CAHIER I
L'Association Française d'Etudes Métapsychiques
. Il nous a paru intéressant et légitime de consacrer les premières lignes
de cette publication à l'Association Française d'Etudes Métapsychiques.
Les pionniers delà première heure pourrontavec une légitime fierté mesurer toute
l'étendue du chemin parcouru. Nos amis nouveaux venus y apprendront toute la
valeur de notre effort et des résultats obtenus. Ceux enfin, qui nous ignorent
encore, y trouveront des bases précises pour mieux nous connaître.
Après l'échec de notre vice-présidence dans le Comité d'Etudes d'un
groupement métapsychique qui, par une publicité tapageuse, avait beaucoup fait
parler de lui au début de la guerre, nous nous sommes trouvés fort dépourvus
devant notre vif désir de voir progresser les Etudes Métapsychiques autrement
que par de petites réunions de salon, scientifiquement sans valeur et pratiquées
par des gens souvent trop peu qualifiés.
Aussi, le 15 octobre 1941, avec un groupe fondateur restreint de 14
personnes, tenions-nous la première assemblée générale de l'Association
Française d'Etudes Métapsychiques.
Par ailleurs, la Société d'Etudes Psychiques de Paris, fondation Jean Meyer, avait vu son
activité fortement diminuée à la suite de la découverte degraves manoeuvres
frauduleuses de son ancien secrétaire général. La mort par le fait de l'ennemi
de son Président, Ch. Andry-Bourgeois, Ingénieur des Mines et E.S.E., survenue
en 1940, jointe à la fermeture de la maison de la rue Copernic où la S.E.P.P.
avait son siège, avait encore ajouté aux déboires de cette société,
définitivement condamnée.
C'est pourquoi le Cte. Delamarre de Monchaux, dernier Président delà S.E.P.P.,
fondation J. Meyer, avec une grande largeur de vue et un sens profond des
réalités, accepta avec empressement le projet de fusion des deux groupements
que nous lui avions proposé.
La convention de fusion fût signée par les deux présidents le 20 octobre
1941. La nouvelle Association prit désormais le nom d'Association Française
d'Etudes Mélapsychiques, fondation Jean Meyer, juste hommage rendu au généreux
et éclairé mécène des recherches métapsychiques en France. Les membresde la S.E.P.P.
purent rejoindre comme membres fondateurs la nouvelle A.F.E.M. dont le Comte
Delamarre de Monchaux fut aussitôt nommé Vice-Président.
Peu après, un certain nombre de transfuges du groupement dont il fut
question plus haut rejoignaient nos rangs. Il l'agissait de personnalités de
tout premier plan: M. Berger, H. Mangin, P. Devaux.P. Salzy, etc.. dont la venue à l'A.F.E.M. consacrait la valeur et
la nécessité de notre effort. Deux d'entre eux prenaient, quelques semaines
après, place dans notre Conseil d'Administration.
Nos statuts étaient officiellement déposés à la Préfecture de Police qui
nous en donnait reçu le 10 février 1942.
Il ne s'agissait plus désormais que d'aller de l'avant.
Dès les premiers moments nous avions entrevu la nécessité pour notre
A.F.E.M. de constituer un important centre bibliographique et nous nous
empressions de réunir quelques dons ou prêts formant ainsi le premier embryon
de notre future bibliothèque.
On s'efforça également de trouver, au plus tôt, une formule de travail. Après
les inévitables tâtonnements du début, le Conseil d'Administration, tenant
momentanément lieu de Comité Technique des Etudes, adopta les idées de son
Président relatives à l'étude systématique de la forme de voyance dite «
psychométrie ».
Un document de haut intérêt groupant des renseignements sur plus d'une centaine,de sujets voyants,
professionnels ou non, avait simultanément été constitué, nous pourrons sans
doute consacrer plus tard quelques instants à son analyse.
Peu après, dès l'année 1942-43, avait lieu notre première série de
conférences avec la collaboration de Mrs. : Delamarre de Mondiaux,
P. Devaux, H. de France, H. Mangin, P. Salzy, R. Trintzius, et nous-mêmes. Un
succès honorable fût la sanction de cet effort.
L'année suivante le concours de Mrs Darrigrand,Delamarre de
Mondiaux, H. de France, H. Mangin, Dr Maury, Dom Neroman, J. Renard,
R. Trintzius, et nous-mêmes permit à l'A.F.E.M. d'atteindre un public sans
cesse accru et d'obtenir, parfois, des salles magnifiques.
Les difficultés surgies à la suite delà libération ne permi rent pas au Comité
des Etudes de l'A.F.E.M. de mettre sur pied en 1944-45 un cycle d'enseignement
aussi complet qu'il l'eût désiré. Seulement 4 conférences purent avoir lieu
avec Mme Maryse Choisy, Mrs Delamarre de Mondiaux,Gaudfernau,
et H. Mangin, qui furent des orateurs écoutés.
Enfin, au cours de l'exercice 1945-46, nous sommes, pour la première fois,
parvenus à mettre sur pied un cours d'enseignement véritablement homogène. Nos
maîtres de conférences étudièrent, chacun dans sa spécialité, les divers
aspects du délicat problème des « matérialisations ». Nos auditeurs connurent
les sentiments des chercheurs, des physiologistes et des savants avec Mlle de
Pfeffel, M. Berger, de Cressac,H. Mangin, D Morlaas, H. Regnault, Rougeoreille,
P. Salzy, R. Trintzius. Ce cours fût heureusement complété par deux conférences
d'intérêt général avec Ms Delamarre de Mondiaux et Gaudfernau.
Nous avons indiqué ci-dessus comment avaient débuté nos recherches.
Celles-ci un peu trop arides pour beaucoup de nos amis ne purent pas être
conduites aussi longtemps que nous l'aurions désiré. Cet inconvénient majeur
signalé par nous lors de l'Assemblée Générale du 20 juin 1943, n'empêcha pas
d'obtenir des résultats du plus haut intérêt sur lesquels nous ne nous
étendrons pas, ceux-ci devant être publiés ultérieurement.
Le Dr Creuzé ayant été dans la suite chargé de l'organisation du
Comité Technique des Etudes, nous avions espéré un grand essort de ces
dernières. Malheureusement son âge et son état de santé précaire ne lui
permirent pas de réaliser ce qu'il eut
sans doute souhaité. Après une annee de recherchers assez
décousues, l'organisation définitive du dit Comite fût enfin obtenue les 1er et 8 avril
1944. Nous assumâmes des lors la triple et lourde charge de Président du
Conseil d'Administration, Dr recteur Général de l'A.F.E.M. et Chef des Travaux
du Comité Technique des Etudes. L'Activité technique de l'A.F.E.M. lût, dès
lors, partagée entre les recherches sur la magnétisation des cultures microbiennes,
confiées à la haute autorité de Mlle, de Pfeffel et la démonstration
expérimentale de l'existence de la télépathie dont nous avons étudié nous-mêmes
le détail technique et assuré la direction pratique.
Si les secondes expériences, comme nous le verrons par ailleurs, nous ont
donné toute satisfaction, nous devons par contre, à la vérité de reconnaître
que, malgré les soins apportés parles expérimentateurs, les recherches
bactériologiques se sont avérées absolument nulles. Nous publierons plus tard
le compte-rendu
précis de nos investigations.
On voit, dès lors, que nos efforts n'ont pas été vains et que la moisson recueillie s'est montrée substantielle.
Entre temps un très gros travail avait été l'ait pour l'énrichissement de
notre bibliothèque. Tous ceux qui ont été à meme de voir au siège, sa consistance savent que notre
installation constitue désormais une importante et tangible réalité. Un double
fichier bibliographique et un catalogue sont à la disposition de nos membres.
Un grand fichier de documentation métapsychique de 10.000 fiches va être
bientôt mis sur pied ; la réalisation en est commencée.
Ce court examen rétrospectif de l'activité de l'A.F.E.M.permettra à chacun
de se rendre compte de l'ampleur de l'œuvre accomplie et de ce qu'il sera
vraisemblablement possible d'espérer avec la bonne volonté de tous et avec
l'instrument d'investigation de premier ordre que constitueront dans la suite,
si les destinées nous sont favorables, « Sciences Métapsychiques ».
Le Président
Directeur Général de l'A.F.E.M.
B. de Cressac
La Démonstration Expérimentale de la Télépathie
Exposé de la méthode—
De nombreux chercheurs se sont penchés depuis longtemps sur le problème de la «
démonstration expérimentale et pratique de la télépathie » mettant en œuvre un
fort important volume de recherches avec les méthodes les plus variées et les
plus ingénieuses.
La plupart tentaient de transmettre une image entre agent et percipient en
faisant ou non intervenir le calcul des probabilités pour le contrôle des
résultats.
Cependant, pour plusieurs raisons, une conviction totale ne ressortait pas,
pour le profane, de l'ensemble de ces essais. A côté de quelques résultats tout
à fait brillants, quantité d'autres fort médiocres pouvaient justifier une
interprétation sceptique en attribuant le tout au jeu normal du simple hasard.
Par ailleurs, on utilisait généralement des personnes théoriquement douées
ou entraînées, d'où, pour les gens quelconques, impossibilité de reprendre les
expériences avec des résultats comparables ; situation comportant
nécessairement le scepticisme des chercheurs malheureux.
Enfin le chiffrage des résultats, quand il était possible, était
normalement trop faible pour éliminer toute possibilité de doute.
Avec le concours du Conseil d'Administration et du Comité Technique desEtudes de l'A.F.E.M.
j'ai pu mettre sur pied une méthode ayant justement pour but de répondre à ces
objections :
Elle reprenait une tentative de démonstration ingénieuse, anciennement
connue sous le nom de « Jeu de la rencontre télépathique » ( V. Warcollier : La télépathie), dont voici la
description.
En vue de démontrer la réalité de la télépathie, on prend deux jeux de
cartes ordinaires dont le premier est remis à une personne nommée agent,
chargée de l'émission, l'autre confié aune personne, dite percipient, chargée de
la réception.
L'agent choisira une fraction 1/n de son jeu et essayera de
transmettre au percipient mentalementcarte par carte, chacune
des cartes choisies.
Ce dernier a étalé son jeu devant lui et cherche simultanément à deviner la
carte ainsi émise.
Au bout de n expériences on comptera le nombre des coincidences entre les caries choisies. L'analyse
mathematique
donne les possibilités de la coïncidence on « rencontre ».
Rien n'est théoriquement
changé si le choix
de l'agent s'exerce sur l'une des 4 catégories : trèfle, carreau,
coeur,pique En ce cas n = 4 et la rencontreprobable aura lieu au bout de 4 séries
d'épreuves.
Si le nombre des expériences est peu élevé, ce résultat de I rencontre pour 4 essais ne sera sans doute pas
très exactement obtenu, soit
par excès, soit par défaut. Mais on s'en rapproche ra de plus en plus avec
l'augmentation du nombre des
essais.
En réalité, pour un ensemble de 1.000 essais, le calcul indique que nous
devrons, en moyenne obtenir un nombre de 223 rencontres ou un chiffre compris
entre 197 et 249, d'après la loi de Laplace Gauss, et non 250 comme on pourrait
s'y attendre à priori.
Ces chiffres sont théoriques et l'on conçoit bien que si l'on fait
pratiquement l'expérience dans les seules conditions du hasard, on s'écartera
légèrement de ces résultats.
Cependant si l'on trace à chaque instant la courbe
des résultats obtenus pour l'ensemble des expériences, celle-ci devra, on le conçoit, osciller autour de la ligne théorique
des rencontres avec tendance
à s'en rapprocher indéfiniment.
Si contraire, la courbe expérimentale des rencontres diverge régulièrement de
la droite théorique, on en conclura qu'un facteur, systématique d'erreur à été
introduit dans notre expérimentation, comme le serait, pour le jeu de la
roulette, une table d'horizontalité défectueuse.
En fait, dans le jeu de la rencontre télépathique, tel que nous l'avons
exposé ci-dessus, nous constatons que les chiffres théoriques sont dépassés.
Les expériences réalisées, tant par d'autres expérimentateurs que par
nous-mêmes, ont montré que l'on pouvait espérer mettre en évidence un écart
systématique positif capable d'atteindre 10 %.
Or quel élément de variation systématique spontané pourrait être envisagé,
si ce n'est celui pouvant provenir d'une relation psychique entre agent et
percipient ?
Cet élément d'action nous l'appelons « télépathie » sans préjuger en rien
de sa nature.
Améliorations réalisées par M. de Cressac — Le résultat ci-dessus n'est certes pas
négligeable mais tout habitué des salles de jeu parle de la loi des séries et
un aussi faible écart, au bout d'un nombre de coups même important, pourrait à
juste
titre se concevoir comme ressortant du seul effet
des variations dues au hasard.
Nous avons donc cherché s'il ne serait pas possible d'améliorer celle
méthode et d'obtenir un nombre moyen de rencontres tel que l'objection « hasard
» soit catégoriquement éliminée.
Notre nouveau système permet d'obtenir, nous le pensons, le résultat
désiré. L'exposé ci-après doit -vous en convaincre.
Les modifications apportées à la méthode primitive ont été les suivantes :
1° — Diminuer la durée des essais en en multipliant le nombre pour éviter
aux opérateurs la fatigue psychique que nous avions cru discerner lors, de
précédentes expériences.
Pour cela, nous avons ramené à 40 les 52 cartes du jeu ordinaire, nombre
présentant en outre, des avantages pour la facilité des opérations comptables.
2° — Augmenter les possibilités supposées de la détection. Nous avons pour
ce faire :
a) Ajouté dans notre jeu les coloris jaune et bleu aux deux teintes rouge
et noire.
b) Multiplié les formes
en tâchant de les différencier au maximum.
Notre jeu comporte 40 lames nettement différentes, alors que les cartes de
jeu ordinaire ont des aspects souvent très voisins (10 de carreau et 10 de
cœur, ou deux figures, se confondront facilement).
c) Tâché de faire correspondre
le symbolisme simple des formes choisies avec celui des coloris (le bleu,
symbolisme de ciel, mer, horizon, comportera des représentations horizontales),
d) Cherché à assigner un rang
aisément identifiable pour chaque carte.
Chaque coloris groupe 10 cartes subdivisées en 2 symboles, figurés de 1 à
5, la 5e carte de chaque subdivision étant toujours bien différente
des 4 premières où le symbole choisi est répété de 1 à 4.
En outre chaque subdivision tranche nettement avec la subdivision voisine,
car l'une est à fond blanc avec figures colorées, l'autre à fond coloré avec
figures blanches.
3° — Chercher à obtenir des résultats tout à fait comparables et homogènes
en opérant avec des personnes absolument quelconques, souvent inconnues les
unes des autres,afin
(Démonstration expérimentale de la Télépathie)

Tableau des cartes employées
d'éliminer au maximum toute objection de fraude OU d'erreur par signes même
imperceptibles et involontaires.
Nous avons ainsi poursuivi, en fait, ces expériences avec 37 personnes,
dont 34 hommes et 23 femmes;
Diverses observations ont pu être faites à cet égard ; nous les donnerons
ci-après.
4° —Poursuivre ces expériences assez longtemps pour éliminer toute
variation due au seul hasard et chiffrer avec une approximation convenable les
valeurs moyennes obtenues.
Le chiffre de 1.000 épreuves nous a paru à priori très acceptable, aussi
avons-nous fait tous nos calculs sur cette base.
En réalité, 5 à 600 épreuves auraient été pratiquement très suffisantes
pour entrainer la conviction.
Conduite des travaux- — Nos expériences ont été conduites de la façon suivante :
Nous nous sommes efforcés de constituer des groupes d'expérimentation de 5
à 10 personnes (ce dernier chiffre rarement atteint en pratique).
Simultanément opéraient 1 agent et 4 percipients. L'agent agissait en 2
temps. En premier lieu il concentrait son émission sur la seule couleur pour
essayer dé la faire deviner aux percipients par un effort psychique et
volontaire.
Nombreux ont été les percipients prétendant avoir discerné avec netteté le
vouloir de l'agent sous forme d'idée, de visualisation, d'intuition, etc..
On procédait ensuite à l'émission carte par carte ; un coup indiquait le
commencement, deux coups la fin du choix.
Ceci fait, on pointait, percipient par percipient, les rencontres obtenues,
non seulement par une coïncidence parfaite des cartes, mais aussi par la simple
identité des coloris.
On notait le numéro des cartes rencontrées, ainsi que diverses observations
jugées curieuses au moment même de la séance.
Le procès verbal des expériences était signé par tous les assistants à la
fin de la séance.
On s'attachait à mener les expériences dans le calme et avec le maximum de
silence. Toutes les fois que cette condition n'a pu être obtenue par retards,
allées venues, etc. des participants, les résultats ont été nettement moins
bons.
Ultérieurement, les renseignements fournis par les procès-verbaux ont
permis la mise sur pied de graphiques dont il sera parlé ci-après.
Nous avons dirige ces récherchers en y prenant part nous
mêmes effectivement le moins possible
Les participants ont été souvent alternativement agent ou percipient,
quoique nous nous soyons efforcés de prendre poulies premiers des personnes
supposées les plus aptes au rôle d'agent. Nous avons tenu cet emploi
personnellement un nombre de fois important.
Résultats obtenus- —
Mieux que de longs et fastidieux discours, les courbes figuratives de nos
expériences montreront tout l'immense intérêt des résultats obtenus.
En principe chaque fiche de séance comprend 4 « expériences ». Chacune
d'elles nécessite 3 «essais» avec un agent et 4 percipients, conservés au même
poste et à la même place pendant toute la durée de l'expérience.
Nous appelons « épreuve » l'ensemble des 10 résultats ou «coups » obtenus
par chaque percipient pour un essai.

Variation du rapport télépathique
T = 40R/N pour la série des expériences réalisées
On voit doneque pour chaque expérience comportant un maniement de 120 cartes, on doit
obtenir 3 rencontres dues
au seul hasard.
Voici la description et les remarques à faire
sur nos
courbes :
1. — La courbe N° 1 donne le rapport entre le résultat réellement obtenu
dans chaque expérience et celui prévu par le hasard.
Comme, pour diverses raisons, le maniement des 120 cartes prévues n'a pas
toujours pu être réalisé, nous avons, pour l'établissement de ce rapport,
appliqué une formule, tenant compte de l'expérience pratiquement réalisée
où N représente le nombre des coups réels et R le nombre de rencontres
constatées, N le nombre de participants, E le nombre d'essais.

Le rapport théorique étant

La courbe indique pour toute la partie située au dessus de l'horizontale T
= 1 (aire grise) les expériences ayant donné un résultat favorable (53 au
total), tandis que les points situés au dessous nous donnent les résultats
défavorables (28 au total). Les points situés sur la droite T = 1 (12 au total)
sont, bien entendu, sans signification.
On voit d'un simple coup d'œil que pour l'ensemble de nos 1000 coups,
comportant 93 expériences, l'aire grise est nettement plus importante que
l'aire blanche.
Il ne serait pas besoin d'autres commentaires pour montrer clairement que
nos expériences répondent pleinement au but que nous nous étions assignés.
2. — La courbe N°.2 a pour objet de mettre en évidence l'importance des
rencontres que nous appelons « parfaites » pour les différencier de celles où
se produit la seule coïncidence des couleurs, en regard du résultat attendu
parle seul hasard.
Afin de rendre nos données plus homogènes, nous avons brisé notre cadre de
l'expérience pour lui substituer les résultats obtenus, par groupes de 20
épreuves consécutives.
De cette façon les résultats, quoique parfois moins
Démonstration expérimentale de la télépathie

Courbe des rencontres parfaites :
a) par groupe de 20 épreuve» consécutives (courbe
2)
b) résultats cumulés (courbe 3)
brillants, se présentent sous an aspect
sensiblement plus continu et
se prêtent beaucoup mieux à une étude graphique.
Seules les qualités personnelles de sensibilité télépathique des différents
participants sont peut-être moins bien mises en valeur. Nous nous en excusons
auprès d'eux, mais le sacrifice demandé à leur vanité est largement compensé
par l'intérêt de nos présentations graphiques.
Une première représentation nous donne le nombre de recontres partielles
obtenues pour chaque groupe de 20 épreuves. La partie située au dessus de
l'horizontale d'ordonnée 5 donne les indications favorables. La surface
correspondante est colorée en jaune.
Celle, située au dessous et colorée en noir, montre la valeur relative des
résultats défavorables.
Cette courbe confirme simplement les résultats de la courbe N°l.
3. — Sur ce même graphique ces résultats se présentent également, sous
forme cumulée, avec la courbe N° 3.
La ligne diagonale OX est celle des rencontres théoriques cumulées dues au
hasard.
Nos résultats devraient osciller autour de cette droite,avec,à l'origine,
des écarts importants, allant ensuite sans cesse en décroissant progressivement
avec le nombre des expériences faites, jusqu'à obtenir la confusion de ces deux
lignes au bout d'un certain temps, théoriquement tout au moins.
Tout au contraire, on le voit, notre ligne expérimentale des rencontres
cumulées diverge, de plus en plus et régulièrement, de la ligne théorique.
Cette courbe atteint la limite inférieure prévue par le calcul (197
rencontres) au bout de 590 épreuves seulement au lieu de 1000, et la limite
supérieure calculée (249 rencontres) au bout de 710 épreuves seulement.
L'ensemble de nos 1000 épreuves nous a permis d'obtenir 358 rencontres au
lieu delà probabilité absolue de250 rencontres. Le surplus de 109 rencontres
obtenues à partir de la 710me épreuve représente le surplus
strictement dû à notre cause systématique d'erreur, autrement dit, à la «
télépathie ».
L'aire figurée en rouge (traits verticaux), donne une idée nette de
l'importance de la télépathie relativement au seul hasard.
On voit que notre courbe expérimentale télépathique est très sensiblement
au dessus de ligne OX, mettant en évidence
d'une façon particulièrement patente, continue et indiscutable l'existence
du facteur télépathique.
Cette constatation claire du phénomène constitue, a notre avis, une
démonstration absolument parfaite. En effet, à l'encontre de nombreuses
autres expériences métapsychiques, simples observations dans la plupart des
cas, celle-ci offre une stricte expérimentation selon les vues les plus
exigeantes de la science, étant susceptible, par sa nature même, d'être
reproduite à volonté autant de fois qu'on le désirera avec des résultats
exactement comparables. La conduite de ces recherches nous en a totalement
convaincus.
Les expérimentateurs qui voudraient contrôler nos affirmations pourront
reprendre notre méthode.
Celle-ci, étant absolument générale, ne faisant appel à la collaboration
d'aucun sujet particulièrement doué, les nouveaux résultats, il y a absolument
lieu de le croire, seront identiques aux nôtres.
La collaboration de nos groupes de Province a pleinement confirmé cette
façon de voir.
4. — Les courbes N 4 et 5 partent de principes identiques à ceux ayant
présidé à l'élaboration des courbes 2 et 3.
Leur seule différence est de mettre en évidence la proportion des
rencontres des seuls coloris.
Les abcisses de ces 4 courbes sont les mêmes et reportent des groupes de 20
épreuves.
Les ordonnées des courbes 4 et 5 ont été rendues comparables à celles des
courbes 2 et 3 par une réduction des échelles au 1/10.
Bien entendu les axes théoriques du hasard coïncident (OX avec 0X1).
La courbe 4 est en tout semblable à la courbe 2 ; tout au plus peut-on la
juger plus tourmentée avec des discontinuités plus nombreuses et plus
accentuées.
Leurs variations se produisent généralement simultanément dans un même sens
; on constate cependant quelques décalages.
De même, la courbe 5 se compare parfaitement à la courbe 3. Ce second
groupe de courbes constituera done, au même titre que le précédent, une excellente
démonstration de la réalité du phénomène télépathique.
Démonstration expérimentale de la télépathie

Courbes des rencontres des coloris :
a) par
groupe de 20 épreuves consécutives (courbe 4)
b)
résultats cumulés (courbe 5)
Cependant, un examen plus attentif des courbes 3
et 5 va
nous fournir une fort intéressante remarque.
Si nous reproduisons ces deux courbes à l'échelle comparable, sur un même
graphique, on constate que la courbe 3 enveloppe constamment, sauf en quelques
rares points, la courbe 5, en laissant entre les deux "courbes une aire
appréciable (couleur verte, traits obliques).
La continuité remarquable du phénomène doit avoir sa raison d'être.
Proposons en une explication qui nous a paru logique et en concordance avec
les faits.
Nous avons constaté — et nos percipients nous l'ont maintes fois affirmé —
l'existence d'une nette intuition de la couleur choisie.
Nos courbes devaient traduire cet état de choses et cela ressort, en fait,
de la courbe N° 5.
Mais, en sus des coloris, la télépathie si elle existait, devait en outre
s'exercer — on le conçoit aisément — grâce à l'intermédiaire des figures
symboliques dessinées sur nos cartes. Cela devait avoir pour effet d'améliorer
encore le rendement général, le chiffre de nos résultats.
Or, comme nous le savions par de nombreuses autres expériences, tant de nos
prédécesseurs que de nous-mêmes, les résultats à attendre d'une détection
télépathique des formes les plus simples sont, quoique réels, toujours assez
médiocres.
Il apparaît dès lors très logique de penser que l'aire comprise entre la
courbe des rencontres des couleurs et celle dees rencontres parfaites
représente justement « l'importance relative » des rencontres obtenues grâce à
la télépathie due aux seules figures.
Cette observation, confirmant de nombreux faits, offre, à
notre avis, un intérêt majeur.
5. — Le groupe des courbes N° 6 et 7 a été constitué en portant à nouveau
en abcisse des groupes de 20 épreuves et en ordonnées le rapport entre les
rencontres cumulées totales (R) et celles prévisibles par le simple hasard (H).
Nous avons appelé « coefficient télépathique » cette valeur

On voit que, dans les deux courbes, ce coefficient partant de valeurs
extrêmes, à l'origine, arrive au bout d'un certain
Démonstration expérimentale de la télépathie

Nous avons planimétré sur nos minutes les courbes 5
avec le planimètre d'Amsler ; nous Ligne des rencontres probables 20 360 Courbe des
figures............ 28
280 Courbe des couleurs
........ 27 110
Si nous calculons le coefficient
télépathique sur ces bases nous obtenons les valeurs : 6750/20360=33 soit 33 % pour
les couleurs 7920 / 20360 = 0,39 soit 39 % pour
les rencontres parfaites Celaconfirme très sensiblement les résultats
calculés avec les
courbes Nos 6 et
7. On d'après ces chiffres, que
l'intervention télépathique spécialisée pour la détection des l'élève à
6 %, ce qui est loin d'être négligeable.

Répartition du choix et des rencontres d'après les
coloris
temps a se rapprocher
d'une valeur moyenne, sensiblement constante.
Bien entendu,confirmant nos résultats ci-dessus, la courbe G représentative
des coefficients télépathiques dus aux couleurs (bleu), nous donne des valeurs
au-dessous de celles relevées pour la courbe7 représentative du coefficient
télépathiqueparlait (rouge).
Ces courbes ont le grand avantage de nous donner directement et à tout
moment, le pourcentage des rencontres télépathiques vis-à-vis de celles dues au
hasard.
La valeur moyenne calculée dans les deux cas est de 30,6 °/0 pour la courbe 6 et de
416 %pour la courbe 7.
Ces chiffres font apparaître clairement, sans autre commentaire, toute
l'énorme importance de l'influence télépathique dans les expériences que
nous avons mises sur pied.
6. — Un dernier groupe de
courbes a eu pour objet de mettre en évidence les résultats particuliers
obtenus avec chacune des couleurs. ( N° 8)
Ces observations présentent encore un très grand et double intérêt chez
l'agent et chez le percipient.
a — On voit nettement que le choix moyen de l'agent ne s'est pas
indifféremment porté sur toutes les couleurs.
Le rouge, le bleu et le noir sont choisis en premier lieu, laissant le
jaune assez loin derrière eux.
b — Du point de vue du percipient, les courbes montrent avec netteté que le
bleu et le rouge sont discernés avec le plus d'aisance avec prédominance
accentuée pour le rouge.
Le jaune vient au troisième rang en s'écartant peu de la ligne théorique du
hasard.
Le noir oscille simplement autour de cette ligne presque sans s'en écarter.
7. — Enfin une autre représentation
graphique nous rend compte de l'importance relative du nombre de rencontres
obtenues dans chacun des coloris et pour chacune des cartes en particulier
(courbe N° 9)
L'examen du graphique montre que certaines cartes se détachent nettement de
l'ensemble.
Ce dernier point n'est certes pas à négliger, car sans pouvoir appuyer nos
dires avec entière certitude, nous avons la
conviction totale que les formes des figuresjouent un rôle important dans l'obtention des rencontres.

Répartition des rencontres obtenues d'après les
coloris et les types de cartes.
Nous avons été d'ailleurs conduits, à peu près au milieu de notre série
d'expériences à remplacer 3 de nos cartes qui n'étaient jusqu'alors jamais
sorties.
Il s'agissait des cartes N 5, J 5, B 6.
Nous nous sommes efforcés de créer de nouvelles figures plus typiques et,
dès le premier jour de leur mise en service, nous avons enregistré une
rencontre avec l'une d'elles. Y a-t-il là simple coïncidence ?... On peut à
notre avis en douter; d'autant plus que depuis lors, 2 de ces cartes semblent
sortir beaur coup plus aisément.
Il serait donc, en principe, possible d'améliorer graduellement l'aire de
couleur verte dont nous avons parlé lors de la comparaison des courbes 3 et 5,
et, par là, d'augmenter l'importance des ordonnées de la courbe 7.
La moyenne 41,6 %, obtenue par nous, serait alors augmentée par la seule
étude judicieuse de la forme des figures proposées à la sagacité des
percipients.
Les chercheurs qui auraient le loisir de reprendre nos expériences,
pourraient utilement mettre cette remarque à profit.
(à suivre)
B. de
Cressac Ing. E. C. P.
Apriorisme et métapsychique
Il n'est pas nécessaire d'être métagnome pour prévoir que notre nouveau-né
« Sciences Métapsychiques » rencontrera sur son chemin, au début au moins, plus
d'hostilité que de sympathie, que sa route sera semée d'embûches, qu'il faudra
le défendre contre ses ennemis et quelquefois aussi contre ses amis.
Je vais m'occuper, dans cet article, uniquement de ses adversaires éventuels.
« Comme il s'agit de phénomènes peu habituels le public et les savants ont
pris le parti de les nier, tout simplement sans examen » a écrit le Professeur
Richet.
Cet apriorisme du public est fonction de celui des savants. Celui là seul
va donc retenir notre attention.
Au nom de la Science la plupart des savants condamnent encore la
métapsychique. Mais qu'est-ce donc que cette Science ?
Autrefois de braves gens voyaient quelquefois des pierres tomber dans leurs
champs. Ils estimaient par suite que de telles masses pesantes pouvaient se
déplacer dans l'espace. Au nom de la Science on se moqua longtemps de ces
croyances. Il fallut cependant un jourles admettre. Nous connaissons mainnant
les aérolithes.
Les marins affirmaient que dans les mers profondes, tout au fond, il y
avait des poissons. Au nom de la science il était déclaré que la pression
exercée par l'eau à de telles profondeurs était si considérable que nul être
vivant ne devait pouvoir la supporter. Les recherches faites révélèrent une vie
intense et éminemment curieuse.
Au nom de la Science Auguste Comte affirmait qu'était à jamais
inconnaissable la composition chimique des corps célestes. Il avait à peine
fermé la bouche que l'on voyait naître l'analyse spectrale et nous connaissons
maintenant ces astres, en ce qui concerne leur composition, aussi bien que si
nous les avions explorés directement.
Au nom de la Science on condamna les chemins de fer, car, étant donné la
vitesse à laquelle ils allaient se déplacer, il devait se produire chez les insensés
qui s'embarquaient dans une telle aventure des troubles graves. N'insistons pas...
Au nom de la Science on vit s'élever des protestations indignées quand
Arrhénius déclara que les molécules en solution étaient dissociées en ions. Ces protestations furent plus
véhémentes encore, toujours aunom de la Science, quand
Pasteur prétendit que têtards et asticots ne naissaient pas par génétation
spontanée, et que les microbes étaient la cause d'un grand nombre de maladies.
Quand à celui qui présenta dans une de nos Académies le phonographe d'Edison,
il risqua simplement sa vie car, au nom de la Science, un savant (professeur
Bouillaud) se précipita sur lui en déclarant qu'il ne serait pas la dupe d'un
ventriloque.
Au nom de la Science et grâce à de savants calculs on affirmait que jamais
les plus lourds que l'air ne permettraient, de se déplacer dans l'espace.
Hélas, les bombes qui sont déversées sur nous à l'heure actuelle nous
démontrent assez nettement quelle valeur peuvent avoir, dans certains cas, ces
calculs savants....
Et c'est cette même science qui condamne de la même façon la métapsychique.
Cela nous rassure. Car il est probable que dans l'avenir, qui peut fort
bien ne pas être éloigné, nos détracteurs figureront à côté de ces joyeux
plaisantins qui faisaient de Galvani « le maître à danser des grenouilles ».
Une telle attitude pouvait encore s'expliquer au siècle dernier. De grandes
lois avaient été établies ; on s'inclinait respectueusement devant elles. Mais
actuellement on parle beaucoup.plus de leurs défaillances et des incertitudes
de la Science. Les grands prêtres ont des doutes, les dogmes ne sont plus
intangibles.
« Nous ne sommes plus très sûrs que nous pourrons jamais « comprendre » au
sens ancien du mot. — L'homme ne veut pas tant comprendre que croire qu'il
comprend. — Certaines expressions telles que « vérités scientifiques » ne
doivent êtres prises que dans un sens très restreint, fort différent de celui
que le public leur attribue souvent. Il n'y a pas de vérité scientifique au sens
absolu. Le nombre des questions qui restent sans réponse augmente de jour en
jour. Les illusions qui sont permanentes et partagées par tous constituent ce
que nous appelons la réalité. Certaines théories n'ont pour but que de jeter
des passerelles fragiles entre les ilôts du savoir sur un océan d'ignorance.
Tout se passe comme si chaque découverte nous révélait un peu plus notre
ignorance » (Lecomtedu. Noûy).
Si bien qu'actuellement on considère que « la Science n'est encore qu'une
aventure et toutes ses vérités « provisoires » (J.N.R. Sullivan).
Dans ces conditions que peut signifier cet ostracisme de nombreux scientifiques à
l'égard d'une Science (car la Métallique est une science, je le
démontrerai dans un prochain article) qu'ils critiquent d'autant plus
qu'ils la connaissent moins.
le n'aime pas le mot métapsychique, j'estime que le mot metabiologie
conviendrait mieux. Nous sommes en effet aux confins de la biologie quand nous
étudions les réactions paranormales de certains individus qui sont d'ailleurs
normales dans certains autres pays et qui le seront chez nous un jour prochain.
Or que savons-nous donc de la biologie des êtres vivants pour nous
permettre de condamner ainsi ces investigations ?
Nous ne savons rien. Nous ne savons ni pourquoi ni comment nous vivons.
Nous ignorons pour quelles raisons nous voyons, nous entendons, nous pensons,
nous dormons...
« La Science est une collection de recettes » a dit Poincaré et cela
s'applique surtout à la plus obscure de toutes les Sciences, la biologie.
Si nous plongeons dans le monde des microbes, auquel j'ai consacré depuis
trente ans le meilleur de moi-même, nos incertitudes apparaissent plus pénibles
encore. Qu'est la cellule microbienne, que sont les poisons qu'elle élabore,
qui nous tuent on ne sait comment et auxquels nous résistons on ne sait
pourquoi. Mais « l'habitude ôte de l'étrangeté » a dit il Montaigne. De sorte
que nous croyons les connaître.
Bien plus, que sont donc ces êtres ultramicroscopiques qui traversent les
bougies de porcelaine, dont la taille est à peu près celle d'une grosse
molécule albuminoïde et qui cependant sont à l'origine de maladies infectieuses
nombreuses, Fréquemment graves et étonnamment contagieuses, souvent ?
Mais voilà que nous apprenons que quelques-uns de ces ultra-virus seraient
cristallisables. Nous sommes donc jetés à la recherche d'une véritable vie
éparse dans ce monde si énigmatique des cristaux, qui savent réparer leurs
plaies, se souvenir et que l'on peut anesthésier.
Or, nous arrivons de cette . façon dans le domaine de la métapsychique.
N'a-t-elle pas été amenée, elle aussi, et cela en utilisant les méthodes
scientifiques d'observation et d'expérimentation, à rechercher la vie au delà
des limites conventionnelles imposées par la Science ? Il faudra donc savoir
désormais si, dans ces recherches, ce sont les savants qui font de la
métapsychique ou les métapsychistes qui font de la Science.
En vérité cet
apriorismede nos savants et des autres,
s'explique sans peine.
Réfléchissons un instant :
La vie est apparue sur la terre il y a environ 1 milliard 400 millions
d'années.
Les hommes y exercent leurs ravages dépuis 200 à 300 mille ans.
Notre Science évolue nettement et rapidement depuis 200 à 300 ans.
Ne comprend-on pas mieux ainsi ces incertitudes, qui ne sont que les
balbutiements de cette Science naissante ? Et cet apriorisme est-il autre chose
que la réaction d'un enfant qui commence à assembler des mots, mais qui
rageusement entend ignorer ceux qu'il n'arrive pas à déchiffrer? •
Docteur Belin
Lauréat de l'Institut et de l'Académie de Médecine
De la perception du temps à propos d'une
prédiction réussie
Qu'appelle-t-on objectivité en science ? L'état d'un esprit qui ne croit
pas posséder toutes les idées nécessaires à la compréhension des faits et qui
est prêt à réviser ses opinions. Les savants montrent normalement cette
souplesse dans leur observation des astres, des énergies et des organismes.
Pourquoi ne l'aurait-on pas aussi devant les manifestations, si bizarres
qu'elles paraissent d'abord, de la vie psychique elle-même ? En astronomie, en
physique et en biologie l'intelligence m
édifié un savoir énorme quoiqu'elle s'y soit tenue jusqu'ici aux données
des sens ordinaires. Soit. Est-ce une raison, comme trop de gens le font
encore, de récuser sans examen objectif tout autre mode de perception ?
Voici précisément une voyance de l'avenir dont la véracité est
incontestable (*). Elle est triplement intéressante. Elle prouve, après tant
d'autres, mais dans une convergence exceptionnelle, la réalité des facultés
métapsychiques. Elle oblige ensuite à reconnaître la diversité des moyens d'apprécier le temps des événements
futurs. Enfin, elle autorise à conclure d'une manière générale que si les
prédisants se trompent, c'est faute, non de leur intuition, mais de leur art à
dégager et à formuler son contenu.
(*) L'auteur de l'article garantit
l'authenticité des faits re'atés. Il connaît personnellement et la personnequia bénéficié de la prédiction
(homme de haute culture et dont l'esprit critique est d'une acuité
exceptionnelle) et quatre parmi ceux qui la lui ont fournie Lui-même a pris la
précaution de consigner par écrit les dires des prédisants bien avant l'époque
où la prophétie a commencé d'être vérifiée et il le fit parfois dans des
conjonctures où celle-ci paraissait ridicule. Enfin, les neuf cites ici ont été
consultés indépendamment les uns des autres et la plupart ignorait tout de M.
B.
M. B. commença par témoigner d'une grande foi en la métapsychique ; puis,
non sans raisons, il devint envers elle d'un scepticisme complet ; mais il dut
reprendre sa première conviction à la suite d'une expérience mémorable.
Il y a environ quatorze ans, il consultait un chiromancien disparu, Henri
Rème, cinq ans plus tard, le maître en chiroscopie Henri Mangin. Il faisait
chaque année établir son horoscope par Mademoiselle Jacquemin. Entre temps, six
voyantes eurent aussi à le renseigner sur son avenir. Or ces prédisants
s'accordaient sur quatre points. Premierement : un jour la situation de M.
B devait changer radicalement ; madame Martin ajoutait : après un changement
dans la maison même où il était présentement. Secundo : à ce moment-là
commencerait la grande réussite de sa vie et elle serait brillante. En
troisième lieu, il ferait beaucoup de voyages. Enfin, il manifesterait une
activité littéraire. Toutefois, sur un cinquième point ils étaient divisés :
quand obtiendrait-il cette transformation heureuse ? Rème, Mangin et Madame
Blanche Oriôn la prévoyaient dès qu'il aurait atteint la quarantaine. Mesdames
Granger, Desmoulières et France, consultées respectivement en 1941, 43 et 44,
se bornaient à dire : bientôt. En octobre 42 Madame Martin envisageait l'année
suivante alors que Giaccome avait en septembre annoncé une attente de trois
ans.
M. B était loin d'être satisfait de l'existence. Dans une affaire possédée
et dirigée par son père et son frère aîné, il était médiocrement appointé. Il
demandait d'être associé ; mais son aîné et son père atermoyaient toujours,
refusant contre toute évidence de lui reconnaître assez de dévouement et de
capacités. Ainsi, faute de moyens, M. B. ne voyageait guère et la position
inférieure où il était tenu lui avait enlevé toute confiance en soi : en
particulier, il ne croyait nullement en ses aptitudes littéraires.
On comprend donc qu'il désirât avidement l'accomplissement des quatre
prophéties. Le drame commença en 1942 quand il entra dans ses quarante ans. Sa
situation demeura identique, et même empira vu les circonstances de guerre. Pas
de jours alors qu'il ne pestât contre sa crédulité antérieure et qu'il
n'ironisât à propos de chiroscopie, d'astrologie et de voyance. Il toucha le
fond du scepticisme au moment où il apprit que son père venait de vendre
l'affaire. Son destin lui parut plus lamentable que jamais, car il avait peu de
chances de retrouver ailleurs un poste pareil à celui auquel il s'était
consacré jusque là.
« Les concordances des prétendues prédictions s'expliquent aisément »
répétait-il désabusé. « J'apportais avec moi un cliché tout subjectif, né de
mes désirs, et les voyants, par transmission de pensée, assimilaient
inconsciemment ce cliché puis me le resservaient comme si c'eût été un vrai
pressentiment. Mais, lui objectait-on, comment Rème, Mangin et Blanche Orion,
auraient-ils dans ce cas parlé de sa quarantaine, puisque lui-même espérait
réussir beaucoup plus tôt ? « Coïncidences », répliquait-il. Un filet, s'il
l'on ose dire, de croyance aurait dû naître en lui à propos d'un fait
occasionnel.
Un journal luiavait demandé de tenir la petite correspondance et il s'était mis a écrire des lettres qui avaient un
beau suc-ces auprès des
lectrices. « Bah ! encore une coïncidence » clamait sa désillusion.
Soudain un événement inattendu renverse toutes ces perspectives. Le
consortium qui avait acheté l'industrie paternelle vient lui en offrir la
direction commerciale. « C'est par un changement dans votre maison que votre
position s'élèvera » avait dit Madame Martin. Or le contrat l'intéresse aux
bénéfices de telle sorte que ses émoluments en seront très largement augmentés.
D'autre part son rôle actuel lui permet des initiatives que son père refoulait
toujours obstinément. Le voilà en mesure de déployer toutes ses capacités qui
sont remarquables. Enfin, il sera sans cesse obligé de voyager pour le compte
de la l'inné. Ainsi au moment même qu'il en désespérait tout à fait, la
quadruple prophétie venait s'accomplir,
Est-il besoin de certifier qu'il a quitté sa négativité intransigeante ?
Que l'on songe en effet aux autres éventualités que les prédisants pouvaient
envisager pour lui, à l'exactitude avec laquelle les faits s'emboîtent dans les
prédictions, aux circonstances qui entourent ces faits. On ne trouvera plus
qu'une infime probabilité en faveur de l'idée, que ce sont là de purs hasards,
de simples coïncidences, probabilité à peu près du degré de chance que des
caractères lancés en l'air composent à leur retombée Le Cimetière Marin. Il
est trop facile de nier envers et contre tout, et cette attitude n'a aucune
fécondité dans les recherches.
Un sujet de contestation demeure. Martin et Giaccome se sont trompés
doublement à propos du temps, des événements. Ceux-ci se passèrent en 1944. Or
elle avait indiqué : 43 et lui : 15. Pourquoi aussi Oranger, Desmoulières et
France se sont-elles bornées à la formule : ce sera pour bientôt ? Bientôt peut
signifier un lustre comme un mois ou une semaine. Et le présage commun à Rème,
Mangin et Blanche Orion : après la quarantaine, est vague également. Beau
terrain pour le scepticisme ! Tout autre pourtant doit être la conclusion si l'on
retient le point sur lequel les prédisants n'ont cessé de s'accorder et si l'on
scrute la raison de leurs divergences. Il est incontestable que tous ont
distingué avec justesse passé, présent et avenir. Aucun n'a logé dans les
antécédents ou l'actualité de
M. B. les quatre faits en question. C'est done qu'ils y percevaient effectivement une tranche bien
définie du temps et la même. Les neuf là-dessus étaient unanimes. Peut-il y
avoir la moindre place pour un doute raisonnable ?
Au reste, une telle connaissance n'est pas d'un ordre entièrement nouveau.
Bien des gens —peut-être tous en deviendraient-ils capables s'ils s'y
exerçaient — se commandent de s'éveiller à une heure plus matinale que
l'accoutumée. Et ils s'y éveillent avec parfois une précision de minute. Ils
préparent donc la forme chronologique, pour ainsi dire, où viendront se couler
les états psychiques — impressions persistantes, rêves ou autres pensées —
qu'ils auront à vivre durant le sommeil. S'ils la préparent, c'est qu'ils la
possèdent déjà ; ils la pressentent au sens exact exprimé par le suffixe
pré-avant. Elle est très spéciale certes. On ne peut la comparer à une
perception ordinaire : on n'entend ni ne touche la durée. Elle implique un
allongement de la conscience par dessus des états successifs. Elle n'en est pas
moins une faculté assez courante. Alors pourquoi la voyance d'avenir, au lieu
de la limiter à quelques heures, ne serait-elle pas à même de l'étendre à des
jours, des semaines, voire des années ?
Comment s'expliquent alors les écarts de Martin et de Giaccome ? Ils sont
venus de ce que ces derniers ont mêlé d'une façon indue la perception
personnelle de la durée à la conception sociale du temps. Si j'affirme : cet
homme aura trente ans en octobre 1945, j'admets la division de l'année en mois
arbitraires de 28, 30 et 31 jours, le repère de l'ère chrétienne, etc, notions
élaborées péniblement au cours des générations succinctement assimilées à
l'école et qui supposent une foule de calculs.. Je ne pourrais énoncer mon affirmation
si je ne consultais d'abord le' calendrier. Si donc les voyants ont commis une
erreur elle n'est pas due à leur perception de la durée concrète, elle n'est
que la traduction inexacte de cette perception en une date de précision
historique.
Ce n'est pas qu'une prédiction d'événement soit incompatible avec la
précision. Mais elle est susceptible de la revêtir sous trois formes très
différentes qu'il ne faut pas confondre et qui, d'ailleurs, sont comme autant
de degrés. La plus simple se trouve dans les formules « cela arrivera bientôt »
ou « ce ne sera pas pour tout de suite » etc. C'est celle dont Granger,
Desmoulières et France ont usé. Elle comporte une certaine discrimination
quantitative, une mesure incontestable du laps d'attente. Le prédisant peut aussi procéder autrement. Dans
un coin de son cliché qui
chez lui est objectif, il relève
un caractere et il en tire l'inférence nécessaire. Par
exemple Rème,
Mangin et Orion ont pu parler de la quarantaine de M. B.
d'apres les traits et la corpulence,
sous lesquels il leur apparaissait, Selon l'aspect des arbres perçus, c'est le printemps,
l'ete ou l'hiver qui sera
l'époque de l'événement. En ce cas il serait même possible de donner la date
juste si quelque part dans le spectacle était placée une
éphéméride ouverte au jour Ce dernier « datage » rigoureux, un troisième
procédé serait a méme de l'obtenir toujours. Soit un voyant rompu aux supputations du temps social. D'ordinaire les
astronomes inserent leurs prévisions abstraites dans la partie de leur conscience qui se penche vers l'avenir en
opposition au sens queles souvenirs indiqueraient. Eh bien ! Pourquoi un
prédisant n'utiliserait-il pas la
même science chronologique pour exprimer en termes serrés ce que sa
perception lui révèle de lasuccession des faits futurs ? C'est probablement ce
que Martin et Giacome ont voulu essayer mais leur dextérité était
insuffisante. N'est-ce pas
néanmoins ce que réalise l'homme exercé à découper ses journées selon la marche
de la pendule et qui se
commande le réveil à une heure exactement calculée ? L'exposé de la prédiction
étudiée ici doit contribuer à
reduire la distance prétendue infranchissable que beaucoup veulent maintenir entre les recherches
métapsychiques et la science car elle prouve de double façon l'identité de ces
deux conquêtes de connaissance.
Pourquoi en astronomie, en physique et en biologie le savoir est-il plus
assuré que dans les voyances? C'est que celles-là sont dues à une coopération
nombreuse tandis que celles-ci reposent en général sur des dires individuels.
En conséquence les voyances montrent seulement des aspects partiels des choses,
suggérant des représentations insuffisantes, de la même façon qu'un homme
concevrait mal la lune s'il ne l'apercevait jamais qu'à son dernier quartier.
Il en est autrement lorsque plusieurs personnes confrontent leurs observations
: bien des données y sont communes ce qui constitue une première base de vérité
solide. Or ici tous les prédisants ne se sont-ils pas accordés sur quatre
événements futurs?
Mais leurs divergences
dans l'appréciation du temps ? Quel'on considère
là-dessus la façon d'opérer des savants. Eux
aussi ont des moyens d'information disparates qui leur annoncent les faits
sous des formes souvent incompatible entre elles. Ils n'en concluent pas plus à
l'inanité des détails révélés que pour avoir senti les vibrations d'une lame
diversement au toucher et à l'oreille, on ne se met à crier à une pure
illusion. Les renseignements recueilbs sont d'une exactitude inégale :
peut-être même tous doivent-ils être rectifiés. Ils n'en fournissent pas moins
une seconde base de vérité.
De la même façon les prédisants se sont répartis en trois groupes en ce qui
concerne le temps des événements. C'est qu'ils avaient employé trois procédés
dissemblables. En on ne peut pas plus leur reprocher de s'exprimer trop
vaguement qu'aux Astronomes antiques de n'avoir pas prévu les éclipses à une
minute près — pas plus d'avoir dit des dates inadéquates qu'à un arpenteur
disposant seulement d'un mètre rigide de mal calculer la surface d'un terrain
inégal. Au lieu de traiter leurs paroles avec un complet scepticisme, il est
plus objectif de jauger les valeurs différentes de leurs procédés et de
reconnaître que ces procédés sont perfectibles. A cet égard la recherche
poursuivie en communauté sympathique est la condition initiale de tout progrès
du savoir.
Pierre Salzy, agrégé de philosophie.
Le procès du déterminisme
Dans son «Introduction à la théorie analytique des probabilites » Laplace a
écrit cette phrase lapidaire qui contient toute la doctrine déterministe:
« Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutesles forces dont la nature est animée
et la situation respective de êtres qui la composent,
si d'ailleurs elle était assez
vaste pour soumettre ces données à l'analyse, embrasserait dans une même formule le mouvement des plus grands
corps de l'uni-vers et ceux du plus léger atome; rien ne serait incertain
pour elle et l'avenir comme
le passé serait présent à ses yeux. » L'observation des phénomènes
physiques de la matière inerte aconfirmé, aussi complètement que
l'on pouvait l'attendre, lesprévisions du déterminisme. Ce n'est qu'à l'échelle de l'atome qu'il suscite aujourd'hui
quelques doutes. Il reste néanmoins
l'hypothèse fondamentale et le fil
conducteur de toute notre science qui, sans lui, n'existerait pas.
Le déterminisme de Laplace ne distingue pas entre les phénomenes de la
matière inerte et ceux de l'esprit. Appliqué aveuglemnetà ces derniers, il fait de l'homme un
automate. Il lui enleve, en même temps que sa responsabilité, sa noblesse
spirituelle. Il l'a dépouillé de ses pudeurs morales et éloigné des sentiments sacrés. S'il a guidé la
science vers ses découvertes prodiglieuses, il a contribué aussi à dégrader la
moralité de nos societes. De là l'usage parfois atroce de ces découvertes qui,
selon les circonstances,
deviennent des bienfaits ou des fléaux.
L'homme possède-t-il une parcelle de liberté réelle? Peut-il
remuer parfois ses doigts de sa propre initiative? Nous en avons
tous la conviction absolue. Quand nous en faisons l'expérience,
elle reussit toujours.
Nous la réalisons mille fois par jour. Elle
estaussi scientifique que toutes celles des laboratoires. La vérité
que nous en
déduisons, à savoir: que nous pouvons remuer nos
doigts à notre fantaisie,
est aussi solidement établie
que les
s scientifiques les plus certaines.
On alléguera en vain, en guise de réfutation, que nos gestes ne nousparaissent libres que parce qu'ils s'accompagnent
d'uneillusion spontanée et concomitante qui nous donne le sentiment invincible
qu'ils sont tels. C'est là une simple affirmation
denuée de toute justification.
Quand un voyageur, glissant malencontreusement sur le quai d'une gare, est
précipité à sa grande terreur sous les roues d'une locomotive en marche, il n'a
certes pas l'illusion d'accomplir un geste volontaire. Si tous nos actes sans
exception étaient également contraints et prévisibles depuis l'origine du
monde, comme le dit Laplace, il serait inconcevable que certains s'accompagnent
de l'illusion d'être volontaires tandis que d'autres seraient dénués de cette
même illusion. Cette différence arbitraire constituerait une fantaisie
impossible du déterminisme puisque, par son essence, le déterminisme ne peut
être fantaisiste.
Tous les hommes valides agissent comme s'ils se croyaient] libres de remuer
leurs doigts. Si l'un d'eus, par attitude d'esprit ou par amour du paradoxe,
niait cette liberté, nous nous en rapporterions à ce qu'il fait et non à ce
qu'il dit et nous verrions sans peine qu'il n'échappe pas à la règle commune.
Etant admis que l'homme jouit d'une parcelle de liberté, considérons, comme
Laplace, le système formé par « toutes les forces dont
la nature est animée».
Aussi longtemps qu'une volonté libre ne se
manifestera pas dans l'univers, ce système évoluera conformément aux lois de la
mécanique, selon un cours inflexible qui se reproduirait identiquement à
lui-même dans ses moindres détails, autant de fois que l'expérience serait
renouvelée, si elle pouvait l'être. Mais si, au cours d'une nouvelle
expérience, je prenais la résolution de lever le petit doigt, il se
lèverait effectivement, alors qu'il serait
resté inerte au cours des expériences précédentes. Ma résolution aurait changé
le cours des choses de
l'univers et non pas
seulement à l'endroit de l'espace où se trouve mon petit doigt, mais dans
cet univers] tout entier où il n'existe ni un soleil ni un atome dont la
matière ne soit attirée par celle de mon doigt et dont la course ne soit]
affectée dès qu'il advient que je le remue. Tel est un des effets de notre
liberté et non pas le plus
merveilleux comme nous allons voir.
Modifier à partir d'un instant donné le cours des choses de l'univers,
c'est modifier l'évolution du système formé par, toutes les forces dont la
nature est animée et la seule façon possible de modifier ce système, nous
enseigne la Mécanique, c'est d'y ajouter au moins une force (*).
(*) Supprimer une force revient à ajouter une force égale et de sens
contraire à une des forces du système.
Et cette force ajoutée, qui
ne faisait pas partie un instant auparavant de l'ensemble des forces de
l'univers, d'où peut-elle venir?
On suggérera sans doute que la réponse est facile, qu 'elle
est connue depuis longtemps et que nous ne faisons, lorsque nous
remuons une partie de notre corps, que
transformer l'énergie
emmagasinée dans nos muscles en énergie
agissante. Mais ce
n'est là qu'une partie de la vérité et c'est précisément l'autre
partie qui est merveilleuse.
Il n'existe en mécanique que deux sortes d'énergie: 1° L'énergie
potentielle c'est-à-dire emmagasinée etau repos, telle que celle d'un baril de
poudre, d'un poids suspendu à un fil avant sa chute ou celle de nos muscles au
repos.
2° L'énergie
cinétique ou de mouvement telle
que celle d'un train
en marche ou celle qui anime nos muscles en mouvement.
L'énergie potentielle ne peut être libérée et transformée en energie cinétique
qu'après avoir subi au préalable une action de déclenchement. Dans le cas du
poids suspendu à un fil ou du baril de poudre, il faudra, pour libérer cette
énergie, couper préalablement le fil qui soutient le poids ou mettre le feu à
une parcelle de la poudre du baril, opérations qui exigent elles-mêmes une
dépense d'énergie. Et l'énergie dépensée à cet effet de peut être celle ni du
poids, ni de la poudre car l'une et l'autre ne sont utilisables qu'après
déclenchement et jamais avant.
De même pour déclencher l'énergie de nos muscles, il nous faut faire entrer
en action, préalablement, une énergie cinétique qui ne peut provenir de la
transformation de l'énergie potentielle de ces mêmes muscles. En d'autres
termes les poids solidement attachés ne se libèrent pas d'eux-mêmes, les barils
de
poudre ne prennent pas feu spontanément et nos muscles au
repos n'amorcent pas leurs mouvements sans l'intervention d'une energie qui
n'est pas la leur: ainsi le veut le principe bien connu de l'inertie.
Dès lors, que j'utilise on non de l'énergie potentielle, lorsqueje modifie à un
instant donné, en accomplissant un geste
volontaire quelconque, l'évolution du système formé par toutes
les forces de l'univers, il faut nécessairement que j'ajoute à ce
système, au moment où commence la modification, une force qui
n'existait pas auparavant dans l'univers et cette force est la
manifestation d'une énergie que je dois nécessairement créer
au sens divin du mot.
S'il est vrai, comme chacun le croit au plus profond de lui-même, que nous
possédons au moins une parcelle de liberté, si d'autre part, notre Mécanique
est une science, exacte, il résulta de là nécessairement que l'homme, chaque
fois qu'il agit librement,
crée de l'énergie qui ne provient de rien. Il fait un miracle.
Cette conclusion est évidemment en contradiction absolue] avec le principe
de la conservation de l'énergie. Serait-elle done absurde ?
Le principe de la conservationde l'énergie résulte uniquement de l'observation
de phénomènes physiques. Il n'est fonde légitimement que dans ce seul domaine.
Le transplanter dans le domaine de l'esprit revient à supposer que l'esprit,
comme la matière ou l'énergie, est
maintenant une variété d'électricité. La création d'énergie par l'esprit ne serait
absurde a priori que si la nature électrique de l'esprit venait à être
démontrée. Or, cette hypothèse étrange est actuellement dénuée de tout
fondement.
Admettons donc le résultat auquel la pure logique nous a conduit,
c'est-à-dire que toute volonté libre crée, de l'énergie et examinons quelques
conséquences de cette propriété remarquable.
Puisqu'il est créé de l'énergie à tout instant, soit par les hommes, soit
par les autres êtres doués de liberté qui peuvent se trouver dans l'univers, la
somme d'énergie contenue dans cet univers croît sans cesse et d'une façon
imprévisible.
Au système formé par toutes les forces dont la nature est animée, de
nouvelles forces s'ajoutent constamment de sorte que, l'intelligence imaginée
par Laplace, renseignée exactement sur. l'état de l'univers à un instant donné,
n'en pourrait, si elle existait, rien déduire de certain, ni quant au passé, ni
quant à l'avenir.
Il résulte de là que le déterminisme absolu n'existe pas; il n'existe qu'un
déterminisme imparfait et approximatif.
Mais ne nous exagérons pas l'importance de ses perturbations possibles. On
sait que selon la science actuelle, l'énergie a une masse et par conséquent un
poids. D'après Sir James Jeans, toute celle qu'un homme dépense au cours d'une
longue vie de dur travail manuel pèse environ un demi-milligramme. Encore
n'est-ce là que la quantité d'énergie potentielle qu'il extrait du
glycogenedéposé dans ses muscles en la transformant en énergie
cinetique. Sa création propre est l'énergie qu'il doit émettre pour
declencher et régler
cette transformation. Ce n'est évidemment
qu'une partie i
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