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CAHIERS MÉTAPSYCHIQUES ESOTERIQUES ET TRADITIONNELS. TROISIÈME ANNÉE - NUMERO 11

SCIENCES MÉTAPSYCHIQUES

sous la direction du V B. de CRESSAC-BACHELERIE, Ingénieur E. C. P.

Une manifestation spiritoide à Madagascar : le Tromba

Aleo mitanena amin'ny mpamosavy toy izay mifanena amin'ny mpandainga. (ïl vaut mieux faire la rencontre d'un sorcier que celle d'un menteur). Proverbe malgache.

La survivance de l'âme après la mort corporelle est une croyance universellement répandue. Dans tous les temps et dans tous les pays, les ont cherché à communiquer avec les morts. Un mode de relation ultra-terrestre est commun à toutes les civilisations, c'est /'« incarnation ». Cephénomène consiste dans le fait (du moins prétendu tel) que l'âme d'un décédé «'incarne momentanément dans le corps d'un vivant appelé medium », c'est-à-dire intermédiaire entre le monde terrestre et le monde des morts. Cette intervention de l'au-delà a toujours un but pratique : enseignement des vivants par les âmes désincarnées. Fonctionnaire en service à Madagascar, j'ai enquêté sur les faits de ce genre dans les limites du district de Diégo-Suarez. Les phénomènes faisant l'objet de cette étude relèvent de la psychologie malgache non chrétienne. Certes, il m'eût été facile de consulter quel'questravaux anciens consacrés à des semblables sujets : un habile plegiat (procédé couramment employé en matière d'occultisme) m'eût permis de réaliser un travail conformiste et de bonne facture. N'était-il pas preferable d'employer au contraire, puisqu'elle était à ma portée, la methode de l'observation directe par enquête personnelle ? J'ai donc parcouru la brousse, me liant avec des indigènes. J'ai assisté amaintes cérémonies, relevant détails phénoménologiques et explications verbales. Cette étude est une relation fidèle de ce que j'ai vu et entendu.

Hélas! nos esprits occidentaux appréhendent difficilement une psychologie qui ne relient ni dogmes ni définitions, et les malgaches, toujours mefiants, ne m'ont probablement pas laissé surprendre les faits les plus interessants. Ceci pour justifier les lacunes et les erreurs d'interprétation,toujours possibles en d'aussi délicates questions.

Il est bien entendu que je réserverai le meilleur accueil à toute critique susceptible de m'éclairer sur le sujet ici traité, et je serais reconnaissant aux lecteurs informés de me faire connaître leurs avis et suggestions (*).

Il serait ridicule de vouloir discourir sur un terme spécifiquement malgache qui ne peut éveiller aucun sentiment dans notre entendement, sans l'avoir préalablement défini. Les Sakalava, les (Antankarana, les Tsimihety et les Betsimisaraka (*) désignent par le mot « TROMBA l'esprit d'un ancêtre possédant une personne vivante l'oppressant comme disent les Malgaches (tsindry, tsindry mandry ; tsindrianjavatra : oppressé par un être). Cettepossession se manifeste par des troubles physiques plus ou moins graves et « l'esprit » se révèle par la bouche du sujet. En langage courant, on nomme « tromba >> non seulement l'esprit qui se manifeste, mais aussi l'ensemble.Me des rites auxquels donne lieu cette manifestation.

(*) Ecrire à l'A.F.E.M. ou à René Maure, Inspecteur des transmissions, Majunga (Madagascar).

On retrouve le même fait, sous des scénarios différents dans le sud-ouest de Madagascar où il est désigné par le mot « bilo », 'chez les Betsiléo qui emploient le terme « salamanga », et chez les Hova de l'Imerina qui utilisent l'expression « ramanenjana ».

(*) Peuplades de Madagascar.

Cette étude est donc le résultat d'observations recueillies au cours d'enquêtes effectuées dans le district de Diégo-Suarez. Bien que soient multiples les difficultés éprouvées pour établir la vérité en pareille matière avançons malgré tout jusqu'aux frontières de l'au-dela et pénétrons prudemment dans le mystérieux domaine.

Je suis dans un petit village côtier de la région de Diégo-Suarez. Dix heures du soir. L'astre d'argent luit dans le ciel constellé des belles nuits tropicales. Le clapotis d'une mer calme vient mourir sur le sable tiède où quelques pirogues se sont endormies. Tout repose dans le village. Les paillottes semblent accroupies sous les sombre cocotiers, élégants veilleurs de nuit aux palmes frémissantés. De cette brune plage de sable fin je contemple la nuit merveilleuse et douce qu'ont chantée les poètes des

Mais voici qu'un sourd grondement parvient jusqu'à moi, dont la monotonie des notes s'estompe dans le clairobscur de la nuit malgache. Je crois distinguer le roulement scandé du tam-tam et, attentif, j'essaie de surprendre le rythme de ce tambourinage. Me dirigeant dans le village, guidé par des mesures toujours plus distinctes, le parviens devant une grande case où se presse déjà une foule nombreuse et bariolée. A mon arrivée, remous parmi les spectateurs : on n'aime pas beaucoup la curiosité de l'homme blanc. Mais, reconnu par plusieurs personnes, j'entre sans difficulté dans la case, où l'on se serre pour me faire une place. Je m'accroupis à la maniere indigène et d'un œil discret détaille la scène. Je compte vingt-et-une femmes assises en rond sur trois rangées, drapées dans leurs « lamba » multicolores. Au fond de la case, deux hommes, deux musiciens, l'un pré-posé au tam-tam (amponga), l'autre taquinant les cordes d'une « valiha » (*) : musique monotone, accompagnant le chœur des femmes et cadencée par des battements de mains. C'est le chant rituel du tromba (antsatromba), afin que l'« esprit » manifeste sa présence. Au centre de ce cercle tout féminin, une femme encore, jeune, revêtue d'une longue chemise blanche, est étendue sur une natte et semble en proie à une crise épileptique. Tous ses membres sont agités d'un tremblement violent. L'esprit déjà la possède. Mais décrivons d'abord le cadre. Derrière la « possédée » ont été placées deux coupes de terre cuite dans lesquelles brûle de l'encens malgache. Les fumées de l'encens d'église m'incommodant parfois jusqu'à la faiblesse, je dois être ici héroïque, d'autant plus que la chevelure de mes voisines libère une odeur d'huile de coco rance qui réellement m'importune. Ajoutez à cela le fort relent de sueur commun aux peuples des pays tropicaux, et vous pourrez ainsi évaluer le degré olfactif, sij'ose dire, d'une telle atmosphère.

(*) Tige de bambou d'environ 1 mètre de longueur, diamètre a 10 om., sur lequel sont tendus des fils métalliques accordés

Toujours derrière le sujet, sur un rayon de bois, est placée une assiette de terre cuite contenant de l'eau, des pieces de monnaie (dont deux en argent, comme j'ai pu le vérifier par la suite) et un bracelet (probablement en argent). C'est là l'offrande faite au tromba. La possédée est assistée d'une vieille femme, fort laide, qui semble diriger la cérémonie, tenant en main un bâton grossierement sculpté qu'on dit posséder certaines vertus (j'ignore lesquelles...). La tête de la patiente est touchée de ce bâton et la vieille interroge l'esprit : « Salut, ô seigneur ! Je te baise les pieds et les mains. Qui es-tu ? Renseigne-nous, car nous t'attendons avec impatience ».

La possédée s'agite plus violemment, hoqueté, ses yeux sont révulsés, sa respiration haletante, mais elle ne profère aucune parole. Me trouvant au premier rang, j'aide deux femmes à la recouvrir de la tête aux pieds d'un grand drap blanc sous lequel elle se démène frénétique ment. La vieille reprend : « Dis-nous ton nom, ô seigneur ! car nous désirons te demander conseil ». L'esprit semble muet. Mais après des exhortations assez violentes par lesquelles il me semble qu'on l'insulte, il daigne se présenter. Je distingue le nom d'Andramahana qui est je crois, un roi de la tradition sakalava. La possédée se calme. On lui verse sur la tête de l'eau contenue dans l'assiette aux pièces de monnaie et elle parvient, non sans difficultés, à boire quelques gouttes d'un breuvage dont je ne connais pas la formule (peut-être du rhum, tout simplement). Puis elle désigne trois femmes et moi-même nous priant d'approcher. Prenant dans une assiette une pâte faite d'argile blanchâtre et de miel, elle trace sur nos visages une raie allant du haut du front au bout du nez, et un cercle sur chaque tempe. Ces signes rituels ont leur raison d'être : ils évitent la contagion du tromba, et se justifient par le fait que les trois femmes appelées avec moi sont étrangères au' village.

Plusieurs assistantes interrogent l'esprit royal qui répond par la bouche du sujet, ainsi que procèdent nos spirites occidentaux dans les séances d'incorporation. La santé et la maladie, la richesse, les voyages, l'avenir, divers sujets sont abordés. Mais voici que soudain la crise reprend plus violente. La possédée râle ; elle tire violemment sur ses cheveux, défaits depuis le début de la séance. Successivement, deux femmes se lèvent et esquissent un pas de danse rythmé. Elles aussi se sentent « prises », tombent et se roulent bientôt dans de pénibles convulsions. Mes voisines, qui ne cessent de frapper des mains pourscander leur chant barbare, se trémoussent comme des diablesses. L'une me heurte de l'épaule , l'autre, dont le haut du visage est recouvert de dessins blancs et. jaunes, me souffle son haleine forte dans la figure. Le vacarme est assourdissant et l'odeur d'encens intolérable. Je tiens bon quand même, tout en battant des mains pour me donnerune contenance. Le corps et les membres de la principale possédée se raidissent, bien qu'elle batte des jambes avec une ardeur toujours accrue. Les yeux révulsés sont ceux du sommeil hypnotique. Je palpe les muscles des bras, des jambes, de l'abdomen et note les caractéristiques de la raideur cataleptique. Je tâte le pouls : absolument déchaîné.

Puis la crise finale se produit : le sujet s'élance, retombe à terre en râlant, épuisé et tremblant. Petit à petit, la possédée revient à elle, étonnée, comme si elle se réveillait d'un profond sommeil. Elle sort, mais d'autres la remplacent, jouant leur rôle avec le même brio.

Ainsise déroule généralement le scénario du tromba.

J'ai assisté onze fois à ce genre de cérémonies, toujours identiques dans leurs grandes lignes. Je dois toutefois noter un tromba assez bizarre duquel je fus l'unique temoin.

Introduit par des amis malgaches dans une case de pecheurs sakalava assez primitifs, je me rends dans cette demeure et me trouve en tête à tête avec la maîtresse du logis, souvent visitée par un tromba, m'avait-on dit.

Ayantréclamé du lait, on m'en apporte un demi-litre que je dépose auprès de mon sac de montagne. Après quelques instants de conversation banale, je remarque queles traits de mon hôtesse changent subitement (*) et queses membres se contractent puis s'agitent en d'étrangesconvulsions. Elle ferme la porte au loquet et tire la plaque de tôle servant de volet à l'unique fenêtre sans vitre de la case. Respirant profondément, elle est soudain prisede vomissements. Elle me montre une petite étagère sur laquelle j'aperçois une assiette en terre cuite contenant de l'eau, des pièces de monnaie (dont une piastre de Ranavalo III) et des perles de verre coloré. Je dépose l'assiette à ses pieds. Elle la porte à ses lèvres et boit quelques gouttes d'eau. Ses yeux se révulsent. Elle défait ses chignons, se tirant violemment les cheveux. Puis avec difficulté, car ses gestes sont saccadés et imprécis, elle enlève son léger blouson de toile, son « lamba » faisant office de jupe, enfin sa chemise, et se roule nue sur la natte qui recouvre le sol, renversant les objets déposés alentour. Son corps se tord en de terribles convulsions Des râles sortent de sa gorge et, dans un sursaut de demilucidité, elle m'indique un panier qui se trouve derrière moi. Je découvre à l'intérieur une longue chemise blanche à broderies rouges. Comme elle fait un signe d'acquiescement, je l'aide à enfiler ce vêtement rituel. C'est alors que la crise redouble de violence. La fréquence respiratoire est fort élevée et une humeur noire s'échappe de sa bouche. Puis une expression quasi extatique envahit le visage de la possédée qui se met à parler. Ce langage n'est point le dialecte sakalava et je ne saisis aucun moi de cet étrange verbiage. C'est alors que mon hôtesse me désigne la bouteille de lait qui se trouve à mes côtés et m'invite à en boire un peu. Intrigué, je cherche un verre dans mon sac de montagne qui n'a pas été ouvert depuis mon arrivée. Je tends ce verre, le tenant bien en main La femme le remplit à demi de lait frais. Mais, au moment de le porter à mes lèvres, il se brise brusquement et le liquide se répand à terre. Comprenant mes yeux interrogateurs, ma compagne m'explique qu'il s'agit de la manifestation d'un « esprit méchant », et m'assure que c'est là le troisième phénomène du genre qui se produit chez elle depuis deux jours : la veille, une bouteille et une soucoupe de faïence, aujourd'hui, le verre. Manifestation bizarre en effet, dont la signification réelle m'échappe.

(*)Je parle au sens propre. En 1947, à Paris, j'avais déjà assisté destransformations de visages humains au cours de séances d'incorporation ».

Mais la crise n'est pas encore terminée et durant un quart d'heure ce sont encore des râles, des sanglots, des contorsions du corps et des membres qui petit à petit diminuent d'intensité pour se calmer enfin tout à fait. La possédée semble sortir d'un rêve et prétend ne conserver aucun souvenir de ce qui s'est passé. Je lui offre un verre de cognac : celui-ci ne se brisera pas ; elle l'a bien mérité.

Ce scénario, comme je l'ai indiqué en définissant le phenomène, n'est pas particulier à la région sakalava. Il existe toutefois une différence entre le tromba sakalava et le salamanga betsiléo : l'esprit qui se manifeste demeure anonyme dans le salamanga alors que, par les rites du tromba, il s'agit surtout de le faire parler, de l'identifier et de l'inciter à faire connaître ses volontés.

Quant au mot « bilo », (cité plus haut), esprit toujours malfaisant, Ferrand l'a fait dériver de l'arabe « Ibilis », diable « Bilisy » en dialecte antaimoro.

L'étymologie du mot merina « ramanenjana » est fort simple : « henjana » signifie raidi, tendu ; ramanenjana estdonc le fait de ceux qui ont les muscles raidis et, par extension, qui dansent avec des contorsions. Les R.P. de la Vaissière et Malzac ont narré l'histoire de l'épidémie des Ramanenjana qui sévit en mars 1863 sur les Hauts-Plateaux. Le R.P. Finaz a insisté sur les traits caractéristiques de cette maladie : « La crise s'annonce par une violente douleur de tête, le sang afflue aux membres supérieurs, le pouls est vif et irregulier, le malade passe d'une extrême agitation à une prostration extrême. Il est saisi de frayeurs subites, ses parôles et ses gestes sont entrecoupés ; à sa démarche on le croirait à moitié ivre. Ses yeux sont hagards et ne s'arrêtent sur rien de tout ce qui l'entoure, il semble n'avoir plusconscience du monde visible et ne s'occuper que d'un monde invisible avec lequel il se dit en communication ; souvent il s'entretient avec des interlocuteurs que personne n'entend, ni ne voit, se soumet à leurs ordres, ou se débat pour y échapper. Les personnes qui ne savent pasnager deviennent d'habiles nageurs durant leur crise, etperdent ce talent lorsqu'elles ont recouvré la santé. On voit des Ramanenjana danser avec autant d'aisance sur l'arête aiguë du toit le plus élevé que sur la natte des parquets malgaches. D'autres, portant un vase plein d'eau sur la tête, dansent, s'agitent, se trémoussent, plient leur corps en forme d'arc, et s'inclinent en tous sens avec une rapidité prodigieuse sans que le vase laisse répandre même une goutte d'eau. Ils marchent nu-pieds sur les nopals etles euphorbes épineux sans que leurs pieds subissent lamoindre égratignure. Ils ne connaissent plus la peur nila fatigue : de simples fillettes, faibles et craintives, iront loin, en pleine nuit, au tombeau de leur famille, et (sacrilège horrible aux yeux des Malgaches) y danseront jusqu'au matin, montées sur la pierre qui les recouvre.

Enfin il est certaines extensions des puissances de l'ame qui semblent difficiles à expliquer dans les Ramanenjana sans l'intervention d'un esprit étranger. Ainsi, pour en donner un exemple, j'ai plusieurs fois entendu des enfants de douze à treize ans décrire, jusque dans les moindres détails, les traits, le maintien, les costumes de personnages qu'ils disaient avoir devant les yeux ; et à cette exacte description, les anciens du pays reconnaissaient unanimement, soit le bisaïeul ou quelque ancêtre de ces enfants, soit certains de leurs esclaves familiers, tous morts vingt ou trente ans au moins avant la naissance des visionnaires ».

Si j'ai ouvert ici une parenthèse, consacrant quelques lignes aux ramanenjana, salamanga et bilo, c'est afin d'insister sur le caractère d'universalité, à Madagascar, de la croyance à la possession des vivants par les esprits des morts.

En ce qui concerne le tromba, cette manifestation se présente dans les deux cas suivants :

1) Lorsqu'une personne malade, après avoir essayé vainement les thérapeutiques normales, consulte un « mpsikidy » (devin), celui-ci la déclare possédée par un esprit ancestral. La cure consiste à expulser cet esprit du corps du malade et l'on convient d'un jour favorable. Les parents et les amis se rassemblent pour réveiller le tromba, l'identifier et le faire parler par la bouche du sujet.

On peut diviser le rite du tromba en trois parties : — Préparation de la cérémonie par des rites capables de provoquer un climat psychologique favorable, — Provocation et manifestation de l'esprit, — Purification du possédé et des assistants, qui consiste, dans les cérémonies auxquelles j'ai assisté, en une lustration par aspersion d'eau sucrée.

2) Certaines personnes ayant la faculté de se mettre en communication avec l'au-delà, sont possédées fréquemment par un tromba, soit sans volonté de leur part, soit pendant des cérémonies au cours desquelles des chants, des battements de mains et des rites divers ont pour but d'appeler le tromba et de créer l'ambiance favorable à sa manifestation. Ainsi les devins et les sanctificateurs commencent généralement par être des possédés et souvent, ils sont visités par un esprit familier, toujours le même, auquel ils s'accomodent aisément, puisqu'il leur procure une place éminente dans la société malgache.

J'ai pu distinguer dans la région de Diégo-Suarez deux catégories d'esprits susceptibles de se manifester : les Zafinimena, fils de l'or selon l'étymologie, et les Zafinifotsy, fils de l'argent. Parmi les Zafinimena, je citerai les noms d'Andramahana, Andramanitrana, Andramarafalahy, Marovavy, Marolahy, Kalo, Safy, Ombylahykely ; parmi les Zafinifotsy : Ambogny, Fotsy, Vola, Antanrano. Les tromba sont généralement, mais non nécessairement, des âmes royales.

Zafinimena et Zafinifotsy se manifestent suivant des modalités différentes. Ainsi les sujets possédés par un esprit de la catégorie Zafinimena se recouvrent d'un drap blanc sous lequel évolue la crise, alors que les Zafinifotsy se révèlent chez des sujets accroupis et revêtus d'une longue chemise rituelle. La possession par un tromba Zafinimèna se présente suivant le scénario de mon premier exemple : le tromba Zafinifotsy agit surtout sur la tête du patient, à un point tel que celle-ci ne cesse de s'agiter violemment en tous sens. En outre, j'ai assisté à l'incarnation d'un esprit Zafinimena appelé Zamanybao qui provoqua chez la possédée une toux violente et prolongée.

Les esprits des ancêtres ne se manifestent pas à tous moments et selon la fantaisie des vivants. Il est des jours et des heures pendant lesquelles n'a lieu aucune incarnation. J'ai remarqué que les périodes de nouvelle lune etaient leur temps de prédilection. Voici, à titre indicatif, les heures de service, si l'on me permet l'expression, des tromba Zafinimena et Zafinifotsy :

Les premiers se manifestent Je dimanche soir et le lundi jusqu'à 15 heures (*) ; dans la nuit du mercredi, le jeudi, le vendredi et le samedi jusqu'à 15 heures ; les seconds s'incarnent le dimanche après-midi et le dimanche soir, le lundi, le mardi, le mercredi jusqu'à 15 heures, le vendredi et le samedi jusqu'à 15 heures. Les individus possédés par les tromba sont en général des femmes, et très souvent de caste élevée. Ces sujets sont soumis à des régimes alimentaires variant selon la volonté des tromba. Lorsqu'un esprit se manifeste, il est interrogé par un « mpsikidy » ou devin et indique dans ses réponses les aliments dont devra s'abstenir le possédé durant une période déterminée. C'est ici le domaine de prédilection de la pratique du « fady », ou tabou malgache. Ces interdictions ne s'appliquent pas seulement à la nourriture, mais aussi à l'accès de certains lieux ou a l'exécution de certains actes. Les malgaches suivent toujours à la lettre ces prescriptions, afin de ne point encourir la colère des âmes désincarnées qui n'hésiteraient pas à sévir en cas de non-observation. Mais on note aussi les préférences des tromba.

(*) Les heures sont, bien entendu, approximatives.

Si les Zafinimèna en général recherchent l'odeur de l'eau de Cologne, Zamanybao en particulier ne supporte ni les parfums ni la fumée du tabac.

En ce qui concerne la nourriture et les boissons, Andramahana, par exemple, interdit la consommation du rhum. Ombylahykely (de son vivant Ratsima), défunt frère de Soazara, actuelle princesse régnante d'Analalava, n'admet ni la viande séchée (masikita) ni certaines feuilles comestibles, excellentes d'ailleurs, appelées « anamirongo ». La raison de cette interdiction est la suivante : L'on cle d'Ombylahykely, désirant mettre fin aux jours de son neveu, lui fit servir un plat de « masikita » et d' « anamirongo » dans lequel il avait glissé un poison appelé « vahatra ». Je ne sais si le prince mourut à la suite d'une aussi délicate attention — que l'on excuse mon ignorance en matière de querelles familiales au pays sakaïava. Toutefois, les individus visités par lui évitent ces mets de sinistre mémoire.

Je connais de même une femme de caste noble qui ne mange jamais de poisson conformément aux désirs du tromba Antanrano, de la dynastie Zafinifotsy. Ayant offert à cette personne du thon à l'huile et des sardines, et Dieu sait si les Malgaches sont friands de nos conserves elle refusa catégoriquement (et son mari lui-même s'abstient de ce genre de nourriture), m'expliquant les motifs de son refus : A l'époque où les Hova guerroyaient contre les chefs sakaïava, l'un de ceux-ci, Antanrano, défait par les armes ennemies, périt noyé avec une partie de ses troupes. En souvenir de cette pénible aventure, son esprit » interdit aux vivants qu'il possède la consommation de tout animal vivant dans l'eau.

La manifestation des tromba est généralement publique Quiconque peut y assister. Mais l'indigène se méfie toujours de l'Européen qu'il ne connaît pas et l'on ne prise pas trop sa présence à ce genre de cérémonie. Il faut dire aussi que l'Administration a dû jadis intervenir plusieurs fois pour interdire les tromba qui, dans certainesrégions, fournissent l'occasion à de fréquentes beuveries. Et puis, le temps est passé où le Vazaha était l'objet de vénération et de respect ; les Malgaches ne le considèrent plus comme étant de caste supérieure : craindre n'est pas aimer.

Il est des tromba qui ne supportent pas la présence des Hova. Ainsi les Zafinifotsy, chefs sakalava qui, de leur vivant, furent les ennemis acharnés des féodaux de l'Imerina, ont gardé jusque dans le tombeau une répugnance invincible pour ceux qu'à la côte on appelle par mépris les« borizano ». Lorsque d'aventure (fait rarissime) un Hova assiste à la manifestation d'un de ces tromba, le sujet possédé se débat en une crise délirante, pousse des hurlements épouvantables et vocifère d'abominables imprecations contre l'intrus, le traitant de « chien crevé », insulte particulièrement raffinée dans une bouche malgache le spectacle est d'ailleurs fort amusant pour l'observateur neutre. Voici donc, présentés en quelques pages, la physionomie genérale du tromba ainsi que certains traits particuliers concernant les habitudes des esprits qui se manifestent sous la modalité incarnation, Quels enseignements peut-on tirer de tout cela, susceptibles d'intéresser non seulement le folklore, mais aussi la psychologie et la parapsychologie ?

Une remarque préliminaire s'impose : c'est qu'il serait teméraire de négliger les croyances qui servent de substrat aux rites, et donner à ceux-ci une importance excessive. Comme les peuples de tous les pays, les Malgaches ont été intéressés par le problème de l'après-mort et ils ont naturellement recherché à communiquer avec ceux qui ne sont plus. Leur sentiment particulier pour les choses de la famille et la vénération qu'ils témoignent à leursprinces les ont conduits au culte des ancêtres. L'âme survivant au corps, comment ne pas admettre, dans une psychologie primitive, que les défunts, et surtout ceux de sang royal, ne puissent se révéler aux vivants afin de leur prodiguer les conseils et l'assistance dont ils ont besoin et manifester leurs propres désirs ou leur volonté ?

Les sujets possédés par les esprits royaux, donc intermediaires entre les vivants et les morts (médiums au sens spirite du terme), sont considérés comme des élùs et sont susceptibles de devenir devins ou sanctificateurs

Donc, la première hypothèse tendant à expliquer les manifestations que nous étudions est celle acceptée par les indigènes eux-mêmes à la suite de leurs croyances hypothèse à laquelle se rallieront nos spirites avec plus ou moins d'arguments restrictifs. Il est à remarquer que les Malgaches, en matière d'incarnation, sont plus favorisés qu'eux, tant au point de vue qualitatif que quantitatif.

Qu'on me permette ici d'ouvrir une petite parenthèse concernant cette interprétation spirite des faits. Dans tout le pays sakalava ont lieu des tromba fréquents Tel soir il est possible que l'on invoque les âmes des ancêtres en une centaine de villages différents. Il y a donc de fortes chances pour qu'une entité quelconque qui se révèle en un heu donné se manifeste aussi en un autre heu. D'où la question : un esprit, même royal, peut-il se manifester simultanément en plusieurs lieux et sous des modalités non rigoureusement semblables ? Je laisse aux théoriciens du spiritisme le soin de répondre.

Par ailleurs, me plaçant sur le terrain philosophique je ne crois pas devoir retenir semblable hypothèse ma position personnelle vaut d'ailleurs pour le spiritisme en général. Si j'admets que l'âme séparée connaît quelques objets en particulier, je suis certain qu'elle ne les connaît pas tous : elle ne connaît que ceux avec lesquels elle se trouve en rapport soit par une connaissance antérieure soit par une affection quelconque, soit par une relation naturelle, soit par la volonté divine. De plus les âmes des morts étant par la volonté divine et par 'leur manière d être séparées de la conversation des vivants elles ne savent pas naturellement ce qui se passe ici-bas ; c'est le fait de la grâce si les âmes des justes le savent Tel est 1 enseignement de l'Eglise Catholique par la plume dé Saint-Thomas (Somme théologique - 1 partie - question 89 - articles 4 et 8).

Or les tromba prétendent tout connaître, naturellement, les choses cachées, les maladies, les situations de fortune, l'intimité des coeurs, l'avenir... et les indications qu'ils donneant sont toujours présentées par eux et doivent être considérées à priori comme l'expression de la vérité. Et pourtant beaucoup sont incontrôlables et incontrôlées. C;estjustement ce manque de contrôle qui a fait lever epaules aux sceptiques et surtout à ceux qui ignorent toutde la question. Evidemment, il est très simple de dire que toutes ces histoires de possession ne constituent q'une vaste fumisterie à l'usage des sots. Certes, je s'ignore pas que la supercherie peut se glisser dans le scenario du tromba. Elle consiste parfois en une habile anise scène. Voici par exemple un Européen en relation avec des Malgaches. Ignorant tout du cérémonial du tromba, mais ayant entendu parler de ces troublants phésomenes de possession, il manifeste le désir d'assister à unequelconque séance. Un tromba est organisé. Ne voulantpoint demeurer en reste avec la famille qui l'a invité, il disstribue quelques menus cadeaux à ses hôtes. On veut lui faire plaisir. Les « esprits » se manifestent, même si le jour est défavorable (fady) : première incohérence. Auxyeux de notre spectateur non averti le scénario est bien monté, les acteurs paraissent sérieux, divers phénomenes se produisent, mais hélas, en réalité, tout n'est quefraude et supercherie, et il est d'importants détails que le « vazaha » ne peut saisir : transe et catalepsie simulees ; glossolalie frauduleuse ; délire agité exagéré ; ritesfondamentaux non observés, musique et paroles protanes, les faits produits frauduleusement n'ayant, à juste raison,aucune signification aux yeux des acteurs). Plus enncore, il est des cas où les indigènes eux-mêmes reussissent à se duper. Dans le cérémonial du tromba, les offrandes en argent qui doivent nécessairement être consenties pour se concilier les esprits royaux intéressent au plus haut point le sujet possédé, car c'est là une source certaine de revenus, lorsque l'affaire est bien conduite.

Maisen général, les expérimentateurs et le sujet sont de bonne foi, et réellement ces manifestations fournissent ou chercheur un excellent terrain d'investigations. Les indigenesde la brousse et même les sorciers guérisseurs sont totalement ignorants de la médecine occidentale et se traitent qu'à l'aide des simples ou de procédés empiriques ou magiques. En ce qui concerne les maladies du système nerveux, elles sont toujours considérées comme dues il l'action d'entités de l'au-delà. C'est dire que la psychasthénie, la mélancolie, l'épilepsie, les dédoublements de la personnalité et en général toutes les névrose et les psychoses, à plus forte raison les métapsychoses, et même certains accidents du paludisme (cachexie palustra par exemple) sont, aux yeux des indigènes, autant de cas de possession par les esprits.

Pour obtenir la guérison du malade, il est nécessaire d'expulser l'esprit qui le possède, d'où les rites du tromba Le Dr Andrianjafy, dans sa thèse de doctorat en médecine considère le tromba comme une manifestation nerveuse du paludisme. J'ai remarqué d'autre part que l'état des sujets possédés par un tromba était identique à celui des médiums entransés chez lesquels agit une personnalite seconde créée de toute pièce par le subconscient : raideur cataleptique, gestes désordonnés ou prostration totale accélération du rythme respiratoire, révulsion oculaire parole automatique.

Ces phénomènes présentent-ils parfois un caractère supra-normal ? Il est fort difficile de se faire une opinion sur ce point.

En ce qui concerne les manifestations d'ordre physique j'ai cité l'épisode du verre de lait, qui m'est personnel Mais je n'ai jamais entendu parler d'aucun phénomène comparable à la télékinésie ou aux matérialisations. Les hantises, si fréquentes à Madagascar dit-on, (mais encore faudrait-il s'entendre sur l'objectivité des faits), sont des manifestations absolument étrangères au tromba.

En ce qui concerne les phénomènes d'ordre psychique le plus éminent serait la perception paranormale de realités extérieures au sujet. On dit que les individus possedés par les tromba connaissent l'avenir et les choses cachées, ou plus exactement, que les tromba se manifestant par la bouche des humains sont doués de la faculté métagnomique. Jusqu'à ce jour, je n'ai pu authentifier aucun l'ait de ce genre. Il est vrai que l'enquête métapsychique telle que nous la concevons se révèle fort compliquee lorsqu'on évolue parmi les populations primitives. les Malgaches citent également le phénomène qui consiste parler des langues inconnues. Ainsi l'on m'a affirmé que des sujets ne connaissant que le dialecte sakalava local s'expriment couramment en français lorsqu'ils sont sous domination des tromba Ombylahykely ou Zamanybao, ceux-ciayant, de leur vivant, fréquenté l'Ecole Régionale d'Analalava. Personnellement, je n'ai jamais été témoin defaits semblables, et je n'ai pas encore rencontré d'Europeen susceptible de me renseigner sur ce point.

De plus, mes occupations professionnelles ne m'ayant pas permis de me déplacer à mon gré, il m'a été difficile d'enquêter immédiatement et sur place là où l'observation deschoses se serait avérée opportune. Mais je puis faire une remarque intéressante. Selon ce quim'a été rapporté, le tromba ne s'exprime en français qu'autant qu'un assistant connaît le français, de même qu'en Hova en présence d'un spectateur pratiquant cette langue. Y aurait-il donc, dans ce cas, phénomène diapsy-chique accompagné d'automatisme verbal ? (Cf. : cas Ludovie, Angers , 1894 - cas Maung Tun Kying, 1925 - cas PatPatrice Marquis, Hollywood, 1936). J'ajouterai que j'airéussi à plusieurs reprises à faire répéter (*) avec un accent correct des phrases en allemand à des sujets hypnotises par moi et qui n'avaient aucune notion de cette langue.

(*) Je dis bien « répéter » et non « improviser ».

Quoi qu'il en soit, si, dans les manifestations du trombades sujets parlent des langues qu'ils ne connaissent point, ce phénomène réclame une étude sérieuse étant donnee l'importance de la question. C'est à ce sujet que desmissionnaires catholiques ont émis l'hypothèse d'une intervention diabolique. Je n'ignore pas que « parler des languesinconnues » est un des signes de la présence du demon, suivant le Rituel, (ces signes, évidemment, ne devant, pas être considérés comme pathognomoniques). Mais il est à remarquer que jamais les Malgaches nonchretiensn'invoquent les démons. Il semble même que l'idee de tels êtres leur est étrangère. Dos âmes malfaisantesexistent bien, les Anjakamanenga et les Jiriky, maisce ne sont pas des anges, esprits purs selon la théologie.

De toute façon, à la suite de ce que j'ai vu personnellement, j'estime qu'il serait fort téméraire de faire appel aux démons ou aux esprits des morts pour expliquer les scenarios du tromba. Le verbiage des esprits royaux ne nous renseigne pas plus sérieusement sur l'après-mort que celui des entités du classique spiritisme, et ce n'est que dans ces cérémonies qu'il faut aller chercher les preuves objectives, expérimentales, de 3a survie et de l'existence des substances spirituelles.

Par contre, il me semble que la psychologie trouverant là une illustration de certaines thèses concernant la formation et la vie des « personnalités secondes » converties par les spirites en « esprits-guides ». De plus, l'étude des tromba serait certainement fructueuse à la lumière des théories nouvelles sur le polypsychisme et les association d'idées, puisque ces manifestations réclament toujoursle concours de plusieurs assistants.

Parvenu au terme de cet exposé, je voudrais solliciter l'indulgence du lecteur. A plusieurs reprises j'ai souligne la difficulté de l'investigation en ce domaine. Ces pages recèlent peut-être des inexactitudes, des lacunes ; il est possible que j'aie mal interprété certains faits. J'ai toute fois utilisé de mon mieux les données de l'observation directe et les indications fournies par les indigènes qui voulurent bien s'intéresser à mon enquête.

En réalité, les phénomènes du tromba ne nous ouvrent pas de nouveaux horizons : ces faits sont identiques quant au fond à ceux du spiritisme classique dans la modalite incorporation. Seul le scénario diffère, étant fonction des conceptions malgaches de l'âme, de sa survie et de sa manifestation après la mort corporelle.

Toutefois, étudier les phénomènes de l'au-delà chez les peuples non chrétiens n'est point faire œuvre vaine. Cette recherche, non sans pittoresque, nous renseigne sur les traditions et les "coutumes des populations primitives. Elle nous montre aussi que la croyance en l'immortalité de ['âme est universelle. Enfin, si l'étude du tromba en particulier ne nous révèle pas expérimentalement, au-dela du champ normal de nos sensations, un plan de vie different de celui où nous sommes appelés à exercer notre intelligence, elle nous enseigne « qu'il existe en nous une force psychique dont le moi conscient n'est qu'un aspect et que cette force est douée d'activités profondes ».

Diégo-Suarez - Belfort (1950 -1951)

René Maître.

Procès du déterminisme sous l'angle métapsychique suite (*)

Mais pour que cet argument fût valable, il faudrait nous apporter la preuve que l'Univers est lui-même fini et limité dans leTemps et dans l'Espace. Or EINSTEIN lui-même, dans sa belle théorie de la Relativité, n'a posé cette hypothèse que comme un simple postulat et s'est avéré incapable de la démonder par aucune preuve. Il nous est donc permis d'imaginer un Univers astronomique total infini dans lequel les unités d'énergie seraient représentées par une quantité infinie, et non par un nombre, si grand soit-il. En effet, le calcul infinitésimal unseigne que: « l'Infini plus n égale l'Infini, et que l'Infini moins n égale encore l'infini », (n représentant un nombre quelconque.

Or nous sommes partisans de l'Infinité absolue de l'univers astronomique ; nous avons pour cela des arguments d'ordre rationnel et philosophique qu'il serait trop long d'exposer ici.

Donc, nous ne pouvons accepter votre argumentation.

Bien plus, vous qui placez à juste titre les découvertes de la Science au-dessus de toutes les croyances, comment expliquesez-vous l'évidente « indétermination » qui préside à la formation des feuilles de nos arbres, dont nous savons au moins ceci : dans une vaste forêt de chênes ou d'arbres quelconques, il n'est pas possible de trouver deux feuilles dont les nervures soient disposées de façon semblable et identique au point d'etre absolument superposables : il y a donc, dans ce qui vitalise » ou (( anime » le végétal un certain « non-déterminisme absolu ». Que si, pour essayer d'expliquer ce fait, vous faites appel au « hasard » il faudrait en conclure que toute la biologie est régie par les « caprices du hasard » et non par les lois générales et absolues que découvrent de jour en jour nos Savnts. Non ! tout l'Univers physique et biologique est régi, vousle savez bien, par des lois générales inéluctables (c'est la basemême de votre doctrine déterministe), des lois que nous assoyons de découvrir peu à peu, et non pas des « caprices » d'unproblématique hasard. Donc votre argument se retourne implacablement contre vous.

(*) Voir Cahiers métapsychiques, ésotériques et traditionnels, n° 10.

Il y a pourtant dans l'Univers un « quelque chose » que n'est pas « fatalement » soumis à des lois absolument inéluctablés, c'est cet élément encore quelque peu mystérieux (et il l'est de moins en moins) qui anime tout être vivant, qui constitue l'essentielle différence qui existe entre une molécule d'albumine non vivante et une molécule d'albumine vivante. Ce qu'on peut dire de plus certain sur cet élément, c'est d'abord qu'il existe, et ensuite qu'il est invisible, impalpable, impondérable et il n'y a rien d'irrationnel à le dire « immatériel ».

Et que dire des magnifiques études de nos Physiciens qui avec Louis BROGLIE, constatent jusque dans l'infiniment petit « photon » un semblable « non-déterminisme absolu » qui vous embarrasse certainement dans votre croyance, et que vous appelez de préférence : « principe d'indétermination ou d'incertitude» à la suite d'un des pontifes de votre «foi», le savant Heisenberg.

Vous cherchez à l'expliquer par l'imperfection de nos moyens scientifiques de contrôle. Mais le fait est là, aussi évident que l'indétermination des nervures d'une feuille ou de la liberte relative du vol d'un insecte. Et la brutalité d'un fait doit n'est-ce pas ? avoir raison de toutes les croyances !

Nous avons avec vous le respect de la Science et de ses admirables progrès. Mais de là à en faire une Divinité nouvelle à ériger à la place de toutes les autres divinités périmées, il y a loin, très loin !

Ainsi, l'intelligence humaine a toujours attribué à ses successives divinités le privilège exclusif de nous imposer une certaine ligne de conduite que nous appelons une « loi morale « Or un partisan de votre doctrine vient d'écrire un livre tendant à démontrer que la Déesse Science avait ce privilège à sous tour (*). Et l'on peut se demander comment un déterministe convaincu peut, sans renier sa croyance fondamentale, parle d'un conseil, ou d'un ordre moral quelconque, fût-ce au nom de la Science, à un homme dont tous les actes, jusqu'au moindre gestes de la., main, sont absolument déterminés par des lois générales, par les circonstances et événements extérieurs ou intérieurs à lui-même ? ? ? Il y a là une véritable gageure, un paradoxe insoutenable.

(*) « La Morale de la Science », par Albert BAYET (Editions Rationnalistes, Paris 1946).

En effet, s'il y a dans l'homme le moindre « principe d'indétermination » comme dans l'atome, la feuille ou l'insecte, une seule loi morale est logique et rationnelle, elle se résume ainsi : « Il faut vivre le plus confortablement, le plus agréablement et le plus longtemps possible per fas et nefas» (par tous les moyens permis ou non) ; et si cela est impossible, une seule solution s'impose: le suicide! ». DlDEROT, l'Encyclopédiste que l'on ne peut accuser de fanatisme clérical disait; « Si la vie humaine n'est qu'une parenthèse entre deux néants, il n'y a que les sots ou les imbéciles pour accepter une morale quelconque . C'est que le Matérialisme qui nie l'existence et à plus forte raison la survivance de l'âme est frère jumeau du determinisme.

D'ailleurs, c'est à cette conclusion fatale que sont arrivés logiquement tous les adeptes des philosophies matérialistesdeterministes. Ainsi, d'après les philosophes allemands SCHOPenhaUER (1788-1860) et son disciple HARTMANN (1842-1906), le plus grand progrès que l'on puisse espérer de l'Humanité serait la découverte et l'application d'un explosif assez puissant pour anéantir d'un seul coup toute notre planète et ses habitants par un véritable suicide cosmique!!!... Et nous n'en sommes plus très loin aujourd'hui !

Il est donc impossible d'admettre une doctrine comportant de telles conclusions, un tel programme.

Cependant, le procès du Déterminisme matérialiste ne doit pas finir en queue de poisson par le renvoi dos à dos des adversaires à leurs torts réciproques, et ce sera encore la SCIENCE qui devra arbitrer définitivement le conflit qui se prolonge depuis qu'il y a des hommes qui se sont mis à philosopher. Ce fait est d'ailleurs assez récent... relativement dans la vie de l'humanité qui remonte à peine à trois mille siècles sur notre Planete, mais qui a la perspective encourageante d'évoluer (c'est-à-dire de se perfectionner) pendant encore des millions de siecles ou de millénaires !

Oui, l'arbitrage se fera par la Science, et plus précisément par cette branche de la Science qui s'appelle la Métapsychique.

Cette nouvelle Science apparemment destinée à supplanter definitivement tout le vieux fatras des soi-disant « sciences occultes » ne date guère que de la Courageuse publication, en 1922, du « Traité de Métapsychique » par Charles RlCHET, le grand Professeur de Physiologie. Depuis un quart de siècle peine elle frappe à la porte du Temple scientifique pour demander son admission officielle... qu'elle finira bien par obtenir. Déjà on peut constater qu'elle commence à intriguer quelques-uns de nos Savants modernes encore affiliés au dogme du Déterminisme,

C'est ainsi que l'un d'eux, un savant Biologiste qui, dans la moment où j'écris ces lignes (octobre 1947) donne chaque semaine de très intéressantes causeries radiodiffusées sur les problèmes de la Vie, attend, sans oser encore l'espérer, le verdict de la Métapsychique pour sortir de l'imbroglio matérialistedéterministe-fataliste où notre intelligence se débat douloureusement : c'est le Biologiste Jean ROSTAND. Dès 1940, après avoir constaté que l'homme était « le plus malheureux de tous les animaux parce que le seul qui sache qu'il doit mourir écrivait ( * ) :

(*) Dans « Pensées d'un Biologiste », par Jean ROSTAND (Edition Stock, Paris, 1940).

S'il en est peut-être qui s'opposent à la Métapsychique parce qu'elle mettrait en cause les notions traditionnelles de la Science, je puis protester qu'il n'en va pas ainsi pour moi

Loin que je redoute d'avoir à déranger mes habitudes d'esprit, j'aspirerais à rencontrer le fait qui m'inviterait reviser ma philosophie de l'Univers.

Pour un seul de ces petits phénomènes qu'enregistrent nonchalamment les Métapsyctiistes, je donnerais toute la Science et ses splendeurs fécondes ! J'applaudirais sans réserve à une démonstration qui, élargissant notre concept de l'homme, viendrait insuffler on ne sait quoi d'inattendu dans le cosmos glacé de la Raison ! ».

Cet aveu est fort élégamment exprimé, et témoigne de la plus louable impartialité philosophique et scientifique. C'est pour lui comme un lointain mirage, le vague espoir d'une bouée de sauvetage dans l'officiel « cosmos glacé de la Raison !... Mais c'est aussi une véritable prophétie pour le jour où les Métapsychistes mettront en évidence scientifique le moindre de ces faits, tels que Télépathie, Métagnomie, Télesthésie, etc..

J. ROSTAND condamne très logiquement au nom du dogme déterministe tout l'appareil de notre « Justice officielle quand il écrit dans le même livre : (page 25).

« Quelle ne devrait pas être notre pitié pour ceux envers « qui, peut-être, il faut se montrer impitoyable ! Condamner le « coupable, cela est nécessaire, mais cela est odieux puisqu'il « était déterminé ! ! ! ».

S'il est réellement, (et nous n'en pouvons douter), dans nos actes une certaine, proportion de « déterminisme », la part du « libre-arbitre » est encore assez large pour justifier une active défense de la Société contre ses éléments perturbateurs. Mais il faudrait au moins, comme le proposait naguère un médecin sriminaliste italien qui était en même temps un métapsychiste, Cesare LOMBROSO (1835-1909) qu'on se contentât d'empêcher les gens de nuire et surtout de récidiver en leur appliquant un traitement psychique, psychothérapique et moralisateur dans toutela mesure du possible plutôt qu'en lui infligeant des toitures psychiques.

C'est probablement dans ce sens que la Métapsychique de demain... ou d'un proche avenir tranchera le procès du Déterminisme. On peut et on doit le souhaiter !

D'une façon générale, quand la Métapsychique aura conquis son droit de cité au milieu, et même au-dessus des autres

Sciences, il ne sera plus question d'opinions contradictoires en fait de Morale, de Philosophie, de Religion, car tout ce qui concerne ces trois grands « mots » rentrera dans le cadre de la science expérimentale et n'aura plus à être discuté passionnement, pas plus qu'on ne discute aujourd'hui sur la rotondité de la Terre.

Ce jour-là, il n'y aura plus une factice « Morale de la Science », ni une « Morale laïque », ni surtout une « Morale detérministe » (monstrueuse contradiction dans les termes) opposer à toutes les « Morales religieuses », mais la MORALE elle-même sera scientifique... ou elle ne sera pas.

Aujourd'hui, pratiquement, toutes les Morales ont fait faillite puisque les humains continuent à s'entre-tuer en piétinant à qui mieux mieux le grand principe moral qui pourrait à la figueur être le seul et unique principe pour tous les êtres doués de libre-arbitre : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fità toi-même ». Le désordre actuel régnera certainement aussi longtemps que cet« impératif catégorique » n'aura pas trouvé sa véritable base, sa véritable raison d'être dans le fait de l'existence et dela survie de l'âme, rationnellement et scientifiquement démontrespar les opérations et expériences métapsychiques. Au contraire, l'avènement de l'ERE METAPSYCHIQUE sera susceptible d'anéantir le conflit toujours renaissant du Droit de la Force, ainsi que la course à la mort par des armements offensifs et défensifs de plus en plus puissants. Ce sera donc en même temps l'ERE DE LA PAIX. Attendons, travaillons, et... espérons!!!

Docteur CANTENOT.

ÉSOTÉRISME ET TRADITION

sous la direction de

J. RENARD

Comment guérir à distance

par Maurice GAY

Tous les lecteurs assidus de ces Cahiers Métapsychique savent que l'expérimentation n'a de valeur que par les conséquences philosophiques qui en découlent. Mais, lorsque philosophie reste théorique, elle est elle-même inutile, gratuite et stérile. Elle ne trouve sa raison d'être que dans la réalisation, dans la pratique courante et dans l'application quotidienne des principes enseignés par les doctrines ou par les différentes écoles. Et c'est un des aspects de la réalisation des enseignements philosophiques spiritualistes qui est le sujet de la présente étude : la guérison, et, d'une façon plus précise, la guérison a distance, cas particulier qui implique l'épuration la plus totale des processus de thérapeutique hermétique.

Je pense qu'il n'existe pas un seul homme digne de ce nora qui ait jamais souhaité, un jour ou l'autre, pouvoir soulager les souffrances physiques, ou, à plus forte raison, psychiques ou mentales, de ses frères. Tout le monde connaît les angoisse et les inquiétudes de l'attente d'informations sur l'état de santé d'un être cher, séparé de vous par une plus ou moinsgrande distance. Et il n'y a pas, je crois, de sensation plus désagréable, plus déprimante que celle de l'impuissance devant la maladie d'un parent ou d'un enfant. Chacun a rêvé de pouvoir guérir, ne fut-ce que par simple et élémentaire charité. Elimitions, une fois pour toutes, celui qui cherche une guérisontans autre mobile que le profit ou la gloire. Il ne mérite pas la moindre attention. Car il est une vérité dont tout candidat perisseur doit se pénétrer avant d'entreprendre quoi que ce soit, c'est qu'aucun homme, si savant ou si habile soit-il, n'a jamais guéri; on ne peut que soigner, c'est Dieu seul qui guérit, Le guérisseur n'est, en l'occureece, qu'un simple ambassadeur, Ilintercède, sans plus. Les thérapeutiques employées ne sont quedes adjuvants, des adjuvants indispensables, non pas au point de vue absolu du rétablissement de la santé, mais au point de vue relatif du malade, qu'il convient de placer, sur tous les plans, dans une atmosphère favorable à sa guérison. Il y a quelques temps, un des principaux guides invisibles de notre pays annonçait que « La médiumnité guérissante se propagera. Le monde s'y fera, il faudra bien d'ailleurs, nécessité oblige »... A l'examen succinct, ce message risque de passer inaperçu ou de ne se voir attribuer qu'une importance relatîvement très médiocre. Cela ressemble fort à une lapalissade : Les guerres, les fléaux, les épidémies vont se multiplier, etil faudra guérir davantage. Nous n'avions certes pas besoin d'uneintervention supérieure pour apprendre que, plus il y a de malades et de souffrances, plus il faut soigner et soulager. Tele est, en substance, la première réaction que l'on risque d'avoirà la lecture de cet avertissement. Cependant, pour peu que vous soyez habitué à l'ésotérisme, vous n'ignorez plus que tous les enseignements supérieurs ont plusieurs sens. Et le sens caché de cette phrase va peut-être vousoffrir des horizons nouveaux. Vous savez que l'esprit évoluelentement mais sûrement vers un but qui nous semble encore tres lointain : l'assimilation, l'intégration dans la grande Unité Divine. Cette fusion de notre esprit dans le Grand Tout, unplique la disparition progressive de tout ce qu'il y a de physique de matériel en nous; par conséquent, il faut que notre Moi Spirituel arrive à dominer totalement notre Moi Physique, qu'il le commande et qu'il le maîtrise. Et, en toute logique, le premier vers cette maîtrise sera le contrôle du bon fonctionnesont de ce véhicule provisoire que constitue pour notre esprit, notrecorps physique. Notre évolution ne doit pas être entravée parles vicissitudes corporelles. Le jour où notre esprit sera le maître incontesté, la maladie n'existera plus et nous pourrons marcher à pas de géants vers notre But Suprême.

Au cours de notre vie terrestre, ce qu'il est convenu d'appeler la santé n'est qu'un état d'équilibre plus ou moins stable entre les différents constituants de notre individualité temporaire. Nous sommes essentiellement composés de trois élément principaux, le corps physique, le corps astral et l'esprit. Selon les auteurs et les écoles, la terminologie change, mais la distinction reste la même. Selon que l'on s'adressera à l'une ou à l'autre de ces trois parties, la thérapeutique se divisera en trois écoles différentes qui devraient s'épauler et se compléter mais qui, hélas ! dans l'état actuel des choses, s'opposent et se combattent.

La première de ces écoles est, certes, la mieux connue, surtout parce qu'elle est la plus officielle; c'est celle qui s'adresse au corps physique et à lui seul. Pour combattre le mal, on le submerge sous un flot de corps matériels ayant une action contraire à celle du mal ; c'est la médecine des contraires ou medecine allopathique. Elle s'attaque de front aux effets, jamais aux causes profondes, génératrices essentielles du mal. Quel ques instants de réflexion vous permettront de comprendre qu'elle impose un diagnostic catégorique et rigoureux que nous vons être pratiquement impossible à établir dans la très grande majorité des cas.

La seconde école est, elle aussi, connue, mais elle est déja moins officielle. Elle s'adresse essentiellement au corps astral ou périsprit, c'est-à-dire à l'organe de liaison, au régulateur de complexe humain. La modification est ici apportée au corps astral par des substances fluidiques supportées par d'infimes doses de matière. C'est la médecine des semblables ou médecine homéopathique.

La troisième école est, en France du moins, systématiquement méconnue des sphères médicales officielles, quand elle n'est pas combattue et poursuivie. Elle consiste à agir directement sur les idées créatrices qui élaborent et modifient toutes formes matérielles. C'est la médecine des correspondants, communement baptisée médecine hermétique ou médecine occulte. C'est celle quiestànotreportéeetquenousdevonsétudiersinous voulons guérir, ou, plus exactement, soigner à distance.

Nous avons vu plus haut que, si nous voulons nous maintenir en bonne santé, nous devons énergïquement préserver en nous l'harmonie parfaite de nos divers éléments constituants. C'est la cle de notre évolution consciente. Celui qui n'est pas encore parvenu à cette notion primordiale reste tributaire d'une évolution inconsciente qui ne l'achemine que très lentement vers le seuilde la conscience évolutive sans laquelle il ne faut pas songer à la plus minime initiation, ce mot étant pris ici dans son sens le plus étymologique. Au contraire, lorsque nous avonsacquis cette perception de notre propre harmonie, nous savons, ipso-facto, pourquoi et comment telle ou telle partie de notreindividu souffre; et il nous est facile d'y remédier. Dès lors, la simple application de la Loi Christique d'Amour : Aimez votre prochain comme vous-même ! » nous permettra de faire facilement pour les autres ce que nous arrivons déjà à faire pour nous-même.

Tel est, rapidement esquissé, le principe directeur, le Fil d'Ariane de la guérison spirituelle. Voyons-en maintenant l'application pratique et ce qu'il nous est possible de réaliser dans le domaine des soins à distance. Certains êtres d'élite nous ont precedé sur la voie de la réalisation et ils peuvent nous servir d'exemples. Jetons un rapide coup d'œil sur leur vie et nous constaterons presque immédiatement que le pouvoir de guérison est l'apanage de tous ceux qui peuvent, à un degré quelconque, etre considérés comme de bons guides sur le chemin de l'évolution. Le Christ en est le type le plus éclatant. Et la guérison à distance du serviteur du centenier (Luc-VII-2/10) constitue l'exemple le plus caractéristique que l'on puisse trouver. Mais, plus près de nous, à côté de nous même, d'autres inities sont là, qui ont acquis, sur la matière, la domination qui apaise et qui calme. Si l'on en croit l'admirable ouvrage de Georges Lafenestre, de l'Institut, sur « La Légende de Saint François d'Assise d'après les Témoins de sa Vie », le grand saintobtint, de son vivant, de très nombreuses guérisons, en son absence. Chez Saint François, la plupart du temps, il s'agit deguérisons à distance par le canal de magnétophores. On somme ainsi des objets divers qui s'imprègnent du fluide vital du guérisseur pour le restituer au malade qui en a besoin et qui estloin. Dans la grande majorité des cas l'imprégnation du magnétophore est volontaire de la part du guérisseur. Mais dans le cas d'êtres d'élite comme Saint François d'Assise, elle peut etre spontanée. Et c'est ainsi que l'on arrive à la notion de reliques.

Mais revenons à Saint François, et laissons la parole à Georges Lafenestre qui va nous donner un magnifique exemple de guérison par magnétophore spontané : — « Il y avait, dans une ferme, aux environs d'Arezzo, une femme enceinte, qui, son terme venu, était depuis plusieurs jours en gésine, souffrant de telles douleurs qu'elle n'était plus, pour ainsi dire, ni morte ni vivante. Ses parents et ses voisins ayant appris que François devait passer sur la route, en se rendant à certain ermitage, s'y postèrent pour l'y attendre. Or, il advint que François, ce jour-là, avait pris une autre route parce que malade et faible, il était venu à cheval. Une fois parvenu a l'ermitage, il avait fait ramener la bête par un de ses frères nommé Pierre, à l'homme qui la lui avait prêtée charitablement. Frère Pierre, avec le cheval, passa donc sur la route où la femme se tordait dans les douleurs. Dès que les paysans l'aperçoivent, ils accourent précipitamment vers lui, le prenànt pour François, mais, apprenant que ce n'était point lui les voilà d'abord très attristés. Toutefois, ils se consultent entre eux pour savoir si l'on ne pourrait trouver quelque objet touché par la main du saint. Enfin, après avoir longtemps cherché, longtemps hésité, ils se décident pour les rênes du mors, qu'il avait tenu de ses mains en chevauchant, ils arrachent le mors de la bouche du cheval naguère monté par le saint père, et posent les rênes sur la femme enceinte. Aussitôt la femme enfanta en grande joie et santé. »

Plus près de nous dans le temps, nous connaissons les innombrables guérisons de Thérèse de Lisieux ou du Curé d'Ars Celle-ci, par exemple, rapportée par Maxence Van Der Meersch dans sa « Vie du Curé d'Àrs » : — « Une maman vient à Ars avec sa petite fille, muette depuis des années La pauvre femme s'agenouille au confessionnal, et commenance sa confession. Et tout à coup, elle s'arrête : — Continuez mon enfant, lui dit le curé d'Ars étonné. — Ah ! Mon père Mon père ! balbutie la pauvre femme. Je n'en peux plus ...Ecoutez! Ecoutez! Ma petite fille, là, à côté du confessionnel ! Elle parle ! Elle parle ! » —

C'est à dessein que j'ai choisi cet exemple de guérison dans la vie de l'abbé Vianey qui est la vivante image, l'incarnation parfaite des qualités requises pour obtenir des guérisons. Toutes ces qualités sont réunies chez lui, et toutes sont poussées au plus haut degré. L'abbé Vianey était un être simple, sans la moindre culture, mais son amour pour Dieu le transfigurait. A chaque minute, à chaque seconde de son existence, il a vécu la parole de Dieu. Et cela le transplantait jusque dans les plans les plus eleves, montrant ainsi à ses frères ce que deviendra l'humanitelorsque nous en serons tous à ce stade de réalisation parfaite. En dehors de tous ces personnages, exceptionnels de foi et de mysticisme, il y en a beaucoup d'autres qui ont obtenu des resultats tout aussi sublimes. La France, au siècle dernier, possedetrois très grands guérisseurs, le zouave Jacob, Philippe de Lyon et Jean Béziat. Ils ne s'intitulaient pas magnétiseurs, ils etaien simplement de grands croyants possédant une foi iné-branable dans la force qui les guidait. Tous trois étaient la vivante démonstration de l'assertion d'un autre guérisseur, Nicolas. Strati qui écrivait dans sa plaquette « Oui nous guéris-sons!» : — « La mission du guérisseur spiritualiste doit être pour lui un véritable sacerdoce. Il guérit par la Foi dans l'Amour, car le Créateur ne peut qu'aimer son œuvre. Quand leguérisseur a pleine conscience de cet amour, il est en liaisonavec les forces supérieures, et obtient des cures de plus enplus fortes ». Ce caractère sacerdotal de la mission du perriseurspiritualiste le met dans l'obligation de poursuivre sonbut discrètement, sans publicité tapageuse, sans scandale et sansidée de lucre. Ce qu'il a acquis par son expérience et parson travail personnel, il doit le donner à ses frères et jamais se le vendre. La seule satisfaction qu'il puisse tirer de cette action est d'amener ses frères à réfléchir et à commencer à leur leurl'effort nécessaire de réalisation et d'évolution vers le Divin. Si nous essayons de disséquer succinctement le processus employepar le guérisseur spiritualiste, nous constatons qu'il procette, directement ou indirectement, selon la méthode qui lui etpropre, des forces capables de modifier la matière. Nous savonsen outre, qu'il existe, à l'échelle microcosmique, unconstituant élémentaire. Essayons de le concevoir par la pensee.Puisque l'action existe, ce constituant élémentaire est, enquelque sorte, et au moins dans certaines conditions, radioactif. Pour transmettre l'action qu'il engendre à une certaine cristallisàtion d'éléments semblables à lui-même, il émet une force en direction des cristaux récepteurs, qui sont modifiés par l'influx de cette force. Si vous avez bien compris que la matière estune cristallisation de l'esprit, alors que la force est constituée de ce même esprit, mais seulement en voie de cristallisation, vous avez compris tout le processus de la thérapeutique dite hermetique qui n'est pas autre chose qu'un déclenchement volontaire d'un phénomène de radio-activité. Ce phénomène, qui estdirect dans l'action purement magnétique, devient indirect, au moins partiellement, dans le cas d'un guérisseur spintualiste qui fait appel à des forces supérieures.

Etant donné que les guérisons à distance se classent presque obligatoirement dans cette catégorie de guérisons spiritualistes je me permets d'insister pour vous montrer quelle est la raison d'être de ce crodhet par les plans supérieurs dans lequel réside toute l'efficacité de ce mode de cure. Tout se passe comme les forces vitales émanant du guérisseur allaient chercher dans les plans supérieurs, et souvent même directement dans le plus divin, un tonique sublime, et comme si ces rayons régénérâteur allaient passer par une puissante lentille qui les ferait converger plus puissants, plus pénétrants qu'auparavant, dans l'organisme du malade.

Le rôle sacerdotal du guérisseur ne s'arrête pas au rétablis sèment du malade, il doit également s'efforcer de déclenches chez l'ex-malade, le travail intime qui ouvrira la porte à son évolution consciente. En effet, le caractère inhabituel et inattendu de la guér



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