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CAHIER I

L'Association Française d'Etudes Métapsychiques

. Il nous a paru intéressant et légitime de consacrer les premières lignes de cette publication à l'Association Française d'Etudes Métapsychiques.

Les pionniers delà première heure pourrontavec une légitime fierté mesurer toute l'étendue du chemin parcouru. Nos amis nouveaux venus y apprendront toute la valeur de notre effort et des résultats obtenus. Ceux enfin, qui nous ignorent encore, y trouveront des bases précises pour mieux nous connaître.

Après l'échec de notre vice-présidence dans le Comité d'Etudes d'un groupement métapsychique qui, par une publicité tapageuse, avait beaucoup fait parler de lui au début de la guerre, nous nous sommes trouvés fort dépourvus devant notre vif désir de voir progresser les Etudes Métapsychiques autrement que par de petites réunions de salon, scientifiquement sans valeur et pratiquées par des gens souvent trop peu qualifiés.

Aussi, le 15 octobre 1941, avec un groupe fondateur restreint de 14 personnes, tenions-nous la première assemblée générale de l'Association Française d'Etudes Métapsychiques.

Par ailleurs, la Société d'Etudes Psychiques de Paris, fondation Jean Meyer, avait vu son activité fortement diminuée à la suite de la découverte degraves manoeuvres frauduleuses de son ancien secrétaire général. La mort par le fait de l'ennemi de son Président, Ch. Andry-Bourgeois, Ingénieur des Mines et E.S.E., survenue en 1940, jointe à la fermeture de la maison de la rue Copernic où la S.E.P.P. avait son siège, avait encore ajouté aux déboires de cette société, définitivement condamnée.

C'est pourquoi le Cte. Delamarre de Monchaux, dernier Président delà S.E.P.P., fondation J. Meyer, avec une grande largeur de vue et un sens profond des réalités, accepta avec empressement le projet de fusion des deux groupements que nous lui avions proposé.

La convention de fusion fût signée par les deux présidents le 20 octobre 1941. La nouvelle Association prit désormais le nom d'Association Française d'Etudes Mélapsychiques, fondation Jean Meyer, juste hommage rendu au généreux et éclairé mécène des recherches métapsychiques en France. Les membresde la S.E.P.P. purent rejoindre comme membres fondateurs la nouvelle A.F.E.M. dont le Comte Delamarre de Monchaux fut aussitôt nommé Vice-Président.

Peu après, un certain nombre de transfuges du groupement dont il fut question plus haut rejoignaient nos rangs. Il l'agissait de personnalités de tout premier plan: M. Berger, H. Mangin, P. Devaux.P. Salzy, etc.. dont la venue à l'A.F.E.M. consacrait la valeur et la nécessité de notre effort. Deux d'entre eux prenaient, quelques semaines après, place dans notre Conseil d'Administration.

Nos statuts étaient officiellement déposés à la Préfecture de Police qui nous en donnait reçu le 10 février 1942.

Il ne s'agissait plus désormais que d'aller de l'avant.

Dès les premiers moments nous avions entrevu la nécessité pour notre A.F.E.M. de constituer un important centre bibliographique et nous nous empressions de réunir quelques dons ou prêts formant ainsi le premier embryon de notre future bibliothèque.

On s'efforça également de trouver, au plus tôt, une formule de travail. Après les inévitables tâtonnements du début, le Conseil d'Administration, tenant momentanément lieu de Comité Technique des Etudes, adopta les idées de son Président relatives à l'étude systématique de la forme de voyance dite « psychométrie ».

Un document de haut intérêt groupant des renseignements sur plus d'une centaine,de sujets voyants, professionnels ou non, avait simultanément été constitué, nous pourrons sans doute consacrer plus tard quelques instants à son analyse.

Peu après, dès l'année 1942-43, avait lieu notre première série de conférences avec la collaboration de Mrs. : Delamarre de Mondiaux, P. Devaux, H. de France, H. Mangin, P. Salzy, R. Trintzius, et nous-mêmes. Un succès honorable fût la sanction de cet effort.

L'année suivante le concours de Mrs Darrigrand,Delamarre de Mondiaux, H. de France, H. Mangin, Dr Maury, Dom Neroman, J. Renard, R. Trintzius, et nous-mêmes permit à l'A.F.E.M. d'atteindre un public sans cesse accru et d'obtenir, parfois, des salles magnifiques.

Les difficultés surgies à la suite delà libération ne permi rent pas au Comité des Etudes de l'A.F.E.M. de mettre sur pied en 1944-45 un cycle d'enseignement aussi complet qu'il l'eût désiré. Seulement 4 conférences purent avoir lieu avec Mme Maryse Choisy, Mrs Delamarre de Mondiaux,Gaudfernau, et H. Mangin, qui furent des orateurs écoutés.

Enfin, au cours de l'exercice 1945-46, nous sommes, pour la première fois, parvenus à mettre sur pied un cours d'enseignement véritablement homogène. Nos maîtres de conférences étudièrent, chacun dans sa spécialité, les divers aspects du délicat problème des « matérialisations ». Nos auditeurs connurent les sentiments des chercheurs, des physiologistes et des savants avec Mlle de Pfeffel, M. Berger, de Cressac,H. Mangin, D Morlaas, H. Regnault, Rougeoreille, P. Salzy, R. Trintzius. Ce cours fût heureusement complété par deux conférences d'intérêt général avec Ms Delamarre de Mondiaux et Gaudfernau.

Nous avons indiqué ci-dessus comment avaient débuté nos recherches. Celles-ci un peu trop arides pour beaucoup de nos amis ne purent pas être conduites aussi longtemps que nous l'aurions désiré. Cet inconvénient majeur signalé par nous lors de l'Assemblée Générale du 20 juin 1943, n'empêcha pas d'obtenir des résultats du plus haut intérêt sur lesquels nous ne nous étendrons pas, ceux-ci devant être publiés ultérieurement.

Le Dr Creuzé ayant été dans la suite chargé de l'organisation du Comité Technique des Etudes, nous avions espéré un grand essort de ces dernières. Malheureusement son âge et son état de santé précaire ne lui permirent pas de réaliser ce qu'il eut sans doute souhaité. Après une annee de recherchers assez décousues, l'organisation définitive du dit Comite fût enfin obtenue les 1er et 8 avril 1944. Nous assumâmes des lors la triple et lourde charge de Président du Conseil d'Administration, Dr recteur Général de l'A.F.E.M. et Chef des Travaux du Comité Technique des Etudes. L'Activité technique de l'A.F.E.M. lût, dès lors, partagée entre les recherches sur la magnétisation des cultures microbiennes, confiées à la haute autorité de Mlle, de Pfeffel et la démonstration expérimentale de l'existence de la télépathie dont nous avons étudié nous-mêmes le détail technique et assuré la direction pratique.

Si les secondes expériences, comme nous le verrons par ailleurs, nous ont donné toute satisfaction, nous devons par contre, à la vérité de reconnaître que, malgré les soins apportés parles expérimentateurs, les recherches bactériologiques se sont avérées absolument nulles. Nous publierons plus tard le compte-rendu précis de nos investigations.

On voit, dès lors, que nos efforts n'ont pas été vains et que la moisson recueillie s'est montrée substantielle.

Entre temps un très gros travail avait été l'ait pour l'énrichissement de notre bibliothèque. Tous ceux qui ont été à meme de voir au siège, sa consistance savent que notre installation constitue désormais une importante et tangible réalité. Un double fichier bibliographique et un catalogue sont à la disposition de nos membres. Un grand fichier de documentation métapsychique de 10.000 fiches va être bientôt mis sur pied ; la réalisation en est commencée.

Ce court examen rétrospectif de l'activité de l'A.F.E.M.permettra à chacun de se rendre compte de l'ampleur de l'œuvre accomplie et de ce qu'il sera vraisemblablement possible d'espérer avec la bonne volonté de tous et avec l'instrument d'investigation de premier ordre que constitueront dans la suite, si les destinées nous sont favorables, « Sciences Métapsychiques ».

Le Président

Directeur Général de l'A.F.E.M.

B. de Cressac

La Démonstration Expérimentale de la Télépathie

Exposé de la méthode— De nombreux chercheurs se sont penchés depuis longtemps sur le problème de la « démonstration expérimentale et pratique de la télépathie » mettant en œuvre un fort important volume de recherches avec les méthodes les plus variées et les plus ingénieuses.

La plupart tentaient de transmettre une image entre agent et percipient en faisant ou non intervenir le calcul des probabilités pour le contrôle des résultats.

Cependant, pour plusieurs raisons, une conviction totale ne ressortait pas, pour le profane, de l'ensemble de ces essais. A côté de quelques résultats tout à fait brillants, quantité d'autres fort médiocres pouvaient justifier une interprétation sceptique en attribuant le tout au jeu normal du simple hasard.

Par ailleurs, on utilisait généralement des personnes théoriquement douées ou entraînées, d'où, pour les gens quelconques, impossibilité de reprendre les expériences avec des résultats comparables ; situation comportant nécessairement le scepticisme des chercheurs malheureux.

Enfin le chiffrage des résultats, quand il était possible, était normalement trop faible pour éliminer toute possibilité de doute.

Avec le concours du Conseil d'Administration et du Comité Technique desEtudes de l'A.F.E.M. j'ai pu mettre sur pied une méthode ayant justement pour but de répondre à ces objections :

Elle reprenait une tentative de démonstration ingénieuse, anciennement connue sous le nom de « Jeu de la rencontre télépathique » ( V. Warcollier : La télépathie), dont voici la description.

En vue de démontrer la réalité de la télépathie, on prend deux jeux de cartes ordinaires dont le premier est remis à une personne nommée agent, chargée de l'émission, l'autre confié aune personne, dite percipient, chargée de la réception.

L'agent choisira une fraction 1/n de son jeu et essayera de transmettre au percipient mentalementcarte par carte, chacune des cartes choisies.

Ce dernier a étalé son jeu devant lui et cherche simultanément à deviner la carte ainsi émise.

Au bout de n expériences on comptera le nombre des coincidences entre les caries choisies. L'analyse mathematique donne les possibilités de la coïncidence on « rencontre ».

Rien n'est théoriquement changé si le choix de l'agent s'exerce sur l'une des 4 catégories : trèfle, carreau, coeur,pique En ce cas n = 4 et la rencontreprobable aura lieu au bout de 4 séries d'épreuves.

Si le nombre des expériences est peu élevé, ce résultat de I rencontre pour 4 essais ne sera sans doute pas très exactement obtenu, soit par excès, soit par défaut. Mais on s'en rapproche ra de plus en plus avec l'augmentation du nombre des essais.

En réalité, pour un ensemble de 1.000 essais, le calcul indique que nous devrons, en moyenne obtenir un nombre de 223 rencontres ou un chiffre compris entre 197 et 249, d'après la loi de Laplace Gauss, et non 250 comme on pourrait s'y attendre à priori.

Ces chiffres sont théoriques et l'on conçoit bien que si l'on fait pratiquement l'expérience dans les seules conditions du hasard, on s'écartera légèrement de ces résultats.

Cependant si l'on trace à chaque instant la courbe des résultats obtenus pour l'ensemble des expériences, celle-ci devra, on le conçoit, osciller autour de la ligne théorique des rencontres avec tendance à s'en rapprocher indéfiniment.

Si contraire, la courbe expérimentale des rencontres diverge régulièrement de la droite théorique, on en conclura qu'un facteur, systématique d'erreur à été introduit dans notre expérimentation, comme le serait, pour le jeu de la roulette, une table d'horizontalité défectueuse.

En fait, dans le jeu de la rencontre télépathique, tel que nous l'avons exposé ci-dessus, nous constatons que les chiffres théoriques sont dépassés. Les expériences réalisées, tant par d'autres expérimentateurs que par nous-mêmes, ont montré que l'on pouvait espérer mettre en évidence un écart systématique positif capable d'atteindre 10 %.

Or quel élément de variation systématique spontané pourrait être envisagé, si ce n'est celui pouvant provenir d'une relation psychique entre agent et percipient ?

Cet élément d'action nous l'appelons « télépathie » sans préjuger en rien de sa nature.

Améliorations réalisées par M. de Cressac — Le résultat ci-dessus n'est certes pas négligeable mais tout habitué des salles de jeu parle de la loi des séries et un aussi faible écart, au bout d'un nombre de coups même important, pourrait à juste titre se concevoir comme ressortant du seul effet des variations dues au hasard.

Nous avons donc cherché s'il ne serait pas possible d'améliorer celle méthode et d'obtenir un nombre moyen de rencontres tel que l'objection « hasard » soit catégoriquement éliminée.

Notre nouveau système permet d'obtenir, nous le pensons, le résultat désiré. L'exposé ci-après doit -vous en convaincre.

Les modifications apportées à la méthode primitive ont été les suivantes :

1° — Diminuer la durée des essais en en multipliant le nombre pour éviter aux opérateurs la fatigue psychique que nous avions cru discerner lors, de précédentes expériences.

Pour cela, nous avons ramené à 40 les 52 cartes du jeu ordinaire, nombre présentant en outre, des avantages pour la facilité des opérations comptables.

2° — Augmenter les possibilités supposées de la détection. Nous avons pour ce faire :

a) Ajouté dans notre jeu les coloris jaune et bleu aux deux teintes rouge et noire.

b) Multiplié les formes en tâchant de les différencier au maximum.

Notre jeu comporte 40 lames nettement différentes, alors que les cartes de jeu ordinaire ont des aspects souvent très voisins (10 de carreau et 10 de cœur, ou deux figures, se confondront facilement).

c) Tâché de faire correspondre le symbolisme simple des formes choisies avec celui des coloris (le bleu, symbolisme de ciel, mer, horizon, comportera des représentations horizontales),

d) Cherché à assigner un rang aisément identifiable pour chaque carte.

Chaque coloris groupe 10 cartes subdivisées en 2 symboles, figurés de 1 à 5, la 5e carte de chaque subdivision étant toujours bien différente des 4 premières où le symbole choisi est répété de 1 à 4.

En outre chaque subdivision tranche nettement avec la subdivision voisine, car l'une est à fond blanc avec figures colorées, l'autre à fond coloré avec figures blanches.

3° — Chercher à obtenir des résultats tout à fait comparables et homogènes en opérant avec des personnes absolument quelconques, souvent inconnues les unes des autres,afin

(Démonstration expérimentale de la Télépathie)

Tableau des cartes employées d'éliminer au maximum toute objection de fraude OU d'erreur par signes même imperceptibles et involontaires.

Nous avons ainsi poursuivi, en fait, ces expériences avec 37 personnes, dont 34 hommes et 23 femmes;

Diverses observations ont pu être faites à cet égard ; nous les donnerons ci-après.

4° —Poursuivre ces expériences assez longtemps pour éliminer toute variation due au seul hasard et chiffrer avec une approximation convenable les valeurs moyennes obtenues.

Le chiffre de 1.000 épreuves nous a paru à priori très acceptable, aussi avons-nous fait tous nos calculs sur cette base.

En réalité, 5 à 600 épreuves auraient été pratiquement très suffisantes pour entrainer la conviction.

Conduite des travaux- — Nos expériences ont été conduites de la façon suivante :

Nous nous sommes efforcés de constituer des groupes d'expérimentation de 5 à 10 personnes (ce dernier chiffre rarement atteint en pratique).

Simultanément opéraient 1 agent et 4 percipients. L'agent agissait en 2 temps. En premier lieu il concentrait son émission sur la seule couleur pour essayer dé la faire deviner aux percipients par un effort psychique et volontaire.

Nombreux ont été les percipients prétendant avoir discerné avec netteté le vouloir de l'agent sous forme d'idée, de visualisation, d'intuition, etc..

On procédait ensuite à l'émission carte par carte ; un coup indiquait le commencement, deux coups la fin du choix.

Ceci fait, on pointait, percipient par percipient, les rencontres obtenues, non seulement par une coïncidence parfaite des cartes, mais aussi par la simple identité des coloris.

On notait le numéro des cartes rencontrées, ainsi que diverses observations jugées curieuses au moment même de la séance.

Le procès verbal des expériences était signé par tous les assistants à la fin de la séance.

On s'attachait à mener les expériences dans le calme et avec le maximum de silence. Toutes les fois que cette condition n'a pu être obtenue par retards, allées venues, etc. des participants, les résultats ont été nettement moins bons.

Ultérieurement, les renseignements fournis par les procès-verbaux ont permis la mise sur pied de graphiques dont il sera parlé ci-après.

Nous avons dirige ces récherchers en y prenant part nous mêmes effectivement le moins possible

Les participants ont été souvent alternativement agent ou percipient, quoique nous nous soyons efforcés de prendre poulies premiers des personnes supposées les plus aptes au rôle d'agent. Nous avons tenu cet emploi personnellement un nombre de fois important.

Résultats obtenus- — Mieux que de longs et fastidieux discours, les courbes figuratives de nos expériences montreront tout l'immense intérêt des résultats obtenus.

En principe chaque fiche de séance comprend 4 « expériences ». Chacune d'elles nécessite 3 «essais» avec un agent et 4 percipients, conservés au même poste et à la même place pendant toute la durée de l'expérience.

Nous appelons « épreuve » l'ensemble des 10 résultats ou «coups » obtenus par chaque percipient pour un essai.

Variation du rapport télépathique

T = 40R/N pour la série des expériences réalisées

On voit doneque pour chaque expérience comportant un maniement de 120 cartes, on doit obtenir 3 rencontres dues au seul hasard.

Voici la description et les remarques à faire sur nos courbes :

1. — La courbe N° 1 donne le rapport entre le résultat réellement obtenu dans chaque expérience et celui prévu par le hasard.

Comme, pour diverses raisons, le maniement des 120 cartes prévues n'a pas toujours pu être réalisé, nous avons, pour l'établissement de ce rapport, appliqué une formule, tenant compte de l'expérience pratiquement réalisée où N représente le nombre des coups réels et R le nombre de rencontres constatées, N le nombre de participants, E le nombre d'essais.

Le rapport théorique étant

La courbe indique pour toute la partie située au dessus de l'horizontale T = 1 (aire grise) les expériences ayant donné un résultat favorable (53 au total), tandis que les points situés au dessous nous donnent les résultats défavorables (28 au total). Les points situés sur la droite T = 1 (12 au total) sont, bien entendu, sans signification.

On voit d'un simple coup d'œil que pour l'ensemble de nos 1000 coups, comportant 93 expériences, l'aire grise est nettement plus importante que l'aire blanche.

Il ne serait pas besoin d'autres commentaires pour montrer clairement que nos expériences répondent pleinement au but que nous nous étions assignés.

2. — La courbe N°.2 a pour objet de mettre en évidence l'importance des rencontres que nous appelons « parfaites » pour les différencier de celles où se produit la seule coïncidence des couleurs, en regard du résultat attendu parle seul hasard.

Afin de rendre nos données plus homogènes, nous avons brisé notre cadre de l'expérience pour lui substituer les résultats obtenus, par groupes de 20 épreuves consécutives.

De cette façon les résultats, quoique parfois moins

Démonstration expérimentale de la télépathie

Courbe des rencontres parfaites :

a) par groupe de 20 épreuve» consécutives (courbe 2)

b) résultats cumulés (courbe 3)

brillants, se présentent sous an aspect sensiblement plus continu et se prêtent beaucoup mieux à une étude graphique.

Seules les qualités personnelles de sensibilité télépathique des différents participants sont peut-être moins bien mises en valeur. Nous nous en excusons auprès d'eux, mais le sacrifice demandé à leur vanité est largement compensé par l'intérêt de nos présentations graphiques.

Une première représentation nous donne le nombre de recontres partielles obtenues pour chaque groupe de 20 épreuves. La partie située au dessus de l'horizontale d'ordonnée 5 donne les indications favorables. La surface correspondante est colorée en jaune.

Celle, située au dessous et colorée en noir, montre la valeur relative des résultats défavorables.

Cette courbe confirme simplement les résultats de la courbe N°l.

3. — Sur ce même graphique ces résultats se présentent également, sous forme cumulée, avec la courbe N° 3.

La ligne diagonale OX est celle des rencontres théoriques cumulées dues au hasard.

Nos résultats devraient osciller autour de cette droite,avec,à l'origine, des écarts importants, allant ensuite sans cesse en décroissant progressivement avec le nombre des expériences faites, jusqu'à obtenir la confusion de ces deux lignes au bout d'un certain temps, théoriquement tout au moins.

Tout au contraire, on le voit, notre ligne expérimentale des rencontres cumulées diverge, de plus en plus et régulièrement, de la ligne théorique.

Cette courbe atteint la limite inférieure prévue par le calcul (197 rencontres) au bout de 590 épreuves seulement au lieu de 1000, et la limite supérieure calculée (249 rencontres) au bout de 710 épreuves seulement.

L'ensemble de nos 1000 épreuves nous a permis d'obtenir 358 rencontres au lieu delà probabilité absolue de250 rencontres. Le surplus de 109 rencontres obtenues à partir de la 710me épreuve représente le surplus strictement dû à notre cause systématique d'erreur, autrement dit, à la « télépathie ».

L'aire figurée en rouge (traits verticaux), donne une idée nette de l'importance de la télépathie relativement au seul hasard.

On voit que notre courbe expérimentale télépathique est très sensiblement au dessus de ligne OX, mettant en évidence d'une façon particulièrement patente, continue et indiscutable l'existence du facteur télépathique.

Cette constatation claire du phénomène constitue, a notre avis, une démonstration absolument parfaite. En effet, à l'encontre de nombreuses autres expériences métapsychiques, simples observations dans la plupart des cas, celle-ci offre une stricte expérimentation selon les vues les plus exigeantes de la science, étant susceptible, par sa nature même, d'être reproduite à volonté autant de fois qu'on le désirera avec des résultats exactement comparables. La conduite de ces recherches nous en a totalement convaincus.

Les expérimentateurs qui voudraient contrôler nos affirmations pourront reprendre notre méthode.

Celle-ci, étant absolument générale, ne faisant appel à la collaboration d'aucun sujet particulièrement doué, les nouveaux résultats, il y a absolument lieu de le croire, seront identiques aux nôtres.

La collaboration de nos groupes de Province a pleinement confirmé cette façon de voir.

4. — Les courbes N 4 et 5 partent de principes identiques à ceux ayant présidé à l'élaboration des courbes 2 et 3.

Leur seule différence est de mettre en évidence la proportion des rencontres des seuls coloris.

Les abcisses de ces 4 courbes sont les mêmes et reportent des groupes de 20 épreuves.

Les ordonnées des courbes 4 et 5 ont été rendues comparables à celles des courbes 2 et 3 par une réduction des échelles au 1/10.

Bien entendu les axes théoriques du hasard coïncident (OX avec 0X1).

La courbe 4 est en tout semblable à la courbe 2 ; tout au plus peut-on la juger plus tourmentée avec des discontinuités plus nombreuses et plus accentuées.

Leurs variations se produisent généralement simultanément dans un même sens ; on constate cependant quelques décalages.

De même, la courbe 5 se compare parfaitement à la courbe 3. Ce second groupe de courbes constituera done, au même titre que le précédent, une excellente démonstration de la réalité du phénomène télépathique.

Démonstration expérimentale de la télépathie

Courbes des rencontres des coloris :

a) par groupe de 20 épreuves consécutives (courbe 4)

b) résultats cumulés (courbe 5)

Cependant, un examen plus attentif des courbes 3 et 5 va nous fournir une fort intéressante remarque.

Si nous reproduisons ces deux courbes à l'échelle comparable, sur un même graphique, on constate que la courbe 3 enveloppe constamment, sauf en quelques rares points, la courbe 5, en laissant entre les deux "courbes une aire appréciable (couleur verte, traits obliques).

La continuité remarquable du phénomène doit avoir sa raison d'être.

Proposons en une explication qui nous a paru logique et en concordance avec les faits.

Nous avons constaté — et nos percipients nous l'ont maintes fois affirmé — l'existence d'une nette intuition de la couleur choisie.

Nos courbes devaient traduire cet état de choses et cela ressort, en fait, de la courbe N° 5.

Mais, en sus des coloris, la télépathie si elle existait, devait en outre s'exercer — on le conçoit aisément — grâce à l'intermédiaire des figures symboliques dessinées sur nos cartes. Cela devait avoir pour effet d'améliorer encore le rendement général, le chiffre de nos résultats.

Or, comme nous le savions par de nombreuses autres expériences, tant de nos prédécesseurs que de nous-mêmes, les résultats à attendre d'une détection télépathique des formes les plus simples sont, quoique réels, toujours assez médiocres.

Il apparaît dès lors très logique de penser que l'aire comprise entre la courbe des rencontres des couleurs et celle dees rencontres parfaites représente justement « l'importance relative » des rencontres obtenues grâce à la télépathie due aux seules figures.

Cette observation, confirmant de nombreux faits, offre, à notre avis, un intérêt majeur.

5. — Le groupe des courbes N° 6 et 7 a été constitué en portant à nouveau en abcisse des groupes de 20 épreuves et en ordonnées le rapport entre les rencontres cumulées totales (R) et celles prévisibles par le simple hasard (H).

Nous avons appelé « coefficient télépathique » cette valeur

On voit que, dans les deux courbes, ce coefficient partant de valeurs extrêmes, à l'origine, arrive au bout d'un certain

Démonstration expérimentale de la télépathie

Nous avons planimétré sur nos minutes les courbes 5 avec le planimètre d'Amsler ; nous Ligne des rencontres probables 20 360 Courbe des figures............ 28 280 Courbe des couleurs ........ 27 110 Si nous calculons le coefficient télépathique sur ces bases nous obtenons les valeurs : 6750/20360=33 soit 33 % pour les couleurs 7920 / 20360 = 0,39 soit 39 % pour les rencontres parfaites Celaconfirme très sensiblement les résultats calculés avec les courbes Nos 6 et 7. On d'après ces chiffres, que l'intervention télépathique spécialisée pour la détection des l'élève à 6 %, ce qui est loin d'être négligeable.

Répartition du choix et des rencontres d'après les coloris temps a se rapprocher d'une valeur moyenne, sensiblement constante.

Bien entendu,confirmant nos résultats ci-dessus, la courbe G représentative des coefficients télépathiques dus aux couleurs (bleu), nous donne des valeurs au-dessous de celles relevées pour la courbe7 représentative du coefficient télépathiqueparlait (rouge).

Ces courbes ont le grand avantage de nous donner directement et à tout moment, le pourcentage des rencontres télépathiques vis-à-vis de celles dues au hasard.

La valeur moyenne calculée dans les deux cas est de 30,6 °/0 pour la courbe 6 et de 416 %pour la courbe 7.

Ces chiffres font apparaître clairement, sans autre commentaire, toute l'énorme importance de l'influence télépathique dans les expériences que nous avons mises sur pied.

6. — Un dernier groupe de courbes a eu pour objet de mettre en évidence les résultats particuliers obtenus avec chacune des couleurs. ( N° 8)

Ces observations présentent encore un très grand et double intérêt chez l'agent et chez le percipient.

a — On voit nettement que le choix moyen de l'agent ne s'est pas indifféremment porté sur toutes les couleurs.

Le rouge, le bleu et le noir sont choisis en premier lieu, laissant le jaune assez loin derrière eux.

b — Du point de vue du percipient, les courbes montrent avec netteté que le bleu et le rouge sont discernés avec le plus d'aisance avec prédominance accentuée pour le rouge.

Le jaune vient au troisième rang en s'écartant peu de la ligne théorique du hasard.

Le noir oscille simplement autour de cette ligne presque sans s'en écarter.

7. — Enfin une autre représentation graphique nous rend compte de l'importance relative du nombre de rencontres obtenues dans chacun des coloris et pour chacune des cartes en particulier (courbe N° 9)

L'examen du graphique montre que certaines cartes se détachent nettement de l'ensemble.

Ce dernier point n'est certes pas à négliger, car sans pouvoir appuyer nos dires avec entière certitude, nous avons la conviction totale que les formes des figuresjouent un rôle important dans l'obtention des rencontres.

Répartition des rencontres obtenues d'après les coloris et les types de cartes.

Nous avons été d'ailleurs conduits, à peu près au milieu de notre série d'expériences à remplacer 3 de nos cartes qui n'étaient jusqu'alors jamais sorties.

Il s'agissait des cartes N 5, J 5, B 6.

Nous nous sommes efforcés de créer de nouvelles figures plus typiques et, dès le premier jour de leur mise en service, nous avons enregistré une rencontre avec l'une d'elles. Y a-t-il là simple coïncidence ?... On peut à notre avis en douter; d'autant plus que depuis lors, 2 de ces cartes semblent sortir beaur coup plus aisément.

Il serait donc, en principe, possible d'améliorer graduellement l'aire de couleur verte dont nous avons parlé lors de la comparaison des courbes 3 et 5, et, par là, d'augmenter l'importance des ordonnées de la courbe 7.

La moyenne 41,6 %, obtenue par nous, serait alors augmentée par la seule étude judicieuse de la forme des figures proposées à la sagacité des percipients.

Les chercheurs qui auraient le loisir de reprendre nos expériences, pourraient utilement mettre cette remarque à profit.

suivre)

B. de Cressac Ing. E. C. P.

Apriorisme et métapsychique

Il n'est pas nécessaire d'être métagnome pour prévoir que notre nouveau-né « Sciences Métapsychiques » rencontrera sur son chemin, au début au moins, plus d'hostilité que de sympathie, que sa route sera semée d'embûches, qu'il faudra le défendre contre ses ennemis et quelquefois aussi contre ses amis.

Je vais m'occuper, dans cet article, uniquement de ses adversaires éventuels.

« Comme il s'agit de phénomènes peu habituels le public et les savants ont pris le parti de les nier, tout simplement sans examen » a écrit le Professeur Richet.

Cet apriorisme du public est fonction de celui des savants. Celui là seul va donc retenir notre attention.

Au nom de la Science la plupart des savants condamnent encore la métapsychique. Mais qu'est-ce donc que cette Science ?

Autrefois de braves gens voyaient quelquefois des pierres tomber dans leurs champs. Ils estimaient par suite que de telles masses pesantes pouvaient se déplacer dans l'espace. Au nom de la Science on se moqua longtemps de ces croyances. Il fallut cependant un jourles admettre. Nous connaissons mainnant les aérolithes.

Les marins affirmaient que dans les mers profondes, tout au fond, il y avait des poissons. Au nom de la science il était déclaré que la pression exercée par l'eau à de telles profondeurs était si considérable que nul être vivant ne devait pouvoir la supporter. Les recherches faites révélèrent une vie intense et éminemment curieuse.

Au nom de la Science Auguste Comte affirmait qu'était à jamais inconnaissable la composition chimique des corps célestes. Il avait à peine fermé la bouche que l'on voyait naître l'analyse spectrale et nous connaissons maintenant ces astres, en ce qui concerne leur composition, aussi bien que si nous les avions explorés directement.

Au nom de la Science on condamna les chemins de fer, car, étant donné la vitesse à laquelle ils allaient se déplacer, il devait se produire chez les insensés qui s'embarquaient dans une telle aventure des troubles graves. N'insistons pas...

Au nom de la Science on vit s'élever des protestations indignées quand Arrhénius déclara que les molécules en solution étaient dissociées en ions. Ces protestations furent plus véhémentes encore, toujours aunom de la Science, quand

Pasteur prétendit que têtards et asticots ne naissaient pas par génétation spontanée, et que les microbes étaient la cause d'un grand nombre de maladies. Quand à celui qui présenta dans une de nos Académies le phonographe d'Edison, il risqua simplement sa vie car, au nom de la Science, un savant (professeur Bouillaud) se précipita sur lui en déclarant qu'il ne serait pas la dupe d'un ventriloque.

Au nom de la Science et grâce à de savants calculs on affirmait que jamais les plus lourds que l'air ne permettraient, de se déplacer dans l'espace. Hélas, les bombes qui sont déversées sur nous à l'heure actuelle nous démontrent assez nettement quelle valeur peuvent avoir, dans certains cas, ces calculs savants....

Et c'est cette même science qui condamne de la même façon la métapsychique.

Cela nous rassure. Car il est probable que dans l'avenir, qui peut fort bien ne pas être éloigné, nos détracteurs figureront à côté de ces joyeux plaisantins qui faisaient de Galvani « le maître à danser des grenouilles ».

Une telle attitude pouvait encore s'expliquer au siècle dernier. De grandes lois avaient été établies ; on s'inclinait respectueusement devant elles. Mais actuellement on parle beaucoup.plus de leurs défaillances et des incertitudes de la Science. Les grands prêtres ont des doutes, les dogmes ne sont plus intangibles.

« Nous ne sommes plus très sûrs que nous pourrons jamais « comprendre » au sens ancien du mot. — L'homme ne veut pas tant comprendre que croire qu'il comprend. — Certaines expressions telles que « vérités scientifiques » ne doivent êtres prises que dans un sens très restreint, fort différent de celui que le public leur attribue souvent. Il n'y a pas de vérité scientifique au sens absolu. Le nombre des questions qui restent sans réponse augmente de jour en jour. Les illusions qui sont permanentes et partagées par tous constituent ce que nous appelons la réalité. Certaines théories n'ont pour but que de jeter des passerelles fragiles entre les ilôts du savoir sur un océan d'ignorance. Tout se passe comme si chaque découverte nous révélait un peu plus notre ignorance » (Lecomtedu. Noûy).

Si bien qu'actuellement on considère que « la Science n'est encore qu'une aventure et toutes ses vérités « provisoires » (J.N.R. Sullivan).

Dans ces conditions que peut signifier cet ostracisme de nombreux scientifiques à l'égard d'une Science (car la Métallique est une science, je le démontrerai dans un prochain article) qu'ils critiquent d'autant plus qu'ils la connaissent moins.

le n'aime pas le mot métapsychique, j'estime que le mot metabiologie conviendrait mieux. Nous sommes en effet aux confins de la biologie quand nous étudions les réactions paranormales de certains individus qui sont d'ailleurs normales dans certains autres pays et qui le seront chez nous un jour prochain.

Or que savons-nous donc de la biologie des êtres vivants pour nous permettre de condamner ainsi ces investigations ?

Nous ne savons rien. Nous ne savons ni pourquoi ni comment nous vivons. Nous ignorons pour quelles raisons nous voyons, nous entendons, nous pensons, nous dormons...

« La Science est une collection de recettes » a dit Poincaré et cela s'applique surtout à la plus obscure de toutes les Sciences, la biologie.

Si nous plongeons dans le monde des microbes, auquel j'ai consacré depuis trente ans le meilleur de moi-même, nos incertitudes apparaissent plus pénibles encore. Qu'est la cellule microbienne, que sont les poisons qu'elle élabore, qui nous tuent on ne sait comment et auxquels nous résistons on ne sait pourquoi. Mais « l'habitude ôte de l'étrangeté » a dit il Montaigne. De sorte que nous croyons les connaître.

Bien plus, que sont donc ces êtres ultramicroscopiques qui traversent les bougies de porcelaine, dont la taille est à peu près celle d'une grosse molécule albuminoïde et qui cependant sont à l'origine de maladies infectieuses nombreuses, Fréquemment graves et étonnamment contagieuses, souvent ?

Mais voilà que nous apprenons que quelques-uns de ces ultra-virus seraient cristallisables. Nous sommes donc jetés à la recherche d'une véritable vie éparse dans ce monde si énigmatique des cristaux, qui savent réparer leurs plaies, se souvenir et que l'on peut anesthésier.

Or, nous arrivons de cette . façon dans le domaine de la métapsychique. N'a-t-elle pas été amenée, elle aussi, et cela en utilisant les méthodes scientifiques d'observation et d'expérimentation, à rechercher la vie au delà des limites conventionnelles imposées par la Science ? Il faudra donc savoir désormais si, dans ces recherches, ce sont les savants qui font de la métapsychique ou les métapsychistes qui font de la Science.

En vérité cet apriorismede nos savants et des autres, s'explique sans peine.

Réfléchissons un instant :

La vie est apparue sur la terre il y a environ 1 milliard 400 millions d'années.

Les hommes y exercent leurs ravages dépuis 200 à 300 mille ans.

Notre Science évolue nettement et rapidement depuis 200 à 300 ans.

Ne comprend-on pas mieux ainsi ces incertitudes, qui ne sont que les balbutiements de cette Science naissante ? Et cet apriorisme est-il autre chose que la réaction d'un enfant qui commence à assembler des mots, mais qui rageusement entend ignorer ceux qu'il n'arrive pas à déchiffrer?

Docteur Belin

Lauréat de l'Institut et de l'Académie de Médecine

De la perception du temps à propos d'une prédiction réussie

Qu'appelle-t-on objectivité en science ? L'état d'un esprit qui ne croit pas posséder toutes les idées nécessaires à la compréhension des faits et qui est prêt à réviser ses opinions. Les savants montrent normalement cette souplesse dans leur observation des astres, des énergies et des organismes. Pourquoi ne l'aurait-on pas aussi devant les manifestations, si bizarres qu'elles paraissent d'abord, de la vie psychique elle-même ? En astronomie, en physique et en biologie l'intelligence m édifié un savoir énorme quoiqu'elle s'y soit tenue jusqu'ici aux données des sens ordinaires. Soit. Est-ce une raison, comme trop de gens le font encore, de récuser sans examen objectif tout autre mode de perception ?

Voici précisément une voyance de l'avenir dont la véracité est incontestable (*). Elle est triplement intéressante. Elle prouve, après tant d'autres, mais dans une convergence exceptionnelle, la réalité des facultés métapsychiques. Elle oblige ensuite à reconnaître la diversité des moyens d'apprécier le temps des événements futurs. Enfin, elle autorise à conclure d'une manière générale que si les prédisants se trompent, c'est faute, non de leur intuition, mais de leur art à dégager et à formuler son contenu.

(*) L'auteur de l'article garantit l'authenticité des faits re'atés. Il connaît personnellement et la personnequia bénéficié de la prédiction (homme de haute culture et dont l'esprit critique est d'une acuité exceptionnelle) et quatre parmi ceux qui la lui ont fournie Lui-même a pris la précaution de consigner par écrit les dires des prédisants bien avant l'époque où la prophétie a commencé d'être vérifiée et il le fit parfois dans des conjonctures où celle-ci paraissait ridicule. Enfin, les neuf cites ici ont été consultés indépendamment les uns des autres et la plupart ignorait tout de M. B.

M. B. commença par témoigner d'une grande foi en la métapsychique ; puis, non sans raisons, il devint envers elle d'un scepticisme complet ; mais il dut reprendre sa première conviction à la suite d'une expérience mémorable.

Il y a environ quatorze ans, il consultait un chiromancien disparu, Henri Rème, cinq ans plus tard, le maître en chiroscopie Henri Mangin. Il faisait chaque année établir son horoscope par Mademoiselle Jacquemin. Entre temps, six voyantes eurent aussi à le renseigner sur son avenir. Or ces prédisants s'accordaient sur quatre points. Premierement : un jour la situation de M. B devait changer radicalement ; madame Martin ajoutait : après un changement dans la maison même où il était présentement. Secundo : à ce moment-là commencerait la grande réussite de sa vie et elle serait brillante. En troisième lieu, il ferait beaucoup de voyages. Enfin, il manifesterait une activité littéraire. Toutefois, sur un cinquième point ils étaient divisés : quand obtiendrait-il cette transformation heureuse ? Rème, Mangin et Madame Blanche Oriôn la prévoyaient dès qu'il aurait atteint la quarantaine. Mesdames Granger, Desmoulières et France, consultées respectivement en 1941, 43 et 44, se bornaient à dire : bientôt. En octobre 42 Madame Martin envisageait l'année suivante alors que Giaccome avait en septembre annoncé une attente de trois ans.

M. B était loin d'être satisfait de l'existence. Dans une affaire possédée et dirigée par son père et son frère aîné, il était médiocrement appointé. Il demandait d'être associé ; mais son aîné et son père atermoyaient toujours, refusant contre toute évidence de lui reconnaître assez de dévouement et de capacités. Ainsi, faute de moyens, M. B. ne voyageait guère et la position inférieure où il était tenu lui avait enlevé toute confiance en soi : en particulier, il ne croyait nullement en ses aptitudes littéraires.

On comprend donc qu'il désirât avidement l'accomplissement des quatre prophéties. Le drame commença en 1942 quand il entra dans ses quarante ans. Sa situation demeura identique, et même empira vu les circonstances de guerre. Pas de jours alors qu'il ne pestât contre sa crédulité antérieure et qu'il n'ironisât à propos de chiroscopie, d'astrologie et de voyance. Il toucha le fond du scepticisme au moment où il apprit que son père venait de vendre l'affaire. Son destin lui parut plus lamentable que jamais, car il avait peu de chances de retrouver ailleurs un poste pareil à celui auquel il s'était consacré jusque là.

« Les concordances des prétendues prédictions s'expliquent aisément » répétait-il désabusé. « J'apportais avec moi un cliché tout subjectif, né de mes désirs, et les voyants, par transmission de pensée, assimilaient inconsciemment ce cliché puis me le resservaient comme si c'eût été un vrai pressentiment. Mais, lui objectait-on, comment Rème, Mangin et Blanche Orion, auraient-ils dans ce cas parlé de sa quarantaine, puisque lui-même espérait réussir beaucoup plus tôt ? « Coïncidences », répliquait-il. Un filet, s'il l'on ose dire, de croyance aurait dû naître en lui à propos d'un fait occasionnel.

Un journal luiavait demandé de tenir la petite correspondance et il s'était mis a écrire des lettres qui avaient un beau suc-ces auprès des lectrices. « Bah ! encore une coïncidence » clamait sa désillusion.

Soudain un événement inattendu renverse toutes ces perspectives. Le consortium qui avait acheté l'industrie paternelle vient lui en offrir la direction commerciale. « C'est par un changement dans votre maison que votre position s'élèvera » avait dit Madame Martin. Or le contrat l'intéresse aux bénéfices de telle sorte que ses émoluments en seront très largement augmentés. D'autre part son rôle actuel lui permet des initiatives que son père refoulait toujours obstinément. Le voilà en mesure de déployer toutes ses capacités qui sont remarquables. Enfin, il sera sans cesse obligé de voyager pour le compte de la l'inné. Ainsi au moment même qu'il en désespérait tout à fait, la quadruple prophétie venait s'accomplir,

Est-il besoin de certifier qu'il a quitté sa négativité intransigeante ? Que l'on songe en effet aux autres éventualités que les prédisants pouvaient envisager pour lui, à l'exactitude avec laquelle les faits s'emboîtent dans les prédictions, aux circonstances qui entourent ces faits. On ne trouvera plus qu'une infime probabilité en faveur de l'idée, que ce sont là de purs hasards, de simples coïncidences, probabilité à peu près du degré de chance que des caractères lancés en l'air composent à leur retombée Le Cimetière Marin. Il est trop facile de nier envers et contre tout, et cette attitude n'a aucune fécondité dans les recherches.

Un sujet de contestation demeure. Martin et Giaccome se sont trompés doublement à propos du temps, des événements. Ceux-ci se passèrent en 1944. Or elle avait indiqué : 43 et lui : 15. Pourquoi aussi Oranger, Desmoulières et France se sont-elles bornées à la formule : ce sera pour bientôt ? Bientôt peut signifier un lustre comme un mois ou une semaine. Et le présage commun à Rème, Mangin et Blanche Orion : après la quarantaine, est vague également. Beau terrain pour le scepticisme ! Tout autre pourtant doit être la conclusion si l'on retient le point sur lequel les prédisants n'ont cessé de s'accorder et si l'on scrute la raison de leurs divergences. Il est incontestable que tous ont distingué avec justesse passé, présent et avenir. Aucun n'a logé dans les antécédents ou l'actualité de

M. B. les quatre faits en question. C'est done qu'ils y percevaient effectivement une tranche bien définie du temps et la même. Les neuf là-dessus étaient unanimes. Peut-il y avoir la moindre place pour un doute raisonnable ?

Au reste, une telle connaissance n'est pas d'un ordre entièrement nouveau. Bien des gens —peut-être tous en deviendraient-ils capables s'ils s'y exerçaient — se commandent de s'éveiller à une heure plus matinale que l'accoutumée. Et ils s'y éveillent avec parfois une précision de minute. Ils préparent donc la forme chronologique, pour ainsi dire, où viendront se couler les états psychiques — impressions persistantes, rêves ou autres pensées — qu'ils auront à vivre durant le sommeil. S'ils la préparent, c'est qu'ils la possèdent déjà ; ils la pressentent au sens exact exprimé par le suffixe pré-avant. Elle est très spéciale certes. On ne peut la comparer à une perception ordinaire : on n'entend ni ne touche la durée. Elle implique un allongement de la conscience par dessus des états successifs. Elle n'en est pas moins une faculté assez courante. Alors pourquoi la voyance d'avenir, au lieu de la limiter à quelques heures, ne serait-elle pas à même de l'étendre à des jours, des semaines, voire des années ?

Comment s'expliquent alors les écarts de Martin et de Giaccome ? Ils sont venus de ce que ces derniers ont mêlé d'une façon indue la perception personnelle de la durée à la conception sociale du temps. Si j'affirme : cet homme aura trente ans en octobre 1945, j'admets la division de l'année en mois arbitraires de 28, 30 et 31 jours, le repère de l'ère chrétienne, etc, notions élaborées péniblement au cours des générations succinctement assimilées à l'école et qui supposent une foule de calculs.. Je ne pourrais énoncer mon affirmation si je ne consultais d'abord le' calendrier. Si donc les voyants ont commis une erreur elle n'est pas due à leur perception de la durée concrète, elle n'est que la traduction inexacte de cette perception en une date de précision historique.

Ce n'est pas qu'une prédiction d'événement soit incompatible avec la précision. Mais elle est susceptible de la revêtir sous trois formes très différentes qu'il ne faut pas confondre et qui, d'ailleurs, sont comme autant de degrés. La plus simple se trouve dans les formules « cela arrivera bientôt » ou « ce ne sera pas pour tout de suite » etc. C'est celle dont Granger, Desmoulières et France ont usé. Elle comporte une certaine discrimination quantitative, une mesure incontestable du laps d'attente. Le prédisant peut aussi procéder autrement. Dans un coin de son cliché qui chez lui est objectif, il relève un caractere et il en tire l'inférence nécessaire. Par exemple Rème,

Mangin et Orion ont pu parler de la quarantaine de M. B.

d'apres les traits et la corpulence, sous lesquels il leur apparaissait, Selon l'aspect des arbres perçus, c'est le printemps, l'ete ou l'hiver qui sera l'époque de l'événement. En ce cas il serait même possible de donner la date juste si quelque part dans le spectacle était placée une éphéméride ouverte au jour Ce dernier « datage » rigoureux, un troisième procédé serait a méme de l'obtenir toujours. Soit un voyant rompu aux supputations du temps social. D'ordinaire les astronomes inserent leurs prévisions abstraites dans la partie de leur conscience qui se penche vers l'avenir en opposition au sens queles souvenirs indiqueraient. Eh bien ! Pourquoi un prédisant n'utiliserait-il pas la même science chronologique pour exprimer en termes serrés ce que sa perception lui révèle de lasuccession des faits futurs ? C'est probablement ce que Martin et Giacome ont voulu essayer mais leur dextérité était insuffisante. N'est-ce pas néanmoins ce que réalise l'homme exercé à découper ses journées selon la marche de la pendule et qui se commande le réveil à une heure exactement calculée ? L'exposé de la prédiction étudiée ici doit contribuer à reduire la distance prétendue infranchissable que beaucoup veulent maintenir entre les recherches métapsychiques et la science car elle prouve de double façon l'identité de ces deux conquêtes de connaissance.

Pourquoi en astronomie, en physique et en biologie le savoir est-il plus assuré que dans les voyances? C'est que celles-là sont dues à une coopération nombreuse tandis que celles-ci reposent en général sur des dires individuels. En conséquence les voyances montrent seulement des aspects partiels des choses, suggérant des représentations insuffisantes, de la même façon qu'un homme concevrait mal la lune s'il ne l'apercevait jamais qu'à son dernier quartier. Il en est autrement lorsque plusieurs personnes confrontent leurs observations : bien des données y sont communes ce qui constitue une première base de vérité solide. Or ici tous les prédisants ne se sont-ils pas accordés sur quatre événements futurs?

Mais leurs divergences dans l'appréciation du temps ? Quel'on considère là-dessus la façon d'opérer des savants. Eux aussi ont des moyens d'information disparates qui leur annoncent les faits sous des formes souvent incompatible entre elles. Ils n'en concluent pas plus à l'inanité des détails révélés que pour avoir senti les vibrations d'une lame diversement au toucher et à l'oreille, on ne se met à crier à une pure illusion. Les renseignements recueilbs sont d'une exactitude inégale : peut-être même tous doivent-ils être rectifiés. Ils n'en fournissent pas moins une seconde base de vérité.

De la même façon les prédisants se sont répartis en trois groupes en ce qui concerne le temps des événements. C'est qu'ils avaient employé trois procédés dissemblables. En on ne peut pas plus leur reprocher de s'exprimer trop vaguement qu'aux Astronomes antiques de n'avoir pas prévu les éclipses à une minute près — pas plus d'avoir dit des dates inadéquates qu'à un arpenteur disposant seulement d'un mètre rigide de mal calculer la surface d'un terrain inégal. Au lieu de traiter leurs paroles avec un complet scepticisme, il est plus objectif de jauger les valeurs différentes de leurs procédés et de reconnaître que ces procédés sont perfectibles. A cet égard la recherche poursuivie en communauté sympathique est la condition initiale de tout progrès du savoir.

Pierre Salzy, agrégé de philosophie.

Le procès du déterminisme

Dans son «Introduction à la théorie analytique des probabilites » Laplace a écrit cette phrase lapidaire qui contient toute la doctrine déterministe:

« Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutesles forces dont la nature est animée et la situation respective de êtres qui la composent, si d'ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans une même formule le mouvement des plus grands corps de l'uni-vers et ceux du plus léger atome; rien ne serait incertain pour elle et l'avenir comme le passé serait présent à ses yeux. » L'observation des phénomènes physiques de la matière inerte aconfirmé, aussi complètement que l'on pouvait l'attendre, lesprévisions du déterminisme. Ce n'est qu'à l'échelle de l'atome qu'il suscite aujourd'hui quelques doutes. Il reste néanmoins l'hypothèse fondamentale et le fil conducteur de toute notre science qui, sans lui, n'existerait pas.

Le déterminisme de Laplace ne distingue pas entre les phénomenes de la matière inerte et ceux de l'esprit. Appliqué aveuglemnetà ces derniers, il fait de l'homme un automate. Il lui enleve, en même temps que sa responsabilité, sa noblesse spirituelle. Il l'a dépouillé de ses pudeurs morales et éloigné des sentiments sacrés. S'il a guidé la science vers ses découvertes prodiglieuses, il a contribué aussi à dégrader la moralité de nos societes. De là l'usage parfois atroce de ces découvertes qui, selon les circonstances, deviennent des bienfaits ou des fléaux.

L'homme possède-t-il une parcelle de liberté réelle? Peut-il remuer parfois ses doigts de sa propre initiative? Nous en avons tous la conviction absolue. Quand nous en faisons l'expérience, elle reussit toujours. Nous la réalisons mille fois par jour. Elle estaussi scientifique que toutes celles des laboratoires. La vérité que nous en déduisons, à savoir: que nous pouvons remuer nos doigts à notre fantaisie, est aussi solidement établie que les s scientifiques les plus certaines.

On alléguera en vain, en guise de réfutation, que nos gestes ne nousparaissent libres que parce qu'ils s'accompagnent d'uneillusion spontanée et concomitante qui nous donne le sentiment invincible qu'ils sont tels. C'est là une simple affirmation denuée de toute justification.

Quand un voyageur, glissant malencontreusement sur le quai d'une gare, est précipité à sa grande terreur sous les roues d'une locomotive en marche, il n'a certes pas l'illusion d'accomplir un geste volontaire. Si tous nos actes sans exception étaient également contraints et prévisibles depuis l'origine du monde, comme le dit Laplace, il serait inconcevable que certains s'accompagnent de l'illusion d'être volontaires tandis que d'autres seraient dénués de cette même illusion. Cette différence arbitraire constituerait une fantaisie impossible du déterminisme puisque, par son essence, le déterminisme ne peut être fantaisiste.

Tous les hommes valides agissent comme s'ils se croyaient] libres de remuer leurs doigts. Si l'un d'eus, par attitude d'esprit ou par amour du paradoxe, niait cette liberté, nous nous en rapporterions à ce qu'il fait et non à ce qu'il dit et nous verrions sans peine qu'il n'échappe pas à la règle commune.

Etant admis que l'homme jouit d'une parcelle de liberté, considérons, comme Laplace, le système formé par « toutes les forces dont la nature est animée». Aussi longtemps qu'une volonté libre ne se manifestera pas dans l'univers, ce système évoluera conformément aux lois de la mécanique, selon un cours inflexible qui se reproduirait identiquement à lui-même dans ses moindres détails, autant de fois que l'expérience serait renouvelée, si elle pouvait l'être. Mais si, au cours d'une nouvelle expérience, je prenais la résolution de lever le petit doigt, il se lèverait effectivement, alors qu'il serait resté inerte au cours des expériences précédentes. Ma résolution aurait changé le cours des choses de l'univers et non pas seulement à l'endroit de l'espace où se trouve mon petit doigt, mais dans cet univers] tout entier où il n'existe ni un soleil ni un atome dont la matière ne soit attirée par celle de mon doigt et dont la course ne soit] affectée dès qu'il advient que je le remue. Tel est un des effets de notre liberté et non pas le plus merveilleux comme nous allons voir.

Modifier à partir d'un instant donné le cours des choses de l'univers, c'est modifier l'évolution du système formé par, toutes les forces dont la nature est animée et la seule façon possible de modifier ce système, nous enseigne la Mécanique, c'est d'y ajouter au moins une force (*).

(*) Supprimer une force revient à ajouter une force égale et de sens contraire à une des forces du système.

Et cette force ajoutée, qui ne faisait pas partie un instant auparavant de l'ensemble des forces de l'univers, d'où peut-elle venir?

On suggérera sans doute que la réponse est facile, qu 'elle est connue depuis longtemps et que nous ne faisons, lorsque nous remuons une partie de notre corps, que transformer l'énergie emmagasinée dans nos muscles en énergie agissante. Mais ce n'est là qu'une partie de la vérité et c'est précisément l'autre partie qui est merveilleuse.

Il n'existe en mécanique que deux sortes d'énergie: 1° L'énergie potentielle c'est-à-dire emmagasinée etau repos, telle que celle d'un baril de poudre, d'un poids suspendu à un fil avant sa chute ou celle de nos muscles au repos.

2° L'énergie cinétique ou de mouvement telle que celle d'un train en marche ou celle qui anime nos muscles en mouvement.

L'énergie potentielle ne peut être libérée et transformée en energie cinétique qu'après avoir subi au préalable une action de déclenchement. Dans le cas du poids suspendu à un fil ou du baril de poudre, il faudra, pour libérer cette énergie, couper préalablement le fil qui soutient le poids ou mettre le feu à une parcelle de la poudre du baril, opérations qui exigent elles-mêmes une dépense d'énergie. Et l'énergie dépensée à cet effet de peut être celle ni du poids, ni de la poudre car l'une et l'autre ne sont utilisables qu'après déclenchement et jamais avant.

De même pour déclencher l'énergie de nos muscles, il nous faut faire entrer en action, préalablement, une énergie cinétique qui ne peut provenir de la transformation de l'énergie potentielle de ces mêmes muscles. En d'autres termes les poids solidement attachés ne se libèrent pas d'eux-mêmes, les barils de poudre ne prennent pas feu spontanément et nos muscles au repos n'amorcent pas leurs mouvements sans l'intervention d'une energie qui n'est pas la leur: ainsi le veut le principe bien connu de l'inertie.

Dès lors, que j'utilise on non de l'énergie potentielle, lorsqueje modifie à un instant donné, en accomplissant un geste volontaire quelconque, l'évolution du système formé par toutes les forces de l'univers, il faut nécessairement que j'ajoute à ce système, au moment où commence la modification, une force qui n'existait pas auparavant dans l'univers et cette force est la manifestation d'une énergie que je dois nécessairement créer au sens divin du mot.

S'il est vrai, comme chacun le croit au plus profond de lui-même, que nous possédons au moins une parcelle de liberté, si d'autre part, notre Mécanique est une science, exacte, il résulta de là nécessairement que l'homme, chaque fois qu'il agit librement, crée de l'énergie qui ne provient de rien. Il fait un miracle.

Cette conclusion est évidemment en contradiction absolue] avec le principe de la conservation de l'énergie. Serait-elle done absurde ?

Le principe de la conservationde l'énergie résulte uniquement de l'observation de phénomènes physiques. Il n'est fonde légitimement que dans ce seul domaine. Le transplanter dans le domaine de l'esprit revient à supposer que l'esprit, comme la matière ou l'énergie, est maintenant une variété d'électricité. La création d'énergie par l'esprit ne serait absurde a priori que si la nature électrique de l'esprit venait à être démontrée. Or, cette hypothèse étrange est actuellement dénuée de tout fondement.

Admettons donc le résultat auquel la pure logique nous a conduit, c'est-à-dire que toute volonté libre crée, de l'énergie et examinons quelques conséquences de cette propriété remarquable.

Puisqu'il est créé de l'énergie à tout instant, soit par les hommes, soit par les autres êtres doués de liberté qui peuvent se trouver dans l'univers, la somme d'énergie contenue dans cet univers croît sans cesse et d'une façon imprévisible.

Au système formé par toutes les forces dont la nature est animée, de nouvelles forces s'ajoutent constamment de sorte que, l'intelligence imaginée par Laplace, renseignée exactement sur. l'état de l'univers à un instant donné, n'en pourrait, si elle existait, rien déduire de certain, ni quant au passé, ni quant à l'avenir.

Il résulte de là que le déterminisme absolu n'existe pas; il n'existe qu'un déterminisme imparfait et approximatif.

Mais ne nous exagérons pas l'importance de ses perturbations possibles. On sait que selon la science actuelle, l'énergie a une masse et par conséquent un poids. D'après Sir James Jeans, toute celle qu'un homme dépense au cours d'une longue vie de dur travail manuel pèse environ un demi-milligramme. Encore n'est-ce là que la quantité d'énergie potentielle qu'il extrait du glycogenedéposé dans ses muscles en la transformant en énergie cinetique. Sa création propre est l'énergie qu'il doit émettre pour declencher et régler cette transformation. Ce n'est évidemment qu'une partie i



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