, de Philosophie, de
Religion, car tout ce qui concerne ces trois grands « mots » rentrera dans le
cadre de la
science expérimentale
et n'aura plus à être discuté passionnement, pas plus qu'on ne discute
aujourd'hui sur la rotondité de la Terre.
Ce jour-là, il n'y
aura plus une factice « Morale de la Science », ni une « Morale laïque », ni
surtout une « Morale detérministe
» (monstrueuse contradiction dans les termes)
opposer à toutes les
« Morales religieuses », mais la MORALE
elle-même sera
scientifique... ou elle ne sera pas.
Aujourd'hui,
pratiquement, toutes les Morales ont fait faillite puisque les humains
continuent à s'entre-tuer en piétinant à qui mieux mieux
le grand principe moral qui
pourrait à la
figueur être le seul
et unique principe pour tous les êtres doués
de libre-arbitre : «
Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fità toi-même ». Le désordre actuel régnera certainement aussi longtemps que
cet« impératif catégorique »
n'aura pas trouvé sa véritable base, sa véritable raison d'être dans le fait de
l'existence et dela survie de l'âme, rationnellement et scientifiquement
démontrespar les opérations et expériences métapsychiques. Au contraire, l'avènement de l'ERE
METAPSYCHIQUE sera
susceptible d'anéantir le conflit
toujours renaissant du Droit de la Force, ainsi que la course
à la mort par des armements offensifs et défensifs de plus en plus puissants.
Ce sera donc en même temps l'ERE DE LA PAIX. Attendons, travaillons, et...
espérons!!!
Docteur CANTENOT.

ÉSOTÉRISME ET TRADITION
sous la direction de
J. RENARD
Comment guérir à distance
par Maurice GAY
Tous les
lecteurs assidus de ces
Cahiers Métapsychique
savent que l'expérimentation n'a de valeur que par les conséquences philosophiques qui en
découlent. Mais, lorsque philosophie reste théorique, elle est elle-même
inutile, gratuite et stérile. Elle ne trouve sa raison d'être que dans la réalisation,
dans la pratique courante et dans l'application quotidienne des principes
enseignés par les doctrines ou par les différentes écoles. Et c'est un des
aspects de la réalisation des enseignements philosophiques spiritualistes qui
est le sujet de la présente étude : la guérison, et, d'une façon plus précise,
la guérison a distance, cas particulier qui implique l'épuration la plus totale
des processus de thérapeutique hermétique.
Je pense qu'il n'existe pas un seul
homme digne de ce nora qui ait jamais souhaité, un jour ou l'autre, pouvoir
soulager les souffrances physiques,
ou, à plus forte
raison, psychiques ou mentales, de
ses frères. Tout le monde connaît les angoisse et les
inquiétudes de l'attente d'informations sur l'état
de santé d'un être cher,
séparé de vous par une plus ou moinsgrande distance. Et il n'y a pas, je crois, de sensation plus désagréable, plus déprimante que celle de l'impuissance devant la maladie d'un parent ou d'un enfant. Chacun a rêvé de
pouvoir guérir, ne fut-ce que par simple et élémentaire charité. Elimitions, une
fois pour toutes, celui qui cherche une guérisontans autre mobile que le profit ou la gloire. Il ne mérite pas la
moindre attention. Car il est une vérité dont tout candidat perisseur doit
se pénétrer avant d'entreprendre quoi que ce soit, c'est
qu'aucun homme, si savant ou si habile soit-il, n'a jamais guéri; on ne
peut que soigner, c'est Dieu seul qui guérit, Le guérisseur
n'est, en l'occureece, qu'un simple ambassadeur, Ilintercède, sans plus. Les thérapeutiques employées ne sont quedes
adjuvants, des adjuvants indispensables, non pas au point de vue absolu du
rétablissement de la santé, mais au point de vue relatif du malade, qu'il
convient de placer, sur tous les plans, dans une atmosphère favorable à sa
guérison. Il y a quelques temps, un des principaux guides invisibles de notre
pays annonçait que « La médiumnité guérissante se propagera. Le monde s'y fera,
il faudra bien d'ailleurs, nécessité oblige »... A l'examen succinct, ce
message risque de passer inaperçu ou de ne se voir attribuer qu'une importance
relatîvement très médiocre. Cela ressemble fort à une lapalissade :
Les guerres, les fléaux, les épidémies vont se multiplier, etil faudra guérir davantage. Nous n'avions certes pas besoin d'uneintervention
supérieure pour apprendre que, plus il y a de malades et de souffrances, plus
il faut soigner et soulager. Tele est, en substance, la première
réaction que l'on risque d'avoirà la lecture de cet
avertissement. Cependant, pour peu que vous soyez habitué à l'ésotérisme, vous
n'ignorez plus que tous les enseignements supérieurs ont plusieurs sens. Et le
sens caché de cette phrase va peut-être vousoffrir des horizons
nouveaux. Vous savez que l'esprit évoluelentement mais sûrement vers un but qui nous semble encore tres lointain :
l'assimilation, l'intégration dans la grande Unité Divine. Cette fusion de
notre esprit dans le Grand Tout, unplique la disparition progressive de tout ce
qu'il y a de physique de matériel en nous; par conséquent, il faut que notre
Moi Spirituel arrive à dominer totalement notre Moi Physique, qu'il le commande
et qu'il le maîtrise. Et, en toute logique, le premier vers cette maîtrise sera
le contrôle du bon fonctionnesont de ce véhicule provisoire que constitue pour
notre esprit, notrecorps physique. Notre évolution ne doit pas être
entravée parles vicissitudes
corporelles. Le jour où notre esprit sera le
maître
incontesté, la maladie n'existera
plus et nous pourrons marcher à pas de géants vers notre But Suprême.
Au cours de notre vie
terrestre, ce qu'il est convenu d'appeler la santé n'est qu'un état d'équilibre
plus ou moins stable entre les
différents constituants de notre
individualité temporaire.
Nous sommes essentiellement composés de trois élément principaux, le corps
physique, le corps astral et l'esprit. Selon les auteurs et les écoles, la
terminologie change, mais la distinction reste la même. Selon que l'on s'adressera à l'une ou à
l'autre de ces trois parties, la
thérapeutique se divisera en trois écoles différentes qui devraient s'épauler
et se compléter mais qui, hélas ! dans l'état actuel des choses, s'opposent et
se combattent.
La première de ces
écoles est, certes, la mieux connue, surtout parce qu'elle est la plus
officielle; c'est celle qui s'adresse au corps physique et à lui seul. Pour
combattre le mal, on le submerge sous un flot de corps matériels ayant une
action contraire à celle du mal ; c'est la médecine des contraires ou
medecine allopathique. Elle s'attaque de front aux effets, jamais aux causes
profondes, génératrices
essentielles du mal. Quel ques
instants de réflexion vous permettront de comprendre qu'elle impose un
diagnostic catégorique et rigoureux que nous vons être pratiquement impossible
à établir dans la très grande majorité des cas.
La seconde école est,
elle aussi, connue, mais elle est déja moins officielle. Elle s'adresse
essentiellement au corps astral ou périsprit, c'est-à-dire à l'organe de
liaison, au régulateur de complexe humain. La modification est ici apportée au
corps astral par des substances fluidiques supportées par d'infimes doses de
matière. C'est la médecine des semblables ou médecine homéopathique.
La troisième école
est, en France du moins, systématiquement méconnue des sphères médicales officielles, quand elle n'est pas combattue et
poursuivie. Elle consiste à agir
directement sur les idées créatrices qui élaborent et modifient toutes formes
matérielles. C'est la médecine des
correspondants, communement
baptisée médecine hermétique ou médecine occulte. C'est celle quiestànotreportéeetquenousdevonsétudiersinous voulons guérir, ou, plus exactement, soigner à
distance.
Nous avons vu plus
haut que, si nous voulons nous maintenir en bonne santé, nous devons
énergïquement préserver en nous l'harmonie parfaite de nos divers éléments
constituants. C'est
la
cle de notre évolution consciente. Celui qui n'est pas encore
parvenu à cette notion primordiale
reste tributaire d'une évolution inconsciente qui ne l'achemine que très
lentement vers le seuilde la conscience évolutive sans laquelle il ne faut pas songer à la
plus minime initiation, ce mot étant pris ici dans son sens le
plus étymologique. Au contraire,
lorsque nous avonsacquis
cette perception de notre propre harmonie, nous savons, ipso-facto,
pourquoi et comment telle ou telle partie de notreindividu
souffre; et il nous est facile d'y remédier. Dès lors, la simple
application de la Loi
Christique d'Amour :
Aimez votre prochain comme vous-même ! » nous permettra de
faire facilement pour les autres ce que nous arrivons déjà à faire pour
nous-même.
Tel est, rapidement esquissé, le
principe directeur, le Fil d'Ariane de la guérison spirituelle.
Voyons-en maintenant l'application pratique et ce qu'il nous est possible de
réaliser dans le domaine des
soins à distance. Certains êtres d'élite nous ont
precedé sur la voie de la réalisation
et ils peuvent nous servir d'exemples. Jetons un rapide coup d'œil sur leur vie
et nous constaterons presque immédiatement que le pouvoir de guérison
est l'apanage de tous
ceux qui peuvent, à un degré quelconque, etre considérés comme de bons guides
sur le chemin de l'évolution. Le Christ en est le type le plus éclatant. Et la
guérison à distance du serviteur du centenier (Luc-VII-2/10) constitue
l'exemple le plus caractéristique que l'on puisse trouver. Mais, plus près de
nous, à côté de nous même, d'autres inities sont là, qui ont acquis, sur la
matière, la domination qui apaise et qui calme. Si l'on en croit l'admirable ouvrage
de Georges Lafenestre, de l'Institut, sur « La Légende de Saint François
d'Assise d'après les Témoins de sa Vie », le grand saintobtint, de son vivant, de très
nombreuses guérisons, en son absence. Chez Saint François, la plupart du temps,
il s'agit deguérisons à distance par le canal de magnétophores. On somme
ainsi des objets divers qui s'imprègnent du fluide vital du guérisseur pour le restituer au malade
qui en a besoin et qui estloin. Dans la grande majorité des cas l'imprégnation du magnétophore est
volontaire de la part du guérisseur. Mais dans le cas d'êtres d'élite comme
Saint François d'Assise, elle peut etre spontanée. Et c'est ainsi que l'on
arrive à la notion de reliques.
Mais revenons à Saint François, et
laissons la parole à Georges Lafenestre qui va nous donner un magnifique
exemple de
guérison par
magnétophore spontané : — « Il y avait, dans une
ferme,
aux environs d'Arezzo, une femme enceinte, qui, son
terme venu, était depuis plusieurs jours en gésine, souffrant
de telles douleurs qu'elle n'était plus,
pour ainsi dire, ni
morte ni vivante. Ses
parents et ses voisins ayant appris que
François devait passer sur la route, en se rendant à
certain
ermitage,
s'y postèrent pour l'y attendre.
Or, il advint que
François,
ce jour-là, avait pris une
autre route parce que
malade
et faible, il était venu à cheval. Une fois
parvenu a
l'ermitage,
il avait fait ramener la bête par un de ses frères
nommé Pierre, à l'homme qui la lui avait prêtée
charitablement. Frère Pierre, avec le cheval, passa donc sur la route
où la femme se tordait dans les douleurs. Dès que les
paysans
l'aperçoivent,
ils accourent précipitamment vers lui, le prenànt pour François, mais, apprenant que ce n'était
point lui
les
voilà d'abord très attristés. Toutefois, ils se consultent
entre eux pour savoir si
l'on ne pourrait trouver quelque objet
touché par la main du saint. Enfin, après
avoir longtemps
cherché, longtemps hésité, ils se décident pour les rênes
du
mors, qu'il avait tenu
de ses mains en chevauchant, ils
arrachent le mors de la bouche du cheval naguère monté par
le
saint père, et posent les rênes sur
la femme enceinte. Aussitôt la femme enfanta en grande joie et santé. »
Plus près de nous
dans le temps, nous connaissons les innombrables guérisons de Thérèse de
Lisieux ou du Curé d'Ars Celle-ci, par exemple, rapportée par Maxence Van Der
Meersch dans sa « Vie du Curé d'Àrs » : — « Une maman vient à Ars avec sa petite fille, muette depuis des
années La pauvre femme
s'agenouille au confessionnal, et commenance sa confession. Et tout à coup, elle s'arrête : —
Continuez mon enfant, lui dit le
curé d'Ars étonné. — Ah ! Mon père
Mon père ! balbutie la pauvre femme. Je n'en peux plus ...Ecoutez! Ecoutez! Ma petite fille,
là, à côté du confessionnel ! Elle parle ! Elle parle ! » —
C'est à dessein que
j'ai choisi cet exemple de guérison dans la vie de l'abbé Vianey qui est la
vivante image, l'incarnation parfaite des qualités requises pour obtenir des
guérisons. Toutes ces qualités sont réunies chez lui, et toutes sont poussées
au plus haut degré. L'abbé Vianey était un être simple, sans la moindre
culture, mais son amour pour Dieu le transfigurait. A chaque minute, à chaque
seconde de son existence, il a vécu la parole de Dieu. Et cela le transplantait
jusque dans les plans les plus
eleves, montrant ainsi à ses frères ce
que deviendra l'humanitelorsque nous en serons tous à ce stade de réalisation parfaite. En dehors
de tous ces personnages, exceptionnels de foi et de mysticisme, il y en a beaucoup d'autres
qui ont obtenu des resultats tout aussi sublimes. La France, au siècle dernier,
possedetrois très
grands guérisseurs, le zouave Jacob, Philippe de Lyon et Jean Béziat. Ils ne
s'intitulaient pas magnétiseurs, ils etaien simplement de grands croyants possédant une foi iné-branable dans la force qui les guidait. Tous trois étaient la vivante
démonstration de l'assertion d'un autre guérisseur, Nicolas. Strati qui
écrivait dans sa plaquette « Oui nous guéris-sons!» : — « La mission du
guérisseur spiritualiste doit être pour
lui un véritable
sacerdoce. Il guérit par la Foi dans
l'Amour, car le Créateur ne peut qu'aimer son œuvre. Quand leguérisseur a pleine
conscience de cet amour, il est en liaisonavec les forces supérieures, et obtient
des cures de plus enplus fortes ». Ce caractère sacerdotal de la mission du perriseurspiritualiste
le met dans l'obligation de
poursuivre sonbut discrètement, sans publicité tapageuse, sans scandale et
sansidée de lucre. Ce qu'il a acquis par son expérience et parson
travail personnel, il doit le donner à ses frères et jamais se le vendre. La seule satisfaction qu'il
puisse tirer de cette
action est d'amener ses
frères à réfléchir et à commencer à leur leurl'effort nécessaire de réalisation et
d'évolution vers le Divin. Si nous essayons de disséquer succinctement le
processus employepar le
guérisseur spiritualiste, nous constatons qu'il procette, directement ou
indirectement, selon la méthode qui lui etpropre, des forces capables
de modifier la matière. Nous savonsen outre, qu'il existe, à l'échelle
microcosmique, unconstituant élémentaire. Essayons de le concevoir par la
pensee.Puisque l'action existe, ce constituant élémentaire est,
enquelque sorte, et au moins dans certaines conditions, radioactif. Pour
transmettre l'action qu'il engendre à une certaine cristallisàtion d'éléments
semblables à lui-même, il émet une force en direction des cristaux récepteurs,
qui sont modifiés par l'influx de cette force. Si vous avez bien compris que la
matière estune cristallisation de l'esprit, alors que la force est
constituée de ce même esprit, mais seulement en voie de cristallisation, vous
avez compris tout le processus de la thérapeutique dite hermetique qui n'est
pas autre chose qu'un déclenchement volontaire d'un phénomène de
radio-activité. Ce phénomène, qui estdirect dans l'action purement magnétique, devient
indirect,
au moins
partiellement, dans le cas d'un guérisseur spintualiste qui fait appel à des
forces supérieures.
Etant donné que les
guérisons à distance se classent presque obligatoirement dans cette catégorie
de guérisons spiritualistes je me permets d'insister pour vous montrer quelle
est la raison d'être de ce crodhet par les plans supérieurs dans lequel réside
toute l'efficacité de ce mode de cure. Tout se passe comme les forces vitales
émanant du guérisseur allaient chercher dans les plans supérieurs, et souvent
même directement dans le plus divin, un tonique sublime, et comme si ces rayons
régénérâteur allaient passer par une puissante lentille qui les ferait
converger plus puissants, plus pénétrants qu'auparavant, dans l'organisme du
malade.
Le rôle sacerdotal du
guérisseur ne s'arrête pas au rétablis sèment du malade, il doit également s'efforcer de déclenches
chez l'ex-malade, le travail
intime qui ouvrira la porte à son évolution consciente. En effet, le caractère
inhabituel et inattendu de la
guér
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